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La police n’est pas à plaindre

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Malgré les politiques et les médias qui parlent comme si les policiers devraient être toujours présumés coupables, les forces de l’ordre sont soutenues par la majorité du public. Le billet de Philippe Bilger.


On me pardonnera ce titre provocateur alors que depuis plusieurs semaines on entend d’un côté attaques, partialités et haines et de l’autre doléances, réclamations et protestations. C’est pour troubler ces effervescences et controverses contrastées que je prétends que «la police n’est pas à plaindre» mais qu’elle doit être respectée à chaque fois qu’elle est respectable, donc la plupart du temps où elle s’adonne, dans les pires difficultés, à l’exercice de ses missions essentielles pour notre sauvegarde, la tranquillité publique et la stabilité démocratique.

Manuel Valls, dont la lucidité dans ce domaine est pourtant à louer, a tort lorsqu’il affirme «refuser le concept de violences policières» (JDD). En effet, si la police a le monopole de la force légitime, il arrive que certains fonctionnaires de ce corps commettent des violences illégitimes et il n’est pas sain de laisser croire qu’elles seraient toujours justifiées par un contexte de violence, de résistance, d’opposition.

Contrairement à ce que j’ai pu penser et écrire à une certaine époque, il me semble aujourd’hui que l’IGPN – à la fois service spécialisé d’enquête et service d’inspection – n’a pas à ce point démérité, bien au contraire, pour qu’il faille la déstabiliser en la réformant de fond en comble sans probablement corriger le principal grief qu’on peut lui faire : sa lenteur. Ce qui était allégué au temps excité des Gilets jaunes a révélé par la suite sa fausseté. Des poursuites ont été engagées et des condamnations édictées contre les rares policiers ayant perpétré le pire sans la moindre excuse professionnelle.

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Il n’est pas inutile d’évoquer les Gilets jaunes puisque c’est à partir d’eux qu’on a mis en branle, politiquement et médiatiquement, ce système d’égalité perverse mettant sur le même plan le manifestant vindicatif, l’émeutier violent et le policier contraint de riposter en réaction. Cet absurde parallélisme a banalisé l’autorité de la police et sans doute aggravé la propension, aujourd’hui multipliée, à la défier et à la frapper.

Je voudrais faire un sort au propos – à la source de mon billet – d’une avocate, Marie Geoffroy, qui me paraît représenter le comble de la dérive intellectuelle et judiciaire, malheureusement sans doute approuvé par les tenants d’un Etat de droit cul par-dessus tête. N’a-t-elle pas déclaré : «La parole d’un fonctionnaire de police n’a pas plus de poids que celle d’un jeune qui a plusieurs mentions à son casier judiciaire. C’est ça, le droit» (Le Monde).

Ce qui paraît relever d’une sorte de bon sens un zeste sommaire n’a en réalité rien à voir avec le droit qui n’a pas pour vocation d’apposer sur des situations radicalement différentes et des fonctions antagonistes (si être un multidélinquant est une fonction !) un même regard, une même légitimité. Je ne peux que relever la déplorable évolution qui a constitué la parole du voyou avec ni plus ni moins de crédibilité que celle du fonctionnaire de police.

J’y vois un effet général de la déliquescence causée par une conception dévoyée de la modernité, la détestation de toute hiérarchie : tout se vaut, tous se valent, les ombres et les lumières, mises ensemble, se gangrènent les unes les autres; la malfaisance n’est plus le contraire de l’honnêteté mais presque un dérivé atypique de celle-ci; ce n’est plus la perte des valeurs qu’il convient de déplorer mais leur refus puisqu’elles viendraient entraver notre liberté d’agir à notre guise, notre bon plaisir.

Le policier généralement irréprochable, confronté à une quotidienneté éprouvante et dangereuse, est pourtant de plus en plus perçu comme tout le monde.

Je persiste dans ma critique de ce qui surgit de la part de certains syndicats policiers et de personnalités bienveillantes à l’égard de la fonction policière. Réclamer des juridictions spécialisées, un statut dérogatoire, une procédure pénale distincte non seulement ne servirait à rien mais ne ferait que dégrader encore davantage le manque de proximité entre une majorité de citoyens et leur bouclier républicain. Il faut tout faire contre ces slogans ignominieux : la police tue, tout le monde déteste la police. Non pas avec une muselière mais en s’efforçant de réformer l’esprit public, sur les plans politique, judiciaire et médiatique. Sur quatre points au moins.

Les pouvoirs à venir, surtout de droite puisqu’ils se piquent d’être favorables à la police, devront le démontrer non pas par des hommages abstraits faciles et confortables mais par un soutien constant ne passant pas sous la table démocratique à la moindre empoignade et plus attentif à l’adhésion majoritaire du peuple qu’à l’émotion médiatique. Pour une police exemplaire et efficace, pas d’autre choix qu’un pouvoir courageux : sans doute ce qu’il y aura de plus difficile à trouver!

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Cela fait des années que par écrit et oralement je dénonce ce monde où la police est présumée coupable à chaque fois que les obligations de sa mission l’ont contrainte à user d’une force (si souvent maîtrisée) face à la résistance et à la fuite des personnes interpellées qui, l’expérience le démontre à chaque fois, toutes sont en état d’infraction ou recherchées : aucune n’est irréprochable. Mais quand, à cause d’elles, le drame survient, c’est le gardien de la paix, de la loi qui est incriminé. Ce scandale permanent m’indigne.

D’autant plus que s’y rajoute la partialité politique et médiatique. On ne présente jamais aux citoyens l’ensemble du processus mais seulement sa conclusion : la mort ou les blessures. Alors qu’on ne peut les expliquer, les comprendre, dans un souci d’équité, que si on vous permet l’appréhension de tout, spécialement des débuts. Par exemple, si on avait usé de cette honnêteté, le président Macron se serait moins engagé pour Michel Zecler mais quel chef d’Etat saura se dispenser de la douce démagogie des vérités partielles ?

Enfin rien ne pourra jamais restaurer le lien entre société et police, entre magistrature et police sans un changement radical : les policiers n’ont pas par définition les mains sales et les magistrats l’esprit propre. Ceux-ci ont d’abord à comprendre, à respecter ceux-là. Sans les risques qu’ils prennent, les défis qu’ils relèvent et la réalité souvent terrifiante qu’ils affrontent, l’exigence de justice demeurerait lettre morte.

Je maintiens : la police n’est pas à plaindre. Rien ne lui correspond moins que le gémissement et la faiblesse. Qu’elle n’oublie jamais, tentée par le découragement, meurtrie par le manque de respect et de reconnaissance, blessée par les abandons et les lâchetés, qu’elle n’a pour elle que l’immense masse des citoyens.

Un Mélenchon ne fait pas l’hiver !

Le Mur des cons

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La Voie royale : l’enfer des prépas, vraiment ?

Nous n’avions pas pensé aller voir La Voie royale, le film de Frédéric Mermoud sur une classe prépa lyonnaise : les films sur l’école sont rarement réussis. Notre collaborateur s’y est risqué, en spécialiste de la chose éducative — et apparemment il en est revenu enchanté.


Sophie vient de passer le Bac, option Sciences, sans doute dans un lycée de Roanne, la localité la plus proche de Thizy-les-Bourgs où elle aide ses parents à la ferme. Autant dire Trifouillis-les-Oies. Son prof de maths de Terminale, qui a décelé chez elle un petit talent, se donne la peine d’aller convaincre ses parents de pousser leur fille, qui voulait faire un BTS d’agronomie, à poser sa candidature en classe prépa au prestigieux et imaginaire lycée Descartes, à Lyon (dans la réalité, le lycée de Saint-Just, sur la colline de Fourvière). C’est ce que devraient faire tous les enseignants qui ont à cœur de pousser leurs élèves au plus loin de leurs capacités.

Voilà donc notre bonne élève entre les murs imposants de l’ancien séminaire de sainte Irénée. Et il est vrai qu’après les architectures Pailleron auxquelles sont confrontés le plus souvent collégiens et lycéens, les établissements bourgeois du XIXe en imposent. Comme en imposent les condisciples, pour la plupart issus des beaux quartiers de la ville. « Je viens de Belcourt », lance Diane, la jolie bourgeoise surdouée à la petite campagnarde mal dégrossie. Belcourt, c’est le Lyon des notables — ceux qui justement sont promis aux classes prépas et aux grandes écoles. « Vous êtes là pour vous faire du réseau », explique le proviseur à la nouvelle promo. Ce n’est pas faux.

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Les déboires ne s’arrêtent pas aux rivalités de classe (sociale), sensibles sur la façon de porter un jean comme à l’art de laisser flotter ses cheveux. La bonne élève de Ploucville s’aperçoit dès la première kholle (ces interrogations orales qui font presque toute la différence avec l’enseignement de masse des facs) qu’elle ne vaut pas grand-chose. 3, et c’est bien payé. C’est que les prépas disent la vérité des prix. Mes hypokhâgnes de 45 élèves qui avaient tous eu entre 18 et 20 au Bac de Français se retrouvaient à 6 de moyenne à la première dissertation correctement notée. La différence, c’est la démagogie de mes collègues du Secondaire et de l’Inspection réunis.

Contrairement à ce que prétendent les belles âmes, les enseignants de prépas ne cherchent pas à humilier leurs élèves. L’humiliation, elle est dans la tête de ces gosses déclassés, hantés par le sentiment d’imposture, qui affleure sans cesse, et très intelligemment, dans le film. La prof de physique (jouée avec une maestria rare par Maud Wyler) ne donne pas des exos compliqués pour que ses loupiots s’étalent, mais pour que les meilleurs sortent de leur gangue de bons élèves et fassent preuve d’intuition, d’élégance, de génie parfois.

Au cœur du film est posée la question de la mixité scolaire. Comme je l’explique dans L’École à deux vitesses, qui sort la semaine prochaine (pub !), il ne s’agit pas de brasser indifféremment des gosses issus de milieux différents, mais de coupler la différence de classe avec la contiguïté de niveau : il faut en finir au plus vite avec le collège unique, ce splendide instrument de ségrégation sociale inventé par deux gauchistes, Giscard et Haby, en 1976. En finir avec l’interdiction de groupes de niveau, mettre les élèves en concurrence, créer une émulation, en revenir enfin à l’élitisme républicain. Sinon, nous sommes condamnés à n’envoyer à Polytechnique, comme dit très bien Sophie vers la fin, que des clones de Patrick Drahi, Bernard Arnault et Elisabeth Borne. Avec les résultats mirifiques que l’on sait — et une insurrection de temps à autres, celle des Gilets Jaunes est en filigrane dans le film.

Seul regret, la sortie furtive, au cœur de l’été, et dans très peu de salles, d’un film de salubrité publique. Nous étions une trentaine dans ce cinéma de Montpellier, et nous avions tous dépassé le demi-siècle. Le film doit être vu, et urgemment, par ceux qui vont entrer en prépas, ou qui ambitionnent un jour d’y entrer, et par leurs parents. Qu’ils sachent quelle atmosphère de serre chaude est celle de ces classes où l’on bosse en moyenne 70 heures par semaine. Quelle solidarité aussi — malgré les différences de niveau social. C’est un film éclairant, fait avec des moyens limités, et d’une finesse rare. Mais si vous n’aimez pas ça, bien sûr, il vous reste Barbie.

A paraître le 24 août

La fabrique du crétin: Vers l'apocalypse scolaire

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A la recherche du temps de la gastronomie

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Patrick Rambourg nous offre une nouvelle histoire de l’art culinaire parisien qui remonte au XIVe siècle. Selon lui, à notre époque de fooding, de fast food et de food trucks, Paris n’a rien perdu de son éclat en matière de gastronomie.


Sous l’égide du Centre des monuments nationaux, la salle des Gens d’armes de la Conciergerie accueillait jusqu’à la mi-juillet l’exposition « Paris, capitale de la gastronomie, du Moyen-Age à nos jours ». Rétrospective bien décevante, comme le sont souvent ces parcours sommaires, grevés de fac-similés, à la scénographie sans goût. Triviale dans son propos, racoleuse dans sa forme, touristique dans sa visée, la manifestation ne remplissait nullement son office, sinon celui de faire du chiffre.  De fait, l’appel de l’estomac servant d’aiguillon à la curiosité, le badaud était venu en nombre, voire en tribus, se rassasier l’œil, sinon la panse. Quant à l’esthète minoritaire légitimement assoiffé de s’abreuver à ce sujet proprement inépuisable, il se surprit à ne pouvoir pas même consoler sa diète en se sustentant par la lecture du catalogue, – car de catalogue, point !

Autant dire que le copieux ouvrage de Patrick Rambourg (400 pages en tout, dont 120 dévorées par les notes et la bibliographie, tout de même !), à présent publié sous les auspices de la maison Perrin, vient satisfaire une fringale mal rassasiée cet été sous les augustes pierres de cet ancien réfectoire de l’époque médiévale, indument revisité à l’enseigne de la gastronomie. Presque homonyme, le titre du livre illustre d’emblée le caractère centripète de la capitale française, dès longtemps, en matière de bouche. Objectant à « l’idée fausse qui voudrait qu’il n’y ait pas de lieux où se restaurer, ni établissements de qualité, avant l’apparition du restaurant dans la seconde partie du XVIIIe siècle », l’auteur a soin de faire remonter la généalogie des métiers et des services de bouche jusqu’à l’aube des années 1300, temps où Paris ne compte déjà pas moins de 200 000 âmes. Croisant chronologie et approches thématiques, Rambourg explore ainsi goulument les lointains ressorts d’une excellence dès l’abord singulière à l’échelle du Vieux continent, avant que ne se diffuse son aura sur le globe entier, sous l’étendard de la « cuisine française ».

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On n’en finirait pas de puiser à la louche dans les ingrédients variés que cette recherche érudite porte à l’écuelle du lecteur. Plutôt qu’en égrener ici les chapitres (depuis « Se restaurer dans la capitale du royaume » jusqu’aux « Cuisines de Paris », en passant par « La renommée du restaurant parisien », etc.) l’on se contentera de vous ouvrir l’appétit par quelques pièces de choix glanées au fil du récit. On y apprend, par exemple, la différence entre un « pain de chapitre » et un « pain mollet » – le plus délicat, celui-ci.  Ou encore, que la cuisine de rue est déjà totalement intégrée au paysage urbain à l’époque de Saint-Louis, laquelle apprécie « la fumée d’un rôt », en particulier rue de la Huchette, connue pour ses « rôtisseries odorantes », ses « belles hôtelleries » et ses « bonnes tavernes » ; que, « sur l’île de la Cité, la rue de la Juiverie », axe central, « concentre quantité de boutiques de bouche et de lieux de restaurations » dès le XIVe siècle. Un registre fiscal de 1313 « recense plus de cinq cents taverniers et près d’une centaine d’aubergistes », nous dit-on.   Vous saurez aussi que « la pratique de manger hors de chez soi est courante à Paris à l’aube de la Renaissance » ;  que Villon, le poète, fréquente La Pomme de Pin, évoquée par Rabelais dans Pantagruel ; que le « queux » ( le cuisinier) est alors un personnage en vue ; que déjà « les effectifs des cuisines de la cour de France dépassent largement ceux des autres cours princières » à l’époque des papes d’Avignon ;  que « le palais de la Cité restera longtemps le lieu des festins des grandes cérémonies royales »… Exemples entre mille.

