Rue des martyrs, Paris. Wikimedia.

Il y a quelque temps, Donald Trump et François Hollande se sont frités à propos de notre capitale. Le président des Etats-Unis a constaté avec tristesse que Paris n’était plus Paris. Le président de la République lui a rétorqué, indigné, que Paris sera toujours Paris. L’un, l’Américain, ne connaît rien à Paris : le Texas lui est plus familier. L’autre, le Français, est affecté par la même ignorance : il préfère visiter la banlieue. On se permet de leur conseiller de lire La dernière rue de Paris : Enquête sur la rue des Martyrs d’Elaine Sciolino. Elle est Américaine. Et son texte est en même temps un livre d’amour, un bréviaire et un guide. Tout y est vivant. La rue. Ses habitants. On y est bien.

Des Arabes tellement français…

La rue des Martyrs est longue de 885 mètres. Elle s’arrête fort heureusement avant le Sacré-Cœur, son voisin dont la laideur ne se discute pas. Elaine Sciolino fait de cette rue un objet de célébration religieuse. Une œuvre pieuse. Rien  n’est oublié. Les rituels, les habitudes. Ses permanences et ses changements. Ses vieilles boutiques familiales et ses magasins branchés. Les saveurs. Les odeurs. On est à Paris. On est en France. Qu’on ne s’y trompe pas : rue des Martys, il y a des Arabes. Mais ils sont tellement, tellement français… Tellement, tellement intégrés dans le quartier. « La rue des Martyrs représente ce qu’il reste du Paris humain et intime », écrit Elaine Sciolino.

Laissons-la nous prendre par la main. Avec elle, nous ferons connaissance de Sébastien Dominique, son boucher, qui tous les matins à dix heures, déboule au Dream Café, pour engouffrer sa demi-baguette au jambon arrosée de moult verres de vin. Faisant un détour chez le fromager du 5 de la rue des Martyrs avec Elaine Sciolino, nous goûterons au meilleur beurre de France. Et la conversation du fromager vaut aussi le détour. Il est intarissable sur les prouesses sexuelles de Jacques Chirac. « Cinq minutes, douche comprise ».

Au Bistro 82, si vous avez de la chance, vous verrez la belle Yona se déshabiller. Non, non,  ce n’est pas une professionnelle. Il lui arrive parfois de faire un strip-tease pour les soirées d’anniversaire de ses amis. Pourquoi ne pas la rencontrer ? Pourquoi ne pas rencontrer les gens de la rue des Martyrs ? Ils vous apprendront tant de choses à propos de la nourriture, du vin, de l’architecture, de l’histoire, des religions, de la littérature, de la famille, des vêtements de seconde main, du bois doré, à propos de la façon d’attraper les souris aussi, à propos de la restauration des œuvres d’art, et enfin de l’aiguisage des couteaux…

La dernière rue de Paris : Enquête sur la rue des Martyrs. Exils, 2017.