J’avais alors 26 ans et j’arrivais de Lausanne, où les rapports entre les citoyens étaient paisibles et égalitaires. Qu’un professeur d’université ou un banquier se retrouvent au Café Romand avec un balayeur de rues semblait naturel. Qu’un conseiller fédéral − l’équivalent d’un ministre en France − se rende à Berne en train, sans garde du corps et en deuxième classe, allait de soi.
J’avais choisi Paris, le Paris des années 1960, pour y terminer ma thèse de doctorat. À peine, avais-je été engagé au Monde qu’on ne me considéra plus comme un vulgaire péquin, un roturier, voire un « petit Suisse », mais comme un individu d’essence supérieure.

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