Hosannah ! Ô cieux cléments, dieux du stade et du cirque ! Cette année, enfin, un Tour de France propre !

Dans un élan commun, tous les pécheurs repentis du dopage se sont mis à carburer aux carottes râpées et aux sucres lents. Foin de l’EPO, du « pot belge » et autres substances magiques qui transforment les forçats de la route en mobylettes humaines, voire en Porsche décapotables : cette année est celle de la nouvelle virginité, du coureur bio garanti sans additifs.

L’an dernier encore, on perdait à chaque étape le vainqueur, voire quelques suivants, tels les cailloux du Petit Poucet ; difficile, dans ces conditions, de conserver le suspense indispensable au maintien de l’audience et des droits télévisuels.

Cette année, promis, juré, rien de tout ça. Si l’équipe Astana a mis une heure à se présenter au contrôle antidopage, c’est uniquement pour ne pas interrompre la grasse matinée dominicale. Si le président de l’Agence française antidopage accuse l’Union cycliste internationale (UCI) de complaisance, c’est sans doute que sa femme l’a quitté et qu’il a besoin d’un exutoire à sa mauvaise humeur…

Il faut bien que le bon peuple rêve. Lui qui, le dimanche, sue sang et eau pour monter la côte de la colline derrière son village − après avoir acheté un vélo de course en 72 mensualités et la tenue du petit Contador illustré moyennant deux mois et demi de salaire − doit s’émerveiller en voyant passer 200 ovnis à 87 km/h, par 35 degrés, frais comme des roses après le douzième col de la semaine.

D’autre part, que ferait-on d’une caravane de vingt kilomètres transportant des bonbons Haribo géants et autres bouteilles de gaz si l’on ne pouvait y mettre un ou deux petits coureurs frétillants autour ?

Alors que les anciens coureurs font l’un après l’autre leur coming out en expliquant en long et en large qu’ils se sont dopés tout au long de leur carrière, on arrive encore à tirer larmes et cris aux commentateurs de l’épreuve sportive la plus dévoyée du PAF.

Le plus triste, dans cette histoire, est qu’on ne connait même pas l’identité de ces laboratoires pharmaceutiques ultra-innovants qui, après avoir créé des substances capables de remettre ma grand-mère au jogging, nous sortent maintenant les produits masquants pour les amateurs du pas vu-pas pris.

Pensez à la tristesse de ce scientifique méconnu, qui voit ses produits porter le maillot jaune sans avoir droit à son quart d’heure de gloire. La moindre des courtoisies consisterait à le faire monter sur le podium à côté de sa souris de laboratoire.

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