Lors d’un dîner de 16 convives donné par monseigneur de Lagny, « au moment du rôt, on présente du marsouin en sauce, des maquereaux, des soles, des brèmes, des aloses à la sauce cameline [ à base de cannelle] ou au verjus » et « du riz parsemé d’amandes grillées ».  Chez Catherine de Médicis, parmi les nombreux plats, il y a de la dinde, « un volatile américain fraîchement arrivé en Europe ».  De l’Ancien Régime au Premier Empire, Paris est unanimement perçue comme « la plus policée de toutes les villes de la terre », ainsi qu’en témoigne François Colleret en 1689, cité par l’auteur. Friands d’alouettes, selon Jean Bruyérin-Champier en 1560, les Parisiens « les font rôtir en brochettes de six ou douze, intercalées de sauge et de lard ». La province nourrit la capitale. Ainsi, en janvier, des « chapons de Bayeux, de Bresse et du Mans ; du cheval de Lure, Troyes, Molsheim, Fénétrange, Cosne ; des conserves de perdrix ou de levreaux roulés de Bordeaux ; des côtelettes de porc ou de veau en daube de Saint-Malo »…  

Les manières parisiennes se diffusent dans le pays à travers des périodiques, tel Le Mercure galant, à partir de 1672. Apparition du café, type d’établissement décoré à l’orientale, dans un premier temps, avec des serveurs en pantalons bouffants, coiffés de bonnets fourrés – le Procope accédant à la célébrité que l’on sait. Aux ignorants (dont je suis), Patrick Rambourg enseigne que les « collations » ne doivent pas être confondues avec les « ambigus », ensemble de plats sucrés et salés qui, « fort en usage », dixit L’Art de bien traiter (1674), se prennent au déclin du jour. Au passage, il n’est pas inutile d’apprendre qu’à Choisy, chez Louis XV, le 6 février 1747, on sert… 54 plats ! Que les princes étrangers réclament leurs cuisiniers de Paris. Que les champignons… de Paris sont l’une de nos gloires dès le Grand siècle !  L’on savait que « Paris invente le restaurant ». Mais pas seulement : « la diversité de l’offre est déjà impressionnante dès la fin du XVIIè siècle » : guinguettes dans les faubourgs  –  telle La Courtille, chantée par Vadé, le poète ( 1720-1757) : « Voir Paris sans voir la Courtille/ Où le peuple joyeux fourmille, / Sans fréquenter  les Porcherons, / Le rendez-vous des bons lurons, / C’est voir Rome sans voir le Pape »… Rambourg l’assure : « Pullulent déjà tavernes, cabarets, auberges, hôtelleries, rôtisseurs et autres métiers de bouche », non sans préciser qu’« à l’origine, le mot restaurant désigne un bouillon de santé » : ainsi Antoine Furetière précise-t-il dans son Dictionnaire universel ( 1690) qu’« un consommé ou un « pressis de perdrix » sont de bons restaurants ». Les premiers établissements furent nommés « maisons de santé », apprend-on ! La vogue est lancée. Diderot observe qu’«on y sert bien, un peu chèrement mais à l’heure que l’on veut ».

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Le Palais-Royal devient bientôt le centre des plaisirs gastronomiques. Promenade dans « le labyrinthe des jouissances apéritives », l’ouvrage nous détaille le calendrier gourmand : janvier, mois du gibier ; mars où « la marée est dans toute sa gloire », celui du poisson ; avril, temps pascal, fête les agneaux et les jambons ; la dinde est « le rôti obligé du 11 novembre ». Notre auteur ne laisse de côté aucun aspect de la question : ni l’essor des Halles, d’abord faites de bâtiments disparates en bois ; ni la fortune des artisans de bouche et autres marchands de comestibles, telle la boutique de Madame Chevet où, servant d’enseigne, « des daims entiers pendent à la porte », ou celle de Madame Lambert, place Royale, « l’une des meilleures boutiques de fromage à la crème »

Triomphe du « discours gastronomique », au XIXe siècle : « Hors de Paris, quoiqu’on en veuille dire, / On peut manger, mais on ne dîne pas », versifie un poète gastronome en 1803. Saviez-vous que la gloire de la truffe connaît son apogée dans les années 1820 ? Revisitant les temples de la gastronomie sous l’ombrelle de Brillat-Savarin, l’auteur fameux de la Physiologie du goût, notre cicérone entraîne son lecteur de Very à Beauvilliers, des Trois Frères Provençaux au Rocher de Cancale, du café des Mille Colonnes au café de Chartres, en passant par l’impérissable Véfour, les plaisirs se déplaçant progressivement du Palais Royal vers les Grands boulevards (café Anglais, café de Paris…). Ce, quoique Magny, rive gauche, table fort appréciée des frères Goncourt ou de Théodore de Banville, restât sous ses dehors modestes le sérail de la matelote, des écrevisses à la bordelaise et du chateaubriand…

En parallèle s’impose la pratique du dîner en ville, dont l’heure peu à peu se retarde : « les gens du monde se couchent à trois ou quatre heures du matin », au sortir des festivités. Chez le Second consul Cambacérès, « hiérophante de la gastronomie moderne », défilent « un millier de personnes », le service comptant chez lui « cinquante à soixante servants en livrée, drap bleu avec revers de velours de même nuance et galons d’or ». Suivons le célèbre Guizot, qui mande à sa fille : « je dîne aujourd’hui chez Broglie, demain chez Lavergne, dimanche chez Mme Lenormant, lundi chez Hébert, mardi chez Mme de Saint-Aulaire, mercredi chez Mme Decazes, jeudi chez Mme Mollien et vendredi chez Broglie. Je ne me ruinerai pas chez les restaurateurs ». Le pingre pique-assiette assure qu’Adolphe Thiers « a le meilleur cuisinier de Paris ».  Une « civilité de la table » se diffuse bientôt dans le pays – tout un art. Pour Alexandre Dumas, « la conversation doit étinceler avec les rubis des vins d’entremets, elle doit prendre une suavité délicieuse avec les sucreries du dessert et acquérir une vraie profondeur au café ».

L’école de Paris déverse son raffinement dans « la nouvelle élégance des boutiques de bouche » aux étalages somptueux tandis que, petit à petit, la capitale, dotée par ailleurs d’une hôtellerie de luxe dont le pouvoir d’attraction ne cesse d’enfler – cf. le Grand hôtel du Louvre (1855), le Scribe (1863),  le Ritz (1898), certains établissements dotés de tables d’hôtes renommées – se couvre de restaurants « à prix fixe » ou « à la carte », mais aussi, ce dès le milieu du XIXè siècle, de « bouillons » (cf. Chartier) ou « crèmeries » populaires (la plus connue : la crèmerie Belge, rue Mazarine), ouverts à toutes les couches de la société. Et enfin, d’innombrables pâtisseries ! Jusqu’à devenir la capitale mondiale des plaisirs de bouche. « L’art décoratif se [mettant] au service de la gastronomie », la Belle Époque constitue sans doute l’acmé de cette opulence du palais (à tous les sens du mot). Crillon (1909), Lutetia (1910), Plaza-Athénée (1911), Royal-Monceau (1928), Georges V ( 1928) : toutes ces adresses fastueuses sont nées en moins d’une décennie !

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Les réjouissances républicaines s’ébattent aussi sur les terrasses (elles sont déjà dix-mille en 1913 !), tandis qu’un engouement pour le régionalisme culinaire se fait jour dans l’entre-deux-guerres. Sans compter que l’exotisme colonial remplit les assiettes de riz d’Indochine, de couscous d’Algérie, de phacochères de Mauritanie ou de poules de Sénégambie…  Prémices du fooding cosmopolite, ou de l’actuel retour de la cuisine de rue, sous l’appellation de food trucks ? Adossée à la starisation des chefs (Rebuchon, Senderens, Passard…), notre capitale étoilée, par chance, n’a pas encore tout à fait sacrifié la merveilleuse floraison de ses bistrots – venu de l’argot, le mot date de 1884 – à l’emprise exogène, répulsive et tentaculaire du fast food, importation yankee si lamentablement prisée par la frange la plus acculturée de notre population.

Au demeurant, un irénisme bienveillant retient l’optimiste Patrick Rambourg de prendre position contre un certain dévoiement de l’authentique tradition gastronomique. « Les saveurs exotiques infusent donc les cuisines des restaurants parisiens, et la capitale se fait aussi plus japonisante », constate-t-il, pour nous affirmer in fine que « le Paris culinaire est à la fois multiple, divers, identitaire et universaliste ». On ne demande qu’à le croire sur parole.

Patrick Rambourg, Histoire du Paris gastronomique, du Moyen Âge à nos jours (Éditions Perrin), 400 pages, 24€. En librairie.

Histoire du Paris gastronomique: Du Moyen Age à nos jours

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Plein feu sur le clair-obscur

Le musée Granet d’Aix-en-Provence présente une quarantaine de peintures caravagesques du XVIIe siècle. Ces chefs-d’œuvre issus de la collection de Giuseppe De Vito, amateur clairvoyant, dévoilent le grand jeu de l’érotisme et du tragique de l’école napolitaine.


Le sombre zénith de la peinture italienne

La collection De Vito comporte 74 œuvres, souvent majeures, dont 40 sont présentées à Aix-en-Provence après l’avoir été à Dijon. C’est assez pour entrer dans l’univers de la peinture napolitaine du début du XVIIe. L’immersion a de quoi marquer. Il y a d’abord le jeu des lumières. Dans une même peinture contrastent violemment des clartés incandescentes et des zones sombres, voire noires. Ce qui trouble le spectateur, c’est surtout la manière dont la lumière détache des fragments de corps ou d’objets, alors que le reste se perd dans une ombre commune. Les peintres de cette mouvance ont un sens aigu du tragique, c’est-à-dire des contrastes de la vie : des femmes aux chairs sublimes sont confrontées aux pires souffrances, la grossièreté côtoie la délicatesse, les loques tutoient les taffetas…

Cette peinture n’a rien d’allégorique, de maniéré ou de distancié. Elle est, au contraire, servie par un fort réalisme : ici, un saint a les pieds sales ou les mains calleuses, là, un philosophe a la peau terriblement plissée et pendante, chose en laquelle Ribera excelle. Ces œuvres bénéficient d’une picturalité remarquable, on se délecte à volonté du jeu des glacis gras et des touches vibrantes.

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Cet univers caravagesque ou ténébriste, appelons-le comme on veut, reste un modèle et il peut faire réfléchir les artistes de notre temps. L’exposition « Immortelle » montrée récemment au MO.CO de Montpellier a réuni plus d’une centaine de peintres figuratifs actuels et il est étonnant de voir qu’un certain nombre d’entre eux renouent avec le caravagisme pour représenter des sujets contemporains.

Sensible à l’art et non à la célébrité des artistes

Arrêtons-nous sur la personnalité singulière de Giuseppe De Vito (1924-2015). Sa biographie redonne espoir dans les collectionneurs. Quand on suit l’actualité artistique, on est souvent contrarié par des enchères délirantes sur des œuvres qui n’ont pour elles que la célébrité de leur auteur. Les riches de la planète seraient-ils des sots ? Sans doute pas plus que vous et moi. Seulement, ils achètent volontiers des œuvres qu’ils n’osent pas juger entièrement par eux-mêmes. Ils intègrent beaucoup d’éléments externes à leur propre goût. Pour décrire le fonctionnement du marché de l’art, certains économistes emploient l’expression « rendements croissants d’adoption ». Cela veut dire que les produits sont désirés non en raison de leur qualité intrinsèque, mais en fonction du désir d’autrui.

Pour comprendre comment fonctionne ce curieux mécanisme, imaginez que vous arriviez dans une ville dont vous ne connaissez pas les restaurants. Le premier est vide. Vous vous dites que ce n’est pas bon signe. Vous ne vous arrêtez pas. Au second, il y a la queue et vous voulez absolument en être, certain que ça doit être savoureux. C’est une situation où vous formez votre propre idée en observant le comportement des autres. C’est exactement ce qui se passe à la puissance 1 000 dans le monde de l’art. Les collectionneurs sont conseillés, ils se renseignent sur ce que font les autres acquéreurs, scrutent le marché, etc. Un artiste émergent monte ? Il est célèbre ? De plus en plus de gens veulent l’acheter, il devient encore plus cher et plus célèbre, et encore plus de personnes surenchérissent. Il se produit ainsi une sorte d’effet Larsen. Et l’actualité artistique a ceci de triste qu’elle se réduit bien souvent à une désolante suite d’effets Larsen. Parfois, cependant, un homme a un œil, il a du goût, de l’indépendance d’esprit et se moque du qu’en-dira-t-on. Giuseppe De Vito a indiscutablement été l’un de ces hommes. Honneur à lui !

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Simple ingénieur, De Vito a envie de constituer une collection d’art ancien. Après avoir brièvement hésité entre plusieurs thèmes, il se spécialise dans le caravagisme napolitain. Le responsable du Musée de Capodimonte, à Naples, le conforte dans ce choix. Ce mouvement est alors peu apprécié et mal connu. À partir des années 1970, De Vito peut acquérir des chefs-d’œuvre époustouflants avec des moyens limités. N’oubliant pas par ailleurs sa formation d’ingénieur, il étudie méthodiquement les artistes qui l’intéressent et publie un grand nombre d’articles dans des revues scientifiques.

Caravage, l’arbre qui cache la forêt

Là où De Vito a du génie, c’est qu’il s’intéresse peu au Caravage (1571-1610), artiste le plus monté en épingle de nos jours. Pour le public d’aujourd’hui, Caravage est servi par un « narratif » romantique car on lui attribue deux assassinats, chose cinématographique. Il a aussi été abondamment vulgarisé par un historien de l’art du début du xxe siècle, Roberto Longhi (1890-1970), qui l’a « redécouvert ».

Caravage domine-t-il le caravagisme ? Ce n’est nullement une évidence. C’est en tout cas le doute qu’introduit l’exposition au Musée Granet. De nombreux caravagesques lui sont supérieurs en intensité dramatique et en beauté picturale. À commencer par José de Ribera et Massimo Stanzione mais aussi, bien souvent, Mattia Preti ou Luca Giordano. Il faut également parler de celui qui est peut-être le meilleur de tous et dont l’identité demeure inconnue : on doit l’appeler, à la façon d’un obscur artiste du Moyen Âge, « Le Maître de l’Annonce aux bergers », du sujet-titre d’une de ses œuvres.

Caravage est-il chronologiquement le premier caravagesque d’où tout découlerait ? Pas si sûr non plus. Il est accueilli à Rome par un autre artiste, Antiveduto Grammatica (1571-1626), du même âge que lui, mais beaucoup plus célèbre à l’époque. Comme d’autres à cette période, Grammatica a déjà adopté un ténébrisme tragique alors que Caravage en est encore à composer, dans le style de la Renaissance tardive, de belles natures mortes et d’aimables scènes de genre. Alors, qui est l’élève de qui ? Difficile à dire.

À voir absolument

« Naples pour passion », Musée Granet, Aix-en-Provence, du 15 juillet au 29 octobre 2023.

« Naples à Paris : le Louvre invite le Musée de Capodimonte », Musée du Louvre, jusqu’au 8 janvier 2024.

La Hongrie exclue d’Erasmus : l’Europe qui fait chanter

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Après plusieurs mois de négociations infructueuses du gouvernement hongrois avec l’Union européenne, les universités hongroises s’apprêtent à perdre leurs droits Erasmus+ qui permettent de faciliter les mobilités et les partenariats entre universités européennes. Les motifs de cette décision restent difficilement explicables, renforçant l’image d’une Hongrie devenue la paria de l’UE. Tribune libre de Rodrigo Ballester, directeur du Centre d’Etudes européennes du Mathias Corvinus Collegium à Budapest.


À quoi sert l’Union Européenne ? Quand certains peinent à répondre à cette question qui en taraude plus d’un et manquent d’exemples concrets, ils finissent par dégainer du tac au tac un joker imparable : Erasmus. Bien-sûr, Erasmus est la seule initiative européenne qui mette tout le monde d’accord, bien plus que ces autres « Euro » et « Schengen », tout aussi connus mais, disons, moins consensuels – pour rester polis. Erasmus est cette magnifique idée qui sort des sentiers battus bureaucratiques, qui parle au-delà des cercles d’initiés. C’est l’Auberge espagnole de Cédric Klapisch, c’est un million de bébés multiculturels.

D’ailleurs, Erasmus, c’est tellement beau que c’est ouvert à tous. La Turquie, la Macédoine du Nord ou l’Islande en font pleinement partie et, grâce à son volet international Erasmus mundus, les étudiants de tous les pays du globe peuvent bénéficier de la générosité académique européenne, même les ressortissants de démocraties cinq étoiles comme l’Iran, le Qatar ou le Venezuela. Mais est-ce vraiment pour tout le monde ?

