Les polémiques se suivent mais ne se ressemblent pas. Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, a fait scandale après l’évacuation d’un camp de Roms hier près de Lille. Deux jours plus tôt, c’est sa collègue de la Justice Christiane Taubira qui se prenait une volée de bois vert après avoir estimé dans Libération qu’il fallait « arrêter » avec les courtes peines et dénoncé le « fantasme » des centres éducatifs fermés comme solution à la délinquance juvénile. La pièce est parfaitement rodée. Valls joue les sécuritaires et Taubira les bobos bien-pensantes.

Mais dans les faits, Valls et Taubira sont soumis à la même logique, celle de la rigueur budgétaire. Il n’y a pas de division idéologique entre eux, juste une manière différente de passer de la pommade. A l’heure où la France s’apprête à ratifier la règle d’or européenne sans devoir réviser la Constitution, l’austérité est bel et bien la vraie ligne directrice de la politique actuelle. Valls peut expulser tous les Roms de France sous les caméras de TF1, créer ses zones de sécurité prioritaires, il ne pourra pas cacher que la police sera toujours soumise à la diète.

Idem pour Taubira. Son humanisme affiché n’est qu’un vernis destiné à masquer une politique pénale au rabais, sous les applaudissements de la gauche libertaire. Pourtant, le programme de François Hollande affichait certaines ambitions avec le « doublement » des centres éducatifs fermés (CEF), entendant même les porter à 80 en cinq ans. Lors de leur création en 2002, la gauche avait dénoncé ces mêmes centres en agitant le spectre des maisons de correction. Mais en novembre dernier, après le meurtre et le viol de la jeune Agnès par un mineur, le PS s’est rallié à ce dispositif.

Un dispositif aujourd’hui dénoncé aujourd’hui par Taubira. « Il faut sortir du fantasme CEF. Il faut arrêter de se dire que c’est la solution », a-t-elle déclaré dans Libé en soulignant les « 80% de non-récidive » des jeunes placés en milieu ouvert. La ministre s’est en cela opposée à la transformation de 18 foyers en CEF : « Arithmétiquement et mécaniquement, cette transformation serait incongrue ». Face à la polémique, la Chancellerie a dû préciser un peu plus tard que 4 CEF seront bien ouverts en 2012 par « création » nouvelle et non par transformation de foyers. Toutefois, une mission d’évaluation devrait se pencher sur les CEF.

La vérité, c’est que doubler le nombre de centres éducatifs fermés coûterait cher. Hollande a d’ores et déjà annoncé que la police, la gendarmerie et la justice devraient se contenter de 1000 postes en plus par an durant le quinquennat. Alors plutôt que d’avouer qu’on délaissera la justice des mineurs au nom des traités bruxellois, Taubira préfère faire passer ça pour de l’humanisme. Habile.

Sur les peines de prison, la ministre de la Justice veut lutter contre l’enfermement à tout prix à l’heure où les prisons sont surpeuplées. Une de ses pistes pour désengorger les établissements pénitentiaires : « arrêter » avec les peines courtes. « Il y a des années qu’on sait que la prison, sur les courtes peines, génère de la récidive, c’est presque mécanique. Il faut arrêter ! Ça désocialise, ça coûte cher et ça fait de nouvelles victimes », a-t-elle lancé.

Et que compte faire la ministre ? Abroger une partie de Code pénal ? La loi Dati de 2009 permet déjà d’éviter une peine de prison de moins de deux ans (un an pour les récidivistes). Les condamnés concernés se voient alors proposer un aménagement de peine pour éviter de remplir les cellules. Au 1er mai 2011, selon le ministère de la Justice, 17,5% des personnes condamnées bénéficiaient d’un aménagement de peine, contre 14,1% en mai 2009. Une évolution surtout due au placement sous bracelet électronique.

Bien évidemment, pour éviter la surpopulation carcérale, l’autre solution aurait été de construire plus de places de prison. Mais une des premières annonces de Taubira a été de réduire le plan de construction prévu par la droite de 80 000 à 63 000 places d’ici 2017. La faute à la rigueur encore. Les aménagements de peine ne sont alors qu’une excuse pour éviter un coûteux plan de construction de places de prisons. Le risque est de substituer une logique budgétaire et non de dangerosité dans l’extension de ces aménagements.

Certes, d’un point de vue légal, les condamnés évitant la prison ne sont pas relâchés dans la nature. Et pour suivre ces condamnés, il faudrait augmenter les effectifs des services pénitentiaires d’insertion et de probation (SPIP). Le manque de moyens des SPIP avait déjà été pointé en 2011 après l’affaire de Pornic, le meurtrier présumé Tony Meilhon ayant pu échapper à sa mesure de « surveillance judiciaire » prise après sa dernière incarcération.

Mais avec Taubira, ce sera toujours les vaches maigres pour les SPIP. Les maigres effectifs supplémentaires promis pour la justice devraient prioritairement servir au fonctionnement des tribunaux, notamment pour les greffiers. La ministre de la Justice a toutefois assuré : « Ça fait partie de mes priorités de rétablir un volet suffisant de conseillers pénitentiaires ». Un vœu pieu quand on sait que Bercy ne lui donnera pas les moyens de sa politique. Preuve que la cible de Bruxelles, ce n’est plus seulement l’Etat social, c’est aussi l’Etat pénal.

*Photo : Parti socialiste

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