Le célèbre critique de cinéma Philippe d’Hugues publie Viva Cinecittà !, un panorama du cinéma italien d’après-guerre à travers l’étude de ses douze cinéastes les plus représentatifs.


Une petite anecdote personnelle pour commencer : au mitan des années 90, on m’offrit un ouvrage qui combla le jeune cinéphile que j’étais alors. Il s’agissait d’un Almanach du cinéma confectionné au moment du centenaire du septième art. Cet ouvrage de Philippe d’Hugues, synthétique et richement illustré, fut une mine pour moi à une époque où il n’était pas forcément facile d’avoir des informations sur l’histoire du cinéma, mis à part les traditionnels dictionnaires et autres guides des films. En revanche, j’ignorais tout de l’auteur de cette « bible » qui a pourtant beaucoup écrit sur le cinéma et qui collabora aussi bien à Positif qu’aux Cahiers du cinéma.

Viva Cinecittà ! qui vient de sortir est un panorama du cinéma italien d’après-guerre à travers l’étude des douze cinéastes les plus représentatifs selon l’auteur : Blasetti, Soldati, De Sica, Rossellini, Visconti, Fellini, Antonioni, Pasolini, Cottavafi, Comencini, Rosi et Olmi. D’Hugues justifie ce choix en annonçant que son ambition n’était pas de faire un nouveau dictionnaire.

Cette subjectivité avait tout pour nous réjouir mais l’auteur n’évite malheureusement pas l’écueil de la notice encyclopédique. En revenant sur ces douze cinéastes, d’Hugues se contente généralement de passer en revue leurs carrières respectives de manière très factuelle, s’appuyant notamment sur les avis d’autres critiques (essentiellement Tulard, Gili, Bardèche et Brasillach voire Rebatet) pour étayer son tableau. En 1995, le jeune cinéphile que j’étais aurait sans doute trouvé l’ouvrage passionnant et enrichissant. En 2018, à l’heure où toutes les informations données dans le livre se trouvent en un clic sur Internet, on aurait aimé quelque chose de plus personnel, de plus tranchant, de plus « intime ».

Philippe d’Hugues est, bien évidemment, quelqu’un de très cultivé et son livre, bien écrit, se lit très agréablement. On est même plutôt surpris par ses goûts que l’on aurait pu penser plus « classiques » : s’il défend avec ferveur L’Evangile selon saint Mathieu de Pasolini, il ne crache pas pour autant sur la « trilogie de la vie ». De la même manière, s’il estime que Zabriskie Point est le plus raté des films d’Antonioni (à mon humble avis, c’est le meilleur !), il fait un bel éloge du pourtant très « moderne » Profession : Reporter du même cinéaste. Mais il faut reconnaitre qu’on ne trouvera pas dans ce livre des informations qui n’aient déjà été écrites mille fois ailleurs. Même le seul point où d’Hugues se veut un peu original (le néoréalisme n’est pas né avec Rome, ville ouverte mais existait déjà, par certains aspects, durant la période fasciste du cinéma italien) est déjà suffisamment connu.

Ce qui manque cruellement à cet ouvrage, c’est un angle d’attaque plus percutant. Quitte à lire quelqu’un ayant des goûts différents, on aurait préféré la verve provocatrice et rigolarde d’un Alain Paucard ou les lectures très analytiques, stylistiques et esthétiques d’un Jacques Lourcelles. Mais les portraits que nous proposent d’Hugues ne sont pas inintéressants car l’auteur a du style. Les amateurs et les curieux liront néanmoins sans déplaisir ce panorama concis de l’âge d’or du cinéma italien et auront envie de (re)voir tous les films dont il a été question… N’est-ce pas l’essentiel

Viva Cinecittà ! Les douze rois du cinéma italien (2019) de Philippe d’Hugues (Editions de Fallois, 2019)


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