Vous aussi, vous avez été ému par la démission « surprise » de Nicolas Hulot ? Si « la maison brûle » comme l’affirmait il y a 15 ans un vieux macroniste très connu (Jacques Chirac), nous ne regardons plus ailleurs : l’écologie est sur toutes les lèvres. Mais la « pensée magique » des peoples et les marches contre l’Apocalypse relayées par les télés ne servent à rien.


Les vacances sont derrière nous. Après avoir arpenté le sympathique pays diois où les autocollants « stop Linky » se disputent une place à côté du « stop pub » des boites aux lettres des rebelles du dimanche, il est grand temps pour votre persifleur de faire la chronique des nouveautés du PAF. Sur le vélo elliptique de la salle de sport, je réfléchissais à comment regrouper dans une page toutes les atrocités télévisuelles que j’ai déjà pu entrapercevoir. Les nouveaux intervenants du groupe TF1 ne seraient-ils pas en train de gauchiser singulièrement les antennes de Bouygues ? Quel feuilleton français quotidien (TF1, France 2 ou France 3) devons-nous suivre en cette rentrée, nous autres hommes d’esprit ? Comment ne pas avoir l’air trop ridicule sur un vélo elliptique? Comment ordonner l’article ? Une gageure.

Las ! Les réponses à ces questions essentielles attendront un prochain article. La démission « fracassante » de Nicolas Hulot et les mille péripéties qu’elle a entraînées viennent perturber le programme.

Edition spéciale : Hulot parle

Sur les écrans des vélos elliptiques, BFM TV passe tout à coup en « édition spéciale ». Et quand c’est le cas, vous pouvez être sûr que la grande Histoire se remet en branle: rentrée des classes, orages dévastateurs sur la forêt landaise ou mariage de Francky Vincent. Le 4 septembre, c’était pour signifier l’importance (!) de la passation de « pouvoirs » entre Hulot et de Rugy. Le pouvoir de changer le climat, ce n’est pas donné au premier venu. « Edition spéciale : Hulot parle ». Ça y’est, il est sorti du coma ? Quels ont été ses premiers mots ? S’en suit un grotesque discours que les gazettes ont longuement commenté, où le Ministre sortant « ému » ne pourra retenir quelques larmes devant un de Rugy attendri. Après Mylène Farmer à Bercy, voici le ministre d’Etat Droopy à l’Ecologie ! Séquence que les médias nous repasseront en boucle avec délectation. Reconnaissons qu’il la fait super bien l’émotion, notre Gaulois réfractaire parti sans crier gare : « Vous ne me facilitez pas la tâche snif snif ». Et un peu plus tard : « Nous ne lâcherons rien : osons l’espoir et l’utopie. […] Soyons disruptifs, créatifs et unis. »

Après sa « spectaculaire » démission interprétée en exclusivité pour France Inter, c’était un deuxième « moment de grâce ». Et il est interdit d’en rire. Son bilan de 15 mois à l’Ecologie n’est-il pas extraordinaire ? Début août, Le Monde titrait pourtant en Une « Réchauffement : 2017, année de tous les records ». Si les records sont le plus souvent célébrés, ceux du climat, eux, c’est plutôt mauvais signe. Un consensus a émergé pour convenir que jamais les thermomètres ne se sont autant excités que ces dernières années, même si du temps de l’extinction des dinosaures, les relevés météo étaient moins précis.

Abracadabra, sauvons le climat !

A l’appel lacrymal de Saint-Germain-des-Prés de l’acteur-ministre a vite répondu un défilé de belles âmes. Autant d’acteurs (au sens propre comme au sens figuré) pressés de se joindre à la pièce tragi-comique dont Hulot avait assuré le premier acte. Toutes les boniches de la cause terrestre signèrent une tribune-à-intérêt-relatif d’anthologie dans Le Monde, le 3 septembre. Puis, dans Libé, sortit le 7 un appel de scientifiques qui avait au moins la pertinence de relever que les accords de Paris auraient dû ne pas être « la fin mais le commencement d’un processus ». En toute logique, Juliette Binoche et ses affidés contribuèrent à quelque préservation de nos forêts, la grotesque vacuité de leur énième et ressassé appel écolo en Une du Monde ne pouvant qu’accélérer la baisse du tirage papier du prestigieux quotidien.

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Fustigeant les obscurs lobbies travaillant à l’anéantissement de la nature et des petits animaux mignons sur toutes les ondes, tout ce petit cirque est allé crescendo dans l’émotion Bisounours. Même si le bilan carbone annuel de ces artistes réunis doit être celui d’une ville de 100 000 habitants avec tous leurs déplacements de festivals en avant-premières chics.

Apothéose samedi dernier, avec le bon peuple qui était invité à marcher dans les rues. « Des milliers de personnes réunies à travers la France pour sauver le climat », se réjouit Le Figaro en titre, le 8. Mais sont-elles arrivées à temps pour le sauver de la noyade ? Le climat ne sait pas nager, mais fallait-il vraiment que des milliers d’individus (50 000 communiants à Paris selon les associations, 18 500 selon la préfecture) se portent à son secours alors que François de Rugy est déjà à sa rescousse ?

La course ou la vie

Les plus prestigieux éditorialistes politiques et littéraires du pays, Christine Angot et Charles Consigny, étaient partagés, samedi, quant à l’espoir que le citoyen pouvait placer en lui. Après avoir eu une semaine pour préparer sa copie, Angot se contenta de dire calmement qu’elle était triste car il est évident que de Rugy n’a « pas de lien avec les gens » quand Hulot jouissait lui de cette « proximité » naturelle. Façon sournoise d’enterrer cet opportuniste de François de Rugy sans en avoir l’air… Consigny, plus mesuré, pensait qu’il fallait « donner sa chance au produit » même s’il n’avait pas le « charisme » de l’ex-animateur d’Ushuaïa. Ils avaient bien bossé le dossier. À croire que le nivellement par le bas orchestré par nos médias télévisuels et dénoncé par Frédéric Taddéï dans Causeur est bien avéré.

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Ils auraient pourtant pu dire l’évidence aux téléspectateurs : dans la Macronie néolibérale où les entreprises font semblant d’avoir une « conscience sociale » pour mieux nous refourguer leurs cochonneries, et où les citoyens font semblant de détester le capitalisme, le nœud du problème écologique est bien que la « transition écologique » impliquerait la décroissance. Or exploser le seuil de 2% de croissance est l’objectif numéro 1 permanent. Peu de monde croit encore aux fadaises longtemps évoquées de « centaines de milliers d’emplois verts » que pourrait amener une telle transition. Et comme à part deux ou trois bobos qui se sont remis au vert « en régions » façon mormons, personne n’est enthousiaste à l’idée de reprendre le chemin des potagers. Hulot et tous les signataires de brûlots pour éco-gogos sont comme moi sur le vélo elliptique. Ils remuent beaucoup mais font du sur-place. Mais ne vous avisez pas de vous moquer de nous.

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