Les carnets de Roland Jaccard


Ce 14 octobre 1928, j’aurais aimé être dans la foule qui se pressait à la gare de Berlin – il y a même une fanfare – pour accueillir la jeune actrice américaine. Pendant des mois, Georg Wilhelm Pabst a cherché frénétiquement dans les studios, dans les bars, dans la rue celle qui pourrait être Lulu, c’est-à-dire la femme dans toute sa perversité, une créature par-delà le bien et le mal. Il a même songé à Marlène Dietrich – trop âgée, trop transparente à son goût – avant de remarquer Louise Brooks dans Une fille dans chaque port de Howard Hawks. Il a aussitôt décelé en elle cette naïveté enfantine dans le vice qui irradiera d’un charme vénéneux son film.

À quoi songe Louise Brooks au milieu de la foule berlinoise ? Elle a fui Hollywood, comme elle avait fui son Kansas natal à 15 ans et comme elle fuira toute sa vie la gloire, le bonheur ou l’amour. Pour seuls viatiques, elle a la lecture de Schopenhauer et sa jeunesse. Sa jeunesse, elle la consumera dans la débauche. Pabst lui ayant dit un jour qu’elle était née putain, elle lui rétorquera qu’il a peut-être raison, mais qu’alors elle est une putain minable qui n’a jamais rien possédé : ni hôtel particulier, ni argent, ni colifichets. Seul le roman de la déchéance l’attire. Voilà qui tombe bien : Loulou est l’histoire d’une déchéance, tout comme Le Journal d’

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Septembre 2020 – Causeur #82

Article extrait du Magazine Causeur

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