Pas si vite, car depuis peu, l’UE a eu l’heureuse idée de transformer Erasmus en arme d’extorsion massive. Une arme qu’elle pointe sans trop bouder son plaisir contre la tempe de son bouc émissaire préféré : la Hongrie du grand méchant Orbán et des non moins punissables Hongrois qui ont eu l’outrecuidance de le réélire une quatrième fois. En effet, à partir de septembre, il est plus que probable que deux tiers des universités hongroises, c’est à-dire 180 000 étudiants, soient exclues de ce programme européen censé incarner la concorde, l’inclusion et bien d’autres mantras aussi pérorés que dévoyés lorsque l’occasion se présente. 

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Pour quel motif, au juste ? Orbán a vraiment dû dépasser toutes les bornes pour faire sortir de ses gonds la paisible Bruxelles, non ? Que nenni, il s’agit d’une sanction pour rien ou plutôt « au cas où ». Une sorte de délit de faciès conservateur drapé dans les oripeaux d’une notion aussi fumeuse qu’utile : l’État de droit. Depuis 2018, suite à une réforme de l’enseignement supérieur, la majorité des universités hongroises sont désormais des fondations autonomes gérées (entre autres) par des conseils d’administration. Parmi leurs membres, il y avait un petit dix pour cent de politiciens clairement proches du gouvernement. Comme en Allemagne, Belgique, en Tchéquie ou en France me direz-vous, mais voilà, il semble qu’au nom de l’État de droit, certains soient moins égaux que d’autres…

Mais encore ? Bruxelles argumente doctement que la présence de ces onze politiciens est une entorse à l’État de droit (ah oui, pourquoi ?) qui pourrait (un jour, peut-être, qui sait ?), devenir une menace pour le budget européen (comment et pourquoi au juste ?). Oui, l’UE vient d’inventer, en direct, la notion de l’infraction imaginaire, du délit « au cas où », un peu comme si votre équipe de foot était exclue du championnat avant qu’il ne commence, « au cas où » l’un des joueurs ne commettait une faute ; rien de moins… au nom de l’État de droit.

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Ceci est d’autant plus croustillant que les onze politiciens concernés ont démissionné au mois de février en pensant ainsi satisfaire l’ogre bruxellois. Peine perdue, car la menace reste de mise, et les technocrates sortent de nouvelles conditions de leur besace au fur et à mesure que le gouvernement hongrois remplit les précédentes. Bruxelles semble jouer la montre jusqu’aux prochaines élections européennes en juin 2024 et ainsi refiler la patate chaude à la prochaine Commission. En attendant, des milliers d’étudiants hongrois seront discriminés et la réputation des universités hongroises sera davantage écornée pour rien. Le tout dans l’indifférence générale et un abject cynisme qui piétine allègrement le droit au nom de « l’État de droit » et qui prend en otage l’avenir de milliers d’étudiants au nom des « valeurs européennes ». L’UE transforme sous nos yeux le budget en arme politique sans que personne ne s’en offusque, en chantant et en faisant chanter. Après le cobaye hongrois, qui sera le prochain sur la liste ?

Après les vieux, les jeunes. Mais, jusqu’où s’arrêteront-ils ?

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Après les succès enregistrés dans les EHPAD : « Investissement unique. Revenus élevés. Garanties », les  investisseurs s’intéressent désormais à l’enseignement supérieur : « Marché perçu comme rentable voire porteur de perspectives florissantes ». Mais l’éducation peut-elle être un business comme un autre?


Galileo Global Éducation – pour des jeunes leaders mondiaux ?

Je vous en donne mon billet que peu de parents (ou même d’étudiants) du cours Florent, de l’école d’art Penninghen, de l’école de design Strate, du Conservatoire Libre du Cinéma Français, de l’Atelier de Sèvres, de l’Atelier Chardon Savard, de l’ESG, ou même de l’école de journalisme et de communication IICP (devenue Narratiiv) se doutent que leur destin dépend pour 37% de la fille de Mamy Shampooing, via Téthys Invest, et pour 37 %  des papys et mamys canadien-ne-s, via leur fonds de pension. Ces renommés établissements d’enseignement supérieur (actuellement vingt-cinq en France) appartiennent en effet tous à Galileo Global Education (61 écoles sur 106 campus dans 18 pays).

Once upon a time

Galileo Global Education émane d’un fonds d’investissement américain : Providence Equity Partners. En 2011, ce dernier commence à acheter, ici et là et un peu partout, des établissements d’enseignement supérieur de référence, comme en France l’Atelier de Sèvres, en Allemagne l’université privée Macromedia, au Mexique l’IEU, principal réseau d’enseignement supérieur privé ou encore l’Instituto Marangoni, une école de mode internationale.

En 2016, sur sa lancée, ce fonds met 250 millions sur la table pour acheter Studialis, « plate-forme française d’éducation supérieure », qui de son côté avait acquis, elle aussi, pas mal de « grands noms » comme PSB (Paris Business School), l’ESG (École Supérieure de Gestion), l’IESA, école supérieure d’art …

En 2018, par le biais de sa filiale, Téthys Invest, la famille Bettencourt-Meyers devient actionnaire de référence avec 25% des parts, Providence Equity Partners restant cependant majoritaire. Mais, pas pour longtemps. En 2020, le fonds américain met en vente le groupe pour un montant estimé à 2,5 milliards d’euros. KKR et BlackRock sont sur le coup mais ne font pas affaire. Le nouvel actionnariat est composé de Téthys Invest, qui passe de 25% à 37%,  à parité avec CPPIB, l’office d’investissement du régime de pensions canadien, de Montagu Private Equity pour 17% et de Bpifrance (notre banque publique d’investissement)  pour 9%.

En 2020, Regent’s University  of London rejoint le groupe. En 2021, c’est au tour de l’IPET, une école de kinésithérapie située au Mexique, et de Health Events, organisme français de formation continue à destination des professionnels de santé. Toujours en 2021, est créé et non acheté, petite nouveauté, un institut de formation d’aides-soignants avec « un enseignement 2.0 en majorité à distance ».

En 2022, AKAD University, école de commerce de Stuttgart, rejoint le mouvement, ainsi que  TAI, école d’art espagnole. La même année, le groupe entre au capital d’EM Lyon Business School à hauteur de 40% du capital. Opération financière, bien loin du modèle old school des étudiants de Sup de Co qui, en début d’année, faisaient traditionnellement de la réclame, dans leur entourage industriel, pour récolter de la taxe d’apprentissage pour « aider » leur école.

Echapper à Parcoursup à « tout » prix

Tous ces établissements, qui ne mettent plus en avant les témoignages des anciens élèves mais les stories des alumni, ont en commun de sélectionner à leur guise, c’est-à-dire avec « simplicité »,  « réactivité »,« agilité », « souplesse », « personnalisation », et surtout de n’être pas « bon marché ». Leur préoccupation essentielle : « placer l’humain au cœur des processus de recrutement » via des entretiens qui « permettent de mieux connaître les candidats, d’évaluer leurs motivations, leurs compétences et leur adéquation avec la philosophie de l’école » et aussi … de mesurer  la solvabilité du candidat et de ses géniteurs.  

Le coût de l’année varie entre 6 500 € et 24 000 €. Pour une année de droit et d’intelligence juridique à l’ELIJE, à Paris, Lyon, Toulouse ou Montpellier (oui, oui le droit ne s’apprend plus seulement à l’université), il faut compter entre 6 500 € et 9 000 €. En revanche chez Marangoni, entre les frais d’inscription et la scolarité, l’addition s’élève à  23 400 €, et encore pour huit mois (de début octobre à fin mai).

Dieu merci des bourses existent ; les plus courageux peuvent aussi se trouver des petits contrats via les réseaux des écoles et les juniors entreprises. Studi, l’offre en-ligne de Galileo  propose aussi « 150 formations – 100 % en ligne », dont certaines « 100 % financées pour les demandeurs d’emploi ».

Sinon, pour le pékin moyen : « Ce que l’avenir promet, la Poste l’apporte ». Cette dernière a en effet des « partenariats » avec ces écoles et propose des prêts personnalisés pouvant aller jusqu’à 50 000 €. Pour 10 000 € : 48 mensualités de 208,76 €. TAEG fixe de 0,10 %. Pour 50 000 €, faites le calcul. Une babiole bien sûr si, à la sortie, comme prévu, vous êtes embauché par la banque Rothschild.

Ni études de genre, ni sociologie éveillée

Pour le moment, (il ne faut jamais jurer de rien), Galileo n’a pas jeté son dévolu sur des formations à la théorie du genre et autres frivolités. On reste classique. Ce qui explique peut-être qu’en 2022-2023, si le nombre d’étudiants dans le supérieur a globalement diminué de 1,5 % , il a effectivement diminué de 3,1 % dans le public mais parallèlement augmenté de 3,3 % dans le privé ; et ce « marché » représente désormais 26,1% des effectifs du supérieur.

Pour les complotistes, qui verraient malice dans tous ces « mouvements de fonds », lire Les imposteurs, excellent thriller de John Grisham, paru en 2017. Ils ne seront pas rassurés.

Les Imposteurs

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François Chaplin: un pianiste qui dialogue

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Causeur vous propose de visionner cet entretien, enregistré dans le studio de Fréquence Protestante (100.7 FM Paris).


Dans « Bilger les soumet à la question », j’ai eu le grand bonheur de pouvoir m’entretenir avec le très grand pianiste François Chaplin, excellant en particulier dans Chopin, Fauré et Debussy. Depuis longtemps, je rêvais de dialoguer avec un interprète reconnu et invité
partout. Il m’a offert le plaisir rare, par ses réponses fines, sensibles et intelligentes, de me permettre de mieux comprendre les secrets de la musique, comment on l’étudie, comment on s’exerce, dans quelles dispositions on se trouve face à un public qui attend le meilleur de vous. J’ai été frappé par le fait qu’un artiste de cette trempe est en quelque sorte imprégné par les œuvres qu’il joue et le génie qui les a inspirées et composées. C’est sans doute grâce à cela qu’il n’est pas un interprète de très haut niveau – et François Chaplin l’est indiscutablement – qui n’enrichisse pas celui qui l’écoute, par le piano ou la pensée et la parole. Quand on rencontre un maître dans une discipline, dans un art, on a toujours peur : et s’il nous décevait ?
François Chaplin m’a enthousiasmé.

A lire aussi: L’opéra, un art trop « élitiste » pour Le Monde

Le Mur des cons

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La parole, rien qu'elle

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EELV non, l’écologie oui

L’écologie est une affaire trop sérieuse pour l’abandonner à des idéologues comme Sandrine Rousseau ou Marine Tondelier. Jean-Marc Governatori, Coprésident d’Écologie au centre et élu écologiste niçois, développe une écologie raisonnable, rationnelle, respectueuse des valeurs de la République (dont l’état de droit), compatible avec le capitalisme et conciliable avec les besoins de l’industrie française. Tribune libre.


Les 2500 scientifiques du GIEC expliquent que la situation est grave. Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres affirme que les deux sujets brûlants sont, d’une part, la survie de l’espèce humaine et, d’autre part, l’habitabilité de la planète. Dans cet inquiétant tableau, je rajouterai qu’il y a des problèmes tout autant angoissants : la raréfaction des matières premières, qui immanquablement fera augmenter les prix et, par conséquent, impactera le pouvoir d’achat des entreprises et des ménages. Il y a aussi la chute de la biodiversité, l’acidification des océans, la réduction de la fertilité des terres… Bref, il y a du pain sur la planche, bio de préférence.

L ‘écologie de gauche est un fléau

C’est pourquoi l’écologie de gauche en France, qui est devenue, avec la Nupes, l’écologie de l’extrême gauche, comme les éco-violences, sont à bannir. Pourquoi ?

Dans un cadre où il faut que chacun ait envie de s’impliquer, il faut susciter le maximum d’adhésion. Cela est incompatible avec les déclarations de Sandrine Rousseau :

« La valeur travail, pardon, mais c’est quand même une valeur de droite ». 

« Je vis avec un homme déconstruit et je suis super heureuse ».

« L’écologie c’est pas des hommes blancs à vélo dans les villes ».

Avec cette égérie de EELV, naître homme est une faute !

Premièrement il faut cesser de sectariser l’écologie et de dire, comme le fait la secrétaire nationale Marien Tondelier, que l’écologie appartient à la gauche ou qu’il faut éliminer les milliardaires ! L’écologie appartient à tout le monde : les riches, les pauvres, les classes moyennes, les Noirs, les Blancs, les croyants et les athées…

L’écologie intelligente au pouvoir

Quand on connaît l’impact du politique sur la vie de chacun d’entre nous, on comprend aisément qu’il est vital que l’écologie prenne le pouvoir. J’ai démontré dans mes ouvrages qu’au même titre que le libéralisme, le socialisme ou le communisme, l’écologie est un projet de société complet. C’est un courant de pensée qui a deux pieds particuliers : le respect et la responsabilité. Respect des engagements, respect des différences, respect des minorités, respect de l’animal, respect du végétal. Responsabilité, parce qu’il faut avoir le courage de dire que chacun de nous est coresponsable de ce qui se passe, dans sa façon d’éduquer ses enfants, ou ne pas les éduquer d’ailleurs, dans sa façon de consommer, dans sa façon de travailler. Et bien sûr dans sa façon de voter.

Respecter notre république : la mort de Nahel, est-ce une question écologique ?

Lorsque la NUPES, EELV et LFI condamnent la police chaque fois qu’un drame arrive, c’est souvent oublier le fait générateur. Le cas de Nahel est intéressant. Bien sûr, sa mort est évidemment disproportionnée par rapport aux fautes qu’il a commises, mais la réaction de ces politiques, de dire tout de suite que c’est la faute à la police et de déresponsabiliser totalement ce délinquant routier, c’est produire de futurs Nahel.

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En effet, ce jeune individu, qui n’est ni un enfant ni un ange, malgré une première sanction éducative lorsqu’il a fait un premier refus d’obtempérer, non seulement il recommence à conduire sans permis et, par conséquent, à être un danger pour les autres, mais en plus, au lieu de choisir une voiture discrète, il choisit une Mercedes, donc puissante, jaune ; il roule sur une allée de bus, à haute allure et s’engage une course-poursuite de 22 minutes avec des motards de la police nationale.

Les vidéos de la municipalité montrent que cette course-poursuite a représenté un danger pour les cyclistes et les passants et il est évident que le stress du policier était à son comble quand, enfin, il a pu intercepter Nahel. Les images semblent montrer que le policier est fautif mais seul le tribunal pourra se prononcer.

L’écologie est rentable

Concernant la facette environnementale de l’écologie, j’ai démontré aussi dans mes ouvrages que l’environnement est lié à la santé. C’est facile à comprendre. C’est lié au plein-emploi, et c’est bien sûr lié aussi à l’implication des citoyens.

Nous avons vu les enjeux en début de texte et oui, il faut non seulement impliquer les citoyens, mais aussi impliquer les entreprises.

Et là encore, la NUPES et EELV condamnent les entreprises bien gérées lorsqu’elles font de gros bénéfices. C’est une catastrophe de leur point de vue. Ces dangereux écologistes ignorent la participation et l’intéressement liés à ces bénéfices, qui vont profiter à chacun des employés de l’entreprise concernée.

On peut tout à fait être une entreprise profitable et une entreprise verte. C’est pourquoi une action écologique réussie va très bien de pair avec l’économie de marché et va très bien de pair avec le profit, car cela motivera les entreprises.

C’est non seulement bon pour leur image, et évidemment elles en ont conscience, mais il est clair que les dirigeants de ces entreprises se rendent compte du rôle qu’ils ont à jouer, de l’impact qu’a l’activité humaine sur, par exemple, l’approvisionnement en matières premières. Par conséquent, si la puissance publique fait le job, les entreprises feront leur part, fortes de leurs employés et leurs clients . Le télétravail, la promotion des transports propres, le covoiturage, l’économie de produits… vont dans le sens de la profitabilité de l’entreprise.

