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Le Paris de la Belle Epoque n’avait rien à envier au Paris des Jeux de 2024 (de loin)

Les Jeux peuvent-ils rendre à Paris sa superbe ? se lamente notre chroniqueur


Luxueux et raffiné. Tel est le Train Bleu, émérite et centenaire brasserie située juste au-dessus des quais de la gare de Lyon, construite pour l’Exposition Universelle de 1900 par l’architecte Marius Toudoire. En pénétrant dans cette auguste institution gourmande, on imagine sans peine le futur Edouard VII y dîner, accompagné de sa sublime maîtresse Sarah Bernhardt, impératrice de cœur qui faisait oublier au prince les pesanteurs de la société victorienne de l’autre côté de la Manche…

Benoît Duteurtre n’a pas manqué de l’évoquer dans son Dictionnaire Amoureux de la Belle Epoque et des Années Folles : « On ne soulignera jamais trop le rôle du prince de Galles, fils aîné de la reine Victoria, dans le rapprochement franco-britannique à l’aube du XXe siècle. On ne saurait même comprendre cet événement politique majeur sans insister sur le rôle essentiel qu’y jouèrent les petites femmes, la passion du théâtre, l’amour du divertissement et des plaisirs de la vie qui poussaient irrésistiblement vers Paris le futur souverain britannique. » Les Anglais de la fin du XIXème siècle nourrissaient à l’égard de la France des fantasmes comparables à ceux qu’entretiendraient plus tard les petits Français des années 1960 désireux de découvrir le « swinging London ». 

Un héritage précieux

Le Paris de la Belle Epoque était un Paris de fêtes, peuplé d’artistes, de femmes portant des bijoux de contes de fées et de bourgeois sortis des pages de Maurice Leblanc. Gare d’ailleurs à ne pas y croiser un Arsène Lupin à fine moustache, maitrisant la canne-épée aussi bien que le sarcasme, prêt à vous détrousser de vos sous avant de séduire votre compagne du soir pour la faire danser dans tous les cabarets de Montmartre. Paris était alors une ville excitante où tout était possible. Le centre d’un Empire qui s’étendait sur les cinq continents. Le centre des innovations technologiques. Le centre des poètes et des artistes. Le centre du monde, tout simplement. Non seulement dans les esprits des Français, qui avaient bien conscience de la supériorité de leurs mœurs et de l’excellence de leur culture, mais aussi et surtout dans les imaginations enfiévrées de nos voisins qui rêvaient tous de toucher du doigt à l’idéal parisien. Et comment leur en vouloir ? Qui n’a jamais rêvé de flâner dans les grandes artères parisiennes pour en admirer les élégantes qui sous leurs ombrelles dévoilaient un peu de leurs charmes voluptueux ?

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Stefan Zweig le confessera d’ailleurs quelques années plus tard : « Nulle part, on ne sentait, par tous ses sens éveillés, une identité aussi forte entre sa jeunesse et l’atmosphère que dans cette ville qui se donne à tous et dont aucun ne peut faire complètement le tour. »  Parenthèse entre la Grande Dépression et la Première Guerre mondiale, ce qu’on nommera plus tard la Belle Epoque fut un temps de progrès technique et d’expérimentations artistiques. La Belle Epoque a enfanté la modernité telle que nous la connaissons aujourd’hui. Apparaissent les technologies de  notre quotidien qui passent des ateliers de recherche théorique des savants à l’usage courant. L’Europe est alors touchée par une vague d’innovations spectaculaires qui s’accomplissent le plus singulièrement en France, pays de toutes les avant-gardes. Charles Péguy le résuma laconiquement : « Le monde a plus changé entre 1880 et 1914 que depuis les Romains ». Tout concourt d’ailleurs à cet optimisme dont nous ferons le deuil en 1914 : l’Etat présente un budget excédentaire, le franc-or est particulièrement stable et la croissance est importante tous les ans.

Nous vivons encore des dividendes accumulés à la Belle Epoque, période où des noms désormais ancrés dans les inconscients collectifs émergent pour ne plus jamais s’effacer. Qu’ils soient artistes, scientifiques ou industriels, leur legs est toujours vif. Citons dans le désordre ces figures majeures que sont toujours Louis Pasteur, Rodin, André Citroën, Gustave Eiffel ou encore Louis Lumière. Leurs inventions et leurs œuvres nous accompagnent toujours au quotidien. De grandes figures populaires naissent dans tous les domaines et se font connaître à travers une médiatisation accrue. C’est l’âge d’or de la presse avec une liberté d’expression et une diversité idéologique qui pourraient aujourd’hui nous sembler surréalistes.

