Imaginons des hommes politiques français participant à une campagne de pub valorisant la mort volontaire comme preuve ultime de liberté… Ce qui est impensable dans l’Hexagone se fait en Suisse à travers des clips diffusés par des chaînes de télévision.
Une excellente journaliste, Anna Lietti, observe que le temps où le suicide assisté permettait de soulager les maladies incurables et d’échapper à l’acharnement thérapeutique est révolu. Aujourd’hui, comme le dit une députée bâloise qui revendique avoir toujours pris ses décisions par elle-même, il serait inadmissible qu’elle ne dispose pas de ce privilège jusque dans le choix de sa mort. « Décider soi-même dans la vie, comme dans la mort », tel est d’ailleurs le slogan de l’association Exit, qui milite pour élargir les possibilités de recourir à une assistance au suicide.

Le suicide assisté, qu’on s’en réjouisse ou qu’on le déplore, tend à devenir « la version acceptable » du suicide. Même les personnes atteintes de troubles mentaux y ont droit. À vrai dire, chacun devrait pouvoir bénéficier de cette nouvelle forme de liberté et surtout des modalités confortables qui lui sont associées. Faut-il pour autant faire de la publicité pour cet ultime voyage, comme s’il s’agissait d’une croisière sur le Nil ?, se demandent dans un combat d’arrière-garde quelques réfractaires à l’aseptisation de la vie comme de la mort. D’autres, plus terre-à-terre, s’indignent qu’on dépense encore de l’argent public dans les campagnes de prévention contre le suicide. Les plus démagogues, enfin, reprennent l’éternel argument des enfants et des adolescents auxquels il faut inculquer l’amour de la vie.

Libérés, délivrés ?

Quant aux psychiatres – on ne va quand même pas toucher à leur gagne-pain – ils expliquent que le désir de mourir est quelque chose de grave, de douloureux et de complexe et qu’il est pour le moins étrange de le traiter avec une telle désinvolture. Je me garderai bien de trancher, mais je rappellerai toujours à ceux qui, pour des raisons religieuses – l’homme appartient à Dieu – ou politiques – l’homme appartient à la société -, s’opposent au suicide ce mot de Benjamin Constant : « Le suicide est un moyen d’indépendance et à cet égard tous les pouvoirs le haïssent. »