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Quant à notre fameuse transition écologique, il faut évidemment la faire à prélèvements obligatoires constants. Non seulement notre pays est déjà sur le podium mondial pour la masse des impôts et taxes qu’il prélève, mais les entreprises ont aussi besoin de stabilité fiscale. Les diminuer, ce n’est pas possible, vu la situation de nos finances, mais les accroître, c’est hors de question.

L’écologie, c’est aussi la santé

On peut trouver un joli vivier de finances dans l’éducation à la santé. Pas de transition écologique sans politique de santé : les différents ministres de la Santé et nos députés réfléchissent toujours sur le prix optimal du médicament, sur ce qui est remboursable et ce qui ne l’est pas, sur le nombre de médecins et leur répartition « pour éviter des déserts médicaux », sur le financement de l’hôpital public, sur le revenu des médecins… Bref, ils veulent plus de soignants. Ils se trompent : il faut moins de malades. Une politique de santé c’est une information massive et permanente pour tous les âges sur la qualité et la quantité du bol alimentaire, sur le 0 cigarette et le 0 drogue, le minimum d’alcool, une activité physique quotidienne, une activité intellectuelle quotidienne, une activité sociale régulière, un sommeil paisible, une vie avec moins de stress, des séjours dans des lieux où il y a plus d’arbres que de voitures et, évidemment, une société avec moins de pollution. Voilà une politique de santé bien plus efficace qu’une politique de la maladie qui coûte près de 300 milliards d’euros par an.

Faire la transition écologique sans détruire l’industrie française

Éviter les contraintes malfaisantes sera de bon aloi : le cas de la voiture électrique est intéressant. Face à la problématique de l’utilisation d’énergies fossiles dans les transports, des politiques – dont EELV – décident qu’on ne fabriquera plus de véhicules thermiques dès 2035. Or, c’est la Chine et la Corée qui produisent 80 % des batteries dans le monde. On a programmé l’extinction d’une activité et l’arrivée d’une nouvelle au moment où elle est quasiment monopolisée par la Chine ! Et les administrations publiques subventionnent le passage au véhicule électrique. On programme donc une situation d’effondrement de notre industrie, d’augmentation massive des importations, en utilisant de l’argent public !

Il est beaucoup plus raisonnable écologiquement et économiquement de rendre nos moteurs thermiques compatibles aux agro-carburants (quelques centaines d’euros par moteur).

Les solutions viendront des transports collectifs, du covoiturage, du vélo, des agro-carburants de troisième génération (produits depuis des algues et déchets verts) et de la réduction drastique du poids des voitures et de leur électronique.

Bref, l’écologie est la solution, EELV est le problème.

Jean-Marc Governatori est Coprésident d’Écologie au centre et élu écologiste à Nice.

Assimilation, retour de bâton

La France n’a jamais assimilé les populations indigènes de ses colonies. Quand elle a voulu les « intégrer », il était trop tard. Et l’invention du « vivre-ensemble » a été un acte de capitulation. Aujourd’hui, si nos casseurs sont assimilés à une identité, c’est à celle de leur diaspora.


Assimiler ou pas ? Transformer les Nord-Africains et les Subsahariens en citoyens français, soumis aux lois et aux coutumes françaises, ou bien préserver leur identité ? Franciser ou bien respecter les différences ? Ces questions se sont posées à la France il y a cent vingt ans, du temps de la colonisation. Et à l’époque elles ont reçu une réponse claire et sans appel : non à l’assimilation. Mais, quarante ans d’immigration irraisonnée ont remis sur la table une question que nos aïeux croyaient avoir réglée définitivement. Tel est le sort des nations qui refusent d’écouter les leçons de l’histoire.

Quand la France est partie à l’assaut de l’Afrique, du monde arabe et de l’Indochine, elle n’avait aucune idée de ce qui l’attendait sur place. Elle ne savait pas non plus ce qu’elle allait faire de ses futures colonies : comment les gouverner, avec quelles élites (locales ou importées depuis la métropole), avec quel objectif de développement, pendant combien de temps ? La colonisation française est une idée tordue aux hypothèses hasardeuses et aux méthodes bricolées. Largués sans réelles instructions ni doctrines, les militaires et les civils qui ont conquis les colonies ont dû inventer un « plan » pour gérer l’immense empire que la France a englouti entre 1880 et 1900 : soit une dizaine de millions de kilomètres carrés et une cinquantaine de millions d’habitants.

Trois visions se sont affrontées, par journaux et lobbies interposés. La première appelait à la préservation des civilisations « découvertes » par la France. Des grandes âmes comme Napoléon III en Algérie, Lyautey au Maroc ou Auguste Pavie en Indochine ont appelé au respect des différences. Ces illustres figures admiraient sincèrement les civilisations indigènes et ne voyaient pas pourquoi il aurait fallu les assimiler, c’est-à-dire les effacer pour en faire des clones de la civilisation française. La seconde tendance a essayé d’assimiler les indigènes, notamment en les convertissant au catholicisme, voire au protestantisme. Après tout, qu’est-ce que l’assimilation sinon une conversion à un nouveau récit des origines (Jésus et Marie au lieu de Mahomet ou Bouddha) ? Une des grandes figures de ce mouvement fut le cardinal de Lavigerie, archevêque d’Alger dans la deuxième moitié du xixe siècle. Il voulait convertir les Algériens au catholicisme. Enfin, parmi les colons, s’est très vite développé le souhait de se séparer des indigènes en les « enfermant » dans leur « retard » et en prenant le soin de ne surtout pas en faire les égaux des Français. La motivation coule de source : « À nous les terres, à nous les postes dans l’administration, hors de question de partager le gâteau avec les peuples que l’on vient de soumettre. » À court de financements et d’effectifs, l’administration coloniale s’est alignée sur le lobby des colons.

l’échec de l’assimilation, de l’intégration et du vivre-ensemble est une excellente nouvelle pour le secteur du BTP. Ronds-points à refaire, médiathèques à reconstruire, etc.

Les choses auraient pu changer au lendemain de la Première Guerre mondiale. La participation de milliers d’indigènes aux combats aux côtés de la France, leur héroïsme et abnégation ont fait bouger quelques lignes. Des élites locales osent dès 1918 exiger une égalité des chances avec les colons, matérialisée par l’accès au système éducatif et aux opportunités d’emploi dans l’administration. Refus de l’administration qui se limite, ici et là, à créer des brèches dans le système d’« apartheid ». Ainsi, au Vietnam, on ouvre l’accès aux lycées aux enfants de la bourgeoisie indigène. À Dakar, on fonde une école de médecine destinée aux Noirs. Mais le mot d’ordre demeure la séparation. Au Maroc, par exemple, les élèves musulmans ne peuvent pas accéder au système éducatif français, ils sont confinés à la préparation du certificat d’études musulmanes, une sorte de brevet au rabais. En Algérie, la Troisième République envoie de l’argent pour scolariser les musulmans, les conseils municipaux aux mains des pieds-noirs ne l’utilisent pas ou ne le reversent qu’en partie à la construction de salles de classe.

Avec les anciennes colonies, un lien resté permanent

Après la Seconde Guerre mondiale, on change de braquet. Saisie par une sorte de culpabilité mêlée à la reconnaissance pour le sacrifice des soldats coloniaux, la France met le paquet sur le social : écoles, universités, hôpitaux, eau potable, etc. Mais l’argent manque et très vite plusieurs mouvements indépendantistes essaient de dissuader les indigènes d’envoyer leurs enfants à l’école française. En Algérie, certains milieux pieds-noirs innovent et forgent la notion de vivre-ensemble, un concept vendu aux Algériens musulmans comme la panacée de la colonisation. L’idée est d’instaurer l’égalité en droits et en devoirs entre les différentes communautés, selon une approche graduelle. Ainsi, l’OAS et de nombreux officiers français promettent aux musulmans de devenir à terme des Français aussi légitimes que les Bretons ou les Alsaciens. De Gaulle a dit non, les Français aussi par référendum, et le FLN a enfoncé le clou.

La colonisation terminée, l’immigration a pris le relais. Le lien avec les colonies, surtout celles du Maghreb, n’a pas été rompu. Et dès les années 1970, la hausse des flux a reposé la question de l’assimilation. Sauf que cette fois, la République s’est mise en tête qu’elle pouvait fabriquer des Français à partir de Marocains ou d’Algériens en une génération, voire deux grâce à l’école et au travail. Les émeutes dans les banlieues, survenues dès la fin des années 1970, ont semé le doute sur la validité de ce théorème. L’on s’est rabattu alors sur l’intégration, moins ambitieuse mais surtout plus difficile à définir, car si assimiler veut dire franciser, intégrer va de la simple participation à la vie économique jusqu’à l’acculturation.

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Mais, de faits divers sanglants en « intifadas » à base de mortiers d’artifice, on a fini par se replier sur la notion de vivre-ensemble, inventée par les partisans de l’Algérie française… Le vivre-ensemble est, dans la bouche de nos dirigeants, une capitulation de plus : il s’agit de supplier les immigrés de bien vouloir tolérer les Français de souche. Et l’État et ses bras armés dans la presse subventionnée, les ONG et la communauté artistique se chargent de tenir le Français de souche en laisse : « pas d’amalgame », « pas de stigmatisation », « halte à l’extrême droite ».

Malheureusement pour ce système, les égouts débordent de temps en temps, comme à Nanterre récemment. Des milliers de jeunes ont crié à qui voulait bien les entendre leur rejet total de la France et du vivre-ensemble. Ces casseurs « identitaires » ont au moins le mérite de la sincérité : ils crient, ils taguent, ils crachent leur haine de la France. Ils sont assimilés à une diaspora qui subvient à leurs besoins identitaires.

Message reçu 0/5 par nos élites autistes et incompétentes. Elles préféreront sans doute miser sur une énième remise à jour de la politique de la ville. Cela dit, l’échec de l’assimilation, de l’intégration et du vivre-ensemble est une excellente nouvelle pour le secteur du BTP.  Ronds-points à refaire, médiathèques à reconstruire, etc. Les actions de Bouygues et de Vinci ont probablement plus la cote que les portraits de Marianne !

Une contre-histoire de la colonisation française

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Tonio Kröger: la profession de foi de Thomas Mann

Si pour certains auteurs, le désœuvrement constitue une forme de révolte contre le culte de l’utile dans la société ou une façon de se libérer de l’anxiété d’exister, pour Thomas Mann, c’est une véritable ascèse que le poète doit suivre afin de se transformer en un artiste authentique.


Les romans de Thomas Mann sont très marqués par le thème du désœuvrement. En fait, il y a chez lui toute une évolution, qui va globalement des prémisses, Tonio Kröger, en 1903, jusqu’au Docteur Faustus, en 1947, en passant évidemment par La Mort à Venise, en 1912, et le très célèbre huis clos de La Montagne magique, en 1924. À chaque fois, l’action se situe comme hors du temps, et le plus possible à l’abri des contingences. Les personnages principaux y sont toujours singuliers, différents des autres êtres humains. En règle générale, nous avons affaire à des artistes qui se complaisent dans une solitude fatale. À travers eux tous, Thomas Mann pose la question de la place de l’artiste dans la société. Qu’est-ce qui justifie, en quelque sorte, cette marginalité presque revendiquée, qui est aussi un pari sur l’existence ?

Un roman très autobiographique

Tonio Kröger est probablement le roman le plus autobiographique de Thomas Mann. Il commence à Lübeck, sa ville natale au bord de la mer Baltique. « L’école était finie », nous annonce Mann. Le jeune Tonio Kröger, élève médiocre et inadapté, attend son camarade de classe Hans, dont il est amoureux, pour faire une promenade. Hans est le contraire de Tonio, au moral et au physique. Alors que Hans est aimé de tous, Tonio apparaît comme replié sur lui-même, toujours triste et, nous dit Thomas Mann, « négligent, indocile, préoccupé de choses auxquelles personne ne pense ». C’est que Tonio veut devenir poète. Il a du reste déjà commencé à écrire dans un cahier.

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Le roman s’attache à de brèves périodes de la vie de Tonio Kröger. Nous le voyons, alors qu’il grandit et devient un homme, rester fidèle à son premier idéal. Il ne déviera pas de sa vocation, même lorsqu’il tombera amoureux de la blonde Ingeborg, parfaite antithèse de son désœuvrement. Tonio Kröger recherche l’éveil et Thomas Mann passe de longues pages à expliciter cette quête spirituelle. Il écrit ainsi, au moment d’un épisode de la vie de Tonio qui est un tournant : « Il se livra tout entier à la puissance qui lui apparaissait comme la plus élevée sur terre, au service de laquelle il se sentait appelé, qui lui promettait la grandeur et la réputation : la puissance de l’esprit et du verbe qui règne en souriant sur la vie inconsciente et muette ». Car Tonio Kröger est plus qu’un roman, c’est une profession de foi.

L’anti-travail du poète

Thomas Mann insiste beaucoup, dans Tonio Kröger, sur le type de travail auquel se livre son héros poète. Il s’agit plutôt, à vrai dire, d’un anti-travail, si l’on veut, qui se différencie par essence de l’activité professionnelle de la plupart des gens travaillant pour survivre. Il y a des phrases qui ne trompent pas : « Il ne travaillait pas comme quelqu’un qui travaille pour vivre, mais comme quelqu’un qui ne veut rien faire d’autre que travailler ». Formule éminemment paradoxale, qui fait bien comprendre la nature du labeur poétique, et donc, aussi, artistique. Plus loin, il précise : « La littérature n’est pas un métier, mais une malédiction, sachez-le ». Avec elle, selon Thomas Mann, on quitte la sphère de la normalité, et on entre dans une sorte de désœuvrement asocial. Le romancier décrit admirablement cette crise que traverse Tonio Kröger, jusqu’à ce « dégoût de la connaissance » qui le fait s’identifier au personnage d’Hamlet. Ce faisant, Mann annonce un peu l’avant-garde surréaliste, qui naîtra bientôt en France.

Aller vers la sagesse

La fin du roman narre une sorte de réconciliation de Tonio Kröger avec sa propre destinée. Il part voyager vers le Nord, au Danemark. C’est là qu’il trouvera un début de sérénité. Avant qu’il ne parte, son amie Lisaveta Ivanovna lui avait déclaré qu’au fond il n’était qu’« un bourgeois fourvoyé sur une fausse route ». Un « bourgeois », donc ; le texte allemand dit : « ein verrirter Bürger ». Au Danemark, il fera les comptes. Ce sera le temps du bilan positif, braqué vers l’avenir, dans la contemplation de ce Nord froid et austère qui l’a toujours fasciné, plus que le Sud peut-être. « Je plonge mes regards, dit-il, dans un monde à naître, un monde à l’état d’ébauche… »

Après avoir fait le vide, il faut reconstruire quelque chose, aller vers la sagesse et, peut-être, vers l’amour des autres. C’est ce que laisse entendre les dernières pages de Tonio Kröger, qui se termine sur une allusion à saint Paul. Conclusion ouverte, mais la partie n’est pas gagnée.

Thomas Mann, Tonio Kröger (Le Livre de Poche, collection « Biblio »), 6,90€.

Tonio Kröger

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La police n’est pas à plaindre

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Devant les locaux de l'IGPN, Paris, 3 novembre 2016, Tristan Reynaud/SIPA 00779543_000006

Malgré les politiques et les médias qui parlent comme si les policiers devraient être toujours présumés coupables, les forces de l’ordre sont soutenues par la majorité du public. Le billet de Philippe Bilger.


On me pardonnera ce titre provocateur alors que depuis plusieurs semaines on entend d’un côté attaques, partialités et haines et de l’autre doléances, réclamations et protestations. C’est pour troubler ces effervescences et controverses contrastées que je prétends que «la police n’est pas à plaindre» mais qu’elle doit être respectée à chaque fois qu’elle est respectable, donc la plupart du temps où elle s’adonne, dans les pires difficultés, à l’exercice de ses missions essentielles pour notre sauvegarde, la tranquillité publique et la stabilité démocratique.

