NKM désignée au premier tour à 58% des suffrages exprimés, la primaire UMP terminée, il est temps de panser les plaies. Ces éléments de langage, vous les entendez en boucle depuis hier soir et l’annonce des résultats.  Pour panser des plaies à vif qui suppurent, après l’hémorragie générale de novembre dernier, il faudra tout le talent des médecins chefs de l’UMP, experts en irénisme depuis les années Chirac, Madelin, Séguin et Pasqua. Pas besoin des talents d’anthropologue de Maurice Szafran pour comprendre que l’habitus de la droite française la porte naturellement au césarisme. Ceux qui s’égosillent à répéter que les héritiers du RPR doivent renouer avec l’esprit du 18 juin mais fustigent la culture du chef composent un drôle de bréviaire gaulliste : le gaullisme sans les godillots, c’est un peu comme le bolchévisme sans la Tcheka, ça laisse un goût d’inachevé… Mais passons.  Il paraît que la gouvernance contemporaine s’accommode mal des prises à la hussarde. Que le temps des motions contrôlées à la virgule près, des salles chauffées à blanc et des Politburos tenus par le grand manitou du parti bien-aimé est révolu. Disons-le tout net : faute de charisme, les bébés Chirac et Sarkozy volent de leurs propres ailes balbutiantes et misent sur la démocratie interne. On a vu le brillant résultat que cela a donné à l’automne dernier, avec une élection à la présidence de l’UMP tournant au fiasco, des tripatouillages entre les voix des Dom-Tom, l’inénarrable Cocoe et tout ce qui s’ensuit… Un tel amateurisme post-électoral relativise la thèse du « stalinisme démocratique » défendue par Szafran. Un Staline élu à quelques dizaines de voix près, cela aurait fait désordre. Si la tête de l’UMP lui a probablement été volée, François Fillon n’a quand même pas hérité du sort de Boukharine et Trotski. Avec sa légion de vice-présidents et de secrétaires nationaux mi-Fillon mi-Copé, l’UMP officiellement réconciliée ressemble plutôt à une armée mexicaine en quête de général.
Rebelote pour la primaire parisienne. En attendant le dénouement du feuilleton à Copé/Fillon, l’ancien premier ministre ayant déclaré forfait dans la foulée de son frère ennemi Jean-Louis Borloo, NKM partait unique favorite. Mais voilà, la maire de Longjumeau, naguère vouée à cors et à cris à ses administrés, craignait les accusations de parachutage lancées par ses concurrents. Pierres-Yves Bournazel, élu depuis… 2008 – une paie pour le troisième de la compétition, atteint péniblement la barre des 10%, talonné par le chrétien-démocrate Franck Margain ! Le vétéran Jean-François Legaret, siégeant au conseil de Paris depuis trente ans, pouvait se targuer d’une implantation de longue date et d’une opposition constante au mariage gay mais son passif d’adjoint aux finances de Tiberi lui a collé aux basques pendant toute la campagne. Ce qui ne l’a pas empêché de se hisser au-dessus des 20%, dans une position de Poulidor très honorable. Sans vouloir dénigrer la qualité de tous ces aspirants à l’Hôtel de Ville, il est certain qu’aucun d’entre eux ne comptait le CV ministériel et médiatique de NKM.
Quelle mouche avait donc piqué la sémillante Kosciusko-Morizet et les instances de l’UMP ? L’idée n’était pas seulement d’élargir le corps électoral en le boboïsant (belle erreur d’analyse en période de manif pour tous !) mais bien d’imposer une révolution culturelle terra-noviste à une UMP qui tremble sur ses bases idéologiques. Imaginez : NKM plébiscitée par des foules de sympathisants en délire, galvanisés par les chances d’alternance après dix ans d’ère glaciaire socialiste à Paris… De quoi faire frémir Anne Hildalgo, l’éternel second couteau de Delanoë, ointe par le fait du prince. Un duel à fronts renversés par rapport à la présidentielle, où Hollande concourait flanqué du vote de millions d’électeurs aux primaires socialistes, là où Sarkozy écrasait de sa figure charismatique les moindres velléités de démocratie interne à l’UMP.
C’est justement là que le bât blesse. Parce qu’une primaire est tout sauf une partie de plaisir. François Hollande, élu sur un malentendu en mai (l’anti-Sarkozy en gestes, sinon en fait), un an après son triomphe, sait à quoi s’en tenir avec le miracle des primaires. Triompher d’Aubry, Montebourg, Royal et Valls vous légitime un printemps puis, une fois l’élection passée, vous encombre de ministres ou d’opposants de l’intérieur renforcés par le suffrage militant. Bref, La primaire ne confère pas assez de légitimité au gagnant mais en donne sans doute trop aux vaincus magnifiques qui ont encore leur vie politique devant eux (Montebourg, Valls). À Nathalie Kosciusko-Morizet de nous prouver le contraire.

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