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En finir avec l’écriture inclusive

Jean Szlamowicz veut en finir avec l’écriture inclusive. Contre les assauts woke qui écornent le français, son nouvel essai prouve que c’est une ineptie de confondre la langue et le sexe, le genre des mots et le sexe des gens. Une démonstration magistrale et définitive.


Le Sexe et la Langue. Sous ce titre délicieusement facétieux, le linguiste Jean Szlamowicz règle magistralement son compte à l’écriture inclusive et aux métastases grammaticales du militantisme néoféministe. Opposant une belle (et rare) rigueur intellectuelle aux niaiseries mi-doloristes mi-hargneuses des damnés de la grammaire, ce spécialiste d’analyse rhétorique passe au crible le discours de celles-et-ceux pour qui les pires humiliations sont à chercher du côté d’une langue française odieusement masculiniste, à réformer d’urgence pour que la vie soit plus belle. Pour toustes.

Féminisation au forceps

Devant les théories fantaisistes de néomasochistes « prêts à s’inventer un adversaire pour continuer d’être féministes », l’auteur remet à sa place toute une « clique de coupeurs de langue » qui « se rêvent maquisards […] au fond de leur blog », et rappelle l’essentiel : la langue est une combinatoire de signes arbitraires, elle ne représente rien ni personne, elle est l’outil de la pensée et non pas son contenu. « Il ne faut pas confondre la langue et le sexe, le genre des mots et le sexe des gens. » Les points médians et les « e » muets, censés féminiser au forceps une langue si phallocrate, sont avant tout des absurdités linguistiques. Vouloir féminiser la langue par-delà l’usage – « cheffe », « professeure », « chauffeuse de bus », « autrice » – est grotesque avant même d’être idéologique. Si l’on suit le raisonnement fallacieux consistant à dire que les mots sont les miroirs des choses et le reflet des phénomènes, que l’absence de féminin pour « médecin  » est bien la preuve de la « minoration » sociale des femmes, on en vient à se demander de quel droit le mot « train », avec si peu de lettres, peut prétendre désigner une locomotive avec tous ses wagons, pourquoi le mot « oiseau » s’emploie pour un moineau autant que pour un condor des Andes, sous l’effet de quelles manigances complotistes le mot « microscopique » est à ce point visible à l’œil nu et, finalement, pourquoi le mot « invisibilisation » n’a rien d’invisible. Avouons toutefois que sur ce dernier point, on gagnerait à confondre les mots et les choses.

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Face à une ribambelle de pseudo-linguistes atterrants, désireux de libérer notre langue de carcans imaginaires qu’ils rêvent par tous les biais d’objectiver afin de leur opposer des actes de résistance admirables, Jean Szlamowicz énonce avec érudition et humour des vérités qui fâchent. Non, le genre, en grammaire, n’est pas un marquage d’opposition sexuelle, mais d’opposition tout court, le masculin et le féminin servant à créer des nuances et des différences (galet/galette, herbe/herbage, moteur/motorisation, médecin/médecine…) et non à sexuer la langue : un radiateur n’a rien de masculin, pas plus qu’une fenêtre n’a quelque chose de féminin. Oui, comme dans la majorité des langues, le masculin est généralisant et a une valeur de neutre : on va chez le coiffeur même si la personne qui s’occupe de nous est une coiffeuse. Le jarawara (Amazonie) est, nous apprend-il, l’une des rares langues où le féminin a une valeur générique, mais la coutume de frapper les jeunes filles nubiles à coups de bâton n’est peut-être pas un fait social à la hauteur de ce féminisme grammatical abouti. Non, la « langue » n’est pas du « discours » : une phrase (plutôt très) misogyne telle que « les femmes doivent rester à la maison » ne présente aucun fait grammatical « répréhensible ».Pour finir, oui, la langue est nécessairement « à la traîne », accusée qu’elle est par le progressexisme de ne pas adopter assez vite des néologismes et des tournures qui – voyons ! – tombent sous le sens :il.elle pleut, je ne vais pas chez le coiffeur.euse. Quoiqu’on parle souvent de ce qui n’a pas de réalité tangible (discours), il faut tout de même que les choses existent pour pouvoir les nommer (langue) : qu’il y ait, par exemple, suffisamment d’hommes sages-femmes pour que « sage-homme » s’impose, au-delà de la leçon de grammaire nunuche dispensée par un navet cinématographique à visée sociétale (Sage-Homme, Jennifer Devoldère, 2023).

Réponse cinglante

La réponse de Jean Szlamowicz aux indignations du militantisme inclusiviste est merveilleusement cinglante, et on ne peut mieux dire : « Les injustices existent, mais ailleurs que dans la grammaire […] et quand on est friand de subtilités symboliques, on devrait être capable de se poser la question de savoir s’il y a plus d’oppression à vivre sous un voile ou à accorder le suffixe -eur de manière générique. » Quant à la langue, nous rassure-t-il, elle est modifiée par l’usage et non par les lubies de simili-intellectuels imbibés de théories gramsciennes : « Si les locuteurs ont besoin d’un féminin, ils le créeront et l’utiliseront. S’ils n’en ont pas besoin, ils ne passeront pas leur temps […] à imaginer des féminins inutiles. » En attendant, glissons Le Sexe et la Langue dans nos bibliothèques respectives.

La langue et la grammaire sont les énièmes ZAD –zones à démolir – de militants égocentriques gagnés par l’ennui civilisationnel et l’inculture d’atmosphère. Agitant les derniers hochets marketing du moment, ils continuent à ânonner mécaniquement que « la langue est fasciste ». Tellement fasciste qu’elle a permis à Roland Barthes, en son temps, de dispenser toute une année de cours sur le « désir de Neutre ». Tellement fasciste, qu’elle autorise, à présent, l’ouvrage officiel de la Cité internationale de la langue française (Villers-Cotterêts), dirigé par la philologue Barbara Cassin, à se fourvoyer dans la syntaxe de la dernière phrase des Mots de J.-P. Sartre, adaptée pour l’occasion au thème de la langue (« une langue qui les vaut toutes et qui (sic) vaut n’importe laquelle »). Terrible défaite – la pire de toutes – pour les déconstructeurs d’hier, de se voir anéantir par la langue des démolisseurs d’aujourd’hui.

Jean Szlamowicz (préf. Nathalie Heinich), Le Sexe et la Langue : petite grammaire du genre en français, où l’on étudie écriture inclusive et autres dérives militantes, Intervalles, 2023.

De Lilian Thuram à Pascal Blanchard, la propagande décolonialiste et racialiste en action

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Dans nos écoles, l’inquiétant sous-texte du concours « Nous autres » organisé par la CASDEN Banque Populaire et Lilian Thuram


La propagande antiraciste à la sauce woke s’immisce partout. À l’école, elle peut être orchestrée conjointement par l’Éducation nationale, un groupe bancaire, une mutuelle des agents du service public, un musée et un ancien footballeur reconverti dans le business de l’antiracisme, et viser les élèves dès le plus jeune âge.

Les sociétaires de la CASDEN Banque Populaire ont en effet reçu récemment un message leur expliquant comment participer, s’ils sont enseignants, à la 9ème édition nationale du concours “Nous Autres”, édition soutenue par le ministère de l’Éducation nationale et organisée par ladite banque, la MGEN et… la Fondation Lilian Thuram. Ce concours est ouvert aux classes de… la maternelle à la 6e ! Les enseignants intéressés peuvent inscrire leur classe sur un site dédié puis, après avoir reçu un kit de « ressources pédagogiques », concevoir avec leurs élèves une production artistique pour illustrer « la déconstruction du racisme ». Tant qu’ils y étaient, les promoteurs de ce concours à connotation woke auraient pu lancer un concours sur la « déconstruction de la langue française » illustrée par la citation qui trône en majesté sur le message envoyé aux sociétaires de la banque en question et signée Lilian Thuram : « Il faut construire l’idée que chacun de nous pouvons rendre la société meilleure. » 

Le business de la Fondation Thuram repose sur des âneries

Cette démarche « éducative » se veut antiraciste, citoyenne et humaniste. Elle propage en réalité les théories racialistes issues des universités américaines et adoptées en France par des militants wokes dont le pseudo-antiracisme « réintroduit le principe racial et le communautarisme ethnique qu’il prétend combattre » (Paul Yonnet). Pour que l’idéologie racialiste s’impose en France, les thuriféraires de cette dernière ont inventé un « racisme systémique » qui n’a jamais existé dans notre pays, et répandu la novlangue racialiste : racisé, privilège blanc, racisme structurel, systémique ou institutionnel, suprématie blanche, blanchité, universalisme blanc, etc. Sur le site de ce concours, nous pouvons lire les propos de Lilian Thuram, copier-coller des lieux communs du racialisme woke : « Le racisme est avant tout une construction politique, économique et intellectuelle. Nous devons prendre conscience que l’Histoire nous a conditionnés, de génération en génération, à nous voir avant tout comme des Noirs, des Blancs, des Maghrébins, des Asiatiques… La Fondation [Lilian Thuram] souhaite réfléchir sur les mécanismes de domination. » Ignorance crasse ou aveuglement idéologique ? Sans doute les deux. « L’Histoire nous a conditionnés à » est une allégation abstraite qui ne veut strictement rien dire. Quant aux « mécanismes de domination », nul besoin de préciser qui domine qui – il est entendu que seuls les Blancs ont été des colonisateurs et des esclavagistes, que seuls les Blancs ont pillé, tué, déclenché des guerres, que seuls les Blancs sont racistes, etc. Bref, « les Blancs » sont le mal absolu. C’est sur ce socle simpliste et manichéen que repose le racialisme woke. Lilian Thuram, qu’il en soit conscient ou non, participe à la création de quelque chose de tout à fait nouveau en France, une vision purement raciale et ethnique des rapports entre les individus dans la société ; il promeut une idéologie qui va à l’encontre d’un objectif louable retourné et transformé en arme de destruction de l’Occident, lequel ne devrait son développement et sa prospérité qu’à l’exploitation coloniale, l’esclavage et la domination brutale sur d’autres peuples – exploitation et domination qui perdureraient dans la société actuelle et concerneraient en premier lieu les descendants des anciennes colonies et les immigrés « racisés » qui n’hésitent pourtant pas à tenter de s’installer dans ce pays soi-disant foncièrement xénophobe et raciste. 

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Comme Christiane Taubira et les entrepreneurs identitaires Rokhaya Diallo et Pascal Blanchard, Lilian Thuram évoque régulièrement l’esclavage transatlantique mais omet systématiquement de narrer l’histoire de l’esclavagisme oriental, arabo-musulman ou intra-africain. L’histoire est révisée afin de concorder avec les thèses victimaires de l’idéologie racialiste. Dans son livre La pensée blanche, sorte de recueil de toutes les platitudes et de toutes les âneries qui résonnent dans les amphis décolonialistes et racialistes de Paris-VIII et de Sciences-Po, M. Thuram écrit : « L’appétit de l’homme blanc pour la possession matérielle et le pouvoir l’a aveuglé sur le mal qu’il a causé à notre mère Terre, dans sa recherche de ce qu’il appelle les ressources naturelles. » Outre la bêtise essentialiste légèrement raciste et la fadeur de l’assertion, on notera la touche écolo signalée par une sémantique abêtie digne de Greta Thunberg, la fille infirme de Gaïa. Dans le même ouvrage, l’ex-footballeur décrit les séances pédagogiques stupéfiantes qu’il élabore pour expliquer la « suprématie blanche » aux élèves blancs et noirs rencontrés lors de ses conférences dans des établissements scolaires. Premièrement, avec les enfants blancs (expérience rapportée également lors d’une émission lunaire sur France Culture, voir mon papier du 3 juin 2021) : « Je prends une feuille blanche en leur disant : Les enfants, est-ce que vous êtes de la même couleur que cette feuille ?” Ils me disent non”. Pourquoi vous dites que vous êtes blancs alors ?” Et là ils me disent : ben, on sait pas, par habitude.” Cest ça quil faut déconstruire. »  Deuxièmement, avec les enfants noirs : « Très souvent, je demande aux enfants noirs comment ils s’imaginent Dieu. Ils me répondent que c’est un homme avec une longue barbe blanche et des cheveux blancs. Tous me répondent qu’Il est blanc. Je leur rappelle : « On dit que Dieu a fait l’homme à Son image ; comment toi, petit garçon marron, tu peux imaginer que Dieu est blanc ? » Ils sont surpris… N’est-ce pas une preuve majeure du blanchissement de notre pensée ? » Voilà à quel type de « raisonnements » peuvent être confrontés les enfants lors de leur scolarité.

On frôle le racisme anti-blanc en permanence

Distribution des prix et endoctrinement woke : les lauréats du concours susmentionné – des élèves de la maternelle à la 6e, est-il nécessaire de rappeler – se verront offrir la collection complète des œuvres de Lilian Thuram, une photo dédicacée de l’auteur et une carte « L’Afrique au centre, changeons nos imaginaires ». Il serait souhaitable que les fonctionnaires du ministère de l’Éducation nationale se penchent plus avant sur les différentes actions menées par les « antiracistes » racialistes wokes dans nos écoles, lisent leurs œuvres et celles des théoriciens anglo-saxons qui les inspirent, et envisagent le désastre que serait une société qui n’entretiendrait des rapports entre les individus qu’à l’aune de leurs thèses. « Les concepts racialistes sont des concepts révolutionnaires qui se font passer pour réformistes mais engendrent en fait une société nouvelle radicalement conflictuelle, et qui devient incapable d’envisager même théoriquement un authentique monde commun », écrit Mathieu Bock-Côté dans son excellent essai, La Révolution racialiste. Le pseudo-antiracisme des entrepreneurs identitaires est en réalité un authentique anti-occidentalisme frisant souvent le racisme anti-Blancs et implantant dans le cœur des plus jeunes le rejet des valeurs et des symboles d’une civilisation que les activistes wokes leur enjoignent de détester. En montrant du doigt « l’homme blanc », Lilian Thuram essentialise un groupe humain et prête à chaque individu de ce dernier des tares et des défauts communs et supposément inhérents à une couleur de peau. En même temps, il enracine dans l’âme des « non-Blancs » les ressentiments et les frustrations qui ne peuvent que naître à l’énoncé d’une société « blanche » injuste, privilégiée et « suprémaciste », « institutionnellement » raciste. Cet énoncé est faux mais permet à ce pseudo-antiracisme de « rendre la pensée raciale acceptable et de faire de l’Occident l’objet principal d’une haine sans limites. De plus, « ce “nouvel antiracisme” recourt à des catégories raciales pour se définir dans ses fondements comme dans ses objectifs. D’où le paradoxe d’un antiracisme racialiste, voire raciste. C’est pourquoi il serait plus adéquat de le caractériser comme un pseudo-antiracisme, et, plus précisément, comme un antiracisme anti-Blancs. Mais un antiracisme anti-Blancs, c’est un “antiracisme” raciste ». (Pierre-André Taguieff, dans Marianne, le 25 octobre 2020).