Manuel Valls, dont la lucidité dans ce domaine est pourtant à louer, a tort lorsqu’il affirme «refuser le concept de violences policières» (JDD). En effet, si la police a le monopole de la force légitime, il arrive que certains fonctionnaires de ce corps commettent des violences illégitimes et il n’est pas sain de laisser croire qu’elles seraient toujours justifiées par un contexte de violence, de résistance, d’opposition.

Contrairement à ce que j’ai pu penser et écrire à une certaine époque, il me semble aujourd’hui que l’IGPN – à la fois service spécialisé d’enquête et service d’inspection – n’a pas à ce point démérité, bien au contraire, pour qu’il faille la déstabiliser en la réformant de fond en comble sans probablement corriger le principal grief qu’on peut lui faire : sa lenteur. Ce qui était allégué au temps excité des Gilets jaunes a révélé par la suite sa fausseté. Des poursuites ont été engagées et des condamnations édictées contre les rares policiers ayant perpétré le pire sans la moindre excuse professionnelle.

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Il n’est pas inutile d’évoquer les Gilets jaunes puisque c’est à partir d’eux qu’on a mis en branle, politiquement et médiatiquement, ce système d’égalité perverse mettant sur le même plan le manifestant vindicatif, l’émeutier violent et le policier contraint de riposter en réaction. Cet absurde parallélisme a banalisé l’autorité de la police et sans doute aggravé la propension, aujourd’hui multipliée, à la défier et à la frapper.

Je voudrais faire un sort au propos – à la source de mon billet – d’une avocate, Marie Geoffroy, qui me paraît représenter le comble de la dérive intellectuelle et judiciaire, malheureusement sans doute approuvé par les tenants d’un Etat de droit cul par-dessus tête. N’a-t-elle pas déclaré : «La parole d’un fonctionnaire de police n’a pas plus de poids que celle d’un jeune qui a plusieurs mentions à son casier judiciaire. C’est ça, le droit» (Le Monde).

Ce qui paraît relever d’une sorte de bon sens un zeste sommaire n’a en réalité rien à voir avec le droit qui n’a pas pour vocation d’apposer sur des situations radicalement différentes et des fonctions antagonistes (si être un multidélinquant est une fonction !) un même regard, une même légitimité. Je ne peux que relever la déplorable évolution qui a constitué la parole du voyou avec ni plus ni moins de crédibilité que celle du fonctionnaire de police.

J’y vois un effet général de la déliquescence causée par une conception dévoyée de la modernité, la détestation de toute hiérarchie : tout se vaut, tous se valent, les ombres et les lumières, mises ensemble, se gangrènent les unes les autres; la malfaisance n’est plus le contraire de l’honnêteté mais presque un dérivé atypique de celle-ci; ce n’est plus la perte des valeurs qu’il convient de déplorer mais leur refus puisqu’elles viendraient entraver notre liberté d’agir à notre guise, notre bon plaisir.

Le policier généralement irréprochable, confronté à une quotidienneté éprouvante et dangereuse, est pourtant de plus en plus perçu comme tout le monde.

Je persiste dans ma critique de ce qui surgit de la part de certains syndicats policiers et de personnalités bienveillantes à l’égard de la fonction policière. Réclamer des juridictions spécialisées, un statut dérogatoire, une procédure pénale distincte non seulement ne servirait à rien mais ne ferait que dégrader encore davantage le manque de proximité entre une majorité de citoyens et leur bouclier républicain. Il faut tout faire contre ces slogans ignominieux : la police tue, tout le monde déteste la police. Non pas avec une muselière mais en s’efforçant de réformer l’esprit public, sur les plans politique, judiciaire et médiatique. Sur quatre points au moins.

Les pouvoirs à venir, surtout de droite puisqu’ils se piquent d’être favorables à la police, devront le démontrer non pas par des hommages abstraits faciles et confortables mais par un soutien constant ne passant pas sous la table démocratique à la moindre empoignade et plus attentif à l’adhésion majoritaire du peuple qu’à l’émotion médiatique. Pour une police exemplaire et efficace, pas d’autre choix qu’un pouvoir courageux : sans doute ce qu’il y aura de plus difficile à trouver!

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Cela fait des années que par écrit et oralement je dénonce ce monde où la police est présumée coupable à chaque fois que les obligations de sa mission l’ont contrainte à user d’une force (si souvent maîtrisée) face à la résistance et à la fuite des personnes interpellées qui, l’expérience le démontre à chaque fois, toutes sont en état d’infraction ou recherchées : aucune n’est irréprochable. Mais quand, à cause d’elles, le drame survient, c’est le gardien de la paix, de la loi qui est incriminé. Ce scandale permanent m’indigne.

D’autant plus que s’y rajoute la partialité politique et médiatique. On ne présente jamais aux citoyens l’ensemble du processus mais seulement sa conclusion : la mort ou les blessures. Alors qu’on ne peut les expliquer, les comprendre, dans un souci d’équité, que si on vous permet l’appréhension de tout, spécialement des débuts. Par exemple, si on avait usé de cette honnêteté, le président Macron se serait moins engagé pour Michel Zecler mais quel chef d’Etat saura se dispenser de la douce démagogie des vérités partielles ?

Enfin rien ne pourra jamais restaurer le lien entre société et police, entre magistrature et police sans un changement radical : les policiers n’ont pas par définition les mains sales et les magistrats l’esprit propre. Ceux-ci ont d’abord à comprendre, à respecter ceux-là. Sans les risques qu’ils prennent, les défis qu’ils relèvent et la réalité souvent terrifiante qu’ils affrontent, l’exigence de justice demeurerait lettre morte.

Je maintiens : la police n’est pas à plaindre. Rien ne lui correspond moins que le gémissement et la faiblesse. Qu’elle n’oublie jamais, tentée par le découragement, meurtrie par le manque de respect et de reconnaissance, blessée par les abandons et les lâchetés, qu’elle n’a pour elle que l’immense masse des citoyens.

Un Mélenchon ne fait pas l’hiver !

Le Mur des cons

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La Voie royale : l’enfer des prépas, vraiment ?

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LA VOIE ROYALE Bande Annonce (2023) YouTube capture d'écran https://www.youtube.com/watch?v=3AAaLmBx_1c

Nous n’avions pas pensé aller voir La Voie royale, le film de Frédéric Mermoud sur une classe prépa lyonnaise : les films sur l’école sont rarement réussis. Notre collaborateur s’y est risqué, en spécialiste de la chose éducative — et apparemment il en est revenu enchanté.


Sophie vient de passer le Bac, option Sciences, sans doute dans un lycée de Roanne, la localité la plus proche de Thizy-les-Bourgs où elle aide ses parents à la ferme. Autant dire Trifouillis-les-Oies. Son prof de maths de Terminale, qui a décelé chez elle un petit talent, se donne la peine d’aller convaincre ses parents de pousser leur fille, qui voulait faire un BTS d’agronomie, à poser sa candidature en classe prépa au prestigieux et imaginaire lycée Descartes, à Lyon (dans la réalité, le lycée de Saint-Just, sur la colline de Fourvière). C’est ce que devraient faire tous les enseignants qui ont à cœur de pousser leurs élèves au plus loin de leurs capacités.

Voilà donc notre bonne élève entre les murs imposants de l’ancien séminaire de sainte Irénée. Et il est vrai qu’après les architectures Pailleron auxquelles sont confrontés le plus souvent collégiens et lycéens, les établissements bourgeois du XIXe en imposent. Comme en imposent les condisciples, pour la plupart issus des beaux quartiers de la ville. « Je viens de Belcourt », lance Diane, la jolie bourgeoise surdouée à la petite campagnarde mal dégrossie. Belcourt, c’est le Lyon des notables — ceux qui justement sont promis aux classes prépas et aux grandes écoles. « Vous êtes là pour vous faire du réseau », explique le proviseur à la nouvelle promo. Ce n’est pas faux.

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Les déboires ne s’arrêtent pas aux rivalités de classe (sociale), sensibles sur la façon de porter un jean comme à l’art de laisser flotter ses cheveux. La bonne élève de Ploucville s’aperçoit dès la première kholle (ces interrogations orales qui font presque toute la différence avec l’enseignement de masse des facs) qu’elle ne vaut pas grand-chose. 3, et c’est bien payé. C’est que les prépas disent la vérité des prix. Mes hypokhâgnes de 45 élèves qui avaient tous eu entre 18 et 20 au Bac de Français se retrouvaient à 6 de moyenne à la première dissertation correctement notée. La différence, c’est la démagogie de mes collègues du Secondaire et de l’Inspection réunis.

Contrairement à ce que prétendent les belles âmes, les enseignants de prépas ne cherchent pas à humilier leurs élèves. L’humiliation, elle est dans la tête de ces gosses déclassés, hantés par le sentiment d’imposture, qui affleure sans cesse, et très intelligemment, dans le film. La prof de physique (jouée avec une maestria rare par Maud Wyler) ne donne pas des exos compliqués pour que ses loupiots s’étalent, mais pour que les meilleurs sortent de leur gangue de bons élèves et fassent preuve d’intuition, d’élégance, de génie parfois.

Au cœur du film est posée la question de la mixité scolaire. Comme je l’explique dans L’École à deux vitesses, qui sort la semaine prochaine (pub !), il ne s’agit pas de brasser indifféremment des gosses issus de milieux différents, mais de coupler la différence de classe avec la contiguïté de niveau : il faut en finir au plus vite avec le collège unique, ce splendide instrument de ségrégation sociale inventé par deux gauchistes, Giscard et Haby, en 1976. En finir avec l’interdiction de groupes de niveau, mettre les élèves en concurrence, créer une émulation, en revenir enfin à l’élitisme républicain. Sinon, nous sommes condamnés à n’envoyer à Polytechnique, comme dit très bien Sophie vers la fin, que des clones de Patrick Drahi, Bernard Arnault et Elisabeth Borne. Avec les résultats mirifiques que l’on sait — et une insurrection de temps à autres, celle des Gilets Jaunes est en filigrane dans le film.

Seul regret, la sortie furtive, au cœur de l’été, et dans très peu de salles, d’un film de salubrité publique. Nous étions une trentaine dans ce cinéma de Montpellier, et nous avions tous dépassé le demi-siècle. Le film doit être vu, et urgemment, par ceux qui vont entrer en prépas, ou qui ambitionnent un jour d’y entrer, et par leurs parents. Qu’ils sachent quelle atmosphère de serre chaude est celle de ces classes où l’on bosse en moyenne 70 heures par semaine. Quelle solidarité aussi — malgré les différences de niveau social. C’est un film éclairant, fait avec des moyens limités, et d’une finesse rare. Mais si vous n’aimez pas ça, bien sûr, il vous reste Barbie.

A paraître le 24 août

La fabrique du crétin: Vers l'apocalypse scolaire

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A la recherche du temps de la gastronomie

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Le Festival de gastronomie française, Paris 04/06/2014 NICOLAS MESSYASZ/SIPA 00685236_000019

Patrick Rambourg nous offre une nouvelle histoire de l’art culinaire parisien qui remonte au XIVe siècle. Selon lui, à notre époque de fooding, de fast food et de food trucks, Paris n’a rien perdu de son éclat en matière de gastronomie.


Sous l’égide du Centre des monuments nationaux, la salle des Gens d’armes de la Conciergerie accueillait jusqu’à la mi-juillet l’exposition « Paris, capitale de la gastronomie, du Moyen-Age à nos jours ». Rétrospective bien décevante, comme le sont souvent ces parcours sommaires, grevés de fac-similés, à la scénographie sans goût. Triviale dans son propos, racoleuse dans sa forme, touristique dans sa visée, la manifestation ne remplissait nullement son office, sinon celui de faire du chiffre.  De fait, l’appel de l’estomac servant d’aiguillon à la curiosité, le badaud était venu en nombre, voire en tribus, se rassasier l’œil, sinon la panse. Quant à l’esthète minoritaire légitimement assoiffé de s’abreuver à ce sujet proprement inépuisable, il se surprit à ne pouvoir pas même consoler sa diète en se sustentant par la lecture du catalogue, – car de catalogue, point !

Autant dire que le copieux ouvrage de Patrick Rambourg (400 pages en tout, dont 120 dévorées par les notes et la bibliographie, tout de même !), à présent publié sous les auspices de la maison Perrin, vient satisfaire une fringale mal rassasiée cet été sous les augustes pierres de cet ancien réfectoire de l’époque médiévale, indument revisité à l’enseigne de la gastronomie. Presque homonyme, le titre du livre illustre d’emblée le caractère centripète de la capitale française, dès longtemps, en matière de bouche. Objectant à « l’idée fausse qui voudrait qu’il n’y ait pas de lieux où se restaurer, ni établissements de qualité, avant l’apparition du restaurant dans la seconde partie du XVIIIe siècle », l’auteur a soin de faire remonter la généalogie des métiers et des services de bouche jusqu’à l’aube des années 1300, temps où Paris ne compte déjà pas moins de 200 000 âmes. Croisant chronologie et approches thématiques, Rambourg explore ainsi goulument les lointains ressorts d’une excellence dès l’abord singulière à l’échelle du Vieux continent, avant que ne se diffuse son aura sur le globe entier, sous l’étendard de la « cuisine française ».

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On n’en finirait pas de puiser à la louche dans les ingrédients variés que cette recherche érudite porte à l’écuelle du lecteur. Plutôt qu’en égrener ici les chapitres (depuis « Se restaurer dans la capitale du royaume » jusqu’aux « Cuisines de Paris », en passant par « La renommée du restaurant parisien », etc.) l’on se contentera de vous ouvrir l’appétit par quelques pièces de choix glanées au fil du récit. On y apprend, par exemple, la différence entre un « pain de chapitre » et un « pain mollet » – le plus délicat, celui-ci.  Ou encore, que la cuisine de rue est déjà totalement intégrée au paysage urbain à l’époque de Saint-Louis, laquelle apprécie « la fumée d’un rôt », en particulier rue de la Huchette, connue pour ses « rôtisseries odorantes », ses « belles hôtelleries » et ses « bonnes tavernes » ; que, « sur l’île de la Cité, la rue de la Juiverie », axe central, « concentre quantité de boutiques de bouche et de lieux de restaurations » dès le XIVe siècle. Un registre fiscal de 1313 « recense plus de cinq cents taverniers et près d’une centaine d’aubergistes », nous dit-on.   Vous saurez aussi que « la pratique de manger hors de chez soi est courante à Paris à l’aube de la Renaissance » ;  que Villon, le poète, fréquente La Pomme de Pin, évoquée par Rabelais dans Pantagruel ; que le « queux » ( le cuisinier) est alors un personnage en vue ; que déjà « les effectifs des cuisines de la cour de France dépassent largement ceux des autres cours princières » à l’époque des papes d’Avignon ;  que « le palais de la Cité restera longtemps le lieu des festins des grandes cérémonies royales »… Exemples entre mille.

