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«Il y avait des personnes radicalisées dans les groupes que j’ai côtoyés»

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La journaliste Pauline Condomines s’est infiltrée au cœur des réseaux d’extrême-gauche pendant six mois pour Livre noir. Rencontre.


Causeur. Concrètement, comment avez-vous fait ? Avez-vous seulement été une militante de base, ou avez-vous vu tout l’échelon stratégique et eu accès aux lieux de prises de décision ?

Pauline Condomines. Je me suis intégrée dans les groupes petit à petit. Il faut savoir que c’est une galaxie. Pour les « Soulèvements de la Terre », j’ai eu par exemple à parler de mes anciens engagements pour en faire partie, et ainsi de suite. Pour l’organisation « Urgence Palestine », j’ai dû rejoindre des petits groupes locaux, participer jusqu’à ce que l’opportunité se présente et que je rejoigne le comité national. Tout cela m’a finalement amenée à participer à des actions plutôt intenses : bloquer une route, attaquer l’enseigne Carrefour ou encore dormir dans une ZAD !

Quels sont les codes de ces milieux ? Comment s’assimile-t-on dans un mouvement radical d’extrême gauche ?

Il y a une culture de l’anonymat. Dans beaucoup de groupes, tu peux donc te présenter sous pseudonyme. Et il y a des codes assez particuliers avec lesquels il faut vite te familiariser – ces gens vivent dans un monde très étonnant. Par exemple, dans l’écologisme, ils parlent notamment en langage silencieux, en exécutant différents gestes pour signifier différentes choses, comme « je suis d’accord ; je voudrais parler ; je voudrais parler en deuxième ; faire silence » etc., ce qui est assez infantilisant pour des adultes ! Rien à voir avec « Urgence Palestine », où les rapports sont beaucoup plus virils et frontaux lors des réunions.

Pendant vos nombreuses sorties ou vos actions, avez-vous apprécié des aspects ou certaines idées de ces collectifs ? Avez-vous fini par être convaincue par certaines causes ?

Malgré mon habitude à fréquenter ces milieux, j’ai toujours eu peur d’être identifiée et démasquée. C’était donc difficile d’apprécier les moments que je vivais. Impossible évidemment de ne pas être touchée par certains jeunes qui s’engagent pour la planète ou des causes que je peux comprendre comme l’A69. Mais, malgré cela, je ressentais une certaine peine à les voir instrumentalisés par la logique intersectionnelle qui les dépasse. Et je ne peux m’empêcher d’imaginer les réactions de ces groupes, notamment « Urgence Palestine », maintenant que mon identité a été dévoilée. Ils doivent se dire que je suis un agent sioniste infiltré, financé et au service d’Israël – ce qui n’est pas le cas ! 

© Pierre Christen

Vous avez fréquenté des milieux assez méfiants, et parfois violents. Est-ce qu’aujourd’hui, en tant que témoin à visage découvert, vous vous sentez en danger ? Avez-vous reçu des menaces ?

Il y a des personnes radicalisées dans les groupes que j’ai côtoyés. Je pense une nouvelle fois à « Urgence Palestine », qui rassemble des personnes violentes et impulsives, car radicalisées. Je n’ai jamais rencontré de personnes aussi extrémistes ailleurs. Nous sommes actuellement en train de remonter le fil des menaces, des poursuites judiciaires seront engagées. Ça va être facile de remonter jusqu’à ces gens. Je pense qu’ils ne me feront rien, et d’ailleurs, je suis très bien protégée. Oui, j’ai reçu des menaces par téléphone. Mais j’ai aussi reçu beaucoup d’encouragements.

En octobre 2023, Nora Bussigny avait publié une enquête après avoir aussi infiltré des milieux militants woke pendant 1 an. La connaissez-vous, et vous a-t-elle aidée ou inspirée ?

Je ne la connais pas personnellement, mais j’ai lu son livre. Lorsque je l’ai lu, cela m’a amusé car elle s’est retrouvée à se lier avec des gens que je connaissais. Notamment Irene Hermoso, une militante espagnole, que Mme Bussigny a rencontrée à la fac : elle présentait des réunions interdites aux cisgenres. De mon côté, j’ai rencontré cette Irene à la Bourse du travail, occupée à organiser ces mêmes réunions interdites aux cisgenres. Sinon, Nora Bussigny m’a beaucoup inspirée, mais je considère ne pas avoir la même démarche. Alors qu’elle était une actrice de ses groupes, je me suis plus présentée comme une petite souris discrète qui se faufile partout… 

A la lecture de votre dossier, on a l’impression que politiquement même LFI et la NUPES sont dépassées par ces mouvements… Est-ce le cas, selon vous ?

Chez Urgence Palestine, en effet, des élus LFI sont venus séduire les militants. Ces élus savent parfaitement qu’ils sont extrémistes, qu’ils font l’apologie du terrorisme, et que leur antisionisme se confond avec leur antisémitisme. Jean-Luc Mélenchon envoie des gages depuis plusieurs années à ces mouvements. On retrouve des thèses équivalentes entre ce qu’il dit publiquement et ce que j’ai entendu en réunions privées. Les LFI essayent de donner des gages subtils à ces gens radicalisés, tout en essayant de maintenir une image lisse. Après on peut en faire l’analyse que l’on souhaite, mais ces militants sont tellement extrémistes et obsédés que personne ne peut réellement porter leur voix… Si ?

Pour ce qui est des ZAD, c’est encore autre chose, elles se revendiquent complètement en dehors du monde, c’est un espace de « non-droit auto-géré » ! Concernant « Dernière Rénovation », les militants ont un profil plus bobo, ce sont des cadres, avec beaucoup de femmes. Et, ils le disent eux-mêmes, il n’y a que « des blancs entre 25 et 35 ans » ! Les « Soulèvements de la Terre » sont aussi très bobos, avec beaucoup de travailleurs du monde associatif, des journalistes, des diplômés d’HEC, etc. La plupart des militants que j’ai côtoyés pendant mon enquête étaient cultivés, éduqués, alors que pour la ZAD, c’est un peu plus varié ; on trouve des jeunes qui ont fait des études, qui sont intellectuels et qui sont là pour « le kiff ». Chez « Urgence Palestine », il y a beaucoup de personnes issues de la culture arabo musulmane, ils organisent leur recrutement dans les mosquées, des tours solidaires pendant le ramadan… Sociologiquement, dans les mouvement infiltrés, il y a aussi des enseignants, des militants décoloniaux, des marxistes et des jeunes étudiants qui étudient en Lettres, en Sciences Sociales… ça reste un milieu où beaucoup de gens sont issus des sciences humaines, de l’art…

Ce que je retiens de mon enquête, c’est la convergence des luttes entre des sensibilités politiques qui n’ont rien à voir, voire qui s’opposent. Il peut y avoir autour d’une même table un islamiste prônant le séparatisme musulman, des militants marxistes, des écolos révolutionnaires antisystème et des féministes. « Urgence Palestine », à l’approche des élections européennes, n’a donné aucune consigne de vote – probablement pour éviter la fragmentation des idéologies.

La plupart de ces organisations sont « gazeuses » et financées par d’autres associations officielles, analysez-vous.

Du point de vue des financements, l’extrême-gauche est vraiment maligne. Beaucoup font en sorte de ne rien déclarer, de rester dans une organisation floue. « Les soulèvements de la Terre » par exemple, sont très opaques, car n’importe qui s’en revendiquant membre, le devient. Et en effet, une association, « Les Amis de la Terre », me semble-t-il, leur permet de recevoir des dons. « Urgence Palestine », c’est la même chose, ils n’ont pas d’existence légale. Ils reçoivent des dons grâce à « La Palestine nous rassemble », laquelle est de plus reconnue d’intérêt général. Elle permet donc d’émettre des reçus fiscaux quand elle perçoit des dons, et donc c’est un manque à gagner pour l’Etat, car c’est déduit des impôts de financer un réseau pro-Hamas… Il y aussi « Dernière Rénovation », qui utilise « Génération Mobilisation », reconnue elle aussi d’intérêt général. Grâce à cette association prête-nom, les militants ont pu louer des locaux en face de l’Hôtel de Ville, ils jouissent de dons défiscalisés et ça ne pose de problème à personne ! Je rappelle que l’essentiel de leurs actions sont pourtant illégales. Ils critiquent le système qui les nourrit.

En plus de convergence de luttes, vous parlez d’« atomes idéologiques crochus ».

D’une manière générale, il y a une haine de l’Occident et une volonté de déstabiliser l’État dans ces mouvements d’extrême gauche.
La haine anti-police est très présente dans ces mouvements, les idées révolutionnaires aussi.
Les féministes pensent qu’elles ont un « privilège blanc », et qu’il faut l’exorciser. C’est un terrible refoulement de soi, par la discrimination positive. Il y a une réelle culpabilité. Le pire est que tous se retrouvent dans le même panier, ils s’utilisent entre eux, leurs moyens sont équivalents, mais pour des intérêts radicalement différents, voire opposés.

Le RN à la conquête des profs

Rencontre avec le député de la 2ᵉ circonscription de Loir-et-Cher Roger Chudeau


Le service militaire a beau avoir été suspendu, certains fonctionnaires doivent toujours faire leurs classes ; littéralement quand des enseignants titulaires de leur beau concours, affectés à un premier poste se prennent pour certains la turbulence des adolescents pleine figure. Seuls s’en sortent, certains maîtres chez qui l’on décèle une autorité calme, sereine, sûre d’elle et que l’on dit parfois naturelle.

Ministre putatif en cas de victoire de Marine Le Pen

Roger Chudeau, le député Rassemblement national en charge des questions d’éducation, semble avoir été de ces enseignants-là. Quand le maître arrive dans le café où nous avons rendez-vous, tout le monde se lève. Pas bégueule, le patron nous remet une tournée ainsi qu’à ses collaborateurs. Nouveau député du Loir-et-Cher depuis les législatives de 2022, l’homme en est à son premier mandat mais semble déjà savoir y faire. En novice, il nous raconte l’apprentissage du métier d’élu, de fêtes de village en célébrations officielles… Cet ancien haut responsable du ministère de l’Éducation nationale a connu rue de Grenelle les cabinets ministériels. Agrégé d’allemand, il a longtemps enseigné. Fort de ce CV, il est aujourd’hui présenté comme ministre putatif de l’Éducation nationale en cas d’élection de Marine Le Pen.

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Aussi, la discussion prend un tour assez grave. L’élu fait sien la dénonciation de « l’état désastreux du système éducatif ».  « Je ne parle pas d’anecdotes mais de choses de fond : ascenseur social bloqué, école en morceaux, des élèves qui ne savent plus lire et écrire… » Il cite au passage notre chroniqueur Jean-Paul Brighelli dont l’ouvrage, La fabrique du crétin avait alerté l’opinion publique sur la panade de l’école française. Même diagnostic que l’essayiste : « L’esprit 68 est un peu déclencheur de l’affaire. Il a fait sauter le bouchon d’académisme un peu sérieux qui restait dans l’institution. On est entrés dans une période qui voulait faire du passé table rase. Tout a été aplati, rendu incompréhensible pour la génération d’avant : les exercices de français, de mathématique. On a alors commencé à envisager le savoir, la langue, la logique comme des structures de domination » énonce-t-il. Puis il balance une synthèse : « le structuralisme : un bordel ». Passé le constat il énonce un véritable plan de redressement : refonte des programmes, de la formation (« Les INSPE, instituts de formation des maitres souvent accusés de dérives pédagogistes, sont une catastrophe nationale »), écrémer le secondaire au moyen d’examens de passage (« on redonne du sens à l’activité éducative et une validité académique au diplôme ») et surtout recentrer l’école sur sa mission première : « il y a plusieurs centaines d’objectifs qu’on assigne à l’école sur le site du ministère, certaines sont fantaisistes : maitriser l’informatique, planter des arbres… Je propose d’assigner à l’école ses deux missions essentielles : transmettre des savoirs, transmettre des valeurs ».

Et les bonnes manières ?

Son programme est connu. Il a su la populariser avec quelques coups d’éclat bien sentis.  Le 21 septembre dernier, les députés de la NUPES invitaient en audition à la commission des affaires éducatives et culturelles de l’Assemblée nationale les syndicats enseignants. Gonflés par la complaisance de leurs hôtes, les syndicalistes sermonnent les députés, ironisent sur leur absentéisme, leur indifférence supposée aux enjeux d’éducation.  Un ton que Roger Chudeau n’a pas apprécié. Le maître sort sa règle et tape : « Le fait que vous vous permettiez de nous faire une leçon de respect de démocratie est totalement ridicule et totalement déplacé… Si vous voulez que l’année prochaine on se retrouve, ce qui n’est pas certain, je voudrais que vous vous mettiez au niveau et que vous baissiez d’un ton ». Vexés, les syndicats ont alors quitté la commission : « Je leur ai dit leur fait, je leur ai rappelé qu’ils étaient des enfants mal élevés » raconte l’élu. Le député redevient volontiers professeur : il redresse les torts, corrige quand cela est nécessaire, gronde quand on déroge au savoir-vivre.  Roger Chudeau est un homme qui a du style et des idées. Il a même – et ce n’est pas si fréquent – le style des idées qu’il défend. Pour mieux le cerner – et parce que le style c’est l’homme – nous l’écoutons discourir sur sa méthode d’enseignant : « Je mettais les choses au point en début d’année à ma façon. Et de manière catégorique. N’allant pas jusqu’à l’indignation. Après avoir jeté ce petit froid. Je détendais l’atmosphère au fur et à mesure. Finalement, je finissais familier avec l’élève. » Devenu principal de collège au bout de huit ans, il a pris goût « à l’autorité et pourquoi ne pas le dire au commandement ».

