Étonnante audience hier devant la 17e chambre, où Roman Polanski poursuivi en diffamation par l’actrice britannique Charlotte Lewis était jugé pour des propos tenus lors d’une interview accordée à Paris Match le 12 décembre 2019. En réponse à une question des journalistes, au sujet des accusations de viol portées contre lui par plusieurs femmes, dont Charlotte Lewis, il répond qu’il s’agit d’un « mensonge odieux » – propos non poursuivi –, et il ajoute :« Voyez-vous, la première qualité d’un bon menteur, c’est une excellente mémoire. On mentionne toujours Charlotte Lewis dans la liste de mes accusatrices sans jamais relever ses contradictions. » Et il rappelle certains propos de Charlotte Lewis dans plusieurs interviews, dont une interview de 1999, traduite et republiée en 2010 par la revue La Règle du jeu lorsqu’elle lance ses accusations. Les journalistes insistent, l’interrogeant sur l’intérêt qu’aurait à son avis Charlotte Lewis de l’accuser à tort. Il répond : « Qu’est-ce que j’en sais ? Frustration ? ll faudrait interroger des psys, des scientifiques, des historiens. Que sais-je ? » Tels sont les propos poursuivis. Un peu plus tard dans l’interview, Roman Polanski précise, concernant Charlotte Lewis, qu’il ne souhaite nullement en découdre, qu’au contraire il la voudrait « hors de sa vie ».
Quelle était la question que posait ce procès ? Intervenant après une déposition passablement embrouillée de l’actrice, truffée de contradictions et de mensonges pathétiquement visibles (ainsi a-t-elle prétendu qu’elle n’avait eu connaissance de l’interview, rémunérée 35 000 euros, qu’elle avait accordée en 1999 à News of the World, qu’en 2010 !), et la longue déposition du témoin de la défense Stuart White, journaliste auteur de l’interview à News of the World citée par Roman Polanski à l’appui de ses propos, la procureure l’a rappelé : « La question n’est pas de savoir si Roman Polanski a commis ou non les faits dénoncés par Charlotte Lewis. Elle n’est pas non plus de savoir si l’on doit ou non accorder du crédit à News of the World. Elle est de savoir si Roman Polanski a fait un usage disproportionné de sa liberté lorsqu’il a tenu les propos qui lui sont reprochés ». Elle a clairement laissé entendre ses doutes quant au caractère juridiquement diffamatoire de ces quelques mots du cinéaste dans le cadre de cette longue interview, et n’a par conséquent pas requis sa condamnation. Elle a également pointé, avec délicatesse mais sans hésitation, la confusion de la déposition de Charlotte Lewis, disant également ne pas bien saisir ce que la plainte reprochait exactement à Roman Polanski.
On ajoutera, ce que la défense a plaidé avec force, que la question implicite soulevée par ce procès, fondamentale en réalité, était la suivante : est-il légitime, à l’ère de la toute-puissance médiatique de #MeToo, et du mantra « Victimes on vous croit ! », qu’un homme accusé dans les médias de faits graves se défende publiquement ? Lorsque le prétendu « prédateur » est un homme connu, doit-il s’interdire de dénoncer comme mensonges des allégations, données sans preuves pour des vérités, quand la possibilité de les réfuter dans un procès équitable est rendue caduque par la prescription ? La « libération de la parole » doit-elle impérativement avoir pour corolaire de frapper d’interdit toute parole publique d’un mis en cause – sauf des actes de contrition publique, seule parole acceptable, c’est la tendance du moment, quand bien même le mis en cause sommé de s’auto-incriminer ne serait-il coupable de rien sinon d’être accusé ?
Maître Benjamin Chouai pour Charlotte Lewis, en dépit du salutaire rappel juridique de la procureure, et sans doute faute d’arguments consistants pour plaider une intolérable diffamation, s’est obstiné à se tromper de procès tout en déniant le faire. Il a commencé avec emphase par dire son « intime conviction » (ah oui ? so what ?) que Roman Polanski avait violé Charlotte Lewis en 1983. Il s’est ensuite employé, faisant feu de tout bois (y compris de la nouvelle Jeanne d’Arc de #MeToo, Judith Godrèche), à jeter avec application des boules puantes sur le cinéaste. Il l’a présenté sans rire comme un « puissant » qui, avec son argent avait « les médias à sa main » et n’avait de cesse d’user d’un tribunal médiatique à ses ordres – peut-on concevoir affirmation plus grotesque, pour peu qu’on ait une petite idée du rapport des médias à Roman Polanski, cela depuis l’assassinat de son épouse Sharon Tate en 1969 ? Roman Polanski ? Un être malfaisant en somme, qui de surcroît « faisait témoigner la fillette (sic) qu’il avait violée » en 1977 – une attestation de Samantha Geimer en faveur de Roman Polanski figurant dans les pièces de la défense. En résumé, Polanski aurait orchestré, avec le concours des médias obéissants, un complot (« mais je ne suis pas complotiste », assure Maître Benjamin Chouai) contre Charlotte Lewis. Pourquoi ? Pour la salir, bien sûr. Pour quel bénéfice ? La question ne sera pas posée… Là s’est démontrée, de façon flagrante, l’inversion caractérisée de la situation – car c’est en réalité Polanski, que l’on couvre de boue depuis tant d’années –, que la partie civile voudrait faire avaliser par le tribunal. Avec en prime une condamnation qui vaudrait « preuve » que Polanski a effectivement violé Charlotte Lewis. Grossièrement et pitoyablement retors.
Aussi confus que sa cliente, Maître Benjamin Chouai, à bout de ressources argumentatives mais pas d’armes sales, ira même jusqu’à accuser la défense de subornation de témoin – une accusation particulièrement grave, s’indignera Delphine Meillet, relevant au passage une perle de son confrère, qui parle de « subordination » de témoin ! –, au sujet de la rétractation de Karen Smith, à qui Charlotte Lewis avait extorqué un faux témoignage sur ce prétendu viol, comme le démontrera Maître Delphine Meillet dans sa plaidoirie habitée autant qu’implacablement logique. Un « viol », soit dit au passage, dont tout à la fois Madame Lewis prétend l’avoir dénoncé le lendemain à Karen Smith, et n’avoir compris qu’il s’agissait d’un « viol » que des années plus tard. Allez y comprendre quelque chose.
Maître Alain Jabukowitz, dans une plaidoirie brillante et juridiquement irréfutable, après avoir pointé l’absurdité de ce procès – un peu de bon sens ne saurait nuire en effet –, démontre à la Cour et à l’auditoire que la « souplesse » (un euphémisme) en matière de liberté d’expression issue de la jurisprudence de la Cour de cassation dans les affaires Brion contre Sandra Muller et Pierre Joxe contre Ariane Fornia doit valoir comme un principe général, et non au seul bénéfice de femmes qui accusent des hommes alors réduits au silence, puisque leurs plaintes en diffamation ne peuvent plus guère aboutir. Le champ libre – sinon le blanc-seing – laissé à des dénonciations publiques tous azimuts, au mépris de la présomption d’innocence (il est vrai que « la justice doit cesser de brandir l’argument de la présomption d’innocence, qui est lâche », selon la « victimologue » Muriel Salmona), est un fait jurisprudentiel. Le propos d’Alain Jabukowicz dans sa plaidoirie n’est ni de s’en féliciter, ni de le déplorer. Il en prend acte, et signale qu’on voit mal au nom de quel principe cette nouvelle donne ne pourrait bénéficier à son client.
Maître Delphine Meillet, avec passion et clarté, évoquant pour commencer la solitude de Roman Polanski, a offert une plaidoirie limpide et admirablement argumentée, que tous devraient aujourd’hui méditer. Elle a puissamment démontré les contradictions incessantes, les manipulations, l’opportunisme, et les mensonges de Charlotte Lewis, à qui ne s’applique même pas, a-t-elle dit, « la métaphore de l’horloge détraquée » qui au moins deux fois par jour marque l’heure juste. Elle a méthodiquement mis en pièces les faux arguments de Maître Chouai, dit aussi, sobrement, son dégoût pour le bric-à-brac ridicule des « preuves » que Polanski serait un salace amateur de fillettes pré-pubères. Elle a également fait une mise au point indispensable sur l’infraction jadis commise par Roman Polanski lors de l’épisode Samantha Geimer – non pas un viol, mais une relation sexuelle illicite avec une mineure –, pour laquelle Polanski a plaidé coupable et a été sanctionné, au-delà même de la peine qu’il a purgée en Californie si on prend en compte son emprisonnement en Suisse en 2009.
Enfin, avec un courage rare, elle a osé mettre en cause le « contexte étouffant de #Metoo, où le témoignage public a valeur de preuve, qui a valeur de vérité ». Un blasphème par les temps qui courent ? Elle s’est à juste titre insurgée contre le dévoiement inflationniste du sens des mots : Charlotte Lewis qualifie de « second viol » les propos de Roman Polanski ; ou récemment Jacques Weber qui, après avoir signé un soutien à Gérard Depardieu, s’abaisse piteusement à dire que sa signature était un « autre viol » pour les « victimes ».
Delphine Meillet, il faut le rappeler, avait été l’initiatrice de la tribune consécutive aux César 2020, dans laquelle 114 « sopranos du barreau » avaient mis en garde contre une « inquiétante présomption de culpabilité » qui s’invitait dans le débat public en matière d’infractions sexuelles1. Elle n’a pas dévié de son intégrité juridique et morale, sa plaidoirie inspirante en est le signe le plus lumineux.
Ce procès n’était certes pas le procès de #MeToo. Mais il a été celui, emblématique à l’évidence, où l’on a pu enfin débattre de la liberté et du droit d’un homme de se défendre lorsqu’il est jeté en pâture aux médias. Un tournant ?
Délibéré le 14 mai.
Elisabeth Lévy – « Metoo : il faut des règles strictes contre le pilori médiatique ! »
Lundi 26 février 2024, Gérald Darmanin ouvrait la deuxième session du FORIF, et appelait à la création d’un «statut de l’imam» en France. Qu’est-ce que le FORIF, et quelles sont donc ces mesures promises par notre ministre de l’Intérieur la semaine dernière à cette occasion? Céline Pina fait le point. Propos recueillis par Martin Pimentel.
Causeur. Céline Pina, qu’est-ce que ce fameux FORIF ?
Céline Pina. Le FORIF, Forum pour l’Islam de France, c’est le clou du cercueil du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM), un comité Théodule à l’état gazeux ! Autant le CFCM témoignait de l’hubris de Nicolas Sarkozy qui a cru qu’il pouvait créer ex-nihilo un islam français et a offert une rampe de lancement aux Frères musulmans en y installant l’UOIF (aujourd’hui Musulmans de France), autant le FORIF fait semblant de reprendre cette ambition mais signe surtout l’impuissance de l’Etat. Défini comme un « espace de discussion » destiné à accoucher d’un islam de France, il a un seul mérite : l’échec prévisible de toute tentative de réforme pourra être attribué aux imams et leaders communautaires…
Drôle de truc… Et quelles sont les mesures annoncées par Gérald Darmanin, lundi dernier, lors du lancement de sa deuxième session ?
Je vais y venir. Le problème, c’est que la première stupidité est d’avoir cru que des politiques laïques allaient pouvoir influer sur l’identité d’une religion gagnée par la radicalité et utilisée comme un facteur de déstabilisation des pouvoirs temporels. Le nouveau machin (au sens gaullien du terme) réussit l’exploit de poursuivre les mêmes buts impossibles que le CFCM, avec encore moins de moyens pour y parvenir. Mais Gérald Darmanin et Emmanuel Macron, après avoir liquidé le CFCM, avaient besoin de faire croire qu’un islam de France était possible, cela alors que cette religion pose aujourd’hui des problèmes dans le monde entier. En Europe, l’islam est à la fois de plus en plus revendicatif et agressif, mais aussi de plus en plus rejeté et considéré comme incompatible avec les principes de libertés fondamentales, d’égalité ou de laïcité de nos sociétés ouvertes. Ce fossé qui est en train de se creuser a abîmé la cohésion sociale, et le gouvernement, qui pense qu’une partie de l’édifice de la société est en train de s’écrouler, craint de ne pouvoir contenir ni l’offensive islamiste ni une réplique identitaire violente. Il essaie de donner des gages à tout le monde et finit par ne montrer qu’incohérence et faiblesse. Le FORIF parle du rêve immature d’un président français qui croit qu’il va régler la mainmise de l’islam politique sur l’islam en multipliant les instances aussi inutiles que mal conçues. Le FORIF est donc né d’un double constat, l’un avoué, l’autre inavouable. Le tout est destiné à mettre les deux têtes de gondole de la République en posture de héros de la souveraineté, empêchant les ingérences des pays étrangers sous couvert de chasser les imams détachés.
Lancement du 2ème Forum de l’Islam de France (FORIF). Conformément aux instructions d’@EmmanuelMacron, le ministère @Interieur_Gouv accompagne les travaux du FORIF, qui réunit les musulmans de notre pays, réunis pour travailler sur des projets concrets ⤵️ pic.twitter.com/saBELfur2P
Le constat avoué est celui qui conduit à la suppression de ces imams au nom des jeux d’influence entre l’Algérie, le Maroc et la Turquie. Ceux-ci ont paralysé l’institution CFCM et en ont fait un relais de l’islam consulaire. L’islam devenait le moyen par lequel les pays d’origine gardaient un œil sur leurs ressortissants et essayaient d’empêcher toute intégration réelle. Ça c’est ce qui est avouable, mais Gérald Darmanin se garde bien de rappeler le triste épisode du refus de signer la charte de l’islam de France qui a amené à la rupture entre le CFCM et les pouvoirs publics. En effet, cette histoire a révélé que le CFCM était en partie gangrené par l’islamisme des Frères musulmans notamment – mais pas que. Ce qui était inévitable à partir du moment où Nicolas Sarkozy a laissé entrer l’UOIF (aujourd’hui rebaptisée « Musulmans de France ») dans le CFCM. Pour faire oublier notre grande capacité à produire de l’islamiste et du jihadiste en culture locale, Gérald Darmanin essaie donc d’ancrer l’idée que si l’islam pose problème, c’est parce qu’il est téléguidé par les pays étrangers. Donc en créant une instance de dialogue où les intervenants sont choisis par les préfectures, on essaie de faire croire que seule l’ingérence des pays étrangers est un problème dans l’islam en France et on nie le fait que nombre de musulmans les plus sous influence de l’islamisme sont des jeunes nés en France et que la plupart de ceux qui tuent en hurlant Allah Akbar ont des cartes d’identité françaises ou belges.
La vérité est que les pouvoirs publics veulent reproduire ce qui a été fait avec le catholicisme et le judaïsme en oubliant que ces religions sont très structurées, organisées et hiérarchisées. Rien de tout cela en islam où n’importe qui peut s’autoproclamer imam et où ce sont aujourd’hui les islamistes qui donnent le ton. Or cet islam politique est violent, haineux et totalitaire et il fait de l’Europe un territoire à conquérir. Le problème est qu’il séduit une partie de la jeunesse. Et ce n’est pas par son côté « spirituel ». Ces gens croient à la pensée magique, ils n’ont pas de quête d’élévation ; ce qui les nourrit, les fascine et les motive c’est l’ultra-violence et le pouvoir qu’elle confère. Pourquoi le Hamas a-t-il filmé le crime contre l’humanité commis le 7 octobre ? Parce que c’est un film publicitaire et que son public voit l’inhumanité comme un signe de virilité et un marqueur de puissance, la preuve de la validation divine d’une action. Et la population de Gaza ne s’y trompe pas qui a accueilli en héros des monstres qui trainent les corps ensanglantés de jeunes filles juives à l’arrière de leur pick-up. Quand une religion doit se battre contre ces démons-là, on ne l’aide pas en niant ce que tout le monde voit : le monde musulman a du mal à résister à l’offensive islamiste. De ce fait, ce type d’organismes est rapidement noyauté et celui-ci ne devrait pas échapper à la règle car les préfectures peuvent être très naïves sur le danger islamiste.
Pour en revenir aux mesures annoncées par Gérald Darmanin, elles vont du vœu pieu au tordage de bras en ce qui concerne les banques. Le FORIF est censé répondre à des préoccupations concrètes et en premier lieu à la question de la formation des imams en France. Sauf que la réalité est qu’aujourd’hui cette formation est dans la main des Frères musulmans. L’institut de formation de Château-Chinon comme celle de Saint-Denis sont des lieux de diffusion de l’idéologie fascisante de l’islam politique. Tout le monde le sait, rien n’est fait contre et on ne voit pas tellement comment cela pourrait changer. Les financeurs de ce genre d’activité, dans le monde musulman, faisant partie des pires intégristes (Qatar, Arabie saoudite…). Gérald Darmanin a ensuite fait une longue tirade victimisante sur les actes anti-musulmans. Oubliant de préciser que l’islam est la religion la moins attaquée en France et que le différentiel des actes anti-musulmans avec les actes anti-juifs et anti-chrétiens est énorme. Les Juifs qui représentent 0,6% de la population sont violemment attaqués et on a recensé plus de 2000 actes antisémites en 2023. Les actes anti-chrétiens tournent autour d’un millier par an et cette année, même avec une augmentation de 30%, on compte 242 actes anti-musulmans. La question qui n’est jamais posée parce que la réponse dérange est : « qui commet le plus d’actes anti-religion ? quel est le profil que l’on rencontre le plus souvent ?» Eh bien ce ne sont pas des commandos d’athées et dans le cas des Juifs, l’antisémitisme arabo-musulman est à juste titre pointé du doigt. Mieux vaudrait mettre la communauté musulmane face à cette réalité plutôt que la victimiser, alors que les chiffres disent le contraire et qu’elle fournit un gros contingent aux agresseurs. Quant aux aumôneries, dont il faut rappeler qu’elles concernent aussi l’armée, il faut espérer du discernement dans le recrutement. L’islam politique étant séparatiste et faisant de l’opposition aux principes, valeurs et lois occidentales, la base de l’affirmation de soi, mieux vaut veiller à ce que les aumôniers musulmans soient républicains. Ce qui impose d’en rabattre sur certains fondamentaux de l’islam : le refus d’accorder l’égalité aux femmes, mais aussi la prééminence des musulmans sur tous les autres et le statut inférieur accordé aux chrétiens et aux juifs… Tout cela est fort complexe et au vu de la naïveté et du manque de courage de nos dirigeants, ces orientations peuvent se révéler plus problématiques que le conte pour enfants servi par Gérald Darmanin dans son discours d’inauguration du FORIF. Finalement ce qui a vraiment fonctionné, c’est la décision de tordre le bras aux banques pour qu’elles acceptent de financer des édifices cultuels islamiques. Pendant qu’elles continuent à refuser les prêts aux particuliers et aux entreprises qui, elles, sont utiles au pays ! L’autre point qui devrait fonctionner est la multiplication des dérogations visant à ce que l’Etat finance en partie un culte dont une partie non négligeable des croyants assume son séparatisme. Ne fonctionne donc que ce qui dépend de l’Etat, au détriment de la laïcité, tandis que les représentants de l’islam consulaire et de l’islam politique ont avec le FORIF un nouveau jouet pour obtenir de l’Etat plus de financements pour leur religion. Pourquoi de tels choix ? Au nom de la croyance qu’en montrant l’acceptation de l’islam dans toutes ses dimensions et en favorisant l’accès au culte, la population musulmane trouvera sa place en France, la violence diminuera et tout rentrera dans l’ordre. Or toutes les études montrent que cette vision des choses n’a finalement abouti qu’à renforcer l’emprise islamiste et notamment celle des Frères musulmans, des wahhabites et des salafistes. Une emprise qui a pour but de construire un ennemi de l’intérieur. On ne voit pas comment le FORIF va remédier à cette réalité. Pourtant c’est elle qui inquiète les Français et explique la puissance de l’extrême-droite.
La fin des imams détachés, c’est tout de même toujours ça de pris, non ?
