Devant les manifestations de plus en plus déplaisantes du communautarisme musulman, exacerbé par la guerre d’Israël contre le Hamas, bien des yeux se dessillent dans le monde politique. Trop tard ?
« Sinon… ce sera la guerre sur notre sol » : l’alerte a été lancée, ce lundi matin sur Europe 1, par l’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler. Si rien n’est fait pour contrer les Frères musulmans, qui visent à instaurer une société islamique mondiale (califat) en rassemblant la communauté des croyants (l’Oumma), la chercheuse prévient : « Ce qui s’est passé le 7 octobre (l’attaque du Hamas contre Israël) arrivera ici ». L’auteur de l’enquête sur Le frérisme et ses réseaux (Odile Jacob) n’est pas la première à sonner le tocsin. Mais la perspective d’une guerre civile se précise pour qui veut bien observer la fracture qui s’installe entre deux France, deux cultures, deux civilisations, deux modèles de société : une France laïque et démocratique, contre une France islamisée et totalitaire. Dimanche à Paris, place de la République, la France saluée par Jean–Luc Mélenchon brandissait des drapeaux palestiniens et hurlait : « Israël assassin ! », « Macron assassin ! ». Cette fois-ci, les « Allah Akbar ! », repris jeudi alors que la nation enterrait l’enseignant Dominique Bernard égorgé sous ces mots, ont été étouffés.
Cependant Mélenchon a dévoilé l’antisémitisme d’atmosphère qui fédère l’islamisme qu’il cautionne en tweetant à l’adresse de la présidente de l’Assemblée nationale : « Voici la France. Pendant ce temps Madame Braun-Pivet campe à Tel-Aviv pour encourager les massacres. Pas au nom du peuple français !».
Le désastre d’une France éclatée et irréconciliable est accablant pour la classe politique qui a laissé faire. Pourtant, si le ministre belge de la Justice vient d’annoncer sa démission après une faute de son administration dans la non-expulsion du terroriste devenu tueur de deux Suédois le 17 octobre, il ne faut attendre aucune contrition semblable de la part des « élites » françaises.
L’irresponsabilité est leur emblème. Dans L’Opinion (20 octobre) l’européiste Jean-Louis Bourlanges constate : « Les situations nous échappent ». Mais le député ne s’arrête pas sur la responsabilité première de l’Europe ouverte et de ses juges non élus qui se sont appropriés « l’Etat de droit ». Sur Radio J, dimanche, Alain Juppé s’interrogeait, laissant percer un doute : « Est-ce qu’il y a une forme d’islam qui est compatible avec la République ? Je veux encore le croire ». Or c’est Juppé, apôtre multiculturaliste de « l’identité heureuse », qui n’a cessé depuis quinze ans de faire crédit à l’islam de ses seules vertus. C’est lui qui a prôné les « accommodements raisonnables » en défendant le port du voile (« Arrêtons de nous focaliser sur le foulard ! ») et en critiquant l’assimilation. C’est lui qui, à l’adresse de ses amis de l’UMP de l’époque, a dit : « L’islamophobie est un point de clivage ». Lui encore qui, ministre des Affaires étrangères, disait en 2011 des frères musulmans rencontrés : « Plusieurs d’entre eux m’ont fait part de leur vision d’un islam libéral et respectueux de la démocratie ». La France a été saccagée par des dirigeants aveugles et sourds. Qu’ils aient au moins, faute de s’excuser, la décence de se taire.
Dans le combat à mener contre les menées de l’islamisme à l’école, et contre la menace terroriste, les professeurs doivent avant tout se réarmer moralement. Ce n’est pas gagné.
Au soir du 16 octobre, les professeurs se sont vu décerner un brevet d’héroïsme, ou de victimisation expiatoire. Par leurs syndicats, bien sûr, mais plus étonnamment, dans ces colonnes mêmes: « Les profs une fois de plus en première ligne »[1]. Alors des héros, pourquoi pas ? Mais malgré eux, à la Giraudoux, des héros qui détalent[2]. Lors de la séance de thérapie collective qui a ouvert cette journée d’hommage à Samuel Paty et à Dominique Bernard (et valu à nos élèves une grasse matinée dont ils se souviendront, longtemps), le mot d’ordre était sans équivoque : « tous aux abris ! ».
Dans mon petit établissement de banlieue, la cheffe nous a fait asseoir en rond, façon alcooliques anonymes, manière d’exprimer notre ressenti de victime, de scénariser nos traumas. Visage bouffi par les larmes, voix tremblotante, regard vide, elle a entonné l’air « On va tous mourir » pour mener ensuite le concert des jérémiades: on nous en demande beaucoup, je ne suis pas rentré dans l’Éducation nationale pour ça, ma famille n’en peut plus, que prévoit-on pour notre sécurité… Les quelques voix dissonantes ont aussitôt été réprimées. Saluer le courage de nos collègues du lycée Gambetta qui ont tenté d’arrêter le terroriste ? C’est stigmatiser ceux qui ne l’auraient pas eu. Inviter à ne pas donner à ses élèves le spectacle de la peur (« C’est laid, un homme qui a peur » lance la petite Antigone d’Anouilh à Créon) ? C’est se stigmatiser soi-même et la cheffe avec. Pour la minute de silence de l’après-midi, on nous invite à nous planquer dans nos classes. Enfin, on expliquera à nos élèves que, si Mohammed Mogouchkov en est arrivé là (on ne sait pas très bien où puisque les mots de terrorisme et d’islamisme n’ont pas été prononcés), c’est parce qu’il n’a pas eu la chance que vous avez d’aller à l’école. Qu’importe la vérité pourvu qu’on ait le narratif.
Alors côté sécurité, c’est sûr que je ne serais pas opposée à quelques cours de krav-maga, histoire de vendre chèrement ma carotide. Mais j’ai avant tout le sentiment que les profs ont un autre combat à mener qui nécessite un réarmement moral, spirituel et intellectuel. Un combat sur plusieurs fronts.
Contre eux-mêmes, d’abord, contre l’idéologie et la pédagogie gauchistes, seconde nature qui les a coupés du réel : une fois de plus, ils sont abasourdis, atterrés, ils découvrent que l’islamisme peut frapper en France et ils retrouvent leurs réflexes pavloviens (pas d’amalgame ; tous des victimes ; l’école pour tous et surtout pour les allophones-discriminés ; la guerre, c’est la paix).
Le deuxième front, c’est l’Institution: les syndicats, jamais avares d’une petitesse ou d’un déshonneur, depuis la guerre-de-la-covid jusqu’au droit de retrait devant les punaises de lit et au couplet des moyens, fredonné sur la dépouille encore chaude de Dominique Bernard; une hiérarchie tantôt défaillante, tantôt collabo (silence sur les manquements à la laïcité, confusion entre abaya et kimono…) ; une inspection traquant les professeurs qui luttent encore contre l’affaissement du niveau scolaire.
Le dernier front, c’est la salle de classe où, libérés de leurs vieux démons et réconciliés avec le plus beau métier du monde, les profs pourront transmettre l’amour de la France, de sa culture, de sa langue. « France aimée, disais-je en mon enfance, redis-je en écrivant ces lignes, redis-je si près de ma mort […], toi qui m’as reconnu serviteur étranger de ta langue […], toi qui m’as donné ta langue, haut fleuron de l’humaine couronne, ta langue qui m’est chère et pays de mon âme, ta langue qui m’est aussi une patrie », écrivait Albert Cohen dont la famille avait quitté Corfou pour fuir les pogroms.[3] C’est sur ce front, en première ligne, dans le noble et fier exercice de leur fonction et de leurs responsabilités, qu’on aimerait voir les professeurs.
[1] Article de Dominique Labarrière, Causeur.fr, 16 octobre 2023.
[2] « L’homme en temps de guerre s’appelle le héros. Il peut ne pas en être plus brave, et fuir à toutes jambes. Mais c’est du moins un héros qui détale. » La Guerre de Troie n’aura pas lieu, Jean Giraudoux.
Le Japon, la Chine et la Corée du Sud connaissent un déclin démographique majeur mais renâclent à intégrer des étrangers qui pourraient compenser ce déséquilibre. Les peuples de la région placent la préservation de leur culture, leur cohésion sociale et ethnique au-dessus des calculs économiques.
Natalité en berne et immigration impossible, l’équation insoluble de l’Extrême-Orient
Japon, Chine, Corée du Sud, Taïwan font face à un déclin démographique majeur, mais ne veulent pas entendre parler d’immigration pour remplacer – pardon, compenser – les bébés manquants. Les chiffres sont impressionnants. Le Japon, aujourd’hui 122,4 millions d’habitants, a perdu 800 000 habitants en 2022 et passera sous la barre des 100 millions en 2056. Le taux de fécondité est tombé à 1,33 enfant par femme en 2022. Cette baisse dure déjà depuis quinze ans.
La Corée du Sud, 51 millions d’habitants, file également un mauvais coton. Le pays perd de la population depuis trois ans et la baisse devrait s’accélérer puisque le taux de fécondité coréen est aujourd’hui le plus bas du monde avec 0,78 enfant par femme.
Après avoir imposé la « politique de l’enfant unique » de 1979 à 2015, la Chine partage désormais le même problème que ses voisins avec un taux de fécondité de 1,14 enfant par femme. Sa population a baissé de 850 000 personnes. Une goutte d’eau pour une population de 1,4 milliard d’habitants, mais une tendance qui devrait durer.
Les politiques familiales sont un échec. Les femmes ne veulent plus avoir d’enfants et privilégient leur carrière. Les jeunes ne savent plus se rencontrer, ne veulent plus se marier, les couples mariés ne font plus l’amour… Bref, c’est la cata au niveau de la vie intime. Un mal similaire semble gagner la Chine avec le phénomène croissant des « jeunes couchés » et des (grands) enfants qui renoncent à fonder une famille et restent chez papa et maman.
Le recours à l’immigration est débattu depuis longtemps au Japon et commence à l’être en Corée du Sud[1]. Le Premier ministre Fumio Kishida a estimé en janvier 2022 que le Japon était « à la limite de l’incapacité de pouvoir continuer à fonctionner en tant que société ». L’idée d’accueillir 10 millions de travailleurs étrangers, à condition qu’ils s’engagent à ne rester que trois ans, a été débattue, mais est restée sans suite.
L’installation d’étrangers : une question particulièrement délicate en Extrême-Orient
Historiquement, Japon, Chine, Corée ont toujours été méfiants vis-à-vis de l’influence étrangère, suspectée d’exercer une influence délétère sur la culture et le mode de vie traditionnels. L’histoire de chacun de ces pays est jalonnée de fermetures de ports, d’interdictions du territoire, d’expulsion et de massacre des étrangers, notamment des missionnaires. La culture occidentale ne s’est véritablement établie au Japon, en Corée du Sud, à Taïwan qu’avec la victoire américaine en 1945 et l’installation des bases de l’armée américaine dans toute la région.
Les Asiatiques appliquent le droit du sang et ont une conception ethnique de la nation
On naît japonais ou chinois, on ne le devient pas. La nationalité s’acquiert par le sang et la lignée. Donner la nationalité à un étranger qui séjournerait cinq ou dix ans sur son territoire est une idée saugrenue, inconcevable en Asie du Nord-Est.
Une réponse inefficace à la chute démographique
Difficile avec de tels principes d’accueillir et d’intégrer une population étrangère afin de maintenir la population à l’équilibre. Immigration de peuplement ou remplacement (même tout petit) de population sont des chiffons rouges pour les peuples. Alors, à défaut d’une grande politique d’accueil assumée, on avance à petits pas.
1/Une immigration de travail gérée par des accords bilatéraux avec les pays exportateurs de main-d’œuvre (Philippines, Vietnam, Cambodge). Les ouvriers sont sélectionnés dans leur pays d’origine, signent des contrats à durée déterminée avec obligation de repartir dans leur pays à la fin du contrat. 1,8 million de travailleurs étrangers au Japon et 1,3 million en Corée du Sud travaillent dans les usines, exploitations agricoles, hôpitaux, maisons de retraite. On estime à 230 000 les travailleurs étrangers qui se sont évaporés au Japon à la fin de leur contrat et sont restés travailler au noir, sans aucune couverture sociale.
2/De nouveaux contrats de travail longs ont été créés. Au Japon, un visa « compétence spéciale » a été créé en 2019 pour des secteurs où le manque de main-d’œuvre est criant : techniciens spécialisés, infirmières, puéricultrices par exemple. Durée : de trois à cinq ans, avec possibilité de regroupement familial.