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Sa conception du commandement, il peut la résumer en un mot : « la fermeté ». « Je crois dans la majesté de la décision politique » assène celui qui tient l’instruction – au même titre que la défense, la justice, la sécurité – pour un domaine régalien : « elle doit être domaine réservé du président de la République ». Une manière de contourner les syndicats, l’administration et les fameux parents d’élèves et de neutraliser les forces d’inertie et de complaisance qui ont bloqué l’action des anciens ministres. Ancien membre des cabinets de François Fillon et Xavier Darcos, il en fut d’ailleurs un témoin privilégié.

Longtemps terre de mission pour le FN puis le RN, Marine Le Pen a réalisé dans le monde enseignant une percée inattendue avec 22% de suffrages en 2022. L’intransigeance de Roger Chudeau sur la laïcité à l’école ou la sécurité dans les établissements ne sont pas sans échos dans l’actualité : «Le proviseur du lycée Ravel jette l’éponge. Comment lui en vouloir ? Une fois encore l’islamisme aura marqué des points et marqué son territoire qui n’est autre que l’école de la République. » Avec ses annonces tonitruantes (chocs des savoirs, classes de niveau…) l’éphémère ministre de l’Education, Gabriel Attal avait paru lui couper l’herbe sous le pied. Depuis, les déboires d’Amélie Oudéa-Castéra et les hésitations de Nicole Belloubet lui redonnent de l’air : « Elle a elle-même déclaré que la question de l’autorité était une faribole. »  Réussira-t-il ? Il cherche en tout cas à montrer qu’il possède le caractère de la fonction. Pour en avoir le cœur net, nous interrogeons l’homme public sur ses passions privées. L’élu de Sologne est chasseur. En souriant, il nous confie « J’attends chaque année avec impatience l’ouverture ». S’il fallait être plus clair…

« La Bibliothèque du beau et du mal », d’Undinė Radzevičiūtė: tout, tout, vous saurez tout sur la bibliopégie anthropodermique!

Rien de ce qui est pervers n’est étranger à notre chroniqueur… Du moins, c’est ce qu’il croyait, jusqu’à ce qu’il lise ce petit chef-d’œuvre de la littérature lituanienne qu’est La Bibliothèque du beau et du mal : et depuis, il s’est pris manifestement à rêver…


« – Regarde, Axel, cet ouvrage est recouvert de peau humaine.
– Une peau d’homme ? demanda le petit garçon.
– De femme, probablement. Expliqua Walter.
Axel avança un doigt pour toucher le livre et le retira aussitôt.
– N’aie pas peur. Regarde, c’est un téton. Les humains ont ça sur leur poitrine. Toi aussi tu en as deux.
– Non, maugréa Axel, je n’en ai pas.
– Bien sûr sur si, mais les tiens sont plus petits.
– Arrête d’effrayer mon fils ! S’écria Lotta.
– C’est la toute première édition du marquis de Sade, s’émerveilla Walter. Cet exemplaire est couvert de la peau d’une aristocrate guillotinée. »

C’est au tout début de ce roman si particulier, qui mêle en une chaîne bien tressée les événements qui secouèrent l’Allemagne entre 1924 et 1973, et la quête du personnage principal, Walter, qui a hérité d’une bibliothèque bien particulière où certains ouvrages sont reliés en peau humaine — collection qu’il mettra toute son âme et sa fortune à développer au fil des ans, cherchant pour Les Fleurs du mal ou Crime et châtiment des peaux humaines adéquates. Car très vite l’épiderme seul ne lui suffit plus, il veut en surimpression des tatouages originaux correspondant au contenu des livres.
On appelle cela la bibliopégie anthropodermique. Si vous doutez de ce que raconte la narratrice (oui, c’est une femme qui écrit ces délicatesses), l’ouvrage de Sade en question, relié avec une peau humaine authentifiée par le procédé PMF (Peptide Mass Fingerprinting), a été vendu chez Drouot en 2020 pour 45 000 €.
Il y en a d’autres, mais l’interdiction de faire commerce de débris humains gêne considérablement les échanges. Par ailleurs, les peaux humaines en question sont souvent de la basane, une peau de mouton traitée, d’une qualité bien inférieure au maroquin (issu de la chèvre) ou au chagrin (qui vient originellement de l’hémione, âne sauvage d’Asie, mais plus ordinairement de la chèvre).
Et voici que je me prends à rêver d’une peau humaine qui elle aussi viendrait d’un chagrin…

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Walter cherche l’adéquation entre l’histoire, le style, et le type de peau pour relier l’ouvrage. « Si un jour il pouvait se procurer la peau d’une baleine blanche, il en couvrirait Moby Dick ! » Pour lui, c’est cela, le Beau : le rapport contigu entre le style et le contenu. On dit en grec καλὸς κἀγαθός, souvent écrit en un seul mot agglutiné, le Beau et le Bon, pour signifier que ce qui est Beau ne saurait être mal. Oui, mais comme dit Baudelaire, justement, Satan est « le plus beau des anges ». La quête du Beau dispense-t-elle de toute morale ?
Problème vertigineux, aujourd’hui tranché par les féministes intersectionnelles et autres starlettes dépitées : ce qui est mal ne peut être beau, et en aucun cas la Beauté n’excuse le Mal.
Ouais…
N’empêche que je rêve de voler un jour à la Bibliothèque nationale l’exemplaire des Liaisons dangereuses, relié en veau blanc, qui appartenait à Marie-Antoinette. Le volume, que j’ai vu lors d’une exposition des livres rares de la Bibliothèque, rue de Richelieu, n’a ni titre ni nom d’auteur, de façon à ce que personne ne sût que la reine lisait de pareilles inconvenances libertines.
Sans être fétichiste, pensez qu’il y a peut-être sur ce livre un reste de l’ADN de la souveraine, qui devait humecter son doigt sur ses lèvres pour tourner les pages…

Le fait que l’histoire de La Bibliothèque du beau et du mal se déroule pendant la République de Weimar — insolvable et en faillite après le traité de Versailles, nous sommes dans le Berlin décadent de Cabaret — et la montée du nazisme n’est pas tout à fait un hasard. Walter traque les épidermes joliment décorés de tatouages afin d’amener leurs légitimes possesseurs à lui faire don, à leur mort, de ce cuir humain pré-décoré. Et peut-être anticipe-t-il la Camarde, après tout, « derrière chaque collection de grande valeur se cache au moins un crime », expliquera-t-il plus tard à Günter Grass. Un individu entièrement couvert de tubéreuses monstrueuses lui semble ainsi tout à fait adéquat pour Baudelaire, tel autre, issu de la mafia russe, sera fort convenable pour Dostoïevski.

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L’Histoire n’apparaît qu’en contrepoints discrets. Ainsi Lotta, la sœur de Walter, voudrait que « ceux qui se comportent mal soient punis. Le mieux, ce serait de les enfermer quelque part. Dans une réserve. Pour que les principes de notre culture et de notre morale soient définis explicitement et avec autorité. Et que tous obéissent à ces principes. » On se doute qu’elle applaudira des deux mains l’arrivée au pouvoir du petit moustachu autrichien.
Walter pendant ces péripéties s’obstine à chercher les peaux idéales. La jeune Inguès serait la candidate idéale pour les poèmes de Rilke — mais voilà, elle n’aime que le Führer, et finalement, il constate, amer, que « sa peau aurait mieux convenue pour couvrir Mein Kampf. » Comment dit-on « humour noir » en lithuanien ?
C’est un roman fort étrange, écrit par une romancière qui a reçu en 2015 le Prix européen de littérature, dont les récipiendaires sont souvent l’espoir littéraire du Vieux Continent. Et l’occasion, puisque du coup ils sont traduits, de découvrir d’autres horizons que le nôtre, bouché par ces poubelles hexagonales que sont Virginie Despentes, Annie Ernaux, Eric Reinhardt ou Edouard Louis.


PS. Vient de paraître, après Barbara furtuna puis Hosanna in excelsis, le troisième et dernier tome des Terres promises, la saga corse de Gabriel-Xavier Culioli et Jean-Marc Michelangeli. De la destruction du Vieux-Port par les nazis à l’espoir d’une terre promise en Israël, les personnages campés dans les précédents volumes vont au bout de leur destin de sang, de larmes et d’espérances.

Undinė Radzevičiūtė, La Bibliothèque du beau et du mal, Editions Viviane Hamy, mai 2024, 352 p.

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Accommodement déraisonnable: 52% des lycéens pensent qu’il ne faut pas critiquer les religions

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En précisant qu’il n’entendait pas en faire une « arme politique ou culturelle », Gabriel Attal a défendu la laïcité lors d’un déplacement au Canada. « J’ai affirmé un attachement très fort, qui est celui de la France, à la laïcité. Nous avons cette même approche en partage », a déclaré vendredi le Premier ministre français lors d’une conférence de presse avec le Québécois François Legault.


En déplacement dans la Belle Province, le Premier ministre n’a pas crié « Vive le Québec libre !» comme le Général de Gaulle en 1967 mais il a vanté la laïcité, modèle que France et Québec ont selon lui en partage. En réalité, la laïcité québécoise est beaucoup plus souple que la nôtre – pour ne pas dire molle. La Loi 21 (votée en 2019) interdit là-bas le port de signes religieux aux seuls agents de l’Etat. Et pourtant, elle suffit à exaspérer le reste du Canada. Les nôtres ulcèrent le reste du monde.

La laïcité partout et nulle part

En France, la laïcité est indissociable de l’histoire de la République (« laïque » est d’ailleurs le septième mot de notre Constitution). On aime penser que la laïcité est l’arme fatale contre l’islamisme et le séparatisme. Dès qu’un problème survient, c’est-à-dire quotidiennement désormais, on dégaine le mot magique: nous avons des référents laïcité, des cours de laïcité, il y a des prix laïcité, une Journée de la laïcité dans la Fonction publique. En Occitanie, Carole Delga crée un Conseil régional de la laïcité. Bref tout le monde est laïque !

À lire aussi, Jean-paul Brighelli: Et maintenant, le djihad scolaire

Visiblement, cela n’impressionne pas les Frères musulmans et autres propagandistes de l’islamisme d’atmosphère qui imprègne à des degrés divers une majorité de jeunes musulmans – massivement hostiles à la loi de 2004.

Faut-il en conclure que la laïcité est dépassée ?

Non. À condition de s’entendre sur ce qu’elle est.

Si le mot est très galvaudé, la laïcité est un régime juridique et un esprit qui demandent aux religions ou aux identités particulières de céder devant la loi commune et l’identité nationale et d’être discrètes dans l’espace public.

Or, le progressisme voudrait accommoder la laïcité à la sauce multiculti. En faire un concept aussi sucré, gentillet et inopérant que le « vivre-ensemble ». Il dénonce ainsi en permanence une laïcité de combat qui serait « islamophobe ». Cette idéologie McDo (« Venez comme vous êtes ») est très puissante chez les professeurs et les jeunes. Tous les sondages convergent et doivent nous alarmer. Selon les chiffres de l’IFOP et de la Licra, 52 % des lycéens sont favorables au port des signes religieux (contre 25 % dans la population générale). Ce chiffre monte même à 76% chez les lycéens qui se disent musulmans. Pire, la même proportion – 52% – est hostile au droit de critiquer les religions. Autrement dit, ils voudraient rétablir le délit de blasphème. Voilà qui est très grave : c’est une manière d’introduire en France de nouvelles mœurs, de nouvelles normes et de les imposer d’ailleurs aux musulmans. Le blasphème commence avec une petite sœur qui ne se voile pas ou parle aux mangeurs de cochon…

La laïcité n’est pas une arme politique ou culturelle, a précisé Gabriel Attal à Québec. Eh bien si ! Et il est temps de s’en servir. Et de proclamer qu’en France, la laïcité, ce n’est pas le « respect » des religions comme on l’entend dire partout bêtement. C’est le droit de s’en moquer, ou comme le dit l’avocat Richard Malka, le droit d’emmerder Dieu.

Le droit d'emmerder Dieu

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Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez notre directrice de la rédaction du lundi au jeudi dans la matinale

L’origine du mérite

Comment devient-on sergent dans la police de Chicago ?


