La mort n’est assurément pas de notre temps. Elle a le mauvais goût de constituer aujourd’hui encore un événement tragique ; et la tragédie, c’est dépassé et c’est pas cool. Dieu merci, la post-modernité a convoqué l’un de ses génies pour remédier à cet épineux problème, en la personne de Philip Nitschke, l’auto-proclamé « Dr Death ».

Sarco, un coup de Kärcher sur le « précieux don de la vie »

Cet ancien médecin australien, qui a renoncé à son certificat pour se consacrer pleinement à d’honnêtes activités de militant pro-euthanasie, a conçu une machine imprimable en 3D permettant de se suicider. L’invention, baptisée « Sarco » en référence à sa forme de cercueil, est fournie avec une cartouche d’azote que l’utilisateur active en appuyant sur un bouton. L’azote provoque une sensation de trouble, puis une perte de conscience, et tue son homme en cinq minutes, le tout garanti sans douleur.

Mais il y a mieux : plein de sollicitude pour ses patients, l’ex-docteur Nitschke veut leur offrir la meilleure des morts possibles, comprenez la plus excitante. C’est comme au cinéma : le cercueil est fourni avec un casque de réalité virtuelle reproduisant la sensation de mourir face à un coucher de soleil ou avec vue sur la mer. Un prototype a été présenté au Salon du funéraire d’Amsterdam, mais le « Dr Death » ne compte pas s’arrêter là. Défendant le droit pour tout homme de « se débarrasser du précieux don de la vie quand il le souhaite », comme on revend ses cadeaux sur Ebay après Noël, il compte partager les plans de son invention en « open source » sur le site de son ONG, Exit International. Chacun pourra alors se procurer le plan, la cartouche d’azote et un code permettant de l’activer, à la condition d’avoir répondu préalablement à un test en ligne témoignant de ses bonnes intentions suicidaires.

L’adieu aux larmes

Rassurez-vous, vous pouvez continuer, si jamais vous le souhaitez, à vous ronger les sangs en attendant la Faucheuse, car Philip Nitschke n’a pas réalisé le fantasme prométhéen ultime : il n’a pas vaincu la mort ni trouvé la recette de la vie terrestre éternelle. Mais il a fait encore plus fort : son invention fait passer la mort du registre du tragique à celui du cool. C’est-à-dire du manageable, du contrôlable, du prévisible, du profitable, du désirable, du divertissant, du festif. Tout le contraire de la tragédie. Avec « Sarco » se dessine la possibilité d’intégrer au domaine du cool le dernier pan de la vie humaine qui semblait lui échapper : son terme.

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Voyons-y en tout cas une bonne façon de régler enfin la crise démographique. Ouvrons la vanne du suicide pour tous, et il y aura fort à parier que, la mort devenue indolore et plus excitante qu’une longue vie monotone, des foules de badauds se précipiteront pour obtenir leur « Sarco ».

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