3/Les mariages arrangés. Depuis plus de vingt-cinq ans, des cohortes de Vietnamiennes ou de Philippines viennent remplacer les Japonaises, Coréennes, Taïwanaises qui refusent d’épouser des hommes vivant dans des régions reculées. Entraînant inévitablement des situations dramatiques pour des femmes déracinées, isolées, coincées par l’accord financier passé avec leur famille, et trop souvent maltraitées[2].
Grâce à toutes ces mesures, le nombre de résidents étrangers au Japon atteint désormais 3 millions et 2,5 millions en Corée. Mais on reste loin du compte pour des pays qui perdent 800 000 âmes par an. L’Asie va donc continuer de perdre de la population. Les personnes âgées vont travailler de plus en plus longtemps, les robots vont remplacer les humains pour les tâches du quotidien, la désertification des régions éloignées va s’aggraver.
Un coût économique considérable, mais voilà, tout n’est pas qu’économique
Les peuples de la région placent la préservation de leur culture et de leur mode de vie, leur cohésion sociale et ethnique au-dessus des calculs économiques et sont manifestement prêts à vivre avec ce problème, aussi lourd soit-il.
Si l’on appliquait la grille de lecture de la gauche d’aujourd’hui, tous sans exception devraient être qualifiés d’extrême droite, tendance Zemmour. Heureusement, le désintérêt pour l’Asie de notre élite médiatico-politique, toujours aussi désespérément occidentalo-centrée, nous épargne un tel ridicule.
[1] En Chine, la masse de la population est telle que seul le vieillissement préoccupe les autorités.
[2] 42 % des épouses étrangères avaient déjà été victimes de violence domestique d’après une étude de 2017 du comité national coréen des droits de l’homme.
Son dernier film, The Old Oak, sort le 25 octobre.
Il est bien fini le temps où Ken Loach savait faire des films sociaux sans tomber dans la caricature de lui-même et un misérabilisme lacrymal de mauvais aloi. Désormais, de film en film, le cinéaste militant nous sert le même brouet.
Déplaisant
Cette fois, il porte son regard sur une ancienne ville minière frappée par le chômage qui a le mauvais goût de ne pas accueillir sans réticence des réfugiés syriens. Sans finesse, Loach stigmatise une population socialement à terre qui ne fait pas assez preuve d’empathie. On aimerait assurément plus de complexité dans un traitement presque unilatéral. On aimerait que le bon apôtre cinéaste fasse preuve d’un peu plus de compréhension et d’écoute. On en viendrait à croire qu’il a envie de changer le peuple dès lors que le peuple en question ne pense pas comme lui… Le film devient alors déplaisant dans sa façon d’instrumentaliser la réalité.
La rude question migratoire mérite mieux que ce procès en inhumanité intenté à une population en plein désarroi.
Les compositeurs vivants sont les grands absents des programmations d’orchestres et d’opéras. Ces créateurs sont abandonnés, la politique culturelle préférant les illustres morts pour remplir les salles. Le compositeur et chef d’orchestre Laurent Couson tire la sonnette d’alarme.
Un requiem de Mozart, une symphonie de Beethoven, Carmen, Le Barbier de Séville, autant de valeurs sûres de la programmation pour remplir les salles de musique classique.
Les saisons offrent donc souvent en boucle les mêmes œuvres.
Quelle vision préside donc à cette politique culturelle qui ne permet pas aux créateurs nouveaux d’accéder au public ? Les compositeurs vivants, qui essayent de perpétuer l’écriture de partitions pour orchestre sont, de plus en plus, les grands absents des programmations des orchestres et des opéras. Si nos chers Mozart, Beethoven ou Verdi étaient vivants aujourd’hui, nous n’aurions pas le bonheur de les découvrir…
Indifférence
Les commandes d’œuvres originales ont peu à peu disparu des budgets publics alloués aux orchestres ou aux opéras. Il est incompréhensible que les structures classiques publiques ou subventionnées n’aient pas l’obligation dans leur cahier des charges de programmer au moins 30 % d’œuvres de compositeurs vivants. Ces maisons font vivre des musiciens, des chanteurs, des techniciens, des centaines de salariés administratifs, mais aucun compositeur. N’est-ce pas, pourtant, le métier le plus indispensable de cette chaîne de production ?
Faute d’une politique culturelle tournée vers la découverte, la nouvelle musique pour orchestre s’est raréfiée. Il est vrai qu’après-guerre, le milieu de la musique classique s’est lui-même coupé du public en proposant des créations pour initiés, qui semblaient avoir pour objectif d’être le plus rébarbatives et le moins intelligibles possible.
Aujourd’hui, seule l’obsession de la féminisation crée parfois une brèche dans cette indifférence. Nous voulons tous plus de femmes compositrices et cheffes d’orchestre, mais comment accepter que, dans ce métier si exigeant, la qualité intrinsèque du travail ait moins de poids qu’une proposition dite « genrée » ?
De plus, la télévision a décrété que cette musique ennuyait les téléspectateurs. Dès lors, l’invitation d’un artiste classique sur un plateau n’est possible que si et seulement si il est accompagné d’un chanteur de musique actuelle. Il faut le variétiser, en sacrifiant l’essence de sa musique.
Le compositeur est devenu dispensable
Même « Le grand échiquier », autrefois émission classique de référence où l’on entendait jouer Rostropovitch, Perlman ou Maurice André, est désormais construite par l’assemblage de capsules « chansons » où l’orchestre joue des arrangements autour des vedettes en vogue. Le service public doit-il faire la promotion des artistes et musiques à la mode ou œuvrer à une élévation culturelle ?
Il en va de même pour les musiques de film : Où sont les Michel Legrand ou Georges Delerue aujourd’hui ? Autrefois, les réalisateurs concevaient la musique du film comme un élément essentiel du récit. Aujourd’hui, on a tous un ami qui bricole avec des logiciels à la portée de tous, la musique n’étant plus qu’un jeu de mikado à assembler. Le compositeur semble ne plus servir à rien. Bientôt, l’intelligence artificielle nous aura tous remplacés. C’est déjà le cas dans la musique pour la télévision et la pub, qui faisait vivre des centaines de compositeurs. Le bonheur se trouve maintenant dans les banques de données où l’algorithme remplace la composition autant que nos cœurs battants.
Les compositeurs, et tous les créateurs, sont des espèces en danger. Et avec eux, tout ce qui fait de nous des humains – l’exigence d’un langage écrit, l’acharnement de l’instrumentiste, l’effort d’un compositeur à sa table.
L’influenceur, le polémiste remplacent l’artiste dans l’espace public. Dans l’indifférence, voire avec la bénédiction du pouvoir et des partis politiques.
La musique vivante veut encore produire de l’émerveillement et révéler au monde les vibrations essentielles à nos vies.
Ne nous laissez pas disparaître, ne vous laissez pas mourir.
Des récits sanglants des exactions du Hamas, venus jusqu’aux oreilles de notre chroniqueur, rendent très difficile la sympathie qu’on lui enjoint d’éprouver pour le peuple de Gaza.
Sur les chaînes d’info, en attendant de voir les chars israéliens entrer dans les rues de Gaza, j’entends des témoignages éprouvants sur les massacres et très instructifs sur leurs auteurs, mais surtout sur leurs soutiens, sur leur public et sur leurs supplétifs, comme dans le récit du journaliste Michaël Sadoun qui parle « d’une femme démembrée jetée à la foule en liesse ».
Ou dans celui d’une soldate, seule survivante de l’attaque d’un poste de surveillance, qui raconte « qu’aux combattants en tenue de commandos, s’étaient joints les paysans qu’on connaissait, qui étaient gentils et qui », dit-elle, « se sont jetés sur nous ». Le mot « combattant » étant inapproprié car comme l’écrivait Arthur Koestler : « Les Arabes font d’excellents émeutiers mais de piètres combattants ».
Fourbes et sanguinaires
Ou bien dans ce récit d’une femme rescapée d’un massacre dans un kibboutz qui relate que depuis son refuge, elle a entendu toutes sortes de gens qui s’étaient engouffrés dans les brèches derrière les membres du Hamas pour mener la même guerre sainte, se livrer, en plus des meurtres, aux pillages, aux saccages, aux vols, aux razzias, comme les villageois biélorusses des Disparus de Daniel Mendelssohn dans le sillage des Einsatzgruppen. Et « qu’il y avait parmi eux », ajoute-t-elle, « même des enfants ».
Ou encore dans celui du porte-parole de Tsahal, Olivier Rafowicz, qui rapporte qu’au retour de leur expédition, les djihadistes, accompagnés de citoyens ordinaires qui « étaient partis faire leur marché en volant tout ce qu’ils avaient pu emporter et en kidnappant des hommes, des femmes ou des enfants », les guerriers de l’islam donc, comme jadis les Barbaresques en Méditerranée, avaient été accueillis par les Gazaouis « avec des bonbons et aux cris de Tuez-les juifs ».
À l’écoute de ces récits glaçants, me revient cette formule d’Ariel Sharon, qui apriori et même a postériori connaissait bien les Arabes, et qui, lors d’une réunion au sommet pour préparer des négociations de paix, avait dit à des diplomates américains sidérés : « Le problème avec les Palestiniens, c’est qu’ils sont fourbes et sanguinaires ».
Une chance folle
Sanguinaires, nous l’avons vu et l’Histoire nous enseigne que cela n’est pas nouveau. Et fourbes, nous le verrons si, comme leurs cousins du Hezbollah au Liban en 2006 à l’arrivée des soldats israéliens, les farouches « combattants » des films de propagande planquent leurs cagoules et leurs kalachnikovs, et redeviennent boulangers, garagistes, infirmiers ou simples bons à rien.
Voilà pourquoi, quand j’observe le soin que prend l’armée israélienne pour prévenir les civils avant les bombardements en les invitant à s’éloigner des zones de combat, quand j’entends le porte-parole de Tsahal répéter qu’Israël est en guerre contre le Hamas et pas contre le peuple palestinien, quand je vois les Israéliens si soucieux de distinguer le terroriste du citoyen en pratiquant la frappe chirurgicale plutôt que la punition collective, je me dis que les Gazaouis ont une chance folle, après ce que certains d’entre eux ont fait aux Israéliens, de les avoir comme ennemis plutôt que d’autres Arabes. Une chance inappréciable d’avoir à craindre la colère des meilleurs ennemis du monde, plutôt que celle d’autres musulmans. Comme ceux, entre autres, qui manifestent leur réprobation d’Israël, dans les rues d’Amman, de Tunis, du Caire, de Londres ou de Paris.
Toute une partie de l’extrême gauche française ne veut pas voir du terrorisme dans les actions du Hamas, mais un groupe armé résistant à une occupation.
Les langues se délient. Interrogée par Jean-Jacques Bourdin sur l’antenne de Sud Radio, la députée France Insoumise Danièle Obono a dévoilé le fond de sa pensée. Elle a ainsi refusé de déclarer que le Hamas était un groupe terroriste, préférant le définir comme un « groupe politique islamiste » qui « résiste à une occupation » et qui œuvre à la « libération de la Palestine ».
Au-delà des réactions attendues des adversaires politiques de la France Insoumise, les propos de Madame Obono n’ont pas manqué de faire réagir dans les rangs même de son groupe parlementaire, la Nupes. Au bord de l’implosion, ce groupe de travail issu d’un consensus entre les principaux partis de gauche n’en finit plus de se déchirer, comme l’a encore démontré Benjamin Saint-Huile, député quant à lui appartenant au groupe LIOT : « Je crois que La France insoumise a décidé de faire du conflit israélo-palestinien le moment de la fragmentation dans la population. Je crois que ce n’est pas très responsable. […] Le Hamas est une organisation terroriste, nous le savons ».
Cette fragmentation était observable dans la manifestation de soutien au peuple palestinien qui s’est tenue jeudi 19 octobre à Paris. On a pu notamment entendre une foule scander le takbir, ce qui a fait dire à un internaute nommé Fouad Raoui : « Mes parents musulmans quand ils prient murmurent « Allah Akhbar » chez eux car c’est dans leur cœur et un lien entre eux et Dieu. Jamais il ne leur viendrait à l’esprit de le scander dans l’espace public, a fortiori le jour des obsèques d’un professeur assassiné par un djihadiste ». C’est là toute la différence entre la foi du cœur et la foi politique d’une extrême-gauche devenue l’idiote utile d’un projet politique qui la dépasse, le Hamas étant d’ailleurs l’oppresseur du peuple palestinien.