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Lilian Thuram sait-il très exactement ce qu’il fait ? On peut en douter. Est-il le jouet d’idéologues décolonialistes et racialistes profitant de l’image de l’ancien défenseur de l’équipe de France « black-blanc-beur » championne du monde en 1998 ? C’est fort possible. Un des plus éminents en même temps que des plus pernicieux et fanatiques de ces idéologues se nomme Pascal Blanchard et vient de co-signer avec l’ex-footballeur un ouvrage intitulé Mes étoiles noires en image. Dans La France n’a pas dit son dernier mot, Éric Zemmour rapporte les propos que Blanchard lui a glissés à l’oreille, un soir de mai 2010, après un débat houleux lors d’une émission télévisuelle : « Tu pourras dire ce que tu veux. On s’en fout. On gagnera, on tient les programmes scolaires. » Blanchard, historien autoproclamé spécialiste de l’Afrique (1), se réjouit de voir la marionnette Thuram parrainer des concours scolaires soi-disant « contre le racisme », débiter des platitudes sur l’esclavage sur la radio publique ou tenir de laborieuses causeries décolonialistes dans les écoles. Avec ses amis Françoise Vergès, Éric Fassin et Christiane Taubira, il manigance depuis des années dans les coulisses politico-culturelles pour la création d’un Musée des histoires coloniales. La Maison des mondes africains, projet de l’ex-ministre de la Culture pouvant englober cette histoire coloniale, verra-t-elle le jour ? Il semblerait bien que oui : si l’on en croit Le Monde, cet établissement souhaité par Emmanuel Macron pourrait s’installer dans le bâtiment de la Fondation Cartier en 2025 ou 2026. Pascal Blanchard, déjà recruté par notre président pour diriger “Portraits de France”, un comité chargé de proposer les noms de personnalités « reflétant la diversité » pouvant devenir des noms de rues, attend beaucoup de cette nouvelle institution : propagande agressive, affichage médiatique, postes à pourvoir et voyages scolaires édifiants sont en vue.    

Appel pour une République « multiculturelle et postraciale » à Paris, 20 janvier 2010. De gauche à droite: Pascal Blanchard, Marc Cheb Sun, Rokhaya Diallo, Lilian Thuram et François Durpaire © FRED DUFOUR / AFP

Pour tenter d’éviter une fracture définitive de la société, et en espérant qu’il ne soit pas déjà trop tard, il serait bon de protéger nos enfants contre l’entrisme à l’école des thèses et des slogans racialistes élaborés par des agitateurs professionnels et sectaires, et colportés par de pauvres bougres manipulés par des idéologues prêts à tout pour détruire notre pays. Si rien ne change, nous pouvons nous attendre au pire, c’est-à-dire à un conflit ethno-racial permanent, alimenté de surcroît par l’islamisme et par cette « excroissance hystérique du racisme anti-Blancs » (G.W. Goldnadel) qu’est le racisme anti-juif actuel, dont nous percevons les signes avant-coureurs dans l’actualité récente, celle, entre autres, des nombreux « faits divers » que les médias mainstream ont tant de mal à relater.  

La Révolution racialiste: et autres virus idéologiques

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Les Gobeurs ne se reposent jamais

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(1) Sur CNews, en mars 2021, pour répondre à Bernard Rougier qui lui demandait s’il parlait une langue africaine, l’autoproclamé africaniste Pascal Blanchard a déclaré qu’on peut « travailler sur l’ensemble de l’Afrique » sans parler « les 76 langues des 76 pays » que compte l’Afrique. Quelques secondes auparavant, le même Blanchard s’était vanté d’avoir soutenu à la Sorbonne une thèse sur l’histoire de l’Afrique. En France, on peut donc passer une thèse sur l’histoire de l’Afrique dans une université prestigieuse tout en ignorant qu’environ 2000 langues sont parlées sur ce continent qui compte non pas 76 mais 54 pays. C’est bon à savoir.   

Jérôme Garcin: «J’ai toujours fait en sorte de ne pas abuser de mon pouvoir, je vous demande de me croire!»

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Rebecca Manzoni a remplacé Jérôme Garcin à la présentation de l’émission Le Masque et la Plume. Le critique revient sur son parcours (Les nouvelles littéraires, FR3, Le Nouvel Obs, France inter…) au micro de notre chroniqueur Philippe Bilger


J’ai soumis « à la question » Jérôme Garcin le 27 janvier sur Fréquence Protestante.

Puis-je avouer que face à cette personnalité toute d’intelligence, de finesse et de culture j’ai éprouvé comme une forme de timidité de peur de n’être pas à la hauteur, avec mes  interrogations, de la richesse qui m’était offerte ?

En effet, animateur du Masque et la Plume, une émission mythique et exemplaire sur le plan de la critique cinématographique, théâtrale et littéraire, responsable des pages culturelles de l’Obs, écrivain de race, Jérôme Garcin a su, ce qui est rare, anticiper et, sans y être contraint, laisser la place à des successeurs qui tenteront de l’égaler.

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Tout serait à mettre en évidence dans cet entretien tant la profondeur des analyses, la justesse précise et scrupuleuse des points de vue et l’émotion retenue d’une sensibilité d’autant plus perceptible qu’elle se veut « serrée », pour le fond comme pour la forme, ont porté au comble mon estime pour cette superbe qualité humaine et intellectuelle.

Je voudrais privilégier, dans mon embarras du choix, la part essentielle de l’écrivain qui, dans une langue toute de maîtrise classique, sans la moindre superfluité, a su rendre universels des tragédies familiales et des désastres intimes, avec la mort d’un frère jumeau à six ans, celle d’un père jeune à la suite d’un accident de cheval, celle d’un autre frère, d’un beau-père (qu’il n’a pas connu) et d’autres chagrins…

C’est la littérature et sa magnificence qui lui ont permis de se débrider pour le plus grand bonheur des lecteurs à la fois déchirés et admiratifs. Il avait l’intention de faire revivre ses « disparus », de les faire renaître. Noble mission accomplie.


Causeur vous propose de visionner cet entretien, enregistré dans le studio de Fréquence Protestante (100.7 FM Paris).

« Journaliste depuis mes 19 ans, écrivain publié sur le tard à 37 ans, j’écris depuis toujours »

« Au Masque et la Plume, pendant 35 ans, j’ai moins été un questionneur qu’un animateur »

« Je n’ai jamais été un animateur neutre, et je pense que cette émission s’accommoderait très mal d’un animateur neutre (…) C’est une émission où l’on s’engage ! »

« Je n’étais pas du tout destiné à faire ce métier. Je me voyais beaucoup moins exposé (…) Quand j’ai commencé à faire de la télévision, j’ai senti sur mon épaule la main un peu crispée de mon père, un peu austère, Philippe Garcin, me disant Que vas-tu faire sous ces projecteurs ? »

« La vraie prescription culturelle vient aujourd’hui de l’audiovisuel, plus de la presse écrite »

« Aujourd’hui, ayant quitté toutes mes fonctions au Masque et la Plume et à la direction des pages culturelles de l’Obs (où je garde un bloc-notes), je me sens libre de prendre la fuite comme bon me semble où bon me semble… »

Sylvie Pierre-Brossolette voit du sexisme partout

Famille, école et numérique seraient les trois incubateurs qui inoculent le sexisme aux enfants dès le plus jeune âge, s’alarment les scientifiques du Haut Conseil à l’égalité.


Le Haut Conseil à l’égalité (HCE) a publié son rapport annuel, lundi 22 janvier, intitulé « S’attaquer aux racines du sexisme »[1]. En fait de rapport, il s’agit d’un long commentaire d’une enquête Viavoice réalisée pour l’occasion auprès de 3500 personnes. Et cette enquête est donc interprétée dans un seul but : démontrer que tout va de plus en plus mal. Le sexisme est partout. Il commence à la maison, avec des parents reproduisant des schémas genrés traditionnels (ces monstres offrent des poupées à leurs filles !), il continue à l’école et il explose en ligne.

Neuf femmes sur 10 ont subi des situations sexistes, nous dit-on. Mais si ça commence à la blague un peu grivoise ou au compliment, heureusement pour elles !

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Les clichés masculinistes progressent. 28% des jeunes hommes pensent que les hommes sont plus faits pour être patrons que les femmes. Donc, 72% pensent le contraire. Autre exemple : un quart des sondés trouvent normal qu’une femme soigne plus son physique qu’un homme. Donc les ¾ ne le pensent pas ! Si on ajoute que 86% des hommes pensent qu’une femme peut être présidente et 83% qu’elle peut gagner plus que son conjoint, on se dit que l’égalité est devenue la norme. Mais l’égalité réelle n’est pas atteinte, bien sûr, et les femmes subissent encore beaucoup d’injustices, nous dit-on… Les hommes aussi. Beaucoup s’estiment victimes de généralisations (par exemple, lorsque l’on affirme qu’ils seraient tous sexistes). Ça aussi, c’est une preuve de sexisme !

Rien ne va dans cette étude, en réalité :

  • L’objet « sexisme » est inopérant, car il est idéologique. Tout ce qui relève de la différence des sexes est considéré sexiste. Or, un traitement différencié est souvent légitime (par exemple, dans une maternité on ne traite pas de la même façon les hommes et les femmes, ou dans le sport). Le HCE se désole que les 2/3 des sondés pensent qu’un homme doit protéger les femmes. Ah, c’est donc mal de penser ça ? En quoi ?
  • Il y a un postulat arbitraire à la base de ce sondage : il y aurait un continuum entre le sexisme et la violence. Tu commences par une mauvaise blague, et tu finis par cogner. Pardon, mais cela n’est pas démontré.
  • On observe une prétention normative. On explique aux gens comment ils doivent vivre. Si des femmes préfèrent élever leurs enfants que travailler, doit-on les dénoncer ?
  • On y retrouve l’habituelle pulsion de censure. Le Haut Conseil demande ainsi à l’Arcom de surveiller la représentation des femmes dans les médias. Pourra-t-on demain représenter des chipies, des menteuses, ou juste des saintes ?
  • Enfin, bien sûr, on refuse totalement de se demander si certaines cultures favorisent les comportements violents ou répressifs. Il ne faut pas stigmatiser !

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Rassurez-vous, la rééducation est en bonne voie. 60% des Français sont révoltés qu’une femme se fasse siffler dans la rue, 62% qu’un homme insiste pour avoir un rapport sexuel avec sa conjointe et 36% qu’un homme commente la tenue vestimentaire d’une femme, le fameux compliment sexiste. A tout hasard, je précise que j’appartiens à la minorité qui trouve ça très bien.


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio


[1] https://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/stereotypes-et-roles-sociaux/actualites/article/6eme-etat-des-lieux-du-sexisme-en-france-s-attaquer-aux-racines-du-sexisme

Ça, c’est Paris!

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Après « Paris 1900 » et « Paris romantique », le Petit Palais accueille le dernier volet de sa trilogie : « Le Paris de la Modernité » (1905 – 1925), la plus belle exposition de la capitale en ce début d’année 2024


Se rendre au musée fait désormais partie des dix commandements du Parisien de souche ou du touriste perdu, une obligation autant éducative qu’une soumission patrimoniale à l’Art. Alors parfois, sans volonté propre, poussé par la muséographie galopante de la ville lumière et la peur de rater un événement, de « ne pas en être », d’être déclassé culturellement en somme, le visiteur ère entre Orsay et Le Louvre, confond Van Gogh et Berthe Morisot, pousse sa promenade dominicale jusqu’à Marmottan, s’impatiente de la réouverture du musée Delacroix et se félicite que l’on puisse encore admirer le scaphandre des frères Carmagnolle de 1882 au Musée de la Marine, tout là-haut, au Trocadéro. La vie culturelle de notre époque impose ses péages, ses parcours balisés, ses grandes œuvres à admirer, son appareil critique à adouber et ses expositions toujours plus emphatiques, notre nouveau bloc de constitutionnalité. Les chiffres de fréquentation donnent raison aux administrateurs et aux conservateurs, le Louvre a connu des records d’affluence avec 8,9 millions de visiteurs en 2023 et Orsay avec 3,9 millions est le paradis des tour-opérateurs. La Ligue des Champions peut trembler. Bientôt, il y aura plus de spectateurs devant Les Raboteurs de parquet que sur la pelouse du Parc des Princes, Caillebotte a enfin stoppé Ancelotti à domicile. Non, toutes les expos de la capitale ne se valent pas. Il y a parfois de l’arnaque dans l’air, des sujets fumeux, des coups de com’, du remplissage à la va-vite avec des pièces d’intérêt discutable, des anniversaires forcés, une médiocrité intellectuelle dans les commentaires, des accrochages artificiels et peu soignés ; le marketing culturel a les moyens de vous faire sortir de votre lit ! Car son magistère pèse lourd sur les bonnes consciences. Il est inattaquable, au-dessus des partis, plus puissant que la Démocratie, plus intimidant que l’expression des peuples. L’Art est ce nouveau totem indépassable qui dispose de tous les droits, en son nom, tout est permis, même de vous soutirer une quinzaine d’euros pour trois peintures et une sculpture de guingois, un discours victimaire repentant et une ordalie accablante. Mais, fort heureusement, il existe aussi des lieux riches par la profusion et la variété des objets présentés, le cheminement intelligent, l’absence de cloison, l’union libre entre le chevalet et l’établi, la fenêtre historique panoramique (avant, pendant et après la Première Guerre mondiale), tout simplement la beauté d’un projet bien pensé et orchestré, qui saisit, dès la première salle, par son brio et sa sincérité, son élan et son empreinte. « Le Paris de la Modernité » (1905-1925) au Petit Palais jusqu’au 14 avril est, sans conteste, la plus belle exposition de Paris qui vous amènera de Montmartre à Montparnasse, de la ruche aux diadèmes de Cartier, du manifeste du Futurisme à la Tour Eiffel illuminée aux couleurs des chevrons Citroën, des tranchées à l’exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes, du fauvisme à l’Ours blanc de François Pompon, de la Belle Époque aux Années folles. Après deux heures passées dans le tourbillon de ce premier quart du XXème siècle, vous serez secoué par tant de virtuosité et indisposé par l’actualité culturelle du moment, ravagé par l’omniprésence des faiseurs et des bonimenteurs, des fausses valeurs et des aigrefins du marché, toute cette faune qui vit sur la bête, des galeries aux institutions, et dicte les cadres dirigistes de la création.