Cela n’a pas beaucoup d’importance. En effet cela compterait si les imams détachés étaient séparatistes, et si la France avait la capacité de former des ministres du culte républicain. Il y aurait donc un véritable gain. Mais je crains que les imams formés sur notre sol soient pires que ceux importés. En effet, la formation d’imam est largement entre les mains des islamistes en France. L’IESH (à Château Chinon et Saint-Denis), appelée pompeusement Institut Européen des Sciences Humaines pour faire oublier sa dimension religieuse est dans la mouvance des Frères musulmans, la Mosquée de Paris n’est pas très claire non plus sur ces formations. Rappelons que son recteur Chems Eddine Hafiz n’est ambigu que pour ceux qui vivent d’indulgence et d’aveuglement, un étrange dérapage au moment de la tentative d’assassinat de Salman Rushdie a dévoilé une facette du recteur qui fleurait bon la taqiya. Bien sûr le recteur n’a pas participé à la marche contre l’antisémitisme après le pogrom du 7 octobre et, alors que les juifs étaient massacrés, il a passé son temps à victimiser les musulmans. L’homme est surtout à la main d’Alger où le pouvoir bâtit sa légitimité sur la haine de la France, l’accusation de colonialisme et des liens de plus en plus ambigus avec les islamistes. Inutile de dire que compter sur de tels profils pour fabriquer des imams républicains est illusoire. L’IESH est soutenu notamment par des financements du Qatar, allié des Frères musulmans et soutien du terrorisme. Youssef Al Qaradawi, l’éminence grise des Frères musulmans, admirateur d’Hitler, soutien du jihad armé et théologien violent et obscurantiste y avait présidé la première remise de diplôme en 1992. Rien de tout cela n’est ignoré. En 2020, Le Parisien avait indiqué que l’IESH était défavorablement connu des services de renseignement comme diffusant un islam radical. Or depuis tout ce temps rien n’a été fait… L’autre vecteur de formation des imams, l’institut Al Ghazali dépend de la Grande Mosquée de Paris, laquelle est revendiquée par l’Algérie comme un facteur d’influence. Au sein de cette institution s’affrontent les islamistes et les tenants de l’islam consulaire mais personne ne songe à y élaborer un islam de France compatible avec nos lois, mœurs et culture. Bref une fois de plus on promène les Français en leur faisant croire qu’il y a un moyen de créer un islam de France alors que dans les faits seuls les islamistes sont en situation de le faire. Or eux sont idéologiquement formatés pour faire en sorte que jamais l’islam ne se sécularise et qu’il ne puisse ainsi jamais être compatible avec notre culture. Eux sont plutôt dans l’objectif de créer une cinquième colonne dans les pays européens, pas de permettre une pratique religieuse apaisée.
Pourtant, en annonçant ses nouvelles mesures pour l’islam la semaine dernière, le ministre de l’Intérieur a estimé que l’islam était une religion « comme les autres » dans notre pays. Elisabeth Lévy ne semble pas partager cet avis. Qu’en pensez-vous ?
Elisabeth Levy a notamment dit dans l’éditorial que vous évoquez que « l’islam sera une religion comme les autres quand on pourra le critiquer, se moquer de son prophète, le caricaturer sans avoir peur de prendre un coup de couteau ou une rafale de kalachnikov ». Elle a parfaitement raison et je n’ai rien de mieux à dire. Si l’islamisme est la version totalitaire de l’islam, cumulant ainsi violence totalitaire et dogme religieux, il n’en reste pas moins que l’islam est un système législatif qui, via la charia, est la base du droit des pays musulmans. Or la société que l’islam induit n’est pas compatible avec la nôtre car elle en rejette les fondamentaux : l’égalité entre les hommes n’existe pas en islam, la femme y est infériorisée et les croyants des autres religions sont traités en dhimmis (ils sont inférieurs, n’ont pas les mêmes droits que les musulmans et doivent faire profil bas ou payer un tribut pour avoir le droit de vivre en terre musulmane) ; les libertés fondamentales n’y sont pas garanties : le blasphème empêche la liberté d’expression et la liberté de conscience. L’appartenance religieuse est obligatoire : quand on est né dans une famille musulmane, refuser l’appartenance à l’islam peut être puni de mort (refus de l’apostasie), changer de religion également et être athée peut vous mettre en danger. Or ces situations ne sont pas des caractéristiques de l’islamisme mais de l’islam. La rédactrice en chef de Causeur a aussi raison quand elle dit que les études montrent qu’un tiers des musulmans et la majorité de la jeunesse musulmane sont travaillés par des forces séparatistes. Le problème n’est pas marginal. L’islam est aussi la seule religion au nom de laquelle on agresse et on tue partout dans le monde. Il existe bien sûr des musulmans sécularisés et qui ont trouvé leur place en France. C’est une certitude et cela doit être rappelé, mais l’islam n’est pas aujourd’hui une religion comme les autres. Les politiques le savent mais le dire est un tabou tant la société est divisée et tant la méfiance monte contre cette religion. Ce qui n’est pas irrationnel eu égard aux attentats et aux violences que notre sol a subis et subit encore.
Alors que Jordan Bardella lançait se campagne dimanche à Marseille, et qu’il a plus de 10 points d’avance sur la liste de la majorité, la macronie utilise les positions passées du RN sur la Russie pour le contrer. Est-ce que les postures politiciennes fermes que prend Gérald Darmanin vis à vis du « séparatisme » peuvent aider l’exécutif à ne pas connaitre une débâcle électorale ? M. Darmanin demeure-t-il un bon atout « droitier » pour séduire l’électorat inquiet vis à vis de l’islamisation du pays ?
Nous sommes en campagne, il est de bonne guerre d’exploiter les failles de l’adversaire. Le problème c’est que la macronie doit aussi gérer les sorties intempestives d’un président de la République souvent en roue libre. Sa sortie sur l’envoi de troupes en Ukraine a surtout fait peur à sa propre population et sa reculade quelques jours après ne contribue pas à affermir sa crédibilité face à Vladimir Poutine. Imaginez une danseuse face à un grizzli, croyez-vous que celle-ci repartira avec un manteau de fourrure ou que l’ours va faire un bon repas ? Renaissance risque assez rapidement de devoir gérer ses propres limites face à la Russie. D’autant que si la menace est réelle pour l’Europe, elle fait pour le moment moins peur que l’islamisme. Tout simplement parce qu’il n’y a pas de communauté russe séparatiste, commettant des attentats sur le sol européen. La menace est encore lointaine et si elle est réalisée en Ukraine, les habitants de l’Union européenne pensent que l’ours russe est encore loin d’eux. Là où la macronie n’a pas tort d’appuyer, et là où le bât blesse, c’est que la dépendance à une puissance étrangère est une question de souveraineté, et que la Russie n’est pas notre alliée. Elle est plus proche des Etats financeurs du terrorisme et de l’islamisme. Les deux menaces peuvent donc très bien se conjuguer. Reste à savoir quel impact cela aura sur l’électeur qui aujourd’hui ne parait pas très motivé par l’ouverture de la campagne des Européennes et a sans doute plus entendu la désastreuse sortie d’Emmanuel Macron que les accusations portées contre Jordan Bardella. Pour le reste, les postures politiciennes fermes de Gérald Darmanin ont surtout pour objet de booster la carrière de Darmanin Gérald et d’en faire le futur candidat de l’extrême-centre ou d’une union entre droite et macronie dans le cadre de la prochaine présidentielle. Que peut-il faire d’autre avec un président dont le « en même temps » marque l’absence de ligne directrice, de vision et de courage, qui comme la femme d’Ulysse défait la nuit ce qu’il tisse le jour ? Le ministre de l’Intérieur se consacre donc à ses ambitions et à son destin. Pour le reste bien sûr que ces postures ont aussi pour vocation de limiter la casse électorale. Ce qui n’est pas idiot. La macronie est un râteau. Vouloir être et de droite et de gauche, cela veut dire n’avoir aucune profondeur de champ, être inconstitué au point de pouvoir suivre tous les vents, comme une feuille morte. Cela impose un devoir d’inconsistance qu’Emmanuel Macron accomplit à merveille, mais nécessite la mise en avant de personnalités plus typées pour que les deux côtés du râteau puissent croire qu’ils impriment leur marque en sous-main. Pour la droite, Gérald Darmanin fait parfaitement le job. Mais l’homme est un village Potemkine, une façade de fermeté qui masque une réalité assez piteuse. Ainsi on se gargarise d’avoir fait expulser les imams Iqioussen et Mahjoubi, mais personne n’est en mesure de régler la question de la formation des imams entre les mains des Frères musulmans, la reconduite des OQTF est toujours aussi ridicule, le flux des migrants ne diminue pas, l’emprise islamiste sur la jeunesse musulmane s’étend et s’approfondit, les meurtres aux cris d’Allah Akbar deviennent monnaie courante, le nombre de mosquées intégristes s’étend et la capacité de la police à contrôler les mosquées reste dérisoire. Quant aux associations de gestion qui font venir ces imams et sont les maillons de l’islamisme autant que les imams, elles échappent à tout contrôle et à toute responsabilité. Or chasser Iqioussen ou Mahjoubi sans demander des comptes aux associations de gestion, c’est un peu comme faire tomber le tueur à gage sans inquiéter ses commanditaires, il suffit d’en recruter un autre, plus habile… La réalité montre qu’aucun travail n’est mené en profondeur alors que la menace islamiste grandit. Les Français de confession musulmane sécularisés, ceux qui adhèrent au mode de vie occidental et détestent les islamistes, sont pris en étau entre la montée de l’influence radicale et la lâcheté des sociétés occidentales. Les autres se sentent abandonnés. A ce titre, utiliser Gérald Darmanin pour faire croire que le pouvoir est prêt à combattre le rêve d’islamisation du pays que porte l’islam politique n’est pas bête mais risque de constituer une énième promesse trahie, une nouvelle manipulation cynique. Or en méprisant les demandes de son peuple, Emmanuel Macron se fait le meilleur agent électoral de Jordan Bardella. Et contre cela Gérald Darmanin ne peut pas grand-chose.
Le gouvernement entend soutenir une proposition de loi d’un parlementaire proche d’Edouard Philippe qui veut créer un malus sur les produits de la «fast-fashion» – ces vêtements à vil prix vendus par des marques comme Shein, Primark ou Temu. Nous ne sommes plus à ça près : on disait déjà aux consommateurs français quelles voitures ne plus acheter, quel logement énergivore ne plus louer ou ce qu’il ne faut plus manger avec le Nutriscore… Mais cela ne résout pas un autre problème : si l’industrie du luxe se porte à merveille, le secteur du prêt-à-porter français s’enlise dans une grave crise économique.
La « fast fashion» se trouve présentement sur le banc des accusés, ciblée par deux propositions de loi visant à pénaliser financièrement les principaux acteurs du secteur et à leur interdire d’émettre des publicités. La première proposition de loi a émané de la députée Anne-Cécile Violland. Elle sera défendue le 14 mars lors de la niche parlementaire du groupe Horizons. Elle vise la plupart des enseignes de « fast fashion », qu’il s’agisse de groupes asiatiques ne vendant qu’en ligne tels Shein ou Temu, ou de groupes possédant des magasins physiques, à l’image de l’Espagnol Inditex (Zara), des Suédois d’H&M ou des Irlandais de Primark. Peu après, le député Les Républicains Antoine Vermorel a lui aussi annoncé sa volonté de déposer une proposition de loi allant dans le même sens. Toutefois, certains de ses arguments semblent manquer le tir.
Cherchant à « démoder la fast fashion », le député de la Loire affirmait ainsi il y a quelques jours que Shein « détruit la filière textile française sans créer un seul emploi ». S’il est exact que Shein et les groupes comparables ne créent pas de travail sur le sol français, le prêt-à-porter français est pour sa part en crise depuis déjà plusieurs décennies et n’a pas eu besoin des entreprises asiatiques de e-commerce pour péricliter.
Le Sentier de la gloire, de l’histoire ancienne
Des marques ayant eu naguère pignon sur rue font désormais la queue au Tribunal de Commerce de Paris, toutes menacées de procédures de liquidations judiciaires. On y trouve des spécialistes du prêt-à-porter féminin comme Kookaï, Naf-Naf et Pimkie ou des marques d’habillement pour enfants, comme Du Pareil au Même et Sergent Major qui tous sont récemment venus grossir les rangs des déficitaires. Inquiète, la Ministre des petites et moyennes entreprises et du Commerce Olivia Grégoire déclarait l’an passé qu’ « à force de dire que l’habillement va mal, il (risquerait) d’y avoir un vrai sujet autour des financements de ces sociétés ».
Pourtant, ce déclin est ancien et s’est amorcé au tournant des années 1980 avec la concurrence des productions asiatiques rendue possible par la mondialisation. Il s’est simplement accéléré depuis les années 2000 avec la montée en puissance des rouleaux-compresseurs de la fast-fashion, comme Zara et H&M. L’arrivée sur le marché de l’habillement du e-commerce, comme Shein ou Temu, n’est que la goutte qui fait déborder le vase.
Mais quand les parlementaires ou le ministre de l’Écologie Christophe Béchu demandent aux Français d’acheter moins de vêtements, ils croient déshabiller Shein et Zara… mais ils ne rhabillent pas Kookaï ! Pourtant, la concurrence a ses vertus et devrait normalement pousser les entreprises à innover, à se repositionner, à repenser leur modèle industriel. D’ailleurs, certaines enseignes françaises se portent très bien : ainsi, Petit-bateau, Célio et Jules ont su, chacune à sa manière, se développer et conquérir de nouveaux marchés avec des choix stratégiques et des positionnements marketings intelligents.
La maille française cherche la faille
Il n’y a donc aucune fatalité, à condition que les entreprises françaises ne s’enlisent pas dans des images de marque et des modèles économiques dépassés. Après tout, regardons les chiffres : Shein, Temu et Amazon n’ont totalisé « que » 4% des ventes globales de textile pour l’année 2024 en France. Leur attractivité tient avant tout dans le prix et dans leur capacité à livrer rapidement.
Pour survivre à cette féroce concurrence, les groupes français doivent trouver la faille et se distinguer avec des produits attractifs, des marques fortes et repenser la visite en boutiques. Car c’est finalement le nœud gordien du défi posé par les entreprises en ligne : pour concurrencer les achats sur sites web désormais possibles depuis smartphone, il faudra une bonne raison au consommateur de se rendre en magasin.
Interrogé sur le sujet dans le Républicain Lorrain, Gildas Minvielle, directeur de l’Observatoire de la mode, déclarait d’ailleurs que la crise du textile français n’était pas une fatalité : « Plutôt que de fatalité, je préfère parler de correction qui malheureusement est en cours et dont la fin est très difficile à estimer. Cette correction se fait actuellement par rapport à la période des années 2000 à 2020, durant laquelle il y a eu sans doute trop d’ouvertures de magasins et d’enseignes. Le tournant d’internet a peut-être été mal géré par certains et la stratégie conduite face à l’arrivée de nouveaux acteurs n’a sans doute pas été la bonne. Mais en tout cas, la crise actuelle du secteur n’est pas une fatalité. Ce mot ne convient pas. Car il y a quand même des succès dans la mode ». Le prêt-à-porter français peut encore habiller l’hexagone et le monde. Il faudra qu’il innove pour y parvenir.
Une étude contredit le discours des militants trans
Ces dernières années, dans les pays occidentaux, les cas de dysphorie de genre se sont multipliés. De plus en plus de mineurs, ou de jeunes adultes, disent ne pas se reconnaître dans leur sexe de naissance et se sentent appartenir au sexe opposé.
Si tu doutes, abstiens-toi de le dire
Ce phénomène doit-il nous inquiéter ? Non, répondent à l’unisson les médias dominants, qui relaient allègrement le discours des militants trans tout en taxant de transphobie ceux qui manifestent une certaine réticence envers ce nouveau « progrès ». De plus, selon une étude danoise de 20231, le risque, pour les personnes trans, de faire une tentative de suicide est huit fois plus important. Ainsi, certains militants font preuve d’un véritable terrorisme intellectuel en accusant les tenants d’un discours critique sur cette question d’avoir une responsabilité dans le suicide de ces individus.
Les parents « d’enfants trans » sont les premiers visés par ces discours. S’ils émettent des réserves, s’ils sont sceptiques face à un enfant leur certifiant « qu’il n’est pas né dans le bon corps », selon l’expression désormais consacrée, alors une entreprise de culpabilisation se met en place. « Vous préférez un fils, ou une fille, trans ou mort ? » leur demande-t-on péremptoirement. Le seul moyen d’aider ces personnes serait donc d’accéder à leurs demandes sans discuter, car s’y opposer, ou simplement les questionner, reviendrait à les pousser à commettre l’irréparable.
Hommes qui menstruent et femmes à barbe
Seulement, une étude finlandaise, récemment publiée par le British Medical Journal2, vient battre en brèche cet argumentaire militant. En analysant le cas de jeunes Finlandais souffrants de dysphorie de genre entre 1996 et 2019, des chercheurs avancent que, si le taux de suicide est effectivement plus élevé chez ces personnes, ce n’est pas en raison du rejet dont elles feraient l’objet, mais parce que cette dysphorie a tendance à toucher des gens qui ont déjà des fragilités psychologiques. De plus, l’étude affirme que la chirurgie, appelée de « réassignation sexuelle », permettant à une personne de parachever sa transition « n’a aucun impact sur le risque de suicide ». Cette étude vient donc contredire le discours affirmant qu’il n’existe pas d’alternative à la transition de genre.
Une victime est née. Et il y a fort à parier que, dans les années qui viennent, elle deviendra la victime princeps, celle qui incarne toutes les autres et les surpasse dans le malheur. Cette victime c’est l’enfant. Après les femmes, le moutard est le nouvel « invisibilisé » de nos sociétés, dixit Libération. On avait plutôt l’impression que, dans les sociétés occidentales, dopées au sentiment et à la consommation, l’enfant était le roi du monde, la cible prioritaire des marchands de tout, le représentant des générations futures devant lequel le boomer-pollueur doit faire repentance, le petit ange qui apprend la vie et l’écologie à ses parents. Apparemment ça ne suffit pas.
SOS Gossophobie
D’accord, les incestes et violences, sexuelles ou pas, commis sur des enfants ne sont pas un sujet de moqueries ou de subtilités rhétoriques. Évidemment. Encore faut-il rappeler que, d’une part, ils sont sévèrement condamnés par la loi et la société et que, d’autre part, ils ne représentent pas la norme, mais sa transgression. Aujourd’hui, personne n’affirmerait publiquement que la sexualité des enfants doit être encouragée – du reste, il paraît qu’elle n’existe pas.
Toutefois, ce n’est pas à cause de ces tragédies que l’enfant gagne le pompon du mal-aimé de l’Occident.
D’abord, il y a tous ces mioches qui ne sont pas nés, soit parce que leur mère a choisi d’avorter, soit parce qu’il y a des couples trop égoïstes pour se reproduire. Guillaume Peltier, vice-président de Reconquête, est gêné par « tous ces politiques qui n’ont pas d’enfants ». Être parent serait, selon lui, un plus pour gouverner, une garantie de sérieux, « une assurance que la valeur de la transmission passe avant celle de l’ambition ». Penser qu’il faut vivre quelque chose pour le comprendre, c’est renier des siècles d’études et de recherches. Et puis, vu que, depuis des siècles, une immense majorité de nos dirigeants peut se targuer d’une descendance, nous devrions vivre dans le paradis du bien commun, délivrés du cynisme et de l’égoïsme. C’est aussi au nom de ces divins enfants qu’il faudrait écarter par principe l’envoi de troupes en Ukraine. En somme, nos pères se battaient et mouraient pour que leurs enfants soient libres, nous refusons l’idée même de nous battre pour que nos enfants ne soient pas orphelins.
Hormis des benêts gauchistes (fort nombreux il est vrai), personne ne s’oppose à la mise en œuvre de politiques natalistes permettant à tous ceux qui le veulent d’avoir des enfants. Mais si la parentalité devient un devoir civique, une injonction faite aux individus, il va falloir se mettre à jour. Quelqu’un aurait un môme à vendre ou à louer ?
Il y a plus grave : un nombre croissant de nos contemporains est en proie à une inquiétante pédophobie – ce qui ne veut pas dire « peur des pédophiles ».