Comme la plupart des services publics américains, le département de police de Chicago oblige ses employés à déclarer une « identité raciale ». En 2004, trois options étaient possibles : Caucasien, Noir ou Hispanique. Recruté cette année-là, Mohammed Yusuf avait choisi la première. Après des années de propagande woko-racialiste, l’administration a décidé de proposer un nouvel assortiment d’identités raciales : Afro-Américain, Hispanique ou Latino, Blanc, Indien ou autochtone de l’Alaska, natif hawaïen ou insulaire du Pacifique… Arguant du fait que les agents du département de police pouvaient dorénavant modifier leur sexe pour le faire correspondre à leur « identité de genre », M. Yusuf a demandé à changer son « identité raciale » : il désire être reconnu comme « Égyptien et Afro-Américain » et dit avoir fait un test génétique prouvant cette hérédité ethno-raciale. Ses supérieurs ayant repoussé sa requête, le policier a intenté un procès à la Ville de Chicago au cours duquel les juges se sont étonnés de son acharnement : pour quelles raisons M. Yusuf tient-il donc tant à changer d’identité raciale ? Et puis ils ont compris : le plaignant aimerait bien, lui aussi, bénéficier de la fameuse « discrimination positive », laquelle profite essentiellement aux Afro-Américains.

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Bien qu’ayant obtenu d’excellents résultats à l’examen pour devenir sergent en 2019, M. Yusuf se plaint de n’avoir toujours pas été promu ; le procès a mis en évidence que, depuis cette date, sur les 75 officiers nommés sergent, cinq seulement étaient « caucasiens » – les autres étaient majoritairement « afro-américains » et certains ont été promus malgré d’évidentes lacunes professionnelles, voire des problèmes de discipline. Sans doute M. Yusuf se fiche-t-il comme de sa première contravention d’être catalogué Blanc, Noir, Indien à plumes ou Ostrogoth à poils. Son rêve était de devenir sergent dans la police de Chicago grâce à son travail et à ses capacités. Au lieu de ça, il le deviendra peut-être un jour uniquement parce qu’il aura su surfer sur la vague racialiste victimaire. Ce qui n’est ni juste ni glorieux – mais à qui la faute ?

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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Quand les ministres ne sont pas là…

Dur, dur d’être ministre ! Qu’ils soient en exercice ou en reconversion, les parlementaires ne les ratent jamais. Et s’il n’y avait que nous…


Salon de l’agriculture

Un salon assurément haut en couleur. Vous avez encore tous en tête l’inauguration mouvementée (et pleine de CRS) d’Emmanuel Macron, suivie des deux jours de « perches à selfies » avec Jordan Bardella. Puis, le Premier ministre et sa visite surprise avant, le mercredi, le tour de Marine Le Pen. Il lui fallait évidemment pouvoir rivaliser avec le jeune président de son parti, qui avait reçu, deux jours plus tôt, un accueil chaleureux. La veille au soir, selon les dires de Libération, un message avait donc été adressé aux adhérents du parti pour les « convier » à « rejoindre » le salon et « accompagner » Marine Le Pen porte de Versailles. Message qui se terminait ainsi : « Veuillez noter que les frais d’entrée ainsi que les repas seront à votre charge. » Il n’y a pas de petites économies…

Dur d’être ministre…

Parmi les obligations des ministres, être présent aux séances de « Questions », les mardi et mercredi à l’Assemblée nationale et au Sénat…Et de préférence, y répondre ! Le 28 février dernier, la députée LR Nathalie Serre a interrogé le gouvernement sur la possible installation du village olympique saoudien, dès le 10 mai et pour quatre mois, dans l’enceinte de l’Hôtel national des Invalides. Quel ministre va donc répondre ? Amélie Oudéa-Castéra, ministre des Sports, semble bien placée, mais elle refuse. Déjà eu son compte de polémiques… Les ministres de la Défense et de l’Intérieur sont alors pressentis. Mais Sébastien Lecornu et Gérald Darmanin sont absents, et la tâche retombe sur leurs secrétaires d’État, Patricia Mirallès pour Lecornu et Sabrina Agresti-Roubache pour Darmanin. Pendant que la députée Serre pose sa question, la décision est prise : ce sera Agresti-Roubache. Mais elle ne l’entend visiblement pas de cette oreille, se lève et sort de l’hémicycle en faisant semblant de téléphoner… C’est donc la secrétaire d’État aux Anciens combattants–pas de chance ! –qui s’y colle, mais sans avoir en main la « bonne » fiche préparée par le cabinet du ministre. D’où son famélique « aujourd’hui, rien n’est concret et rien n’est fait. Je comprends vos interrogations, mais je ne répondrai pas sur des choses qui ne sont pas faites ni signées. » Une non-réponse qui a visiblement agacé jusqu’à la présidente de l’Assemblée, puisque celle-ci a jugé bon de rappeler « qu’il faudrait vraiment que les ministres répondent aux questions que lui pose le Parlement. » Ce n’est pas moi qui l’ai dit !

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Clause de conscience

Le 4 mars, le Congrès s’est réuni à Versailles pour inscrire l’IVG dans la Constitution. Je fais partie des 72 élus qui ont voté contre. J’ai eu l’occasion d’expliquer pourquoi je trouvais cette inscription « inutile et dangereuse », notamment pour la clause de conscience du personnel médical. Ça n’a pas traîné. Dès le lendemain, le député insoumis Manuel Bompard plaidait pour supprimer cette clause de conscience des médecins qui constitue selon lui « un obstacle, une entrave » à l’effectivité du droit à l’IVG. Même chose du côté du Planning familial qui, dans son plan stratégique pour 2023-2025, milite pour la suppression de la « double clause de conscience » des médecins pour combattre « la stigmatisation de l’avortement ». Et souhaite une « harmonisation des délais européens à vingt-quatre semaines d’aménorrhée [délai le plus long actuellement en vigueur dans l’UE, soit un bébé d’environ cinq mois dans le ventre de sa mère] », les délais actuellement en vigueur étant jugés « trop courts » et porteurs « d’inégalités ». Inutile et dangereux, vous disais-je…

Discrimination capillaire

Le mercredi 27 mars, une proposition de loi sera examinée à l’Assemblée visant à « reconnaître et à sanctionner la discrimination capillaire »… Vous avez bien lu. Si vous l’ignorez, il s’agit de voler au secours des femmes noires qui se défrisent, paraît-il, pour être dans la norme. Dans l’exposé des motifs, une sociologue, Juliette Sméralda, explique que « le défrisage change l’image corporelle et l’apparence. On aplatit un cheveu qui mérite de vivre, on l’assassine, on le dénature… » En Grande‑Bretagne, une étude réalisée en 2009 a également montré qu’une femme blonde sur trois se colorait les cheveux en brun afin d’augmenter ses chances professionnelles et « avoir l’air plus intelligente » en milieu professionnel. Eh oui, à l’Assemblée aussi on coupe les cheveux en quatre !

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Panique

À Bercy, l’heure n’est pas à la rigolade. Au lieu des 4,9 % attendus (contre les 4,4 % espérés), on se rapprocherait finalement plutôt des 5,6 % de déficit, un chiffre jamais atteint sous la Ve République hors récession et hors crise ! Un véritable tremblement de terre ! Avec, à la clef, une dégradation de la note de la dette française… De quoi faire paniquer Bruno Le Maire ? Pensez-vous… Le 19 mars dernier, lors des questions au gouvernement, il répond en effet ceci : « Nous rétablissons calmement, fermement et sereinement les comptes publics. » À l’Élysée en revanche, on est un peu moins serein. Alors que le ministre de l’Économie sort son sixième livre en sept ans, dans lequel il appelle à la « fin de l’État providence », il paraît qu’Emmanuel Macron a peu goûté la chose. Considérant que son ministre « a raison sur la relance économique et les réformes à faire », il aurait ajouté : « Il devrait en parler à celui qui est ministre de l’Économie et des Finances depuis sept ans. » Sans blague…

Reconversion

Olivier Véran, neurologue de formation, ancien ministre de la Santé connu pour ses déclarations sur les masques « inutiles » en pleine crise du Covid, a repris le chemin de l’université pour s’orienter vers « la médecine esthétique ». Dans le but d’intégrer la clinique parisienne privée des Champs-Élysées, fief des stars de téléréalité, apprend-on. Un choix qui n’a pas manqué de faire réagir, tant l’ancien ministre était connu pour ses perpétuelles leçons de morale. Certains de ses confrères ont ainsi pointé du doigt son manque d’exemplarité, d’autres dénoncé un « choix financier ». Un petit détour vers le site de ladite clinique permet de se rendre compte des actes et tarifs pratiqués : augmentation des fessiers, 2 800 à 8 900 euros ; amplification du point G,700 à 1 500 euros ; épaississement du pénis, 2 500 à 4 500 euros, etc. « Quoi que je fasse, il y aurait eu des critiques », s’agace-t-il. À force de tendre le bâton…

Dernier baroud d’honneur

À l’occasion de l’anniversaire des « 50 ans » de la Citroën CX, Monsieur Nostalgie évoque cette oblongue berline au charme gaullo-giscardien, dernière salve avant l’austérité, dernière fantaisie automobile avant le carcan du cahier des charges.


Après elle, plus rien n’a été pareil. Les crises ont scellé durablement notre existence. Les politiques ont emprunté le langage de la raison et de la com’, le sabir des vaincus. Les managers ont remplacé les capitaines d’industrie en dépeçant nos usines. Les élites ont abandonné les Humanités au profit des « conf call ». Les synthés ont supplanté la guitare sèche en faisant l’impasse des paroles dans les chansons. Les écrivains ont pris goût aux studios télé et les acteurs, leur carte d’abonnement dans les ministères.

Une parenthèse entre deux mondes

Bientôt Montand se prendra pour Tapie, et Renaud pour le Che. La CX, présentée à la fin de l’été 1974, est la parenthèse entre deux mondes, la fin du gaullisme sur fond de révolution sexuelle, le triomphe du marché sur les chaînes de montage et l’avant-gardisme fracassé sur le mur des économies d’échelle. Pompidou est mort. Les ouvriers vivent leur dernier quart d’heure de célébrité. VGE est à la barre. Mitterrand ronge son frein. Son tour viendra. Le nouveau monde ressemble à l’ancien en plus décomplexé et vorace, en plus plastique et mouvant, en plus doucereux et pernicieux. Cette CX arrive au pire moment. Elle est pourtant l’héritière de la DS, l’incarnation du haut de gamme à la française quand le style et la technologie étaient les mamelles de la croissance. On attend beaucoup d’elle. Elle porte le poids des chevrons sur son capot, toute la lyre, le Petit-Clamart et le Grand Charles. À la veillée, dans les chaumières, on raconte sa genèse, comment ce jour de 1955 au salon de l’Auto, sous les verrières du Grand Palais, elle est apparue, mi-soucoupe volante, mi-déesse de la route, aux yeux des mécréants du monde entier. Le journaliste des actualités télévisées parlait alors « d’une ligne hardie ». On prétend que les premiers propriétaires de DS 19 ont été déroutés par sa direction assistée et sa suspension hydropneumatique. La CX n’aura pas la même rampe de lancement et le même engouement populaire quoiqu’elle se vendra à plus d’un million d’exemplaires et obtiendra le prix de la Voiture de l’année en 1975. Le ciel s’est assombri sur nos démocraties. Deux ans avant le meurtre du petit Philippe Bertrand, la France a déjà peur. Guerre du pétrole et Trente Glorieuses en capilotade, l’heure est au serrage de boulons et au tour de vis budgétaire. Fini la récréation ! Fini les vacances au Crotoy ! Fini la Nationale 7 et ses platanes tentateurs ! Place aux autoroutes de l’information et aux cures d’amaigrissement.

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Un modèle qui ravit les citroënistes activistes

La CX est chère au cœur des citroënistes car elle est considérée comme la dernière production maison avant le rachat par Peugeot. Certaines prises de contrôle ne passent toujours pas, un demi-siècle plus tard. En catastrophe, la CX qui est dans les cartons depuis quelques années doit impérativement sortir et oublier ses rêves de motorisations nobles ou innovantes. Un bon « quatre cylindres » fera l’affaire. Elle n’en demeure pas moins une vraie Citroën avec ses codes esthétiques et sa mystique moderniste. On adhère à sa ligne ou on la rejette d’emblée. La CX n’est pas faite pour les centristes mous. Elle déploie sa propre dramaturgie, son propre vocabulaire, sa sérénité soyeuse, avec cette singulière différence qui émeut. J’entends encore mon beau-frère, citroëniste activiste, me parler de la lunule (tableau de bord), de son éclat et de son onde mystérieuse, comme s’il récitait du Rimbaud. Il peut disserter à l’infini sur le sujet des pneus TRX. La CX est un univers à part, incompréhensible pour les rationalistes enferrés. Notre regard s’est déshabitué à son profil dans les rues, ne subsistent que quelques souvenirs d’ambulance à la campagne et d’une Prestige élyséenne. On a oublié sa pureté originelle surtout la première série de cette routière, fluide et tourmentée à la fois, squale dévorant l’asphalte, anticonformiste et effilée dans la marée des SUV replets et satisfaits d’eux-mêmes.