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C’est à l’aune de ces vingt années tempétueuses, terribles et fascinantes, entre 1905 et 1925, que vous comprendrez l’aphasie et la morale puérile de nos temps si sourcilleux, complètement inaptes, incapables de saisir l’expression artistique, sa liberté et sa geste révolutionnaire, son scandale immanent. Où sont les Picasso, Marie Laurencin, Man Ray, Paul Poiret, Nijinski, Modigliani, Apollinaire, Jacques-Emile Ruhlmann, Fernand Léger, Diaghilev et autres dadaïstes du XXIème siècle ? Pour vous inciter à vous rendre au Petit Palais, je n’emploierai pas les mots et les préceptes en vogue, la place sous-évaluée des femmes dans l’Histoire de l’art, le multiculturalisme émancipateur et les minorités opprimées. Je vous parlerai seulement des œuvres et de leur onde démiurgique, quelques instantanés que mon œil a accrochés, pour le plaisir des lignes, pour leur impudeur, pour leur provocante inspiration. En vrac et en frac : les garçonnes charnues, ces madones extatiques peintes par Tamara de Lempicka, une toile intitulée « Et le soleil s’endormit sur l’Adriatique » exécutée par Lolo l’Âne sous l’œil rieur de Roland Dorgelès et de la chanteuse de cabaret Coccinelle, une montre-bracelet Tank, une automobile Peugeot Type BP1 dite « Bébé Peugeot », ludique torpédo de 1913, Joséphine Baker stylisée par van Dongen, le Christ rédempteur de Paul Landowski et même l’Hommage à Blériot de Delaunay.

Mona Lisa ne veut pas de votre mauvaise soupe!

Des militantes ont tenté de recouvrir le tableau de soupe, ce matin, pour défendre une meilleure alimentation pour tous, cette fois… Les dingos de « Riposte alimentaire » seront poursuivis.


L’infamant outrage des écolos à « la Joconde »

Quand s’attaquer à l’art, et à ses plus grands chefs-d’œuvre notoirement, a-t-il jamais représenté un argument digne de ce nom, rationnel, respectable et objectif, pour défendre des idées, aussi nobles, par ailleurs, soient celles-ci ? Car, si j’ai bonne mémoire, seuls les régimes dictatoriaux, qu’ils soient d’extrême-gauche ou d’extrême-droite et qu’on les nomme, par-delà tout clivage politico-idéologique, « fascisme », nazisme » ou « stalinisme », se sont honteusement adonnés à ce genre de pratique, particulièrement méprisable sur le plan intellectuel et abject au niveau moral.

De la barbarie : violence et ignorance

C’est pourtant à ce type de comportement, dont on ne sait si c’est l’aspect barbare, le geste violent ou l’ignorance crasse, qu’il faut blâmer le plus ici, que deux militantes prétendument écologistes se sont livrées, ce dimanche matin 28 janvier 2024 au prestigieux musée du Louvre, en aspergeant de soupe, en guise de revendication pour une meilleure alimentation pour tous, un tableau aussi magnifique, par-delà même sa célébrité planétaire, que « La Joconde » de cet immense artiste, inégalé à plus d’un titre, que fut Léonard de Vinci.

Oui, Léonard de Vinci, ce « génie universel », comme le qualifia jadis le grand Goethe en personne, et, de surcroît, tant par la perfection de son prodigieux talent que par l’ampleur de ses multiples connaissances, prince des humanistes !

Leonard de Vinci : précurseur, avant la lettre, de l’écologie

Davantage : savent-ils, ces ignares s’attaquant ainsi vulgairement, de manière aussi scandaleuse qu’indigne, aux symboles les plus sublimes et précieux de notre héritage culturel, sinon civilisationnel, que Léonard de Vinci fut lui-même, en son temps, un ardent défenseur, précurseur avant la lettre, de l’écologie précisément, comme le prouvent à suffisance, entre autres traits de génie, ses nombreuses inventions en la matière, depuis d’ingénieux systèmes d’irrigation des terres agricoles jusqu’à de non moins extraordinaires protections naturelles des sites paysagistes, en passant par un énorme respect de la vie, qu’elle soit animale ou végétale, sous toutes ses formes ?

Ainsi, par exemple, ce végétarien convaincu, et même déjà « vegan », ne mangeait-il jamais de viande, au motif qu’il ne souhaitait pas, disait-il alors ouvertement, tuer ou faire souffrir d’ « innocentes créatures », ni se nourrir ou se gaver, précisait-il encore à qui voulait bien l’entendre, de ses « congénères » !

Un très contradictoire paradoxe

Mieux : cet aimable, généreux et bienveillant Léonard se plaisait même, lorsqu’il se promenait au milieu des marchés de sa belle ville natale de Florence, d’y acheter, parfois pour des sommes considérables, les cages d’oiseaux, pour le seul bonheur de les ouvrir ensuite et de libérer ainsi, au vu et au su de ses voisins ébahis, ces mêmes volatiles !

Ainsi, vouloir s’attaquer à l’œuvre artistique d’un être aussi respectueux de la nature justement, des animaux aussi bien que des humains également, n’est-il pas, de la part de ces nouveaux fanatiques de l’écologie culpabilisatrice, le moindre, on en conviendra aisément, des paradoxes, aux inénarrables mais tragiques confins de la contradiction la plus patente !

Les vandales du Louvre

Et, de fait, les milliers de pages de ses nombreux codex, que j’ai eu le gratifiant honneur d’étudier intégralement et dans leur langue originale, mais que ces écolos de basse gamme n’ont manifestement jamais lus, regorgent de ce genre d’anecdotes, aussi savoureuses que significatives, voire simplement bienvenues, pour tout écologiste digne de ce nom, mais que ne sont pourtant pas, visiblement, ces récentes vandales du Louvre.

Pis : lorsque je les entends hurler, comme elles l’ont effectivement fait ce dimanche matin devant « La Joconde » aspergée de cette imbuvable soupe, qu’il est légitime de s’en prendre à l’art pour mettre en avant une revendication socio-politique, il me revient immanquablement en tête, certes toutes proportions gardées et sans vouloir bien sûr comparer ici l’incomparable, ce que clamaient haut et fort certains dignitaires et autres propagandistes nazis, dont des criminels tels que Joseph Goebbels ou Hermann Göring, lorsqu’ils disaient, face notamment à des artistes qu’ils taxaient alors abusivement de « dégénérés », « sortir leur revolver quand ils entendaient le mot culture »

Quand dégrader l’art ou mépriser la culture revient à avilir les idées que l’on croit défendre

Oui : en s’attelant à dégrader ainsi, de manière aussi inconsidérée, les plus grands chefs-d’œuvre artistiques, comme ils l’ont par ailleurs déjà fait en tentant d’abîmer d’autres tableaux de maîtres au sein d’autres importants musées à travers le monde, ce n’est pas seulement sur notre culture, ni même notre civilisation, qu’ils crachent aussi misérablement ; c’est d’abord eux-mêmes, et les idées ou le parti qu’ils croient propager de la sorte, qu’ils salissent et avilissent ainsi irrémédiablement. Infâme !

Divin Vinci. Léonard de Vinci, l'Ange incarné

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Désir à l’œuvre


Un écrivain quitte sa femme, Julie, et décide de vivre à Londres avec une Italienne, Alice (prononcez A-li-tché), marchande de tableaux. L’important est de suivre son désir nous rappelle l’écrivain qui est aussi le narrateur de ce roman vif et nerveux, signé Vincent Roy. Avec Julie, c’était l’impasse. Deux enfants devenus adultes, des jumeaux, des crises et des cris, la répétition des matins gris, la messe noire de la famille, la culpabilité, la mort lente. Il faut du temps pour comprendre qu’on n’est pas à sa place, finit par avouer le narrateur. Avec Alice, fraîcheur de l’instant, conformité de peaux, solitude à deux, aucune envie de mise à mort, l’amour comme un joyau qui ouvre sur la confession la plus intime. Avec elle, le désir est la loi. Le narrateur : « Alice a deviné mon enfance, j’ai deviné la sienne. » Parfait. L’érotisme permet de retrouver son enfance ; elle rend la mémoire, comme la madeleine de Proust, l’asthme en moins.

Quelques voyageurs du temps accompagnent le récit du narrateur. Ils sont triés sur le volet. Un maître mot les réunit : la liberté. Une ville : Londres (de Gaulle, juin 40, ne jamais oublier). On rencontre Casanova, Rimbaud, Haydn, l’opiomane Thomas de Quincey, Balzac, Philip Roth, Paul Morand, Freud, mort dans la capitale de l’Angleterre. À propos de ce dernier, le narrateur exhume ce que le père de la psychanalyse écrit en 1907 : « Les poètes et les romanciers sont de précieux alliés. Ils sont dans la connaissance de l’âme, nos maîtres à tous, hommes vulgaires, car ils s’abreuvent à des sources que nous n’avons pas rendues accessibles à la science. » Ils sont à « l’écoute » de leurs rêves et savent les interpréter. Quand on parle de poètes et de romanciers, il convient de savoir faire la différence entre les faux (innombrables) et les vrais (rares). Ce roman peut vous permettre de vite les identifier. Un gain de temps précieux.

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Les dialogues entre le narrateur et la sémillante Alice sont à la fois piquants et percutants. Ils nous tiennent éveillés. Mais attention, l’ennemi nous attend au tournant. Entendez la société et son cortège de pisse-froid. Votre vie est déliée, vous riez, vous passez d’un lieu à un autre, vous connaissez les correspondances, vous disparaissez, vous êtes clandestin, vous réapparaissez, mais différemment et toujours réfractaire, vous continuez à rire, même sur les chemins herbeux, vous posez votre sac dans un lieu qui devient une société secrète. Vous reprenez la route, heureux homme aux semelles de vent. Votre âme est en pleine forme. Vous ignorez la morale, vous oblitérez le temps, donc la mort, vous considérez que le monde est sans but. Vous êtes insaisissable ? Oui. Une folie douce vous anime ? Oui. Votre ligne, c’est le bon goût ? Oui. Vous prenez le temps de scruter les mouvements du vent dans l’acacia, au fond du jardin ? Oui. C’est à ce moment-là que vous affolez les dévots, dont le narrateur dresse la liste sur deux pages. Une fois répertoriés, vous n’avez plus qu’à les contourner. Mais attention, ils viennent de lancer une nouvelle offensive sous la bannière du wokisme, et ils ramassent tous les ratés du système en leur promettant une place sous les sunlights de la célébrité éphémère.

En dévorant ce roman électrique, subtilement anti-woke, j’ai naturellement pensé à Philippe Sollers, en particulier à son prémonitoire Femmes (1983). Mais également à son style percutant, ses formules audacieuses, ses précieux conseils pour éviter la contamination généralisée de notre organisme. En passant, je vous conseille L’Évangile de Nietzsche (Le Cherche Midi, 2006), une conversation entre Sollers et Vincent Roy.

Vincent Roy, Retour à Kensington, Le Cherche Midi.

Retour à Kensington

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«On marche sur la tête»: le système mis en accusation

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Gabriel Attal, à peine nommé, se retrouve dans l’enfer de Matignon. Le mouvement de colère des agriculteurs, très populaire, et soutenu par l’opinion, fait craindre au pouvoir une fédération de mécontentements, voire le retour des gilets jaunes.


La révolution du réel a imposé son slogan, simple et potentiellement dévastateur : « On marche sur la tête ». Les agriculteurs du Tarn ont été les premiers, en novembre 2023, à retourner les panneaux identifiant les communes, en signe de protestation contre une technocratie tombée en Absurdie. Depuis, ce procédé subtil et non-violent a été repris un peu partout dans la France périphérique et rurale. Or ce réveil contestataire pourrait faire tache d’huile, tant son message touche au cœur d’un système généralisé qui, jusqu’au sein de l’Union européenne convertie à l’écologisme, a perdu le contact avec la vie des gens ordinaires. Le bon sens, décrié par l’intelligentsia parisienne et ses avatars politiques, est en train de s’installer dans le débat public, au vu des désastres commis par la tyrannie des idéologues. Montesquieu avait déjà noté : « J’aime les paysans. Ils ne sont pas assez savants pour penser de travers ». L’histoire qui s’écrit pourrait bien s’appuyer sur leur colère légitime. Elle oblige les dirigeants à de profondes remises en question, qui dépassent les seuls problèmes liés à l’agriculture. Les morts tragiques d’Alexandra Sonac, éleveur de bovins, et de sa fille de 12 ans, Camille, fauchées par un chauffard en Ariège alors qu’elles participaient à un barrage routier près de leur commune de Saint-Félix-de-Tournegat, sont venues rappeler la perte de contrôle par l’État des frontières nationales : les trois occupants de la voiture étaient des Arméniens visés par une obligation, non respectée bien sûr, de quitter le territoire (OQTF).

Alexandra Sonac et sa fille Camille. DR.

Lors de la conférence de presse du 16 janvier d’Emmanuel Macron, la crise agricole, qui allait éclater quelques jours plus tard, n’avait été abordée ni par le président ni par les journalistes. Cette indifférence parisienne illustre l’effacement dans lequel le monde rural a été maintenu, et explique son obligation de hurler pour se faire entendre. A la différence des gilets jaunes, mouvement autonome, les syndicats agricoles sont cette fois partie prenante de la jacquerie. Reste que ce sont des leaders non mandatés qui ont lancé le mouvement en Occitanie, avec notamment Jérôme Bayle dont le père agriculteur, qui s’est suicidé, touchait une retraite de 690 euros et dont la mère, en retraite avec 49 ans d’activités, touche 217 euros.

Gabriel Attal s’adresse aux agriculteurs, au lieu-dit Saint-Martin, à Montastruc-de-Salies (Haute-Garonne), le 26 janvier 2024 © Miguel MEDINA / AFP

Une convergence de révoltes spontanées n’est pas à exclure, si le gouvernement n’arrive pas à éteindre le début d’incendie. L’inflation des normes, ce mal français déjà dénoncé par Montaigne (« Nous avons en France plus de lois que tout le reste du monde ensemble ») attend des réponses concrètes. Le code rural est passé de 755 pages en 1965 à 3068 pages ! Mais c’est surtout la défense de la souveraineté nationale qui, en tous domaines, s’impose comme une priorité. Ce mercredi, sur Europe 1, Jordan Bardella (RN) a réclamé une « exception agro-culturelle » et un « patriotisme économique » dans les commandes publiques. La révolution du réel ne va pas plaire aux « progressistes » qui ont perdu le Nord…

Laissons les paysans travailler en paix

Crise agricole. Au lendemain des annonces du Premier ministre en faveur de l’agriculture, en Haute-Garonne, plusieurs barrages étaient levés dans le pays. 


« Les paysans sont sans cesse au travail et c’est un mot qu’ils n’utilisent jamais », disait le dramaturge russe Anton Tchekhov. Si les agriculteurs passent leur vie à travailler sans se plaindre, encore faut-il qu’ils arrivent à dignement en vivre. Aujourd’hui, trop d’entre eux en sont réduits à survivre. Le paysan est pourtant le cœur vivant de la France, j’oserais dire son âme. Nous sommes tous des descendants de paysans. L’arbre généalogique de la très grande majorité des Français contient principalement des ancêtres qui ont planté le blé, accompagné la croissance d’arbres fruitiers ou pris soin d’un bétail.

Dès avant la Guerre des Gaules et la conquête romaine, nos lointains parents Celtes et Aquitains aménageaient notre territoire en terres cultivables. Ils utilisaient déjà des techniques sophistiquées comme l’amendement des cultures. Leur maitrise de l’artisanat du bois leur a fait découvrir le tonneau, les attelages, la faux et le sarclage. L’ambition personnelle de Jules César ne fut d’ailleurs pas la seule motivation de l’invasion du territoire qui correspond quasiment parfaitement à celui de la France contemporaine. Les Romains enviaient en effet notre surproduction céréalière dont ils ont longtemps été dépendants. Notre territoire a très peu changé depuis. Il était aménagé par un dense réseau de cultures qui avaient remplacé les forêts. C’est peu connu, mais la Gaule pré-romaine comptait moins d’espaces forestiers que la France contemporaine.