Le sujet a été peu évoqué ces derniers jours, même après l’attaque terroriste du 7 octobre, mais le Hamas, au-delà de précipiter son propre peuple vers la guerre, n’hésite pas à brutalement le réprimer. En 2014, Amnesty International avait publié un rapport intitulé « Enlèvements, tortures et exécutions sommaires de Palestiniens par le Hamas durant le conflit israélo-gazaoui de 2014 », dans lequel était détaillée une série de violations, incluant notamment les exécutions extrajudiciaires de 23 Palestiniens. Certains d’entre eux étaient des membres du parti rival Fatah, le Hamas ayant profité du chaos pour éliminer des rivaux : « Dans le chaos du conflit, le gouvernement de facto du Hamas a donné carte blanche à ses forces de sécurité pour commettre de terribles abus, notamment contre des détenus se trouvant sous sa responsabilité. Ces agissements, dont certains constituent des crimes de guerre, avaient pour but d’obtenir vengeance et de répandre la peur à travers la bande de Gaza. »
Ces violences, comme toutes celles ayant cours entre musulmans ou par des musulmans sur les chrétiens, le petit monde « décolonialiste » n’en a à vrai dire pas vraiment cure. Il se fait beaucoup plus discret, passant sous silence ces actes pour privilégier ses axes de communication habituels. Il y a une nuance entre la défense des intérêts du peuple palestinien et l’aveuglement sur les dirigeants de la bande de Gaza, qui ont certes été parfois privilégiés comme « meilleurs ennemis » par certains gouvernants israéliens qui se sont autant fourvoyés que mis en danger, mais qui sont d’abord et avant tout des terroristes fanatiques qui plongent désormais dans le chaos tout le Proche et le Moyen-Orient.
À la recherche de l’islamo-gauchisme
Les dirigeants arabes responsables ne s’y trompent d’ailleurs pas, à l’image des Émiratis et des Saoudiens qui doivent jouer une complexe partition d’équilibristes, mais qui ne sont pas dupes des menées de l’Iran qui compte à la fois sur ses proxys chiites tels que le Hezbollah et les Houthis yéménites et sur ses proxys sunnites comme le Hamas, inspiré de l’idéologie des Frères musulmans. Est-ce à dire qu’il y aurait un lien direct entre l’extrême gauche française et le frérisme ? Un islamogauchisme chimiquement pur qui trouverait sa traduction chez nous dans une partie des rangs des Insoumis ou de sa périphérie, à l’image d’Houria Bouteldja ? Si l’expression reste problématique, l’islamisme n’ayant pas besoin du gauchisme pour exister, il n’en reste pas moins qu’elle recouvre une part de réalité.
On peut notamment citer dans cette nébuleuse, outre les premiers nommés, une personnalité comme celle de l’avocat lyonnais Gilles Devers, compagnon de route de nombre de ces activistes. Avocat notamment de l’imam Mohammed Tlaghi de la mosquée de Torcy, qui avait légitimé le djihad avant d’être expulsé vers le Maroc, ou encore de BDS France, Gilles Devers a déposé en compagnie de sept autres avocats internationaux en juin 2023 un dossier devant la Cour Internationale de Justice de La Haye contre l’État d’Israël pour le compte du Conseil législatif palestinien. Cette plainte a toutes les chances d’avoir été en réalité déposée au profit du Hamas, puisque le Conseil législatif palestinien n’existe plus depuis 2007, date de la séparation officielle du Fatah avec l’organisation terroriste.
On le voit, cette toile d’influence en France s’étend jusque dans notre champ politique et métapolitique. Dans un article daté du 7 octobre[1], Le Monde indique d’ailleurs qu’une plainte concernant la colonisation cisjordanienne et les transferts forcés de populations, qui devait être déposée le lundi 9 octobre, a été retirée, Gilles Devers ajoutant un commentaire qui en dit long : « La branche armée du mouvement a décidé que c’était le moment d’agir et on a donc décidé de reporter le dépôt de la plainte ». L’expression « branche armée », également utilisée par Mathilde Panot, est d’ailleurs au cœur de sa rhétorique, puisqu’il appelle les sympathisants de la cause palestinienne à ne plus laisser dire que « la résistance armée c’est le terrorisme ».
Nonobstant ce qu’on peut penser des politiques menées par l’État d’Israël ces dernières années, largement critiquables, et du sort des Palestiniens, variable d’ajustement de tous les acteurs régionaux, à commencer par leurs propres représentants, il est inquiétant de voir que nous importons ce conflit chez nous sans aucun recul ni connaissance profonde du dossier. Les infaux se multiplient d’ailleurs, notamment à propos des votes français à l’ONU.
Un autre avocat plus médiatique, le célèbre Juan Branco, a notamment déclaré que la France se moquait du sort des civils gazaouis et avait rejeté le cynique vote russe proposant un « cessez-le-feu humanitaire ». Le vote russe ne proposait pas un « cessez-le-feu humanitaire », mais un cessez-le-feu tout court exonérant le Hamas et empêchant toute riposte. La France a en revanche voté favorablement la résolution brésilienne qui, elle, proposait en même temps une condamnation du Hamas et un véritable cessez-le-feu humanitaire face au véto américain et à l’abstention russe.
Comme d’habitude, personne n’a corrigé cette intox qui pourtant place la France dans l’œil du cyclone des foules protestataires du monde arabe, avec des conséquences directes pour nos ambassades, alors même que nous tentons de trouver une position juste et équilibrée, permettant à Israël de faire usage de la force pour éliminer cette menace terroriste mais d’y allier la volonté de protéger les civils en coordination avec les membres de la Ligue Arabe. Rappelons d’ailleurs que l’un des chefs du Hamas interrogé à la télévision américaine dressait un parallèle entre le mouvement Black Lives Matter et le sien… Il y a bien là un faisceau anti-occidental radical. Prenons-en la mesure. Il ne faut pas jouer avec le feu.
Après avoir publié involontairement une illustration trompeuse sur le conflit entre le Hamas et Israël, Libération a cru pouvoir s’en tirer avec des semi-excuses en catimini, qui trahissent un inquiétant rapport avec la vérité.
Ainsi donc cet enfant n’a jamais existé. Jeudi 19 octobre, Libération consacrait sa couverture à une manifestation anti-israélienne ayant eu lieu la veille au Caire. L’illustration choisie, une photo prise par un reporter de l’agence AP, est doublement impressionnante. On y voit un homme dans une rue de la capitale égyptienne, ivre de colère, qui brandit la photo d’un bébé, l’air épouvanté et en pleurs. Tout laisse penser que cet enfant est un petit Gazaoui effrayé par les bombes, puisque Libération indique : « Après une explosion meurtrière dans un hôpital de Gaza, des manifestations se sont multipliées dans plusieurs pays de la région. »
Problème: cet enfant n’existe pas. Il s’agit en fait d’une image de synthèse ultra-réaliste, obtenue grâce à un logiciel d’intelligence artificielle. Autrement dit, ce bébé est un pur matériel de propagande déguisé en information. Évidemment, quand le journaliste d’AP a immortalisé la scène, il ignorait cette escroquerie. De même, on ne saurait soupçonner Libération d’avoir décidé de publier l’image en sachant qu’elle recelait un leurre et en le cachant à ses lecteurs. Tout comme il serait absurde d’accuser le quotidien préféré des bobos d’avoir, au cours des jours précédant ladite publication, relayé en connaissance de cause un autre mensonge, fabriqué par le Hamas celui-là, sur la responsabilité de Tsahal dans l’explosion à l’hôpital de Gaza. Espérons seulement qu’à l’avenir le journal comprenne enfin combien il est anti-professionnel de donner foi aux sources islamistes avec si peu de précautions.
Dès le jour de la parution de la photo du manifestant en colère et de l’enfant en pleurs mis en abîme, plusieurs internautes ont montré, grâce à une simple recherche sur Google, que ce dernier était en réalité une créature virtuelle. Libération a rapidement reconnu les faits… mais ne s’en est pas exactement amendé. « C’est regrettable » a juste concédé Dov Alfon, le directeur de la publication, au détour de la rubrique “Checknews”, en précisant : « Beaucoup des pancartes brandies dans les manifestations du 17 octobre étaient en effet générées par IA, qui devient ces derniers mois le socle artistique de protestations, comme auparavant l’étaient des pantins, poupées ou squelettes. » Étrange raisonnement ! Avancer qu’une photo truquée s’apparente à un pantin de carnaval, c’est prétendre qu’il serait tout aussi facile de déceler, d’un simple regard, l’inauthenticité de l’une que de l’autre. Qui peut gober une chose pareille ? Comment Dov Alfon s’imagine-t-il faire accepter un tel sophisme à son public ?
Un jour peut-être, cette couverture de Libération sera étudiée en classe par des collégiens ou des lycéens, à qui le professeur essaiera d’apprendre le décryptage de l’actualité. Celui-ci leur demandera sans doute de dire ce qu’ils voient sur la page: le bandeau, la manchette, la titraille, l’illustration. Seulement, faute d’une légende mentionnant la présence d’une fake news dans le champ, les élèves auront la même interprétation que les lecteurs de Libération en 2023 : ils croiront que l’image du bébé est vraie. On peut supposer que l’enseignant leur rétorquera qu’il faut se méfier des apparences, et qu’il leur racontera l’histoire du « socle artistique de protestation généré par IA », dont Dov Alfon aura jugé qu’il ne méritait pas un correctif en lieu et place. Qui empêchera alors un élève de lever le doigt et de dire : « Mais qu’est-ce qui nous dit que l’Egyptien en colère n’est pas non plus une image truquée ? »
Deux Verts sortis du Diable Vauvert, interrompent l’émission politique de Marion Maréchal sur BFM. Après les musées, les studios. On suffoque sous le plastique, ce n’est pas le problème à Yannick. Il y a du gaz dans l’air, du plomb dans l’eau, mais où est Rousseau ? Sur une autre planète, les écolos français se défoncent aux idéologies les plus fumeuses. Du wokisme au transhumanisme, qui c’est les plus forts ? Évidemment c’est les Verts.
521 days. C’est ce que les deux ostrogoths arboraient sur leur tee-shirt en se vautrant sur la table du débat de “C’est pas tous les jours dimanche” sur BFM, animé par mon neveu Benjamin. Marion Maréchal l’invitée du jour du saigneur, qui avait du mal à développer sans être coupée par une journaliste qui voulait absolument être la blonde de l’étape, a eu la surprise d’être en plus coupée par deux sécateurs du dimanche. D’interminables pages de pub, retour plateau sans que mon neveu Ben, prenne la peine de nous expliquer ce qui se passait. Pour une chaîne info…
521 days before. Si c’est un compte à rebours pour ce qui nous reste à vivre, en réalité ou à crédit, vous je ne sais pas, mais moi je me casse. Je me fais une Jacques Brel sur une ile du Pacifique, où les Marion sont en paréo une fleur d’hibiscus à l’oreille (droite de préférence), où les Benjamin jouent de l’ukulélé après avoir pêché le poisson que l’on s’envoie cru au lait coco citron vert. Nos Verts à nous, c’est pas le style à nous lâcher la grappe. Rivés au bitume, au ridicule, comme la moule faisandée à son rocher, ils font de la géopolitique au Proche-Orient, oups pardon Place de la République. De la cuisine, des bolognaises à balancer sur un Da Vinci, un Monet. Des champions, qui s’ils se perdraient en forêt, ne sauraient pas faire la différence entre un chêne et un platane, un cèpe et une girolle, la décence et l’indécence.
521 days, so what ? René Dumont, le père de l’écologie contemporaine, doit découper le caveau de famille à la tronçonneuse en contemplant les derniers Verts de la portée, chercher un trèfle à quatre feuilles à genoux entre Nation et République. Lui l’ingénieur agronome, fils de paysans, ne concevait sa mission qu’en étroite collaboration avec les agriculteurs, les chasseurs, les sentinelles de la ruralité aux premières loges pour observer le chamboulement climatique. Avec cet équipage de surdoués, on consomme des tomates de Chine qui poussent hors sol. Pas grave, ces bouffons ne mangent que des graines. Les pêcheurs remontent des filets sans provision, pourquoi se prendre la tête, il y a Sushi-Shop. Heureusement, avec leurs salades, ils se prennent un râteau aux élections. Mesdames messieurs les électeurs, encore un effort pour les renvoyer définitivement à l’entretien des géraniums de leur terrasse. La Nature se trouvera vite de meilleures défenses immunitaires.