Lorsque l’on croise son regard à nouveau dans « L’Alpagueur », « La Balance », dans un Derrick, Tatort ou même un obscur Schimanski, on revit. Dans « Trois hommes à abattre », une CX 2400 Super néo-polardeuse apparaît. Ultime morceau de bravoure. Au niveau des échangeurs de la Défense, elle est poursuivie par la rageuse Lancia Gamma d’un Alain Delon passablement énervé. On tremble pour elle.

Éloge de la voiture

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Monsieur Nostalgie

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La France à couteaux tirés…

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Des individus poignardés pour un verre d’alcool ou roués de coups pour une mini-jupe… Le pays semble démuni et ne pas savoir que faire face à la contre-société violente qui émerge sur son sol


La multiplication des attaques au couteau, quasiment quotidiennes, est effrayante. Des agressions accomplies à plusieurs pour toutes sortes de motifs avec des conséquences souvent mortelles. Des auteurs majeurs ou mineurs, et de plus en plus précoces. Des victimes parfois adolescentes, qu’elles aient participé à l’affrontement entre bandes ou qu’elles aient cherché à s’interposer comme à Romans-sur-Isère. Quelle triste litanie : Montpellier, Viry-Châtillon, Tours, Bordeaux, Bagneux…

Rien n’est plus tentant que d’apposer sur ces crimes une grille de lecture unique qui nous permettrait de simplifier cette réalité contre laquelle les pouvoirs publics, malgré leur bonne volonté ou l’angélisme de certains maires écologistes, paraissent impuissants. Débordés par un mouvement qui, dans son imprévisibilité ou sa logique perverse, réduit à néant les protections mises en place en amont et se confronte à une extrême lenteur judiciaire en aval.

Les autorités débordées

Il serait réducteur de considérer qu’une immigration non contrôlée ou porteuse d’une culture trop différente de la nôtre sur le plan de la religion, des mœurs, de la liberté et de l’égalité entre les sexes, est la cause exclusive de ces terrifiantes empoignades, où chacun porte un couteau ! Comme pour se préparer à un pire qui ne manquera pas de survenir, avec cette arme prête à servir. Avant de théoriser sur le fait que l’immigration est responsable de tout, sur un mode trop univoque pour que l’intelligence s’en satisfasse, il faut d’abord accepter de fondre ces péripéties criminelles dans un ensemble qui affecte la France tout entière. Crimes et délits s’accroissent, notamment les atteintes aux personnes, avec cette particularité que leur perpétration devient en quelque sorte gratuite, liée à des motifs de plus en plus dérisoires où la susceptibilité est poussée à son comble. Ce qui chaque jour indigne nos concitoyens, c’est la continuation – de plus en plus grave, de plus en plus précoce – de transgressions auxquelles la République ne sait plus comment faire face.

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Mais certains des mobiles récents démontrent également – l’exemple de Samara à Montpellier est éclairant sur ce point – l’incompatibilité de telle ou telle conception de la vie, de telle ou telle vision de l’islam, du rapport à la sexualité et du sort réservé aux jeunes filles, d’avec les pratiques majoritaires des Français de culture européenne. Il y a donc à l’évidence une relation directe entre cette société qui refuse de s’assimiler et le pire qu’ils ont engendré. Comment occulter « cette violence islamiste du quotidien… poignardés pour un verre d’alcool, frappée pour une tenue « à l’européenne »… à cause du non-respect des règles religieuses musulmanes… » ? (Le Figaro)

Une du quotidien « Le Figaro » du 12 avril 2024.

Mauvaises graines

Ce ne sont pas les vœux pieux présidentiels – « l’école doit rester un sanctuaire » – qui auront le moindre effet sur ces dernières atrocités du quotidien. On ne peut pas se résoudre au simplisme du « il n’y a qu’à… », « il faut qu’on… » ! On n’arrache pas une culture néfaste comme on pourrait le faire d’une mauvaise herbe. Cette société qui s’est installée aux côtés de la nôtre, voire face à la nôtre, est peu disposée au dialogue. Elle est enracinée dans ses croyances, ses convictions, persuadée qu’elles doivent demeurer intangibles et que toute offense qui leur serait faite mériterait une riposte, souvent violente. Les tragédies criminelles récentes doivent être analysées comme la volonté de ne pas céder à la civilisation de notre pays, à ses règles, à son terreau non négociable.

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S’agit-il d’un vaste dessein qui mené collectivement par un islam dévoyé viserait, par petites touches devenues de plus en plus préoccupantes à force d’être cumulées, à changer radicalement l’esprit de notre nation en lui substituant une autre société, au pire la charia ? Je n’irais pas jusque-là parce que s’il y a des indices qui le font croire – par exemple ce qui s’est produit à Strasbourg, dans la boutique Geox (des centaines de réactions haineuses – « vermine française » – contre le gérant) -, beaucoup d’autres laissent plutôt entendre une imprévisibilité, des humeurs, des résistances, des susceptibilités, des défis qui ne paraissent pas relever d’un plan préétabli.

Je ne suis pas naïf mais attentif au fait que si la lucidité certes pessimiste désespère et affirme que tout est fichu, un pays n’a plus qu’à se suicider, ne plus rien attendre de la politique. Il convient toujours de laisser une place au futur. Faute de quoi, il y aura un maximalisme de la dépression française, incompatible avec toute possibilité de sauvegarde. Les couteaux sont tirés mais la France, si elle le veut, ne sera pas désarmée.

Mère Courage


C’était le 19 août 2014. Le journaliste américain James Foley était décapité par un terroriste islamiste en Syrie. La vidéo de son assassinat, postée sur les réseaux sociaux, avait fait le tour du monde.

Une première œuvre non fictionnelle pour Colum McCann

Dix ans après les faits, le romancier Colum McCann prête sa voix à Diane Foley, la mère de James. En résulte un livre choc à mi-chemin du témoignage et de l’enquête, dans lequel le romancier se met sciemment en retrait, signant ainsi sa première œuvre non fictionnelle. Le livre s’ouvre sur une scène quasiment surréelle. Le face à face entre la mère de James et le bourreau de son fils, Alexanda Kotey, « ex-citoyen britannique. Ex-soldat de Daech et membre en son sein, d’un groupe surnommé par les journaux les Beatles. Ex-dealer. Aujourd’hui incarcéré. Citoyen de nulle part. Un homme désormais voué à passer sa vie dans une petite pièce d’où l’on ne peut s’échapper. » La famille et les amis de Diane ont tenté de la dissuader de se confronter à l’assassin de James. Elle ne les a pas écoutés. Elle devait y aller. Elle ne savait pas pourquoi mais elle le devait. Alexanda Kotey, lors de son procès, deux mois plus tôt, a affirmé ne pas avoir été présent lors de l’exécution de James. Ne pas l’avoir égorgé. Ne pas avoir filmé la scène dans le désert. Il a aussi prétendu ne pas avoir été là quand la tête coupée de son fils a été reposée sur son dos. Accusé d’avoir participé à l’assassinat de James, il a toutefois plaidé coupable. Ce que cherche Diane, à l’occasion de cette confrontation, elle ne le sait pas elle-même. Pendant un an, Colum McCan va suivre cette femme brisée par la mort de son fils. Il va la voir se relever au prix d’une volonté inimaginable. Se battre avec le gouvernement Obama. Monter une association, la fondation James W. Foley, pour venir en aide aux otages du monde entier. Prier pour trouver la force de pardonner.

Les États-Unis ne paient jamais de rançon

C’est ce long chemin que raconte l’écrivain. Depuis l’enfance de James, petit garçon curieux, avec une tendance aux troubles de l’attention. Puis jeune homme idéaliste qui, avec le journalisme, a trouvé un métier qui le passionne et donne du sens à sa vie. En novembre 2012, première arrestation au Liban. Mais son désir de repartir au front prend le dessus. Et il part en Syrie. Pendant les deux années qu’ont duré sa détention, Diane n’a cessé de se battre pour sa libération. « J’ai rendu visite, dit-elle, à des ambassadeurs, des dignitaires, des bureaucrates et des personnalités politiques de tous niveaux. J’ai rencontré l’ambassadeur de Syrie, Bachar Jaafari, à deux reprises. Au département d’État et aux Nations unies, j’ai imploré de l’aide. »

Partout la même réponse : les États-Unis ne verseront pas de rançon. Ils ne négocieront pas. C’était, selon eux, la meilleure manière de protéger les citoyens américains. Magnifique récit sur le pardon et la compassion, témoignage bouleversant, American Mother est un livre dont on ressort profondément ébranlé. Une leçon de courage et de résilience sans précédent.

American Mother, Colum McCann avec Diane Foley, Belfond, 2024.

Bonnes nouvelles !

Habitué aux joutes médiatiques, hier comme dirigeant communiste, aujourd’hui comme chroniqueur politique, Olivier a des tripes et du cœur quand il s’agit de défendre ses idées. «J’aime qu’on me contredise !» pourrait être sa devise.


Je les piste avec un instinct de chasseur. Je cherche d’abord leurs traces laissées sur le papier, les ondes ou les écrans. Je m’approche très doucement pour ne pas les effrayer. Elles pourraient s’envoler et ne plus réapparaître. De l’aube au crépuscule, et même la nuit dans les périodes où la récolte est des plus maigres, j’ai appris à les attraper. Les capturer et les déguster comme on savoure des ortolans.

« Mais de quoi parle-t-il ? »

Des bonnes nouvelles ! Les infos positives. Celles qui surgissent et qui déchirent soudainement la chronique permanente de tout ce qui ne va pas, de tout ce qui ne va plus. Parfois, il m’arrive même de m’enthousiasmer avec peu de chose. Le soir de la réélection de Vladimir Poutine, avec 87 % des voix, la « bonne nouvelle » est venue des élections municipales partielles complémentaires dans le village de Thiron-Gardais (Eure-et-Loir), où Stéphane Bern a obtenu 97,3 % des suffrages exprimés. Un score supérieur de dix points à celui du Russe ! Et sans tricher. 

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Alors que le président Rocky-Macron veut boxer les dépenses pour réduire dette et déficit, en allant faire les poches des plus pauvres car ils sont les plus nombreux, la présidente de l’Assemblée nationale et le président du groupe Modem posent la question d’une mise à contribution des entreprises et des plus fortunés. Bonne nouvelle ! C’est quand même insupportable, ce dogme selon lequel on ne pourrait pas contester une partie des 170 milliards d’aides aux entreprises, ou regarder du côté des dividendes (le seuil des 70 milliards va être dépassé en 2024) et du rachat d’actions (32 milliards en 2023).

Autre actualité positive des derniers jours : le rejet sénatorial du traité de libre-échange avec le Canada (CETA) qui s’applique depuis 2017 sans avoir été ratifié. Dix pays de l’Union européenne connaissent une situation comparable. Depuis 2005 et la victoire du « non » au référendum sur le traité constitutionnel européen, Sarkozy, Hollande et Macron n’ont plus jamais consulté directement le peuple français en redoutant une « mauvaise nouvelle » au moment de l’annonce du résultat.

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Quoi d’autre ? En 1857, la foudre du procureur Pinard, au tribunal correctionnel de Paris, tombe sur Flaubert qui n’a pas fait « baisser la tête » à Madame Bovary. Un mois plus tard, Baudelaire est convoqué. Les Fleurs du mal serait un « outrage à la morale publique et religieuse aux bonnes mœurs ». Aujourd’hui, il me semble que les Pinard sont à la peine. En commission d’enquête à l’Assemblée nationale d’un côté, ou pour déverser des tombereaux d’insultes racistes sur Aya Nakamura de l’autre, ils n’ont pas atteint leur objectif.

Et puis, enfin, une bonne nouvelle peut être la sortie d’un film, d’un livre, une rencontre, un simple sourire dans la rue, une tasse de café au soleil. Ou cette phrase qui tourne dans ma tête, dite par une responsable d’unité de soins palliatifs, proposant « d’ajouter de la vie aux jours, à défaut d’ajouter des jours à la vie. » Quand Emmanuel Macron, lui, n’arrive toujours pas à nommer les choses. Retrouvons les mots, voilà un beau projet.

«Il y avait des personnes radicalisées dans les groupes que j’ai côtoyés»

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Pauline Condomines © François Delauney

La journaliste Pauline Condomines s’est infiltrée au cœur des réseaux d’extrême-gauche pendant six mois pour Livre noir. Rencontre.


Causeur. Concrètement, comment avez-vous fait ? Avez-vous seulement été une militante de base, ou avez-vous vu tout l’échelon stratégique et eu accès aux lieux de prises de décision ?