Les Romains ont ensuite apporté leur savoir-faire en matière d’irrigation, enjeu majeur de cette révolte des « Agriculteurs en Colère » partie du sud-ouest au début de l’Automne. Qu’est-ce qu’un paysan ? C’est un homme du pays. Un gardien du territoire enraciné dans un terroir. Un connaisseur, aussi, de la nature. Pas la nature inviolée et personnalisée des tenants d’une écologie oublieuse de l’homme, dénuée d’anthropologie, mais les garants d’une nature modifiée et pensée par l’Homme et pour l’Homme. Le paysan est donc par nature un conservateur. Il n’est pas un réactionnaire rétif au progrès, son activité ayant été tout au long de l’histoire le point de départ d’innovations importantes, mais il n’aime pas qu’on lui impose de l’extérieur la façon dont il doit exercer son métier.

L’impasse de l’agriculture française

Les agriculteurs sont à l’image de la société française dans son ensemble. Ils sont épuisés et démoralisés. Epuisés par un environnement normatif contraignant, un corset fiscal et administratif ubuesque qui entrave toutes les énergies. Pour remplir un dossier de la PAC ou obtenir des indemnisations liées à la grippe aviaire ou à la fièvre des bovins, il faudrait être titulaire d’un double Master II. Les paysans les plus aisés doivent avoir recours aux services de cabinets de conseil pour toucher les aides auxquelles ils ont droit… Quand ce ne sont pas des drones qui survolent leurs champs pour vérifier qu’ils appliquent scrupuleusement des règles toujours plus pointilleuses, ils doivent attendre de longues journées pour enfin être reçus par le préfet du département qui leur délivrera les autorisations nécessaires pour l’épandage. Infantilisés, suspectés comme s’ils étaient des délinquants, ils doivent se soumettre à de constantes tracasseries et de petites humiliations alors qu’ils n’arrivent parfois plus à se payer.

Nous avons pourtant une agriculture qui est parmi les plus vertueuses du monde, respectant des normes écologiques et d’hygiène très strictes. Certaines sont parfaitement justifiées, utiles pour protéger la santé des riverains d’exploitations, des consommateurs, mais aussi pour préserver l’environnement. D’autres, beaucoup trop nombreuses, témoignent d’une déconnexion totale entre la réalité du terrain et les décideurs politiques, parfois simplement motivés par la crainte des activistes écologistes et des ONG qui attaquent régulièrement des projets de retenues d’eau ou des stocks de semences dans l’indifférence la plus générale. Ces gens sont animés par une foi relevant de la religion, opposés à la science et à la recherche qu’ils diabolisent. Ils prônent un grand bond en arrière et le retour à une agriculture anachronique, demandeuse en main d’œuvre et d’un rendement insuffisant pour nourrir les Français à un juste prix. Ces partisans de la « décroissance » refusent de comprendre le monde dans lequel nous vivons et sont prêts à nous entrainer dans des crises de subsistance, à tirer un trait sur nos exportations. Notre agriculture sait pourtant trouver un parfait point d’équilibre entre la qualité et le rendement. Qui a condamné, parmi la classe politique, le saccage des semences de tournesol de la coopérative Arterris de Castelnaudary au début du mois de mars 2021 ? Les pertes se chiffraient pourtant en million d’euros.

Jérôme Bayle, éleveur de bovins en Haute-Garonne, l’expliquait très bien au micro de BFM TV : « Je veux bien protéger la nature, je le fais au quotidien. Mais une jonquille trouvée dans un champ vaut-elle de menacer l’existence de quatre exploitations familiales transmises de génération en génération ? » Non, aucunement. Dès le Néolithique qui a amené l’homme à se sédentariser, la nature a été domestiquée. Nous en avons fait un jardin ! Aux sources de l’agribashing qui mine ce secteur se trouvent parfois des mouvements proches de l’ésotérisme, tels que l’anthroposophie ou l’agroécologie de feu Pierre Rahbi dont la ferme expérimentale n’a jamais été rentable en elle-même… L’État ne doit plus se soumettre aux pressions de ces lobbyistes et écouter ceux qui savent comment faire fonctionner la machine, qu’ils soient agriculteurs traditionnels, en bio ou encore en agriculture raisonnée. Montesquieu disait qu’il aimait les paysans parce qu’ils étaient « trop peu savants pour mal raisonner ». Aujourd’hui, ils ont fait des études et sont bien plus savants que certains de nos sachants sans s’être départis du bon sens que leur prêtait le Bordelais.

Une myriade d’institutions publiques s’acharnent aussi à leur mettre des bâtons dans les roues. Elles sont adossées à un droit de plus en plus incompréhensible, semblant dépourvu de tout sens commun. En pleine révolte, le Haut conseil pour le climat a ainsi publié un rapport demandant aux agriculteurs de « poursuivre la décarbonation de la filière et d’accélérer sa transition ». Maladroit quand les professionnels expliquent ne pas arriver à suivre le rythme draconien que leur impose le « pacte vert ». Ils ne sont pas contre l’idée, étant eux-mêmes les premiers à déplorer le changement climatique qui complexifie un peu plus leur tâche, mais ils ne peuvent pas se « transformer » totalement sans perdre des revenus et en aussi peu de temps. Dans un même ordre d’idées, le journaliste Amaury Bucco a rapporté divers cas ubuesques de paysans traqués par la police de l’environnement qui a mené plus de 10 000 contrôles en France depuis 2022, souvent à la demande de l’Office français de la biodiversité. Il rapporte le cas de Jean-Pierre, éleveur de limousines depuis 30 ans, qui a été condamné après avoir manifesté sa colère. Les zélés agents publics l’empêchaient d’utiliser une source d’eau de son propre terrain… Au lyssenkisme des pseudo-scientifiques s’ajoutent les méthodes de la police soviétique décidée à appliquer à la lettre les dizaines d’arrêtés préfectoraux qui pourrissent la vie des ruraux.

Concilier l’inconciliable

Ce problème normatif qui concerne tous les Français et singulièrement les paysans n’est pourtant pas l’unique défi du secteur. Ils sont nombreux. Le premier d’entre eux est celui de la distorsion de la concurrence internationale. Il tient autant de la surtransposition des règles européennes par la France que de la philosophie commerciale et agricole de l’Union. Le libre-échange est un impératif logique dans le contexte qui est le nôtre. L’agriculture française ne peut pas tout produire, ne faire qu’exporter sans importer, et le tout en garantissant les prix bas qu’attendent les consommateurs et auxquels ils ont été habitués par la grande distribution. Certains traités bilatéraux peuvent d’ailleurs globalement profiter à notre agriculture. Longtemps présenté comme très risqué, le CETA n’a pas provoqué un afflux massif de bœufs canadiens. À dire vrai, il a plutôt profité à notre agriculture puisque nous exportons plus à destination de l’Amérique du Nord qu’autrefois sans que nos produits soient menacés sur notre marché intérieur. Nos atouts en ont bien profité, c’est-à-dire les produits laitiers et les vins et spiritueux, mais la filière bovine aussi.

Reste que cela ne se passe pas toujours bien. Le Mercosur suscite à juste titre une crainte, s’agissant d’un marché très peuplé qui produit dans des secteurs agricoles où nous serons moins concurrentiels avec des normes très différentes des nôtres, utilisant des méthodes proscrites par l’Union européenne. La France semble montrer la volonté de s’opposer à sa ratification. Concernant les produits importés issus de pays où le coût du travail est inférieur et les normes environnementales moins exigeantes, il existe des solutions et des choix à arbitrer. Faut-il protéger nos agriculteurs ou les livrer à la concurrence ? Faut-il produire différemment ? Il y a des alternatives possibles. Ces produits étrangers, hors fruits et légumes, sont principalement utilisés par les industriels pour les produits transformés. L’Union européenne nous permet d’afficher l’origine française d’une viande mais nous interdit depuis 2020 d’afficher l’origine étrangère. C’est honteux. Le consommateur a le droit de connaître l’origine géographique des produits qu’il consomme ainsi que leur mode d’abattage.

Si une barquette de poulet à la normande Findus affichait un drapeau brésilien pour le poulet avec la mention « abattage rituel » et un macaron espagnol pour les carottes, il n’est pas garanti que les acheteurs la prendraient en rayon. La commande publique et la restauration doivent aussi être impliqués. L’État a fait passer la loi Egalim, pour l’heure mal et insuffisamment appliquée comme l’a reconnu lui-même le ministre de l’Economie Bruno Le Maire, mais le service public n’achète pas uniquement en France la nourriture qu’elle donne dans ses cantines ! Quant aux restaurateurs, ils sont les premiers à acheter chez Metro des produits à l’étranger. Il faut plus les contrôler et attribuer des labels plus précis, ce qui passe aussi par une rééducation des Français au goût. Il est de bon ton de taper sur McDonald’s mais c’est un bon client des agriculteurs français alors que de nombreuses brasseries spécialisées dans l’assemblage plus que la cuisine nous servent de l’agneau néo-zélandais. Ça n’est pas souhaitable.

Il est illusoire de penser changer les règles du commerce mondial mais il est possible de s’y adapter et de rendre leur dignité à ceux qui nous nourrissent, en leur trouvant des débouchés commerciaux et en arrêtant de les contraindre. Nous devons aussi miser sur nos atouts et informer les consommateurs. Il n’est pas forcément beaucoup plus cher d’acheter chez un artisan que d’acheter des plats transformés quand on se penche précisément sur la question. Une carotte râpée maison a-t-elle un coût plus élevé qu’une carotte râpée Sodebo ? Non. Tout est une question d’équilibre. Les marchands et distributeurs, de la boulangerie de quartier aux hypers, ont aussi du mal à marger désormais. L’agriculture est symptomatique d’une France qui est plongée dans une crise économique rampante et majeure parce qu’elle a refusé de comprendre les règles du commerce mondial et qu’elle a enfermé tous les acteurs productifs dans une prison juridique et fiscale.

Les paysans français montrent la voie. Ils veulent tout simplement que l’État leur fiche la paix. Ils ne veulent pas vivre sous perfusion mais que le travail paie enfin. Comme nous tous. Nous avons affaibli considérablement notre industrie pour les mêmes raisons. Notre agriculture menace maintenant de sombrer.  Puis ce sera le tour de la construction, elle aussi étouffée par les normes. Et après ?

Mucha à Aix-en-Provence

D’Alfons Mucha, on connaît surtout les affiches — affiches de théâtre pour Sarah Bernhardt, affiches publicitaires pour les cigarettes Job ou Moët & Chandon. Mais en se rendant à l’hôtel de Caumont, à Aix-en-Provence, notre chroniqueur a découvert un autre Mucha, que de son propre aveu il connaissait moins bien. Profitons, ce n’est pas tous les jours que Brighelli avoue ne pas complètement maîtriser quelque chose…


« Mucha, maître de l’Art Nouveau », dit l’affiche. Et dès l’entrée, on trouve ce que l’on était en droit d’attendre : de jolies jeunes femmes peintes au milieu des guirlandes de fleurs.
Mais l’artiste austro-hongrois (il est né en Moravie, l’actuelle Tchéquie, en 1860) fut aussi un nationaliste passionné, et l’exposition de l’Hôtel de Caumont, à Aix-en-Provence, parcourt les diverses aires d’exercice de ce peintre surdoué, et ses divers sujets de prédilection.
S’il a commencé sa carrière dans son pays natal, c’est en venant à Paris en 1887 qu’il explose véritablement.
Il vit de travaux publicitaires, et se trouve par hasard, fin décembre 1894, dans l’imprimerie qui doit réaliser l’affiche de Gismonda, le drame de Victorien Sardou où joue Sarah Bernhardt. Elle vient, il est là, elle le sollicite : c’est ce que les anciens appellent le kairos, l’art d’utiliser sa chance, qui, comme on le sait, n’a qu’un cheveu qu’il faut se dépêcher de saisir.
La star (je sais, c’est un anachronisme, mais c’est très exactement ce qu’elle est) l’engage pour six ans. Il est définitivement lancé.

Les affiches de scène de Mucha sont bien là, Médée, La Dame aux camélias, Lorenzaccio, Hamlet — toutes à la gloire de la plus grande comédienne du temps. Et, dans la foulée, les grands panneaux décoratifs sur les Arts, les Fleurs ou les Heures du jour.
La révolution industrielle aidant, il gagne aussi sa vie en dessinant des publicités, par exemple pour les papiers à cigarettes Job, le PLM, les biscuits Lefèvre-Utile ou pour Moet & Chandon.

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De façon significative, il revient à des thèmes religieux — par exemple la magnifique Vierge aux lys. Les fleurs dont il a nourri ses toiles prennent alors un sens symbolique qui l’éloigne sérieusement des joliesses de l’art Nouveau.

Mucha est parti de Moravie en emportant à la semelle de ses souliers la terre de son pays. C’est là que l’exposition dévoile des toiles peu connues, dont le thème central est l’exaltation des Slaves : il retourne en Bohème, au château de Zbiroh, et peint L’Epopée slave. La toile finale, Les Slaves au service de l’humanité, est grandiose, et s’éloigne du style décoratif auquel on voudrait réduire Mucha, qui dessine billets de banque et timbres-poste pour le tout nouvel État Tchécoslovaque.

Il s’agit alors d’une peinture réellement politique. Voir l’étonnant tableau Le Baiser de la France à la Bohème (1919), qui nous rappelle combien notre pays était lié aux nations d’Europe centrale — une très vieille amitié que quelques bombes larguées par l’armée française sur Belgrade en 1999, pour complaire aux Allemands et aux Américains, ont fait éclater en morceaux.
Lorsque les Nazis entrent à Prague, en mars 1939, ils se hâtent d’arrêter Mucha — slave et franc-maçon. La Gestapo l’interrogera trois semaines durant, ce qui n’améliorera pas sa pneumonie. Libéré, il meurt le 14 juillet. L’Église lui refuse tout enterrement chrétien, parce qu’il est franc-maçon, et il est balancé dans une fosse commune.
Restent heureusement les œuvres, que les barbares n’ont pas brûlées. Un oubli, sans doute.

Transportez-vous donc jusqu’à Aix-en-Provence, il fait beau dans le Midi, il fait chaud, l’hôtel de Caumont (rue Joseph Cabassol, à deux pas du Cours Mirabeau) est une petite merveille du XVIIIe siècle admirablement restaurée, ce sera l’occasion de flâner de façon intelligente. Et l’expo est ouverte jusqu’au 24 mars.

Catalogue Mucha, maître de l’Art Nouveau, 192 p.

En finir avec l’écriture inclusive

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Jean Szlamowicz. DR.

Jean Szlamowicz veut en finir avec l’écriture inclusive. Contre les assauts woke qui écornent le français, son nouvel essai prouve que c’est une ineptie de confondre la langue et le sexe, le genre des mots et le sexe des gens. Une démonstration magistrale et définitive.