Car, la Belle Epoque est aussi et avant tout le moment d’une révolution dans les moyens de communication qu’on ne saurait comparer qu’avec l’émergence d’internet. Tant dans les moyens techniques que dans les modes d’expression. Le télégraphe, la transmission sans fil, le téléphone ou l’aéropostale, offrent aux Français la possibilité de se tenir au courant des affaires du monde de manière bien plus rapide que ce à quoi ils étaient auparavant habitués. Par ailleurs, les journaux paraissent dans des quantités jamais vues auparavant avec la création des fameuses « rotatives ». Certains des journaux que nous trouvons encore dans les kiosques sortent pour la première fois, à l’image de L’Humanité dirigé un temps par Jean Jaurès ou de La Croix. Si les inégalités sociales persistent, laissant le champ libre à la reconnaissance dans le débat public de la dialectique marxiste, le progrès technique bénéficie alors à de nombreux Parisiens et Français qui regardent avec optimisme le futur.

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Cela se matérialise par la généralisation des loisirs, des fêtes, la démocratisation de la pratique sportive, ainsi que la construction de  nombreuses villes de villégiature, à la mer comme à la montagne. Le Parisien de la Belle Epoque pratique la boxe française, ne se déparant jamais de sa canne-épée, se délasse au théâtre, fréquente les brasseries, suit assidûment les feuilletons littéraires populaires dans la presse et s’emporte sur les questions politiques au café. Privilégié, il assiste aux représentations de Debussy et se presse pour découvrir les différents courants artistiques émergents.

Paris, capitale mondiale des avant-gardes techniques, culturelles et artistiques

Une vue de l’esprit fait passer Vienne pour le siège des avant-gardes de l’époque. Dans Vienne, fin de siècle, Carl Schorske estime que la capitale austro-hongroise fut le siège de la modernité, citant dans un même élan Klimt, Freud ou le musicien Schoenberg. Paris fut pourtant tout autant en pointe, et parfois même en avance. Le baptême du symbolisme littéraire date de 1886, année où Jean Moréas publia son manifeste dans Le Figaro. Le naturalisme français n’avait pas un monopole ! Les auteurs de la Jeune Vienne confessaient eux-mêmes leur admiration pour les poètes parisiens révoltés qu’étaient Rimbaud, Verlaine ou Mallarmé.

Dans le domaine de la peinture et des arts décoratifs, le même constat peut être fait. Tous les styles ayant défié le classicisme sont nés à Paris, pas à Londres ou à Vienne. Pour le meilleur et pour le pire d’ailleurs ! Mais qui contestera aujourd’hui que l’impressionnisme, le nabisme, le symbolisme, le fauvisme, le cubisme, et même le futurisme attribué à tort à l’Italie, ont eu leurs premières œuvres exposées à Paris, alors phare du monde ? Dès 1870, le Salon officiel est contesté, les artistes s’organisant indépendamment en constituant des réseaux de galeristes privés, s’entraidant et se soutenant mutuellement.

Il n’est pas innocent que Freud soit allé à Paris pour étudier auprès du professeur Charcot, son œuvre multipliant les références à des écrivains et penseurs français qui furent les premiers à s’intéresser aux zones d’ombre de l’esprit humain. Madame Bovary n’en est-il pas l’un des exemples les plus frappants ? Quant à Bergson et Taine, n’ont-ils pas été en avance de quelques années sur leurs homologues germanophones ? La France est injuste avec les siens, refusant de leur reconnaître la primauté qu’ils ont eus dans tous les champs de connaissance et toutes les expressions créatives. Le Paris de la Belle Epoque n’avait rien à envier à aucune autre ville, il attirait à lui l’âme d’un monde qui finirait malheureusement fracassée dans un déluge d’artillerie sur les plaines de la Marne.

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Dans Le Monde d’Hier, un Stefan Zweig nostalgique consacre un chapitre entier à Paris, ville de l’éternelle jeunesse, et écrit donc : « Nulle part, on ne sentait, par tous ses sens éveillés, une identité aussi forte entre sa jeunesse et l’atmosphère que dans cette ville qui se donne à tous et dont aucun ne peut faire complètement le tour. Je sais bien qu’il n’est plus ce Paris heureux de ma jeunesse, ce Paris qui vous communiquait l’allant dont il était rempli ; peut-être qu’il ne retrouvera plus jamais cette merveilleuse liberté depuis qu’une poigne de fer, la plus tyrannique qui soit sur la terre, lui a imprimé sa marque brûlante ».