Laisse pas traîner ton fils
Dans Le Monde, Jean-Michel Normand constate la multiplication des espaces « no kids[1] ». Oui, il y a des monstres qui, avant de prendre le train ou de réserver un hôtel, s’assurent qu’il n’y aura pas d’enfants. De multiples prestataires, à l’image de ce site appelé adultsonly, non ce n’est pas ce que vous croyez, proposent des voyages, dîners et autres activités sans enfants. Le « no kids » est une niche. Au grand dam de Nadia Daam qui affirme sur France Inter : « Avoir un enfant dans les parages n’est pas une option qu’il serait possible d’activer pour se rendre la vie plus agréable, comme un siège dans le sens de la marche ou la sauce à part. Ils sont là, ils en ont le droit et puis c’est tout[2]. » Puisque les enfants sont des enfants, « ils ont le droit et puis c’est tout ». Eh bien non. Hormis les bébés inaccessibles au raisonnement et aux supplications, un enfant n’a pas le droit de pourrir la vie de son entourage. On suppose que Nadia Daam ne laisserait pas son gamin frapper un inconnu. Pourquoi le laisserait-elle hurler ? Si on ne peut pas exiger d’un enfant de 6 ans qu’il s’acquitte de devoirs en échange de droits, c’est aux parents de le faire. Il y a dans les trains ou dans les restaurants des tas de gens qui, ayant élevé une progéniture, entendent profiter du reste de leur vie. Et d’autres qui ont choisi de ne pas en avoir, peut-être parce qu’ils aiment le calme ou veulent écrire des livres. Ils payent volontiers des impôts pour que les enfants des autres puissent étudier – et financer un jour leur retraite. Doivent-ils, pour expier le crime de ne pas être parents, supporter toutes les inquiétudes et désagréments de la charge alors qu’ils ont renoncé à ses plaisirs ?
Une de mes amies, quoique franchement de gauche, a coutume de dire à ses enfants qu’ils sont tolérés à la table des adultes. Ils peuvent assister au dîner à condition de se faire discrets. Autrement dit, c’est à eux de s’adapter aux adultes, pas le contraire. Prétendre que le monde doit être intégralement et exclusivement pensé pour les enfants revient à nier la différence entre les générations comme on nie celle des sexes. Je suis néanmoins prête à faire une concession : si on interdit la musique dans les restaurants, je consens à y tolérer les petits humains. À condition qu’ils se la ferment.
[1] Jean-Michel Normand, « Les espaces « no kids » se multiplient : pourquoi ne supporte-t-on plus les enfants ? », Le Monde, 25 février 2024.
[2]« Les enfants sont-ils de plus en plus mal élevés ? », France Inter, radiofrance.fr, 25 février 2024.
Notre chroniqueuse salue ici le travail d’un cinéaste promis selon elle à un grand avenir: Jean-Baptiste Durand. Son film « Chien de la Casse » (2023, Meilleur premier film aux derniers César) se présente comme la continuation de son travail de peintre par lequel il a commencé. Elle déplore par ailleurs, mais sans s’y attarder, qu’on ait réduit ce long métrage à une banale chronique de jeunes qui s’ennuient et fument des joints, alors qu’il relève du registre plus élevé de la tragédie.
Le 23 février dernier, lors de cette cérémonie des César qui fit couler tant d’encre, Raphaël Quenard remporta le César de la « meilleure révélation masculine », amplement mérité, pour Chien de la Casse de Jean-Baptiste Durand, sorti en avril 2023. Raphaël Quenard illumina ma soirée de sa grâce gouailleuse, et porteuse d’espoir. En effet, dans mon souvenir, aucun acteur récompensé n’a terminé son discours en prononçant « Vive la France ! » – ou alors, c’était il y a longtemps.
Le cinéma français est mort, vive le cinéma français !
Donc, comme une idée fixe, je me suis dit qu’il fallait absolument que j’aille voir Chien de la Casse. J’étais assez mécontente de moi car, en étant passé à côté de ce film, au moment de sa sortie, j’avais manqué à tous mes devoirs de cinéphile. En effet, être à l’affût, curieuse des films français qui sortent, est mon credo, car on tombe souvent sur des pépites, n’en déplaise aux grincheux qui prétendent que le cinéma français est mourant, soumis au wokisme, ou usine à navets. Des navets, le cinéma français en a produit de tout temps, il est même de bon ton, aujourd’hui, de réhabiliter Les Sous Doués ou On se calme et on boit frais à St Tropez. Peut-être bien que le trop plein de nostalgie nous égare… Avant d’entrer dans le vif du sujet, il me semble important de rappeler que notre pays a toujours produit son lot de cinéastes inclassables et géniaux, des électrons libres, apolitiques ; de Jean Vigo à Eustache, en passant par le trop méconnu Jacques Rozier. Et je ne crois pas me tromper, en affirmant que Jean-Baptiste Durand est déjà de cette trempe. Nous y reviendrons. Grâce à la victoire de Raphaël Quenard, le film bénéficie d’une seconde vie, et cela n’est que justice, car il s’agit, à mon sens, d’un petit chef-d’œuvre, où se mêlent Pialat, Eustache et Kechiche, le tout filmé comme une sorte de roadmovie statique.
Comme souvent, les médias mainstream ont réduit l’intrigue à sa portion congrue : des jeunes désœuvrés dans un petit village de l’Hérault se regroupent autour d’une fontaine pour fumer du cannabis. En réalité, ils passent complètement à côté de ce film, si riche et dans sa forme et dans son fond. La performance des acteurs a en revanche été saluée, en particulier celle de Quenard, qui joue Mirales, un personnage truculent, à l’éloquence remarquable, cultivé (il ne cesse de citer Montaigne), un pudique extraverti, davantage une figure de proue, un électron libre qu’un chef de bande. Autre chose m’a frappée : ces jeunes ne sont pas de ceux que l’on pourrait qualifier de « cassos. » Ils ont des rêves, pour la plupart ont fait des études, mais ne sont pas à leur place. D’ailleurs Mirales affirme que cet endroit finira par le tuer.
Il existe un très bon making of du film, comme une exégèse qui nous permet de mieux comprendre le travail du réalisateur, lequel n’a rien laissé au hasard ; en effet le film est pensé, construit, comme une œuvre d’art à part entière.
Quand une fille s’en mêle…
Jean-Baptiste Durand était élève aux Beaux-Arts de Montpellier. Très vite, il s’est mis à peindre des toiles hyper réalistes, représentant ses potes, assis sur les bancs de la place de ce village charmant mais inerte. Pour lui, le film est la continuité de ce travail. De fait, tous les plans sont picturaux, léchés, jusqu’aux vêtements des personnages principaux qui obéissent à des codes couleurs. Cependant, cette maestria ne se voit pas et heureusement. Durand est de ces réalisateurs virtuoses qui ne se regardent pas filmer. Tout est naturel, tout coule de source. Il a d’ailleurs déclaré avoir eu un rapport physique au tournage, la sensation plastique de vouloir toucher la matière, comme le peintre qu’il fut. La musique joue également un rôle clé dans le film. Elle a été composée par Delphine Malaussena. Le morceau principal forme une boucle lancinante, faite de percussions discrètes et parfois de violons incitant au lyrisme. Durand affirme avoir utilisé cette mélodie récurrente pour « déplacer le réel ». Car le film s’appuie bien évidemment sur le réel, réel qui ne sert finalement que de décor à l’histoire qui est celle d’une triangulation de deux amis qui deviennent ennemis à cause d’une fille qui s’immisce dans leur duo. Une histoire éternelle au fond, qui évoque les grandes tragédies de Shakespeare ou de Racine, ou les teen movies américains des années 50. Quant au titre – qui intrigue- il joue également un rôle essentiel. Polysémique, l’expression « chien de la casse » désigne des personnes peu recommandables, des voyous sans envergure. Mais surtout, ce titre encapsule les relations des deux personnages principaux : Mirales et… Dog, dans une relation dominant-dominé, qui s’inversera comme dans toutes les bonnes histoires. Mirales possède également un chien qui répond au nom de Malabaret et joue un rôle crucial… Enfin, Mirales comprendra que si la vie est une chienne, il faut la tenir en laisse.
Sauf problème de santé ou autre incident imprévu, le duel Trump-Biden semble de plus en plus inévitable. L’ancien président Donald Trump triomphe, lors du « Super Tuesday », et confirme sa mainmise sur le Parti républicain en écrasant sa rivale, Nikki Haley, qui ne devrait obtenir que l’État du Vermont. Le magnat de l’immobilier devrait donc être investi pour la troisième fois consécutive par le Great Old Party.
Derniers résultats: Donald Trump, qui devrait remporter le soutien de 893 délégués au terme de cette nuit, pourrait atteindre le seuil de 1215 délégués vers la mi-mars.
Les premiers scrutins de la primaire républicaine de 2024 sont venus confirmer les récents sondages. Nous assistons à une domination de Donald Trump sur le Parti républicain. Il a notamment gagné dans tous les États, sauf à Washington D.C, avec des marges très importantes. Pourtant, Nikki Haley se dresse encore face à lui et n’a pas encore abandonné. Ainsi, si elle ne se retire pas, quand est-ce que Donald Trump va remporter la primaire et être investi candidat des républicains pour la troisième fois consécutive ?
Trump dominant et triomphant
Depuis les élections de mi-mandat de 2022, un doute existait au sein du Parti républicain concernant la capacité de l’ancien président à mener son camp à la victoire. Beaucoup pensaient Donald Trump mort politiquement et estimaient que le moment était venu pour un changement avec l’émergence de nouvelles têtes et un retour aux fondamentaux du Parti républicain.
Pourtant, son triomphe lors des premières élections de la primaire vient confirmer ce que de nombreux sondages semblaient indiquer en 2023, c’est-à-dire que le Great Old Party lui est idéologiquement acquis. Donald Trump a bien compris qu’il bénéficie d’une base électorale très mobilisée et qui lui est fidèle. Le cœur de son électorat est composé d’une population rurale, blanche et religieuse qui perçoit Trump comme le sauveur de l’Amérique. Sa force réside dans le fait qu’il réussit à parler à cette Amérique oubliée qui ne se sentait plus représentée par les ténors du Parti républicain et qui voulait du changement.
Jamais avant lui un candidat à l’investiture d’un des grands partis, hors président sortant, n’avait autant dominé une primaire. Dire qu’il marche sur la primaire républicaine ressemble à un euphémisme, puisqu’il a remporté toutes les primaires excepté celle à Washington D.C.
Le «Super Tuesday» devrait confirmer cette domination et presque tous les candidats qui se dressaient contre lui au début de l’année ont jeté l’éponge et décidé de le rejoindre. À titre de comparaison, en 2016, Trump avait dû batailler avec Ted Cruz pour l’investiture, et malgré sa large victoire, il lui avait concédé certains États.
Mais cette primaire qui dure reste un fardeau pour lui
Malgré ces succès électoraux, Trump n’avait pas anticipé la résistance de son ancienne ambassadrice à l’ONU, Nikki Haley. Cette dernière cherche à exister dans cette primaire pour incarner l’avenir du parti et ainsi se positionner pour les élections à venir. À la différence des autres candidats comme Ron De Santis, Vivek Ramaswamy ou Chris Christie, Nikki Haley n’a pas l’intention de jeter l’éponge rapidement. Si elle est consciente qu’elle ne pourra pas empêcher la victoire finale de Trump, elle veut se démarquer des « autres », ceux qui ont choisi de prêter allégeance à l’ancien président. Cette opposition au sein du parti est mauvaise pour le magnat de l’immobilier car elle le force à multiplier les attaques et à dépenser de l’argent qu’il doit déjà allouer à ses importants frais de défense judiciaire… Ces affaires lui prennent de l’énergie, du temps et de l’argent, et surtout le poussent à se révéler et à être continuellement sur l’offensive ; c’est un caillou dans la chaussure de celui qui comptait rassembler et économiser ses forces. La primaire républicaine ne devait être qu’une promenade de santé, et Donald Trump aurait préféré s’attaquer le plus rapidement possible à Joe Biden et à son bilan. Ce dernier est une cible facile pour Trump, alors qu’il est incapable de défendre correctement son bilan – qui n’est pas catastrophique mais que les Américains dénigrent. Et en politique, quand on doit commencer à expliquer son bilan et à se justifier pour ses actions, c’est qu’on est en train de perdre. Biden n’arrive pas à décoller dans les sondages et une étude récente menée par NBCNews montre que les électeurs jugent Trump comme plus apte à gérer les dossiers migratoires, économiques ou la délinquance, des thèmes qui s’annoncent comme majeurs en vue de l’élection de novembre. Joe Biden est également, on le sait bien, vivement critiqué pour son grand âge et ses capacités cognitives douteuses, ce qui inquiète les Américains – même si cette inquiétude des électeurs peut sembler paradoxale sachant que Trump n’a que quatre ans de moins que lui.
Plusieurs questions demeurent malgré tout
La victoire de Donald Trump lors de la primaire républicaine semble entérinée et on ne se demande pas s’il va la remporter, mais quand il le fera. La prochaine grande confrontation a lieu lors de ce « Super Tuesday » où 15 États vont s’exprimer parmi lesquels le Texas ou la Californie. Lors de cette journée du mardi 5 mars, près d’un tiers des délégués vont être alloués (865 sur les 2429 délégués). Les intentions de vote, les résultats précédents et la dynamique de la campagne indiquaient que Donald Trump pourrait effectuer un grand chelem en remportant tous les États. Cela permettrait à l’ancien président de se rapprocher de l’obtention des 1215 délégués nécessaires pour être investi officiellement candidat des Républicains pour la troisième fois consécutive.
Deux grandes options : soit Nikki Haley abandonne, soit Donald Trump doit obtenir les délégués nécessaires pour l’emporter. Dans la première hypothèse, cela présuppose qu’à la suite d’une défaite lors du « Super Tuesday », l’ancienne représentante ne possède plus les moyens de continuer la campagne. En effet, si elle a annoncé récemment qu’elle souhaitait aller jusqu’au bout, ses donateurs et ses soutiens pourraient cependant l’inciter à stopper son aventure. Dans la seconde hypothèse, Donald Trump s’approche des 1215 délégués nécessaires avec une grande victoire lors du « Super Tuesday » mais ne les obtient officiellement que le 12 ou 19 mars. À ces dates, des États importants comme la Floride ou l’Ohio devraient consacrer définitivement l’ancien président.
Toutefois, tout ce que l’on voit comme une force peut se retourner contre Trump. En effet, la candidature de Donald Trump pose des problèmes au Parti républicain, dans la mesure où il est perçu comme trop extrême et clivant (il doit se montrer de plus en plus dur à Haley). Cela risque de lui compliquer la tâche et l’empêcher de rassembler et brasser un électorat plus large par la suite, notamment dans l’optique de séduire les modérés ou autres déçus de Biden.
Pierre Clairé, Directeur adjoint des Études du Millénaire, think-tank gaulliste et indépendant spécialisé sur les politiques publiques et spécialiste des questions internationales et européennes.
Sean Scull, analyste au Millénaire sur les questions internationales
Notre dossier du mois, consacré à l’audiovisuel, dit « Non ! » à la police politique. Dans un grand entretien avec Elisabeth Lévy, Delphine Ernotte Cunci, la présidente de France Télévisions, nie vouloir voir la fin d’une chaîne privée comme CNews. Si, selon la promesse qu’elle a faite en assumant ses fonctions en 2015, il y a aujourd’hui plus de « diversité » à l’antenne et moins de « mâles blancs de plus de 50 ans », elle réfute que le service public soit soumis à une quelconque orientation idéologique et affirme que la cancel culture n’y a pas sa place. La preuve en est que deux films – J’accuse de Roman Polanski et Illusions perdues avec Gérard Depardieu – ont été diffusés récemment. Présentant notre dossier, Elisabeth Lévy explique que l’offensive lancée par Rapporteurs sans Frontières contre CNews, validée par le Conseil d’État, a bénéficié du silence complice de la majorité des journalistes. Ces antifascistes professionnels ne s’indignent pas de l’instauration d’une police politique des médias et demandent davantage de censure. Dans ce climat délétère, Delphine Ernotte a eu le courage de répondre à nos questions et de défendre la liberté d’expression. Causeur a voulu quand même enquêter sur France Télévisions parce que la liberté est en danger. Pour notre directrice de rédaction, il est certes vrai que, comparée à France-Inter, France TV est « un modèle d’équilibre et de pluralisme ». Mais son cahier des charges et l’idéologie spontanée se conjuguent pour créer un ronronnement progressiste, un multiculturalisme d’atmosphère qui imprègne à des degrés divers la fiction et l’information.
Gérard Depardieu a-t-il fait une blague salace sur une fillette dans un haras nord-coréen ? C’est ce que montrent les images et leur commentaire diffusés par Complément d’enquête. Or, selon Yann Moix, réalisateur de cette séquence, l’acteur évoquait une cavalière adulte, restée hors champ. Selon Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, faute de preuve absolue, toutes les hypothèses restent sur la table. Moix leur confie que, à son avis, ses images ont été détournées de leur sens. Didier Desrimais a lu et regardé les matons des médias – qu’ils soient dans Télérama, Libération, Le Monde, sur France-Inter ou au parlement, comme Aymeric Caron – qui ne savent pas quoi inventer pour faire interdire CNews. Qu’a-t-il trouvé ? Mensonges, attaques personnelles, procès d’intention… L’ancien directeur du Conseil supérieur de l’audiovisuel, Jean-Éric Schoettl, est formel : l’arrêt du Conseil d’État va à rebours de la doctrine de l’Arcom et des jurisprudences française et européenne : plus il y a de supports médiatiques, moins leur liberté éditoriale doit être bridée. Seules les chaînes de service public, tenues par le principe de neutralité, doivent refléter tous les courants d’opinion.
Côté actu, l’enfant est à l’honneur. Dans son édito du mois, Elisabeth Lévy parle de la transformation des très jeunes par le commentariat de gauche en nouvelles victimes de la société, après les femmes et les minorités ethniques et sexuelles. D’un côté, il y a des adultes méchants qui refusent d’avoir des enfants et qui sont traités de haut par ceux qui en ont et se croient donc moralement supérieurs. De l’autre, il y a les méchants adultes qui veulent des espaces sans enfants, dans les trains, les hôtels et les restaurants, pour avoir la paix. Ils n’ont pas tort. Le monde ne doit pas être exclusivement pensé pour les enfants. Alexeï Navalny est décédé le 16 février dans un centre pénitentiaire de l’Arctique. On ignore toujours ce qui l’a tué. Pour Jean-François Colosimo, qui se confie à Jean-Baptiste Roques, il ne fait pas de doute que le prix Sakharov 2021 est mort en martyre du poutinisme. Derrière les grandes déclarations et condamnations, la réaction de nombreux pays arabes à l’opération militaire israélienne à Gaza est plutôt mesurée. Selon Gil Mihaely, de nombreux signes laissent penser que l’esprit des accords d’Abraham perdure dans la région, et que, une fois son but de guerre atteint par Tsahal, une sortie par le haut est possible. Stéphane Germain se demande si nous assistons à la fin de l’Europe écolo-woke. Sous l’égide de l’Allemagne, l’idéologie des Grünen s’est imposée à l’Europe et aux Français dans les secteurs de l’énergie, de l’agriculture ou de l’immobilier. Le prochain parlement européen en finira-t-il avec ces politiques de décroissance ? Judith Godrèche n’en finit pas d’accuser-condamner les hommes qui ont partagé sa vie et sa carrière d’actrice. La profession est sommée de racheter son âme et c’est pour cela, selon l’analyse de Sabine Prokhoris, que cette dernière n’hésite pas à sacrifier ses monstres sacrés. Enfin, je dévoile le nouvel outil qu’ont trouvé les militants transgenres pour promouvoir leur propagande auprès des jeunes : les vidéos porno ! Grâce aux films amateurs et aux plateformes spécialisées, le porno trans fait un tabac et crée des vocations.