BFM coupe son antenne après l'irruption de ce qui semble être un militant de Dernière rénovation pic.twitter.com/JbFm6qDz3A
— Fdesouche.com est une revue de presse (@F_Desouche) October 22, 2023
Au prétexte de lutter contre les « pétainistes » et autres « racistes » qui gangrèneraient la démographie, les tenants de la ligne immigrationniste règnent en maître à l’Institut national d’études démographiques. Michèle Tribalat retrace les principales étapes de ce putsch idéologique.
L’enrôlement idéologique d’institutions à vocation scientifique dans les grandes causes du moment est un poison pour la recherche scientifique, la connaissance et l’information du citoyen, donc un mauvais coup pour la démocratie. Les sciences sociales, où la légèreté et la mauvaise foi ont plus d’espace que dans les sciences dures, sont les plus vulnérables à l’emprise idéologique. La démographie, qui possède un corps de méthodes quantitatives, était mieux armée que la sociologie pour résister à la tentation de réformer l’opinion publique au lieu de l’instruire. Pourtant, l’Institut national d’études démographiques (INED), temple de la discipline, a sombré corps et biens dans l’esprit du temps. C’est particulièrement vrai sur la question migratoire. Un petit retour en arrière permet de mieux comprendre la vulnérabilité de l’institution et sa propension à soigner non pas tant sa réputation scientifique, qui lui semble acquise, que son message censé l’éloigner de perceptions communes jugées moralement inacceptables.
La vengeance d’Hervé Le Bras
C’est par l’ordonnance du 24 octobre 1945, laquelle dissout la Fondation Alexis-Carrel créée par Vichy en 1941, qu’est fondé l’INED, à l’initiative de Robert Debré. Ce dernier propose ainsi de recycler une partie des membres de la Fondation dans un institut chargé de l’étude de la population, sujet majeur à la sortie de la guerre. Alfred Sauvy en sera le premier directeur. À ses débuts, l’INED assume son intérêt politique pour l’évolution de la population française, et c’est encore vrai en 1972, lorsque Gérard Calot, polytechnicien et responsable du recensement de 1968 à l’Insee, en devient le directeur. Ce dernier est très investi dans l’étude de la fécondité et de la politique familiale. Ilpromeut l’analyse quantitative des phénomènes démographiques et la constitution de bases de données démographiques qui seront très utiles au Conseil de l’Europe et à Eurostat.Mais, dans les années 1990, l’INED sera mis sous pression à l’occasion de deux polémiques visant à l’accoquiner avec le pétainisme (un peu facile, compte tenu de la filiation avec la Fondation Alexis-Carrel) et l’extrême droite, déclenchées par la même personne : Hervé Le Bras.
La première salve, tirée en mai 1990, occupe beaucoup la presse. Hervé Le Bras, démis de ses fonctions de rédacteur en chef de la revue Population, cherche à se venger. Il nourrit des médias complaisants, même si ces derniers ne comprennent rien au fond. Hervé Le Bras reproche à Gérard Calot d’avoir privilégié un indicateur de fécondité plutôt qu’un autre. Le Bras publie Marianne et les lapins, un livre incendiaireoù il se décrit en héros luttant contre un courant d’inspiration pétainiste. La République des Lettres est en ébullition. Même Élisabeth Badinter a un avis sur les indicateurs de fécondité qu’elle expose dans Le Nouvel Observateur. Elledéclare que l’INEDa été infiltré par le Front national. En 1992, Gérard Calot ne sera pas candidat à sa propre succession.
Ayant réussi avec brio son premier coup, Hervé Le Bras récidive après la nomination en 1996de son éternel rival– Henri Leridon – à la tête de la revue Population. Là encore apparaît un livre – Le Démon des origines (1998) – dans lequel je suis présentée comme un relais de la pensée frontiste. Il serait trop long d’expliquer ici l’étendue de la provocation, mais il tire les mêmes ficelles avec, là encore, un gros succès médiatique. Il va même plus loin. La démographie, comme discipline, constitue selon lui en France, et en France seulement, « un terrain favorable aux idéologies de l’extrême droite », en raison d’un contrôle de l’INED par des forces réactionnaires : « Tel un bernard-l’ermite, le racisme se loge dans une nouvelle coquille à sa taille. La démographie correspondait à cette demande. » C’est donc l’institution tout entière qu’il faut déconstruire, pour en extirper ces forces réactionnaires, et la discipline démographique, contaminée par ces forces, qu’il faut tenir à distance. C’est François Héran qui endosse l’habit et la mission sera scrupuleusement poursuivie par les directrices qui lui succéderont.
François Héran, directeur de l’INED entre 1999 et 2009 et professeur titulaire de la chaire « migrations et sociétés » au Collège de France. D.R.
En conséquence, les démographes de formation et d’intérêt sont désormais très minoritaires et soumis, comme à l’université, à l’esprit du temps.Parmi les unités et pôles de l’INED, aucun ne traite explicitement de la conjoncture démographique. Elle n’est plus qu’un« axe de recherche » parmi d’autres. Il ne faut pas compter en apprendre beaucoup sur le sujetsur le site de l’INED dont le contenu est manifestement erroné[1]. Elle ne mobilise que trois chercheurs de l’INED et deux chercheurs extérieurs (universités de Strasbourg et de Paris-1). Pourtant, depuis sa création, l’INED a l’obligation statutaire d’informer tous les ans le gouvernement sur la conjoncture démographique.
Hervé Le Bras reviendra sur les liens entre l’analyse démographique et l’extrême droite dans Le Cours de l’histoire sur France Culture le 15 novembre 2022. Louis Henri, père de la démographie historique française entré à l’INED en 1946, aurait été un maurassien repenti, à l’insu de tous ceux qui l’ont connu, à l’exception d’Hervé Le Bras[2] !
En conséquence, l’INED recrute de moins en moins de démographes. D’après un bilan réalisé en octobre 2019 pour la revue Cités[3], si on met à part les chercheurs âgés de 65 ansou plus, sur 63 chercheurs, six seulement avaient une thèse en démographie. Les docteurs en sociologie (22) et en économie (11) étaient majoritaires. Dans les postes de doctorants et post-doctorants, c’est aussi la sociologie qui dominait.
Les publications de l’INED, notammentPopulation &Sociétés, témoignent d’une déculturation technique, d’un désintérêt marqué et d’une certaine désinvolture à l’égard de la mesure démographique. L’ascendant idéologique l’emporte souvent sur les préoccupations scientifiques. Si l’objectif est d’invalider les perceptions communes dans l’opinion publique, des analyses approximatives, recevant les applaudissements des collègues et le feu vert de comités de rédaction font l’affaire.
Fécondité des nouvelles venues
Ainsi, le numéro 568 de Population & Sociétés, publié en 2019, s’emploie-t-il à combattre l’idée reçue selon laquelle la présence d’immigrées expliquerait la fécondité plus forte de la France en Europe, tout en commettant des erreurs magistrales, dont est d’ailleurs coutumier un des auteurs, François Héran. On se demande comment un texte pareil a pu échapper à la vigilance des sept membres du comité de rédaction. Ce n’est probablement pas le lieu d’expliquer ces erreurs en détail (voir mon livre Immigration, idéologie et souci de la vérité), mais j’en profite quand même pour rappeler que ce que l’homme ordinaire, les journalistes et ces éminents spécialistes signataires dePopulation & Sociétés appellent un taux de fécondité n’est pas un taux, mais la somme des taux de fécondité par âge qui donne un nombre moyen d’enfantspar femme. Cela ne peut pas s’exprimer en pourcentage comme l’ont fait Éric Zemmour et Laurent Joffrin. Remarquons que si l’un des coupables de cette confusion, François Héran, s’est moqué d’Éric Zemmour, il a épargné Laurent Joffrin.
Ce fascicule de quatre pages, censé vulgariser des résultats bien établis par ailleurs, sert désormais à faire paraître des scoopssupposés sur la base d’analyses souvent bâclées. Le texte paru dans le numéro 565 d’avril 2019 sur les prénoms des enfants d’immigrésa ainsienchantéles médias. Les auteurs prétendaient que Nicolas était le deuxième prénom le plus fréquemment donné aux petits-enfants d’immigrés du Maghreb. Indépendamment des erreurs relevées par Jean-François Mignot, chercheur au CNRS, qui a tenté de vérifier la chose malgré des signataires taiseux sur ce qu’ils avaient fait, il faut souligner que ces derniers ne disposaient pas d’un échantillon suffisant pour établir un palmarès des prénoms. Il n’y figurait que 11 Nicolas. Le comité de rédaction a pourtant accepté la publication alors qu’il n’avait pas, de son propre aveu, les moyens d’apprécier sa valeur scientifique et qu’il avait tout simplement fait confiance aux auteurs ! Probablement parce que les résultats avaient plu à ses membres, comme à la presse.
Il est même arrivé que Population & Sociétés concoure à une campagne de dénigrement contre un auteur ayant reçu un accueil trop favorable au goût de l’INED. Ce fut le cas du numéro 558 de septembre 2018 qui entreprit de dénigrer l’ouvrage de Stephen Smith – La Ruée vers l’Europe – paru quelques mois auparavant et accueilli favorablement par la presse. Même le président de la République s’y référait dans un entretien avec Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel le 15 avril 2018. Dans ce Population &Sociétés, François Héran prétendait démontrer la fausseté des « prophéties » de Stephen Smith. Qualification injurieuse s’il en est puisque Stephen Smith se serait livré ainsi à la divination et non à un travail scientifique. Or, l’erreur de Population & Sociétés, et donc de l’INED, tenait à son hypothèse de départ selon laquelle le nombre d’immigrés subsahariens augmenterait en France au même rythme que la population d’Afrique subsaharienne d’ici 2050, sans prendre la précaution basique de vérifier si cela avait bien été le cas jusque-là. Sur la période 1982-2015, c’est tout simplement faux. La croissance du nombre d’immigrés venus d’Afrique hors Maghreb a été deux fois plus rapide que celle de la population dans cette région du monde, avec une nette accélération dans les années 2000[4].
La démographie est une discipline scientifique rigoureuse
L’INED a donc négligé un raisonnement basique en démographie pour le plaisir de démolir un livre dont le succès le contrariait. Et la presse a suivi, au point que la sortie de la version allemande de La Ruée vers l’Europe a été gâchée par une recension particulièrement méprisante du Spiegel. On est allé jusqu’à dénier sa qualité d’universitaire à Stephen Smith. Après une démonstration fallacieuse, mais qui a beaucoup plu, François Héran reprocha à Stephen Smith ses propres turpitudes : il manquait de méthode ! Même Le Monde, qui avait commencé par diredu bien du livre de Stephen Smith, crut bon de changer d’avis. Il interpréta la publication de l’INED comme « la réponse des démographes » et on ne peut guère lui en faire grief, l’INED étant censé être le temple de la technicité démographique française.
Cette désinvolture et même une certaine malhonnêteté se retrouvent dans d’autres publications de l’INED, notamment celles qui analysent les résultats des enquêtes « Trajectoires et origines »dans un sens permettantd’embellir l’intégration et d’en reporter les difficultés sur la société d’accueil. Ce parti pris, assumé par l’INED, mais aussi par l’Insee, coresponsable des enquêteset des publications communes, figurait dans l’introduction du gros livre de résultats, publié en 2016 : « La mise sur l’agenda de la lutte contre les discriminations est venue renouveler l’approche en l’orientant vers la société et ses institutions » (Trajectoires et origines : enquête sur la diversité des populations en France, INED).
Réformer les perceptions communes n’est pas une mission scientifique digne de la recherche en général, et de celle en démographie en particulier. Sa mission est de garantir « le caractère honnête et scientifiquement rigoureux[5] » de ses travaux afin de mériter la confiance de la société. L’engagement idéologique de l’INED, associé à une certaine déculturation technique, ne permet pas à cet établissement public d’accomplir sa mission principale : fournir les meilleures informations possibles dans le domaine de la démographie et des études des populations, pour instruire les politiques publiques, les évaluer et les critiquer.
La chercheuse du CNRS Florence Bergeaud-Blackler. Image : Capture YouTube.
Devant les manifestations de plus en plus déplaisantes du communautarisme musulman, exacerbé par la guerre d’Israël contre le Hamas, bien des yeux se dessillent dans le monde politique. Trop tard ?
