Mercredi 27 janvier, l’instigatrice du mouvement “Balance ton porc” était jugée en appel à Paris. En septembre 2019, elle avait été condamnée en première instance à payer 15 000€ de dommages à Éric Brion, et à supprimer le message le diffamant sur Twitter. Causeur était présent à l’audience de ce procès emblématique de deux phénomènes préoccupants: le néoféminisme revanchard et la violence sur les réseaux sociaux.


On connait le célèbre tweet de la journaliste Sandra Muller : « Tu as de gros seins. Tu es mon type de femme. Je vais te faire jouir toute la nuit. Éric Brion ex-patron de Equidia #balancetonporc ». Publié sur un coup tête le 13 octobre 2017 depuis New-York, il déclenche la vague accusatrice que l’on sait. De nombreuses têtes tombent. Mille torts sont reprochés aux hommes. Pour les rares pourfendeurs du mouvement, comme Catherine Deneuve, Balancetonporc c’était la délation en ligne dans tout ce qu’elle a de plus sale. Pour tous les autres, qui ont patiemment travaillé l’opinion publique à accepter de tels procès virtuels, c’était l’expression légitime de la parole “libérée” des femmes.

Tout l’enjeu du procès est de savoir si la nature des propos prêtés à Éric Brion(1) justifie que celui qui les aurait prononcés porte à vie l’étiquette infamante de harceleur sexuel. Et, si tel n’est pas le cas, de définir comment réparer l’injustice faite à celui dont des mots malheureux colportés ont valu la mort sociale.

Suite au tweet de Madame Muller, un million de messages ont été publiés avec le fameux hashtag “balance ton porc” sur Internet, et pas moins de 900 articles de presse ont relaté l’affaire en trois jours.

Éric Brion ne supporte plus le doute dans le regard des gens

Évidemment, les propos reproduits par Sandra Muller sont moches. C’est ce qu’il ne faut surtout pas dire quand on veut avoir de la classe. C’est ce qu’il ne faut surtout plus dire quand le néoféminisme victimaire est exalté par la classe politique et les médias.

Éric Brion se présente à la barre. Il sort de dépression, il a pris jusqu’à 20 kilos. Calme mais visiblement ému, il témoigne : “À partir de la publication de ce tweet, ma vie a été complètement brisée, réduite en miettes. J’ai perdu mon travail, ma compagne, ma réputation, le pire étant ce que mon entourage a subi, notamment mes deux filles. D’un seul coup, toutes les portes se sont fermées. Ma jeune société de conseil dans l’audiovisuel a perdu toutes ses missions.” Il se considère comme un pestiféré, un paria, Sandra Muller s’étant soigneusement acharnée sur lui des semaines durant, le qualifiant de “dommage collatéral d’une cause” dans un livre publié en 2018 ou le requalifiant de prédateur sexuel.

A lire aussi: La Ligue du LOL, un gigantesque bobard

La veille des faits qui lui sont reprochés, Sandra Muller a pu lire dans le Parisien le premier article de presse française qualifiant de “porc” le producteur Harvey Weinstein, reconnu coupable de viols. Le 13 octobre, avant de s’en prendre à Brion, Muller avait écrit sur Twitter « .#balancetonporc !! toi aussi raconte en donnant le nom et les détails d’un harcèlement sexuel que tu as connu dans ton boulot. Je vous attends ». Si ce premier message ne rencontre pas de succès, la délation, elle, paie. Quand Muller jette en

Article réservé aux abonnés

60 % de l’article reste à lire…

Pour poursuivre la lecture de cet article Abonnez-vous dès maintenant.

ABONNEMENT 100% NUMERIQUE
  • Tout Causeur.fr en illimité
  • Le magazine disponible la veille de la sortie kiosque
  • Tous les anciens numéros
3 €80par mois
Lire la suite