La culture débute par un grand classique moderne. Les ultimes volumes du Journal de Philippe Muray sont enfin parus. Cette chronique de l’effondrement du monde contemporain n’épargne personne. Muray y relève les symptômes d’une mutation anthropologique en cours et annonce ses effets ravageurs. Selon l’essayiste Georges Liébert, qui a été son éditeur, cette démonstration d’humour et de lucidité se double d’une superbe férocité. Les Amis du Champ-de-Mars veulent nous faire encore aimer Paris. Ils viennent de publier un ouvrage richement illustré que Jonathan Siksou a lu pour nous. Il démontre que les abords de la tour Eiffel sont un exceptionnel conservatoire architectural et artistique, de l’Art Nouveau à l’Art Déco. Par le timbre de sa voix et la puissance de ses interprétations, Maria Callas a bouleversé l’art lyrique, nous rappelle Alexandra Lemasson. Une biographie et un roman rendent hommage à cette femme qui a forgé son mythe. Emmanuel Domont a été reçu chez l’écrivain Simon Liberati à l’occasion de la sortie de La Hyène du Capitole, deuxième tome de sa trilogie entamée avec Les Démons. Passé maître dans l’art du portrait, ce dandy des lettres se plaît à entremêler le réel et la fiction. Pour plus de douceur, suivons Emmanuel Tresmontant qui raconte l’aventure de Jacques Genin. Après une enfance difficile et sans formation particulière, ce garçon plein de rage et hypersensible est parvenu à transformer sa colère en force créatrice, jusqu’à devenir l’un des meilleurs pâtissiers-chocolatiers de France. Jean Chauvet s’interroge : le cinéma aurait-il soudain décidé́ de s’intéresser sérieusement au sujet de l’éducation via des films de fiction, certes inégaux, mais qui dépassent les caricatures et les clichés habituels ? Gilles-William Goldnadel se met dans la peau d’un jeune benêt de gauche recruté par l’Arcom pour évaluer le pluralisme et l’équilibre des opinions sur les ondes. Il déplore tous les intervenants de droite, surtout « un avocat avec un cheveu sur la langue, qui a sorti un livre contre l’extrême gauche qu’il prétend antisémite » ! Enfin, outre les excellentes chroniques d’Emmanuelle Ménard et d’Olivier Dartigolles, Pascal Louvrier nous fait redécouvrir le chef-d’œuvre d’Albert Simonin, Touchez pas au grisbi ! À Causeur, nous ne sommes pas des caves mais, devant la pensée unique, nous ne cessons de nous rebiffer.
Ile de Beauté. Emmanuel Macron et Gérald Darmanin veulent que le vaste chantier de l’autonomie avance d’ici mi-mars. Une révision constitutionnelle semble indispensable pour tenir les promesses présidentielles de septembre 2023. Un chemin très hasardeux les attend.
A défaut de l’avoir fait sur le premier, dont on se souviendra uniquement quant aux crises qui l’ont jalonné (gilets jaunes, Covid, Ukraine), Emmanuel Macron tient absolument à marquer son second mandat de réformes constitutionnelles. Il en avait amorcé une à la fin de son premier mais elle est restée lettre morte.
Alors, puisque le Sénat vient de décider de sa validation, il va inscrire dans le marbre la protection de l’IVG. Soit. Il veut désormais une réforme de la Corse.
Pensées complexes
Ainsi en septembre 2023 il s’est exprimé devant l’Assemblée de Corse sur l’avenir institutionnel de l’Île de Beauté. Il a prévenu que ce « moment historique » ne se fera pas « sans » ou « contre » l’État français. Dans un discours fleuve, dont il a de plus en plus la manie, et « afin d’ancrer pleinement la Corse dans la République », il a souhaité son « entrée dans la Constitution », un geste qu’il a même qualifié « d’indispensable ». Le président a aussi évoqué « une autonomie à la Corse », qui ne serait « pas contre ou sans l’État mais pour la Corse, dans la République ». S’il n’a pas précisé davantage les contours des changements, les futures annonces devront faire l’objet d’un consensus politique au sein de l’Assemblée de Corse. Le résident de l’Elysée souhaite « ouvrir une gouvernance libre et responsable, compatible avec la Constitution ». Il a même annoncé qu’« un texte constitutionnel et organique » sera soumis à son vote « d’ici six mois », soit mars 2024. Ensuite, s’il est accepté, un processus de révision constitutionnelle sera engagé.
Le 27 février, Gérald Darmanin a reçu les principaux représentants de l’Ile afin d’évoquer le projet. Depuis le discours présidentiel de septembre, on a senti un manque d’investissement certain du ministre de l’Intérieur (chagriné de n’avoir pas été nommé à Matignon et polarisé sur Mayotte) dans un dossier dont il a pris soin d’en attribuer la paternité au président de la République. Mais dorénavant il a dû avancer seul puisque le président est affairé sur les problèmes agricoles (la séquence du Salon a été un fiasco total) et empêtré dans une politique étrangère on ne peut plus erratique. Après plusieurs heures de débat, il semblerait que Gérald Darmanin n’ait pas seulement accepté l’idée d’une capacité d’adaptation de la Corse au pouvoir réglementaire et législatif. Il a aussi validé celle d’une « autonomie législative » propre à la collectivité. Cette position a bien entendu réjoui Gilles Simeoni, président du Conseil exécutif de Corse depuis 2015 : « Il est acté, en l’état actuel du texte, que la Corse sera dotée d’un statut d’autonomie au sein de la République ». Donc, si l’on s’en tient à çà, il faut désormais traduire cela dans la Constitution. Car, si l’on a bien compris le discours de septembre, c’est la volonté présidentielle que de graver ceci dans le marbre.
Plus personne ne s’est frotté à la question du « peuple corse » depuis Jospin
Il convient de rappeler ici les principales évolutions de la Corse au fil de notre histoire. Le département de Corse est créé à la Révolution française le 4 mars 1790, vingt-deux ans après que la république de Gênes a cédé ce territoire insurrectionnel et indépendant sous l’ère de Pasquale Paoli à la couronne de France. C’est en 1793 que l’île est divisée en deux départements. Suite à la rébellion qui se fait à Bastia, en 1811, le département unique est restauré par décret impérial. La deuxième partition se produit en 1976 et renoue avec les frontières de la première. Seuls les noms changent : Haute-Corse et Corse-du-Sud. Cette partition nouvelle est la conséquence d’un évènement dramatique. Le 21 août 1975 à Aléria, plusieurs hommes armés de fusils de chasse, entraînés par le docteur Edmond Simeoni (père de Gilles Siméoni), ont fait feu sur les gendarmes afin de défendre un viticulteur indépendantiste. Bilan : deux gardes mobiles tués et un militant grièvement atteint. La pression de la violence clandestine et l’avènement de la gauche au pouvoir débouchent sur une évolution institutionnelle majeure. Sous l’impulsion de François Mitterrand et de son ministre de l’Intérieur Gaston Defferre, la région Corse se voit octroyer un statut particulier. Et le 8 août 1982, la première Assemblée territoriale est élue au suffrage universel direct à la proportionnelle intégrale. C’est l’Assemblée de Corse qui confère à l’île une (prétendue) unité à la fois politique et administrative. En 1991, le ministre de l’Intérieur, Pierre Joxe, initie un projet de loi modifiant le statut de l’île, mais il reste dans les clous de la Constitution même s’il intègre la notion de peuple corse. Le Conseil constitutionnel le censure, mais Pierre Joxe n’envisage pas lui non plus de changer le texte de 1958.
Durant la période de cohabitation, à l’issue des accords de Matignon en 2002, le Premier ministre, Lionel Jospin, présente une démarche en deux temps. D’abord un projet de loi qui intègre le pouvoir normatif et voté par le Parlement, censuré ensuite sur ce point par le Conseil constitutionnel. Puis, en pleine campagne de l’élection présidentielle de 2002, il fait une promesse : réformer la Constitution sur un nouveau statut pour l’île. Son échec électoral, dès le 1er tour, mettra fin à la réforme. Par la suite, plus aucun gouvernement ou président, ni Chirac, ni Sarkozy, ni Hollande, n’envisagera une quelconque modification constitutionnelle pour la Corse réalisable dans leur mandat.
La gouvernance de l’île démontre depuis quelques temps que les deux départements sont confinés dans un rôle de second plan. Au point que, en juillet 2003, Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, propose aux Corses de supprimer, par référendum, les deux conseils généraux au profit d’une collectivité unique. C’est l’échec. Il est désormais acquis que si la « bidépartementalisation » a permis de répartir plus équitablement les crédits publics entre Nord et Sud (il y aurait à redire sur l’utilisation desdits crédits !), elle n’a pas calmé les tensions entre Ajaccio et Bastia.
La crainte du surgissement d’autres volontés communautaristes
Alors le président Macron a décidé de constitutionnaliser la singularité Corse en quelque sorte. Sur la base de quel projet ? Celui « imposé » par les élus corses lors de la réunion à Matignon citée ci-dessus. Il est on ne peut plus alambiqué et reconnaît « l’insularité méditerranéenne de la Corse » et « l’attachement de la communauté à sa terre ». Ce ne serait ni plus ni moins que constitutionnaliser le communautarisme. Et ce serait là une faute grave, une gigantesque boite de Pandore de laquelle risquent de profiter bien des outre-mer…. Précisons également que le texte consacre le pouvoir d’adaptation des textes législatifs et réglementaires déjà esquissé en 2002, mais jamais appliqué. Ce dernier point serait à notre sens envisageable (en outre-mer cela existe déjà).
De toute évidence ce projet consacrant la Corse dans la Constitution, s’il est adopté, sera soumis à la sagacité du Conseil Constitutionnel. Et on ne voit pas comment ce dernier pourra valider un texte qui consacrera le communautarisme. Les arguments sont nombreux qui plaident en ce sens : indivisibilité de la République, universalisme, unicité du peuple français pour ne citer que les principaux. Notre société fonctionne en faisant communautés, et la communauté n’est pas un problème en soi. C’est lorsque des groupes se replient sur eux-mêmes ou sont en rupture vis-à-vis de la société que l’on peut parler de communautarisation. Le cas des islamistes pose de plus en plus question à cet égard. Certains quartiers de nos banlieues marseillaise ou parisienne vivent de graves replis communautaristes en voie de sécessionnisme pour certains.
Si le texte était adopté il risquerait d’en être ainsi des Corses sur leur île. La tentation du repli y est déjà pratiquée à certains endroits, que ce soit par le biais de la langue corse et des pratiques culturelles. On note même à certains endroits un rejet de certaines communautés étrangères…
Où en est-on de ce texte ? Il est prévu que les Corses soient consultés sur ce nouveau statut et « donnent leur accord sur cette discussion politique », a annoncé Gérald Darmanin. Reste à voir si la réforme fera l’objet d’un titre à part dans la Constitution, comme le souhaitent les nationalistes, ou d’un simple article, une option qui a la préférence du président de la République. Le ministre de l’Intérieur a donné rendez-vous à mi-mars. Puis il présidera « si les choses sont conclusives, un comité dit stratégique sous 48 heures ».
Après consultation de l’Assemblée de Corse, « le président de la République engagera, quand il voudra, la réforme constitutionnelle », a souligné le ministre de l’Intérieur. In fine, celle-ci devra recueillir l’approbation des trois cinquièmes du Parlement réuni en Congrès. Et c’est sans doute là que le bât blessera et que l’échec sera. Il en serait de même si le président décidait d’utiliser la voie référendaire. Sa personne, plus encore que sa présidence, suscite un tel rejet. A peine 32% de Français estimant qu’il est « un bon Président » (baromètre politique Odoxa du mois de février 2024).
Et allons jusqu’à l’hypothèse de l’adoption du texte. Comme on l’a dit, il serait soumis à coup sûr au Conseil Constitutionnel. Et le résultat est connu d’avance : censure. Seule pourrait être préservée l’adaptabilité réglementaire ou législative. Selon un sondage CSA pour CNews, Europe 1 et Le Journal du dimanche (11/01/2024), la préoccupation N°1 des Français est le pouvoir d’achat (44%). Suivent : santé (32%), insécurité (26%), immigration (24%), environnement (22%). Viennent ensuite les inégalités sociales et le terrorisme (12% chacun), l’école (11%), l’emploi (9%) et le logement (7%). Sauf à être frappé de berlue, la Corse n’apparait nulle part. Et ledit sondage englobe aussi celle-ci !
Donc M. le président, mettez-vous en tête cette phrase d’un de vos illustres prédécesseurs, Georges Pompidou : « Arrêtez d’emmerder les Français ! ». Notamment avec des réformes dont ils n’ont que faire.Calmez-vous, respirez. Ça va bien se passer !
Quiconque ose avancer que l’idée présidentielle d’offrir au monde une chanson d’Aya Nakamura lors de la cérémonie des JO n’est pas bonne est taxé de négrophobie.
On sait à quel point le monde entier reste fasciné par la France des ralentisseurs, des ronds-points et des tags antisémites. Quel plus beau cadeau faire alors à toutes ces nations étrangères qui nous admirent, que de leur offrir le nec plus ultra de notre culture, le jour de l’ouverture des Jeux Olympiques ? C’est ainsi que le 19 février 2024, le président de la République recevait à l’Élysée Aya Nakamura pour lui proposer de décorer de sa personne et de sa voix, la grandiose cérémonie d’ouverture des J.O, à Paris le 26 juillet.
Quelle meilleure image de la France et de sa contribution aux cultures mondiales proposer aux télévisions du monde entier, que cette beauté malienne Aya Nakamura ! On apprend ce jour de mars que, tout comme le président, elle aime beaucoup Edith Piaf (de son vrai nom Édith Giovana Gassion) et qu’elle est d’accord pour « twerker sur la tour Eiffel » dit mon journal. N’importe quel dictionnaire apprendra aux boomers incultes (dont l’auteur de ces lignes) que twerker signifie « effectuer une danse de façon sexuellement provocante, en ayant recours à des mouvements des fesses et des hanches, jambes fléchies ». Le président a donc eu une bonne idée de penser à Aya. Il aime Piaf le président. Donc il pense à Aya Nakamura. Élémentaire non ?
Chefs-d’œuvre
Aya Nakamura. J’ai pensé d’abord à une Japonaise. Ce n’est pas si courant, tant cette langue nous est étrangère et ça m’a intéressé. Il me fallait cependant en savoir plus sur la Japonaise. J’ai déserté la chaîne de radio au slogan fameux « L’esprit d’ouverture », profitant d’un créneau entre deux publicités, honteux de mon ignorance, pour m’évader vers Youtube à la recherche des chefs-d’œuvre de Madame Nakamura et bientôt je trouvais.
La chanson s’intitulait Doudou. Pourquoi pas. J’ai tendu l’oreille… non ce n’était pas du japonais. J’ai reconnu des mots français : « Mon chéri laisse, laisse-laisse tomber. Aime-moi, doudou Aime-moi, doudou. Montre-le moi, doudou, T’es mimi, dis-le moi, doudou. Prouve-le moi, doudou. Et ça, c’est quel comportement, doudou ? Tu me mens beaucoup. Ça, c’est quel comportement, doudou ? » Le fait de lire dans une revue en ligne qu’Aya était « la chanteuse la plus écoutée dans le monde » n’a fait qu’ajouter à un abattement naissant. Mes recherches devaient m’apprendre un peu plus tard que la chanteuse Nakamura était en réalité malienne et se nommait Aya Danioko. C’est vrai qu’Yves Montand s’appelait Ivo Livi, Jean Ferrat n’était autre que Jean Tennenbaum et Gabin était Moncorgé.
Me revenaient les merveilleux textes des chansons de la Môme Piaf, La foule, L’Hymne à l’amour, Milord, Sous le ciel de Paris, Je ne regrette rien… tant d’autres, et je mettais en regard de ce répertoire, la contribution de la vénus franco-malienne au génie de la langue française avec les paroles inoubliables de ses chefs d’œuvres que le président avait si habilement repérés pour décorer les J.O : « Y’a pas moyen Djadja ; J’suis pas ta catin Djadja genre ; En Catchana baby tu dead ça. » Mais aussi « Toi t’es bon qu’à planer ; Ouais je sens t’as l’seum, j’ai la boca ; Entre nous y’a un fossé ; Toi t’es bon qu’à faire la mala ; Bébé veut du sale, allô allô allô ; Million d’dollars, bébé tu vaux ça. ». C’est vrai que ça a de la gueule !
Rémy Rebeyrotte, découvreur de talents à l’Assemblée, Jacques Attali promoteur de l’être-ensemble
Un député français (LREM, le parti du président !), Rémy Rebeyrotte saluait ces contributions de Madame Danioko alias Nakamura à la langue française en ces termes : « Quand je vois des jeunes comme Aya Nakamura qui aujourd’hui par sa chanson est en train de réinventer un certain nombre d’expressions françaises, ça me paraît absolument remarquable. Elle est en train de porter au niveau international de nouvelles expressions et évolutions de la langue. Et ça, ce sont des choses extrêmement fortes »[1].
J’avais bien lu : « Porter au niveau international de nouvelles expressions et évolutions de la langue » ! Rabelais, Molière, Céline, loin derrière… Vu la rage d’Annie Ernaux à l’encontre de Houellebecq, j’imaginais sa fureur devant le génie de Nakamura !
Je me demandais s’ils allaient barbouiller à ce point la mémoire d’Edith Piaf, si les féministes allaient accepter que l’on puisse ainsi « annuler » la môme Piaf en mettant en vitrine la plastique généreuse et provocante de la beauté malienne pour vendre à l’international une image racoleuse du pays. Oui, j’ai bien réfléchi avant d’utiliser ces mots « image racoleuse » … tu me suis Sandrine et tes amies féministes ?
Devant ces perspectives déprimantes, et parce que l’on ne sait jamais, je tentais parfois des retours-refuges sur France Culture, dont je fus un fidèle auditeur durant tant d’années.Mais ça ne marchait pas à tous les coups. Il y eut cette matinée où je tombais sur un « entretien » avec Jacques Attali, l’« économiste – écrivain – chef d’entreprise – haut fonctionnaire – conseiller à l’Elysée – Maître de conférence à l’Ecole Polytechnique – conseiller spécial de François Mitterrand – auteur de plus de 80 essais et romans etc…»[2]. Dans les propos du chantre de l’avenir hyper industriel et de l’économie positive il était question de culture et je montais le son : « En plus il y a dans « l’essentiel » quelque chose d’invisible qui est absolument essentiel, c’est le être-ensemble […] Par définition la culture c’est essentiellement du être-ensemble et le être-ensemble c’est le bien essentiel premier de notre culture. ». Je notais le lexique du penseur qui s’enrichissait à chaque phrase : « Pour moi le grand clivage n’est pas entre culture et pas culture, il est entre être-ensemble et pas être-ensemble, et le être-ensemble contient beaucoup de choses de la culture »[3]. Je savais que l’homme était quelqu’un de considérable, mais tant de perfection verbeuse me désarçonnait, tant d’élaboration dans l’insignifiance tenait du chef-d’œuvre.
Les gens qui s’obstinent à adorer le genre humain, on devrait les obliger à lire Attali et juste après, à décompresser avec Cioran. Les obliger, oui.
Et si Attali n’était pas le vrai nom d’Attali !
Vieux mâle blanc de plus de 50 ans
J’avais conscience d’être encore un locuteur de langue française, blanc, hétérosexuel, et ancien. Mais combien étions-nous dans ce cas ?
J’ai soudain senti ma langue maternelle comme prise dans un étau entre une offensive extérieure déjà ancienne, celle du franglais devant lequel cédaient les chaines de la radio d’Etat, et une coalition de l’intérieur au terme d’une alliance entre l’Élysée, Attali et Doudou… je veux dire Nakamura… enfin … Aya Danioko.
Madame Rousseau et ses semblables rousseauistes de tout poil auront évidemment reconnu les « relents de racisme de vieux réacs » qui émanent de ces lignes… Il existe d’autres anathèmes dans l’équipement haineux des apprentis commissaires politiques d’aujourd’hui : réactionnaire, droite extrême, néo-fasciste, voire néo-nazis et autres qualificatifs nupesques.
Au temps du Guépéou, célébré par Louis Aragon,[4] c’est le mot « ennemi du peuple » qui servait à envoyer les mal pensants dans les goulags de la Kolyma. Le fou d’Elsa exultait alors: « Je chante le Guépéou nécessaire à la France Vive le Guépéou, figure dialectique de l’héroïsme. »
Ça ressemble au tweet de Sandrine : Derrière la minorisation de son talent, il y a des relents racistes. Elle sera la voix de la France. Quelle fierté.
Aya Nakamura est une grande. Derrière la minorisation de son talent, il y a des relents racistes. Elle est une star. Elle sera la voix de la France. Quelle fierté. #Ayanakamura (Et franchement après la catastrophe de la coupe du monde de Rugby, ça aura une autre allure).