« Sinon… ce sera la guerre sur notre sol » : l’alerte a été lancée, ce lundi matin sur Europe 1, par l’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler. Si rien n’est fait pour contrer les Frères musulmans, qui visent à instaurer une société islamique mondiale (califat) en rassemblant la communauté des croyants (l’Oumma), la chercheuse prévient : « Ce qui s’est passé le 7 octobre (l’attaque du Hamas contre Israël) arrivera ici ». L’auteur de l’enquête sur Le frérisme et ses réseaux (Odile Jacob) n’est pas la première à sonner le tocsin. Mais la perspective d’une guerre civile se précise pour qui veut bien observer la fracture qui s’installe entre deux France, deux cultures, deux civilisations, deux modèles de société : une France laïque et démocratique, contre une France islamisée et totalitaire. Dimanche à Paris, place de la République, la France saluée par Jean–Luc Mélenchon brandissait des drapeaux palestiniens et hurlait : « Israël assassin ! », « Macron assassin ! ». Cette fois-ci, les « Allah Akbar ! », repris jeudi alors que la nation enterrait l’enseignant Dominique Bernard égorgé sous ces mots, ont été étouffés.
Cependant Mélenchon a dévoilé l’antisémitisme d’atmosphère qui fédère l’islamisme qu’il cautionne en tweetant à l’adresse de la présidente de l’Assemblée nationale : « Voici la France. Pendant ce temps Madame Braun-Pivet campe à Tel-Aviv pour encourager les massacres. Pas au nom du peuple français !».
Le désastre d’une France éclatée et irréconciliable est accablant pour la classe politique qui a laissé faire. Pourtant, si le ministre belge de la Justice vient d’annoncer sa démission après une faute de son administration dans la non-expulsion du terroriste devenu tueur de deux Suédois le 17 octobre, il ne faut attendre aucune contrition semblable de la part des « élites » françaises.
L’irresponsabilité est leur emblème. Dans L’Opinion (20 octobre) l’européiste Jean-Louis Bourlanges constate : « Les situations nous échappent ». Mais le député ne s’arrête pas sur la responsabilité première de l’Europe ouverte et de ses juges non élus qui se sont appropriés « l’Etat de droit ». Sur Radio J, dimanche, Alain Juppé s’interrogeait, laissant percer un doute : « Est-ce qu’il y a une forme d’islam qui est compatible avec la République ? Je veux encore le croire ». Or c’est Juppé, apôtre multiculturaliste de « l’identité heureuse », qui n’a cessé depuis quinze ans de faire crédit à l’islam de ses seules vertus. C’est lui qui a prôné les « accommodements raisonnables » en défendant le port du voile (« Arrêtons de nous focaliser sur le foulard ! ») et en critiquant l’assimilation. C’est lui qui, à l’adresse de ses amis de l’UMP de l’époque, a dit : « L’islamophobie est un point de clivage ». Lui encore qui, ministre des Affaires étrangères, disait en 2011 des frères musulmans rencontrés : « Plusieurs d’entre eux m’ont fait part de leur vision d’un islam libéral et respectueux de la démocratie ». La France a été saccagée par des dirigeants aveugles et sourds. Qu’ils aient au moins, faute de s’excuser, la décence de se taire.
Dans le combat à mener contre les menées de l’islamisme à l’école, et contre la menace terroriste, les professeurs doivent avant tout se réarmer moralement. Ce n’est pas gagné.
Au soir du 16 octobre, les professeurs se sont vu décerner un brevet d’héroïsme, ou de victimisation expiatoire. Par leurs syndicats, bien sûr, mais plus étonnamment, dans ces colonnes mêmes: « Les profs une fois de plus en première ligne »[1]. Alors des héros, pourquoi pas ? Mais malgré eux, à la Giraudoux, des héros qui détalent[2]. Lors de la séance de thérapie collective qui a ouvert cette journée d’hommage à Samuel Paty et à Dominique Bernard (et valu à nos élèves une grasse matinée dont ils se souviendront, longtemps), le mot d’ordre était sans équivoque : « tous aux abris ! ».
Dans mon petit établissement de banlieue, la cheffe nous a fait asseoir en rond, façon alcooliques anonymes, manière d’exprimer notre ressenti de victime, de scénariser nos traumas. Visage bouffi par les larmes, voix tremblotante, regard vide, elle a entonné l’air « On va tous mourir » pour mener ensuite le concert des jérémiades: on nous en demande beaucoup, je ne suis pas rentré dans l’Éducation nationale pour ça, ma famille n’en peut plus, que prévoit-on pour notre sécurité… Les quelques voix dissonantes ont aussitôt été réprimées. Saluer le courage de nos collègues du lycée Gambetta qui ont tenté d’arrêter le terroriste ? C’est stigmatiser ceux qui ne l’auraient pas eu. Inviter à ne pas donner à ses élèves le spectacle de la peur (« C’est laid, un homme qui a peur » lance la petite Antigone d’Anouilh à Créon) ? C’est se stigmatiser soi-même et la cheffe avec. Pour la minute de silence de l’après-midi, on nous invite à nous planquer dans nos classes. Enfin, on expliquera à nos élèves que, si Mohammed Mogouchkov en est arrivé là (on ne sait pas très bien où puisque les mots de terrorisme et d’islamisme n’ont pas été prononcés), c’est parce qu’il n’a pas eu la chance que vous avez d’aller à l’école. Qu’importe la vérité pourvu qu’on ait le narratif.
Alors côté sécurité, c’est sûr que je ne serais pas opposée à quelques cours de krav-maga, histoire de vendre chèrement ma carotide. Mais j’ai avant tout le sentiment que les profs ont un autre combat à mener qui nécessite un réarmement moral, spirituel et intellectuel. Un combat sur plusieurs fronts.
Contre eux-mêmes, d’abord, contre l’idéologie et la pédagogie gauchistes, seconde nature qui les a coupés du réel : une fois de plus, ils sont abasourdis, atterrés, ils découvrent que l’islamisme peut frapper en France et ils retrouvent leurs réflexes pavloviens (pas d’amalgame ; tous des victimes ; l’école pour tous et surtout pour les allophones-discriminés ; la guerre, c’est la paix).
Le deuxième front, c’est l’Institution: les syndicats, jamais avares d’une petitesse ou d’un déshonneur, depuis la guerre-de-la-covid jusqu’au droit de retrait devant les punaises de lit et au couplet des moyens, fredonné sur la dépouille encore chaude de Dominique Bernard; une hiérarchie tantôt défaillante, tantôt collabo (silence sur les manquements à la laïcité, confusion entre abaya et kimono…) ; une inspection traquant les professeurs qui luttent encore contre l’affaissement du niveau scolaire.
Le dernier front, c’est la salle de classe où, libérés de leurs vieux démons et réconciliés avec le plus beau métier du monde, les profs pourront transmettre l’amour de la France, de sa culture, de sa langue. « France aimée, disais-je en mon enfance, redis-je en écrivant ces lignes, redis-je si près de ma mort […], toi qui m’as reconnu serviteur étranger de ta langue […], toi qui m’as donné ta langue, haut fleuron de l’humaine couronne, ta langue qui m’est chère et pays de mon âme, ta langue qui m’est aussi une patrie », écrivait Albert Cohen dont la famille avait quitté Corfou pour fuir les pogroms.[3] C’est sur ce front, en première ligne, dans le noble et fier exercice de leur fonction et de leurs responsabilités, qu’on aimerait voir les professeurs.
[1] Article de Dominique Labarrière, Causeur.fr, 16 octobre 2023.
[2] « L’homme en temps de guerre s’appelle le héros. Il peut ne pas en être plus brave, et fuir à toutes jambes. Mais c’est du moins un héros qui détale. » La Guerre de Troie n’aura pas lieu, Jean Giraudoux.
Des ouvriers agricoles laotiens en partance par la Corée du Sud, Vientiane, mai 2022. Les travailleurs étrangers signent des contrats à durée déterminée avec obligation de repartir dans leur pays à la fin du contrat. D.R
Le Japon, la Chine et la Corée du Sud connaissent un déclin démographique majeur mais renâclent à intégrer des étrangers qui pourraient compenser ce déséquilibre. Les peuples de la région placent la préservation de leur culture, leur cohésion sociale et ethnique au-dessus des calculs économiques.
Natalité en berne et immigration impossible, l’équation insoluble de l’Extrême-Orient
Japon, Chine, Corée du Sud, Taïwan font face à un déclin démographique majeur, mais ne veulent pas entendre parler d’immigration pour remplacer – pardon, compenser – les bébés manquants. Les chiffres sont impressionnants. Le Japon, aujourd’hui 122,4 millions d’habitants, a perdu 800 000 habitants en 2022 et passera sous la barre des 100 millions en 2056. Le taux de fécondité est tombé à 1,33 enfant par femme en 2022. Cette baisse dure déjà depuis quinze ans.
La Corée du Sud, 51 millions d’habitants, file également un mauvais coton. Le pays perd de la population depuis trois ans et la baisse devrait s’accélérer puisque le taux de fécondité coréen est aujourd’hui le plus bas du monde avec 0,78 enfant par femme.
Après avoir imposé la « politique de l’enfant unique » de 1979 à 2015, la Chine partage désormais le même problème que ses voisins avec un taux de fécondité de 1,14 enfant par femme. Sa population a baissé de 850 000 personnes. Une goutte d’eau pour une population de 1,4 milliard d’habitants, mais une tendance qui devrait durer.
Les politiques familiales sont un échec. Les femmes ne veulent plus avoir d’enfants et privilégient leur carrière. Les jeunes ne savent plus se rencontrer, ne veulent plus se marier, les couples mariés ne font plus l’amour… Bref, c’est la cata au niveau de la vie intime. Un mal similaire semble gagner la Chine avec le phénomène croissant des « jeunes couchés » et des (grands) enfants qui renoncent à fonder une famille et restent chez papa et maman.
Le recours à l’immigration est débattu depuis longtemps au Japon et commence à l’être en Corée du Sud[1]. Le Premier ministre Fumio Kishida a estimé en janvier 2022 que le Japon était « à la limite de l’incapacité de pouvoir continuer à fonctionner en tant que société ». L’idée d’accueillir 10 millions de travailleurs étrangers, à condition qu’ils s’engagent à ne rester que trois ans, a été débattue, mais est restée sans suite.
L’installation d’étrangers : une question particulièrement délicate en Extrême-Orient
Historiquement, Japon, Chine, Corée ont toujours été méfiants vis-à-vis de l’influence étrangère, suspectée d’exercer une influence délétère sur la culture et le mode de vie traditionnels. L’histoire de chacun de ces pays est jalonnée de fermetures de ports, d’interdictions du territoire, d’expulsion et de massacre des étrangers, notamment des missionnaires. La culture occidentale ne s’est véritablement établie au Japon, en Corée du Sud, à Taïwan qu’avec la victoire américaine en 1945 et l’installation des bases de l’armée américaine dans toute la région.
Les Asiatiques appliquent le droit du sang et ont une conception ethnique de la nation
On naît japonais ou chinois, on ne le devient pas. La nationalité s’acquiert par le sang et la lignée. Donner la nationalité à un étranger qui séjournerait cinq ou dix ans sur son territoire est une idée saugrenue, inconcevable en Asie du Nord-Est.
Une réponse inefficace à la chute démographique
Difficile avec de tels principes d’accueillir et d’intégrer une population étrangère afin de maintenir la population à l’équilibre. Immigration de peuplement ou remplacement (même tout petit) de population sont des chiffons rouges pour les peuples. Alors, à défaut d’une grande politique d’accueil assumée, on avance à petits pas.
1/Une immigration de travail gérée par des accords bilatéraux avec les pays exportateurs de main-d’œuvre (Philippines, Vietnam, Cambodge). Les ouvriers sont sélectionnés dans leur pays d’origine, signent des contrats à durée déterminée avec obligation de repartir dans leur pays à la fin du contrat. 1,8 million de travailleurs étrangers au Japon et 1,3 million en Corée du Sud travaillent dans les usines, exploitations agricoles, hôpitaux, maisons de retraite. On estime à 230 000 les travailleurs étrangers qui se sont évaporés au Japon à la fin de leur contrat et sont restés travailler au noir, sans aucune couverture sociale.
2/De nouveaux contrats de travail longs ont été créés. Au Japon, un visa « compétence spéciale » a été créé en 2019 pour des secteurs où le manque de main-d’œuvre est criant : techniciens spécialisés, infirmières, puéricultrices par exemple. Durée : de trois à cinq ans, avec possibilité de regroupement familial.
