Les médias, autrefois, avaient baptisé Mme de Gaulle Tante Yvonne. Anne-Aymone, c’était l’épouse de Valéry Giscard d’Estaing. Auparavant, par estime, et un peu par crainte, on donnait de la « Première dame » à Mme Chirac. Enfant, j’aimais beaucoup Tante Yvonne ; elle me rassurait et m’évoquait naturellement les vieilles demoiselles à la fois bienveillantes et sévères, en robe fleurie, que je voyais autour de moi. D’Anne-Aymone, j’ai le souvenir d’une femme au sourire figé, très timide, contrainte, un soir de réveillon, de présenter ses vœux aux français, sur l’invitation de son mari. Enfin Carla vint : « quarante ans, trente amants »[1. « Je suis une enfantMalgré mes quarante ansMalgré mes trente amants ». Chanson Une enfant, album Comme si de rien n’était, Carla Bruni, 2008.], un tableau de chasse digne d’une Ninon de Lenclos rock’n’roll, et des manières d’exquise enfant de la grande bourgeoisie italienne. La presse, la télévision l’adoptèrent d’emblée. Coiffée d’un bibi plat auquel sa seule grâce donnait du relief, vêtue d’un manteau de tweed gris ceinturé qui lui faisait la silhouette d’une élève de pensionnat chic, elle accompagna son mari en Angleterre, et séduisit jusqu’à la reine. Le peuple fut conquis, et la presse, d’habitude si discourtoise avec les français, la trouva épatante. Pour désigner Mme Sarkozy, on écrivait simplement Carla. Avec cela, elle chantait des ballades mélancoliques d’une voix que recouvrait un voile de gravier fin.
On connaît la suite : François Hollande à l’Élysée, Mme Trierweiler, la scène de la Bastille dite « maintenant, embrasse-moi sur la bouche », ses tweeds intempestifs, sa mine tantôt sévère, tantôt boudeuse…
Le président de la République, récemment, est allé en Inde. Il s’agissait d’un voyage officiel. Valérie Trierweiler, qui l’accompagnait, fut reçue avec les honneurs dus à une « première dame de France ». L’expression revient fréquemment, comme si une officine de communication voulait l’imposer. Mme Trierweiler souhaitait visiter des enfants séparés de leurs familles, consoler les pauvres, encourager l’ONG Action contre la faim, enfin accomplir ses bonnes œuvres protocolaires. Fort bien ! Elle voulut, légitimement, que cela se sût ! Le journal Libération, par un article malicieux de Grégoire Biseau, nous apprend qu’elle ne consentit point à ce que TF1 l’accompagnât, pour cause de procès avec le chef du service politique de cette chaîne. Elle exigea un journaliste dépêché d’une radio ou d’une agence. Personne ne vint ! Paris Match se proposa, Valérie le réfuta. C’est ainsi qu’elle s’en alla seule jouer à la « première dame de France ».
On ignore si, d’Inde, Mme Trierweiler a rapporté des marrons…

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