Geoffroy Saint-Grégoire enseigne la géopolitique à l’INSEEC et à l’Institut Catholique de Paris. Il est spécialiste de l’espace russe.

On déplore vingt-six morts au cours des derniers affrontements en Ukraine. À quoi correspond cette explosion de violence ? S’agit-il d’un tournant dans la crise ukrainienne ? Assistons-nous à une nouvelle révolution orange ?

Nous avons entendu ce matin que le nombre de morts a augmenté. La crise est importante mais n’est en aucun cas une nouvelle révolution orange tant les revendications s’avèrent éparses. On ne peut pas parler de front uni contre le pouvoir. Reste que le peuple subit un profond malaise économique depuis la dernière révolution. Ce sont sur ces difficultés sociales et économiques que se sont fondées les revendications populaires, bien légitimes. Puis se sont greffés aux premiers mouvements pacifiques des extrémistes qui n’ont plus rien à voir avec leurs devanciers. Mais l’intégrité territoriale du pays n’est pas pour autant menacée.

Aujourd’hui, les ministres européens des Affaires étrangères se réunissent en session extraordinaire à Bruxelles. Quel rôle devrait jouer l’Europe dans cette crise ?

L’Europe doit systématiquement condamner les exactions policières contre des manifestants pacifiques – alors qu’elle a gardé le silence lors des dernières manifestations très violemment réprimées. Mais l’Union européenne n’a aucune légitimité à s’ingérer dans les affaires d’Etat ukrainiennes. Sa position est d’ailleurs très hypocrite. D’un côté, elle souhaite intégrer l’Ukraine à ses accords de libre-échange. De l’autre, si Kiev émet le souhait d’entrer dans l’UE,  elle la rejettera en prétendant que les échanges bilatéraux suffisent. L’Europe a appliqué la même stratégie avec la Turquie.

Dans son pas de deux avec l’Europe, l’Ukraine doit aussi gérer le facteur russe. Comment Moscou perçoit-il la crise ukrainienne ?

Depuis 1991, la Russie a vocation à accompagner son voisin qui fait partie de son « proche étranger ». Dernièrement, le Kremlin a un peu plus durci sa position vis-à-vis des milieux d’affaire et des intellectuels aux velléités européistes. Il ne faut pas surestimer l’importance de la crise ukrainienne dans les relations qu’entretiennent l’Europe et la Russie. Ce n’est qu’un épisode supplémentaire des tensions apparues ces dernières années, notamment sur l’affaire syrienne ou la crise des missiles de Kaliningrad en décembre 2013. Ceci étant, on ne peut pas parler de retour à la guerre froide, contrairement à ce que soutiennent certains experts.

*Photo:Yves Logghe/AP/SIPA. AP21529011_000002

 

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