3/Les mariages arrangés. Depuis plus de vingt-cinq ans, des cohortes de Vietnamiennes ou de Philippines viennent remplacer les Japonaises, Coréennes, Taïwanaises qui refusent d’épouser des hommes vivant dans des régions reculées. Entraînant inévitablement des situations dramatiques pour des femmes déracinées, isolées, coincées par l’accord financier passé avec leur famille, et trop souvent maltraitées[2].
Grâce à toutes ces mesures, le nombre de résidents étrangers au Japon atteint désormais 3 millions et 2,5 millions en Corée. Mais on reste loin du compte pour des pays qui perdent 800 000 âmes par an. L’Asie va donc continuer de perdre de la population. Les personnes âgées vont travailler de plus en plus longtemps, les robots vont remplacer les humains pour les tâches du quotidien, la désertification des régions éloignées va s’aggraver.
Un coût économique considérable, mais voilà, tout n’est pas qu’économique
Les peuples de la région placent la préservation de leur culture et de leur mode de vie, leur cohésion sociale et ethnique au-dessus des calculs économiques et sont manifestement prêts à vivre avec ce problème, aussi lourd soit-il.
Si l’on appliquait la grille de lecture de la gauche d’aujourd’hui, tous sans exception devraient être qualifiés d’extrême droite, tendance Zemmour. Heureusement, le désintérêt pour l’Asie de notre élite médiatico-politique, toujours aussi désespérément occidentalo-centrée, nous épargne un tel ridicule.
[1] En Chine, la masse de la population est telle que seul le vieillissement préoccupe les autorités.
[2] 42 % des épouses étrangères avaient déjà été victimes de violence domestique d’après une étude de 2017 du comité national coréen des droits de l’homme.
Son dernier film, The Old Oak, sort le 25 octobre.
Il est bien fini le temps où Ken Loach savait faire des films sociaux sans tomber dans la caricature de lui-même et un misérabilisme lacrymal de mauvais aloi. Désormais, de film en film, le cinéaste militant nous sert le même brouet.
Déplaisant
Cette fois, il porte son regard sur une ancienne ville minière frappée par le chômage qui a le mauvais goût de ne pas accueillir sans réticence des réfugiés syriens. Sans finesse, Loach stigmatise une population socialement à terre qui ne fait pas assez preuve d’empathie. On aimerait assurément plus de complexité dans un traitement presque unilatéral. On aimerait que le bon apôtre cinéaste fasse preuve d’un peu plus de compréhension et d’écoute. On en viendrait à croire qu’il a envie de changer le peuple dès lors que le peuple en question ne pense pas comme lui… Le film devient alors déplaisant dans sa façon d’instrumentaliser la réalité.
La rude question migratoire mérite mieux que ce procès en inhumanité intenté à une population en plein désarroi.
Les compositeurs vivants sont les grands absents des programmations d’orchestres et d’opéras. Ces créateurs sont abandonnés, la politique culturelle préférant les illustres morts pour remplir les salles. Le compositeur et chef d’orchestre Laurent Couson tire la sonnette d’alarme.
Un requiem de Mozart, une symphonie de Beethoven, Carmen, Le Barbier de Séville, autant de valeurs sûres de la programmation pour remplir les salles de musique classique.
Les saisons offrent donc souvent en boucle les mêmes œuvres.
Quelle vision préside donc à cette politique culturelle qui ne permet pas aux créateurs nouveaux d’accéder au public ? Les compositeurs vivants, qui essayent de perpétuer l’écriture de partitions pour orchestre sont, de plus en plus, les grands absents des programmations des orchestres et des opéras. Si nos chers Mozart, Beethoven ou Verdi étaient vivants aujourd’hui, nous n’aurions pas le bonheur de les découvrir…
Indifférence
Les commandes d’œuvres originales ont peu à peu disparu des budgets publics alloués aux orchestres ou aux opéras. Il est incompréhensible que les structures classiques publiques ou subventionnées n’aient pas l’obligation dans leur cahier des charges de programmer au moins 30 % d’œuvres de compositeurs vivants. Ces maisons font vivre des musiciens, des chanteurs, des techniciens, des centaines de salariés administratifs, mais aucun compositeur. N’est-ce pas, pourtant, le métier le plus indispensable de cette chaîne de production ?
Faute d’une politique culturelle tournée vers la découverte, la nouvelle musique pour orchestre s’est raréfiée. Il est vrai qu’après-guerre, le milieu de la musique classique s’est lui-même coupé du public en proposant des créations pour initiés, qui semblaient avoir pour objectif d’être le plus rébarbatives et le moins intelligibles possible.
Aujourd’hui, seule l’obsession de la féminisation crée parfois une brèche dans cette indifférence. Nous voulons tous plus de femmes compositrices et cheffes d’orchestre, mais comment accepter que, dans ce métier si exigeant, la qualité intrinsèque du travail ait moins de poids qu’une proposition dite « genrée » ?
De plus, la télévision a décrété que cette musique ennuyait les téléspectateurs. Dès lors, l’invitation d’un artiste classique sur un plateau n’est possible que si et seulement si il est accompagné d’un chanteur de musique actuelle. Il faut le variétiser, en sacrifiant l’essence de sa musique.
Le compositeur est devenu dispensable
Même « Le grand échiquier », autrefois émission classique de référence où l’on entendait jouer Rostropovitch, Perlman ou Maurice André, est désormais construite par l’assemblage de capsules « chansons » où l’orchestre joue des arrangements autour des vedettes en vogue. Le service public doit-il faire la promotion des artistes et musiques à la mode ou œuvrer à une élévation culturelle ?
Il en va de même pour les musiques de film : Où sont les Michel Legrand ou Georges Delerue aujourd’hui ? Autrefois, les réalisateurs concevaient la musique du film comme un élément essentiel du récit. Aujourd’hui, on a tous un ami qui bricole avec des logiciels à la portée de tous, la musique n’étant plus qu’un jeu de mikado à assembler. Le compositeur semble ne plus servir à rien. Bientôt, l’intelligence artificielle nous aura tous remplacés. C’est déjà le cas dans la musique pour la télévision et la pub, qui faisait vivre des centaines de compositeurs. Le bonheur se trouve maintenant dans les banques de données où l’algorithme remplace la composition autant que nos cœurs battants.
Les compositeurs, et tous les créateurs, sont des espèces en danger. Et avec eux, tout ce qui fait de nous des humains – l’exigence d’un langage écrit, l’acharnement de l’instrumentiste, l’effort d’un compositeur à sa table.
L’influenceur, le polémiste remplacent l’artiste dans l’espace public. Dans l’indifférence, voire avec la bénédiction du pouvoir et des partis politiques.
La musique vivante veut encore produire de l’émerveillement et révéler au monde les vibrations essentielles à nos vies.
Ne nous laissez pas disparaître, ne vous laissez pas mourir.
Des récits sanglants des exactions du Hamas, venus jusqu’aux oreilles de notre chroniqueur, rendent très difficile la sympathie qu’on lui enjoint d’éprouver pour le peuple de Gaza.
Sur les chaînes d’info, en attendant de voir les chars israéliens entrer dans les rues de Gaza, j’entends des témoignages éprouvants sur les massacres et très instructifs sur leurs auteurs, mais surtout sur leurs soutiens, sur leur public et sur leurs supplétifs, comme dans le récit du journaliste Michaël Sadoun qui parle « d’une femme démembrée jetée à la foule en liesse ».
Ou dans celui d’une soldate, seule survivante de l’attaque d’un poste de surveillance, qui raconte « qu’aux combattants en tenue de commandos, s’étaient joints les paysans qu’on connaissait, qui étaient gentils et qui », dit-elle, « se sont jetés sur nous ». Le mot « combattant » étant inapproprié car comme l’écrivait Arthur Koestler : « Les Arabes font d’excellents émeutiers mais de piètres combattants ».
Fourbes et sanguinaires
Ou bien dans ce récit d’une femme rescapée d’un massacre dans un kibboutz qui relate que depuis son refuge, elle a entendu toutes sortes de gens qui s’étaient engouffrés dans les brèches derrière les membres du Hamas pour mener la même guerre sainte, se livrer, en plus des meurtres, aux pillages, aux saccages, aux vols, aux razzias, comme les villageois biélorusses des Disparus de Daniel Mendelssohn dans le sillage des Einsatzgruppen. Et « qu’il y avait parmi eux », ajoute-t-elle, « même des enfants ».
Ou encore dans celui du porte-parole de Tsahal, Olivier Rafowicz, qui rapporte qu’au retour de leur expédition, les djihadistes, accompagnés de citoyens ordinaires qui « étaient partis faire leur marché en volant tout ce qu’ils avaient pu emporter et en kidnappant des hommes, des femmes ou des enfants », les guerriers de l’islam donc, comme jadis les Barbaresques en Méditerranée, avaient été accueillis par les Gazaouis « avec des bonbons et aux cris de Tuez-les juifs ».
À l’écoute de ces récits glaçants, me revient cette formule d’Ariel Sharon, qui apriori et même a postériori connaissait bien les Arabes, et qui, lors d’une réunion au sommet pour préparer des négociations de paix, avait dit à des diplomates américains sidérés : « Le problème avec les Palestiniens, c’est qu’ils sont fourbes et sanguinaires ».
Une chance folle
Sanguinaires, nous l’avons vu et l’Histoire nous enseigne que cela n’est pas nouveau. Et fourbes, nous le verrons si, comme leurs cousins du Hezbollah au Liban en 2006 à l’arrivée des soldats israéliens, les farouches « combattants » des films de propagande planquent leurs cagoules et leurs kalachnikovs, et redeviennent boulangers, garagistes, infirmiers ou simples bons à rien.
Voilà pourquoi, quand j’observe le soin que prend l’armée israélienne pour prévenir les civils avant les bombardements en les invitant à s’éloigner des zones de combat, quand j’entends le porte-parole de Tsahal répéter qu’Israël est en guerre contre le Hamas et pas contre le peuple palestinien, quand je vois les Israéliens si soucieux de distinguer le terroriste du citoyen en pratiquant la frappe chirurgicale plutôt que la punition collective, je me dis que les Gazaouis ont une chance folle, après ce que certains d’entre eux ont fait aux Israéliens, de les avoir comme ennemis plutôt que d’autres Arabes. Une chance inappréciable d’avoir à craindre la colère des meilleurs ennemis du monde, plutôt que celle d’autres musulmans. Comme ceux, entre autres, qui manifestent leur réprobation d’Israël, dans les rues d’Amman, de Tunis, du Caire, de Londres ou de Paris.
Toute une partie de l’extrême gauche française ne veut pas voir du terrorisme dans les actions du Hamas, mais un groupe armé résistant à une occupation.
Les langues se délient. Interrogée par Jean-Jacques Bourdin sur l’antenne de Sud Radio, la députée France Insoumise Danièle Obono a dévoilé le fond de sa pensée. Elle a ainsi refusé de déclarer que le Hamas était un groupe terroriste, préférant le définir comme un « groupe politique islamiste » qui « résiste à une occupation » et qui œuvre à la « libération de la Palestine ».
Au-delà des réactions attendues des adversaires politiques de la France Insoumise, les propos de Madame Obono n’ont pas manqué de faire réagir dans les rangs même de son groupe parlementaire, la Nupes. Au bord de l’implosion, ce groupe de travail issu d’un consensus entre les principaux partis de gauche n’en finit plus de se déchirer, comme l’a encore démontré Benjamin Saint-Huile, député quant à lui appartenant au groupe LIOT : « Je crois que La France insoumise a décidé de faire du conflit israélo-palestinien le moment de la fragmentation dans la population. Je crois que ce n’est pas très responsable. […] Le Hamas est une organisation terroriste, nous le savons ».
Cette fragmentation était observable dans la manifestation de soutien au peuple palestinien qui s’est tenue jeudi 19 octobre à Paris. On a pu notamment entendre une foule scander le takbir, ce qui a fait dire à un internaute nommé Fouad Raoui : « Mes parents musulmans quand ils prient murmurent « Allah Akhbar » chez eux car c’est dans leur cœur et un lien entre eux et Dieu. Jamais il ne leur viendrait à l’esprit de le scander dans l’espace public, a fortiori le jour des obsèques d’un professeur assassiné par un djihadiste ». C’est là toute la différence entre la foi du cœur et la foi politique d’une extrême-gauche devenue l’idiote utile d’un projet politique qui la dépasse, le Hamas étant d’ailleurs l’oppresseur du peuple palestinien.
