Longtemps, j’ai rêvé d’une République incorruptible. Mes modèles de jeune homme étaient Saint-Just et Robespierre, avec une pointe de Che Guevara. J’aimais l’idée que Guevara ait quitté Cuba – « les honneurs, ça m’emmerde ! » pour exporter la révolution cubaine dans une improbable guérilla où il trouva la mort, alors qu’il aurait pu vieillir en paix au côté de Castro.  Sans doute avait-il deviné, au plus secret de lui-même, que toute espérance révolutionnaire se corrompt, à tous les sens du terme, quand elle s’incarne dans un appareil d’État. À moins que l’État ne soit incorruptible, vertueux, pur. C’est ce que voulait Robespierre, c’est ce que je voulais. Il faut m’excuser, j’avais 17 ans et, contrairement à ce que dit Rimbaud, on est beaucoup trop sérieux quand on a 17 ans.
Je vibrais aux exploits de la Convention, du Comité de salut public, rien ne me semblait plus beau que les discours de Robespierre : « Nous voulons substituer dans notre pays la morale à l’égoïsme, la probité à l’honneur, les principes aux usages, l’empire de la raison à la tyrannie de la mode, le mépris du vice au mépris du malheur, la fierté à l’insolence, la grandeur d’âme à la vanité, l’amour de la gloire à l’amour de l’argent. »[1. « Sur les principes de la morale politique », 5 février 1794, cité dans Robespierre : entre vertu et terreur, Slavoj Zizek présente les plus beaux discours de Robespierre, Stock, 2008.]

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