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La France présidente?

Le quotidien "Libération" rêve d'une femme pour "sauver la gauche"

La France présidente?
Paris, avril 2007 © GUILLAUME BAPTISTE / AFP

Une femme à la magistrature suprême, pourquoi pas. Mais pas seulement parce qu’il s’agirait d’une femme.


Je ne sais pas trop quoi penser de la une de Libération du 28 septembre. Je vous la décris parce qu’on est à la radio et qu’en général, outre Causeur, nos aimables lecteurs lisent plutôt Valeurs ou Le Figaro pour les plus punks. Cette une de Libé du 28 septembre, a pour titre : « Une femme pour sauver la gauche ? » et, à la façon d’une vitre éclatée, montre en allant de haut en bas et de gauche à droite Clémentine Autain, Anne Hidalgo, Delphine Batho, Christiane Taubira, Manon Aubry (LFI) et enfin la camarade Elsa Faucillon, jeune députée communiste des Hauts-de-Seine. 

Magazine féminin

Ça me fait plaisir que Libé ait pensé tout de même à mettre une communiste. On ne peut pas dire qu’on parle souvent des communistes. Par exemple, dans les débats et commentaires déjà peu nombreux sur les sénatoriales, on n’a jamais parlé du groupe communiste qui sort renforcé avec deux sénateurs de plus alors qu’on s’est beaucoup attardé sur l’unique élu RN. 

Mais revenons à cette une de Libé.  Quelque chose me gêne. Peut-être parce que cela me fait penser aux magazines féminins qui consacrent un numéro par an aux rondes, histoire de remplir leur cahier des charges d’hypocrisie bienveillante. Un numéro pour les femmes de gauche et dès demain, business as usual… on reprend les hommes et les fringues pour taille 34.

Un discours sur les femmes en politique ambigu

J’adorerais voter pour une femme de gauche aux présidentielles. J’adorerais aussi voter pour un homme de gauche. Je préfèrerais même voter pour un homme de gauche s’il est plus à gauche que la femme de gauche. Vous me suivez? Parce que tout de même le discours de certaines femmes (et de certains hommes) sur la place des femmes en politique n’est pas très clair. Elles apporteraient quelque chose “de plus”… Mais quoi? J’espère ne pas entendre des réponses sorties du bestseller niaiseux Les hommes viennent de Mars et les femmes viennent de Vénus comme quoi les femmes auraient une pratique différente et seraient moins belliqueuses. Des tas d’anciens combattants des Malouines pourraient vous dire qu’une femme qui a décidé de faire la guerre, elle la fait et sans pitié. Aux Argentins ou aux mineurs en grève de son propre pays.

Il n’est pas de «sauveuse suprême»

Il est insupportable, c’est vrai, de ne pas voir assez de femmes en politique, mais bon, il y en a toujours plus à l’assemblée nationale que des ouvriers, par exemple, où il n’y en a plus un seul. Et je ne vous parle pas des ouvrières. Il est tout aussi énervant de voir que la seule femme politique française qui est cheffe de parti et soit arrivée au second tour de la présidentielle (à part Ségolène Royal qui n’était pas cheffe du PS et le PS s’est chargé de lui rappeler) est Marine Le Pen, en théorie issue de ce qui est censé se faire de pire en matière de virilisme machiste. Cela devrait relativiser le côté “sauveuse suprême” envisagé par Libé. 

Encore une fois, je trouve qu’une femme présidente de la République, ce serait bien et qu’il n’y a pas de raison que la femme – qui représente la moitié de la population – n’accède pas à la magistrature suprême. Si elle est de gauche avant d’être femme. Parce qu’au bout du compte, en politique, on devrait s’en moquer un peu du genre, si on avait un peu de maturité… politique ! 

Mais il est vrai que c’est compliqué, la maturité politique, dans la Vᵉ République qui transforme l’élection, pour les hommes comme pour les femmes, en concours de beauté encadré par des communicants.

Une de Libération du 28 septembre 2020.
Une de Libération du 28 septembre 2020.


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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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