Étonnante audience hier devant la 17e chambre, où Roman Polanski poursuivi en diffamation par l’actrice britannique Charlotte Lewis était jugé pour des propos tenus lors d’une interview accordée à Paris Match le 12 décembre 2019. En réponse à une question des journalistes, au sujet des accusations de viol portées contre lui par plusieurs femmes, dont Charlotte Lewis, il répond qu’il s’agit d’un « mensonge odieux » – propos non poursuivi –, et il ajoute :« Voyez-vous, la première qualité d’un bon menteur, c’est une excellente mémoire. On mentionne toujours Charlotte Lewis dans la liste de mes accusatrices sans jamais relever ses contradictions. » Et il rappelle certains propos de Charlotte Lewis dans plusieurs interviews, dont une interview de 1999, traduite et republiée en 2010 par la revue La Règle du jeu lorsqu’elle lance ses accusations. Les journalistes insistent, l’interrogeant sur l’intérêt qu’aurait à son avis Charlotte Lewis de l’accuser à tort. Il répond : « Qu’est-ce que j’en sais ? Frustration ? ll faudrait interroger des psys, des scientifiques, des historiens. Que sais-je ? » Tels sont les propos poursuivis. Un peu plus tard dans l’interview, Roman Polanski précise, concernant Charlotte Lewis, qu’il ne souhaite nullement en découdre, qu’au contraire il la voudrait « hors de sa vie ».
Quelle était la question que posait ce procès ? Intervenant après une déposition passablement embrouillée de l’actrice, truffée de contradictions et de mensonges pathétiquement visibles (ainsi a-t-elle prétendu qu’elle n’avait eu connaissance de l’interview, rémunérée 35 000 euros, qu’elle avait accordée en 1999 à News of the World, qu’en 2010 !), et la longue déposition du témoin de la défense Stuart White, journaliste auteur de l’interview à News of the World citée par Roman Polanski à l’appui de ses propos, la procureure l’a rappelé : « La question n’est pas de savoir si Roman Polanski a commis ou non les faits dénoncés par Charlotte Lewis. Elle n’est pas non plus de savoir si l’on doit ou non accorder du crédit à News of the World. Elle est de savoir si Roman Polanski a fait un usage disproportionné de sa liberté lorsqu’il a tenu les propos qui lui sont reprochés ». Elle a clairement laissé entendre ses doutes quant au caractère juridiquement diffamatoire de ces quelques mots du cinéaste dans le cadre de cette longue interview, et n’a par conséquent pas requis sa condamnation. Elle a également pointé, avec délicatesse mais sans hésitation, la confusion de la déposition de Charlotte Lewis, disant également ne pas bien saisir ce que la plainte reprochait exactement à Roman Polanski.
On ajoutera, ce que la défense a plaidé avec force, que la question implicite soulevée par ce procès, fondamentale en réalité, était la suivante : est-il légitime, à l’ère de la toute-puissance médiatique de #MeToo, et du mantra « Victimes on vous croit ! », qu’un homme accusé dans les médias de faits graves se défende publiquement ? Lorsque le prétendu « prédateur » est un homme connu, doit-il s’interdire de dénoncer comme mensonges des allégations, données sans preuves pour des vérités, quand la possibilité de les réfuter dans un procès équitable est rendue caduque par la prescription ? La « libération de la parole » doit-elle impérativement avoir pour corolaire de frapper d’interdit toute parole publique d’un mis en cause – sauf des actes de contrition publique, seule parole acceptable, c’est la tendance du moment, quand bien même le mis en cause sommé de s’auto-incriminer ne serait-il coupable de rien sinon d’être accusé ?
Maître Benjamin Chouai pour Charlotte Lewis, en dépit du salutaire rappel juridique de la procureure, et sans doute faute d’arguments consistants pour plaider une intolérable diffamation, s’est obstiné à se tromper de procès tout en déniant le faire. Il a commencé avec emphase par dire son « intime conviction » (ah oui ? so what ?) que Roman Polanski avait violé Charlotte Lewis en 1983. Il s’est ensuite employé, faisant feu de tout bois (y compris de la nouvelle Jeanne d’Arc de #MeToo, Judith Godrèche), à jeter avec application des boules puantes sur le cinéaste. Il l’a présenté sans rire comme un « puissant » qui, avec son argent avait « les médias à sa main » et n’avait de cesse d’user d’un tribunal médiatique à ses ordres – peut-on concevoir affirmation plus grotesque, pour peu qu’on ait une petite idée du rapport des médias à Roman Polanski, cela depuis l’assassinat de son épouse Sharon Tate en 1969 ? Roman Polanski ? Un être malfaisant en somme, qui de surcroît « faisait témoigner la fillette (sic) qu’il avait violée » en 1977 – une attestation de Samantha Geimer en faveur de Roman Polanski figurant dans les pièces de la défense. En résumé, Polanski aurait orchestré, avec le concours des médias obéissants, un complot (« mais je ne suis pas complotiste », assure Maître Benjamin Chouai) contre Charlotte Lewis. Pourquoi ? Pour la salir, bien sûr. Pour quel bénéfice ? La question ne sera pas posée… Là s’est démontrée, de façon flagrante, l’inversion caractérisée de la situation – car c’est en réalité Polanski, que l’on couvre de boue depuis tant d’années –, que la partie civile voudrait faire avaliser par le tribunal. Avec en prime une condamnation qui vaudrait « preuve » que Polanski a effectivement violé Charlotte Lewis. Grossièrement et pitoyablement retors.
Aussi confus que sa cliente, Maître Benjamin Chouai, à bout de ressources argumentatives mais pas d’armes sales, ira même jusqu’à accuser la défense de subornation de témoin – une accusation particulièrement grave, s’indignera Delphine Meillet, relevant au passage une perle de son confrère, qui parle de « subordination » de témoin ! –, au sujet de la rétractation de Karen Smith, à qui Charlotte Lewis avait extorqué un faux témoignage sur ce prétendu viol, comme le démontrera Maître Delphine Meillet dans sa plaidoirie habitée autant qu’implacablement logique. Un « viol », soit dit au passage, dont tout à la fois Madame Lewis prétend l’avoir dénoncé le lendemain à Karen Smith, et n’avoir compris qu’il s’agissait d’un « viol » que des années plus tard. Allez y comprendre quelque chose.
Maître Alain Jabukowitz, dans une plaidoirie brillante et juridiquement irréfutable, après avoir pointé l’absurdité de ce procès – un peu de bon sens ne saurait nuire en effet –, démontre à la Cour et à l’auditoire que la « souplesse » (un euphémisme) en matière de liberté d’expression issue de la jurisprudence de la Cour de cassation dans les affaires Brion contre Sandra Muller et Pierre Joxe contre Ariane Fornia doit valoir comme un principe général, et non au seul bénéfice de femmes qui accusent des hommes alors réduits au silence, puisque leurs plaintes en diffamation ne peuvent plus guère aboutir. Le champ libre – sinon le blanc-seing – laissé à des dénonciations publiques tous azimuts, au mépris de la présomption d’innocence (il est vrai que « la justice doit cesser de brandir l’argument de la présomption d’innocence, qui est lâche », selon la « victimologue » Muriel Salmona), est un fait jurisprudentiel. Le propos d’Alain Jabukowicz dans sa plaidoirie n’est ni de s’en féliciter, ni de le déplorer. Il en prend acte, et signale qu’on voit mal au nom de quel principe cette nouvelle donne ne pourrait bénéficier à son client.
Maître Delphine Meillet, avec passion et clarté, évoquant pour commencer la solitude de Roman Polanski, a offert une plaidoirie limpide et admirablement argumentée, que tous devraient aujourd’hui méditer. Elle a puissamment démontré les contradictions incessantes, les manipulations, l’opportunisme, et les mensonges de Charlotte Lewis, à qui ne s’applique même pas, a-t-elle dit, « la métaphore de l’horloge détraquée » qui au moins deux fois par jour marque l’heure juste. Elle a méthodiquement mis en pièces les faux arguments de Maître Chouai, dit aussi, sobrement, son dégoût pour le bric-à-brac ridicule des « preuves » que Polanski serait un salace amateur de fillettes pré-pubères. Elle a également fait une mise au point indispensable sur l’infraction jadis commise par Roman Polanski lors de l’épisode Samantha Geimer – non pas un viol, mais une relation sexuelle illicite avec une mineure –, pour laquelle Polanski a plaidé coupable et a été sanctionné, au-delà même de la peine qu’il a purgée en Californie si on prend en compte son emprisonnement en Suisse en 2009.
Enfin, avec un courage rare, elle a osé mettre en cause le « contexte étouffant de #Metoo, où le témoignage public a valeur de preuve, qui a valeur de vérité ». Un blasphème par les temps qui courent ? Elle s’est à juste titre insurgée contre le dévoiement inflationniste du sens des mots : Charlotte Lewis qualifie de « second viol » les propos de Roman Polanski ; ou récemment Jacques Weber qui, après avoir signé un soutien à Gérard Depardieu, s’abaisse piteusement à dire que sa signature était un « autre viol » pour les « victimes ».
Delphine Meillet, il faut le rappeler, avait été l’initiatrice de la tribune consécutive aux César 2020, dans laquelle 114 « sopranos du barreau » avaient mis en garde contre une « inquiétante présomption de culpabilité » qui s’invitait dans le débat public en matière d’infractions sexuelles1. Elle n’a pas dévié de son intégrité juridique et morale, sa plaidoirie inspirante en est le signe le plus lumineux.
Ce procès n’était certes pas le procès de #MeToo. Mais il a été celui, emblématique à l’évidence, où l’on a pu enfin débattre de la liberté et du droit d’un homme de se défendre lorsqu’il est jeté en pâture aux médias. Un tournant ?
Délibéré le 14 mai.
Elisabeth Lévy – « Metoo : il faut des règles strictes contre le pilori médiatique ! »
Le 26 février 2024 devant les membres du FORIF, Gérald Darmanin a dit regretter que l'islam soit considérer comme une religion d'étrangers. Image: capture Le Figaro.
Lundi 26 février 2024, Gérald Darmanin ouvrait la deuxième session du FORIF, et appelait à la création d’un «statut de l’imam» en France. Qu’est-ce que le FORIF, et quelles sont donc ces mesures promises par notre ministre de l’Intérieur la semaine dernière à cette occasion? Céline Pina fait le point. Propos recueillis par Martin Pimentel.
Causeur. Céline Pina, qu’est-ce que ce fameux FORIF ?
Céline Pina. Le FORIF, Forum pour l’Islam de France, c’est le clou du cercueil du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM), un comité Théodule à l’état gazeux ! Autant le CFCM témoignait de l’hubris de Nicolas Sarkozy qui a cru qu’il pouvait créer ex-nihilo un islam français et a offert une rampe de lancement aux Frères musulmans en y installant l’UOIF (aujourd’hui Musulmans de France), autant le FORIF fait semblant de reprendre cette ambition mais signe surtout l’impuissance de l’Etat. Défini comme un « espace de discussion » destiné à accoucher d’un islam de France, il a un seul mérite : l’échec prévisible de toute tentative de réforme pourra être attribué aux imams et leaders communautaires…
Drôle de truc… Et quelles sont les mesures annoncées par Gérald Darmanin, lundi dernier, lors du lancement de sa deuxième session ?
Je vais y venir. Le problème, c’est que la première stupidité est d’avoir cru que des politiques laïques allaient pouvoir influer sur l’identité d’une religion gagnée par la radicalité et utilisée comme un facteur de déstabilisation des pouvoirs temporels. Le nouveau machin (au sens gaullien du terme) réussit l’exploit de poursuivre les mêmes buts impossibles que le CFCM, avec encore moins de moyens pour y parvenir. Mais Gérald Darmanin et Emmanuel Macron, après avoir liquidé le CFCM, avaient besoin de faire croire qu’un islam de France était possible, cela alors que cette religion pose aujourd’hui des problèmes dans le monde entier. En Europe, l’islam est à la fois de plus en plus revendicatif et agressif, mais aussi de plus en plus rejeté et considéré comme incompatible avec les principes de libertés fondamentales, d’égalité ou de laïcité de nos sociétés ouvertes. Ce fossé qui est en train de se creuser a abîmé la cohésion sociale, et le gouvernement, qui pense qu’une partie de l’édifice de la société est en train de s’écrouler, craint de ne pouvoir contenir ni l’offensive islamiste ni une réplique identitaire violente. Il essaie de donner des gages à tout le monde et finit par ne montrer qu’incohérence et faiblesse. Le FORIF parle du rêve immature d’un président français qui croit qu’il va régler la mainmise de l’islam politique sur l’islam en multipliant les instances aussi inutiles que mal conçues. Le FORIF est donc né d’un double constat, l’un avoué, l’autre inavouable. Le tout est destiné à mettre les deux têtes de gondole de la République en posture de héros de la souveraineté, empêchant les ingérences des pays étrangers sous couvert de chasser les imams détachés.
Lancement du 2ème Forum de l’Islam de France (FORIF). Conformément aux instructions d’@EmmanuelMacron, le ministère @Interieur_Gouv accompagne les travaux du FORIF, qui réunit les musulmans de notre pays, réunis pour travailler sur des projets concrets ⤵️ pic.twitter.com/saBELfur2P
Le constat avoué est celui qui conduit à la suppression de ces imams au nom des jeux d’influence entre l’Algérie, le Maroc et la Turquie. Ceux-ci ont paralysé l’institution CFCM et en ont fait un relais de l’islam consulaire. L’islam devenait le moyen par lequel les pays d’origine gardaient un œil sur leurs ressortissants et essayaient d’empêcher toute intégration réelle. Ça c’est ce qui est avouable, mais Gérald Darmanin se garde bien de rappeler le triste épisode du refus de signer la charte de l’islam de France qui a amené à la rupture entre le CFCM et les pouvoirs publics. En effet, cette histoire a révélé que le CFCM était en partie gangrené par l’islamisme des Frères musulmans notamment – mais pas que. Ce qui était inévitable à partir du moment où Nicolas Sarkozy a laissé entrer l’UOIF (aujourd’hui rebaptisée « Musulmans de France ») dans le CFCM. Pour faire oublier notre grande capacité à produire de l’islamiste et du jihadiste en culture locale, Gérald Darmanin essaie donc d’ancrer l’idée que si l’islam pose problème, c’est parce qu’il est téléguidé par les pays étrangers. Donc en créant une instance de dialogue où les intervenants sont choisis par les préfectures, on essaie de faire croire que seule l’ingérence des pays étrangers est un problème dans l’islam en France et on nie le fait que nombre de musulmans les plus sous influence de l’islamisme sont des jeunes nés en France et que la plupart de ceux qui tuent en hurlant Allah Akbar ont des cartes d’identité françaises ou belges.
La vérité est que les pouvoirs publics veulent reproduire ce qui a été fait avec le catholicisme et le judaïsme en oubliant que ces religions sont très structurées, organisées et hiérarchisées. Rien de tout cela en islam où n’importe qui peut s’autoproclamer imam et où ce sont aujourd’hui les islamistes qui donnent le ton. Or cet islam politique est violent, haineux et totalitaire et il fait de l’Europe un territoire à conquérir. Le problème est qu’il séduit une partie de la jeunesse. Et ce n’est pas par son côté « spirituel ». Ces gens croient à la pensée magique, ils n’ont pas de quête d’élévation ; ce qui les nourrit, les fascine et les motive c’est l’ultra-violence et le pouvoir qu’elle confère. Pourquoi le Hamas a-t-il filmé le crime contre l’humanité commis le 7 octobre ? Parce que c’est un film publicitaire et que son public voit l’inhumanité comme un signe de virilité et un marqueur de puissance, la preuve de la validation divine d’une action. Et la population de Gaza ne s’y trompe pas qui a accueilli en héros des monstres qui trainent les corps ensanglantés de jeunes filles juives à l’arrière de leur pick-up. Quand une religion doit se battre contre ces démons-là, on ne l’aide pas en niant ce que tout le monde voit : le monde musulman a du mal à résister à l’offensive islamiste. De ce fait, ce type d’organismes est rapidement noyauté et celui-ci ne devrait pas échapper à la règle car les préfectures peuvent être très naïves sur le danger islamiste.
Pour en revenir aux mesures annoncées par Gérald Darmanin, elles vont du vœu pieu au tordage de bras en ce qui concerne les banques. Le FORIF est censé répondre à des préoccupations concrètes et en premier lieu à la question de la formation des imams en France. Sauf que la réalité est qu’aujourd’hui cette formation est dans la main des Frères musulmans. L’institut de formation de Château-Chinon comme celle de Saint-Denis sont des lieux de diffusion de l’idéologie fascisante de l’islam politique. Tout le monde le sait, rien n’est fait contre et on ne voit pas tellement comment cela pourrait changer. Les financeurs de ce genre d’activité, dans le monde musulman, faisant partie des pires intégristes (Qatar, Arabie saoudite…). Gérald Darmanin a ensuite fait une longue tirade victimisante sur les actes anti-musulmans. Oubliant de préciser que l’islam est la religion la moins attaquée en France et que le différentiel des actes anti-musulmans avec les actes anti-juifs et anti-chrétiens est énorme. Les Juifs qui représentent 0,6% de la population sont violemment attaqués et on a recensé plus de 2000 actes antisémites en 2023. Les actes anti-chrétiens tournent autour d’un millier par an et cette année, même avec une augmentation de 30%, on compte 242 actes anti-musulmans. La question qui n’est jamais posée parce que la réponse dérange est : « qui commet le plus d’actes anti-religion ? quel est le profil que l’on rencontre le plus souvent ?» Eh bien ce ne sont pas des commandos d’athées et dans le cas des Juifs, l’antisémitisme arabo-musulman est à juste titre pointé du doigt. Mieux vaudrait mettre la communauté musulmane face à cette réalité plutôt que la victimiser, alors que les chiffres disent le contraire et qu’elle fournit un gros contingent aux agresseurs. Quant aux aumôneries, dont il faut rappeler qu’elles concernent aussi l’armée, il faut espérer du discernement dans le recrutement. L’islam politique étant séparatiste et faisant de l’opposition aux principes, valeurs et lois occidentales, la base de l’affirmation de soi, mieux vaut veiller à ce que les aumôniers musulmans soient républicains. Ce qui impose d’en rabattre sur certains fondamentaux de l’islam : le refus d’accorder l’égalité aux femmes, mais aussi la prééminence des musulmans sur tous les autres et le statut inférieur accordé aux chrétiens et aux juifs… Tout cela est fort complexe et au vu de la naïveté et du manque de courage de nos dirigeants, ces orientations peuvent se révéler plus problématiques que le conte pour enfants servi par Gérald Darmanin dans son discours d’inauguration du FORIF. Finalement ce qui a vraiment fonctionné, c’est la décision de tordre le bras aux banques pour qu’elles acceptent de financer des édifices cultuels islamiques. Pendant qu’elles continuent à refuser les prêts aux particuliers et aux entreprises qui, elles, sont utiles au pays ! L’autre point qui devrait fonctionner est la multiplication des dérogations visant à ce que l’Etat finance en partie un culte dont une partie non négligeable des croyants assume son séparatisme. Ne fonctionne donc que ce qui dépend de l’Etat, au détriment de la laïcité, tandis que les représentants de l’islam consulaire et de l’islam politique ont avec le FORIF un nouveau jouet pour obtenir de l’Etat plus de financements pour leur religion. Pourquoi de tels choix ? Au nom de la croyance qu’en montrant l’acceptation de l’islam dans toutes ses dimensions et en favorisant l’accès au culte, la population musulmane trouvera sa place en France, la violence diminuera et tout rentrera dans l’ordre. Or toutes les études montrent que cette vision des choses n’a finalement abouti qu’à renforcer l’emprise islamiste et notamment celle des Frères musulmans, des wahhabites et des salafistes. Une emprise qui a pour but de construire un ennemi de l’intérieur. On ne voit pas comment le FORIF va remédier à cette réalité. Pourtant c’est elle qui inquiète les Français et explique la puissance de l’extrême-droite.
La fin des imams détachés, c’est tout de même toujours ça de pris, non ?
