En novembre prochain, se déroulera une élection majeure. François Fillon et Jean-François Copé seront probablement les deux principaux candidats à la présidence de l’UMP. Pour Fillon, les choses sont entendues. Le Congrès UMP est une « avant-primaire qui permet à notre famille de bénéficier d’un président incontestable pour cinq ans ». Et il martèle : « Je ne suis pas candidat pour être secrétaire général de l’UMP, je suis candidat à la fonction qui était occupée par Nicolas Sarkozy ».

L’ex-Premier ministre, surnommé « Mister Nobody » à ses débuts à Matignon, rêve de ce moment depuis longtemps. Le sacre par les militants UMP avant le sacre par les Français. Se poser en homme providentiel contre le péril socialiste. Et ce n’est pas un hasard, s’il compte se présenter à la Mairie de Paris en 2014, un entraînement avant l’élection suprême.

A l’inverse, Copé craint cette logique du sacre. Auréolé du statut d’ex-Premier ministre, Fillon aura en effet bien plus de chance que le maire de Meaux si le congrès de novembre est transformé en répétition générale pour 2017. Aussi, l’actuel secrétaire général de l’UMP a prévenu son rival : « Cette élection ne vise qu’à une seule chose: donner aux militants de l’UMP le libre choix de celui qui va diriger avec une équipe notre parti durant une période très particulière, qui n’est pas celle de 2017 mais celle de 2012 à 2015 ».

Mais Fillon va plus loin. Pour 2017, il souhaite qu’une primaire ouverte aux sympathisants et non aux seuls militants soit organisée pour désigner le candidat officiel de l’UMP. Pour l’ex-chef du gouvernement, une primaire « est meilleure que les calculs d’appareil dont la transparence n’est pas la première des qualités ». Alain Juppé, autre ex-Premier ministre est du même avis : « Le futur président de (l’UMP) ne doit pas se présenter comme le candidat de l’UMP à l’élection présidentielle de 2017 ».

Face aux demandes internes du parti et au succès de la primaire PS, Copé a dû évoluer en recommandant finalement « un système très ouvert » pour désigner le futur candidat UMP. Refuser une telle évolution l’aurait fait passer pour un ringard au sein de son parti.

Mais ces prises de positions ne sont pas innocentes. Copé, à l’inverse de Fillon, n’a pas l’aura d’un ex-Premier ministre parmi la population. Pour les mêmes raisons, dès 2009, Ségolène Royal, en tant qu’ex-candidate à la présidentielle, était une des plus grandes partisanes d’une primaire ouverte pour 2012. En face, Hollande, à l’époque critiqué pour son manque de charisme, en retard voire non cité dans les sondages, et qui n’a jamais été ministre, était plus réservé. Par chance pour ce dernier, ces théories seront infirmées par les urnes à l’automne 2011.

Quoi qu’il en soit, ces débats internes autour des primaires PS ou UMP mettent au jour une certaine supercherie. On a cru que l’organisation d’une primaire ouverte était l’occasion de « retrouver le peuple », d’abattre les barrières entre partis et simples citoyens. En 2006, le PS avait déjà commencé à ouvrir le processus en créant les fameux adhérents à 20 euros afin de désigner son candidat à l’Elysée.

En vérité, en ouvrant leurs primaires, les partis cherchant à investir la scène médiatique, à occuper les journalistes fans de petites phrases et d’intrigues de couloirs avant l’élection majeure. Juppé a d’ailleurs avancé que « les primaires ont permis au PS d’occuper l’espace médiatique pendant des mois ». En 2006, Royal, DSK et Fabius avaient déjà débattu à la télévision. L’ouverture n’est alors qu’un prétexte pour un grand événement médiatique et sondagier. Une désignation par 2,6 millions de personnes fera toujours plus de bruit que le vote d’un bureau politique. La dernière primaire PS en est l’exemple.

Cette recherche permanente de l’évènement et de la médiatisation découle d’une dérive du système politique actuel. Avec l’élection du chef de l’Etat au suffrage universel, on ne vote pas pour le programme d’un parti mais pour un homme (ou une femme). On le choisit autant voire plus pour son charisme ou son expérience que pour ses idées.

Plus qu’une présidentialisation, c’est donc une personnalisation de la politique qui est mise en œuvre. La prolifération des sondages, la confusion entre vie privée et vie publique, le traitement médiatique superficiel, tout cela est à relier à un déclin des débats de fond au profit de la forme et de la course de petits chevaux.

Nicolas Sarkozy était allé très loin dans ce processus. Son accession à la présidence de l’UMP en 2005 avait tout du show à l’américaine. Il avait alors transformé l’UMP en club de supporters cherchant plus la quantité que la qualité des militants allant jusqu’à revendiquer 370 000 encartés fin 2007. Sa vie privée est devenu un feuilleton, il a commandé des sondages à la pelle aux frais du contribuable, travaillé son image médiatique à outrance.

A coté de ça, que sait-on de ses idées ? Est-il l’homme du bouclier fiscal ou l’ami des ouvriers ? Est-il l’homme du Kärcher ou celui se vante d’avoir nommé un « préfet musulman » ? On avait beaucoup glosé à tort ou à raison sur la capacité de Sarkozy à séduire les classes populaires. En vérité, l’ex-chef de l’Etat s’est surtout distingué par son talent à miser plus sur la forme que sur le fond. C’est visiblement sa contribution majeure à l’histoire politique française.

*Photo : UMP

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