En pointant l’antiracisme sélectif qui tient lieu d’idéologie aux fers de lance du musèlement du débat public que sont le MRAP, la LICRA et SOS Racisme, Jean-François Copé a incontestablement marqué des points dans sa course-poursuite contre François Fillon en pleine campagne interne de l’UMP. Son livre-programme Manifeste pour une droite décomplexée a déjà atteint son but : libérer la parole à droite, cliver, bref tout faire pour se distinguer de la tiédeur toute balladurienne de son meilleur ennemi Fillon. Il aura suffi d’un bref passage, au demeurant inoffensif, dans lequel Copé narre les mésaventures d’une de ses administrées meldoises confrontée à la famille du racketteur de son fils, laquelle n’a pas trouvé mieux que de renvoyer sa victime à ses origines « gauloises », pour susciter le scandale. Tirant de ce fait divers une leçon de choses, Jean-François Copé lâche le mot qui fâche : « racisme anti blanc »… non sans rappeler que la xénophobie et les discriminations touchent toutes les catégories de Français, glissant même au passage un poncif lénifiant sur la blancheur de nos élites.

Il n’en fallait pas plus pour relancer la machine à diaboliser. Douze ans après la fondation de l’UMP, nous voici revenus aux heures les plus sombres du RPR, lorsque « Facho Chirac » parlait du bruit et de l’odeur des immeubles à population immigrée ou que Giscard regrettait « l’invasion » de l’hexagone par des groupes allogènes. Copé droitard, Copé plus sarkozyste et buissonniste que le couple Sarkozy-Buisson : si ce n’est pas un axe de campagne fort face au consensualisme gestionnaire de François Fillon, ça y ressemble…
L’avenir nous dira si Copé parvient à décoller des sondages, qui voient systématiquement l’ancien chef du gouvernement caracoler en tête des intentions de vote des sympathisants et militants UMP. En attendant le verdict du marc de café statistique, une chose est sûre : Copé compte sur ses adversaires idéologiques pour se construire une image « décomplexée ». À ce petit jeu, SOS Racisme n’est pas en reste. Ni une ni deux, aussitôt les bonnes feuilles du projet de Copé éventées, les chiens de Pavlov de l’indignation sur commande ont crié au loup. Oubliés Millet et sa prose acide de crucifié « blanc, hétérosexuel et catholique », c’est maintenant au tour de Copé de s’attirer les foudres du PS et de son satellite « antiraciste ».

« Un cynisme politique effarant, sans éthique, sans morale » s’insurge SOS avec les mots de Marine Le Pen, arguant que « les premières victimes de discriminations dans notre pays sont les personnes issues de l’immigration, des Dom-Tom, les femmes, les Juifs, les homosexuels » – ce que le prudent Copé n’a par ailleurs jamais nié. Accusant l’impétrant droitier de vouloir braconner sur les terres de l’extrême droite, le sénateur PS François Rebsamen n’y va pas de main morte en l’associant au Bloc Identitaire. À l’unisson, la gauche de gouvernement dénonce une manœuvre politicienne en montrant du doigt l’immoral Copé qui surfe sur le ressentiment du petit peuple blanc, à l’instar des extrémistes de droite tant honnis par les médias et la classe politique. Il est vrai que SOS Racisme est en droit de regretter l’instrumentalisation du racisme et des luttes communautaires, elle qui n’a jamais spéculé sur la mort de Malik Oussekine. Quant au PS, il peut assurer sans coup férir que le carton plein de François Hollande en banlieue lors de la dernière présidentielle n’a rien à voir avec une quelconque démagogie victimaire, communautaire et anti-islamophobe.
En fin de compte, tout le monde gagne à ce petit jeu de dupes. L’image du Copé droitier rehaussée pour aller séduire l’électeur UMP courroucé, la vertu du PS une nouvelle fois démontrée, que demander de plus ?
Un soupçon d’honnêteté intellectuelle et politique, peut-être.

Car, à bien y réfléchir, je ne connais qu’une seule victime collatérale de cette énième polémique politicienne : le vulgarisateur de la notion de « racisme antiblanc ». Un certain Tarik Yildiz, chercheur en sociologie, qui s’est appuyé sur des faits sonnants et trébuchants pour mettre en évidence la nouvelle forme de racisme biologique qui fleurit en banlieue.
Ce courageux jeune homme n’est pas cité- mais faut-il le regretter ?- dans la généalogie du concept que trace le blog « droites extrêmes » du Monde, ce dernier préfèrant se cloîtrer dans l’intellectualisme antifa plutôt que de s’interroger sur la pertinence sociologique du « racisme anti blanc ».

Fini le temps où Jean-François Copé vitupérait contre le « populisme » pour soutenir Sarkozy en campagne. Désormais, il roule pour son propre compte et peut donc épouser les vues du peuple de droite sans broncher. Faute de se démarquer économiquement du PS, puisqu’il s’apprête à voter avec ses troupes parlementaires le traité budgétaire européen Sarkozy-Merkel-Hollande, Copé aura au moins réussi à esquisser les premiers traits des valeurs de l’UMP. Comme quoi, le sociétalisme se porte aussi bien à droite qu’à gauche…

*Photo : UMP Photos

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