Lors d’un dîner de 16 convives donné par monseigneur de Lagny, « au moment du rôt, on présente du marsouin en sauce, des maquereaux, des soles, des brèmes, des aloses à la sauce cameline [ à base de cannelle] ou au verjus » et « du riz parsemé d’amandes grillées ».  Chez Catherine de Médicis, parmi les nombreux plats, il y a de la dinde, « un volatile américain fraîchement arrivé en Europe ».  De l’Ancien Régime au Premier Empire, Paris est unanimement perçue comme « la plus policée de toutes les villes de la terre », ainsi qu’en témoigne François Colleret en 1689, cité par l’auteur. Friands d’alouettes, selon Jean Bruyérin-Champier en 1560, les Parisiens « les font rôtir en brochettes de six ou douze, intercalées de sauge et de lard ». La province nourrit la capitale. Ainsi, en janvier, des « chapons de Bayeux, de Bresse et du Mans ; du cheval de Lure, Troyes, Molsheim, Fénétrange, Cosne ; des conserves de perdrix ou de levreaux roulés de Bordeaux ; des côtelettes de porc ou de veau en daube de Saint-Malo »…  

Les manières parisiennes se diffusent dans le pays à travers des périodiques, tel Le Mercure galant, à partir de 1672. Apparition du café, type d’établissement décoré à l’orientale, dans un premier temps, avec des serveurs en pantalons bouffants, coiffés de bonnets fourrés – le Procope accédant à la célébrité que l’on sait. Aux ignorants (dont je suis), Patrick Rambourg enseigne que les « collations » ne doivent pas être confondues avec les « ambigus », ensemble de plats sucrés et salés qui, « fort en usage », dixit L’Art de bien traiter (1674), se prennent au déclin du jour. Au passage, il n’est pas inutile d’apprendre qu’à Choisy, chez Louis XV, le 6 février 1747, on sert… 54 plats ! Que les princes étrangers réclament leurs cuisiniers de Paris. Que les champignons… de Paris sont l’une de nos gloires dès le Grand siècle !  L’on savait que « Paris invente le restaurant ». Mais pas seulement : « la diversité de l’offre est déjà impressionnante dès la fin du XVIIè siècle » : guinguettes dans les faubourgs  –  telle La Courtille, chantée par Vadé, le poète ( 1720-1757) : « Voir Paris sans voir la Courtille/ Où le peuple joyeux fourmille, / Sans fréquenter  les Porcherons, / Le rendez-vous des bons lurons, / C’est voir Rome sans voir le Pape »… Rambourg l’assure : « Pullulent déjà tavernes, cabarets, auberges, hôtelleries, rôtisseurs et autres métiers de bouche », non sans préciser qu’« à l’origine, le mot restaurant désigne un bouillon de santé » : ainsi Antoine Furetière précise-t-il dans son Dictionnaire universel ( 1690) qu’« un consommé ou un « pressis de perdrix » sont de bons restaurants ». Les premiers établissements furent nommés « maisons de santé », apprend-on ! La vogue est lancée. Diderot observe qu’«on y sert bien, un peu chèrement mais à l’heure que l’on veut ».

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Le Palais-Royal devient bientôt le centre des plaisirs gastronomiques. Promenade dans « le labyrinthe des jouissances apéritives », l’ouvrage nous détaille le calendrier gourmand : janvier, mois du gibier ; mars où « la marée est dans toute sa gloire », celui du poisson ; avril, temps pascal, fête les agneaux et les jambons ; la dinde est « le rôti obligé du 11 novembre ». Notre auteur ne laisse de côté aucun aspect de la question : ni l’essor des Halles, d’abord faites de bâtiments disparates en bois ; ni la fortune des artisans de bouche et autres marchands de comestibles, telle la boutique de Madame Chevet où, servant d’enseigne, « des daims entiers pendent à la porte », ou celle de Madame Lambert, place Royale, « l’une des meilleures boutiques de fromage à la crème »

Triomphe du « discours gastronomique », au XIXe siècle : « Hors de Paris, quoiqu’on en veuille dire, / On peut manger, mais on ne dîne pas », versifie un poète gastronome en 1803. Saviez-vous que la gloire de la truffe connaît son apogée dans les années 1820 ? Revisitant les temples de la gastronomie sous l’ombrelle de Brillat-Savarin, l’auteur fameux de la Physiologie du goût, notre cicérone entraîne son lecteur de Very à Beauvilliers, des Trois Frères Provençaux au Rocher de Cancale, du café des Mille Colonnes au café de Chartres, en passant par l’impérissable Véfour, les plaisirs se déplaçant progressivement du Palais Royal vers les Grands boulevards (café Anglais, café de Paris…). Ce, quoique Magny, rive gauche, table fort appréciée des frères Goncourt ou de Théodore de Banville, restât sous ses dehors modestes le sérail de la matelote, des écrevisses à la bordelaise et du chateaubriand…

En parallèle s’impose la pratique du dîner en ville, dont l’heure peu à peu se retarde : « les gens du monde se couchent à trois ou quatre heures du matin », au sortir des festivités. Chez le Second consul Cambacérès, « hiérophante de la gastronomie moderne », défilent « un millier de personnes », le service comptant chez lui « cinquante à soixante servants en livrée, drap bleu avec revers de velours de même nuance et galons d’or ». Suivons le célèbre Guizot, qui mande à sa fille : « je dîne aujourd’hui chez Broglie, demain chez Lavergne, dimanche chez Mme Lenormant, lundi chez Hébert, mardi chez Mme de Saint-Aulaire, mercredi chez Mme Decazes, jeudi chez Mme Mollien et vendredi chez Broglie. Je ne me ruinerai pas chez les restaurateurs ». Le pingre pique-assiette assure qu’Adolphe Thiers « a le meilleur cuisinier de Paris ».  Une « civilité de la table » se diffuse bientôt dans le pays – tout un art. Pour Alexandre Dumas, « la conversation doit étinceler avec les rubis des vins d’entremets, elle doit prendre une suavité délicieuse avec les sucreries du dessert et acquérir une vraie profondeur au café ».

L’école de Paris déverse son raffinement dans « la nouvelle élégance des boutiques de bouche » aux étalages somptueux tandis que, petit à petit, la capitale, dotée par ailleurs d’une hôtellerie de luxe dont le pouvoir d’attraction ne cesse d’enfler – cf. le Grand hôtel du Louvre (1855), le Scribe (1863),  le Ritz (1898), certains établissements dotés de tables d’hôtes renommées – se couvre de restaurants « à prix fixe » ou « à la carte », mais aussi, ce dès le milieu du XIXè siècle, de « bouillons » (cf. Chartier) ou « crèmeries » populaires (la plus connue : la crèmerie Belge, rue Mazarine), ouverts à toutes les couches de la société. Et enfin, d’innombrables pâtisseries ! Jusqu’à devenir la capitale mondiale des plaisirs de bouche. « L’art décoratif se [mettant] au service de la gastronomie », la Belle Époque constitue sans doute l’acmé de cette opulence du palais (à tous les sens du mot). Crillon (1909), Lutetia (1910), Plaza-Athénée (1911), Royal-Monceau (1928), Georges V ( 1928) : toutes ces adresses fastueuses sont nées en moins d’une décennie !

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Les réjouissances républicaines s’ébattent aussi sur les terrasses (elles sont déjà dix-mille en 1913 !), tandis qu’un engouement pour le régionalisme culinaire se fait jour dans l’entre-deux-guerres. Sans compter que l’exotisme colonial remplit les assiettes de riz d’Indochine, de couscous d’Algérie, de phacochères de Mauritanie ou de poules de Sénégambie…  Prémices du fooding cosmopolite, ou de l’actuel retour de la cuisine de rue, sous l’appellation de food trucks ? Adossée à la starisation des chefs (Rebuchon, Senderens, Passard…), notre capitale étoilée, par chance, n’a pas encore tout à fait sacrifié la merveilleuse floraison de ses bistrots – venu de l’argot, le mot date de 1884 – à l’emprise exogène, répulsive et tentaculaire du fast food, importation yankee si lamentablement prisée par la frange la plus acculturée de notre population.

Au demeurant, un irénisme bienveillant retient l’optimiste Patrick Rambourg de prendre position contre un certain dévoiement de l’authentique tradition gastronomique. « Les saveurs exotiques infusent donc les cuisines des restaurants parisiens, et la capitale se fait aussi plus japonisante », constate-t-il, pour nous affirmer in fine que « le Paris culinaire est à la fois multiple, divers, identitaire et universaliste ». On ne demande qu’à le croire sur parole.

Patrick Rambourg, Histoire du Paris gastronomique, du Moyen Âge à nos jours (Éditions Perrin), 400 pages, 24€. En librairie.

Histoire du Paris gastronomique: Du Moyen Age à nos jours

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Plein feu sur le clair-obscur

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Saint Jean-Baptiste enfant, Battistello Caracciolo, vers 1622. © Fondazione Giuseppe e Margaret De Vito per la Storia dell'Arte Moderna a Napoli / Claudio Giusti.

Le musée Granet d’Aix-en-Provence présente une quarantaine de peintures caravagesques du XVIIe siècle. Ces chefs-d’œuvre issus de la collection de Giuseppe De Vito, amateur clairvoyant, dévoilent le grand jeu de l’érotisme et du tragique de l’école napolitaine.


Le sombre zénith de la peinture italienne

La collection De Vito comporte 74 œuvres, souvent majeures, dont 40 sont présentées à Aix-en-Provence après l’avoir été à Dijon. C’est assez pour entrer dans l’univers de la peinture napolitaine du début du XVIIe. L’immersion a de quoi marquer. Il y a d’abord le jeu des lumières. Dans une même peinture contrastent violemment des clartés incandescentes et des zones sombres, voire noires. Ce qui trouble le spectateur, c’est surtout la manière dont la lumière détache des fragments de corps ou d’objets, alors que le reste se perd dans une ombre commune. Les peintres de cette mouvance ont un sens aigu du tragique, c’est-à-dire des contrastes de la vie : des femmes aux chairs sublimes sont confrontées aux pires souffrances, la grossièreté côtoie la délicatesse, les loques tutoient les taffetas…

Cette peinture n’a rien d’allégorique, de maniéré ou de distancié. Elle est, au contraire, servie par un fort réalisme : ici, un saint a les pieds sales ou les mains calleuses, là, un philosophe a la peau terriblement plissée et pendante, chose en laquelle Ribera excelle. Ces œuvres bénéficient d’une picturalité remarquable, on se délecte à volonté du jeu des glacis gras et des touches vibrantes.

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Cet univers caravagesque ou ténébriste, appelons-le comme on veut, reste un modèle et il peut faire réfléchir les artistes de notre temps. L’exposition « Immortelle » montrée récemment au MO.CO de Montpellier a réuni plus d’une centaine de peintres figuratifs actuels et il est étonnant de voir qu’un certain nombre d’entre eux renouent avec le caravagisme pour représenter des sujets contemporains.

Sensible à l’art et non à la célébrité des artistes

Arrêtons-nous sur la personnalité singulière de Giuseppe De Vito (1924-2015). Sa biographie redonne espoir dans les collectionneurs. Quand on suit l’actualité artistique, on est souvent contrarié par des enchères délirantes sur des œuvres qui n’ont pour elles que la célébrité de leur auteur. Les riches de la planète seraient-ils des sots ? Sans doute pas plus que vous et moi. Seulement, ils achètent volontiers des œuvres qu’ils n’osent pas juger entièrement par eux-mêmes. Ils intègrent beaucoup d’éléments externes à leur propre goût. Pour décrire le fonctionnement du marché de l’art, certains économistes emploient l’expression « rendements croissants d’adoption ». Cela veut dire que les produits sont désirés non en raison de leur qualité intrinsèque, mais en fonction du désir d’autrui.

Pour comprendre comment fonctionne ce curieux mécanisme, imaginez que vous arriviez dans une ville dont vous ne connaissez pas les restaurants. Le premier est vide. Vous vous dites que ce n’est pas bon signe. Vous ne vous arrêtez pas. Au second, il y a la queue et vous voulez absolument en être, certain que ça doit être savoureux. C’est une situation où vous formez votre propre idée en observant le comportement des autres. C’est exactement ce qui se passe à la puissance 1 000 dans le monde de l’art. Les collectionneurs sont conseillés, ils se renseignent sur ce que font les autres acquéreurs, scrutent le marché, etc. Un artiste émergent monte ? Il est célèbre ? De plus en plus de gens veulent l’acheter, il devient encore plus cher et plus célèbre, et encore plus de personnes surenchérissent. Il se produit ainsi une sorte d’effet Larsen. Et l’actualité artistique a ceci de triste qu’elle se réduit bien souvent à une désolante suite d’effets Larsen. Parfois, cependant, un homme a un œil, il a du goût, de l’indépendance d’esprit et se moque du qu’en-dira-t-on. Giuseppe De Vito a indiscutablement été l’un de ces hommes. Honneur à lui !

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Simple ingénieur, De Vito a envie de constituer une collection d’art ancien. Après avoir brièvement hésité entre plusieurs thèmes, il se spécialise dans le caravagisme napolitain. Le responsable du Musée de Capodimonte, à Naples, le conforte dans ce choix. Ce mouvement est alors peu apprécié et mal connu. À partir des années 1970, De Vito peut acquérir des chefs-d’œuvre époustouflants avec des moyens limités. N’oubliant pas par ailleurs sa formation d’ingénieur, il étudie méthodiquement les artistes qui l’intéressent et publie un grand nombre d’articles dans des revues scientifiques.

Caravage, l’arbre qui cache la forêt

Là où De Vito a du génie, c’est qu’il s’intéresse peu au Caravage (1571-1610), artiste le plus monté en épingle de nos jours. Pour le public d’aujourd’hui, Caravage est servi par un « narratif » romantique car on lui attribue deux assassinats, chose cinématographique. Il a aussi été abondamment vulgarisé par un historien de l’art du début du xxe siècle, Roberto Longhi (1890-1970), qui l’a « redécouvert ».

Caravage domine-t-il le caravagisme ? Ce n’est nullement une évidence. C’est en tout cas le doute qu’introduit l’exposition au Musée Granet. De nombreux caravagesques lui sont supérieurs en intensité dramatique et en beauté picturale. À commencer par José de Ribera et Massimo Stanzione mais aussi, bien souvent, Mattia Preti ou Luca Giordano. Il faut également parler de celui qui est peut-être le meilleur de tous et dont l’identité demeure inconnue : on doit l’appeler, à la façon d’un obscur artiste du Moyen Âge, « Le Maître de l’Annonce aux bergers », du sujet-titre d’une de ses œuvres.

Caravage est-il chronologiquement le premier caravagesque d’où tout découlerait ? Pas si sûr non plus. Il est accueilli à Rome par un autre artiste, Antiveduto Grammatica (1571-1626), du même âge que lui, mais beaucoup plus célèbre à l’époque. Comme d’autres à cette période, Grammatica a déjà adopté un ténébrisme tragique alors que Caravage en est encore à composer, dans le style de la Renaissance tardive, de belles natures mortes et d’aimables scènes de genre. Alors, qui est l’élève de qui ? Difficile à dire.

À voir absolument

« Naples pour passion », Musée Granet, Aix-en-Provence, du 15 juillet au 29 octobre 2023.

« Naples à Paris : le Louvre invite le Musée de Capodimonte », Musée du Louvre, jusqu’au 8 janvier 2024.

La Hongrie exclue d’Erasmus : l’Europe qui fait chanter

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Statue d'Erasme à Gouda, Pays Bas, 15/05/2015 Stuart Forster/REX Shut/SIPA rex40387549_000020

Après plusieurs mois de négociations infructueuses du gouvernement hongrois avec l’Union européenne, les universités hongroises s’apprêtent à perdre leurs droits Erasmus+ qui permettent de faciliter les mobilités et les partenariats entre universités européennes. Les motifs de cette décision restent difficilement explicables, renforçant l’image d’une Hongrie devenue la paria de l’UE. Tribune libre de Rodrigo Ballester, directeur du Centre d’Etudes européennes du Mathias Corvinus Collegium à Budapest.


À quoi sert l’Union Européenne ? Quand certains peinent à répondre à cette question qui en taraude plus d’un et manquent d’exemples concrets, ils finissent par dégainer du tac au tac un joker imparable : Erasmus. Bien-sûr, Erasmus est la seule initiative européenne qui mette tout le monde d’accord, bien plus que ces autres « Euro » et « Schengen », tout aussi connus mais, disons, moins consensuels – pour rester polis. Erasmus est cette magnifique idée qui sort des sentiers battus bureaucratiques, qui parle au-delà des cercles d’initiés. C’est l’Auberge espagnole de Cédric Klapisch, c’est un million de bébés multiculturels.

D’ailleurs, Erasmus, c’est tellement beau que c’est ouvert à tous. La Turquie, la Macédoine du Nord ou l’Islande en font pleinement partie et, grâce à son volet international Erasmus mundus, les étudiants de tous les pays du globe peuvent bénéficier de la générosité académique européenne, même les ressortissants de démocraties cinq étoiles comme l’Iran, le Qatar ou le Venezuela. Mais est-ce vraiment pour tout le monde ?