Quarante années de gloire

Il serait vain de porter un regard trop nostalgique sur une époque révolue qui ne fut d’ailleurs pas parfaite. Le progrès technique apporta aussi son lot de difficultés et de malheur. On l’oublie d’ailleurs, mais Paris était aussi une capitale du crime, ce qu’une relecture des Brigades du Tigre comme des journaux d’alors relatant les aventures des Apaches tatoués des faubourgs suffira à rappeler. Néanmoins, la brillance de ces années ne fait aucun doute. Elles sont encore un point de référence. Plus lointain que les Trente Glorieuses mais sûrement plus déterminant.

Le chaos de la Première Guerre mondiale aura raison de la domination française sur le monde. La France et l’Europe ne se remettront jamais pleinement de la période des deux guerres mondiales. Nous bénéficions pourtant toujours des infrastructures, des inventions et des richesses accumulées à la Belle Epoque. Il est de bon ton désormais de réprouver nos aînés, de contester la démarche coloniale de Jules Ferry qui fit flotter le drapeau français sur tous les continents, reste la gloire d’un prestige inouï correspondant à une période de développement inédite dans l’histoire de l’humanité. Ce progrès vertigineux que la France a offert au monde est incontestable. Une balade dans Paris,  nous amenant du Trocadéro aux Galeries Lafayette en passant par le Musée d’Orsay, réveille immanquablement les fantômes tutélaires de ces grands anciens dont les réalisations nous obligent a minima à faire preuve d’humilité. « L’avenir nous tourmente, le passé nous retient, c’est pour ça que le présent nous échappe », disait Gustave Flaubert. 

Vienne, fin de siècle: Politique et culture

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Le Monde d'hier

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«Et si on admettait tout simplement qu’on refuse l’islamisation de notre pays?»

La stratège et compagne d’Éric Zemmour entre en scène. Candidate à l’élection européenne, en troisième place sur la liste conduite par Marion Maréchal, cette patriote passée par l’ENA connaît ses dossiers. Immigration, islam, économie, elle est convaincue que les graves problèmes du pays appellent des solutions simples. Sur son rôle, souvent contesté, comme sur les frères ennemis, elle parle sans détour. Et refuse la fatalité.


Relire la première partie

Causeur. Toute l’histoire politique française montre que si on veut être élu, il faut savoir mentir.

Sarah Knafo. Et toute l’histoire politique montre où cela nous a conduits d’avoir voté pour des menteurs ! Je vous pose une autre question : à quoi sert de gagner les élections sans dire la vérité ? Vous pensez que la vérité n’est pas payante, que les Français préfèrent un mensonge rassurant à une vérité inquiétante. Je ne suis pas d’accord ! J’ai une haute estime du peuple français : les Français ne sont pas des aveugles, ni des défaitistes, ni des paresseux. Les politiciens misent sur leur résignation. Nous misons sur leur courage et leur clairvoyance. Reconquête prend le risque de la vérité. C’est un risque. Mais l’alternative, c’est là où nous sommes aujourd’hui.

Sauf que Marine Le Pen est arrivée au second tour. Et pour la prochaine, compte tenu de l’écart, ça n’est pas gagné…

Il reste trois ans et c’est énorme. Les vainqueurs proclamés trois ans avant n’ont jamais été élus. Chaban-Delmas, Rocard, Balladur, Jospin et Juppé. Ils étaient les candidats des médias et des sondages, ils ne sont même pas arrivés au second tour. Ils se disaient : « J’appartiens au système, mes cadres siègent au Palais Bourbon, mon équipe de gouvernement est prête. » Résultat, ils n’ont plus pris de risques, n’ont rien dit qui pouvait surprendre ou choquer. Les Français n’aiment pas ces ronronnements.

Sarah Knafo © Hannah Assouline

Donc, vous affirmez que Marine Le Pen ne sera jamais élue ?

Je n’ai pas de boule de cristal. Mais je connais l’histoire de la Ve République et je dis simplement que, quand on se croit déjà élu, on n’est plus dans la conquête, on ne bouge plus une oreille. Alors, on se dévitalise, et on cesse d’être un vote de contestation, notamment pour les classes populaires.

En somme, vous êtes plus populiste que Marine Le Pen ?

Nous n’appartenons pas au système. La question n’est pas qui est le plus populiste, mais qui est le plus réaliste.

Les ponts sont-ils complètement rompus entre Marine Le Pen et Éric Zemmour ? Et les jeunes continuent-ils à se croiser dans les fêtes, les dîners ?