Le Sexe et la Langue. Sous ce titre délicieusement facétieux, le linguiste Jean Szlamowicz règle magistralement son compte à l’écriture inclusive et aux métastases grammaticales du militantisme néoféministe. Opposant une belle (et rare) rigueur intellectuelle aux niaiseries mi-doloristes mi-hargneuses des damnés de la grammaire, ce spécialiste d’analyse rhétorique passe au crible le discours de celles-et-ceux pour qui les pires humiliations sont à chercher du côté d’une langue française odieusement masculiniste, à réformer d’urgence pour que la vie soit plus belle. Pour toustes.

Féminisation au forceps

Devant les théories fantaisistes de néomasochistes « prêts à s’inventer un adversaire pour continuer d’être féministes », l’auteur remet à sa place toute une « clique de coupeurs de langue » qui « se rêvent maquisards […] au fond de leur blog », et rappelle l’essentiel : la langue est une combinatoire de signes arbitraires, elle ne représente rien ni personne, elle est l’outil de la pensée et non pas son contenu. « Il ne faut pas confondre la langue et le sexe, le genre des mots et le sexe des gens. » Les points médians et les « e » muets, censés féminiser au forceps une langue si phallocrate, sont avant tout des absurdités linguistiques. Vouloir féminiser la langue par-delà l’usage – « cheffe », « professeure », « chauffeuse de bus », « autrice » – est grotesque avant même d’être idéologique. Si l’on suit le raisonnement fallacieux consistant à dire que les mots sont les miroirs des choses et le reflet des phénomènes, que l’absence de féminin pour « médecin  » est bien la preuve de la « minoration » sociale des femmes, on en vient à se demander de quel droit le mot « train », avec si peu de lettres, peut prétendre désigner une locomotive avec tous ses wagons, pourquoi le mot « oiseau » s’emploie pour un moineau autant que pour un condor des Andes, sous l’effet de quelles manigances complotistes le mot « microscopique » est à ce point visible à l’œil nu et, finalement, pourquoi le mot « invisibilisation » n’a rien d’invisible. Avouons toutefois que sur ce dernier point, on gagnerait à confondre les mots et les choses.

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Face à une ribambelle de pseudo-linguistes atterrants, désireux de libérer notre langue de carcans imaginaires qu’ils rêvent par tous les biais d’objectiver afin de leur opposer des actes de résistance admirables, Jean Szlamowicz énonce avec érudition et humour des vérités qui fâchent. Non, le genre, en grammaire, n’est pas un marquage d’opposition sexuelle, mais d’opposition tout court, le masculin et le féminin servant à créer des nuances et des différences (galet/galette, herbe/herbage, moteur/motorisation, médecin/médecine…) et non à sexuer la langue : un radiateur n’a rien de masculin, pas plus qu’une fenêtre n’a quelque chose de féminin. Oui, comme dans la majorité des langues, le masculin est généralisant et a une valeur de neutre : on va chez le coiffeur même si la personne qui s’occupe de nous est une coiffeuse. Le jarawara (Amazonie) est, nous apprend-il, l’une des rares langues où le féminin a une valeur générique, mais la coutume de frapper les jeunes filles nubiles à coups de bâton n’est peut-être pas un fait social à la hauteur de ce féminisme grammatical abouti. Non, la « langue » n’est pas du « discours » : une phrase (plutôt très) misogyne telle que « les femmes doivent rester à la maison » ne présente aucun fait grammatical « répréhensible ».Pour finir, oui, la langue est nécessairement « à la traîne », accusée qu’elle est par le progressexisme de ne pas adopter assez vite des néologismes et des tournures qui – voyons ! – tombent sous le sens :il.elle pleut, je ne vais pas chez le coiffeur.euse. Quoiqu’on parle souvent de ce qui n’a pas de réalité tangible (discours), il faut tout de même que les choses existent pour pouvoir les nommer (langue) : qu’il y ait, par exemple, suffisamment d’hommes sages-femmes pour que « sage-homme » s’impose, au-delà de la leçon de grammaire nunuche dispensée par un navet cinématographique à visée sociétale (Sage-Homme, Jennifer Devoldère, 2023).

Réponse cinglante

La réponse de Jean Szlamowicz aux indignations du militantisme inclusiviste est merveilleusement cinglante, et on ne peut mieux dire : « Les injustices existent, mais ailleurs que dans la grammaire […] et quand on est friand de subtilités symboliques, on devrait être capable de se poser la question de savoir s’il y a plus d’oppression à vivre sous un voile ou à accorder le suffixe -eur de manière générique. » Quant à la langue, nous rassure-t-il, elle est modifiée par l’usage et non par les lubies de simili-intellectuels imbibés de théories gramsciennes : « Si les locuteurs ont besoin d’un féminin, ils le créeront et l’utiliseront. S’ils n’en ont pas besoin, ils ne passeront pas leur temps […] à imaginer des féminins inutiles. » En attendant, glissons Le Sexe et la Langue dans nos bibliothèques respectives.

La langue et la grammaire sont les énièmes ZAD –zones à démolir – de militants égocentriques gagnés par l’ennui civilisationnel et l’inculture d’atmosphère. Agitant les derniers hochets marketing du moment, ils continuent à ânonner mécaniquement que « la langue est fasciste ». Tellement fasciste qu’elle a permis à Roland Barthes, en son temps, de dispenser toute une année de cours sur le « désir de Neutre ». Tellement fasciste, qu’elle autorise, à présent, l’ouvrage officiel de la Cité internationale de la langue française (Villers-Cotterêts), dirigé par la philologue Barbara Cassin, à se fourvoyer dans la syntaxe de la dernière phrase des Mots de J.-P. Sartre, adaptée pour l’occasion au thème de la langue (« une langue qui les vaut toutes et qui (sic) vaut n’importe laquelle »). Terrible défaite – la pire de toutes – pour les déconstructeurs d’hier, de se voir anéantir par la langue des démolisseurs d’aujourd’hui.

Jean Szlamowicz (préf. Nathalie Heinich), Le Sexe et la Langue : petite grammaire du genre en français, où l’on étudie écriture inclusive et autres dérives militantes, Intervalles, 2023.

De Lilian Thuram à Pascal Blanchard, la propagande décolonialiste et racialiste en action

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Dans nos écoles, l’inquiétant sous-texte du concours « Nous autres » organisé par la CASDEN Banque Populaire et Lilian Thuram


La propagande antiraciste à la sauce woke s’immisce partout. À l’école, elle peut être orchestrée conjointement par l’Éducation nationale, un groupe bancaire, une mutuelle des agents du service public, un musée et un ancien footballeur reconverti dans le business de l’antiracisme, et viser les élèves dès le plus jeune âge.

Les sociétaires de la CASDEN Banque Populaire ont en effet reçu récemment un message leur expliquant comment participer, s’ils sont enseignants, à la 9ème édition nationale du concours “Nous Autres”, édition soutenue par le ministère de l’Éducation nationale et organisée par ladite banque, la MGEN et… la Fondation Lilian Thuram. Ce concours est ouvert aux classes de… la maternelle à la 6e ! Les enseignants intéressés peuvent inscrire leur classe sur un site dédié puis, après avoir reçu un kit de « ressources pédagogiques », concevoir avec leurs élèves une production artistique pour illustrer « la déconstruction du racisme ». Tant qu’ils y étaient, les promoteurs de ce concours à connotation woke auraient pu lancer un concours sur la « déconstruction de la langue française » illustrée par la citation qui trône en majesté sur le message envoyé aux sociétaires de la banque en question et signée Lilian Thuram : « Il faut construire l’idée que chacun de nous pouvons rendre la société meilleure. » 

Le business de la Fondation Thuram repose sur des âneries

Cette démarche « éducative » se veut antiraciste, citoyenne et humaniste. Elle propage en réalité les théories racialistes issues des universités américaines et adoptées en France par des militants wokes dont le pseudo-antiracisme « réintroduit le principe racial et le communautarisme ethnique qu’il prétend combattre » (Paul Yonnet). Pour que l’idéologie racialiste s’impose en France, les thuriféraires de cette dernière ont inventé un « racisme systémique » qui n’a jamais existé dans notre pays, et répandu la novlangue racialiste : racisé, privilège blanc, racisme structurel, systémique ou institutionnel, suprématie blanche, blanchité, universalisme blanc, etc. Sur le site de ce concours, nous pouvons lire les propos de Lilian Thuram, copier-coller des lieux communs du racialisme woke : « Le racisme est avant tout une construction politique, économique et intellectuelle. Nous devons prendre conscience que l’Histoire nous a conditionnés, de génération en génération, à nous voir avant tout comme des Noirs, des Blancs, des Maghrébins, des Asiatiques… La Fondation [Lilian Thuram] souhaite réfléchir sur les mécanismes de domination. » Ignorance crasse ou aveuglement idéologique ? Sans doute les deux. « L’Histoire nous a conditionnés à » est une allégation abstraite qui ne veut strictement rien dire. Quant aux « mécanismes de domination », nul besoin de préciser qui domine qui – il est entendu que seuls les Blancs ont été des colonisateurs et des esclavagistes, que seuls les Blancs ont pillé, tué, déclenché des guerres, que seuls les Blancs sont racistes, etc. Bref, « les Blancs » sont le mal absolu. C’est sur ce socle simpliste et manichéen que repose le racialisme woke. Lilian Thuram, qu’il en soit conscient ou non, participe à la création de quelque chose de tout à fait nouveau en France, une vision purement raciale et ethnique des rapports entre les individus dans la société ; il promeut une idéologie qui va à l’encontre d’un objectif louable retourné et transformé en arme de destruction de l’Occident, lequel ne devrait son développement et sa prospérité qu’à l’exploitation coloniale, l’esclavage et la domination brutale sur d’autres peuples – exploitation et domination qui perdureraient dans la société actuelle et concerneraient en premier lieu les descendants des anciennes colonies et les immigrés « racisés » qui n’hésitent pourtant pas à tenter de s’installer dans ce pays soi-disant foncièrement xénophobe et raciste. 

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Comme Christiane Taubira et les entrepreneurs identitaires Rokhaya Diallo et Pascal Blanchard, Lilian Thuram évoque régulièrement l’esclavage transatlantique mais omet systématiquement de narrer l’histoire de l’esclavagisme oriental, arabo-musulman ou intra-africain. L’histoire est révisée afin de concorder avec les thèses victimaires de l’idéologie racialiste. Dans son livre La pensée blanche, sorte de recueil de toutes les platitudes et de toutes les âneries qui résonnent dans les amphis décolonialistes et racialistes de Paris-VIII et de Sciences-Po, M. Thuram écrit : « L’appétit de l’homme blanc pour la possession matérielle et le pouvoir l’a aveuglé sur le mal qu’il a causé à notre mère Terre, dans sa recherche de ce qu’il appelle les ressources naturelles. » Outre la bêtise essentialiste légèrement raciste et la fadeur de l’assertion, on notera la touche écolo signalée par une sémantique abêtie digne de Greta Thunberg, la fille infirme de Gaïa. Dans le même ouvrage, l’ex-footballeur décrit les séances pédagogiques stupéfiantes qu’il élabore pour expliquer la « suprématie blanche » aux élèves blancs et noirs rencontrés lors de ses conférences dans des établissements scolaires. Premièrement, avec les enfants blancs (expérience rapportée également lors d’une émission lunaire sur France Culture, voir mon papier du 3 juin 2021) : « Je prends une feuille blanche en leur disant : Les enfants, est-ce que vous êtes de la même couleur que cette feuille ?” Ils me disent non”. Pourquoi vous dites que vous êtes blancs alors ?” Et là ils me disent : ben, on sait pas, par habitude.” Cest ça quil faut déconstruire. »  Deuxièmement, avec les enfants noirs : « Très souvent, je demande aux enfants noirs comment ils s’imaginent Dieu. Ils me répondent que c’est un homme avec une longue barbe blanche et des cheveux blancs. Tous me répondent qu’Il est blanc. Je leur rappelle : « On dit que Dieu a fait l’homme à Son image ; comment toi, petit garçon marron, tu peux imaginer que Dieu est blanc ? » Ils sont surpris… N’est-ce pas une preuve majeure du blanchissement de notre pensée ? » Voilà à quel type de « raisonnements » peuvent être confrontés les enfants lors de leur scolarité.

On frôle le racisme anti-blanc en permanence

Distribution des prix et endoctrinement woke : les lauréats du concours susmentionné – des élèves de la maternelle à la 6e, est-il nécessaire de rappeler – se verront offrir la collection complète des œuvres de Lilian Thuram, une photo dédicacée de l’auteur et une carte « L’Afrique au centre, changeons nos imaginaires ». Il serait souhaitable que les fonctionnaires du ministère de l’Éducation nationale se penchent plus avant sur les différentes actions menées par les « antiracistes » racialistes wokes dans nos écoles, lisent leurs œuvres et celles des théoriciens anglo-saxons qui les inspirent, et envisagent le désastre que serait une société qui n’entretiendrait des rapports entre les individus qu’à l’aune de leurs thèses. « Les concepts racialistes sont des concepts révolutionnaires qui se font passer pour réformistes mais engendrent en fait une société nouvelle radicalement conflictuelle, et qui devient incapable d’envisager même théoriquement un authentique monde commun », écrit Mathieu Bock-Côté dans son excellent essai, La Révolution racialiste. Le pseudo-antiracisme des entrepreneurs identitaires est en réalité un authentique anti-occidentalisme frisant souvent le racisme anti-Blancs et implantant dans le cœur des plus jeunes le rejet des valeurs et des symboles d’une civilisation que les activistes wokes leur enjoignent de détester. En montrant du doigt « l’homme blanc », Lilian Thuram essentialise un groupe humain et prête à chaque individu de ce dernier des tares et des défauts communs et supposément inhérents à une couleur de peau. En même temps, il enracine dans l’âme des « non-Blancs » les ressentiments et les frustrations qui ne peuvent que naître à l’énoncé d’une société « blanche » injuste, privilégiée et « suprémaciste », « institutionnellement » raciste. Cet énoncé est faux mais permet à ce pseudo-antiracisme de « rendre la pensée raciale acceptable et de faire de l’Occident l’objet principal d’une haine sans limites. De plus, « ce “nouvel antiracisme” recourt à des catégories raciales pour se définir dans ses fondements comme dans ses objectifs. D’où le paradoxe d’un antiracisme racialiste, voire raciste. C’est pourquoi il serait plus adéquat de le caractériser comme un pseudo-antiracisme, et, plus précisément, comme un antiracisme anti-Blancs. Mais un antiracisme anti-Blancs, c’est un “antiracisme” raciste ». (Pierre-André Taguieff, dans Marianne, le 25 octobre 2020).