Pas si vite, car depuis peu, l’UE a eu l’heureuse idée de transformer Erasmus en arme d’extorsion massive. Une arme qu’elle pointe sans trop bouder son plaisir contre la tempe de son bouc émissaire préféré : la Hongrie du grand méchant Orbán et des non moins punissables Hongrois qui ont eu l’outrecuidance de le réélire une quatrième fois. En effet, à partir de septembre, il est plus que probable que deux tiers des universités hongroises, c’est à-dire 180 000 étudiants, soient exclues de ce programme européen censé incarner la concorde, l’inclusion et bien d’autres mantras aussi pérorés que dévoyés lorsque l’occasion se présente. 

À lire aussi : Dans le sud de la Hongrie, les populations s’organisent face à l’immigration clandestine

Pour quel motif, au juste ? Orbán a vraiment dû dépasser toutes les bornes pour faire sortir de ses gonds la paisible Bruxelles, non ? Que nenni, il s’agit d’une sanction pour rien ou plutôt « au cas où ». Une sorte de délit de faciès conservateur drapé dans les oripeaux d’une notion aussi fumeuse qu’utile : l’État de droit. Depuis 2018, suite à une réforme de l’enseignement supérieur, la majorité des universités hongroises sont désormais des fondations autonomes gérées (entre autres) par des conseils d’administration. Parmi leurs membres, il y avait un petit dix pour cent de politiciens clairement proches du gouvernement. Comme en Allemagne, Belgique, en Tchéquie ou en France me direz-vous, mais voilà, il semble qu’au nom de l’État de droit, certains soient moins égaux que d’autres…

Mais encore ? Bruxelles argumente doctement que la présence de ces onze politiciens est une entorse à l’État de droit (ah oui, pourquoi ?) qui pourrait (un jour, peut-être, qui sait ?), devenir une menace pour le budget européen (comment et pourquoi au juste ?). Oui, l’UE vient d’inventer, en direct, la notion de l’infraction imaginaire, du délit « au cas où », un peu comme si votre équipe de foot était exclue du championnat avant qu’il ne commence, « au cas où » l’un des joueurs ne commettait une faute ; rien de moins… au nom de l’État de droit.

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Ceci est d’autant plus croustillant que les onze politiciens concernés ont démissionné au mois de février en pensant ainsi satisfaire l’ogre bruxellois. Peine perdue, car la menace reste de mise, et les technocrates sortent de nouvelles conditions de leur besace au fur et à mesure que le gouvernement hongrois remplit les précédentes. Bruxelles semble jouer la montre jusqu’aux prochaines élections européennes en juin 2024 et ainsi refiler la patate chaude à la prochaine Commission. En attendant, des milliers d’étudiants hongrois seront discriminés et la réputation des universités hongroises sera davantage écornée pour rien. Le tout dans l’indifférence générale et un abject cynisme qui piétine allègrement le droit au nom de « l’État de droit » et qui prend en otage l’avenir de milliers d’étudiants au nom des « valeurs européennes ». L’UE transforme sous nos yeux le budget en arme politique sans que personne ne s’en offusque, en chantant et en faisant chanter. Après le cobaye hongrois, qui sera le prochain sur la liste ?

Après les vieux, les jeunes. Mais, jusqu’où s’arrêteront-ils ?

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Illustration avec des billets de banque de differentes coupures 26 janvier 2023, Toulouse FRED SCHEIBER/SIPA 01100918_000010

Après les succès enregistrés dans les EHPAD : « Investissement unique. Revenus élevés. Garanties », les  investisseurs s’intéressent désormais à l’enseignement supérieur : « Marché perçu comme rentable voire porteur de perspectives florissantes ». Mais l’éducation peut-elle être un business comme un autre?


Galileo Global Éducation – pour des jeunes leaders mondiaux ?

Je vous en donne mon billet que peu de parents (ou même d’étudiants) du cours Florent, de l’école d’art Penninghen, de l’école de design Strate, du Conservatoire Libre du Cinéma Français, de l’Atelier de Sèvres, de l’Atelier Chardon Savard, de l’ESG, ou même de l’école de journalisme et de communication IICP (devenue Narratiiv) se doutent que leur destin dépend pour 37% de la fille de Mamy Shampooing, via Téthys Invest, et pour 37 %  des papys et mamys canadien-ne-s, via leur fonds de pension. Ces renommés établissements d’enseignement supérieur (actuellement vingt-cinq en France) appartiennent en effet tous à Galileo Global Education (61 écoles sur 106 campus dans 18 pays).

Once upon a time

Galileo Global Education émane d’un fonds d’investissement américain : Providence Equity Partners. En 2011, ce dernier commence à acheter, ici et là et un peu partout, des établissements d’enseignement supérieur de référence, comme en France l’Atelier de Sèvres, en Allemagne l’université privée Macromedia, au Mexique l’IEU, principal réseau d’enseignement supérieur privé ou encore l’Instituto Marangoni, une école de mode internationale.

En 2016, sur sa lancée, ce fonds met 250 millions sur la table pour acheter Studialis, « plate-forme française d’éducation supérieure », qui de son côté avait acquis, elle aussi, pas mal de « grands noms » comme PSB (Paris Business School), l’ESG (École Supérieure de Gestion), l’IESA, école supérieure d’art …

En 2018, par le biais de sa filiale, Téthys Invest, la famille Bettencourt-Meyers devient actionnaire de référence avec 25% des parts, Providence Equity Partners restant cependant majoritaire. Mais, pas pour longtemps. En 2020, le fonds américain met en vente le groupe pour un montant estimé à 2,5 milliards d’euros. KKR et BlackRock sont sur le coup mais ne font pas affaire. Le nouvel actionnariat est composé de Téthys Invest, qui passe de 25% à 37%,  à parité avec CPPIB, l’office d’investissement du régime de pensions canadien, de Montagu Private Equity pour 17% et de Bpifrance (notre banque publique d’investissement)  pour 9%.

En 2020, Regent’s University  of London rejoint le groupe. En 2021, c’est au tour de l’IPET, une école de kinésithérapie située au Mexique, et de Health Events, organisme français de formation continue à destination des professionnels de santé. Toujours en 2021, est créé et non acheté, petite nouveauté, un institut de formation d’aides-soignants avec « un enseignement 2.0 en majorité à distance ».

En 2022, AKAD University, école de commerce de Stuttgart, rejoint le mouvement, ainsi que  TAI, école d’art espagnole. La même année, le groupe entre au capital d’EM Lyon Business School à hauteur de 40% du capital. Opération financière, bien loin du modèle old school des étudiants de Sup de Co qui, en début d’année, faisaient traditionnellement de la réclame, dans leur entourage industriel, pour récolter de la taxe d’apprentissage pour « aider » leur école.

Echapper à Parcoursup à « tout » prix

Tous ces établissements, qui ne mettent plus en avant les témoignages des anciens élèves mais les stories des alumni, ont en commun de sélectionner à leur guise, c’est-à-dire avec « simplicité »,  « réactivité »,« agilité », « souplesse », « personnalisation », et surtout de n’être pas « bon marché ». Leur préoccupation essentielle : « placer l’humain au cœur des processus de recrutement » via des entretiens qui « permettent de mieux connaître les candidats, d’évaluer leurs motivations, leurs compétences et leur adéquation avec la philosophie de l’école » et aussi … de mesurer  la solvabilité du candidat et de ses géniteurs.  

Le coût de l’année varie entre 6 500 € et 24 000 €. Pour une année de droit et d’intelligence juridique à l’ELIJE, à Paris, Lyon, Toulouse ou Montpellier (oui, oui le droit ne s’apprend plus seulement à l’université), il faut compter entre 6 500 € et 9 000 €. En revanche chez Marangoni, entre les frais d’inscription et la scolarité, l’addition s’élève à  23 400 €, et encore pour huit mois (de début octobre à fin mai).

Dieu merci des bourses existent ; les plus courageux peuvent aussi se trouver des petits contrats via les réseaux des écoles et les juniors entreprises. Studi, l’offre en-ligne de Galileo  propose aussi « 150 formations – 100 % en ligne », dont certaines « 100 % financées pour les demandeurs d’emploi ».

Sinon, pour le pékin moyen : « Ce que l’avenir promet, la Poste l’apporte ». Cette dernière a en effet des « partenariats » avec ces écoles et propose des prêts personnalisés pouvant aller jusqu’à 50 000 €. Pour 10 000 € : 48 mensualités de 208,76 €. TAEG fixe de 0,10 %. Pour 50 000 €, faites le calcul. Une babiole bien sûr si, à la sortie, comme prévu, vous êtes embauché par la banque Rothschild.

Ni études de genre, ni sociologie éveillée

Pour le moment, (il ne faut jamais jurer de rien), Galileo n’a pas jeté son dévolu sur des formations à la théorie du genre et autres frivolités. On reste classique. Ce qui explique peut-être qu’en 2022-2023, si le nombre d’étudiants dans le supérieur a globalement diminué de 1,5 % , il a effectivement diminué de 3,1 % dans le public mais parallèlement augmenté de 3,3 % dans le privé ; et ce « marché » représente désormais 26,1% des effectifs du supérieur.

Pour les complotistes, qui verraient malice dans tous ces « mouvements de fonds », lire Les imposteurs, excellent thriller de John Grisham, paru en 2017. Ils ne seront pas rassurés.

Les Imposteurs

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François Chaplin: un pianiste qui dialogue

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Capture d'écran YouTube D.R. https://www.youtube.com/watch?v=03UiYLi7akQ

Causeur vous propose de visionner cet entretien, enregistré dans le studio de Fréquence Protestante (100.7 FM Paris).


Dans « Bilger les soumet à la question », j’ai eu le grand bonheur de pouvoir m’entretenir avec le très grand pianiste François Chaplin, excellant en particulier dans Chopin, Fauré et Debussy. Depuis longtemps, je rêvais de dialoguer avec un interprète reconnu et invité
partout. Il m’a offert le plaisir rare, par ses réponses fines, sensibles et intelligentes, de me permettre de mieux comprendre les secrets de la musique, comment on l’étudie, comment on s’exerce, dans quelles dispositions on se trouve face à un public qui attend le meilleur de vous. J’ai été frappé par le fait qu’un artiste de cette trempe est en quelque sorte imprégné par les œuvres qu’il joue et le génie qui les a inspirées et composées. C’est sans doute grâce à cela qu’il n’est pas un interprète de très haut niveau – et François Chaplin l’est indiscutablement – qui n’enrichisse pas celui qui l’écoute, par le piano ou la pensée et la parole. Quand on rencontre un maître dans une discipline, dans un art, on a toujours peur : et s’il nous décevait ?
François Chaplin m’a enthousiasmé.

A lire aussi: L’opéra, un art trop « élitiste » pour Le Monde

Le Mur des cons

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La parole, rien qu'elle

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EELV non, l’écologie oui

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Jean-Marc Governatori, Place Massena, Nice 12/06/2020 SYSPEO/SIPA 00966972_000006

L’écologie est une affaire trop sérieuse pour l’abandonner à des idéologues comme Sandrine Rousseau ou Marine Tondelier. Jean-Marc Governatori, Coprésident d’Écologie au centre et élu écologiste niçois, développe une écologie raisonnable, rationnelle, respectueuse des valeurs de la République (dont l’état de droit), compatible avec le capitalisme et conciliable avec les besoins de l’industrie française. Tribune libre.


Les 2500 scientifiques du GIEC expliquent que la situation est grave. Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres affirme que les deux sujets brûlants sont, d’une part, la survie de l’espèce humaine et, d’autre part, l’habitabilité de la planète. Dans cet inquiétant tableau, je rajouterai qu’il y a des problèmes tout autant angoissants : la raréfaction des matières premières, qui immanquablement fera augmenter les prix et, par conséquent, impactera le pouvoir d’achat des entreprises et des ménages. Il y a aussi la chute de la biodiversité, l’acidification des océans, la réduction de la fertilité des terres… Bref, il y a du pain sur la planche, bio de préférence.

L ‘écologie de gauche est un fléau

C’est pourquoi l’écologie de gauche en France, qui est devenue, avec la Nupes, l’écologie de l’extrême gauche, comme les éco-violences, sont à bannir. Pourquoi ?

Dans un cadre où il faut que chacun ait envie de s’impliquer, il faut susciter le maximum d’adhésion. Cela est incompatible avec les déclarations de Sandrine Rousseau :

« La valeur travail, pardon, mais c’est quand même une valeur de droite ». 

« Je vis avec un homme déconstruit et je suis super heureuse ».

« L’écologie c’est pas des hommes blancs à vélo dans les villes ».

Avec cette égérie de EELV, naître homme est une faute !

Premièrement il faut cesser de sectariser l’écologie et de dire, comme le fait la secrétaire nationale Marien Tondelier, que l’écologie appartient à la gauche ou qu’il faut éliminer les milliardaires ! L’écologie appartient à tout le monde : les riches, les pauvres, les classes moyennes, les Noirs, les Blancs, les croyants et les athées…

L’écologie intelligente au pouvoir

Quand on connaît l’impact du politique sur la vie de chacun d’entre nous, on comprend aisément qu’il est vital que l’écologie prenne le pouvoir. J’ai démontré dans mes ouvrages qu’au même titre que le libéralisme, le socialisme ou le communisme, l’écologie est un projet de société complet. C’est un courant de pensée qui a deux pieds particuliers : le respect et la responsabilité. Respect des engagements, respect des différences, respect des minorités, respect de l’animal, respect du végétal. Responsabilité, parce qu’il faut avoir le courage de dire que chacun de nous est coresponsable de ce qui se passe, dans sa façon d’éduquer ses enfants, ou ne pas les éduquer d’ailleurs, dans sa façon de consommer, dans sa façon de travailler. Et bien sûr dans sa façon de voter.

Respecter notre république : la mort de Nahel, est-ce une question écologique ?

Lorsque la NUPES, EELV et LFI condamnent la police chaque fois qu’un drame arrive, c’est souvent oublier le fait générateur. Le cas de Nahel est intéressant. Bien sûr, sa mort est évidemment disproportionnée par rapport aux fautes qu’il a commises, mais la réaction de ces politiques, de dire tout de suite que c’est la faute à la police et de déresponsabiliser totalement ce délinquant routier, c’est produire de futurs Nahel.

A lire aussi: Verts et pas mûrs

En effet, ce jeune individu, qui n’est ni un enfant ni un ange, malgré une première sanction éducative lorsqu’il a fait un premier refus d’obtempérer, non seulement il recommence à conduire sans permis et, par conséquent, à être un danger pour les autres, mais en plus, au lieu de choisir une voiture discrète, il choisit une Mercedes, donc puissante, jaune ; il roule sur une allée de bus, à haute allure et s’engage une course-poursuite de 22 minutes avec des motards de la police nationale.

Les vidéos de la municipalité montrent que cette course-poursuite a représenté un danger pour les cyclistes et les passants et il est évident que le stress du policier était à son comble quand, enfin, il a pu intercepter Nahel. Les images semblent montrer que le policier est fautif mais seul le tribunal pourra se prononcer.

L’écologie est rentable

Concernant la facette environnementale de l’écologie, j’ai démontré aussi dans mes ouvrages que l’environnement est lié à la santé. C’est facile à comprendre. C’est lié au plein-emploi, et c’est bien sûr lié aussi à l’implication des citoyens.

Nous avons vu les enjeux en début de texte et oui, il faut non seulement impliquer les citoyens, mais aussi impliquer les entreprises.

Et là encore, la NUPES et EELV condamnent les entreprises bien gérées lorsqu’elles font de gros bénéfices. C’est une catastrophe de leur point de vue. Ces dangereux écologistes ignorent la participation et l’intéressement liés à ces bénéfices, qui vont profiter à chacun des employés de l’entreprise concernée.