Il n’y a pas de dispute personnelle. Nous disons aux électeurs : nous avons des différences, qui sont même en train de se creuser, nous pensons avoir les meilleures idées pour la France, nous les défendons, quitte parfois à critiquer nos concurrents. Et après nous ferons notre devoir de Français ! Soit, nous sommes au second tour, ce qui pourrait bien finir par se produire, et ils votent pour nous. Soit c’est un autre candidat de droite, et on votera pour lui. C’est simple et loyal, ça marie la différence et l’union. Pour avoir des alliés, il faut accepter d’avoir des rivaux.

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Parlons de l’Ukraine. Avant l’invasion du pays, beaucoup de vos sympathisants trouvaient des vertus à Poutine. Cette admiration pour l’homme fort est-elle toujours de mise ?

En géopolitique, nous n’avons qu’une seule boussole chez Reconquête : les intérêts français. Nous n’attendons notre salut d’aucun homme fort étranger, mais de nous-mêmes et de notre peuple. Ce conflit a montré que la paix sur le continent n’était pas éternelle, et il nous a fait prendre conscience de notre faiblesse militaire. Si nous voulons la paix en Europe, la France a un devoir de puissance. Il faut nous réarmer, nous réindustrialiser, augmenter les forces françaises.

Selon vous, faut-il empêcher la Russie de gagner ?

Les politiciens français vont infléchir le cours de la guerre ? J’ai été très frappée par la légèreté des paroles entendues ici et là, entre un Mélenchon qui pense qu’on va imposer la paix en criant « La paix ! » en meeting, et un Macron qui croit qu’il va faire plier Poutine en élevant un peu la voix et en postant quelques photos. Pendant qu’ils parlent, il y a eu 500 000 morts et blessés, civils et militaires, dans cette guerre. Donc oui, il faut qu’elle s’arrête et que le peuple ukrainien retrouve sa souveraineté. Quand on défend l’idée de patrie, je ne vois pas comment on peut ne pas être d’accord sur ce point. Je ne sais pas qui va « gagner la guerre », et je ne crois pas que nous ayons la main sur cette question. On parle d’une guerre, pas d’un match de foot.

Si vous étiez députée, auriez-vous voté le plan d’aide à l’Ukraine ?

Je dis oui à une aide matérielle et humanitaire à l’Ukraine. La limite à ne pas franchir est la mise en danger de notre nation. Force est de constater que ce plan d’aide n’a rien réglé. Alors, laissez-moi refuser de faire semblant d’avoir la solution miracle. La guerre n’est pas une bataille d’éléments de langage.

Mais sommes-nous ou pas concernés par cette guerre ?

Évidemment que cette guerre nous concerne : elle fait des morts sur le sol européen. Mais le danger existentiel pour la France est ailleurs. Nous avons des Français qui meurent chaque semaine sur notre sol à cause de la violence.

Pour la France, qu’est-ce qui vous permet de penser qu’il n’est pas trop tard ?

Nous sommes passés en très peu de temps du déni au fatalisme. Refusons les deux ! Je veux parler à tous ceux qui se disent « de toutes façons Reconquête c’est toujours la même chanson ! » ; à tous ceux qui se disent « ces gens-là portent les bons constats mais n’ont pas de solutions ». Je veux leur parler, et ça tombe bien, on a encore un peu de temps !

Prenons l’immigration, par exemple.

Nous avons 500 000 entrées légales chaque année. C’est bien plus que l’immigration clandestine ! Or, un migrant qui entre en France légalement, c’est un tampon apposé sur un bout de papier. Concrètement, cela signifie qu’un fonctionnaire, dans une préfecture, lui a donné l’autorisation. Eh bien, il suffit de décider d’arrêter. Les fonctionnaires respectent la loi, les circulaires et les directives.

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Il y a tous ceux qui entrent pour demander l’asile aussi.

Très simple : on ne les accueille plus sur le territoire français. On a des consulats, des ambassades, ils devront faire leur demande dans leur pays d’origine. C’est la méthode danoise. Elle a fait baisser de 50% en deux ans les demandes d’asile. Je suis une sociale-démocrate danoise !

Il faudrait importer la gauche danoise. Quoi qu’il en soit, l’islamisme n’est plus seulement importé, il est également autochtone.

Et si on admettait tout simplement qu’on refuse l’islamisation de notre pays ? Qu’on refuse les horaires séparés dans les piscines, les voiles dans l’espace public, l’entrisme islamique à l’école ? Les musulmans sont libres de vivre dans l’un des 57 pays musulmans du monde. Ils choisissent la France. La France est libre de leur dire qu’en France, on vit comme des Français.

Vous envoyez la police dans mille endroits en même temps pour faire enlever les voiles et les burqas ?

