Une biographie sur l’enchanteur du Delta.


À l’heure du « Black lives matter », d’une madame Obono susceptible et des indigénistes fous, sort bien opportunément, et en traduction française, la biographie définitive de Robert Johnson, Et le Diable a surgi de Bruce Confort et Gayle Dean Wardlow.

Robert Johnson! Un noir issu du Delta, aux grands-parents esclaves et né dans la misère la plus crasse. Condamné d’avance par le destin… mais qui devint le bluesman absolu. Le bluesman par essence.

Le premier du club des 27 ans

Fureur de vivre, beat, rébellion rock ‘n’ roll, romantisme noir du blues… De tout cela, il fût le mythe premier. Lui qui attirait les femmes et les rendait folles, comme Elvis plus tard. Comme Valentino ou Brando. Ce qui, d’ailleurs, le perdit. Lui qui devait son improbable talent – selon la légende tenace – à un pacte faustien signé à un carrefour. Le blues, n’est-ce pas, c’est la musique du diable… Lui qui mourût à 27 ans. Le premier d’un club select. 27 ans ! Comme Hendrix, Brian Jones et les autres ; jusqu’à Kurt Cobain et Amy Winehouse.

Lui, black quasi illettré et fils de personne, qui pourtant sût écrire des blues qui évoquent parfois Maurice Rollinat, entre autres poètes symbolistes, par la force de leurs images impitoyables. Lui qui posa les fondations de tout ce qui allait devenir le rock ‘n’ roll et le blues moderne.

Deux photos pour toute une vie

Robert Johnson. Dont même les rares photos existantes (deux en tout et pour tout) prêtent à polémique : on n’est même pas sûr de son visage. En fait, on n’est sûr de rien. Il y eut depuis cinquante ans maintes recherches, articles, biographies, rumeurs. Universitaires comme passionnés de blues ont repris la route du Delta, cherchant témoignages d’époque et traces administratives. Tout est flou. Rien n’est sûr. Jusqu’à ce livre peut-être, qui réécrit l’histoire de l’homme et qui dit tout ou presque de l’Amérique des années 30, du vécu black, du blues d’alors.

Robert Johnson, dont on n’est sûr que d’une chose, finalement : les quelques plages qu’il enregistra en 1936, et qui ressortirent en 33 tours en 1961, ont subjugué toute une génération. Bob Dylan, Clapton et les Rolling Stones alors adolescents avaient trouvé leur maître. Un homme seul, assis avec sa guitare acoustique dans une chambre d’hôtel  devant un simple micro.

La veille de ce jour historique, Robert avait été cueilli par les flics locaux pour vagabondage et tabassé. Le début des sixties fut en Amérique la période du « folk boom », et Robert Johnson le parfait symbole pour cette gauche étudiante en chemise à carreaux: ces dévots voulaient leur blues austère et issu de la campagne, leur folk pur et dégagé de toute commercialisation.

Le contresens Johnson

Avec Johnson, ils avaient le mythe parfait, même s’il était basé sur un co

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Patrick Eudeline
est écrivain et musicien.
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