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Soirée Taubira au Rond-Point : la Lune et le doigt

Théophane, vous critiquez la marche du 30 novembre à Paris contre le racisme et la soirée antiraciste organisée le 2 décembre au Théâtre du Rond-Point. À trop porter votre attention sur ces manifestations, vous en venez, mécaniquement pourrait-on dire, à minimiser les causes qui les ont produites, à savoir les insultes proférées par une fillette à l’encontre de Christiane Taubira et auparavant les comparaisons entre la ministre et un singe, faites par une ancienne candidate FN aux municipales.

« Comme on entend tous les jours dans une cour de récréation », écrivez-vous à propos des joyeusetés prononcées par la fillette. Cette remarque tend (ce n’est peut-être pas votre intention) à relativiser la portée des paroles prononcées. À force de vouloir éviter la reductio ad hitlerum, on en finit par ne plus savoir différencier ce qui est dans l’ordre des choses de ce qui ne doit pas l’être. Ce n’est pas parce que des insultes de type raciste se font entendre à la récré qu’elles conservent un statut de cour d’école, dans la rue, au passage d’un individu, ministre ou non. Elles en acquièrent un autre, beaucoup plus puissant. Elles ne sont plus un jouet en plastique mais une arme dont les balles, pour être verbales (tiens, je slame), n’en sont pas moins réelles.

Ces comparaisons animalières, dans ce qu’elles avaient et gardent de haineux, visaient les juifs avant la Seconde Guerre mondiale – le personnage déguisé en guenon dans « Cabaret », la comédie musicale de Bob Fosse. Cela ne signifie pas qu’un processus d’extermination soit en cours en France, cela veut dire que la passé nous oblige. Ce n’est pas parce que certains ont surfé et continuent de glisser corps huilé sur le devoir de mémoire que nous devons ignorer les vagues de racisme quand elles se présentent (l’horaire des marées est là-dessus mal renseigné). Les pouvoirs publics ont eu raison de réagir fermement aux propos de cette petite fille.

Nous en sommes aujourd’hui au point où nous ne nous indignons plus, quand nous le pourrions pourtant, au motif que ce serait là donner des gages au « camp d’en face ». On en est à bouder son plaisir, pire, à regretter la défaite quand la France se qualifie pour la coupe du monde de football au Brésil. C’est bien dommage, d’autant plus que la victoire, contrairement à ce qui a été dit par des esprits chagrins, a été obtenue de très belle manière. À force de refuser d’être un idiot utile, on risque de perdre toute utilité et on a de grande chance de finir idiot.

 


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est journaliste.

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