Pauline Condomines. Je me suis intégrée dans les groupes petit à petit. Il faut savoir que c’est une galaxie. Pour les « Soulèvements de la Terre », j’ai eu par exemple à parler de mes anciens engagements pour en faire partie, et ainsi de suite. Pour l’organisation « Urgence Palestine », j’ai dû rejoindre des petits groupes locaux, participer jusqu’à ce que l’opportunité se présente et que je rejoigne le comité national. Tout cela m’a finalement amenée à participer à des actions plutôt intenses : bloquer une route, attaquer l’enseigne Carrefour ou encore dormir dans une ZAD !

Quels sont les codes de ces milieux ? Comment s’assimile-t-on dans un mouvement radical d’extrême gauche ?

Il y a une culture de l’anonymat. Dans beaucoup de groupes, tu peux donc te présenter sous pseudonyme. Et il y a des codes assez particuliers avec lesquels il faut vite te familiariser – ces gens vivent dans un monde très étonnant. Par exemple, dans l’écologisme, ils parlent notamment en langage silencieux, en exécutant différents gestes pour signifier différentes choses, comme « je suis d’accord ; je voudrais parler ; je voudrais parler en deuxième ; faire silence » etc., ce qui est assez infantilisant pour des adultes ! Rien à voir avec « Urgence Palestine », où les rapports sont beaucoup plus virils et frontaux lors des réunions.

Pendant vos nombreuses sorties ou vos actions, avez-vous apprécié des aspects ou certaines idées de ces collectifs ? Avez-vous fini par être convaincue par certaines causes ?

Malgré mon habitude à fréquenter ces milieux, j’ai toujours eu peur d’être identifiée et démasquée. C’était donc difficile d’apprécier les moments que je vivais. Impossible évidemment de ne pas être touchée par certains jeunes qui s’engagent pour la planète ou des causes que je peux comprendre comme l’A69. Mais, malgré cela, je ressentais une certaine peine à les voir instrumentalisés par la logique intersectionnelle qui les dépasse. Et je ne peux m’empêcher d’imaginer les réactions de ces groupes, notamment « Urgence Palestine », maintenant que mon identité a été dévoilée. Ils doivent se dire que je suis un agent sioniste infiltré, financé et au service d’Israël – ce qui n’est pas le cas ! 

© Pierre Christen

Vous avez fréquenté des milieux assez méfiants, et parfois violents. Est-ce qu’aujourd’hui, en tant que témoin à visage découvert, vous vous sentez en danger ? Avez-vous reçu des menaces ?

Il y a des personnes radicalisées dans les groupes que j’ai côtoyés. Je pense une nouvelle fois à « Urgence Palestine », qui rassemble des personnes violentes et impulsives, car radicalisées. Je n’ai jamais rencontré de personnes aussi extrémistes ailleurs. Nous sommes actuellement en train de remonter le fil des menaces, des poursuites judiciaires seront engagées. Ça va être facile de remonter jusqu’à ces gens. Je pense qu’ils ne me feront rien, et d’ailleurs, je suis très bien protégée. Oui, j’ai reçu des menaces par téléphone. Mais j’ai aussi reçu beaucoup d’encouragements.

En octobre 2023, Nora Bussigny avait publié une enquête après avoir aussi infiltré des milieux militants woke pendant 1 an. La connaissez-vous, et vous a-t-elle aidée ou inspirée ?

Je ne la connais pas personnellement, mais j’ai lu son livre. Lorsque je l’ai lu, cela m’a amusé car elle s’est retrouvée à se lier avec des gens que je connaissais. Notamment Irene Hermoso, une militante espagnole, que Mme Bussigny a rencontrée à la fac : elle présentait des réunions interdites aux cisgenres. De mon côté, j’ai rencontré cette Irene à la Bourse du travail, occupée à organiser ces mêmes réunions interdites aux cisgenres. Sinon, Nora Bussigny m’a beaucoup inspirée, mais je considère ne pas avoir la même démarche. Alors qu’elle était une actrice de ses groupes, je me suis plus présentée comme une petite souris discrète qui se faufile partout… 

A la lecture de votre dossier, on a l’impression que politiquement même LFI et la NUPES sont dépassées par ces mouvements… Est-ce le cas, selon vous ?

Chez Urgence Palestine, en effet, des élus LFI sont venus séduire les militants. Ces élus savent parfaitement qu’ils sont extrémistes, qu’ils font l’apologie du terrorisme, et que leur antisionisme se confond avec leur antisémitisme. Jean-Luc Mélenchon envoie des gages depuis plusieurs années à ces mouvements. On retrouve des thèses équivalentes entre ce qu’il dit publiquement et ce que j’ai entendu en réunions privées. Les LFI essayent de donner des gages subtils à ces gens radicalisés, tout en essayant de maintenir une image lisse. Après on peut en faire l’analyse que l’on souhaite, mais ces militants sont tellement extrémistes et obsédés que personne ne peut réellement porter leur voix… Si ?

Pour ce qui est des ZAD, c’est encore autre chose, elles se revendiquent complètement en dehors du monde, c’est un espace de « non-droit auto-géré » ! Concernant « Dernière Rénovation », les militants ont un profil plus bobo, ce sont des cadres, avec beaucoup de femmes. Et, ils le disent eux-mêmes, il n’y a que « des blancs entre 25 et 35 ans » ! Les « Soulèvements de la Terre » sont aussi très bobos, avec beaucoup de travailleurs du monde associatif, des journalistes, des diplômés d’HEC, etc. La plupart des militants que j’ai côtoyés pendant mon enquête étaient cultivés, éduqués, alors que pour la ZAD, c’est un peu plus varié ; on trouve des jeunes qui ont fait des études, qui sont intellectuels et qui sont là pour « le kiff ». Chez « Urgence Palestine », il y a beaucoup de personnes issues de la culture arabo musulmane, ils organisent leur recrutement dans les mosquées, des tours solidaires pendant le ramadan… Sociologiquement, dans les mouvement infiltrés, il y a aussi des enseignants, des militants décoloniaux, des marxistes et des jeunes étudiants qui étudient en Lettres, en Sciences Sociales… ça reste un milieu où beaucoup de gens sont issus des sciences humaines, de l’art…

Ce que je retiens de mon enquête, c’est la convergence des luttes entre des sensibilités politiques qui n’ont rien à voir, voire qui s’opposent. Il peut y avoir autour d’une même table un islamiste prônant le séparatisme musulman, des militants marxistes, des écolos révolutionnaires antisystème et des féministes. « Urgence Palestine », à l’approche des élections européennes, n’a donné aucune consigne de vote – probablement pour éviter la fragmentation des idéologies.

La plupart de ces organisations sont « gazeuses » et financées par d’autres associations officielles, analysez-vous.

Du point de vue des financements, l’extrême-gauche est vraiment maligne. Beaucoup font en sorte de ne rien déclarer, de rester dans une organisation floue. « Les soulèvements de la Terre » par exemple, sont très opaques, car n’importe qui s’en revendiquant membre, le devient. Et en effet, une association, « Les Amis de la Terre », me semble-t-il, leur permet de recevoir des dons. « Urgence Palestine », c’est la même chose, ils n’ont pas d’existence légale. Ils reçoivent des dons grâce à « La Palestine nous rassemble », laquelle est de plus reconnue d’intérêt général. Elle permet donc d’émettre des reçus fiscaux quand elle perçoit des dons, et donc c’est un manque à gagner pour l’Etat, car c’est déduit des impôts de financer un réseau pro-Hamas… Il y aussi « Dernière Rénovation », qui utilise « Génération Mobilisation », reconnue elle aussi d’intérêt général. Grâce à cette association prête-nom, les militants ont pu louer des locaux en face de l’Hôtel de Ville, ils jouissent de dons défiscalisés et ça ne pose de problème à personne ! Je rappelle que l’essentiel de leurs actions sont pourtant illégales. Ils critiquent le système qui les nourrit.

En plus de convergence de luttes, vous parlez d’« atomes idéologiques crochus ».

D’une manière générale, il y a une haine de l’Occident et une volonté de déstabiliser l’État dans ces mouvements d’extrême gauche.
La haine anti-police est très présente dans ces mouvements, les idées révolutionnaires aussi.
Les féministes pensent qu’elles ont un « privilège blanc », et qu’il faut l’exorciser. C’est un terrible refoulement de soi, par la discrimination positive. Il y a une réelle culpabilité. Le pire est que tous se retrouvent dans le même panier, ils s’utilisent entre eux, leurs moyens sont équivalents, mais pour des intérêts radicalement différents, voire opposés.

Le RN à la conquête des profs

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Le député RN Roger Chudeau. DR.

Rencontre avec le député de la 2ᵉ circonscription de Loir-et-Cher Roger Chudeau


Le service militaire a beau avoir été suspendu, certains fonctionnaires doivent toujours faire leurs classes ; littéralement quand des enseignants titulaires de leur beau concours, affectés à un premier poste se prennent pour certains la turbulence des adolescents pleine figure. Seuls s’en sortent, certains maîtres chez qui l’on décèle une autorité calme, sereine, sûre d’elle et que l’on dit parfois naturelle.

Ministre putatif en cas de victoire de Marine Le Pen

Roger Chudeau, le député Rassemblement national en charge des questions d’éducation, semble avoir été de ces enseignants-là. Quand le maître arrive dans le café où nous avons rendez-vous, tout le monde se lève. Pas bégueule, le patron nous remet une tournée ainsi qu’à ses collaborateurs. Nouveau député du Loir-et-Cher depuis les législatives de 2022, l’homme en est à son premier mandat mais semble déjà savoir y faire. En novice, il nous raconte l’apprentissage du métier d’élu, de fêtes de village en célébrations officielles… Cet ancien haut responsable du ministère de l’Éducation nationale a connu rue de Grenelle les cabinets ministériels. Agrégé d’allemand, il a longtemps enseigné. Fort de ce CV, il est aujourd’hui présenté comme ministre putatif de l’Éducation nationale en cas d’élection de Marine Le Pen.

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Aussi, la discussion prend un tour assez grave. L’élu fait sien la dénonciation de « l’état désastreux du système éducatif ».  « Je ne parle pas d’anecdotes mais de choses de fond : ascenseur social bloqué, école en morceaux, des élèves qui ne savent plus lire et écrire… » Il cite au passage notre chroniqueur Jean-Paul Brighelli dont l’ouvrage, La fabrique du crétin avait alerté l’opinion publique sur la panade de l’école française. Même diagnostic que l’essayiste : « L’esprit 68 est un peu déclencheur de l’affaire. Il a fait sauter le bouchon d’académisme un peu sérieux qui restait dans l’institution. On est entrés dans une période qui voulait faire du passé table rase. Tout a été aplati, rendu incompréhensible pour la génération d’avant : les exercices de français, de mathématique. On a alors commencé à envisager le savoir, la langue, la logique comme des structures de domination » énonce-t-il. Puis il balance une synthèse : « le structuralisme : un bordel ». Passé le constat il énonce un véritable plan de redressement : refonte des programmes, de la formation (« Les INSPE, instituts de formation des maitres souvent accusés de dérives pédagogistes, sont une catastrophe nationale »), écrémer le secondaire au moyen d’examens de passage (« on redonne du sens à l’activité éducative et une validité académique au diplôme ») et surtout recentrer l’école sur sa mission première : « il y a plusieurs centaines d’objectifs qu’on assigne à l’école sur le site du ministère, certaines sont fantaisistes : maitriser l’informatique, planter des arbres… Je propose d’assigner à l’école ses deux missions essentielles : transmettre des savoirs, transmettre des valeurs ».

Et les bonnes manières ?

Son programme est connu. Il a su la populariser avec quelques coups d’éclat bien sentis.  Le 21 septembre dernier, les députés de la NUPES invitaient en audition à la commission des affaires éducatives et culturelles de l’Assemblée nationale les syndicats enseignants. Gonflés par la complaisance de leurs hôtes, les syndicalistes sermonnent les députés, ironisent sur leur absentéisme, leur indifférence supposée aux enjeux d’éducation.  Un ton que Roger Chudeau n’a pas apprécié. Le maître sort sa règle et tape : « Le fait que vous vous permettiez de nous faire une leçon de respect de démocratie est totalement ridicule et totalement déplacé… Si vous voulez que l’année prochaine on se retrouve, ce qui n’est pas certain, je voudrais que vous vous mettiez au niveau et que vous baissiez d’un ton ». Vexés, les syndicats ont alors quitté la commission : « Je leur ai dit leur fait, je leur ai rappelé qu’ils étaient des enfants mal élevés » raconte l’élu. Le député redevient volontiers professeur : il redresse les torts, corrige quand cela est nécessaire, gronde quand on déroge au savoir-vivre.  Roger Chudeau est un homme qui a du style et des idées. Il a même – et ce n’est pas si fréquent – le style des idées qu’il défend. Pour mieux le cerner – et parce que le style c’est l’homme – nous l’écoutons discourir sur sa méthode d’enseignant : « Je mettais les choses au point en début d’année à ma façon. Et de manière catégorique. N’allant pas jusqu’à l’indignation. Après avoir jeté ce petit froid. Je détendais l’atmosphère au fur et à mesure. Finalement, je finissais familier avec l’élève. » Devenu principal de collège au bout de huit ans, il a pris goût « à l’autorité et pourquoi ne pas le dire au commandement ».

