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Du vote électronique secret à WhatsApp: l’étrange attribution des Mondiaux de lutte

Transparence, gouvernance et élections : les questions ouvertes après la réunion du Bureau de l'UWW


Du vote électronique secret à WhatsApp: l’étrange attribution des Mondiaux de lutte
L'Iranien Saeid Esmaeili Leivesi célèbre sa victoire après avoir battu l'Ukrainien Parviz Nasibov lors de la finale de lutte gréco-romaine masculine dans la catégorie des 67 kg, à l'Arena Champ-de-Mars, lors des Jeux olympiques d'été de 2024, le jeudi 8 août 2024, à Paris © Eugene Hoshiko/AP/SIPA

Le choix du pays hôte des Championnats du monde de lutte 2026 suscite de nombreuses interrogations. Selon plusieurs sources, un vote électronique aurait été suivi, après sa clôture, d’une seconde consultation organisée via WhatsApp. À l’approche de l’élection du président de l’UWW, cette séquence ravive les débats sur la transparence des procédures et le fonctionnement de la Fédération…


À moins de quatre mois de l’élection présidentielle de United World Wrestling (UWW), les modalités de fonctionnement de la Fédération internationale font l’objet d’un examen de plus en plus attentif. Comme nous l’avons déjà écrit, l’institution est confrontée depuis plusieurs semaines à des critiques croissantes, alors que son président, le Serbe Nenad Lalović, semble vouloir briguer un troisième mandat dont la légalité est contestée.

Kirghizistan VS Kazakhstan

L’un des épisodes les plus commentés a été la réunion du Bureau de l’UWW, tenue le 22 mai dernier en Suisse. L’objet de cette réunion était le transfert des Championnats du monde, initialement prévus à Bahreïn, où la guerre rendait leur organisation impossible. Deux pays ont été proposés comme organisateurs potentiels : le Kirghizistan et le Kazakhstan. Une procédure classique de sélection d’un nouveau pays hôte, en apparence sans histoire. Sauf que…

Selon les informations que nous avons obtenues auprès de sources ayant connaissance du déroulement de la réunion, un vote électronique s’est soldé par un résultat de 54 % contre 46 % en faveur du Kirghizistan. Si cette information est exacte, l’UWW aurait dû annoncer cette décision et attribuer l’organisation à la fédération kirghize. Ce n’est pourtant pas ce qui s’est passé. Selon nos informations, après la clôture du vote, il aurait été demandé aux membres du Bureau (les votants donc) de transmettre leur position au secrétaire général par messages personnels sur… WhatsApp.

Toujours selon les informations disponibles, après réception de ces messages, le secrétaire général a annoncé une nouvelle répartition des voix : 11 pour le Kazakhstan et 10 pour le Kirghizistan. Et, toujours selon nos informations, les résultats individuels de ce second vote (qui a voté pour qui) n’auraient pas été rendus publics.

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Cette situation soulève inévitablement de nouvelles questions. Comment les membres du Bureau et les fédérations nationales peuvent-ils s’assurer de l’exactitude du décompte ? Une possibilité de vérification indépendante des résultats existait-elle ? Quels mécanismes de contrôle étaient prévus dans ce cas précis ?

Sauf erreur de ma part, en règle générale le vote à bulletin secret est réservé aux décisions portant sur des personnes ou sur des questions particulièrement sensibles telles que les élections, les motions de défiance ou les procédures d’exclusion. L’idée est bien entendu de garantir l’indépendance des votants et de les protéger contre d’éventuelles pressions.

Bonne gouvernance

En revanche, le choix du pays hôte des Championnats du monde relève d’une autre nature et devrait reposer sur des critères objectifs tels que les infrastructures, les capacités logistiques, les conditions de sécurité, les garanties financières, l’expérience dans l’organisation d’événements internationaux et le respect des exigences de l’UWW.

Se pose donc la question du fondement du recours à un vote secret dans une telle situation, alors même que la décision devrait résulter exclusivement d’une évaluation objective des candidatures. Il semble du bon sens qu’un vote public serait davantage conforme aux principes de transparence, de responsabilité et de bonne gouvernance auxquels une fédération sportive internationale est tenue d’adhérer.

Cette affaire attire d’autant plus l’attention que le Congrès de l’UWW se tiendra le 24 octobre et procédera à l’élection du président de la Fédération ainsi qu’au renouvellement de ses organes dirigeants, notamment du Bureau de l’UWW. Or la Fédération de lutte du Kazakhstan a officiellement présenté un candidat à cette élection. En soi, la participation à une élection constitue un élément parfaitement normal et légitime de l’activité d’une fédération nationale. Cependant, la concomitance de plusieurs circonstances – le choix du pays hôte des Championnats du monde et une modification de la procédure de vote à quelques mois des élections aux instances dirigeantes de l’UWW – ne contribue en rien à rétablir la confiance dans la gouvernance de la Fédération.

Questions ouvertes

Il ne s’agit pas d’insinuer quoi que ce soit, mais tout simplement de rappeler une évidence : au moment où il faudrait au contraire redoubler de vigilance et appliquer scrupuleusement les règles dans la plus grande transparence. Il aurait probablement suffi d’expliquer pourquoi la procédure de vote a été modifiée et comment le résultat final a été établi. Une décision d’une telle importance, susceptible d’influer sur la perception de l’impartialité de la direction de la Fédération, devrait être accompagnée d’explications aussi complètes et transparentes que possible. En l’absence de commentaires officiels détaillés sur les raisons de cette modification de procédure, l’intérêt public pour cette affaire ne peut que croître.

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Pour résumer, voici les principales questions soulevées par les informations qui nous sont parvenues de sources proches du dossier :

  • pourquoi les résultats du vote électronique initial ont-ils été réexaminés ?
  • sur quelle base réglementaire la procédure de vote a-t-elle été modifiée ?
  • pourquoi des messages personnels sur WhatsApp ont-ils été utilisés pour le second vote ?
  • comment la vérifiabilité des résultats a-t-elle été assurée ?
  • pourquoi les résultats individuels du second vote n’ont-ils pas été publiés ?
  • l’ensemble des mesures prises était-il conforme à la Constitution de l’UWW et aux règlements internes de la fédération ?

Alors que les préparatifs du renouvellement de la direction de l’UWW s’accélèrent, les fédérations nationales, les athlètes et l’ensemble de la communauté de la lutte attendent des réponses claires, rapides et détaillées. Il est indispensable de dissiper les doutes, les spéculations et les soupçons afin de permettre à la lutte de préserver durablement son statut de discipline olympique. À défaut, les Jeux de Los Angeles pourraient bien constituer le chant du cygne de l’un des plus anciens sports de l’histoire, pratiqué sans interruption depuis l’Antiquité.

Affaire (encore) à suivre…



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est historien et directeur de la publication de Causeur.

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