Le président vénézuelien Nicolas Maduro à Caracas, octobre 2016. SIPA. AP21967501_000010

C’est un épisode ubuesque que viennent de connaître les Vénézuéliens dans le cadre des  interminables mésaventures tragicomiques de Nicolas Maduro, homme fort du Venezuela depuis trois longues années. Le 11 décembre dernier, cet homme jamais en reste de décisions pour le moins surprenantes, décrète le billet de cent bolivars – jusqu’alors la plus grosse coupure, soit un peu moins de cinq centimes d’euro- retiré de la circulation dans… les trois jours.

Selon le chef de l’Etat, cette mesure vise à lutter contre des mafias qui sévissent notamment à la frontière colombienne, et qui en auraient accumulé des milliers de liasses pour tenter de saboter l’économie du pays, ceci avec l’appui des Etats-Unis – l’ennemi de référence toujours pointé du doigt dans ce type de crise. Le problème, c’est que ce billet – illustré par un chouette portrait du général Bolivar – était utilisé dans les trois quarts des transactions en liquide. Que la mesure soit totalement absurde ou non, on pouvait donc difficilement faire mieux pour rendre le peuple – encore plus – fou à treize jours des fêtes. Un cadeau de Noël d’autant plus mal inspiré de la part du père Maduro que ce dernier répète en boucle vouloir servir le peuple vénézuélien en le protégeant de la mainmise des intérêts étrangers sur leur beau pays. Evidemment, le peuple s’est – une nouvelle fois – mis en rogne et a évacué sa colère. Bilan de ce que l’on sait des manifestations: trois morts, des dizaines de magasins pillés, des jets de pierres des manifestants contre coups de feu de la police, bref, le paradis bolivarien ressemble de plus en plus à un bordel sans nom.

La théorie du complot

Dans un éclair de lucidité, le président Maduro a finalement prolongé la validité des billets de cent bolivars jusqu’au 2 janvier. Problème de taille auquel il n’avait pas pensé: tandis que bon nombre de ses concitoyens s’étaient empressés de se débarrasser de leurs fameux billets – à travers l’achat de babioles de Noël dont ils se seraient sans doute bien passés – les nouveaux billets, de cinq cents bolivars, en prévision de la vertigineuse inflation qui semble ainsi officiellement légitimée –ont tardé à arriver.

Et voici le bon peuple vénézuélien littéralement sans le sou ! Déjà que ses billets ne valent rien… Un peu de bons sens aurait pu s’emparer de l’esprit de Nicolas Maduro, lui faire admettre qu’il n’a pas été très responsable au moins sur ce point et – à défaut de démissionner – présenter des excuses. Mais cela aurait été bien trop humiliant. Le vrai responsable c’est l’autre, les Etats-Unis et leurs alliés puisqu’il s’agit d’un « coup financier » de l’empire, une conspiration mondiale des mauvais capitalistes, une « guerre économique » visant à « renverser le gouvernement ». Pourquoi se remettre en question quand tout s’explique d’une façon si limpide ?

Une employée de banque vénézuélienne les bras chargés de billets de 100 bolivar à Caracas, décembre 2016. SIPA. 00785143_000001

Nicolas Maduro, à l’instar des grands autocrates de ce monde – semble avoir atteint la phase terminale de la parano. Aurait-il néanmoins de vraies raisons de s’inquiéter ? Selon Ignacio Ramonet, journaliste fort cultivé et partisan du régime, il y aurait eu une réelle tentative de coup d’Etat l’année dernière. Problème: son article se base uniquement sur les dires du « président Maduro » et de ses partisans. Un peu léger. Ceci étant, on peut concevoir qu’au vu de l’éviction douteuse de Dilma Roussef au Brésil cette année, ou celle également infondée  du président de gauche du Paraguay il y a quatre ans, le « président Maduro » rechigne à laisser le moindre millimètre de marge de manœuvre à ses adversaires.

Pendant ce temps-là, Maduro danse la salsa

Aussi étrange que ça puisse sembler au vu des performances du président, rien n’assure que la fin du chavisme déboucherait sur une situation moins tragique pour les Vénézuéliens: la venue d’un autocrate d’extrême droite n’est pas totalement à exclure, et je doute qu’elle arrangerait la situation du pays. Mais si le référendum révocatoire – une disposition constitutionnelle introduite par Chavez – avait maintenant lieu comme le souhaite l’opposition depuis des mois, il ne déboucherait plus sur des élections anticipées mais sur le simple remplacement du père Maduro par son actuel vice-président à la tête du pays. Il s’agit d’un dénommé Aristóbulo Istúriz, anciennement ministre de l’éducation sous Chavez – certes, un nom moins facile à retenir que Nicolas Maduro mais son titulaire pourra difficilement faire pire.

Les nouveaux billets eux – à l’effigie du général Francisco Miranda – sont finalement arrivés ! Livrés par avion, et en provenance de Suède : de quoi les Vénézuéliens se plaignent-ils ? En attendant les nouvelles péripéties de leur président, ils devront – ils en ont pris l’habitude – se débrouiller pour survivre. Maduro, lui, leur donnera du grain à moudre : le président ne manquera pas de  leur offrir quelques laborieux pas de salsa dans son émission de radio. Avec un Père Noël pareil, les Vénézuéliens vont passer des fêtes inoubliables!

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