Le sujet a été peu évoqué ces derniers jours, même après l’attaque terroriste du 7 octobre, mais le Hamas, au-delà de précipiter son propre peuple vers la guerre, n’hésite pas à brutalement le réprimer. En 2014, Amnesty International avait publié un rapport intitulé « Enlèvements, tortures et exécutions sommaires de Palestiniens par le Hamas durant le conflit israélo-gazaoui de 2014 », dans lequel était détaillée une série de violations, incluant notamment les exécutions extrajudiciaires de 23 Palestiniens. Certains d’entre eux étaient des membres du parti rival Fatah, le Hamas ayant profité du chaos pour éliminer des rivaux : « Dans le chaos du conflit, le gouvernement de facto du Hamas a donné carte blanche à ses forces de sécurité pour commettre de terribles abus, notamment contre des détenus se trouvant sous sa responsabilité. Ces agissements, dont certains constituent des crimes de guerre, avaient pour but d’obtenir vengeance et de répandre la peur à travers la bande de Gaza. »
Ces violences, comme toutes celles ayant cours entre musulmans ou par des musulmans sur les chrétiens, le petit monde « décolonialiste » n’en a à vrai dire pas vraiment cure. Il se fait beaucoup plus discret, passant sous silence ces actes pour privilégier ses axes de communication habituels. Il y a une nuance entre la défense des intérêts du peuple palestinien et l’aveuglement sur les dirigeants de la bande de Gaza, qui ont certes été parfois privilégiés comme « meilleurs ennemis » par certains gouvernants israéliens qui se sont autant fourvoyés que mis en danger, mais qui sont d’abord et avant tout des terroristes fanatiques qui plongent désormais dans le chaos tout le Proche et le Moyen-Orient.
À la recherche de l’islamo-gauchisme
Les dirigeants arabes responsables ne s’y trompent d’ailleurs pas, à l’image des Émiratis et des Saoudiens qui doivent jouer une complexe partition d’équilibristes, mais qui ne sont pas dupes des menées de l’Iran qui compte à la fois sur ses proxys chiites tels que le Hezbollah et les Houthis yéménites et sur ses proxys sunnites comme le Hamas, inspiré de l’idéologie des Frères musulmans. Est-ce à dire qu’il y aurait un lien direct entre l’extrême gauche française et le frérisme ? Un islamogauchisme chimiquement pur qui trouverait sa traduction chez nous dans une partie des rangs des Insoumis ou de sa périphérie, à l’image d’Houria Bouteldja ? Si l’expression reste problématique, l’islamisme n’ayant pas besoin du gauchisme pour exister, il n’en reste pas moins qu’elle recouvre une part de réalité.
On peut notamment citer dans cette nébuleuse, outre les premiers nommés, une personnalité comme celle de l’avocat lyonnais Gilles Devers, compagnon de route de nombre de ces activistes. Avocat notamment de l’imam Mohammed Tlaghi de la mosquée de Torcy, qui avait légitimé le djihad avant d’être expulsé vers le Maroc, ou encore de BDS France, Gilles Devers a déposé en compagnie de sept autres avocats internationaux en juin 2023 un dossier devant la Cour Internationale de Justice de La Haye contre l’État d’Israël pour le compte du Conseil législatif palestinien. Cette plainte a toutes les chances d’avoir été en réalité déposée au profit du Hamas, puisque le Conseil législatif palestinien n’existe plus depuis 2007, date de la séparation officielle du Fatah avec l’organisation terroriste.
On le voit, cette toile d’influence en France s’étend jusque dans notre champ politique et métapolitique. Dans un article daté du 7 octobre[1], Le Monde indique d’ailleurs qu’une plainte concernant la colonisation cisjordanienne et les transferts forcés de populations, qui devait être déposée le lundi 9 octobre, a été retirée, Gilles Devers ajoutant un commentaire qui en dit long : « La branche armée du mouvement a décidé que c’était le moment d’agir et on a donc décidé de reporter le dépôt de la plainte ». L’expression « branche armée », également utilisée par Mathilde Panot, est d’ailleurs au cœur de sa rhétorique, puisqu’il appelle les sympathisants de la cause palestinienne à ne plus laisser dire que « la résistance armée c’est le terrorisme ».
Nonobstant ce qu’on peut penser des politiques menées par l’État d’Israël ces dernières années, largement critiquables, et du sort des Palestiniens, variable d’ajustement de tous les acteurs régionaux, à commencer par leurs propres représentants, il est inquiétant de voir que nous importons ce conflit chez nous sans aucun recul ni connaissance profonde du dossier. Les infaux se multiplient d’ailleurs, notamment à propos des votes français à l’ONU.
Un autre avocat plus médiatique, le célèbre Juan Branco, a notamment déclaré que la France se moquait du sort des civils gazaouis et avait rejeté le cynique vote russe proposant un « cessez-le-feu humanitaire ». Le vote russe ne proposait pas un « cessez-le-feu humanitaire », mais un cessez-le-feu tout court exonérant le Hamas et empêchant toute riposte. La France a en revanche voté favorablement la résolution brésilienne qui, elle, proposait en même temps une condamnation du Hamas et un véritable cessez-le-feu humanitaire face au véto américain et à l’abstention russe.
Comme d’habitude, personne n’a corrigé cette intox qui pourtant place la France dans l’œil du cyclone des foules protestataires du monde arabe, avec des conséquences directes pour nos ambassades, alors même que nous tentons de trouver une position juste et équilibrée, permettant à Israël de faire usage de la force pour éliminer cette menace terroriste mais d’y allier la volonté de protéger les civils en coordination avec les membres de la Ligue Arabe. Rappelons d’ailleurs que l’un des chefs du Hamas interrogé à la télévision américaine dressait un parallèle entre le mouvement Black Lives Matter et le sien… Il y a bien là un faisceau anti-occidental radical. Prenons-en la mesure. Il ne faut pas jouer avec le feu.
La Une du quotidien français "Libération" du 19 octobre est accusée de colporter une "fake news". DR.
Après avoir publié involontairement une illustration trompeuse sur le conflit entre le Hamas et Israël, Libération a cru pouvoir s’en tirer avec des semi-excuses en catimini, qui trahissent un inquiétant rapport avec la vérité.
Ainsi donc cet enfant n’a jamais existé. Jeudi 19 octobre, Libération consacrait sa couverture à une manifestation anti-israélienne ayant eu lieu la veille au Caire. L’illustration choisie, une photo prise par un reporter de l’agence AP, est doublement impressionnante. On y voit un homme dans une rue de la capitale égyptienne, ivre de colère, qui brandit la photo d’un bébé, l’air épouvanté et en pleurs. Tout laisse penser que cet enfant est un petit Gazaoui effrayé par les bombes, puisque Libération indique : « Après une explosion meurtrière dans un hôpital de Gaza, des manifestations se sont multipliées dans plusieurs pays de la région. »
Problème: cet enfant n’existe pas. Il s’agit en fait d’une image de synthèse ultra-réaliste, obtenue grâce à un logiciel d’intelligence artificielle. Autrement dit, ce bébé est un pur matériel de propagande déguisé en information. Évidemment, quand le journaliste d’AP a immortalisé la scène, il ignorait cette escroquerie. De même, on ne saurait soupçonner Libération d’avoir décidé de publier l’image en sachant qu’elle recelait un leurre et en le cachant à ses lecteurs. Tout comme il serait absurde d’accuser le quotidien préféré des bobos d’avoir, au cours des jours précédant ladite publication, relayé en connaissance de cause un autre mensonge, fabriqué par le Hamas celui-là, sur la responsabilité de Tsahal dans l’explosion à l’hôpital de Gaza. Espérons seulement qu’à l’avenir le journal comprenne enfin combien il est anti-professionnel de donner foi aux sources islamistes avec si peu de précautions.
Dès le jour de la parution de la photo du manifestant en colère et de l’enfant en pleurs mis en abîme, plusieurs internautes ont montré, grâce à une simple recherche sur Google, que ce dernier était en réalité une créature virtuelle. Libération a rapidement reconnu les faits… mais ne s’en est pas exactement amendé. « C’est regrettable » a juste concédé Dov Alfon, le directeur de la publication, au détour de la rubrique “Checknews”, en précisant : « Beaucoup des pancartes brandies dans les manifestations du 17 octobre étaient en effet générées par IA, qui devient ces derniers mois le socle artistique de protestations, comme auparavant l’étaient des pantins, poupées ou squelettes. » Étrange raisonnement ! Avancer qu’une photo truquée s’apparente à un pantin de carnaval, c’est prétendre qu’il serait tout aussi facile de déceler, d’un simple regard, l’inauthenticité de l’une que de l’autre. Qui peut gober une chose pareille ? Comment Dov Alfon s’imagine-t-il faire accepter un tel sophisme à son public ?
Un jour peut-être, cette couverture de Libération sera étudiée en classe par des collégiens ou des lycéens, à qui le professeur essaiera d’apprendre le décryptage de l’actualité. Celui-ci leur demandera sans doute de dire ce qu’ils voient sur la page: le bandeau, la manchette, la titraille, l’illustration. Seulement, faute d’une légende mentionnant la présence d’une fake news dans le champ, les élèves auront la même interprétation que les lecteurs de Libération en 2023 : ils croiront que l’image du bébé est vraie. On peut supposer que l’enseignant leur rétorquera qu’il faut se méfier des apparences, et qu’il leur racontera l’histoire du « socle artistique de protestation généré par IA », dont Dov Alfon aura jugé qu’il ne méritait pas un correctif en lieu et place. Qui empêchera alors un élève de lever le doigt et de dire : « Mais qu’est-ce qui nous dit que l’Egyptien en colère n’est pas non plus une image truquée ? »
Marion Maréchal ("Reconquête"), un militant écologiste radical et Benjamin Duhamel, BFMTV, 22 octobre 2023. Image : Twitter
Deux Verts sortis du Diable Vauvert, interrompent l’émission politique de Marion Maréchal sur BFM. Après les musées, les studios. On suffoque sous le plastique, ce n’est pas le problème à Yannick. Il y a du gaz dans l’air, du plomb dans l’eau, mais où est Rousseau ? Sur une autre planète, les écolos français se défoncent aux idéologies les plus fumeuses. Du wokisme au transhumanisme, qui c’est les plus forts ? Évidemment c’est les Verts.
521 days. C’est ce que les deux ostrogoths arboraient sur leur tee-shirt en se vautrant sur la table du débat de “C’est pas tous les jours dimanche” sur BFM, animé par mon neveu Benjamin. Marion Maréchal l’invitée du jour du saigneur, qui avait du mal à développer sans être coupée par une journaliste qui voulait absolument être la blonde de l’étape, a eu la surprise d’être en plus coupée par deux sécateurs du dimanche. D’interminables pages de pub, retour plateau sans que mon neveu Ben, prenne la peine de nous expliquer ce qui se passait. Pour une chaîne info…
521 days before. Si c’est un compte à rebours pour ce qui nous reste à vivre, en réalité ou à crédit, vous je ne sais pas, mais moi je me casse. Je me fais une Jacques Brel sur une ile du Pacifique, où les Marion sont en paréo une fleur d’hibiscus à l’oreille (droite de préférence), où les Benjamin jouent de l’ukulélé après avoir pêché le poisson que l’on s’envoie cru au lait coco citron vert. Nos Verts à nous, c’est pas le style à nous lâcher la grappe. Rivés au bitume, au ridicule, comme la moule faisandée à son rocher, ils font de la géopolitique au Proche-Orient, oups pardon Place de la République. De la cuisine, des bolognaises à balancer sur un Da Vinci, un Monet. Des champions, qui s’ils se perdraient en forêt, ne sauraient pas faire la différence entre un chêne et un platane, un cèpe et une girolle, la décence et l’indécence.
521 days, so what ? René Dumont, le père de l’écologie contemporaine, doit découper le caveau de famille à la tronçonneuse en contemplant les derniers Verts de la portée, chercher un trèfle à quatre feuilles à genoux entre Nation et République. Lui l’ingénieur agronome, fils de paysans, ne concevait sa mission qu’en étroite collaboration avec les agriculteurs, les chasseurs, les sentinelles de la ruralité aux premières loges pour observer le chamboulement climatique. Avec cet équipage de surdoués, on consomme des tomates de Chine qui poussent hors sol. Pas grave, ces bouffons ne mangent que des graines. Les pêcheurs remontent des filets sans provision, pourquoi se prendre la tête, il y a Sushi-Shop. Heureusement, avec leurs salades, ils se prennent un râteau aux élections. Mesdames messieurs les électeurs, encore un effort pour les renvoyer définitivement à l’entretien des géraniums de leur terrasse. La Nature se trouvera vite de meilleures défenses immunitaires.
