Si vous voulez découvrir un visage inédit de l’Afrique du sud, courez à la Gaîté Lyrique cette semaine voir les photographies de Roger Ballen : électrochoc en perspective… D’origine américaine, ce photographe scrute depuis 1982 les failles de la « nation arc-en-ciel » à travers des images noir et blanc sublimes. Il s’est intéressé très tôt à ceux que personne ne voulait voir, les Blancs pauvres abandonnés par le pouvoir, des marginaux souvent atteints de troubles mentaux. Quiconque a croisé ses portraits de familles miséreuses ou ses photographies d’intérieurs délabrés les gardera longtemps en mémoire. C’est le but de toute image selon Roger Ballen : lors d’une rencontre publique, samedi dernier, le photographe a expliqué que chaque image devrait contaminer le spectateur comme un virus.

Depuis 2000, ses photographies relèvent toutes de la mise en scène : on y voit des animaux (rats blancs, oies, chats, serpents), des objets récurrents (cages, fils électriques, têtes de poupées) et des corps fragmentés. Roger Ballen assume cette théâtralité et se revendique à la fois formaliste et surréaliste, mais les titres de ses œuvres montrent que c’est bien la souffrance qui guide sa démarche.

Dans les dernières images, l’humain s’efface au profit de graffitis et de silhouettes esquissées sur les murs sans que l’on puisse oublier les visages photographiés dans les années 1980. Le célèbre portrait des « jumeaux » reste l’image emblématique du travail de ce photographe : face à ces deux hommes blancs qui portent sur leur visage les traces des tares congénitales, on pense à Diane Arbus ou David Lynch et on se sent confronté à un abîme qui éventre le visible. Une œuvre photographique aussi puissante que celle de Ballen aurait d’ailleurs mérité une véritable exposition plutôt qu’un simple diaporama (certes gratuit) présenté pendant à peine une semaine.

Entre fantasmagorie et hôpital psychiatrique, les photographies de Roger Ballen creusent le réel au-delà des apparences pour en rapporter des trésors enfouis : précipitez-vous donc voir ce qu’il a découvert de sombre et magnifique depuis trente ans !

Diaporama Roger Ballen, La Gaîté Lyrique (Paris), jusqu’au 1er novembre.

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garde un attachement indéfectible au monde arabe depuis son garde un attachement indéfectible au monde arabe depuis son enfance passée en Irak dans les années 1980 . Elle est spécialiste des langues et des cultures du Moyen-Orient. Depuis quelques années elle mène une vie parallèle dans le monde de l'art en tant que photographe.
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