Quelques réflexions en vrac, dans un ordre vaguement chronologique, depuis hier onze heures jusqu’à ce matin, même heure.

Tout d’abord, la radio m’apprend qu’il y aurait « une prise d’otages dans le village de Saint-Etienne-du-Rouvray, en Normandie ». À chaque fois, ou presque,  qu’il se passe quelque chose dans une ville provinciale de moins de 100 000 habitants, le confrère de service décrète spontanément qu’il s’agit d’« un village », alors qu’en fait, là,  c’est une ville de 30 000 habitants dans l’agglo de Rouen. Pour ces journalistes, il y a l’Île-de-France, les capitales régionales, Chamonix, Deauville, la Riviera et, à la rigueur, les Hauts-de-France et leurs consanguins qui votent mal. Tout le reste, c’est du ressort de Jean-Pierre Pernaut et de ses sabotiers-rémouleurs ? On ne vous demande pas d’aimer la France, les confrères, mais au moins de la connaître un peu. C’est si dur que ça de taper Saint-Etienne-du-Rouvray dans Wikipédia ?

Si certains journalistes méritent qu’on leur tire les oreilles, d’autres donnent des envies de gnons. Honnêtement, je collerais bien une beigne aux lavettes de confrères qui persistent, alors que les faits sont établis, à parler de « présumés » terroristes sur les chaînes d’infos. À défaut de mandales – qui resteront au stade de la pulsion pour cause de surmoi –  on parlera désormais de présumés journalistes de chaînes présumées d’info.

Par charité chrétienne, on n’épiloguera pas sur la déclaration filandreuse de l’archevêque de Rouen, en direct depuis les JMJ de Cracovie. La seule idéologie criminelle mise en accusation par Mgr Lebrun, c’est le communisme. Cherchez l’erreur. Par ailleurs, Monseigneur parle, je cite, de « trois victimes »,  incluant au nombre de celles-ci les auteurs de l’assassinat. Cherchez l’horreur.

Sur BFM, justement, on interviewe, à chaud, à quelques mètres des lieux du crime, un autre victimologue, l’intérimaire de Monseigneur Lebrun, le vicaire général de l’archidiocèse de Normandie. Celui-ci incrimine uniquement notre société « malade » qui génère « de l’exclusion ». Que ces gens sont fatigants ! Mais après tout, chacun son job : Dieu pardonne, moi pas. Je m’explique, ci-dessous, avec l’aide du Bon Dieu, justement. Si c’est bien lui qui a rédigé la Bible, qu’il en soit remercié.

Les plus rockers d’entre nous connaissent tous l’Ecclésiaste 3:1-15 grâce à sa mise en musique par le grand Pete Seeger et sa reprise par les Byrds. 
Il n’est pas inutile de s’y replonger pour tous ceux qui pensent que les seules urgences du moment sont le recueillement, la prière et le pardon à tous ceux qui nous ont égorgés.

Extraits :

À toute chose sa saison, et à toute affaire sous les cieux, son temps.
Il y a un temps pour naître, et un temps pour mourir ; un temps pour planter, et un temps pour arracher ce qui est planté.
Un temps pour tuer, et un temps pour guérir ; un temps pour démolir, et un temps pour bâtir.
Un temps pour pleurer, et un temps pour rire ; un temps pour se lamenter, et un temps pour sauter de joie.
Un temps pour jeter des pierres, et un temps pour les ramasser ; un temps pour embrasser, et un temps pour s’éloigner des embrassements.
Un temps pour chercher, et un temps pour laisser perdre ; un temps pour conserver, et un temps pour jeter.
Un temps pour déchirer, et un temps pour coudre ; un temps pour se taire, et un temps pour parler.
Un temps pour aimer, et un temps pour haïr ; un temps pour la guerre, et un temps pour la paix.

Oui, il y a un temps pour la paix, qui viendra dès nous aurons gagné cette guerre, là-bas et surtout ici-bas contre l’ennemi intérieur. En géopolitique, je crois que l’Ancien Testament me convainc plus que le Nouveau.

Patatras, sur iTélé, l’abbé Grosjean, curé de la paroisse de Saint-Cyr-l’École, me fait changer d’avis aussi sec : « Le seul moyen d’éviter les guerres de religions, explique-t-il,  c’est de faire la guerre au terrorisme islamiste. » Qu’attend-on pour le nommer évêque (ou ministre) ?

Autre bonne nouvelle en cet après-midi médiatique légèrement sociopathogène, l’excellente tribune sur Lemonde.fr de Frédéric Encel et Yves Lacoste.

Extrait : « Face à une idéologie fanatique, il est vrai que l’emploi du RAID, des régiments de parachutistes et des forces spéciales, absolument nécessaire, ne suffit pas. L’islamisme radical incarne une forme de romanisme révolutionnaire morbide, opposons-lui pour paraphraser Max Weber, le ré-enchantement de la nation républicaine. »

Rien à ajouter, donc, enfin presque : pourquoi diable avoir choisi d’illustrer ce texte sur le « réenchantement de la nation républicaine » avec deux ministres sur fond de drapeau européen ? Je hasarderai bien une hypothèse : le chef du service photo du Monde est en vacances, et c’est Arnaud Leparmentier qui le remplace en juillet.

Sur iTélé, vers 21h, Virginie Duval, présidente de l’Union syndicale des magistrats, défend mordicus ses quatre collègues qui ont fait libérer le déjà djihadiste et futur égorgeur Adel Kermiche « qui présentait de réelles garanties de réinsertion ». Elle s’est refusée à envisager que ces juges aient pu commettre une erreur. Et elle a bien sûr condamné par avance tout durcissement de la législation antiterroriste. Heureusement quelques minutes plus tard, le procureur Molins sera beaucoup moins confraternel, insistant lourdement sur la demande du parquet de garder en taule Adel Kermiche, demande refusée par ses collègues. Il paraît qu’une pétition fait un malheur sur Internet. De bonnes âmes exigent que les médias ne nomment plus les terroristes, « pour ne pas leur faire de pub ». C’est un poil neuneu, in my opinion, mais ça part d’un bon sentiment. Mon problème, à moi est ailleurs : les juges qui ont libéré le double djihadiste Kermiche ont-ils des noms ? Et si oui, lesquels ?

Une devinette pour finir : nous reproduisons ci-dessous deux tweets sur l’assassinat du Père Hamel. Le premier émane d’une ado décérébrée de Rhône-Alpes et le second, d’un éminent confrère de Libé. L’un me paraît encore plus problématique que l’autre. Saurez-vous deviner lequel ?

Dossier: les attentats de Nice et Saint-Etienne-du-Rouvray, par magazinecauseur

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Marc Cohen
est rédacteur en chef de Causeur.est rédacteur en chef de Causeur. Pilier du Groupe d’Intervention Culturelle Jalons, il a notamment été rédacteur en chef de "L’Idiot International ".