L’ennui avec Schnock, c’est que chacun de ses numéros est un obstacle tenace à la morosité et au mauvais esprit qui nous servent parfois de parades à la déprime. Du coup, sans autre forme de provocation, on est obligé de s’extasier devant ces mooks si bien chiadés : du dessin de couverture signé Erwann Terrier à ses drôles de verbatims, « la revue des vieux de 27 à 87 ans » nous démontre que le kitsch n’a pas d’âge.
Depuis mercredi, Serge Gainsbourg est à l’honneur du numéro de printemps, la clope et la barbe de trois jours au vent, avec comme inévitable légende : « La Nostalgie, camarades ! ».
Au programme, back to the seventies, lorsque le quasi quinquagénaire Lucien Ginsburg rongeait son frein, ringardisé par la modernité musicale du moment. À l’écart des sentiers battus, Schnock a retrouvé le groupe Bijou, avec lequel Gainsbarre orchestra son come-back avant d’enregistrer « Aux armes et cetera » dès 1979. Une période occultée mais essentielle de la bio gainsbourienne, comme le confirme le grand Jacky Jacubowicz, interrogé par Laurent Jaoui. Quoique sincèrement admiratif,  Schnock ne donne pas dans la flagornerie ou l’admiration béate. « Quand Gainsbourg se goure », ou le top eight de ses pires errances musicales vous le confirmera : de Viktor Lazlo à Claude François et Martin Circus, les victimes des pannes d’inspiration de Gainsbourg se comptent sur les doigts de deux mains !
Mais Schnock, c’est aussi la sélection des meilleurs apéritifs (mention spéciale aux stars sur le retour comme la noix de cajou et le saucisson à l’ail), une recension signée… Arnaud Le Guern, les tribulations cinématographiques du bull-terrier Baxter et le récit de l’étrange histoire entre Jean Seberg et Romain Gary. Que demander de plus ?

Schnock n°6 « La nostalgie, camarade » (La Tengo éditions).

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Daoud Boughezala
est rédacteur en chef de Causeur.