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Sa conception du commandement, il peut la résumer en un mot : « la fermeté ». « Je crois dans la majesté de la décision politique » assène celui qui tient l’instruction – au même titre que la défense, la justice, la sécurité – pour un domaine régalien : « elle doit être domaine réservé du président de la République ». Une manière de contourner les syndicats, l’administration et les fameux parents d’élèves et de neutraliser les forces d’inertie et de complaisance qui ont bloqué l’action des anciens ministres. Ancien membre des cabinets de François Fillon et Xavier Darcos, il en fut d’ailleurs un témoin privilégié.

Longtemps terre de mission pour le FN puis le RN, Marine Le Pen a réalisé dans le monde enseignant une percée inattendue avec 22% de suffrages en 2022. L’intransigeance de Roger Chudeau sur la laïcité à l’école ou la sécurité dans les établissements ne sont pas sans échos dans l’actualité : «Le proviseur du lycée Ravel jette l’éponge. Comment lui en vouloir ? Une fois encore l’islamisme aura marqué des points et marqué son territoire qui n’est autre que l’école de la République. » Avec ses annonces tonitruantes (chocs des savoirs, classes de niveau…) l’éphémère ministre de l’Education, Gabriel Attal avait paru lui couper l’herbe sous le pied. Depuis, les déboires d’Amélie Oudéa-Castéra et les hésitations de Nicole Belloubet lui redonnent de l’air : « Elle a elle-même déclaré que la question de l’autorité était une faribole. »  Réussira-t-il ? Il cherche en tout cas à montrer qu’il possède le caractère de la fonction. Pour en avoir le cœur net, nous interrogeons l’homme public sur ses passions privées. L’élu de Sologne est chasseur. En souriant, il nous confie « J’attends chaque année avec impatience l’ouverture ». S’il fallait être plus clair…

« La Bibliothèque du beau et du mal », d’Undinė Radzevičiūtė: tout, tout, vous saurez tout sur la bibliopégie anthropodermique!

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La romancière lituanienne Undinė Radzevičiūtė. DR.

Rien de ce qui est pervers n’est étranger à notre chroniqueur… Du moins, c’est ce qu’il croyait, jusqu’à ce qu’il lise ce petit chef-d’œuvre de la littérature lituanienne qu’est La Bibliothèque du beau et du mal : et depuis, il s’est pris manifestement à rêver…


« – Regarde, Axel, cet ouvrage est recouvert de peau humaine.
– Une peau d’homme ? demanda le petit garçon.
– De femme, probablement. Expliqua Walter.
Axel avança un doigt pour toucher le livre et le retira aussitôt.
– N’aie pas peur. Regarde, c’est un téton. Les humains ont ça sur leur poitrine. Toi aussi tu en as deux.
– Non, maugréa Axel, je n’en ai pas.
– Bien sûr sur si, mais les tiens sont plus petits.
– Arrête d’effrayer mon fils ! S’écria Lotta.
– C’est la toute première édition du marquis de Sade, s’émerveilla Walter. Cet exemplaire est couvert de la peau d’une aristocrate guillotinée. »

C’est au tout début de ce roman si particulier, qui mêle en une chaîne bien tressée les événements qui secouèrent l’Allemagne entre 1924 et 1973, et la quête du personnage principal, Walter, qui a hérité d’une bibliothèque bien particulière où certains ouvrages sont reliés en peau humaine — collection qu’il mettra toute son âme et sa fortune à développer au fil des ans, cherchant pour Les Fleurs du mal ou Crime et châtiment des peaux humaines adéquates. Car très vite l’épiderme seul ne lui suffit plus, il veut en surimpression des tatouages originaux correspondant au contenu des livres.
On appelle cela la bibliopégie anthropodermique. Si vous doutez de ce que raconte la narratrice (oui, c’est une femme qui écrit ces délicatesses), l’ouvrage de Sade en question, relié avec une peau humaine authentifiée par le procédé PMF (Peptide Mass Fingerprinting), a été vendu chez Drouot en 2020 pour 45 000 €.
Il y en a d’autres, mais l’interdiction de faire commerce de débris humains gêne considérablement les échanges. Par ailleurs, les peaux humaines en question sont souvent de la basane, une peau de mouton traitée, d’une qualité bien inférieure au maroquin (issu de la chèvre) ou au chagrin (qui vient originellement de l’hémione, âne sauvage d’Asie, mais plus ordinairement de la chèvre).
Et voici que je me prends à rêver d’une peau humaine qui elle aussi viendrait d’un chagrin…

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Walter cherche l’adéquation entre l’histoire, le style, et le type de peau pour relier l’ouvrage. « Si un jour il pouvait se procurer la peau d’une baleine blanche, il en couvrirait Moby Dick ! » Pour lui, c’est cela, le Beau : le rapport contigu entre le style et le contenu. On dit en grec καλὸς κἀγαθός, souvent écrit en un seul mot agglutiné, le Beau et le Bon, pour signifier que ce qui est Beau ne saurait être mal. Oui, mais comme dit Baudelaire, justement, Satan est « le plus beau des anges ». La quête du Beau dispense-t-elle de toute morale ?
Problème vertigineux, aujourd’hui tranché par les féministes intersectionnelles et autres starlettes dépitées : ce qui est mal ne peut être beau, et en aucun cas la Beauté n’excuse le Mal.
Ouais…
N’empêche que je rêve de voler un jour à la Bibliothèque nationale l’exemplaire des Liaisons dangereuses, relié en veau blanc, qui appartenait à Marie-Antoinette. Le volume, que j’ai vu lors d’une exposition des livres rares de la Bibliothèque, rue de Richelieu, n’a ni titre ni nom d’auteur, de façon à ce que personne ne sût que la reine lisait de pareilles inconvenances libertines.
Sans être fétichiste, pensez qu’il y a peut-être sur ce livre un reste de l’ADN de la souveraine, qui devait humecter son doigt sur ses lèvres pour tourner les pages…

Le fait que l’histoire de La Bibliothèque du beau et du mal se déroule pendant la République de Weimar — insolvable et en faillite après le traité de Versailles, nous sommes dans le Berlin décadent de Cabaret — et la montée du nazisme n’est pas tout à fait un hasard. Walter traque les épidermes joliment décorés de tatouages afin d’amener leurs légitimes possesseurs à lui faire don, à leur mort, de ce cuir humain pré-décoré. Et peut-être anticipe-t-il la Camarde, après tout, « derrière chaque collection de grande valeur se cache au moins un crime », expliquera-t-il plus tard à Günter Grass. Un individu entièrement couvert de tubéreuses monstrueuses lui semble ainsi tout à fait adéquat pour Baudelaire, tel autre, issu de la mafia russe, sera fort convenable pour Dostoïevski.

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L’Histoire n’apparaît qu’en contrepoints discrets. Ainsi Lotta, la sœur de Walter, voudrait que « ceux qui se comportent mal soient punis. Le mieux, ce serait de les enfermer quelque part. Dans une réserve. Pour que les principes de notre culture et de notre morale soient définis explicitement et avec autorité. Et que tous obéissent à ces principes. » On se doute qu’elle applaudira des deux mains l’arrivée au pouvoir du petit moustachu autrichien.
Walter pendant ces péripéties s’obstine à chercher les peaux idéales. La jeune Inguès serait la candidate idéale pour les poèmes de Rilke — mais voilà, elle n’aime que le Führer, et finalement, il constate, amer, que « sa peau aurait mieux convenue pour couvrir Mein Kampf. » Comment dit-on « humour noir » en lithuanien ?
C’est un roman fort étrange, écrit par une romancière qui a reçu en 2015 le Prix européen de littérature, dont les récipiendaires sont souvent l’espoir littéraire du Vieux Continent. Et l’occasion, puisque du coup ils sont traduits, de découvrir d’autres horizons que le nôtre, bouché par ces poubelles hexagonales que sont Virginie Despentes, Annie Ernaux, Eric Reinhardt ou Edouard Louis.


PS. Vient de paraître, après Barbara furtuna puis Hosanna in excelsis, le troisième et dernier tome des Terres promises, la saga corse de Gabriel-Xavier Culioli et Jean-Marc Michelangeli. De la destruction du Vieux-Port par les nazis à l’espoir d’une terre promise en Israël, les personnages campés dans les précédents volumes vont au bout de leur destin de sang, de larmes et d’espérances.

Undinė Radzevičiūtė, La Bibliothèque du beau et du mal, Editions Viviane Hamy, mai 2024, 352 p.

La Bibliothèque du Beau et du Mal

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Accommodement déraisonnable: 52% des lycéens pensent qu’il ne faut pas critiquer les religions

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Le Premier ministre Gabriel Attal avec le Premier ministre du Québec François Legault, Québec, Canada, 12 avril 2024 © Jacques Boissinot/AP/SIPA

En précisant qu’il n’entendait pas en faire une « arme politique ou culturelle », Gabriel Attal a défendu la laïcité lors d’un déplacement au Canada. « J’ai affirmé un attachement très fort, qui est celui de la France, à la laïcité. Nous avons cette même approche en partage », a déclaré vendredi le Premier ministre français lors d’une conférence de presse avec le Québécois François Legault.


En déplacement dans la Belle Province, le Premier ministre n’a pas crié « Vive le Québec libre !» comme le Général de Gaulle en 1967 mais il a vanté la laïcité, modèle que France et Québec ont selon lui en partage. En réalité, la laïcité québécoise est beaucoup plus souple que la nôtre – pour ne pas dire molle. La Loi 21 (votée en 2019) interdit là-bas le port de signes religieux aux seuls agents de l’Etat. Et pourtant, elle suffit à exaspérer le reste du Canada. Les nôtres ulcèrent le reste du monde.

La laïcité partout et nulle part

En France, la laïcité est indissociable de l’histoire de la République (« laïque » est d’ailleurs le septième mot de notre Constitution). On aime penser que la laïcité est l’arme fatale contre l’islamisme et le séparatisme. Dès qu’un problème survient, c’est-à-dire quotidiennement désormais, on dégaine le mot magique: nous avons des référents laïcité, des cours de laïcité, il y a des prix laïcité, une Journée de la laïcité dans la Fonction publique. En Occitanie, Carole Delga crée un Conseil régional de la laïcité. Bref tout le monde est laïque !

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Visiblement, cela n’impressionne pas les Frères musulmans et autres propagandistes de l’islamisme d’atmosphère qui imprègne à des degrés divers une majorité de jeunes musulmans – massivement hostiles à la loi de 2004.

Faut-il en conclure que la laïcité est dépassée ?

Non. À condition de s’entendre sur ce qu’elle est.

Si le mot est très galvaudé, la laïcité est un régime juridique et un esprit qui demandent aux religions ou aux identités particulières de céder devant la loi commune et l’identité nationale et d’être discrètes dans l’espace public.

Or, le progressisme voudrait accommoder la laïcité à la sauce multiculti. En faire un concept aussi sucré, gentillet et inopérant que le « vivre-ensemble ». Il dénonce ainsi en permanence une laïcité de combat qui serait « islamophobe ». Cette idéologie McDo (« Venez comme vous êtes ») est très puissante chez les professeurs et les jeunes. Tous les sondages convergent et doivent nous alarmer. Selon les chiffres de l’IFOP et de la Licra, 52 % des lycéens sont favorables au port des signes religieux (contre 25 % dans la population générale). Ce chiffre monte même à 76% chez les lycéens qui se disent musulmans. Pire, la même proportion – 52% – est hostile au droit de critiquer les religions. Autrement dit, ils voudraient rétablir le délit de blasphème. Voilà qui est très grave : c’est une manière d’introduire en France de nouvelles mœurs, de nouvelles normes et de les imposer d’ailleurs aux musulmans. Le blasphème commence avec une petite sœur qui ne se voile pas ou parle aux mangeurs de cochon…

La laïcité n’est pas une arme politique ou culturelle, a précisé Gabriel Attal à Québec. Eh bien si ! Et il est temps de s’en servir. Et de proclamer qu’en France, la laïcité, ce n’est pas le « respect » des religions comme on l’entend dire partout bêtement. C’est le droit de s’en moquer, ou comme le dit l’avocat Richard Malka, le droit d’emmerder Dieu.

Le droit d'emmerder Dieu

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Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez notre directrice de la rédaction du lundi au jeudi dans la matinale

L’origine du mérite

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D.R

Comment devient-on sergent dans la police de Chicago ?