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Lilian Thuram sait-il très exactement ce qu’il fait ? On peut en douter. Est-il le jouet d’idéologues décolonialistes et racialistes profitant de l’image de l’ancien défenseur de l’équipe de France « black-blanc-beur » championne du monde en 1998 ? C’est fort possible. Un des plus éminents en même temps que des plus pernicieux et fanatiques de ces idéologues se nomme Pascal Blanchard et vient de co-signer avec l’ex-footballeur un ouvrage intitulé Mes étoiles noires en image. Dans La France n’a pas dit son dernier mot, Éric Zemmour rapporte les propos que Blanchard lui a glissés à l’oreille, un soir de mai 2010, après un débat houleux lors d’une émission télévisuelle : « Tu pourras dire ce que tu veux. On s’en fout. On gagnera, on tient les programmes scolaires. » Blanchard, historien autoproclamé spécialiste de l’Afrique (1), se réjouit de voir la marionnette Thuram parrainer des concours scolaires soi-disant « contre le racisme », débiter des platitudes sur l’esclavage sur la radio publique ou tenir de laborieuses causeries décolonialistes dans les écoles. Avec ses amis Françoise Vergès, Éric Fassin et Christiane Taubira, il manigance depuis des années dans les coulisses politico-culturelles pour la création d’un Musée des histoires coloniales. La Maison des mondes africains, projet de l’ex-ministre de la Culture pouvant englober cette histoire coloniale, verra-t-elle le jour ? Il semblerait bien que oui : si l’on en croit Le Monde, cet établissement souhaité par Emmanuel Macron pourrait s’installer dans le bâtiment de la Fondation Cartier en 2025 ou 2026. Pascal Blanchard, déjà recruté par notre président pour diriger “Portraits de France”, un comité chargé de proposer les noms de personnalités « reflétant la diversité » pouvant devenir des noms de rues, attend beaucoup de cette nouvelle institution : propagande agressive, affichage médiatique, postes à pourvoir et voyages scolaires édifiants sont en vue.    

Appel pour une République « multiculturelle et postraciale » à Paris, 20 janvier 2010. De gauche à droite: Pascal Blanchard, Marc Cheb Sun, Rokhaya Diallo, Lilian Thuram et François Durpaire © FRED DUFOUR / AFP

Pour tenter d’éviter une fracture définitive de la société, et en espérant qu’il ne soit pas déjà trop tard, il serait bon de protéger nos enfants contre l’entrisme à l’école des thèses et des slogans racialistes élaborés par des agitateurs professionnels et sectaires, et colportés par de pauvres bougres manipulés par des idéologues prêts à tout pour détruire notre pays. Si rien ne change, nous pouvons nous attendre au pire, c’est-à-dire à un conflit ethno-racial permanent, alimenté de surcroît par l’islamisme et par cette « excroissance hystérique du racisme anti-Blancs » (G.W. Goldnadel) qu’est le racisme anti-juif actuel, dont nous percevons les signes avant-coureurs dans l’actualité récente, celle, entre autres, des nombreux « faits divers » que les médias mainstream ont tant de mal à relater.  

La Révolution racialiste: et autres virus idéologiques

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Les Gobeurs ne se reposent jamais

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(1) Sur CNews, en mars 2021, pour répondre à Bernard Rougier qui lui demandait s’il parlait une langue africaine, l’autoproclamé africaniste Pascal Blanchard a déclaré qu’on peut « travailler sur l’ensemble de l’Afrique » sans parler « les 76 langues des 76 pays » que compte l’Afrique. Quelques secondes auparavant, le même Blanchard s’était vanté d’avoir soutenu à la Sorbonne une thèse sur l’histoire de l’Afrique. En France, on peut donc passer une thèse sur l’histoire de l’Afrique dans une université prestigieuse tout en ignorant qu’environ 2000 langues sont parlées sur ce continent qui compte non pas 76 mais 54 pays. C’est bon à savoir.   

Jérôme Garcin: «J’ai toujours fait en sorte de ne pas abuser de mon pouvoir, je vous demande de me croire!»

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Le critique littéraire et écrivain Jérôme Garcin © SADAKA EDMOND/SIPA

Rebecca Manzoni a remplacé Jérôme Garcin à la présentation de l’émission Le Masque et la Plume. Le critique revient sur son parcours (Les nouvelles littéraires, FR3, Le Nouvel Obs, France inter…) au micro de notre chroniqueur Philippe Bilger


J’ai soumis « à la question » Jérôme Garcin le 27 janvier sur Fréquence Protestante.

Puis-je avouer que face à cette personnalité toute d’intelligence, de finesse et de culture j’ai éprouvé comme une forme de timidité de peur de n’être pas à la hauteur, avec mes  interrogations, de la richesse qui m’était offerte ?

En effet, animateur du Masque et la Plume, une émission mythique et exemplaire sur le plan de la critique cinématographique, théâtrale et littéraire, responsable des pages culturelles de l’Obs, écrivain de race, Jérôme Garcin a su, ce qui est rare, anticiper et, sans y être contraint, laisser la place à des successeurs qui tenteront de l’égaler.

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Tout serait à mettre en évidence dans cet entretien tant la profondeur des analyses, la justesse précise et scrupuleuse des points de vue et l’émotion retenue d’une sensibilité d’autant plus perceptible qu’elle se veut « serrée », pour le fond comme pour la forme, ont porté au comble mon estime pour cette superbe qualité humaine et intellectuelle.

Je voudrais privilégier, dans mon embarras du choix, la part essentielle de l’écrivain qui, dans une langue toute de maîtrise classique, sans la moindre superfluité, a su rendre universels des tragédies familiales et des désastres intimes, avec la mort d’un frère jumeau à six ans, celle d’un père jeune à la suite d’un accident de cheval, celle d’un autre frère, d’un beau-père (qu’il n’a pas connu) et d’autres chagrins…

C’est la littérature et sa magnificence qui lui ont permis de se débrider pour le plus grand bonheur des lecteurs à la fois déchirés et admiratifs. Il avait l’intention de faire revivre ses « disparus », de les faire renaître. Noble mission accomplie.


Causeur vous propose de visionner cet entretien, enregistré dans le studio de Fréquence Protestante (100.7 FM Paris).

« Journaliste depuis mes 19 ans, écrivain publié sur le tard à 37 ans, j’écris depuis toujours »

« Au Masque et la Plume, pendant 35 ans, j’ai moins été un questionneur qu’un animateur »

« Je n’ai jamais été un animateur neutre, et je pense que cette émission s’accommoderait très mal d’un animateur neutre (…) C’est une émission où l’on s’engage ! »

« Je n’étais pas du tout destiné à faire ce métier. Je me voyais beaucoup moins exposé (…) Quand j’ai commencé à faire de la télévision, j’ai senti sur mon épaule la main un peu crispée de mon père, un peu austère, Philippe Garcin, me disant Que vas-tu faire sous ces projecteurs ? »

« La vraie prescription culturelle vient aujourd’hui de l’audiovisuel, plus de la presse écrite »

« Aujourd’hui, ayant quitté toutes mes fonctions au Masque et la Plume et à la direction des pages culturelles de l’Obs (où je garde un bloc-notes), je me sens libre de prendre la fuite comme bon me semble où bon me semble… »

Sylvie Pierre-Brossolette voit du sexisme partout

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Sylvie Pierre-Brossolette, ici photographiée en 2014, est présidente du Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes © WITT/SIPA

Famille, école et numérique seraient les trois incubateurs qui inoculent le sexisme aux enfants dès le plus jeune âge, s’alarment les scientifiques du Haut Conseil à l’égalité.


Le Haut Conseil à l’égalité (HCE) a publié son rapport annuel, lundi 22 janvier, intitulé « S’attaquer aux racines du sexisme »[1]. En fait de rapport, il s’agit d’un long commentaire d’une enquête Viavoice réalisée pour l’occasion auprès de 3500 personnes. Et cette enquête est donc interprétée dans un seul but : démontrer que tout va de plus en plus mal. Le sexisme est partout. Il commence à la maison, avec des parents reproduisant des schémas genrés traditionnels (ces monstres offrent des poupées à leurs filles !), il continue à l’école et il explose en ligne.

Neuf femmes sur 10 ont subi des situations sexistes, nous dit-on. Mais si ça commence à la blague un peu grivoise ou au compliment, heureusement pour elles !

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Les clichés masculinistes progressent. 28% des jeunes hommes pensent que les hommes sont plus faits pour être patrons que les femmes. Donc, 72% pensent le contraire. Autre exemple : un quart des sondés trouvent normal qu’une femme soigne plus son physique qu’un homme. Donc les ¾ ne le pensent pas ! Si on ajoute que 86% des hommes pensent qu’une femme peut être présidente et 83% qu’elle peut gagner plus que son conjoint, on se dit que l’égalité est devenue la norme. Mais l’égalité réelle n’est pas atteinte, bien sûr, et les femmes subissent encore beaucoup d’injustices, nous dit-on… Les hommes aussi. Beaucoup s’estiment victimes de généralisations (par exemple, lorsque l’on affirme qu’ils seraient tous sexistes). Ça aussi, c’est une preuve de sexisme !

Rien ne va dans cette étude, en réalité :

  • L’objet « sexisme » est inopérant, car il est idéologique. Tout ce qui relève de la différence des sexes est considéré sexiste. Or, un traitement différencié est souvent légitime (par exemple, dans une maternité on ne traite pas de la même façon les hommes et les femmes, ou dans le sport). Le HCE se désole que les 2/3 des sondés pensent qu’un homme doit protéger les femmes. Ah, c’est donc mal de penser ça ? En quoi ?
  • Il y a un postulat arbitraire à la base de ce sondage : il y aurait un continuum entre le sexisme et la violence. Tu commences par une mauvaise blague, et tu finis par cogner. Pardon, mais cela n’est pas démontré.
  • On observe une prétention normative. On explique aux gens comment ils doivent vivre. Si des femmes préfèrent élever leurs enfants que travailler, doit-on les dénoncer ?
  • On y retrouve l’habituelle pulsion de censure. Le Haut Conseil demande ainsi à l’Arcom de surveiller la représentation des femmes dans les médias. Pourra-t-on demain représenter des chipies, des menteuses, ou juste des saintes ?
  • Enfin, bien sûr, on refuse totalement de se demander si certaines cultures favorisent les comportements violents ou répressifs. Il ne faut pas stigmatiser !

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Rassurez-vous, la rééducation est en bonne voie. 60% des Français sont révoltés qu’une femme se fasse siffler dans la rue, 62% qu’un homme insiste pour avoir un rapport sexuel avec sa conjointe et 36% qu’un homme commente la tenue vestimentaire d’une femme, le fameux compliment sexiste. A tout hasard, je précise que j’appartiens à la minorité qui trouve ça très bien.


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio


[1] https://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/stereotypes-et-roles-sociaux/actualites/article/6eme-etat-des-lieux-du-sexisme-en-france-s-attaquer-aux-racines-du-sexisme

Ça, c’est Paris!

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DR.

Après « Paris 1900 » et « Paris romantique », le Petit Palais accueille le dernier volet de sa trilogie : « Le Paris de la Modernité » (1905 – 1925), la plus belle exposition de la capitale en ce début d’année 2024


Se rendre au musée fait désormais partie des dix commandements du Parisien de souche ou du touriste perdu, une obligation autant éducative qu’une soumission patrimoniale à l’Art. Alors parfois, sans volonté propre, poussé par la muséographie galopante de la ville lumière et la peur de rater un événement, de « ne pas en être », d’être déclassé culturellement en somme, le visiteur ère entre Orsay et Le Louvre, confond Van Gogh et Berthe Morisot, pousse sa promenade dominicale jusqu’à Marmottan, s’impatiente de la réouverture du musée Delacroix et se félicite que l’on puisse encore admirer le scaphandre des frères Carmagnolle de 1882 au Musée de la Marine, tout là-haut, au Trocadéro. La vie culturelle de notre époque impose ses péages, ses parcours balisés, ses grandes œuvres à admirer, son appareil critique à adouber et ses expositions toujours plus emphatiques, notre nouveau bloc de constitutionnalité. Les chiffres de fréquentation donnent raison aux administrateurs et aux conservateurs, le Louvre a connu des records d’affluence avec 8,9 millions de visiteurs en 2023 et Orsay avec 3,9 millions est le paradis des tour-opérateurs. La Ligue des Champions peut trembler. Bientôt, il y aura plus de spectateurs devant Les Raboteurs de parquet que sur la pelouse du Parc des Princes, Caillebotte a enfin stoppé Ancelotti à domicile. Non, toutes les expos de la capitale ne se valent pas. Il y a parfois de l’arnaque dans l’air, des sujets fumeux, des coups de com’, du remplissage à la va-vite avec des pièces d’intérêt discutable, des anniversaires forcés, une médiocrité intellectuelle dans les commentaires, des accrochages artificiels et peu soignés ; le marketing culturel a les moyens de vous faire sortir de votre lit ! Car son magistère pèse lourd sur les bonnes consciences. Il est inattaquable, au-dessus des partis, plus puissant que la Démocratie, plus intimidant que l’expression des peuples. L’Art est ce nouveau totem indépassable qui dispose de tous les droits, en son nom, tout est permis, même de vous soutirer une quinzaine d’euros pour trois peintures et une sculpture de guingois, un discours victimaire repentant et une ordalie accablante. Mais, fort heureusement, il existe aussi des lieux riches par la profusion et la variété des objets présentés, le cheminement intelligent, l’absence de cloison, l’union libre entre le chevalet et l’établi, la fenêtre historique panoramique (avant, pendant et après la Première Guerre mondiale), tout simplement la beauté d’un projet bien pensé et orchestré, qui saisit, dès la première salle, par son brio et sa sincérité, son élan et son empreinte. « Le Paris de la Modernité » (1905-1925) au Petit Palais jusqu’au 14 avril est, sans conteste, la plus belle exposition de Paris qui vous amènera de Montmartre à Montparnasse, de la ruche aux diadèmes de Cartier, du manifeste du Futurisme à la Tour Eiffel illuminée aux couleurs des chevrons Citroën, des tranchées à l’exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes, du fauvisme à l’Ours blanc de François Pompon, de la Belle Époque aux Années folles. Après deux heures passées dans le tourbillon de ce premier quart du XXème siècle, vous serez secoué par tant de virtuosité et indisposé par l’actualité culturelle du moment, ravagé par l’omniprésence des faiseurs et des bonimenteurs, des fausses valeurs et des aigrefins du marché, toute cette faune qui vit sur la bête, des galeries aux institutions, et dicte les cadres dirigistes de la création.