Cela n’a pas beaucoup d’importance. En effet cela compterait si les imams détachés étaient séparatistes, et si la France avait la capacité de former des ministres du culte républicain. Il y aurait donc un véritable gain. Mais je crains que les imams formés sur notre sol soient pires que ceux importés. En effet, la formation d’imam est largement entre les mains des islamistes en France. L’IESH (à Château Chinon et Saint-Denis), appelée pompeusement Institut Européen des Sciences Humaines pour faire oublier sa dimension religieuse est dans la mouvance des Frères musulmans, la Mosquée de Paris n’est pas très claire non plus sur ces formations. Rappelons que son recteur Chems Eddine Hafiz n’est ambigu que pour ceux qui vivent d’indulgence et d’aveuglement, un étrange dérapage au moment de la tentative d’assassinat de Salman Rushdie a dévoilé une facette du recteur qui fleurait bon la taqiya. Bien sûr le recteur n’a pas participé à la marche contre l’antisémitisme après le pogrom du 7 octobre et, alors que les juifs étaient massacrés, il a passé son temps à victimiser les musulmans. L’homme est surtout à la main d’Alger où le pouvoir bâtit sa légitimité sur la haine de la France, l’accusation de colonialisme et des liens de plus en plus ambigus avec les islamistes. Inutile de dire que compter sur de tels profils pour fabriquer des imams républicains est illusoire. L’IESH est soutenu notamment par des financements du Qatar, allié des Frères musulmans et soutien du terrorisme. Youssef Al Qaradawi, l’éminence grise des Frères musulmans, admirateur d’Hitler, soutien du jihad armé et théologien violent et obscurantiste y avait présidé la première remise de diplôme en 1992. Rien de tout cela n’est ignoré. En 2020, Le Parisien avait indiqué que l’IESH était défavorablement connu des services de renseignement comme diffusant un islam radical. Or depuis tout ce temps rien n’a été fait… L’autre vecteur de formation des imams, l’institut Al Ghazali dépend de la Grande Mosquée de Paris, laquelle est revendiquée par l’Algérie comme un facteur d’influence. Au sein de cette institution s’affrontent les islamistes et les tenants de l’islam consulaire mais personne ne songe à y élaborer un islam de France compatible avec nos lois, mœurs et culture. Bref une fois de plus on promène les Français en leur faisant croire qu’il y a un moyen de créer un islam de France alors que dans les faits seuls les islamistes sont en situation de le faire. Or eux sont idéologiquement formatés pour faire en sorte que jamais l’islam ne se sécularise et qu’il ne puisse ainsi jamais être compatible avec notre culture. Eux sont plutôt dans l’objectif de créer une cinquième colonne dans les pays européens, pas de permettre une pratique religieuse apaisée.
Pourtant, en annonçant ses nouvelles mesures pour l’islam la semaine dernière, le ministre de l’Intérieur a estimé que l’islam était une religion « comme les autres » dans notre pays. Elisabeth Lévy ne semble pas partager cet avis. Qu’en pensez-vous ?
Elisabeth Levy a notamment dit dans l’éditorial que vous évoquez que « l’islam sera une religion comme les autres quand on pourra le critiquer, se moquer de son prophète, le caricaturer sans avoir peur de prendre un coup de couteau ou une rafale de kalachnikov ». Elle a parfaitement raison et je n’ai rien de mieux à dire. Si l’islamisme est la version totalitaire de l’islam, cumulant ainsi violence totalitaire et dogme religieux, il n’en reste pas moins que l’islam est un système législatif qui, via la charia, est la base du droit des pays musulmans. Or la société que l’islam induit n’est pas compatible avec la nôtre car elle en rejette les fondamentaux : l’égalité entre les hommes n’existe pas en islam, la femme y est infériorisée et les croyants des autres religions sont traités en dhimmis (ils sont inférieurs, n’ont pas les mêmes droits que les musulmans et doivent faire profil bas ou payer un tribut pour avoir le droit de vivre en terre musulmane) ; les libertés fondamentales n’y sont pas garanties : le blasphème empêche la liberté d’expression et la liberté de conscience. L’appartenance religieuse est obligatoire : quand on est né dans une famille musulmane, refuser l’appartenance à l’islam peut être puni de mort (refus de l’apostasie), changer de religion également et être athée peut vous mettre en danger. Or ces situations ne sont pas des caractéristiques de l’islamisme mais de l’islam. La rédactrice en chef de Causeur a aussi raison quand elle dit que les études montrent qu’un tiers des musulmans et la majorité de la jeunesse musulmane sont travaillés par des forces séparatistes. Le problème n’est pas marginal. L’islam est aussi la seule religion au nom de laquelle on agresse et on tue partout dans le monde. Il existe bien sûr des musulmans sécularisés et qui ont trouvé leur place en France. C’est une certitude et cela doit être rappelé, mais l’islam n’est pas aujourd’hui une religion comme les autres. Les politiques le savent mais le dire est un tabou tant la société est divisée et tant la méfiance monte contre cette religion. Ce qui n’est pas irrationnel eu égard aux attentats et aux violences que notre sol a subis et subit encore.
Alors que Jordan Bardella lançait se campagne dimanche à Marseille, et qu’il a plus de 10 points d’avance sur la liste de la majorité, la macronie utilise les positions passées du RN sur la Russie pour le contrer. Est-ce que les postures politiciennes fermes que prend Gérald Darmanin vis à vis du « séparatisme » peuvent aider l’exécutif à ne pas connaitre une débâcle électorale ? M. Darmanin demeure-t-il un bon atout « droitier » pour séduire l’électorat inquiet vis à vis de l’islamisation du pays ?
Nous sommes en campagne, il est de bonne guerre d’exploiter les failles de l’adversaire. Le problème c’est que la macronie doit aussi gérer les sorties intempestives d’un président de la République souvent en roue libre. Sa sortie sur l’envoi de troupes en Ukraine a surtout fait peur à sa propre population et sa reculade quelques jours après ne contribue pas à affermir sa crédibilité face à Vladimir Poutine. Imaginez une danseuse face à un grizzli, croyez-vous que celle-ci repartira avec un manteau de fourrure ou que l’ours va faire un bon repas ? Renaissance risque assez rapidement de devoir gérer ses propres limites face à la Russie. D’autant que si la menace est réelle pour l’Europe, elle fait pour le moment moins peur que l’islamisme. Tout simplement parce qu’il n’y a pas de communauté russe séparatiste, commettant des attentats sur le sol européen. La menace est encore lointaine et si elle est réalisée en Ukraine, les habitants de l’Union européenne pensent que l’ours russe est encore loin d’eux. Là où la macronie n’a pas tort d’appuyer, et là où le bât blesse, c’est que la dépendance à une puissance étrangère est une question de souveraineté, et que la Russie n’est pas notre alliée. Elle est plus proche des Etats financeurs du terrorisme et de l’islamisme. Les deux menaces peuvent donc très bien se conjuguer. Reste à savoir quel impact cela aura sur l’électeur qui aujourd’hui ne parait pas très motivé par l’ouverture de la campagne des Européennes et a sans doute plus entendu la désastreuse sortie d’Emmanuel Macron que les accusations portées contre Jordan Bardella. Pour le reste, les postures politiciennes fermes de Gérald Darmanin ont surtout pour objet de booster la carrière de Darmanin Gérald et d’en faire le futur candidat de l’extrême-centre ou d’une union entre droite et macronie dans le cadre de la prochaine présidentielle. Que peut-il faire d’autre avec un président dont le « en même temps » marque l’absence de ligne directrice, de vision et de courage, qui comme la femme d’Ulysse défait la nuit ce qu’il tisse le jour ? Le ministre de l’Intérieur se consacre donc à ses ambitions et à son destin. Pour le reste bien sûr que ces postures ont aussi pour vocation de limiter la casse électorale. Ce qui n’est pas idiot. La macronie est un râteau. Vouloir être et de droite et de gauche, cela veut dire n’avoir aucune profondeur de champ, être inconstitué au point de pouvoir suivre tous les vents, comme une feuille morte. Cela impose un devoir d’inconsistance qu’Emmanuel Macron accomplit à merveille, mais nécessite la mise en avant de personnalités plus typées pour que les deux côtés du râteau puissent croire qu’ils impriment leur marque en sous-main. Pour la droite, Gérald Darmanin fait parfaitement le job. Mais l’homme est un village Potemkine, une façade de fermeté qui masque une réalité assez piteuse. Ainsi on se gargarise d’avoir fait expulser les imams Iqioussen et Mahjoubi, mais personne n’est en mesure de régler la question de la formation des imams entre les mains des Frères musulmans, la reconduite des OQTF est toujours aussi ridicule, le flux des migrants ne diminue pas, l’emprise islamiste sur la jeunesse musulmane s’étend et s’approfondit, les meurtres aux cris d’Allah Akbar deviennent monnaie courante, le nombre de mosquées intégristes s’étend et la capacité de la police à contrôler les mosquées reste dérisoire. Quant aux associations de gestion qui font venir ces imams et sont les maillons de l’islamisme autant que les imams, elles échappent à tout contrôle et à toute responsabilité. Or chasser Iqioussen ou Mahjoubi sans demander des comptes aux associations de gestion, c’est un peu comme faire tomber le tueur à gage sans inquiéter ses commanditaires, il suffit d’en recruter un autre, plus habile… La réalité montre qu’aucun travail n’est mené en profondeur alors que la menace islamiste grandit. Les Français de confession musulmane sécularisés, ceux qui adhèrent au mode de vie occidental et détestent les islamistes, sont pris en étau entre la montée de l’influence radicale et la lâcheté des sociétés occidentales. Les autres se sentent abandonnés. A ce titre, utiliser Gérald Darmanin pour faire croire que le pouvoir est prêt à combattre le rêve d’islamisation du pays que porte l’islam politique n’est pas bête mais risque de constituer une énième promesse trahie, une nouvelle manipulation cynique. Or en méprisant les demandes de son peuple, Emmanuel Macron se fait le meilleur agent électoral de Jordan Bardella. Et contre cela Gérald Darmanin ne peut pas grand-chose.
Le gouvernement entend soutenir une proposition de loi d’un parlementaire proche d’Edouard Philippe qui veut créer un malus sur les produits de la «fast-fashion» – ces vêtements à vil prix vendus par des marques comme Shein, Primark ou Temu. Nous ne sommes plus à ça près : on disait déjà aux consommateurs français quelles voitures ne plus acheter, quel logement énergivore ne plus louer ou ce qu’il ne faut plus manger avec le Nutriscore… Mais cela ne résout pas un autre problème : si l’industrie du luxe se porte à merveille, le secteur du prêt-à-porter français s’enlise dans une grave crise économique.
La « fast fashion» se trouve présentement sur le banc des accusés, ciblée par deux propositions de loi visant à pénaliser financièrement les principaux acteurs du secteur et à leur interdire d’émettre des publicités. La première proposition de loi a émané de la députée Anne-Cécile Violland. Elle sera défendue le 14 mars lors de la niche parlementaire du groupe Horizons. Elle vise la plupart des enseignes de « fast fashion », qu’il s’agisse de groupes asiatiques ne vendant qu’en ligne tels Shein ou Temu, ou de groupes possédant des magasins physiques, à l’image de l’Espagnol Inditex (Zara), des Suédois d’H&M ou des Irlandais de Primark. Peu après, le député Les Républicains Antoine Vermorel a lui aussi annoncé sa volonté de déposer une proposition de loi allant dans le même sens. Toutefois, certains de ses arguments semblent manquer le tir.
Cherchant à « démoder la fast fashion », le député de la Loire affirmait ainsi il y a quelques jours que Shein « détruit la filière textile française sans créer un seul emploi ». S’il est exact que Shein et les groupes comparables ne créent pas de travail sur le sol français, le prêt-à-porter français est pour sa part en crise depuis déjà plusieurs décennies et n’a pas eu besoin des entreprises asiatiques de e-commerce pour péricliter.
Le Sentier de la gloire, de l’histoire ancienne
Des marques ayant eu naguère pignon sur rue font désormais la queue au Tribunal de Commerce de Paris, toutes menacées de procédures de liquidations judiciaires. On y trouve des spécialistes du prêt-à-porter féminin comme Kookaï, Naf-Naf et Pimkie ou des marques d’habillement pour enfants, comme Du Pareil au Même et Sergent Major qui tous sont récemment venus grossir les rangs des déficitaires. Inquiète, la Ministre des petites et moyennes entreprises et du Commerce Olivia Grégoire déclarait l’an passé qu’ « à force de dire que l’habillement va mal, il (risquerait) d’y avoir un vrai sujet autour des financements de ces sociétés ».
Pourtant, ce déclin est ancien et s’est amorcé au tournant des années 1980 avec la concurrence des productions asiatiques rendue possible par la mondialisation. Il s’est simplement accéléré depuis les années 2000 avec la montée en puissance des rouleaux-compresseurs de la fast-fashion, comme Zara et H&M. L’arrivée sur le marché de l’habillement du e-commerce, comme Shein ou Temu, n’est que la goutte qui fait déborder le vase.
Mais quand les parlementaires ou le ministre de l’Écologie Christophe Béchu demandent aux Français d’acheter moins de vêtements, ils croient déshabiller Shein et Zara… mais ils ne rhabillent pas Kookaï ! Pourtant, la concurrence a ses vertus et devrait normalement pousser les entreprises à innover, à se repositionner, à repenser leur modèle industriel. D’ailleurs, certaines enseignes françaises se portent très bien : ainsi, Petit-bateau, Célio et Jules ont su, chacune à sa manière, se développer et conquérir de nouveaux marchés avec des choix stratégiques et des positionnements marketings intelligents.
La maille française cherche la faille
Il n’y a donc aucune fatalité, à condition que les entreprises françaises ne s’enlisent pas dans des images de marque et des modèles économiques dépassés. Après tout, regardons les chiffres : Shein, Temu et Amazon n’ont totalisé « que » 4% des ventes globales de textile pour l’année 2024 en France. Leur attractivité tient avant tout dans le prix et dans leur capacité à livrer rapidement.
Pour survivre à cette féroce concurrence, les groupes français doivent trouver la faille et se distinguer avec des produits attractifs, des marques fortes et repenser la visite en boutiques. Car c’est finalement le nœud gordien du défi posé par les entreprises en ligne : pour concurrencer les achats sur sites web désormais possibles depuis smartphone, il faudra une bonne raison au consommateur de se rendre en magasin.
Interrogé sur le sujet dans le Républicain Lorrain, Gildas Minvielle, directeur de l’Observatoire de la mode, déclarait d’ailleurs que la crise du textile français n’était pas une fatalité : « Plutôt que de fatalité, je préfère parler de correction qui malheureusement est en cours et dont la fin est très difficile à estimer. Cette correction se fait actuellement par rapport à la période des années 2000 à 2020, durant laquelle il y a eu sans doute trop d’ouvertures de magasins et d’enseignes. Le tournant d’internet a peut-être été mal géré par certains et la stratégie conduite face à l’arrivée de nouveaux acteurs n’a sans doute pas été la bonne. Mais en tout cas, la crise actuelle du secteur n’est pas une fatalité. Ce mot ne convient pas. Car il y a quand même des succès dans la mode ». Le prêt-à-porter français peut encore habiller l’hexagone et le monde. Il faudra qu’il innove pour y parvenir.
Une étude contredit le discours des militants trans
Ces dernières années, dans les pays occidentaux, les cas de dysphorie de genre se sont multipliés. De plus en plus de mineurs, ou de jeunes adultes, disent ne pas se reconnaître dans leur sexe de naissance et se sentent appartenir au sexe opposé.
Si tu doutes, abstiens-toi de le dire
Ce phénomène doit-il nous inquiéter ? Non, répondent à l’unisson les médias dominants, qui relaient allègrement le discours des militants trans tout en taxant de transphobie ceux qui manifestent une certaine réticence envers ce nouveau « progrès ». De plus, selon une étude danoise de 20231, le risque, pour les personnes trans, de faire une tentative de suicide est huit fois plus important. Ainsi, certains militants font preuve d’un véritable terrorisme intellectuel en accusant les tenants d’un discours critique sur cette question d’avoir une responsabilité dans le suicide de ces individus.
Les parents « d’enfants trans » sont les premiers visés par ces discours. S’ils émettent des réserves, s’ils sont sceptiques face à un enfant leur certifiant « qu’il n’est pas né dans le bon corps », selon l’expression désormais consacrée, alors une entreprise de culpabilisation se met en place. « Vous préférez un fils, ou une fille, trans ou mort ? » leur demande-t-on péremptoirement. Le seul moyen d’aider ces personnes serait donc d’accéder à leurs demandes sans discuter, car s’y opposer, ou simplement les questionner, reviendrait à les pousser à commettre l’irréparable.
Hommes qui menstruent et femmes à barbe
Seulement, une étude finlandaise, récemment publiée par le British Medical Journal2, vient battre en brèche cet argumentaire militant. En analysant le cas de jeunes Finlandais souffrants de dysphorie de genre entre 1996 et 2019, des chercheurs avancent que, si le taux de suicide est effectivement plus élevé chez ces personnes, ce n’est pas en raison du rejet dont elles feraient l’objet, mais parce que cette dysphorie a tendance à toucher des gens qui ont déjà des fragilités psychologiques. De plus, l’étude affirme que la chirurgie, appelée de « réassignation sexuelle », permettant à une personne de parachever sa transition « n’a aucun impact sur le risque de suicide ». Cette étude vient donc contredire le discours affirmant qu’il n’existe pas d’alternative à la transition de genre.
Une victime est née. Et il y a fort à parier que, dans les années qui viennent, elle deviendra la victime princeps, celle qui incarne toutes les autres et les surpasse dans le malheur. Cette victime c’est l’enfant. Après les femmes, le moutard est le nouvel « invisibilisé » de nos sociétés, dixit Libération. On avait plutôt l’impression que, dans les sociétés occidentales, dopées au sentiment et à la consommation, l’enfant était le roi du monde, la cible prioritaire des marchands de tout, le représentant des générations futures devant lequel le boomer-pollueur doit faire repentance, le petit ange qui apprend la vie et l’écologie à ses parents. Apparemment ça ne suffit pas.
SOS Gossophobie
D’accord, les incestes et violences, sexuelles ou pas, commis sur des enfants ne sont pas un sujet de moqueries ou de subtilités rhétoriques. Évidemment. Encore faut-il rappeler que, d’une part, ils sont sévèrement condamnés par la loi et la société et que, d’autre part, ils ne représentent pas la norme, mais sa transgression. Aujourd’hui, personne n’affirmerait publiquement que la sexualité des enfants doit être encouragée – du reste, il paraît qu’elle n’existe pas.
Toutefois, ce n’est pas à cause de ces tragédies que l’enfant gagne le pompon du mal-aimé de l’Occident.
D’abord, il y a tous ces mioches qui ne sont pas nés, soit parce que leur mère a choisi d’avorter, soit parce qu’il y a des couples trop égoïstes pour se reproduire. Guillaume Peltier, vice-président de Reconquête, est gêné par « tous ces politiques qui n’ont pas d’enfants ». Être parent serait, selon lui, un plus pour gouverner, une garantie de sérieux, « une assurance que la valeur de la transmission passe avant celle de l’ambition ». Penser qu’il faut vivre quelque chose pour le comprendre, c’est renier des siècles d’études et de recherches. Et puis, vu que, depuis des siècles, une immense majorité de nos dirigeants peut se targuer d’une descendance, nous devrions vivre dans le paradis du bien commun, délivrés du cynisme et de l’égoïsme. C’est aussi au nom de ces divins enfants qu’il faudrait écarter par principe l’envoi de troupes en Ukraine. En somme, nos pères se battaient et mouraient pour que leurs enfants soient libres, nous refusons l’idée même de nous battre pour que nos enfants ne soient pas orphelins.
Hormis des benêts gauchistes (fort nombreux il est vrai), personne ne s’oppose à la mise en œuvre de politiques natalistes permettant à tous ceux qui le veulent d’avoir des enfants. Mais si la parentalité devient un devoir civique, une injonction faite aux individus, il va falloir se mettre à jour. Quelqu’un aurait un môme à vendre ou à louer ?
Il y a plus grave : un nombre croissant de nos contemporains est en proie à une inquiétante pédophobie – ce qui ne veut pas dire « peur des pédophiles ».
