Curieux pays que la France qui veut absolument que la « Présidente » se mette à la critique littéraire. Vous l’aurez remarqué, les commentateurs, unanimes, soulignent l’impossibilité éthique pour la concubine du nouveau Président de continuer à pratiquer le journalisme politique. Et nous voilà repartis dans les éternels débats, doit-elle travailler ou non ? Y a-t-il conflit d’intérêts ou non ? Peut-on être à la fois « locataire » de l’Elysée et salariée d’un groupe industriel ? Tant de questions passionnantes qui restent le plus souvent sans réponse car il serait malhabile, surtout en début de mandat, de se fâcher avec la nouvelle équipe dirigeante. Le journalisme étant par essence, dans notre pays, un métier précaire. Les carrières se font le plus souvent à l’ombre des ministères que moleskine en main. Que notre première Dame se rassure, tous ces fins observateurs de la vie politique française ont une solution à ses déboires économiques. Elle pourra se recycler dans une profession qui ne demande aucun diplôme, ni aucune qualification particulière, j’ai nommé, le journalisme littéraire.

Ce merveilleux pis-aller, si utile quand on veut botter en touche et éteindre le débat. Il faut les voir lancer sur les plateaux de télé cette admirable bouée de sauvetage, les entendre en chœur, clamer les vertus de la critique, comme si c’était si facile, si normal ! Passons sur le mépris qu’ont tous ces « grands » journalistes politiques pour la littérature. En vérité, il ne nous étonne guère de la part d’une profession qui fait ses délices de sujets de fond tels que « le Président doit-il prendre le train ou l’avion ? » ou « fallait-il qu’il raccompagne son prédécesseur ? », « et s’il avait descendu une marche, quelle signification aurions-nous pu donner à ce geste fort ? »

Depuis la fin des idéologies, le journalisme politique accompagne la vacuité des débats. Il s’en délecte même. La décence imposerait pourtant à tous ces éditorialistes multirécidivistes de ne pas donner de leçons d’orientation professionnelle à Mme Trierweiler. Car derrière les apparents bons sentiments, se cache une insupportable suffisance. Cette morgue pour l’ensemble de leurs confrères encartés. Il semble évident qu’à leurs yeux, toute autre forme de journalisme en dehors de la rubrique « politique » est dérisoire, futile… Vous avez dit inutile ? Il y aurait ainsi une hiérarchie insidieuse, la politique tout en haut, les livres, tout en bas. Notre « Présidente » serait donc tout à fait habilitée à s’exprimer sur les livres. En substance, c’est à la portée de n’importe qui. La formule est assez insultante pour qu’on la décortique. Si l’on suit bien le raisonnement de nos « éminents » journalistes politiques, la critique littéraire serait une activité récréative. Et pourquoi pas plaisante pendant qu’on y est. On voit ici leur inculture, leur naïveté et disons-le franchement leur immense bêtise. La critique littéraire est aussi ingrate, périlleuse, injuste qu’intellectuellement rassérénante. Elle demande à la fois de l’émotion et de l’ordre. On ne peut pas en dire autant de l’analyse politique. Et puis, on plaint déjà notre première Dame de se coltiner une flopée de mauvais livres avant d’atteindre les rares plaisirs spirituels. Elle devra batailler ferme pour imposer ses choix devant une rédaction en chef désabusée et narquoise.

Pour quelques lignes sur un poète tant admiré, combien de biographies de footballeurs en mal d’amour ou de stars du petit écran incomprises ? Il serait temps d’informer les journalistes politiques du monde dans lequel ils vivent et tout simplement de leur profession qu’ils connaissent si mal. La presse écrite française est hautement spécialisée. Il suffit de jeter un œil sur les rayons de nos kiosques qui croulent sous les magazines les plus divers. La première Dame ne s’improvisera pas plus critique littéraire, essayeuse automobile que localière en PQR. Chacune de ces disciplines demande du temps, de l’expérience. Du talent aussi.
 
*Photo : Parti socialiste

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