BFM coupe son antenne après l'irruption de ce qui semble être un militant de Dernière rénovation pic.twitter.com/JbFm6qDz3A
— Fdesouche.com est une revue de presse (@F_Desouche) October 22, 2023
Au prétexte de lutter contre les « pétainistes » et autres « racistes » qui gangrèneraient la démographie, les tenants de la ligne immigrationniste règnent en maître à l’Institut national d’études démographiques. Michèle Tribalat retrace les principales étapes de ce putsch idéologique.
L’enrôlement idéologique d’institutions à vocation scientifique dans les grandes causes du moment est un poison pour la recherche scientifique, la connaissance et l’information du citoyen, donc un mauvais coup pour la démocratie. Les sciences sociales, où la légèreté et la mauvaise foi ont plus d’espace que dans les sciences dures, sont les plus vulnérables à l’emprise idéologique. La démographie, qui possède un corps de méthodes quantitatives, était mieux armée que la sociologie pour résister à la tentation de réformer l’opinion publique au lieu de l’instruire. Pourtant, l’Institut national d’études démographiques (INED), temple de la discipline, a sombré corps et biens dans l’esprit du temps. C’est particulièrement vrai sur la question migratoire. Un petit retour en arrière permet de mieux comprendre la vulnérabilité de l’institution et sa propension à soigner non pas tant sa réputation scientifique, qui lui semble acquise, que son message censé l’éloigner de perceptions communes jugées moralement inacceptables.
La vengeance d’Hervé Le Bras
C’est par l’ordonnance du 24 octobre 1945, laquelle dissout la Fondation Alexis-Carrel créée par Vichy en 1941, qu’est fondé l’INED, à l’initiative de Robert Debré. Ce dernier propose ainsi de recycler une partie des membres de la Fondation dans un institut chargé de l’étude de la population, sujet majeur à la sortie de la guerre. Alfred Sauvy en sera le premier directeur. À ses débuts, l’INED assume son intérêt politique pour l’évolution de la population française, et c’est encore vrai en 1972, lorsque Gérard Calot, polytechnicien et responsable du recensement de 1968 à l’Insee, en devient le directeur. Ce dernier est très investi dans l’étude de la fécondité et de la politique familiale. Ilpromeut l’analyse quantitative des phénomènes démographiques et la constitution de bases de données démographiques qui seront très utiles au Conseil de l’Europe et à Eurostat.Mais, dans les années 1990, l’INED sera mis sous pression à l’occasion de deux polémiques visant à l’accoquiner avec le pétainisme (un peu facile, compte tenu de la filiation avec la Fondation Alexis-Carrel) et l’extrême droite, déclenchées par la même personne : Hervé Le Bras.
La première salve, tirée en mai 1990, occupe beaucoup la presse. Hervé Le Bras, démis de ses fonctions de rédacteur en chef de la revue Population, cherche à se venger. Il nourrit des médias complaisants, même si ces derniers ne comprennent rien au fond. Hervé Le Bras reproche à Gérard Calot d’avoir privilégié un indicateur de fécondité plutôt qu’un autre. Le Bras publie Marianne et les lapins, un livre incendiaireoù il se décrit en héros luttant contre un courant d’inspiration pétainiste. La République des Lettres est en ébullition. Même Élisabeth Badinter a un avis sur les indicateurs de fécondité qu’elle expose dans Le Nouvel Observateur. Elledéclare que l’INEDa été infiltré par le Front national. En 1992, Gérard Calot ne sera pas candidat à sa propre succession.
Ayant réussi avec brio son premier coup, Hervé Le Bras récidive après la nomination en 1996de son éternel rival– Henri Leridon – à la tête de la revue Population. Là encore apparaît un livre – Le Démon des origines (1998) – dans lequel je suis présentée comme un relais de la pensée frontiste. Il serait trop long d’expliquer ici l’étendue de la provocation, mais il tire les mêmes ficelles avec, là encore, un gros succès médiatique. Il va même plus loin. La démographie, comme discipline, constitue selon lui en France, et en France seulement, « un terrain favorable aux idéologies de l’extrême droite », en raison d’un contrôle de l’INED par des forces réactionnaires : « Tel un bernard-l’ermite, le racisme se loge dans une nouvelle coquille à sa taille. La démographie correspondait à cette demande. » C’est donc l’institution tout entière qu’il faut déconstruire, pour en extirper ces forces réactionnaires, et la discipline démographique, contaminée par ces forces, qu’il faut tenir à distance. C’est François Héran qui endosse l’habit et la mission sera scrupuleusement poursuivie par les directrices qui lui succéderont.
François Héran, directeur de l’INED entre 1999 et 2009 et professeur titulaire de la chaire « migrations et sociétés » au Collège de France. D.R.
En conséquence, les démographes de formation et d’intérêt sont désormais très minoritaires et soumis, comme à l’université, à l’esprit du temps.Parmi les unités et pôles de l’INED, aucun ne traite explicitement de la conjoncture démographique. Elle n’est plus qu’un« axe de recherche » parmi d’autres. Il ne faut pas compter en apprendre beaucoup sur le sujetsur le site de l’INED dont le contenu est manifestement erroné[1]. Elle ne mobilise que trois chercheurs de l’INED et deux chercheurs extérieurs (universités de Strasbourg et de Paris-1). Pourtant, depuis sa création, l’INED a l’obligation statutaire d’informer tous les ans le gouvernement sur la conjoncture démographique.
Hervé Le Bras reviendra sur les liens entre l’analyse démographique et l’extrême droite dans Le Cours de l’histoire sur France Culture le 15 novembre 2022. Louis Henri, père de la démographie historique française entré à l’INED en 1946, aurait été un maurassien repenti, à l’insu de tous ceux qui l’ont connu, à l’exception d’Hervé Le Bras[2] !
En conséquence, l’INED recrute de moins en moins de démographes. D’après un bilan réalisé en octobre 2019 pour la revue Cités[3], si on met à part les chercheurs âgés de 65 ansou plus, sur 63 chercheurs, six seulement avaient une thèse en démographie. Les docteurs en sociologie (22) et en économie (11) étaient majoritaires. Dans les postes de doctorants et post-doctorants, c’est aussi la sociologie qui dominait.
Les publications de l’INED, notammentPopulation &Sociétés, témoignent d’une déculturation technique, d’un désintérêt marqué et d’une certaine désinvolture à l’égard de la mesure démographique. L’ascendant idéologique l’emporte souvent sur les préoccupations scientifiques. Si l’objectif est d’invalider les perceptions communes dans l’opinion publique, des analyses approximatives, recevant les applaudissements des collègues et le feu vert de comités de rédaction font l’affaire.
Fécondité des nouvelles venues
Ainsi, le numéro 568 de Population & Sociétés, publié en 2019, s’emploie-t-il à combattre l’idée reçue selon laquelle la présence d’immigrées expliquerait la fécondité plus forte de la France en Europe, tout en commettant des erreurs magistrales, dont est d’ailleurs coutumier un des auteurs, François Héran. On se demande comment un texte pareil a pu échapper à la vigilance des sept membres du comité de rédaction. Ce n’est probablement pas le lieu d’expliquer ces erreurs en détail (voir mon livre Immigration, idéologie et souci de la vérité), mais j’en profite quand même pour rappeler que ce que l’homme ordinaire, les journalistes et ces éminents spécialistes signataires dePopulation & Sociétés appellent un taux de fécondité n’est pas un taux, mais la somme des taux de fécondité par âge qui donne un nombre moyen d’enfantspar femme. Cela ne peut pas s’exprimer en pourcentage comme l’ont fait Éric Zemmour et Laurent Joffrin. Remarquons que si l’un des coupables de cette confusion, François Héran, s’est moqué d’Éric Zemmour, il a épargné Laurent Joffrin.
Ce fascicule de quatre pages, censé vulgariser des résultats bien établis par ailleurs, sert désormais à faire paraître des scoopssupposés sur la base d’analyses souvent bâclées. Le texte paru dans le numéro 565 d’avril 2019 sur les prénoms des enfants d’immigrésa ainsienchantéles médias. Les auteurs prétendaient que Nicolas était le deuxième prénom le plus fréquemment donné aux petits-enfants d’immigrés du Maghreb. Indépendamment des erreurs relevées par Jean-François Mignot, chercheur au CNRS, qui a tenté de vérifier la chose malgré des signataires taiseux sur ce qu’ils avaient fait, il faut souligner que ces derniers ne disposaient pas d’un échantillon suffisant pour établir un palmarès des prénoms. Il n’y figurait que 11 Nicolas. Le comité de rédaction a pourtant accepté la publication alors qu’il n’avait pas, de son propre aveu, les moyens d’apprécier sa valeur scientifique et qu’il avait tout simplement fait confiance aux auteurs ! Probablement parce que les résultats avaient plu à ses membres, comme à la presse.
Il est même arrivé que Population & Sociétés concoure à une campagne de dénigrement contre un auteur ayant reçu un accueil trop favorable au goût de l’INED. Ce fut le cas du numéro 558 de septembre 2018 qui entreprit de dénigrer l’ouvrage de Stephen Smith – La Ruée vers l’Europe – paru quelques mois auparavant et accueilli favorablement par la presse. Même le président de la République s’y référait dans un entretien avec Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel le 15 avril 2018. Dans ce Population &Sociétés, François Héran prétendait démontrer la fausseté des « prophéties » de Stephen Smith. Qualification injurieuse s’il en est puisque Stephen Smith se serait livré ainsi à la divination et non à un travail scientifique. Or, l’erreur de Population & Sociétés, et donc de l’INED, tenait à son hypothèse de départ selon laquelle le nombre d’immigrés subsahariens augmenterait en France au même rythme que la population d’Afrique subsaharienne d’ici 2050, sans prendre la précaution basique de vérifier si cela avait bien été le cas jusque-là. Sur la période 1982-2015, c’est tout simplement faux. La croissance du nombre d’immigrés venus d’Afrique hors Maghreb a été deux fois plus rapide que celle de la population dans cette région du monde, avec une nette accélération dans les années 2000[4].
La démographie est une discipline scientifique rigoureuse
L’INED a donc négligé un raisonnement basique en démographie pour le plaisir de démolir un livre dont le succès le contrariait. Et la presse a suivi, au point que la sortie de la version allemande de La Ruée vers l’Europe a été gâchée par une recension particulièrement méprisante du Spiegel. On est allé jusqu’à dénier sa qualité d’universitaire à Stephen Smith. Après une démonstration fallacieuse, mais qui a beaucoup plu, François Héran reprocha à Stephen Smith ses propres turpitudes : il manquait de méthode ! Même Le Monde, qui avait commencé par diredu bien du livre de Stephen Smith, crut bon de changer d’avis. Il interpréta la publication de l’INED comme « la réponse des démographes » et on ne peut guère lui en faire grief, l’INED étant censé être le temple de la technicité démographique française.
Cette désinvolture et même une certaine malhonnêteté se retrouvent dans d’autres publications de l’INED, notamment celles qui analysent les résultats des enquêtes « Trajectoires et origines »dans un sens permettantd’embellir l’intégration et d’en reporter les difficultés sur la société d’accueil. Ce parti pris, assumé par l’INED, mais aussi par l’Insee, coresponsable des enquêteset des publications communes, figurait dans l’introduction du gros livre de résultats, publié en 2016 : « La mise sur l’agenda de la lutte contre les discriminations est venue renouveler l’approche en l’orientant vers la société et ses institutions » (Trajectoires et origines : enquête sur la diversité des populations en France, INED).
Réformer les perceptions communes n’est pas une mission scientifique digne de la recherche en général, et de celle en démographie en particulier. Sa mission est de garantir « le caractère honnête et scientifiquement rigoureux[5] » de ses travaux afin de mériter la confiance de la société. L’engagement idéologique de l’INED, associé à une certaine déculturation technique, ne permet pas à cet établissement public d’accomplir sa mission principale : fournir les meilleures informations possibles dans le domaine de la démographie et des études des populations, pour instruire les politiques publiques, les évaluer et les critiquer.