Comme la plupart des services publics américains, le département de police de Chicago oblige ses employés à déclarer une « identité raciale ». En 2004, trois options étaient possibles : Caucasien, Noir ou Hispanique. Recruté cette année-là, Mohammed Yusuf avait choisi la première. Après des années de propagande woko-racialiste, l’administration a décidé de proposer un nouvel assortiment d’identités raciales : Afro-Américain, Hispanique ou Latino, Blanc, Indien ou autochtone de l’Alaska, natif hawaïen ou insulaire du Pacifique… Arguant du fait que les agents du département de police pouvaient dorénavant modifier leur sexe pour le faire correspondre à leur « identité de genre », M. Yusuf a demandé à changer son « identité raciale » : il désire être reconnu comme « Égyptien et Afro-Américain » et dit avoir fait un test génétique prouvant cette hérédité ethno-raciale. Ses supérieurs ayant repoussé sa requête, le policier a intenté un procès à la Ville de Chicago au cours duquel les juges se sont étonnés de son acharnement : pour quelles raisons M. Yusuf tient-il donc tant à changer d’identité raciale ? Et puis ils ont compris : le plaignant aimerait bien, lui aussi, bénéficier de la fameuse « discrimination positive », laquelle profite essentiellement aux Afro-Américains.

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Bien qu’ayant obtenu d’excellents résultats à l’examen pour devenir sergent en 2019, M. Yusuf se plaint de n’avoir toujours pas été promu ; le procès a mis en évidence que, depuis cette date, sur les 75 officiers nommés sergent, cinq seulement étaient « caucasiens » – les autres étaient majoritairement « afro-américains » et certains ont été promus malgré d’évidentes lacunes professionnelles, voire des problèmes de discipline. Sans doute M. Yusuf se fiche-t-il comme de sa première contravention d’être catalogué Blanc, Noir, Indien à plumes ou Ostrogoth à poils. Son rêve était de devenir sergent dans la police de Chicago grâce à son travail et à ses capacités. Au lieu de ça, il le deviendra peut-être un jour uniquement parce qu’il aura su surfer sur la vague racialiste victimaire. Ce qui n’est ni juste ni glorieux – mais à qui la faute ?

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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Quand les ministres ne sont pas là…

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Jacques Witt/SIPA

Dur, dur d’être ministre ! Qu’ils soient en exercice ou en reconversion, les parlementaires ne les ratent jamais. Et s’il n’y avait que nous…


Salon de l’agriculture

Un salon assurément haut en couleur. Vous avez encore tous en tête l’inauguration mouvementée (et pleine de CRS) d’Emmanuel Macron, suivie des deux jours de « perches à selfies » avec Jordan Bardella. Puis, le Premier ministre et sa visite surprise avant, le mercredi, le tour de Marine Le Pen. Il lui fallait évidemment pouvoir rivaliser avec le jeune président de son parti, qui avait reçu, deux jours plus tôt, un accueil chaleureux. La veille au soir, selon les dires de Libération, un message avait donc été adressé aux adhérents du parti pour les « convier » à « rejoindre » le salon et « accompagner » Marine Le Pen porte de Versailles. Message qui se terminait ainsi : « Veuillez noter que les frais d’entrée ainsi que les repas seront à votre charge. » Il n’y a pas de petites économies…

Dur d’être ministre…

Parmi les obligations des ministres, être présent aux séances de « Questions », les mardi et mercredi à l’Assemblée nationale et au Sénat…Et de préférence, y répondre ! Le 28 février dernier, la députée LR Nathalie Serre a interrogé le gouvernement sur la possible installation du village olympique saoudien, dès le 10 mai et pour quatre mois, dans l’enceinte de l’Hôtel national des Invalides. Quel ministre va donc répondre ? Amélie Oudéa-Castéra, ministre des Sports, semble bien placée, mais elle refuse. Déjà eu son compte de polémiques… Les ministres de la Défense et de l’Intérieur sont alors pressentis. Mais Sébastien Lecornu et Gérald Darmanin sont absents, et la tâche retombe sur leurs secrétaires d’État, Patricia Mirallès pour Lecornu et Sabrina Agresti-Roubache pour Darmanin. Pendant que la députée Serre pose sa question, la décision est prise : ce sera Agresti-Roubache. Mais elle ne l’entend visiblement pas de cette oreille, se lève et sort de l’hémicycle en faisant semblant de téléphoner… C’est donc la secrétaire d’État aux Anciens combattants–pas de chance ! –qui s’y colle, mais sans avoir en main la « bonne » fiche préparée par le cabinet du ministre. D’où son famélique « aujourd’hui, rien n’est concret et rien n’est fait. Je comprends vos interrogations, mais je ne répondrai pas sur des choses qui ne sont pas faites ni signées. » Une non-réponse qui a visiblement agacé jusqu’à la présidente de l’Assemblée, puisque celle-ci a jugé bon de rappeler « qu’il faudrait vraiment que les ministres répondent aux questions que lui pose le Parlement. » Ce n’est pas moi qui l’ai dit !

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Clause de conscience

Le 4 mars, le Congrès s’est réuni à Versailles pour inscrire l’IVG dans la Constitution. Je fais partie des 72 élus qui ont voté contre. J’ai eu l’occasion d’expliquer pourquoi je trouvais cette inscription « inutile et dangereuse », notamment pour la clause de conscience du personnel médical. Ça n’a pas traîné. Dès le lendemain, le député insoumis Manuel Bompard plaidait pour supprimer cette clause de conscience des médecins qui constitue selon lui « un obstacle, une entrave » à l’effectivité du droit à l’IVG. Même chose du côté du Planning familial qui, dans son plan stratégique pour 2023-2025, milite pour la suppression de la « double clause de conscience » des médecins pour combattre « la stigmatisation de l’avortement ». Et souhaite une « harmonisation des délais européens à vingt-quatre semaines d’aménorrhée [délai le plus long actuellement en vigueur dans l’UE, soit un bébé d’environ cinq mois dans le ventre de sa mère] », les délais actuellement en vigueur étant jugés « trop courts » et porteurs « d’inégalités ». Inutile et dangereux, vous disais-je…

Discrimination capillaire

Le mercredi 27 mars, une proposition de loi sera examinée à l’Assemblée visant à « reconnaître et à sanctionner la discrimination capillaire »… Vous avez bien lu. Si vous l’ignorez, il s’agit de voler au secours des femmes noires qui se défrisent, paraît-il, pour être dans la norme. Dans l’exposé des motifs, une sociologue, Juliette Sméralda, explique que « le défrisage change l’image corporelle et l’apparence. On aplatit un cheveu qui mérite de vivre, on l’assassine, on le dénature… » En Grande‑Bretagne, une étude réalisée en 2009 a également montré qu’une femme blonde sur trois se colorait les cheveux en brun afin d’augmenter ses chances professionnelles et « avoir l’air plus intelligente » en milieu professionnel. Eh oui, à l’Assemblée aussi on coupe les cheveux en quatre !

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Panique

À Bercy, l’heure n’est pas à la rigolade. Au lieu des 4,9 % attendus (contre les 4,4 % espérés), on se rapprocherait finalement plutôt des 5,6 % de déficit, un chiffre jamais atteint sous la Ve République hors récession et hors crise ! Un véritable tremblement de terre ! Avec, à la clef, une dégradation de la note de la dette française… De quoi faire paniquer Bruno Le Maire ? Pensez-vous… Le 19 mars dernier, lors des questions au gouvernement, il répond en effet ceci : « Nous rétablissons calmement, fermement et sereinement les comptes publics. » À l’Élysée en revanche, on est un peu moins serein. Alors que le ministre de l’Économie sort son sixième livre en sept ans, dans lequel il appelle à la « fin de l’État providence », il paraît qu’Emmanuel Macron a peu goûté la chose. Considérant que son ministre « a raison sur la relance économique et les réformes à faire », il aurait ajouté : « Il devrait en parler à celui qui est ministre de l’Économie et des Finances depuis sept ans. » Sans blague…

Reconversion

Olivier Véran, neurologue de formation, ancien ministre de la Santé connu pour ses déclarations sur les masques « inutiles » en pleine crise du Covid, a repris le chemin de l’université pour s’orienter vers « la médecine esthétique ». Dans le but d’intégrer la clinique parisienne privée des Champs-Élysées, fief des stars de téléréalité, apprend-on. Un choix qui n’a pas manqué de faire réagir, tant l’ancien ministre était connu pour ses perpétuelles leçons de morale. Certains de ses confrères ont ainsi pointé du doigt son manque d’exemplarité, d’autres dénoncé un « choix financier ». Un petit détour vers le site de ladite clinique permet de se rendre compte des actes et tarifs pratiqués : augmentation des fessiers, 2 800 à 8 900 euros ; amplification du point G,700 à 1 500 euros ; épaississement du pénis, 2 500 à 4 500 euros, etc. « Quoi que je fasse, il y aurait eu des critiques », s’agace-t-il. À force de tendre le bâton…

Dernier baroud d’honneur

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À l’occasion de l’anniversaire des « 50 ans » de la Citroën CX, Monsieur Nostalgie évoque cette oblongue berline au charme gaullo-giscardien, dernière salve avant l’austérité, dernière fantaisie automobile avant le carcan du cahier des charges.


Après elle, plus rien n’a été pareil. Les crises ont scellé durablement notre existence. Les politiques ont emprunté le langage de la raison et de la com’, le sabir des vaincus. Les managers ont remplacé les capitaines d’industrie en dépeçant nos usines. Les élites ont abandonné les Humanités au profit des « conf call ». Les synthés ont supplanté la guitare sèche en faisant l’impasse des paroles dans les chansons. Les écrivains ont pris goût aux studios télé et les acteurs, leur carte d’abonnement dans les ministères.

Une parenthèse entre deux mondes

Bientôt Montand se prendra pour Tapie, et Renaud pour le Che. La CX, présentée à la fin de l’été 1974, est la parenthèse entre deux mondes, la fin du gaullisme sur fond de révolution sexuelle, le triomphe du marché sur les chaînes de montage et l’avant-gardisme fracassé sur le mur des économies d’échelle. Pompidou est mort. Les ouvriers vivent leur dernier quart d’heure de célébrité. VGE est à la barre. Mitterrand ronge son frein. Son tour viendra. Le nouveau monde ressemble à l’ancien en plus décomplexé et vorace, en plus plastique et mouvant, en plus doucereux et pernicieux. Cette CX arrive au pire moment. Elle est pourtant l’héritière de la DS, l’incarnation du haut de gamme à la française quand le style et la technologie étaient les mamelles de la croissance. On attend beaucoup d’elle. Elle porte le poids des chevrons sur son capot, toute la lyre, le Petit-Clamart et le Grand Charles. À la veillée, dans les chaumières, on raconte sa genèse, comment ce jour de 1955 au salon de l’Auto, sous les verrières du Grand Palais, elle est apparue, mi-soucoupe volante, mi-déesse de la route, aux yeux des mécréants du monde entier. Le journaliste des actualités télévisées parlait alors « d’une ligne hardie ». On prétend que les premiers propriétaires de DS 19 ont été déroutés par sa direction assistée et sa suspension hydropneumatique. La CX n’aura pas la même rampe de lancement et le même engouement populaire quoiqu’elle se vendra à plus d’un million d’exemplaires et obtiendra le prix de la Voiture de l’année en 1975. Le ciel s’est assombri sur nos démocraties. Deux ans avant le meurtre du petit Philippe Bertrand, la France a déjà peur. Guerre du pétrole et Trente Glorieuses en capilotade, l’heure est au serrage de boulons et au tour de vis budgétaire. Fini la récréation ! Fini les vacances au Crotoy ! Fini la Nationale 7 et ses platanes tentateurs ! Place aux autoroutes de l’information et aux cures d’amaigrissement.

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Un modèle qui ravit les citroënistes activistes

La CX est chère au cœur des citroënistes car elle est considérée comme la dernière production maison avant le rachat par Peugeot. Certaines prises de contrôle ne passent toujours pas, un demi-siècle plus tard. En catastrophe, la CX qui est dans les cartons depuis quelques années doit impérativement sortir et oublier ses rêves de motorisations nobles ou innovantes. Un bon « quatre cylindres » fera l’affaire. Elle n’en demeure pas moins une vraie Citroën avec ses codes esthétiques et sa mystique moderniste. On adhère à sa ligne ou on la rejette d’emblée. La CX n’est pas faite pour les centristes mous. Elle déploie sa propre dramaturgie, son propre vocabulaire, sa sérénité soyeuse, avec cette singulière différence qui émeut. J’entends encore mon beau-frère, citroëniste activiste, me parler de la lunule (tableau de bord), de son éclat et de son onde mystérieuse, comme s’il récitait du Rimbaud. Il peut disserter à l’infini sur le sujet des pneus TRX. La CX est un univers à part, incompréhensible pour les rationalistes enferrés. Notre regard s’est déshabitué à son profil dans les rues, ne subsistent que quelques souvenirs d’ambulance à la campagne et d’une Prestige élyséenne. On a oublié sa pureté originelle surtout la première série de cette routière, fluide et tourmentée à la fois, squale dévorant l’asphalte, anticonformiste et effilée dans la marée des SUV replets et satisfaits d’eux-mêmes.