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C’est à l’aune de ces vingt années tempétueuses, terribles et fascinantes, entre 1905 et 1925, que vous comprendrez l’aphasie et la morale puérile de nos temps si sourcilleux, complètement inaptes, incapables de saisir l’expression artistique, sa liberté et sa geste révolutionnaire, son scandale immanent. Où sont les Picasso, Marie Laurencin, Man Ray, Paul Poiret, Nijinski, Modigliani, Apollinaire, Jacques-Emile Ruhlmann, Fernand Léger, Diaghilev et autres dadaïstes du XXIème siècle ? Pour vous inciter à vous rendre au Petit Palais, je n’emploierai pas les mots et les préceptes en vogue, la place sous-évaluée des femmes dans l’Histoire de l’art, le multiculturalisme émancipateur et les minorités opprimées. Je vous parlerai seulement des œuvres et de leur onde démiurgique, quelques instantanés que mon œil a accrochés, pour le plaisir des lignes, pour leur impudeur, pour leur provocante inspiration. En vrac et en frac : les garçonnes charnues, ces madones extatiques peintes par Tamara de Lempicka, une toile intitulée « Et le soleil s’endormit sur l’Adriatique » exécutée par Lolo l’Âne sous l’œil rieur de Roland Dorgelès et de la chanteuse de cabaret Coccinelle, une montre-bracelet Tank, une automobile Peugeot Type BP1 dite « Bébé Peugeot », ludique torpédo de 1913, Joséphine Baker stylisée par van Dongen, le Christ rédempteur de Paul Landowski et même l’Hommage à Blériot de Delaunay.

Mona Lisa ne veut pas de votre mauvaise soupe!

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Des militantes ont tenté de recouvrir le tableau de soupe, ce matin, pour défendre une meilleure alimentation pour tous, cette fois… Les dingos de « Riposte alimentaire » seront poursuivis.


L’infamant outrage des écolos à « la Joconde »

Quand s’attaquer à l’art, et à ses plus grands chefs-d’œuvre notoirement, a-t-il jamais représenté un argument digne de ce nom, rationnel, respectable et objectif, pour défendre des idées, aussi nobles, par ailleurs, soient celles-ci ? Car, si j’ai bonne mémoire, seuls les régimes dictatoriaux, qu’ils soient d’extrême-gauche ou d’extrême-droite et qu’on les nomme, par-delà tout clivage politico-idéologique, « fascisme », nazisme » ou « stalinisme », se sont honteusement adonnés à ce genre de pratique, particulièrement méprisable sur le plan intellectuel et abject au niveau moral.

De la barbarie : violence et ignorance

C’est pourtant à ce type de comportement, dont on ne sait si c’est l’aspect barbare, le geste violent ou l’ignorance crasse, qu’il faut blâmer le plus ici, que deux militantes prétendument écologistes se sont livrées, ce dimanche matin 28 janvier 2024 au prestigieux musée du Louvre, en aspergeant de soupe, en guise de revendication pour une meilleure alimentation pour tous, un tableau aussi magnifique, par-delà même sa célébrité planétaire, que « La Joconde » de cet immense artiste, inégalé à plus d’un titre, que fut Léonard de Vinci.

Oui, Léonard de Vinci, ce « génie universel », comme le qualifia jadis le grand Goethe en personne, et, de surcroît, tant par la perfection de son prodigieux talent que par l’ampleur de ses multiples connaissances, prince des humanistes !

Leonard de Vinci : précurseur, avant la lettre, de l’écologie

Davantage : savent-ils, ces ignares s’attaquant ainsi vulgairement, de manière aussi scandaleuse qu’indigne, aux symboles les plus sublimes et précieux de notre héritage culturel, sinon civilisationnel, que Léonard de Vinci fut lui-même, en son temps, un ardent défenseur, précurseur avant la lettre, de l’écologie précisément, comme le prouvent à suffisance, entre autres traits de génie, ses nombreuses inventions en la matière, depuis d’ingénieux systèmes d’irrigation des terres agricoles jusqu’à de non moins extraordinaires protections naturelles des sites paysagistes, en passant par un énorme respect de la vie, qu’elle soit animale ou végétale, sous toutes ses formes ?

Ainsi, par exemple, ce végétarien convaincu, et même déjà « vegan », ne mangeait-il jamais de viande, au motif qu’il ne souhaitait pas, disait-il alors ouvertement, tuer ou faire souffrir d’ « innocentes créatures », ni se nourrir ou se gaver, précisait-il encore à qui voulait bien l’entendre, de ses « congénères » !

Un très contradictoire paradoxe

Mieux : cet aimable, généreux et bienveillant Léonard se plaisait même, lorsqu’il se promenait au milieu des marchés de sa belle ville natale de Florence, d’y acheter, parfois pour des sommes considérables, les cages d’oiseaux, pour le seul bonheur de les ouvrir ensuite et de libérer ainsi, au vu et au su de ses voisins ébahis, ces mêmes volatiles !

Ainsi, vouloir s’attaquer à l’œuvre artistique d’un être aussi respectueux de la nature justement, des animaux aussi bien que des humains également, n’est-il pas, de la part de ces nouveaux fanatiques de l’écologie culpabilisatrice, le moindre, on en conviendra aisément, des paradoxes, aux inénarrables mais tragiques confins de la contradiction la plus patente !

Les vandales du Louvre

Et, de fait, les milliers de pages de ses nombreux codex, que j’ai eu le gratifiant honneur d’étudier intégralement et dans leur langue originale, mais que ces écolos de basse gamme n’ont manifestement jamais lus, regorgent de ce genre d’anecdotes, aussi savoureuses que significatives, voire simplement bienvenues, pour tout écologiste digne de ce nom, mais que ne sont pourtant pas, visiblement, ces récentes vandales du Louvre.

Pis : lorsque je les entends hurler, comme elles l’ont effectivement fait ce dimanche matin devant « La Joconde » aspergée de cette imbuvable soupe, qu’il est légitime de s’en prendre à l’art pour mettre en avant une revendication socio-politique, il me revient immanquablement en tête, certes toutes proportions gardées et sans vouloir bien sûr comparer ici l’incomparable, ce que clamaient haut et fort certains dignitaires et autres propagandistes nazis, dont des criminels tels que Joseph Goebbels ou Hermann Göring, lorsqu’ils disaient, face notamment à des artistes qu’ils taxaient alors abusivement de « dégénérés », « sortir leur revolver quand ils entendaient le mot culture »

Quand dégrader l’art ou mépriser la culture revient à avilir les idées que l’on croit défendre

Oui : en s’attelant à dégrader ainsi, de manière aussi inconsidérée, les plus grands chefs-d’œuvre artistiques, comme ils l’ont par ailleurs déjà fait en tentant d’abîmer d’autres tableaux de maîtres au sein d’autres importants musées à travers le monde, ce n’est pas seulement sur notre culture, ni même notre civilisation, qu’ils crachent aussi misérablement ; c’est d’abord eux-mêmes, et les idées ou le parti qu’ils croient propager de la sorte, qu’ils salissent et avilissent ainsi irrémédiablement. Infâme !

Divin Vinci. Léonard de Vinci, l'Ange incarné

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Désir à l’œuvre

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L'écrivain et critique littéraire Vincent Roy. DR.

Un écrivain quitte sa femme, Julie, et décide de vivre à Londres avec une Italienne, Alice (prononcez A-li-tché), marchande de tableaux. L’important est de suivre son désir nous rappelle l’écrivain qui est aussi le narrateur de ce roman vif et nerveux, signé Vincent Roy. Avec Julie, c’était l’impasse. Deux enfants devenus adultes, des jumeaux, des crises et des cris, la répétition des matins gris, la messe noire de la famille, la culpabilité, la mort lente. Il faut du temps pour comprendre qu’on n’est pas à sa place, finit par avouer le narrateur. Avec Alice, fraîcheur de l’instant, conformité de peaux, solitude à deux, aucune envie de mise à mort, l’amour comme un joyau qui ouvre sur la confession la plus intime. Avec elle, le désir est la loi. Le narrateur : « Alice a deviné mon enfance, j’ai deviné la sienne. » Parfait. L’érotisme permet de retrouver son enfance ; elle rend la mémoire, comme la madeleine de Proust, l’asthme en moins.

Quelques voyageurs du temps accompagnent le récit du narrateur. Ils sont triés sur le volet. Un maître mot les réunit : la liberté. Une ville : Londres (de Gaulle, juin 40, ne jamais oublier). On rencontre Casanova, Rimbaud, Haydn, l’opiomane Thomas de Quincey, Balzac, Philip Roth, Paul Morand, Freud, mort dans la capitale de l’Angleterre. À propos de ce dernier, le narrateur exhume ce que le père de la psychanalyse écrit en 1907 : « Les poètes et les romanciers sont de précieux alliés. Ils sont dans la connaissance de l’âme, nos maîtres à tous, hommes vulgaires, car ils s’abreuvent à des sources que nous n’avons pas rendues accessibles à la science. » Ils sont à « l’écoute » de leurs rêves et savent les interpréter. Quand on parle de poètes et de romanciers, il convient de savoir faire la différence entre les faux (innombrables) et les vrais (rares). Ce roman peut vous permettre de vite les identifier. Un gain de temps précieux.

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Les dialogues entre le narrateur et la sémillante Alice sont à la fois piquants et percutants. Ils nous tiennent éveillés. Mais attention, l’ennemi nous attend au tournant. Entendez la société et son cortège de pisse-froid. Votre vie est déliée, vous riez, vous passez d’un lieu à un autre, vous connaissez les correspondances, vous disparaissez, vous êtes clandestin, vous réapparaissez, mais différemment et toujours réfractaire, vous continuez à rire, même sur les chemins herbeux, vous posez votre sac dans un lieu qui devient une société secrète. Vous reprenez la route, heureux homme aux semelles de vent. Votre âme est en pleine forme. Vous ignorez la morale, vous oblitérez le temps, donc la mort, vous considérez que le monde est sans but. Vous êtes insaisissable ? Oui. Une folie douce vous anime ? Oui. Votre ligne, c’est le bon goût ? Oui. Vous prenez le temps de scruter les mouvements du vent dans l’acacia, au fond du jardin ? Oui. C’est à ce moment-là que vous affolez les dévots, dont le narrateur dresse la liste sur deux pages. Une fois répertoriés, vous n’avez plus qu’à les contourner. Mais attention, ils viennent de lancer une nouvelle offensive sous la bannière du wokisme, et ils ramassent tous les ratés du système en leur promettant une place sous les sunlights de la célébrité éphémère.

En dévorant ce roman électrique, subtilement anti-woke, j’ai naturellement pensé à Philippe Sollers, en particulier à son prémonitoire Femmes (1983). Mais également à son style percutant, ses formules audacieuses, ses précieux conseils pour éviter la contamination généralisée de notre organisme. En passant, je vous conseille L’Évangile de Nietzsche (Le Cherche Midi, 2006), une conversation entre Sollers et Vincent Roy.

Vincent Roy, Retour à Kensington, Le Cherche Midi.

Retour à Kensington

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«On marche sur la tête»: le système mis en accusation

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Nantes, 25 janvier 2024 © Sebastien SALOM-GOMIS/SIPA

Gabriel Attal, à peine nommé, se retrouve dans l’enfer de Matignon. Le mouvement de colère des agriculteurs, très populaire, et soutenu par l’opinion, fait craindre au pouvoir une fédération de mécontentements, voire le retour des gilets jaunes.


La révolution du réel a imposé son slogan, simple et potentiellement dévastateur : « On marche sur la tête ». Les agriculteurs du Tarn ont été les premiers, en novembre 2023, à retourner les panneaux identifiant les communes, en signe de protestation contre une technocratie tombée en Absurdie. Depuis, ce procédé subtil et non-violent a été repris un peu partout dans la France périphérique et rurale. Or ce réveil contestataire pourrait faire tache d’huile, tant son message touche au cœur d’un système généralisé qui, jusqu’au sein de l’Union européenne convertie à l’écologisme, a perdu le contact avec la vie des gens ordinaires. Le bon sens, décrié par l’intelligentsia parisienne et ses avatars politiques, est en train de s’installer dans le débat public, au vu des désastres commis par la tyrannie des idéologues. Montesquieu avait déjà noté : « J’aime les paysans. Ils ne sont pas assez savants pour penser de travers ». L’histoire qui s’écrit pourrait bien s’appuyer sur leur colère légitime. Elle oblige les dirigeants à de profondes remises en question, qui dépassent les seuls problèmes liés à l’agriculture. Les morts tragiques d’Alexandra Sonac, éleveur de bovins, et de sa fille de 12 ans, Camille, fauchées par un chauffard en Ariège alors qu’elles participaient à un barrage routier près de leur commune de Saint-Félix-de-Tournegat, sont venues rappeler la perte de contrôle par l’État des frontières nationales : les trois occupants de la voiture étaient des Arméniens visés par une obligation, non respectée bien sûr, de quitter le territoire (OQTF).

Alexandra Sonac et sa fille Camille. DR.

Lors de la conférence de presse du 16 janvier d’Emmanuel Macron, la crise agricole, qui allait éclater quelques jours plus tard, n’avait été abordée ni par le président ni par les journalistes. Cette indifférence parisienne illustre l’effacement dans lequel le monde rural a été maintenu, et explique son obligation de hurler pour se faire entendre. A la différence des gilets jaunes, mouvement autonome, les syndicats agricoles sont cette fois partie prenante de la jacquerie. Reste que ce sont des leaders non mandatés qui ont lancé le mouvement en Occitanie, avec notamment Jérôme Bayle dont le père agriculteur, qui s’est suicidé, touchait une retraite de 690 euros et dont la mère, en retraite avec 49 ans d’activités, touche 217 euros.

Gabriel Attal s’adresse aux agriculteurs, au lieu-dit Saint-Martin, à Montastruc-de-Salies (Haute-Garonne), le 26 janvier 2024 © Miguel MEDINA / AFP

Une convergence de révoltes spontanées n’est pas à exclure, si le gouvernement n’arrive pas à éteindre le début d’incendie. L’inflation des normes, ce mal français déjà dénoncé par Montaigne (« Nous avons en France plus de lois que tout le reste du monde ensemble ») attend des réponses concrètes. Le code rural est passé de 755 pages en 1965 à 3068 pages ! Mais c’est surtout la défense de la souveraineté nationale qui, en tous domaines, s’impose comme une priorité. Ce mercredi, sur Europe 1, Jordan Bardella (RN) a réclamé une « exception agro-culturelle » et un « patriotisme économique » dans les commandes publiques. La révolution du réel ne va pas plaire aux « progressistes » qui ont perdu le Nord…

Laissons les paysans travailler en paix

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Crise agricole. Au lendemain des annonces du Premier ministre en faveur de l’agriculture, en Haute-Garonne, plusieurs barrages étaient levés dans le pays. 


« Les paysans sont sans cesse au travail et c’est un mot qu’ils n’utilisent jamais », disait le dramaturge russe Anton Tchekhov. Si les agriculteurs passent leur vie à travailler sans se plaindre, encore faut-il qu’ils arrivent à dignement en vivre. Aujourd’hui, trop d’entre eux en sont réduits à survivre. Le paysan est pourtant le cœur vivant de la France, j’oserais dire son âme. Nous sommes tous des descendants de paysans. L’arbre généalogique de la très grande majorité des Français contient principalement des ancêtres qui ont planté le blé, accompagné la croissance d’arbres fruitiers ou pris soin d’un bétail.

