Dimanche dernier le peuple grec a clairement dit « non » à la feuille de route d’austérité dictée à Athènes par ses bailleurs de fonds. Aujourd’hui il dit clairement « oui » aux 4 milliards d’euros que ces mêmes acteurs lui versent. Cette situation absurde ne peut pas durer. On ne peut tout simplement pas tenir la chaîne par les deux bouts : affirmer vouloir être membre de la zone euro – la position de deux tiers des Grecs, selon les sondages – et, en même temps, déclarer qu’on n’est pas engagé par les accords passés avec les autres membres de la dite zone.

Le peuple grec est souverain, il dispose de son destin et a donc le droit de décider de son avenir. C’est une lapalissade qu’il n’est pas inutile de rappeler : en tant que souverain, ce même peuple est obligé de choisir. Or, ce n’est pas ce qu’ont fait les électeurs grecs dimanche dernier .
Si la « chambre introuvable » qu’ils ont élue traduit leur colère, leur humiliation et leur volonté de vengeance, le rejet du mémorandum, la feuille de route dictée à Athènes par ses bailleurs de fonds, ne leur permet pas davantage de décider de larguer les amarres européennes pour prendre le large.

Les Grecs peuvent choisir de garder l’euro mais aussi renoncer à la monnaie unique pour retrouver la Drachme et la maîtrise des taux de change et d’intérêt. En revanche, le peuple grec n’a pas le droit d’obtenir le beurre de la souveraineté nationale et l’argent du beurre européen. Les Grecs doivent assumer les conséquences de ce qu’ils veulent en adultes responsables. Dimanche dernier, les Grecs se sont comportés comme des ados rebelles qui se paient un tatouage « je hais mes parents » avec l’argent de papa maman.

Car la situation de la Grèce n’est pas comparable à celles de l’Espagne, du Portugal, et encore moins à l’Italie et à la France. L’Etat grec traverse une faillite politico-financière telle et l’économie nationale y est si arriérée que l’effacement de l’intégralité de la dette hellène ne changerait rien au déficit structurel : une nouvelle dette se créerait aussitôt. Même le plan le plus « pro-croissance », le plus « hollandiste » que l’Europe puisse élaborer aujourd’hui, ne suffira pas si la Grèce ne change pas radicalement de culture politique et étatique.

Ainsi, de deux choses l’une : soit la classe politique grèque arrive à créer une coalition capable de décider rapidement, soit il faudra de nouvelles élections, accompagnées cette fois d’un ultimatum fixant un délai pour décider d’une sortie ou d’un maintien dans l’Europe. Une chose est sûre : la situation actuelle, qui veut que les Grecs acceptent l’argent européen tout en fustigeant les peuples qui le lui prêtent, ne peut pas durer.

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