Edouard Louis (Photo : Hannah Assouline)

Sept mille cinq cents signes, ce n’est pas mal. Je peux m’offrir un petit chapeau. Il ne serait pas mauvais, pour que tout soit bien clair, d’exposer en deux mots mon douçaparle.*

Voici. Je crois depuis longtemps que pèsent sur nous deux tyrannies : la dictature de la petite bourgeoisie, seule dictature vraiment démocratique, puisque tout le monde y est le tyran de chacun ; et la dictature remplaciste, celle qui promeut et impose le Grand Remplacement, le changement de peuple et de civilisation. Or, j’en suis arrivé récemment à la conviction que ces deux dictatures n’en font qu’une : le remplacisme est l’idéologie naturelle de la petite bourgeoisie planétaire, celle que dépeint Agamben comme « la forme sous laquelle l’humanité est en train d’avancer vers sa propre destruction ». L’idée de génie de cette classe de convergence centrale fut de se garder bien d’exclure, comme l’avaient fait avant elle toutes les autres classes dominantes ; mais d’ouvrir grand ses portes au contraire, d’inclure de force, d’assimiler, d’intégrer, d’avaler ; et de s’assurer ce faisant que personne ne puisse ne pas être petit-bourgeois.

Un fils d’Annie Ernaux, pour le ressentiment, et de Guillaume Dustan, pour la provocation tranquille

Déboule dans ce champ « théorique », si l’on veut, notre ami Édouard Louis, alias Eddie Bellegueule, ou l’inverse : aussitôt un personnage, par définition indissociable de ses écrits, puisque c’est eux qui l’écrivent ; et aussitôt enfant chéri du pouvoir – par quoi je ne veux pas dire, évidemment, le petit pouvoir politique, mais le grand pouvoir médiatique, idéologique, la Caste, le Complexe, le Bloc central de la double dictature, qui en fait incontinent sa mascotte : si vous avez raté Édouard Louis aux Matins de France Culture, zéro souci, vous le rattraperez ce midi, comme on dit dans la LDPB (Langue de la dictature de la petite bourgeoisie), sur la même chaîne à la Grande Table. Il y dira évidemment la même chose, car c’est un honnête garçon, qui estime qu’écrire, si ce n’est pas pour lutter contre le racisme, ça n’en vaut vraiment pas la peine ; qui soutient ses amis, et qui paie ses dettes.

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