On peut tout à fait être une entreprise profitable et une entreprise verte. C’est pourquoi une action écologique réussie va très bien de pair avec l’économie de marché et va très bien de pair avec le profit, car cela motivera les entreprises.

C’est non seulement bon pour leur image, et évidemment elles en ont conscience, mais il est clair que les dirigeants de ces entreprises se rendent compte du rôle qu’ils ont à jouer, de l’impact qu’a l’activité humaine sur, par exemple, l’approvisionnement en matières premières. Par conséquent, si la puissance publique fait le job, les entreprises feront leur part, fortes de leurs employés et leurs clients . Le télétravail, la promotion des transports propres, le covoiturage, l’économie de produits… vont dans le sens de la profitabilité de l’entreprise.

A lire aussi: L’arnaque écolo

Quant à notre fameuse transition écologique, il faut évidemment la faire à prélèvements obligatoires constants. Non seulement notre pays est déjà sur le podium mondial pour la masse des impôts et taxes qu’il prélève, mais les entreprises ont aussi besoin de stabilité fiscale. Les diminuer, ce n’est pas possible, vu la situation de nos finances, mais les accroître, c’est hors de question.

L’écologie, c’est aussi la santé

On peut trouver un joli vivier de finances dans l’éducation à la santé. Pas de transition écologique sans politique de santé : les différents ministres de la Santé et nos députés réfléchissent toujours sur le prix optimal du médicament, sur ce qui est remboursable et ce qui ne l’est pas, sur le nombre de médecins et leur répartition « pour éviter des déserts médicaux », sur le financement de l’hôpital public, sur le revenu des médecins… Bref, ils veulent plus de soignants. Ils se trompent : il faut moins de malades. Une politique de santé c’est une information massive et permanente pour tous les âges sur la qualité et la quantité du bol alimentaire, sur le 0 cigarette et le 0 drogue, le minimum d’alcool, une activité physique quotidienne, une activité intellectuelle quotidienne, une activité sociale régulière, un sommeil paisible, une vie avec moins de stress, des séjours dans des lieux où il y a plus d’arbres que de voitures et, évidemment, une société avec moins de pollution. Voilà une politique de santé bien plus efficace qu’une politique de la maladie qui coûte près de 300 milliards d’euros par an.

Faire la transition écologique sans détruire l’industrie française

Éviter les contraintes malfaisantes sera de bon aloi : le cas de la voiture électrique est intéressant. Face à la problématique de l’utilisation d’énergies fossiles dans les transports, des politiques – dont EELV – décident qu’on ne fabriquera plus de véhicules thermiques dès 2035. Or, c’est la Chine et la Corée qui produisent 80 % des batteries dans le monde. On a programmé l’extinction d’une activité et l’arrivée d’une nouvelle au moment où elle est quasiment monopolisée par la Chine ! Et les administrations publiques subventionnent le passage au véhicule électrique. On programme donc une situation d’effondrement de notre industrie, d’augmentation massive des importations, en utilisant de l’argent public !

Il est beaucoup plus raisonnable écologiquement et économiquement de rendre nos moteurs thermiques compatibles aux agro-carburants (quelques centaines d’euros par moteur).

Les solutions viendront des transports collectifs, du covoiturage, du vélo, des agro-carburants de troisième génération (produits depuis des algues et déchets verts) et de la réduction drastique du poids des voitures et de leur électronique.

Bref, l’écologie est la solution, EELV est le problème.

Jean-Marc Governatori est Coprésident d’Écologie au centre et élu écologiste à Nice.

Assimilation, retour de bâton

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La commune de Mécheria dans le nord-ouest algérien, années 1950. © Bridgeman.

La France n’a jamais assimilé les populations indigènes de ses colonies. Quand elle a voulu les « intégrer », il était trop tard. Et l’invention du « vivre-ensemble » a été un acte de capitulation. Aujourd’hui, si nos casseurs sont assimilés à une identité, c’est à celle de leur diaspora.


Assimiler ou pas ? Transformer les Nord-Africains et les Subsahariens en citoyens français, soumis aux lois et aux coutumes françaises, ou bien préserver leur identité ? Franciser ou bien respecter les différences ? Ces questions se sont posées à la France il y a cent vingt ans, du temps de la colonisation. Et à l’époque elles ont reçu une réponse claire et sans appel : non à l’assimilation. Mais, quarante ans d’immigration irraisonnée ont remis sur la table une question que nos aïeux croyaient avoir réglée définitivement. Tel est le sort des nations qui refusent d’écouter les leçons de l’histoire.

Quand la France est partie à l’assaut de l’Afrique, du monde arabe et de l’Indochine, elle n’avait aucune idée de ce qui l’attendait sur place. Elle ne savait pas non plus ce qu’elle allait faire de ses futures colonies : comment les gouverner, avec quelles élites (locales ou importées depuis la métropole), avec quel objectif de développement, pendant combien de temps ? La colonisation française est une idée tordue aux hypothèses hasardeuses et aux méthodes bricolées. Largués sans réelles instructions ni doctrines, les militaires et les civils qui ont conquis les colonies ont dû inventer un « plan » pour gérer l’immense empire que la France a englouti entre 1880 et 1900 : soit une dizaine de millions de kilomètres carrés et une cinquantaine de millions d’habitants.

Trois visions se sont affrontées, par journaux et lobbies interposés. La première appelait à la préservation des civilisations « découvertes » par la France. Des grandes âmes comme Napoléon III en Algérie, Lyautey au Maroc ou Auguste Pavie en Indochine ont appelé au respect des différences. Ces illustres figures admiraient sincèrement les civilisations indigènes et ne voyaient pas pourquoi il aurait fallu les assimiler, c’est-à-dire les effacer pour en faire des clones de la civilisation française. La seconde tendance a essayé d’assimiler les indigènes, notamment en les convertissant au catholicisme, voire au protestantisme. Après tout, qu’est-ce que l’assimilation sinon une conversion à un nouveau récit des origines (Jésus et Marie au lieu de Mahomet ou Bouddha) ? Une des grandes figures de ce mouvement fut le cardinal de Lavigerie, archevêque d’Alger dans la deuxième moitié du xixe siècle. Il voulait convertir les Algériens au catholicisme. Enfin, parmi les colons, s’est très vite développé le souhait de se séparer des indigènes en les « enfermant » dans leur « retard » et en prenant le soin de ne surtout pas en faire les égaux des Français. La motivation coule de source : « À nous les terres, à nous les postes dans l’administration, hors de question de partager le gâteau avec les peuples que l’on vient de soumettre. » À court de financements et d’effectifs, l’administration coloniale s’est alignée sur le lobby des colons.

l’échec de l’assimilation, de l’intégration et du vivre-ensemble est une excellente nouvelle pour le secteur du BTP. Ronds-points à refaire, médiathèques à reconstruire, etc.

Les choses auraient pu changer au lendemain de la Première Guerre mondiale. La participation de milliers d’indigènes aux combats aux côtés de la France, leur héroïsme et abnégation ont fait bouger quelques lignes. Des élites locales osent dès 1918 exiger une égalité des chances avec les colons, matérialisée par l’accès au système éducatif et aux opportunités d’emploi dans l’administration. Refus de l’administration qui se limite, ici et là, à créer des brèches dans le système d’« apartheid ». Ainsi, au Vietnam, on ouvre l’accès aux lycées aux enfants de la bourgeoisie indigène. À Dakar, on fonde une école de médecine destinée aux Noirs. Mais le mot d’ordre demeure la séparation. Au Maroc, par exemple, les élèves musulmans ne peuvent pas accéder au système éducatif français, ils sont confinés à la préparation du certificat d’études musulmanes, une sorte de brevet au rabais. En Algérie, la Troisième République envoie de l’argent pour scolariser les musulmans, les conseils municipaux aux mains des pieds-noirs ne l’utilisent pas ou ne le reversent qu’en partie à la construction de salles de classe.

Avec les anciennes colonies, un lien resté permanent

Après la Seconde Guerre mondiale, on change de braquet. Saisie par une sorte de culpabilité mêlée à la reconnaissance pour le sacrifice des soldats coloniaux, la France met le paquet sur le social : écoles, universités, hôpitaux, eau potable, etc. Mais l’argent manque et très vite plusieurs mouvements indépendantistes essaient de dissuader les indigènes d’envoyer leurs enfants à l’école française. En Algérie, certains milieux pieds-noirs innovent et forgent la notion de vivre-ensemble, un concept vendu aux Algériens musulmans comme la panacée de la colonisation. L’idée est d’instaurer l’égalité en droits et en devoirs entre les différentes communautés, selon une approche graduelle. Ainsi, l’OAS et de nombreux officiers français promettent aux musulmans de devenir à terme des Français aussi légitimes que les Bretons ou les Alsaciens. De Gaulle a dit non, les Français aussi par référendum, et le FLN a enfoncé le clou.

La colonisation terminée, l’immigration a pris le relais. Le lien avec les colonies, surtout celles du Maghreb, n’a pas été rompu. Et dès les années 1970, la hausse des flux a reposé la question de l’assimilation. Sauf que cette fois, la République s’est mise en tête qu’elle pouvait fabriquer des Français à partir de Marocains ou d’Algériens en une génération, voire deux grâce à l’école et au travail. Les émeutes dans les banlieues, survenues dès la fin des années 1970, ont semé le doute sur la validité de ce théorème. L’on s’est rabattu alors sur l’intégration, moins ambitieuse mais surtout plus difficile à définir, car si assimiler veut dire franciser, intégrer va de la simple participation à la vie économique jusqu’à l’acculturation.

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Mais, de faits divers sanglants en « intifadas » à base de mortiers d’artifice, on a fini par se replier sur la notion de vivre-ensemble, inventée par les partisans de l’Algérie française… Le vivre-ensemble est, dans la bouche de nos dirigeants, une capitulation de plus : il s’agit de supplier les immigrés de bien vouloir tolérer les Français de souche. Et l’État et ses bras armés dans la presse subventionnée, les ONG et la communauté artistique se chargent de tenir le Français de souche en laisse : « pas d’amalgame », « pas de stigmatisation », « halte à l’extrême droite ».

Malheureusement pour ce système, les égouts débordent de temps en temps, comme à Nanterre récemment. Des milliers de jeunes ont crié à qui voulait bien les entendre leur rejet total de la France et du vivre-ensemble. Ces casseurs « identitaires » ont au moins le mérite de la sincérité : ils crient, ils taguent, ils crachent leur haine de la France. Ils sont assimilés à une diaspora qui subvient à leurs besoins identitaires.

Message reçu 0/5 par nos élites autistes et incompétentes. Elles préféreront sans doute miser sur une énième remise à jour de la politique de la ville. Cela dit, l’échec de l’assimilation, de l’intégration et du vivre-ensemble est une excellente nouvelle pour le secteur du BTP.  Ronds-points à refaire, médiathèques à reconstruire, etc. Les actions de Bouygues et de Vinci ont probablement plus la cote que les portraits de Marianne !

Une contre-histoire de la colonisation française

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Tonio Kröger: la profession de foi de Thomas Mann

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DANEMARK : Iles Féroé - Tjornuvik ATLAS PHOTOGRAPHY/SIPA 00446983_000104

Si pour certains auteurs, le désœuvrement constitue une forme de révolte contre le culte de l’utile dans la société ou une façon de se libérer de l’anxiété d’exister, pour Thomas Mann, c’est une véritable ascèse que le poète doit suivre afin de se transformer en un artiste authentique.


Les romans de Thomas Mann sont très marqués par le thème du désœuvrement. En fait, il y a chez lui toute une évolution, qui va globalement des prémisses, Tonio Kröger, en 1903, jusqu’au Docteur Faustus, en 1947, en passant évidemment par La Mort à Venise, en 1912, et le très célèbre huis clos de La Montagne magique, en 1924. À chaque fois, l’action se situe comme hors du temps, et le plus possible à l’abri des contingences. Les personnages principaux y sont toujours singuliers, différents des autres êtres humains. En règle générale, nous avons affaire à des artistes qui se complaisent dans une solitude fatale. À travers eux tous, Thomas Mann pose la question de la place de l’artiste dans la société. Qu’est-ce qui justifie, en quelque sorte, cette marginalité presque revendiquée, qui est aussi un pari sur l’existence ?

Un roman très autobiographique

Tonio Kröger est probablement le roman le plus autobiographique de Thomas Mann. Il commence à Lübeck, sa ville natale au bord de la mer Baltique. « L’école était finie », nous annonce Mann. Le jeune Tonio Kröger, élève médiocre et inadapté, attend son camarade de classe Hans, dont il est amoureux, pour faire une promenade. Hans est le contraire de Tonio, au moral et au physique. Alors que Hans est aimé de tous, Tonio apparaît comme replié sur lui-même, toujours triste et, nous dit Thomas Mann, « négligent, indocile, préoccupé de choses auxquelles personne ne pense ». C’est que Tonio veut devenir poète. Il a du reste déjà commencé à écrire dans un cahier.

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Le roman s’attache à de brèves périodes de la vie de Tonio Kröger. Nous le voyons, alors qu’il grandit et devient un homme, rester fidèle à son premier idéal. Il ne déviera pas de sa vocation, même lorsqu’il tombera amoureux de la blonde Ingeborg, parfaite antithèse de son désœuvrement. Tonio Kröger recherche l’éveil et Thomas Mann passe de longues pages à expliciter cette quête spirituelle. Il écrit ainsi, au moment d’un épisode de la vie de Tonio qui est un tournant : « Il se livra tout entier à la puissance qui lui apparaissait comme la plus élevée sur terre, au service de laquelle il se sentait appelé, qui lui promettait la grandeur et la réputation : la puissance de l’esprit et du verbe qui règne en souriant sur la vie inconsciente et muette ». Car Tonio Kröger est plus qu’un roman, c’est une profession de foi.

L’anti-travail du poète

Thomas Mann insiste beaucoup, dans Tonio Kröger, sur le type de travail auquel se livre son héros poète. Il s’agit plutôt, à vrai dire, d’un anti-travail, si l’on veut, qui se différencie par essence de l’activité professionnelle de la plupart des gens travaillant pour survivre. Il y a des phrases qui ne trompent pas : « Il ne travaillait pas comme quelqu’un qui travaille pour vivre, mais comme quelqu’un qui ne veut rien faire d’autre que travailler ». Formule éminemment paradoxale, qui fait bien comprendre la nature du labeur poétique, et donc, aussi, artistique. Plus loin, il précise : « La littérature n’est pas un métier, mais une malédiction, sachez-le ». Avec elle, selon Thomas Mann, on quitte la sphère de la normalité, et on entre dans une sorte de désœuvrement asocial. Le romancier décrit admirablement cette crise que traverse Tonio Kröger, jusqu’à ce « dégoût de la connaissance » qui le fait s’identifier au personnage d’Hamlet. Ce faisant, Mann annonce un peu l’avant-garde surréaliste, qui naîtra bientôt en France.

Aller vers la sagesse

La fin du roman narre une sorte de réconciliation de Tonio Kröger avec sa propre destinée. Il part voyager vers le Nord, au Danemark. C’est là qu’il trouvera un début de sérénité. Avant qu’il ne parte, son amie Lisaveta Ivanovna lui avait déclaré qu’au fond il n’était qu’« un bourgeois fourvoyé sur une fausse route ». Un « bourgeois », donc ; le texte allemand dit : « ein verrirter Bürger ». Au Danemark, il fera les comptes. Ce sera le temps du bilan positif, braqué vers l’avenir, dans la contemplation de ce Nord froid et austère qui l’a toujours fasciné, plus que le Sud peut-être. « Je plonge mes regards, dit-il, dans un monde à naître, un monde à l’état d’ébauche… »

Après avoir fait le vide, il faut reconstruire quelque chose, aller vers la sagesse et, peut-être, vers l’amour des autres. C’est ce que laisse entendre les dernières pages de Tonio Kröger, qui se termine sur une allusion à saint Paul. Conclusion ouverte, mais la partie n’est pas gagnée.

Thomas Mann, Tonio Kröger (Le Livre de Poche, collection « Biblio »), 6,90€.

Tonio Kröger

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