Laisse pas traîner ton fils
Dans Le Monde, Jean-Michel Normand constate la multiplication des espaces « no kids[1] ». Oui, il y a des monstres qui, avant de prendre le train ou de réserver un hôtel, s’assurent qu’il n’y aura pas d’enfants. De multiples prestataires, à l’image de ce site appelé adultsonly, non ce n’est pas ce que vous croyez, proposent des voyages, dîners et autres activités sans enfants. Le « no kids » est une niche. Au grand dam de Nadia Daam qui affirme sur France Inter : « Avoir un enfant dans les parages n’est pas une option qu’il serait possible d’activer pour se rendre la vie plus agréable, comme un siège dans le sens de la marche ou la sauce à part. Ils sont là, ils en ont le droit et puis c’est tout[2]. » Puisque les enfants sont des enfants, « ils ont le droit et puis c’est tout ». Eh bien non. Hormis les bébés inaccessibles au raisonnement et aux supplications, un enfant n’a pas le droit de pourrir la vie de son entourage. On suppose que Nadia Daam ne laisserait pas son gamin frapper un inconnu. Pourquoi le laisserait-elle hurler ? Si on ne peut pas exiger d’un enfant de 6 ans qu’il s’acquitte de devoirs en échange de droits, c’est aux parents de le faire. Il y a dans les trains ou dans les restaurants des tas de gens qui, ayant élevé une progéniture, entendent profiter du reste de leur vie. Et d’autres qui ont choisi de ne pas en avoir, peut-être parce qu’ils aiment le calme ou veulent écrire des livres. Ils payent volontiers des impôts pour que les enfants des autres puissent étudier – et financer un jour leur retraite. Doivent-ils, pour expier le crime de ne pas être parents, supporter toutes les inquiétudes et désagréments de la charge alors qu’ils ont renoncé à ses plaisirs ?
Une de mes amies, quoique franchement de gauche, a coutume de dire à ses enfants qu’ils sont tolérés à la table des adultes. Ils peuvent assister au dîner à condition de se faire discrets. Autrement dit, c’est à eux de s’adapter aux adultes, pas le contraire. Prétendre que le monde doit être intégralement et exclusivement pensé pour les enfants revient à nier la différence entre les générations comme on nie celle des sexes. Je suis néanmoins prête à faire une concession : si on interdit la musique dans les restaurants, je consens à y tolérer les petits humains. À condition qu’ils se la ferment.
[1] Jean-Michel Normand, « Les espaces « no kids » se multiplient : pourquoi ne supporte-t-on plus les enfants ? », Le Monde, 25 février 2024.
[2]« Les enfants sont-ils de plus en plus mal élevés ? », France Inter, radiofrance.fr, 25 février 2024.
Notre chroniqueuse salue ici le travail d’un cinéaste promis selon elle à un grand avenir: Jean-Baptiste Durand. Son film « Chien de la Casse » (2023, Meilleur premier film aux derniers César) se présente comme la continuation de son travail de peintre par lequel il a commencé. Elle déplore par ailleurs, mais sans s’y attarder, qu’on ait réduit ce long métrage à une banale chronique de jeunes qui s’ennuient et fument des joints, alors qu’il relève du registre plus élevé de la tragédie.
Le 23 février dernier, lors de cette cérémonie des César qui fit couler tant d’encre, Raphaël Quenard remporta le César de la « meilleure révélation masculine », amplement mérité, pour Chien de la Casse de Jean-Baptiste Durand, sorti en avril 2023. Raphaël Quenard illumina ma soirée de sa grâce gouailleuse, et porteuse d’espoir. En effet, dans mon souvenir, aucun acteur récompensé n’a terminé son discours en prononçant « Vive la France ! » – ou alors, c’était il y a longtemps.
Le cinéma français est mort, vive le cinéma français !
Donc, comme une idée fixe, je me suis dit qu’il fallait absolument que j’aille voir Chien de la Casse. J’étais assez mécontente de moi car, en étant passé à côté de ce film, au moment de sa sortie, j’avais manqué à tous mes devoirs de cinéphile. En effet, être à l’affût, curieuse des films français qui sortent, est mon credo, car on tombe souvent sur des pépites, n’en déplaise aux grincheux qui prétendent que le cinéma français est mourant, soumis au wokisme, ou usine à navets. Des navets, le cinéma français en a produit de tout temps, il est même de bon ton, aujourd’hui, de réhabiliter Les Sous Doués ou On se calme et on boit frais à St Tropez. Peut-être bien que le trop plein de nostalgie nous égare… Avant d’entrer dans le vif du sujet, il me semble important de rappeler que notre pays a toujours produit son lot de cinéastes inclassables et géniaux, des électrons libres, apolitiques ; de Jean Vigo à Eustache, en passant par le trop méconnu Jacques Rozier. Et je ne crois pas me tromper, en affirmant que Jean-Baptiste Durand est déjà de cette trempe. Nous y reviendrons. Grâce à la victoire de Raphaël Quenard, le film bénéficie d’une seconde vie, et cela n’est que justice, car il s’agit, à mon sens, d’un petit chef-d’œuvre, où se mêlent Pialat, Eustache et Kechiche, le tout filmé comme une sorte de roadmovie statique.
Comme souvent, les médias mainstream ont réduit l’intrigue à sa portion congrue : des jeunes désœuvrés dans un petit village de l’Hérault se regroupent autour d’une fontaine pour fumer du cannabis. En réalité, ils passent complètement à côté de ce film, si riche et dans sa forme et dans son fond. La performance des acteurs a en revanche été saluée, en particulier celle de Quenard, qui joue Mirales, un personnage truculent, à l’éloquence remarquable, cultivé (il ne cesse de citer Montaigne), un pudique extraverti, davantage une figure de proue, un électron libre qu’un chef de bande. Autre chose m’a frappée : ces jeunes ne sont pas de ceux que l’on pourrait qualifier de « cassos. » Ils ont des rêves, pour la plupart ont fait des études, mais ne sont pas à leur place. D’ailleurs Mirales affirme que cet endroit finira par le tuer.
Il existe un très bon making of du film, comme une exégèse qui nous permet de mieux comprendre le travail du réalisateur, lequel n’a rien laissé au hasard ; en effet le film est pensé, construit, comme une œuvre d’art à part entière.
Quand une fille s’en mêle…
Jean-Baptiste Durand était élève aux Beaux-Arts de Montpellier. Très vite, il s’est mis à peindre des toiles hyper réalistes, représentant ses potes, assis sur les bancs de la place de ce village charmant mais inerte. Pour lui, le film est la continuité de ce travail. De fait, tous les plans sont picturaux, léchés, jusqu’aux vêtements des personnages principaux qui obéissent à des codes couleurs. Cependant, cette maestria ne se voit pas et heureusement. Durand est de ces réalisateurs virtuoses qui ne se regardent pas filmer. Tout est naturel, tout coule de source. Il a d’ailleurs déclaré avoir eu un rapport physique au tournage, la sensation plastique de vouloir toucher la matière, comme le peintre qu’il fut. La musique joue également un rôle clé dans le film. Elle a été composée par Delphine Malaussena. Le morceau principal forme une boucle lancinante, faite de percussions discrètes et parfois de violons incitant au lyrisme. Durand affirme avoir utilisé cette mélodie récurrente pour « déplacer le réel ». Car le film s’appuie bien évidemment sur le réel, réel qui ne sert finalement que de décor à l’histoire qui est celle d’une triangulation de deux amis qui deviennent ennemis à cause d’une fille qui s’immisce dans leur duo. Une histoire éternelle au fond, qui évoque les grandes tragédies de Shakespeare ou de Racine, ou les teen movies américains des années 50. Quant au titre – qui intrigue- il joue également un rôle essentiel. Polysémique, l’expression « chien de la casse » désigne des personnes peu recommandables, des voyous sans envergure. Mais surtout, ce titre encapsule les relations des deux personnages principaux : Mirales et… Dog, dans une relation dominant-dominé, qui s’inversera comme dans toutes les bonnes histoires. Mirales possède également un chien qui répond au nom de Malabaret et joue un rôle crucial… Enfin, Mirales comprendra que si la vie est une chienne, il faut la tenir en laisse.
Sauf problème de santé ou autre incident imprévu, le duel Trump-Biden semble de plus en plus inévitable. L’ancien président Donald Trump triomphe, lors du « Super Tuesday », et confirme sa mainmise sur le Parti républicain en écrasant sa rivale, Nikki Haley, qui ne devrait obtenir que l’État du Vermont. Le magnat de l’immobilier devrait donc être investi pour la troisième fois consécutive par le Great Old Party.
Derniers résultats: Donald Trump, qui devrait remporter le soutien de 893 délégués au terme de cette nuit, pourrait atteindre le seuil de 1215 délégués vers la mi-mars.
Les premiers scrutins de la primaire républicaine de 2024 sont venus confirmer les récents sondages. Nous assistons à une domination de Donald Trump sur le Parti républicain. Il a notamment gagné dans tous les États, sauf à Washington D.C, avec des marges très importantes. Pourtant, Nikki Haley se dresse encore face à lui et n’a pas encore abandonné. Ainsi, si elle ne se retire pas, quand est-ce que Donald Trump va remporter la primaire et être investi candidat des républicains pour la troisième fois consécutive ?
Trump dominant et triomphant
Depuis les élections de mi-mandat de 2022, un doute existait au sein du Parti républicain concernant la capacité de l’ancien président à mener son camp à la victoire. Beaucoup pensaient Donald Trump mort politiquement et estimaient que le moment était venu pour un changement avec l’émergence de nouvelles têtes et un retour aux fondamentaux du Parti républicain.
Pourtant, son triomphe lors des premières élections de la primaire vient confirmer ce que de nombreux sondages semblaient indiquer en 2023, c’est-à-dire que le Great Old Party lui est idéologiquement acquis. Donald Trump a bien compris qu’il bénéficie d’une base électorale très mobilisée et qui lui est fidèle. Le cœur de son électorat est composé d’une population rurale, blanche et religieuse qui perçoit Trump comme le sauveur de l’Amérique. Sa force réside dans le fait qu’il réussit à parler à cette Amérique oubliée qui ne se sentait plus représentée par les ténors du Parti républicain et qui voulait du changement.
Jamais avant lui un candidat à l’investiture d’un des grands partis, hors président sortant, n’avait autant dominé une primaire. Dire qu’il marche sur la primaire républicaine ressemble à un euphémisme, puisqu’il a remporté toutes les primaires excepté celle à Washington D.C.
Le «Super Tuesday» devrait confirmer cette domination et presque tous les candidats qui se dressaient contre lui au début de l’année ont jeté l’éponge et décidé de le rejoindre. À titre de comparaison, en 2016, Trump avait dû batailler avec Ted Cruz pour l’investiture, et malgré sa large victoire, il lui avait concédé certains États.
Mais cette primaire qui dure reste un fardeau pour lui
Malgré ces succès électoraux, Trump n’avait pas anticipé la résistance de son ancienne ambassadrice à l’ONU, Nikki Haley. Cette dernière cherche à exister dans cette primaire pour incarner l’avenir du parti et ainsi se positionner pour les élections à venir. À la différence des autres candidats comme Ron De Santis, Vivek Ramaswamy ou Chris Christie, Nikki Haley n’a pas l’intention de jeter l’éponge rapidement. Si elle est consciente qu’elle ne pourra pas empêcher la victoire finale de Trump, elle veut se démarquer des « autres », ceux qui ont choisi de prêter allégeance à l’ancien président. Cette opposition au sein du parti est mauvaise pour le magnat de l’immobilier car elle le force à multiplier les attaques et à dépenser de l’argent qu’il doit déjà allouer à ses importants frais de défense judiciaire… Ces affaires lui prennent de l’énergie, du temps et de l’argent, et surtout le poussent à se révéler et à être continuellement sur l’offensive ; c’est un caillou dans la chaussure de celui qui comptait rassembler et économiser ses forces. La primaire républicaine ne devait être qu’une promenade de santé, et Donald Trump aurait préféré s’attaquer le plus rapidement possible à Joe Biden et à son bilan. Ce dernier est une cible facile pour Trump, alors qu’il est incapable de défendre correctement son bilan – qui n’est pas catastrophique mais que les Américains dénigrent. Et en politique, quand on doit commencer à expliquer son bilan et à se justifier pour ses actions, c’est qu’on est en train de perdre. Biden n’arrive pas à décoller dans les sondages et une étude récente menée par NBCNews montre que les électeurs jugent Trump comme plus apte à gérer les dossiers migratoires, économiques ou la délinquance, des thèmes qui s’annoncent comme majeurs en vue de l’élection de novembre. Joe Biden est également, on le sait bien, vivement critiqué pour son grand âge et ses capacités cognitives douteuses, ce qui inquiète les Américains – même si cette inquiétude des électeurs peut sembler paradoxale sachant que Trump n’a que quatre ans de moins que lui.
Plusieurs questions demeurent malgré tout
La victoire de Donald Trump lors de la primaire républicaine semble entérinée et on ne se demande pas s’il va la remporter, mais quand il le fera. La prochaine grande confrontation a lieu lors de ce « Super Tuesday » où 15 États vont s’exprimer parmi lesquels le Texas ou la Californie. Lors de cette journée du mardi 5 mars, près d’un tiers des délégués vont être alloués (865 sur les 2429 délégués). Les intentions de vote, les résultats précédents et la dynamique de la campagne indiquaient que Donald Trump pourrait effectuer un grand chelem en remportant tous les États. Cela permettrait à l’ancien président de se rapprocher de l’obtention des 1215 délégués nécessaires pour être investi officiellement candidat des Républicains pour la troisième fois consécutive.
Deux grandes options : soit Nikki Haley abandonne, soit Donald Trump doit obtenir les délégués nécessaires pour l’emporter. Dans la première hypothèse, cela présuppose qu’à la suite d’une défaite lors du « Super Tuesday », l’ancienne représentante ne possède plus les moyens de continuer la campagne. En effet, si elle a annoncé récemment qu’elle souhaitait aller jusqu’au bout, ses donateurs et ses soutiens pourraient cependant l’inciter à stopper son aventure. Dans la seconde hypothèse, Donald Trump s’approche des 1215 délégués nécessaires avec une grande victoire lors du « Super Tuesday » mais ne les obtient officiellement que le 12 ou 19 mars. À ces dates, des États importants comme la Floride ou l’Ohio devraient consacrer définitivement l’ancien président.
Toutefois, tout ce que l’on voit comme une force peut se retourner contre Trump. En effet, la candidature de Donald Trump pose des problèmes au Parti républicain, dans la mesure où il est perçu comme trop extrême et clivant (il doit se montrer de plus en plus dur à Haley). Cela risque de lui compliquer la tâche et l’empêcher de rassembler et brasser un électorat plus large par la suite, notamment dans l’optique de séduire les modérés ou autres déçus de Biden.
Pierre Clairé, Directeur adjoint des Études du Millénaire, think-tank gaulliste et indépendant spécialisé sur les politiques publiques et spécialiste des questions internationales et européennes.
Sean Scull, analyste au Millénaire sur les questions internationales
Notre dossier du mois, consacré à l’audiovisuel, dit « Non ! » à la police politique. Dans un grand entretien avec Elisabeth Lévy, Delphine Ernotte Cunci, la présidente de France Télévisions, nie vouloir voir la fin d’une chaîne privée comme CNews. Si, selon la promesse qu’elle a faite en assumant ses fonctions en 2015, il y a aujourd’hui plus de « diversité » à l’antenne et moins de « mâles blancs de plus de 50 ans », elle réfute que le service public soit soumis à une quelconque orientation idéologique et affirme que la cancel culture n’y a pas sa place. La preuve en est que deux films – J’accuse de Roman Polanski et Illusions perdues avec Gérard Depardieu – ont été diffusés récemment. Présentant notre dossier, Elisabeth Lévy explique que l’offensive lancée par Rapporteurs sans Frontières contre CNews, validée par le Conseil d’État, a bénéficié du silence complice de la majorité des journalistes. Ces antifascistes professionnels ne s’indignent pas de l’instauration d’une police politique des médias et demandent davantage de censure. Dans ce climat délétère, Delphine Ernotte a eu le courage de répondre à nos questions et de défendre la liberté d’expression. Causeur a voulu quand même enquêter sur France Télévisions parce que la liberté est en danger. Pour notre directrice de rédaction, il est certes vrai que, comparée à France-Inter, France TV est « un modèle d’équilibre et de pluralisme ». Mais son cahier des charges et l’idéologie spontanée se conjuguent pour créer un ronronnement progressiste, un multiculturalisme d’atmosphère qui imprègne à des degrés divers la fiction et l’information.
Gérard Depardieu a-t-il fait une blague salace sur une fillette dans un haras nord-coréen ? C’est ce que montrent les images et leur commentaire diffusés par Complément d’enquête. Or, selon Yann Moix, réalisateur de cette séquence, l’acteur évoquait une cavalière adulte, restée hors champ. Selon Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, faute de preuve absolue, toutes les hypothèses restent sur la table. Moix leur confie que, à son avis, ses images ont été détournées de leur sens. Didier Desrimais a lu et regardé les matons des médias – qu’ils soient dans Télérama, Libération, Le Monde, sur France-Inter ou au parlement, comme Aymeric Caron – qui ne savent pas quoi inventer pour faire interdire CNews. Qu’a-t-il trouvé ? Mensonges, attaques personnelles, procès d’intention… L’ancien directeur du Conseil supérieur de l’audiovisuel, Jean-Éric Schoettl, est formel : l’arrêt du Conseil d’État va à rebours de la doctrine de l’Arcom et des jurisprudences française et européenne : plus il y a de supports médiatiques, moins leur liberté éditoriale doit être bridée. Seules les chaînes de service public, tenues par le principe de neutralité, doivent refléter tous les courants d’opinion.
Côté actu, l’enfant est à l’honneur. Dans son édito du mois, Elisabeth Lévy parle de la transformation des très jeunes par le commentariat de gauche en nouvelles victimes de la société, après les femmes et les minorités ethniques et sexuelles. D’un côté, il y a des adultes méchants qui refusent d’avoir des enfants et qui sont traités de haut par ceux qui en ont et se croient donc moralement supérieurs. De l’autre, il y a les méchants adultes qui veulent des espaces sans enfants, dans les trains, les hôtels et les restaurants, pour avoir la paix. Ils n’ont pas tort. Le monde ne doit pas être exclusivement pensé pour les enfants. Alexeï Navalny est décédé le 16 février dans un centre pénitentiaire de l’Arctique. On ignore toujours ce qui l’a tué. Pour Jean-François Colosimo, qui se confie à Jean-Baptiste Roques, il ne fait pas de doute que le prix Sakharov 2021 est mort en martyre du poutinisme. Derrière les grandes déclarations et condamnations, la réaction de nombreux pays arabes à l’opération militaire israélienne à Gaza est plutôt mesurée. Selon Gil Mihaely, de nombreux signes laissent penser que l’esprit des accords d’Abraham perdure dans la région, et que, une fois son but de guerre atteint par Tsahal, une sortie par le haut est possible. Stéphane Germain se demande si nous assistons à la fin de l’Europe écolo-woke. Sous l’égide de l’Allemagne, l’idéologie des Grünen s’est imposée à l’Europe et aux Français dans les secteurs de l’énergie, de l’agriculture ou de l’immobilier. Le prochain parlement européen en finira-t-il avec ces politiques de décroissance ? Judith Godrèche n’en finit pas d’accuser-condamner les hommes qui ont partagé sa vie et sa carrière d’actrice. La profession est sommée de racheter son âme et c’est pour cela, selon l’analyse de Sabine Prokhoris, que cette dernière n’hésite pas à sacrifier ses monstres sacrés. Enfin, je dévoile le nouvel outil qu’ont trouvé les militants transgenres pour promouvoir leur propagande auprès des jeunes : les vidéos porno ! Grâce aux films amateurs et aux plateformes spécialisées, le porno trans fait un tabac et crée des vocations.