Lorsque l’on croise son regard à nouveau dans « L’Alpagueur », « La Balance », dans un Derrick, Tatort ou même un obscur Schimanski, on revit. Dans « Trois hommes à abattre », une CX 2400 Super néo-polardeuse apparaît. Ultime morceau de bravoure. Au niveau des échangeurs de la Défense, elle est poursuivie par la rageuse Lancia Gamma d’un Alain Delon passablement énervé. On tremble pour elle.

Éloge de la voiture

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Monsieur Nostalgie

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La France à couteaux tirés…

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Le procureur de la République de Bordeaux, Frédérique Porterie, donne une conférence de presse le lendemain de l'attaque au couteau survenue le soir de la fête religieuse musulman de l'Aïd sur les quais de la ville et ayant fait un mort, 11 avril 2024 © UGO AMEZ/SIPA

Des individus poignardés pour un verre d’alcool ou roués de coups pour une mini-jupe… Le pays semble démuni et ne pas savoir que faire face à la contre-société violente qui émerge sur son sol


La multiplication des attaques au couteau, quasiment quotidiennes, est effrayante. Des agressions accomplies à plusieurs pour toutes sortes de motifs avec des conséquences souvent mortelles. Des auteurs majeurs ou mineurs, et de plus en plus précoces. Des victimes parfois adolescentes, qu’elles aient participé à l’affrontement entre bandes ou qu’elles aient cherché à s’interposer comme à Romans-sur-Isère. Quelle triste litanie : Montpellier, Viry-Châtillon, Tours, Bordeaux, Bagneux…

Rien n’est plus tentant que d’apposer sur ces crimes une grille de lecture unique qui nous permettrait de simplifier cette réalité contre laquelle les pouvoirs publics, malgré leur bonne volonté ou l’angélisme de certains maires écologistes, paraissent impuissants. Débordés par un mouvement qui, dans son imprévisibilité ou sa logique perverse, réduit à néant les protections mises en place en amont et se confronte à une extrême lenteur judiciaire en aval.

Les autorités débordées

Il serait réducteur de considérer qu’une immigration non contrôlée ou porteuse d’une culture trop différente de la nôtre sur le plan de la religion, des mœurs, de la liberté et de l’égalité entre les sexes, est la cause exclusive de ces terrifiantes empoignades, où chacun porte un couteau ! Comme pour se préparer à un pire qui ne manquera pas de survenir, avec cette arme prête à servir. Avant de théoriser sur le fait que l’immigration est responsable de tout, sur un mode trop univoque pour que l’intelligence s’en satisfasse, il faut d’abord accepter de fondre ces péripéties criminelles dans un ensemble qui affecte la France tout entière. Crimes et délits s’accroissent, notamment les atteintes aux personnes, avec cette particularité que leur perpétration devient en quelque sorte gratuite, liée à des motifs de plus en plus dérisoires où la susceptibilité est poussée à son comble. Ce qui chaque jour indigne nos concitoyens, c’est la continuation – de plus en plus grave, de plus en plus précoce – de transgressions auxquelles la République ne sait plus comment faire face.

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Mais certains des mobiles récents démontrent également – l’exemple de Samara à Montpellier est éclairant sur ce point – l’incompatibilité de telle ou telle conception de la vie, de telle ou telle vision de l’islam, du rapport à la sexualité et du sort réservé aux jeunes filles, d’avec les pratiques majoritaires des Français de culture européenne. Il y a donc à l’évidence une relation directe entre cette société qui refuse de s’assimiler et le pire qu’ils ont engendré. Comment occulter « cette violence islamiste du quotidien… poignardés pour un verre d’alcool, frappée pour une tenue « à l’européenne »… à cause du non-respect des règles religieuses musulmanes… » ? (Le Figaro)

Une du quotidien « Le Figaro » du 12 avril 2024.

Mauvaises graines

Ce ne sont pas les vœux pieux présidentiels – « l’école doit rester un sanctuaire » – qui auront le moindre effet sur ces dernières atrocités du quotidien. On ne peut pas se résoudre au simplisme du « il n’y a qu’à… », « il faut qu’on… » ! On n’arrache pas une culture néfaste comme on pourrait le faire d’une mauvaise herbe. Cette société qui s’est installée aux côtés de la nôtre, voire face à la nôtre, est peu disposée au dialogue. Elle est enracinée dans ses croyances, ses convictions, persuadée qu’elles doivent demeurer intangibles et que toute offense qui leur serait faite mériterait une riposte, souvent violente. Les tragédies criminelles récentes doivent être analysées comme la volonté de ne pas céder à la civilisation de notre pays, à ses règles, à son terreau non négociable.

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S’agit-il d’un vaste dessein qui mené collectivement par un islam dévoyé viserait, par petites touches devenues de plus en plus préoccupantes à force d’être cumulées, à changer radicalement l’esprit de notre nation en lui substituant une autre société, au pire la charia ? Je n’irais pas jusque-là parce que s’il y a des indices qui le font croire – par exemple ce qui s’est produit à Strasbourg, dans la boutique Geox (des centaines de réactions haineuses – « vermine française » – contre le gérant) -, beaucoup d’autres laissent plutôt entendre une imprévisibilité, des humeurs, des résistances, des susceptibilités, des défis qui ne paraissent pas relever d’un plan préétabli.

Je ne suis pas naïf mais attentif au fait que si la lucidité certes pessimiste désespère et affirme que tout est fichu, un pays n’a plus qu’à se suicider, ne plus rien attendre de la politique. Il convient toujours de laisser une place au futur. Faute de quoi, il y aura un maximalisme de la dépression française, incompatible avec toute possibilité de sauvegarde. Les couteaux sont tirés mais la France, si elle le veut, ne sera pas désarmée.

Mère Courage

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Diane Foley, Washington, 31 janvier 2024. Son fils a été tué par Daech en 2014 © Andrew Harnik/AP/SIPA

C’était le 19 août 2014. Le journaliste américain James Foley était décapité par un terroriste islamiste en Syrie. La vidéo de son assassinat, postée sur les réseaux sociaux, avait fait le tour du monde.

Une première œuvre non fictionnelle pour Colum McCann

Dix ans après les faits, le romancier Colum McCann prête sa voix à Diane Foley, la mère de James. En résulte un livre choc à mi-chemin du témoignage et de l’enquête, dans lequel le romancier se met sciemment en retrait, signant ainsi sa première œuvre non fictionnelle. Le livre s’ouvre sur une scène quasiment surréelle. Le face à face entre la mère de James et le bourreau de son fils, Alexanda Kotey, « ex-citoyen britannique. Ex-soldat de Daech et membre en son sein, d’un groupe surnommé par les journaux les Beatles. Ex-dealer. Aujourd’hui incarcéré. Citoyen de nulle part. Un homme désormais voué à passer sa vie dans une petite pièce d’où l’on ne peut s’échapper. » La famille et les amis de Diane ont tenté de la dissuader de se confronter à l’assassin de James. Elle ne les a pas écoutés. Elle devait y aller. Elle ne savait pas pourquoi mais elle le devait. Alexanda Kotey, lors de son procès, deux mois plus tôt, a affirmé ne pas avoir été présent lors de l’exécution de James. Ne pas l’avoir égorgé. Ne pas avoir filmé la scène dans le désert. Il a aussi prétendu ne pas avoir été là quand la tête coupée de son fils a été reposée sur son dos. Accusé d’avoir participé à l’assassinat de James, il a toutefois plaidé coupable. Ce que cherche Diane, à l’occasion de cette confrontation, elle ne le sait pas elle-même. Pendant un an, Colum McCan va suivre cette femme brisée par la mort de son fils. Il va la voir se relever au prix d’une volonté inimaginable. Se battre avec le gouvernement Obama. Monter une association, la fondation James W. Foley, pour venir en aide aux otages du monde entier. Prier pour trouver la force de pardonner.

Les États-Unis ne paient jamais de rançon

C’est ce long chemin que raconte l’écrivain. Depuis l’enfance de James, petit garçon curieux, avec une tendance aux troubles de l’attention. Puis jeune homme idéaliste qui, avec le journalisme, a trouvé un métier qui le passionne et donne du sens à sa vie. En novembre 2012, première arrestation au Liban. Mais son désir de repartir au front prend le dessus. Et il part en Syrie. Pendant les deux années qu’ont duré sa détention, Diane n’a cessé de se battre pour sa libération. « J’ai rendu visite, dit-elle, à des ambassadeurs, des dignitaires, des bureaucrates et des personnalités politiques de tous niveaux. J’ai rencontré l’ambassadeur de Syrie, Bachar Jaafari, à deux reprises. Au département d’État et aux Nations unies, j’ai imploré de l’aide. »

Partout la même réponse : les États-Unis ne verseront pas de rançon. Ils ne négocieront pas. C’était, selon eux, la meilleure manière de protéger les citoyens américains. Magnifique récit sur le pardon et la compassion, témoignage bouleversant, American Mother est un livre dont on ressort profondément ébranlé. Une leçon de courage et de résilience sans précédent.

American Mother, Colum McCann avec Diane Foley, Belfond, 2024.

Bonnes nouvelles !

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Stéphane Bern a été élu le 17 mars 2024 conseiller municipal en Eure-et-Loir © SICCOLI PATRICK/SIPA

Habitué aux joutes médiatiques, hier comme dirigeant communiste, aujourd’hui comme chroniqueur politique, Olivier a des tripes et du cœur quand il s’agit de défendre ses idées. «J’aime qu’on me contredise !» pourrait être sa devise.


Je les piste avec un instinct de chasseur. Je cherche d’abord leurs traces laissées sur le papier, les ondes ou les écrans. Je m’approche très doucement pour ne pas les effrayer. Elles pourraient s’envoler et ne plus réapparaître. De l’aube au crépuscule, et même la nuit dans les périodes où la récolte est des plus maigres, j’ai appris à les attraper. Les capturer et les déguster comme on savoure des ortolans.

« Mais de quoi parle-t-il ? »

Des bonnes nouvelles ! Les infos positives. Celles qui surgissent et qui déchirent soudainement la chronique permanente de tout ce qui ne va pas, de tout ce qui ne va plus. Parfois, il m’arrive même de m’enthousiasmer avec peu de chose. Le soir de la réélection de Vladimir Poutine, avec 87 % des voix, la « bonne nouvelle » est venue des élections municipales partielles complémentaires dans le village de Thiron-Gardais (Eure-et-Loir), où Stéphane Bern a obtenu 97,3 % des suffrages exprimés. Un score supérieur de dix points à celui du Russe ! Et sans tricher. 

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Alors que le président Rocky-Macron veut boxer les dépenses pour réduire dette et déficit, en allant faire les poches des plus pauvres car ils sont les plus nombreux, la présidente de l’Assemblée nationale et le président du groupe Modem posent la question d’une mise à contribution des entreprises et des plus fortunés. Bonne nouvelle ! C’est quand même insupportable, ce dogme selon lequel on ne pourrait pas contester une partie des 170 milliards d’aides aux entreprises, ou regarder du côté des dividendes (le seuil des 70 milliards va être dépassé en 2024) et du rachat d’actions (32 milliards en 2023).

Autre actualité positive des derniers jours : le rejet sénatorial du traité de libre-échange avec le Canada (CETA) qui s’applique depuis 2017 sans avoir été ratifié. Dix pays de l’Union européenne connaissent une situation comparable. Depuis 2005 et la victoire du « non » au référendum sur le traité constitutionnel européen, Sarkozy, Hollande et Macron n’ont plus jamais consulté directement le peuple français en redoutant une « mauvaise nouvelle » au moment de l’annonce du résultat.

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Quoi d’autre ? En 1857, la foudre du procureur Pinard, au tribunal correctionnel de Paris, tombe sur Flaubert qui n’a pas fait « baisser la tête » à Madame Bovary. Un mois plus tard, Baudelaire est convoqué. Les Fleurs du mal serait un « outrage à la morale publique et religieuse aux bonnes mœurs ». Aujourd’hui, il me semble que les Pinard sont à la peine. En commission d’enquête à l’Assemblée nationale d’un côté, ou pour déverser des tombereaux d’insultes racistes sur Aya Nakamura de l’autre, ils n’ont pas atteint leur objectif.

Et puis, enfin, une bonne nouvelle peut être la sortie d’un film, d’un livre, une rencontre, un simple sourire dans la rue, une tasse de café au soleil. Ou cette phrase qui tourne dans ma tête, dite par une responsable d’unité de soins palliatifs, proposant « d’ajouter de la vie aux jours, à défaut d’ajouter des jours à la vie. » Quand Emmanuel Macron, lui, n’arrive toujours pas à nommer les choses. Retrouvons les mots, voilà un beau projet.