Dès avant la Guerre des Gaules et la conquête romaine, nos lointains parents Celtes et Aquitains aménageaient notre territoire en terres cultivables. Ils utilisaient déjà des techniques sophistiquées comme l’amendement des cultures. Leur maitrise de l’artisanat du bois leur a fait découvrir le tonneau, les attelages, la faux et le sarclage. L’ambition personnelle de Jules César ne fut d’ailleurs pas la seule motivation de l’invasion du territoire qui correspond quasiment parfaitement à celui de la France contemporaine. Les Romains enviaient en effet notre surproduction céréalière dont ils ont longtemps été dépendants. Notre territoire a très peu changé depuis. Il était aménagé par un dense réseau de cultures qui avaient remplacé les forêts. C’est peu connu, mais la Gaule pré-romaine comptait moins d’espaces forestiers que la France contemporaine.

Les Romains ont ensuite apporté leur savoir-faire en matière d’irrigation, enjeu majeur de cette révolte des « Agriculteurs en Colère » partie du sud-ouest au début de l’Automne. Qu’est-ce qu’un paysan ? C’est un homme du pays. Un gardien du territoire enraciné dans un terroir. Un connaisseur, aussi, de la nature. Pas la nature inviolée et personnalisée des tenants d’une écologie oublieuse de l’homme, dénuée d’anthropologie, mais les garants d’une nature modifiée et pensée par l’Homme et pour l’Homme. Le paysan est donc par nature un conservateur. Il n’est pas un réactionnaire rétif au progrès, son activité ayant été tout au long de l’histoire le point de départ d’innovations importantes, mais il n’aime pas qu’on lui impose de l’extérieur la façon dont il doit exercer son métier.

L’impasse de l’agriculture française

Les agriculteurs sont à l’image de la société française dans son ensemble. Ils sont épuisés et démoralisés. Epuisés par un environnement normatif contraignant, un corset fiscal et administratif ubuesque qui entrave toutes les énergies. Pour remplir un dossier de la PAC ou obtenir des indemnisations liées à la grippe aviaire ou à la fièvre des bovins, il faudrait être titulaire d’un double Master II. Les paysans les plus aisés doivent avoir recours aux services de cabinets de conseil pour toucher les aides auxquelles ils ont droit… Quand ce ne sont pas des drones qui survolent leurs champs pour vérifier qu’ils appliquent scrupuleusement des règles toujours plus pointilleuses, ils doivent attendre de longues journées pour enfin être reçus par le préfet du département qui leur délivrera les autorisations nécessaires pour l’épandage. Infantilisés, suspectés comme s’ils étaient des délinquants, ils doivent se soumettre à de constantes tracasseries et de petites humiliations alors qu’ils n’arrivent parfois plus à se payer.

Nous avons pourtant une agriculture qui est parmi les plus vertueuses du monde, respectant des normes écologiques et d’hygiène très strictes. Certaines sont parfaitement justifiées, utiles pour protéger la santé des riverains d’exploitations, des consommateurs, mais aussi pour préserver l’environnement. D’autres, beaucoup trop nombreuses, témoignent d’une déconnexion totale entre la réalité du terrain et les décideurs politiques, parfois simplement motivés par la crainte des activistes écologistes et des ONG qui attaquent régulièrement des projets de retenues d’eau ou des stocks de semences dans l’indifférence la plus générale. Ces gens sont animés par une foi relevant de la religion, opposés à la science et à la recherche qu’ils diabolisent. Ils prônent un grand bond en arrière et le retour à une agriculture anachronique, demandeuse en main d’œuvre et d’un rendement insuffisant pour nourrir les Français à un juste prix. Ces partisans de la « décroissance » refusent de comprendre le monde dans lequel nous vivons et sont prêts à nous entrainer dans des crises de subsistance, à tirer un trait sur nos exportations. Notre agriculture sait pourtant trouver un parfait point d’équilibre entre la qualité et le rendement. Qui a condamné, parmi la classe politique, le saccage des semences de tournesol de la coopérative Arterris de Castelnaudary au début du mois de mars 2021 ? Les pertes se chiffraient pourtant en million d’euros.

Jérôme Bayle, éleveur de bovins en Haute-Garonne, l’expliquait très bien au micro de BFM TV : « Je veux bien protéger la nature, je le fais au quotidien. Mais une jonquille trouvée dans un champ vaut-elle de menacer l’existence de quatre exploitations familiales transmises de génération en génération ? » Non, aucunement. Dès le Néolithique qui a amené l’homme à se sédentariser, la nature a été domestiquée. Nous en avons fait un jardin ! Aux sources de l’agribashing qui mine ce secteur se trouvent parfois des mouvements proches de l’ésotérisme, tels que l’anthroposophie ou l’agroécologie de feu Pierre Rahbi dont la ferme expérimentale n’a jamais été rentable en elle-même… L’État ne doit plus se soumettre aux pressions de ces lobbyistes et écouter ceux qui savent comment faire fonctionner la machine, qu’ils soient agriculteurs traditionnels, en bio ou encore en agriculture raisonnée. Montesquieu disait qu’il aimait les paysans parce qu’ils étaient « trop peu savants pour mal raisonner ». Aujourd’hui, ils ont fait des études et sont bien plus savants que certains de nos sachants sans s’être départis du bon sens que leur prêtait le Bordelais.

Une myriade d’institutions publiques s’acharnent aussi à leur mettre des bâtons dans les roues. Elles sont adossées à un droit de plus en plus incompréhensible, semblant dépourvu de tout sens commun. En pleine révolte, le Haut conseil pour le climat a ainsi publié un rapport demandant aux agriculteurs de « poursuivre la décarbonation de la filière et d’accélérer sa transition ». Maladroit quand les professionnels expliquent ne pas arriver à suivre le rythme draconien que leur impose le « pacte vert ». Ils ne sont pas contre l’idée, étant eux-mêmes les premiers à déplorer le changement climatique qui complexifie un peu plus leur tâche, mais ils ne peuvent pas se « transformer » totalement sans perdre des revenus et en aussi peu de temps. Dans un même ordre d’idées, le journaliste Amaury Bucco a rapporté divers cas ubuesques de paysans traqués par la police de l’environnement qui a mené plus de 10 000 contrôles en France depuis 2022, souvent à la demande de l’Office français de la biodiversité. Il rapporte le cas de Jean-Pierre, éleveur de limousines depuis 30 ans, qui a été condamné après avoir manifesté sa colère. Les zélés agents publics l’empêchaient d’utiliser une source d’eau de son propre terrain… Au lyssenkisme des pseudo-scientifiques s’ajoutent les méthodes de la police soviétique décidée à appliquer à la lettre les dizaines d’arrêtés préfectoraux qui pourrissent la vie des ruraux.

Concilier l’inconciliable

Ce problème normatif qui concerne tous les Français et singulièrement les paysans n’est pourtant pas l’unique défi du secteur. Ils sont nombreux. Le premier d’entre eux est celui de la distorsion de la concurrence internationale. Il tient autant de la surtransposition des règles européennes par la France que de la philosophie commerciale et agricole de l’Union. Le libre-échange est un impératif logique dans le contexte qui est le nôtre. L’agriculture française ne peut pas tout produire, ne faire qu’exporter sans importer, et le tout en garantissant les prix bas qu’attendent les consommateurs et auxquels ils ont été habitués par la grande distribution. Certains traités bilatéraux peuvent d’ailleurs globalement profiter à notre agriculture. Longtemps présenté comme très risqué, le CETA n’a pas provoqué un afflux massif de bœufs canadiens. À dire vrai, il a plutôt profité à notre agriculture puisque nous exportons plus à destination de l’Amérique du Nord qu’autrefois sans que nos produits soient menacés sur notre marché intérieur. Nos atouts en ont bien profité, c’est-à-dire les produits laitiers et les vins et spiritueux, mais la filière bovine aussi.

Reste que cela ne se passe pas toujours bien. Le Mercosur suscite à juste titre une crainte, s’agissant d’un marché très peuplé qui produit dans des secteurs agricoles où nous serons moins concurrentiels avec des normes très différentes des nôtres, utilisant des méthodes proscrites par l’Union européenne. La France semble montrer la volonté de s’opposer à sa ratification. Concernant les produits importés issus de pays où le coût du travail est inférieur et les normes environnementales moins exigeantes, il existe des solutions et des choix à arbitrer. Faut-il protéger nos agriculteurs ou les livrer à la concurrence ? Faut-il produire différemment ? Il y a des alternatives possibles. Ces produits étrangers, hors fruits et légumes, sont principalement utilisés par les industriels pour les produits transformés. L’Union européenne nous permet d’afficher l’origine française d’une viande mais nous interdit depuis 2020 d’afficher l’origine étrangère. C’est honteux. Le consommateur a le droit de connaître l’origine géographique des produits qu’il consomme ainsi que leur mode d’abattage.

Si une barquette de poulet à la normande Findus affichait un drapeau brésilien pour le poulet avec la mention « abattage rituel » et un macaron espagnol pour les carottes, il n’est pas garanti que les acheteurs la prendraient en rayon. La commande publique et la restauration doivent aussi être impliqués. L’État a fait passer la loi Egalim, pour l’heure mal et insuffisamment appliquée comme l’a reconnu lui-même le ministre de l’Economie Bruno Le Maire, mais le service public n’achète pas uniquement en France la nourriture qu’elle donne dans ses cantines ! Quant aux restaurateurs, ils sont les premiers à acheter chez Metro des produits à l’étranger. Il faut plus les contrôler et attribuer des labels plus précis, ce qui passe aussi par une rééducation des Français au goût. Il est de bon ton de taper sur McDonald’s mais c’est un bon client des agriculteurs français alors que de nombreuses brasseries spécialisées dans l’assemblage plus que la cuisine nous servent de l’agneau néo-zélandais. Ça n’est pas souhaitable.

Il est illusoire de penser changer les règles du commerce mondial mais il est possible de s’y adapter et de rendre leur dignité à ceux qui nous nourrissent, en leur trouvant des débouchés commerciaux et en arrêtant de les contraindre. Nous devons aussi miser sur nos atouts et informer les consommateurs. Il n’est pas forcément beaucoup plus cher d’acheter chez un artisan que d’acheter des plats transformés quand on se penche précisément sur la question. Une carotte râpée maison a-t-elle un coût plus élevé qu’une carotte râpée Sodebo ? Non. Tout est une question d’équilibre. Les marchands et distributeurs, de la boulangerie de quartier aux hypers, ont aussi du mal à marger désormais. L’agriculture est symptomatique d’une France qui est plongée dans une crise économique rampante et majeure parce qu’elle a refusé de comprendre les règles du commerce mondial et qu’elle a enfermé tous les acteurs productifs dans une prison juridique et fiscale.

Les paysans français montrent la voie. Ils veulent tout simplement que l’État leur fiche la paix. Ils ne veulent pas vivre sous perfusion mais que le travail paie enfin. Comme nous tous. Nous avons affaibli considérablement notre industrie pour les mêmes raisons. Notre agriculture menace maintenant de sombrer.  Puis ce sera le tour de la construction, elle aussi étouffée par les normes. Et après ?

Mucha à Aix-en-Provence

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DR

D’Alfons Mucha, on connaît surtout les affiches — affiches de théâtre pour Sarah Bernhardt, affiches publicitaires pour les cigarettes Job ou Moët & Chandon. Mais en se rendant à l’hôtel de Caumont, à Aix-en-Provence, notre chroniqueur a découvert un autre Mucha, que de son propre aveu il connaissait moins bien. Profitons, ce n’est pas tous les jours que Brighelli avoue ne pas complètement maîtriser quelque chose…


« Mucha, maître de l’Art Nouveau », dit l’affiche. Et dès l’entrée, on trouve ce que l’on était en droit d’attendre : de jolies jeunes femmes peintes au milieu des guirlandes de fleurs.
Mais l’artiste austro-hongrois (il est né en Moravie, l’actuelle Tchéquie, en 1860) fut aussi un nationaliste passionné, et l’exposition de l’Hôtel de Caumont, à Aix-en-Provence, parcourt les diverses aires d’exercice de ce peintre surdoué, et ses divers sujets de prédilection.
S’il a commencé sa carrière dans son pays natal, c’est en venant à Paris en 1887 qu’il explose véritablement.
Il vit de travaux publicitaires, et se trouve par hasard, fin décembre 1894, dans l’imprimerie qui doit réaliser l’affiche de Gismonda, le drame de Victorien Sardou où joue Sarah Bernhardt. Elle vient, il est là, elle le sollicite : c’est ce que les anciens appellent le kairos, l’art d’utiliser sa chance, qui, comme on le sait, n’a qu’un cheveu qu’il faut se dépêcher de saisir.
La star (je sais, c’est un anachronisme, mais c’est très exactement ce qu’elle est) l’engage pour six ans. Il est définitivement lancé.

Les affiches de scène de Mucha sont bien là, Médée, La Dame aux camélias, Lorenzaccio, Hamlet — toutes à la gloire de la plus grande comédienne du temps. Et, dans la foulée, les grands panneaux décoratifs sur les Arts, les Fleurs ou les Heures du jour.
La révolution industrielle aidant, il gagne aussi sa vie en dessinant des publicités, par exemple pour les papiers à cigarettes Job, le PLM, les biscuits Lefèvre-Utile ou pour Moet & Chandon.

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De façon significative, il revient à des thèmes religieux — par exemple la magnifique Vierge aux lys. Les fleurs dont il a nourri ses toiles prennent alors un sens symbolique qui l’éloigne sérieusement des joliesses de l’art Nouveau.

Mucha est parti de Moravie en emportant à la semelle de ses souliers la terre de son pays. C’est là que l’exposition dévoile des toiles peu connues, dont le thème central est l’exaltation des Slaves : il retourne en Bohème, au château de Zbiroh, et peint L’Epopée slave. La toile finale, Les Slaves au service de l’humanité, est grandiose, et s’éloigne du style décoratif auquel on voudrait réduire Mucha, qui dessine billets de banque et timbres-poste pour le tout nouvel État Tchécoslovaque.

Il s’agit alors d’une peinture réellement politique. Voir l’étonnant tableau Le Baiser de la France à la Bohème (1919), qui nous rappelle combien notre pays était lié aux nations d’Europe centrale — une très vieille amitié que quelques bombes larguées par l’armée française sur Belgrade en 1999, pour complaire aux Allemands et aux Américains, ont fait éclater en morceaux.
Lorsque les Nazis entrent à Prague, en mars 1939, ils se hâtent d’arrêter Mucha — slave et franc-maçon. La Gestapo l’interrogera trois semaines durant, ce qui n’améliorera pas sa pneumonie. Libéré, il meurt le 14 juillet. L’Église lui refuse tout enterrement chrétien, parce qu’il est franc-maçon, et il est balancé dans une fosse commune.
Restent heureusement les œuvres, que les barbares n’ont pas brûlées. Un oubli, sans doute.

Transportez-vous donc jusqu’à Aix-en-Provence, il fait beau dans le Midi, il fait chaud, l’hôtel de Caumont (rue Joseph Cabassol, à deux pas du Cours Mirabeau) est une petite merveille du XVIIIe siècle admirablement restaurée, ce sera l’occasion de flâner de façon intelligente. Et l’expo est ouverte jusqu’au 24 mars.

Catalogue Mucha, maître de l’Art Nouveau, 192 p.