La culture débute par un grand classique moderne. Les ultimes volumes du Journal de Philippe Muray sont enfin parus. Cette chronique de l’effondrement du monde contemporain n’épargne personne. Muray y relève les symptômes d’une mutation anthropologique en cours et annonce ses effets ravageurs. Selon l’essayiste Georges Liébert, qui a été son éditeur, cette démonstration d’humour et de lucidité se double d’une superbe férocité. Les Amis du Champ-de-Mars veulent nous faire encore aimer Paris. Ils viennent de publier un ouvrage richement illustré que Jonathan Siksou a lu pour nous. Il démontre que les abords de la tour Eiffel sont un exceptionnel conservatoire architectural et artistique, de l’Art Nouveau à l’Art Déco. Par le timbre de sa voix et la puissance de ses interprétations, Maria Callas a bouleversé l’art lyrique, nous rappelle Alexandra Lemasson. Une biographie et un roman rendent hommage à cette femme qui a forgé son mythe. Emmanuel Domont a été reçu chez l’écrivain Simon Liberati à l’occasion de la sortie de La Hyène du Capitole, deuxième tome de sa trilogie entamée avec Les Démons. Passé maître dans l’art du portrait, ce dandy des lettres se plaît à entremêler le réel et la fiction. Pour plus de douceur, suivons Emmanuel Tresmontant qui raconte l’aventure de Jacques Genin. Après une enfance difficile et sans formation particulière, ce garçon plein de rage et hypersensible est parvenu à transformer sa colère en force créatrice, jusqu’à devenir l’un des meilleurs pâtissiers-chocolatiers de France. Jean Chauvet s’interroge : le cinéma aurait-il soudain décidé́ de s’intéresser sérieusement au sujet de l’éducation via des films de fiction, certes inégaux, mais qui dépassent les caricatures et les clichés habituels ? Gilles-William Goldnadel se met dans la peau d’un jeune benêt de gauche recruté par l’Arcom pour évaluer le pluralisme et l’équilibre des opinions sur les ondes. Il déplore tous les intervenants de droite, surtout « un avocat avec un cheveu sur la langue, qui a sorti un livre contre l’extrême gauche qu’il prétend antisémite » ! Enfin, outre les excellentes chroniques d’Emmanuelle Ménard et d’Olivier Dartigolles, Pascal Louvrier nous fait redécouvrir le chef-d’œuvre d’Albert Simonin, Touchez pas au grisbi ! À Causeur, nous ne sommes pas des caves mais, devant la pensée unique, nous ne cessons de nous rebiffer.
Ile de Beauté. Emmanuel Macron et Gérald Darmanin veulent que le vaste chantier de l’autonomie avance d’ici mi-mars. Une révision constitutionnelle semble indispensable pour tenir les promesses présidentielles de septembre 2023. Un chemin très hasardeux les attend.
A défaut de l’avoir fait sur le premier, dont on se souviendra uniquement quant aux crises qui l’ont jalonné (gilets jaunes, Covid, Ukraine), Emmanuel Macron tient absolument à marquer son second mandat de réformes constitutionnelles. Il en avait amorcé une à la fin de son premier mais elle est restée lettre morte.
Alors, puisque le Sénat vient de décider de sa validation, il va inscrire dans le marbre la protection de l’IVG. Soit. Il veut désormais une réforme de la Corse.
Pensées complexes
Ainsi en septembre 2023 il s’est exprimé devant l’Assemblée de Corse sur l’avenir institutionnel de l’Île de Beauté. Il a prévenu que ce « moment historique » ne se fera pas « sans » ou « contre » l’État français. Dans un discours fleuve, dont il a de plus en plus la manie, et « afin d’ancrer pleinement la Corse dans la République », il a souhaité son « entrée dans la Constitution », un geste qu’il a même qualifié « d’indispensable ». Le président a aussi évoqué « une autonomie à la Corse », qui ne serait « pas contre ou sans l’État mais pour la Corse, dans la République ». S’il n’a pas précisé davantage les contours des changements, les futures annonces devront faire l’objet d’un consensus politique au sein de l’Assemblée de Corse. Le résident de l’Elysée souhaite « ouvrir une gouvernance libre et responsable, compatible avec la Constitution ». Il a même annoncé qu’« un texte constitutionnel et organique » sera soumis à son vote « d’ici six mois », soit mars 2024. Ensuite, s’il est accepté, un processus de révision constitutionnelle sera engagé.
Le 27 février, Gérald Darmanin a reçu les principaux représentants de l’Ile afin d’évoquer le projet. Depuis le discours présidentiel de septembre, on a senti un manque d’investissement certain du ministre de l’Intérieur (chagriné de n’avoir pas été nommé à Matignon et polarisé sur Mayotte) dans un dossier dont il a pris soin d’en attribuer la paternité au président de la République. Mais dorénavant il a dû avancer seul puisque le président est affairé sur les problèmes agricoles (la séquence du Salon a été un fiasco total) et empêtré dans une politique étrangère on ne peut plus erratique. Après plusieurs heures de débat, il semblerait que Gérald Darmanin n’ait pas seulement accepté l’idée d’une capacité d’adaptation de la Corse au pouvoir réglementaire et législatif. Il a aussi validé celle d’une « autonomie législative » propre à la collectivité. Cette position a bien entendu réjoui Gilles Simeoni, président du Conseil exécutif de Corse depuis 2015 : « Il est acté, en l’état actuel du texte, que la Corse sera dotée d’un statut d’autonomie au sein de la République ». Donc, si l’on s’en tient à çà, il faut désormais traduire cela dans la Constitution. Car, si l’on a bien compris le discours de septembre, c’est la volonté présidentielle que de graver ceci dans le marbre.
Plus personne ne s’est frotté à la question du « peuple corse » depuis Jospin
Il convient de rappeler ici les principales évolutions de la Corse au fil de notre histoire. Le département de Corse est créé à la Révolution française le 4 mars 1790, vingt-deux ans après que la république de Gênes a cédé ce territoire insurrectionnel et indépendant sous l’ère de Pasquale Paoli à la couronne de France. C’est en 1793 que l’île est divisée en deux départements. Suite à la rébellion qui se fait à Bastia, en 1811, le département unique est restauré par décret impérial. La deuxième partition se produit en 1976 et renoue avec les frontières de la première. Seuls les noms changent : Haute-Corse et Corse-du-Sud. Cette partition nouvelle est la conséquence d’un évènement dramatique. Le 21 août 1975 à Aléria, plusieurs hommes armés de fusils de chasse, entraînés par le docteur Edmond Simeoni (père de Gilles Siméoni), ont fait feu sur les gendarmes afin de défendre un viticulteur indépendantiste. Bilan : deux gardes mobiles tués et un militant grièvement atteint. La pression de la violence clandestine et l’avènement de la gauche au pouvoir débouchent sur une évolution institutionnelle majeure. Sous l’impulsion de François Mitterrand et de son ministre de l’Intérieur Gaston Defferre, la région Corse se voit octroyer un statut particulier. Et le 8 août 1982, la première Assemblée territoriale est élue au suffrage universel direct à la proportionnelle intégrale. C’est l’Assemblée de Corse qui confère à l’île une (prétendue) unité à la fois politique et administrative. En 1991, le ministre de l’Intérieur, Pierre Joxe, initie un projet de loi modifiant le statut de l’île, mais il reste dans les clous de la Constitution même s’il intègre la notion de peuple corse. Le Conseil constitutionnel le censure, mais Pierre Joxe n’envisage pas lui non plus de changer le texte de 1958.
Durant la période de cohabitation, à l’issue des accords de Matignon en 2002, le Premier ministre, Lionel Jospin, présente une démarche en deux temps. D’abord un projet de loi qui intègre le pouvoir normatif et voté par le Parlement, censuré ensuite sur ce point par le Conseil constitutionnel. Puis, en pleine campagne de l’élection présidentielle de 2002, il fait une promesse : réformer la Constitution sur un nouveau statut pour l’île. Son échec électoral, dès le 1er tour, mettra fin à la réforme. Par la suite, plus aucun gouvernement ou président, ni Chirac, ni Sarkozy, ni Hollande, n’envisagera une quelconque modification constitutionnelle pour la Corse réalisable dans leur mandat.
La gouvernance de l’île démontre depuis quelques temps que les deux départements sont confinés dans un rôle de second plan. Au point que, en juillet 2003, Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, propose aux Corses de supprimer, par référendum, les deux conseils généraux au profit d’une collectivité unique. C’est l’échec. Il est désormais acquis que si la « bidépartementalisation » a permis de répartir plus équitablement les crédits publics entre Nord et Sud (il y aurait à redire sur l’utilisation desdits crédits !), elle n’a pas calmé les tensions entre Ajaccio et Bastia.
La crainte du surgissement d’autres volontés communautaristes
Alors le président Macron a décidé de constitutionnaliser la singularité Corse en quelque sorte. Sur la base de quel projet ? Celui « imposé » par les élus corses lors de la réunion à Matignon citée ci-dessus. Il est on ne peut plus alambiqué et reconnaît « l’insularité méditerranéenne de la Corse » et « l’attachement de la communauté à sa terre ». Ce ne serait ni plus ni moins que constitutionnaliser le communautarisme. Et ce serait là une faute grave, une gigantesque boite de Pandore de laquelle risquent de profiter bien des outre-mer…. Précisons également que le texte consacre le pouvoir d’adaptation des textes législatifs et réglementaires déjà esquissé en 2002, mais jamais appliqué. Ce dernier point serait à notre sens envisageable (en outre-mer cela existe déjà).
De toute évidence ce projet consacrant la Corse dans la Constitution, s’il est adopté, sera soumis à la sagacité du Conseil Constitutionnel. Et on ne voit pas comment ce dernier pourra valider un texte qui consacrera le communautarisme. Les arguments sont nombreux qui plaident en ce sens : indivisibilité de la République, universalisme, unicité du peuple français pour ne citer que les principaux. Notre société fonctionne en faisant communautés, et la communauté n’est pas un problème en soi. C’est lorsque des groupes se replient sur eux-mêmes ou sont en rupture vis-à-vis de la société que l’on peut parler de communautarisation. Le cas des islamistes pose de plus en plus question à cet égard. Certains quartiers de nos banlieues marseillaise ou parisienne vivent de graves replis communautaristes en voie de sécessionnisme pour certains.
Si le texte était adopté il risquerait d’en être ainsi des Corses sur leur île. La tentation du repli y est déjà pratiquée à certains endroits, que ce soit par le biais de la langue corse et des pratiques culturelles. On note même à certains endroits un rejet de certaines communautés étrangères…
Où en est-on de ce texte ? Il est prévu que les Corses soient consultés sur ce nouveau statut et « donnent leur accord sur cette discussion politique », a annoncé Gérald Darmanin. Reste à voir si la réforme fera l’objet d’un titre à part dans la Constitution, comme le souhaitent les nationalistes, ou d’un simple article, une option qui a la préférence du président de la République. Le ministre de l’Intérieur a donné rendez-vous à mi-mars. Puis il présidera « si les choses sont conclusives, un comité dit stratégique sous 48 heures ».
Après consultation de l’Assemblée de Corse, « le président de la République engagera, quand il voudra, la réforme constitutionnelle », a souligné le ministre de l’Intérieur. In fine, celle-ci devra recueillir l’approbation des trois cinquièmes du Parlement réuni en Congrès. Et c’est sans doute là que le bât blessera et que l’échec sera. Il en serait de même si le président décidait d’utiliser la voie référendaire. Sa personne, plus encore que sa présidence, suscite un tel rejet. A peine 32% de Français estimant qu’il est « un bon Président » (baromètre politique Odoxa du mois de février 2024).
Et allons jusqu’à l’hypothèse de l’adoption du texte. Comme on l’a dit, il serait soumis à coup sûr au Conseil Constitutionnel. Et le résultat est connu d’avance : censure. Seule pourrait être préservée l’adaptabilité réglementaire ou législative. Selon un sondage CSA pour CNews, Europe 1 et Le Journal du dimanche (11/01/2024), la préoccupation N°1 des Français est le pouvoir d’achat (44%). Suivent : santé (32%), insécurité (26%), immigration (24%), environnement (22%). Viennent ensuite les inégalités sociales et le terrorisme (12% chacun), l’école (11%), l’emploi (9%) et le logement (7%). Sauf à être frappé de berlue, la Corse n’apparait nulle part. Et ledit sondage englobe aussi celle-ci !
Donc M. le président, mettez-vous en tête cette phrase d’un de vos illustres prédécesseurs, Georges Pompidou : « Arrêtez d’emmerder les Français ! ». Notamment avec des réformes dont ils n’ont que faire.Calmez-vous, respirez. Ça va bien se passer !
Quiconque ose avancer que l’idée présidentielle d’offrir au monde une chanson d’Aya Nakamura lors de la cérémonie des JO n’est pas bonne est taxé de négrophobie.
On sait à quel point le monde entier reste fasciné par la France des ralentisseurs, des ronds-points et des tags antisémites. Quel plus beau cadeau faire alors à toutes ces nations étrangères qui nous admirent, que de leur offrir le nec plus ultra de notre culture, le jour de l’ouverture des Jeux Olympiques ? C’est ainsi que le 19 février 2024, le président de la République recevait à l’Élysée Aya Nakamura pour lui proposer de décorer de sa personne et de sa voix, la grandiose cérémonie d’ouverture des J.O, à Paris le 26 juillet.
Quelle meilleure image de la France et de sa contribution aux cultures mondiales proposer aux télévisions du monde entier, que cette beauté malienne Aya Nakamura ! On apprend ce jour de mars que, tout comme le président, elle aime beaucoup Edith Piaf (de son vrai nom Édith Giovana Gassion) et qu’elle est d’accord pour « twerker sur la tour Eiffel » dit mon journal. N’importe quel dictionnaire apprendra aux boomers incultes (dont l’auteur de ces lignes) que twerker signifie « effectuer une danse de façon sexuellement provocante, en ayant recours à des mouvements des fesses et des hanches, jambes fléchies ». Le président a donc eu une bonne idée de penser à Aya. Il aime Piaf le président. Donc il pense à Aya Nakamura. Élémentaire non ?
Chefs-d’œuvre
Aya Nakamura. J’ai pensé d’abord à une Japonaise. Ce n’est pas si courant, tant cette langue nous est étrangère et ça m’a intéressé. Il me fallait cependant en savoir plus sur la Japonaise. J’ai déserté la chaîne de radio au slogan fameux « L’esprit d’ouverture », profitant d’un créneau entre deux publicités, honteux de mon ignorance, pour m’évader vers Youtube à la recherche des chefs-d’œuvre de Madame Nakamura et bientôt je trouvais.
La chanson s’intitulait Doudou. Pourquoi pas. J’ai tendu l’oreille… non ce n’était pas du japonais. J’ai reconnu des mots français : « Mon chéri laisse, laisse-laisse tomber. Aime-moi, doudou Aime-moi, doudou. Montre-le moi, doudou, T’es mimi, dis-le moi, doudou. Prouve-le moi, doudou. Et ça, c’est quel comportement, doudou ? Tu me mens beaucoup. Ça, c’est quel comportement, doudou ? » Le fait de lire dans une revue en ligne qu’Aya était « la chanteuse la plus écoutée dans le monde » n’a fait qu’ajouter à un abattement naissant. Mes recherches devaient m’apprendre un peu plus tard que la chanteuse Nakamura était en réalité malienne et se nommait Aya Danioko. C’est vrai qu’Yves Montand s’appelait Ivo Livi, Jean Ferrat n’était autre que Jean Tennenbaum et Gabin était Moncorgé.
Me revenaient les merveilleux textes des chansons de la Môme Piaf, La foule, L’Hymne à l’amour, Milord, Sous le ciel de Paris, Je ne regrette rien… tant d’autres, et je mettais en regard de ce répertoire, la contribution de la vénus franco-malienne au génie de la langue française avec les paroles inoubliables de ses chefs d’œuvres que le président avait si habilement repérés pour décorer les J.O : « Y’a pas moyen Djadja ; J’suis pas ta catin Djadja genre ; En Catchana baby tu dead ça. » Mais aussi « Toi t’es bon qu’à planer ; Ouais je sens t’as l’seum, j’ai la boca ; Entre nous y’a un fossé ; Toi t’es bon qu’à faire la mala ; Bébé veut du sale, allô allô allô ; Million d’dollars, bébé tu vaux ça. ». C’est vrai que ça a de la gueule !
Rémy Rebeyrotte, découvreur de talents à l’Assemblée, Jacques Attali promoteur de l’être-ensemble
Un député français (LREM, le parti du président !), Rémy Rebeyrotte saluait ces contributions de Madame Danioko alias Nakamura à la langue française en ces termes : « Quand je vois des jeunes comme Aya Nakamura qui aujourd’hui par sa chanson est en train de réinventer un certain nombre d’expressions françaises, ça me paraît absolument remarquable. Elle est en train de porter au niveau international de nouvelles expressions et évolutions de la langue. Et ça, ce sont des choses extrêmement fortes »[1].
J’avais bien lu : « Porter au niveau international de nouvelles expressions et évolutions de la langue » ! Rabelais, Molière, Céline, loin derrière… Vu la rage d’Annie Ernaux à l’encontre de Houellebecq, j’imaginais sa fureur devant le génie de Nakamura !
Je me demandais s’ils allaient barbouiller à ce point la mémoire d’Edith Piaf, si les féministes allaient accepter que l’on puisse ainsi « annuler » la môme Piaf en mettant en vitrine la plastique généreuse et provocante de la beauté malienne pour vendre à l’international une image racoleuse du pays. Oui, j’ai bien réfléchi avant d’utiliser ces mots « image racoleuse » … tu me suis Sandrine et tes amies féministes ?
Devant ces perspectives déprimantes, et parce que l’on ne sait jamais, je tentais parfois des retours-refuges sur France Culture, dont je fus un fidèle auditeur durant tant d’années.Mais ça ne marchait pas à tous les coups. Il y eut cette matinée où je tombais sur un « entretien » avec Jacques Attali, l’« économiste – écrivain – chef d’entreprise – haut fonctionnaire – conseiller à l’Elysée – Maître de conférence à l’Ecole Polytechnique – conseiller spécial de François Mitterrand – auteur de plus de 80 essais et romans etc…»[2]. Dans les propos du chantre de l’avenir hyper industriel et de l’économie positive il était question de culture et je montais le son : « En plus il y a dans « l’essentiel » quelque chose d’invisible qui est absolument essentiel, c’est le être-ensemble […] Par définition la culture c’est essentiellement du être-ensemble et le être-ensemble c’est le bien essentiel premier de notre culture. ». Je notais le lexique du penseur qui s’enrichissait à chaque phrase : « Pour moi le grand clivage n’est pas entre culture et pas culture, il est entre être-ensemble et pas être-ensemble, et le être-ensemble contient beaucoup de choses de la culture »[3]. Je savais que l’homme était quelqu’un de considérable, mais tant de perfection verbeuse me désarçonnait, tant d’élaboration dans l’insignifiance tenait du chef-d’œuvre.
Les gens qui s’obstinent à adorer le genre humain, on devrait les obliger à lire Attali et juste après, à décompresser avec Cioran. Les obliger, oui.
Et si Attali n’était pas le vrai nom d’Attali !
Vieux mâle blanc de plus de 50 ans
J’avais conscience d’être encore un locuteur de langue française, blanc, hétérosexuel, et ancien. Mais combien étions-nous dans ce cas ?
J’ai soudain senti ma langue maternelle comme prise dans un étau entre une offensive extérieure déjà ancienne, celle du franglais devant lequel cédaient les chaines de la radio d’Etat, et une coalition de l’intérieur au terme d’une alliance entre l’Élysée, Attali et Doudou… je veux dire Nakamura… enfin … Aya Danioko.
Madame Rousseau et ses semblables rousseauistes de tout poil auront évidemment reconnu les « relents de racisme de vieux réacs » qui émanent de ces lignes… Il existe d’autres anathèmes dans l’équipement haineux des apprentis commissaires politiques d’aujourd’hui : réactionnaire, droite extrême, néo-fasciste, voire néo-nazis et autres qualificatifs nupesques.
Au temps du Guépéou, célébré par Louis Aragon,[4] c’est le mot « ennemi du peuple » qui servait à envoyer les mal pensants dans les goulags de la Kolyma. Le fou d’Elsa exultait alors: « Je chante le Guépéou nécessaire à la France Vive le Guépéou, figure dialectique de l’héroïsme. »
Ça ressemble au tweet de Sandrine : Derrière la minorisation de son talent, il y a des relents racistes. Elle sera la voix de la France. Quelle fierté.
Aya Nakamura est une grande. Derrière la minorisation de son talent, il y a des relents racistes. Elle est une star. Elle sera la voix de la France. Quelle fierté. #Ayanakamura (Et franchement après la catastrophe de la coupe du monde de Rugby, ça aura une autre allure).