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Rihanna blasphématrice

Un morceau de musique avec un hadith en guise de paroles, pendant un défilé de lingerie

Rihanna blasphématrice
La chanteuse Rihanna en mars 2020 © Image Press Agency/Sipa USA/SIPA Numéro de reportage: SIPAUSA30209173_000011

Madonna jetait ses petites culottes dans le public, Rihanna provoque les bigots musulmans… Il faut dire qu’ils sont nombreux et très sensibles.


Vendredi 2 octobre se tenait le défilé de la marque de lingerie de la chanteuse Rihanna, Savage x Fenty.

Si le show impressionne par le prestige des personnalités qui y ont pris part et par la souplesse des mannequins, les réseaux sociaux ont décidé de le commenter pour une raison qui n’étonne presque plus : le blasphème.

On pourrait penser à un canular tant il est quasi impossible de comprendre les quelques onomatopées qui ressortent du morceau incriminé diffusé lors du défilé de Rihanna, mais le tribunal Twitter est formel : il s’agissait bien d’un hadith, c’est-à-dire d’un texte rapportant les propos ou les actes de Mahomet ou de ses compagnons.

Avec le Coran, les hadiths sont des textes considérés comme sacrés en Islam. Les modifier, les moquer, les critiquer, les imiter ou encore les chanter relève donc du blasphème. Les internautes se sont très vite agités sur Twitter pour dénoncer une atteinte à leur religion et ont appelé à boycotter la chanteuse américaine car non seulement elle a osé passer un morceau de musique avec un hadith en guise de paroles, mais tout cela pendant que des femmes défilaient en petite tenue.

Rihanna n’en est pas à son coup d’essai. Abonnez-la à Charlie Hebdo!

Rihanna n’en est pas à son premier « blasphème ». La chanteuse américaine avait défrayé la chronique en octobre 2013 lors de son passage à Abou Dabi pour un concert. Vêtue de noir et strictement voilée, elle avait organisé une séance photo non autorisée à la grande mosquée Cheikh Zayed avant d’en être expulsée par le personnel. « Elle a pris des photos qui ne correspondent pas au statut sacré [du lieu] » avait argué la direction de la mosquée dans un communiqué officiel.

Malgré ses poses jugées choquantes, ses fans l’avaient défendue sur internet et l’avaient même remerciée « pour le respect qu’elle montrait à leur religion » (L’islam, ndlr), car elle avait porté un voile islamique.

Pour l’heure, la pop-star américaine ne s’est toujours pas exprimée auprès des centaines de milliers de fans qui l’ont interpelée sur Twitter. Insultes, appels au boycott et malédictions pleuvent depuis hier soir. Quelques encouragements aussi, heureusement. Rihanna, qui a une relation d’amour avec le milliardaire saoudien Hassan Jameel, n’est pourtant pas une novice en matière d’islam. Ignorance ou provocation ?

En parlant de provocation, dans la soirée du lundi, l’émission TPMP diffusée sur C8, a eu la bonne idée de s’intéresser à cette affaire. Et sans surprise, comme au sujet de la jeune Mila qui a revendiqué son droit au blasphème, comme au sujet des caricatures de Charlie Hebdo, le programme le plus triste du PAF a soutenu l’obscurantisme allant jusqu’à laisser Meriem Debbagh, la nouvelle trouvaille de Cyril Hanouna, exprimer son envie d’assassiner la chanteuse Rihanna pour blasphème sans qu’aucune conséquence ne suive.

Cette dihadiste au décolleté plongeant perchée sur ses talons aiguilles a tout juste eu le droit à une remarque de son patron : « On ne peut pas dire ça ici », lui a-t-il lancé.

TPMP toujours aussi ignoble. Gilles Verdez en mode suppôt des salafistes et l’autre, en mode ayatollah qui a envie de tuer Rihanna pour ce « blasphème ». Tout va bien en France… le CSA va recevoir mon petit signalement.

Notre société par en couille.pic.twitter.com/qSM3tS2DzG

— MEHDI AIFA (@Mehdi_Aifa_AJR) October 5, 2020

Ce bad-buzz rappelle tristement la violence avec laquelle s’acharnent régulièrement les bigots sur les artistes. En 1999, C’est le célèbre chanteur libanais Marcel Khalifé qui s’était retrouvé sur le banc des assises pour avoir osé chanté un verset du Coran.

Plus récemment, c’est le groupe de rock Mashrou’e Leila qui avait subi les foudres de l’église maronite du Liban, des Frères Musulmans au Qatar en Jordanie pour avoir eu le courange d’exposer la réalité des conditions des homosexuels dans le monde arabe, et pour avoir usé de leur droit fondamental de critique des religions. Leurs concerts ont été annulés dans plusieurs pays, notamment à Byblos (Liban) pour « éviter une effusion de sang ».

Fossé civilisationnel

Les années passent et le fossé civilisationnel entre occident et monde arabo-musulman se réduit de plus en plus lorsqu’il s’agit de blasphème, des libertés de conscience, d’expression et d’opinion. On ne compte plus les intellectuels, les journalistes et les militants qui ont fait les frais de l’obscurantisme islamiste en Occident, parfois au prix du sang. Est-ce le tour des artistes ?

Si l’on en croit les bons esprits, c’est une infime minorité de musulmans qui est contaminée par l’islamisme (pratique fondamentaliste de l’islam), soit ! Dans ce cas-là rappelons à cette « infime minorité » que l’orthodoxie qui leur commande de condamner et persécuter les blasphémateurs, leurs interdit pareillement d’écouter la musique. La cohérence voudrait donc qu’ils s’appliquent dans leur pratique, s’épargnant ainsi les outrances de l’occident et nous épargnant par la même occasion leurs torrents de haine.

 


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