Ça s’appelle la loi. C’est drôle que vous partiez du principe qu’il y aurait mille endroits à la fois où les musulmans ne respecteront pas la loi… Ce que je dis, c’est que nous devons poser nos règles. Ceux qui violent la loi commettent un délit et payeront pour ce délit. Dans quel monde est-ce qu’on refuse de poser une règle sous prétexte que certains ne la respecteraient pas ? Vous imaginez, aucune règle fiscale parce qu’il existe des fraudeurs fiscaux et qu’ils sont durs à aller chercher ? On a posé les règles les plus strictes et parfois même les plus absurdes pour obliger les gens à porter des masques pendant le Covid. Soudain, quand il s’agit de défendre notre identité, cela paraît impossible ?

Et puis que faites-vous de Samara ?

Justement, ces mesures sont les seules qui peuvent l’aider. Quand l’État français interdira le voile, Samara subira beaucoup moins la pression des barbus pour se voiler. Elle pourra leur répondre qu’elle respecte la loi.

Marche pro-palestinienne à Londres, 9 octobre 2023. « Le 7 octobre fut un électro-choc pour toute l’Europe : beaucoup ont pris conscience de la guerre de civilisation en cours, qui se déroule non seulement en Orient, mais aussi dans nos rues… » © Wiktor Szymanowicz/Shutterstock/Sipa

Est-ce réalisable sans violence ?

Vous avez l’impression que nous n’avons pas de violence aujourd’hui ? Les solutions des autres, on les connaît : ne rien faire, ne rien changer. Elles me paraissent beaucoup plus dangereuses ! Plus on se rapproche de la guerre civile, plus on nous dit que c’est en l’empêchant qu’on va la déclencher. C’est un raisonnement parfaitement absurde. Nous sommes capables de rétablir l’ordre sans semer le chaos.

Mais Gabriel Attal dit qu’il faut combattre la charia dans les établissements scolaires, c’est un saut sémantique.

La communication de Gabriel Attal, c’est toujours la montagne qui accouche d’une souris. Quand elle accouche de quelque chose… Nous le savons grâce à nos « Parents vigilants » : rien n’a changé depuis qu’il a été ministre de l’Éducation nationale. Pas une virgule, pas une ligne. Les groupes de niveau ont été enterrés. Il voit que la charia s’invite à l’École, fort bien et après ? On offre des stages de poney aux jeunes et tout va s’arranger ?

Il ne suffirait pas de régler les problèmes d’immigration et de sécurité pour sauver la France. Il y a aussi un problème économique.

Vous avez cent fois raison. L’immigration est loin d’être notre seul problème. Chaque jour qui passe, nous nous endettons de 400 millions d’euros de plus. Pourtant, notre pays est le plus imposé du monde, et sans doute même de l’Histoire. L’État prélève chaque année 47 % de la richesse que nous produisons, c’est-à-dire qu’à partir du 16 de chaque mois, nous ne travaillons plus pour nous-mêmes, mais pour l’État. Il faut baisser massivement les dépenses publiques pour pouvoir baisser massivement les impôts. Je parle d’une révolution, pas de micro-baisses. Giscard disait qu’au-dessus de 40 %, nous serions en régime socialiste. Donc revenons déjà à 40 %. C’est la moyenne de l’OCDE. Aucun Français ne doit travailler 40 % de son temps pour financer des dépenses publiques toujours plus massives. C’est ça, le problème, c’est que le travail ne paye pas assez, que le « salaire brut » est la plus grande arnaque économique de tous les temps. J’ai une liste de mesures longues comme le bras qui visent à ce que la somme versée par les patrons aux salariés se retrouve dans la poche de ceux-ci.

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Alors comment faites-vous pour remettre les comptes publics à l’équilibre ?

Allons-y ! Je peux vous donner des dizaines d’exemples de dépenses à couper dès demain. Il suffit d’une seule loi ! Vous prenez n’importe quel ministère et vous l’épinglez ; c’était mon métier de faire ce travail ! Couper dans l’aide publique au développement, c’est 15 milliards d’euros par an. 150 millions d’euros d’aide au développement à la Chine, la deuxième économie du monde, qu’on aide à se développer ! C’est incompréhensible et indéfendable.  Il faut aussi et surtout avoir le courage de remettre en cause le périmètre de l’intervention publique, de ses fonctions, de ses priorités, et de ses besoins en personnel. Typiquement, il faut privatiser l’audiovisuel public. C’est 4 milliards d’euros par an. Nous avons des tonnes à couper, sans même retirer un gramme de service public. Je vous rappelle que le régalien pèse seulement 6 % dans les dépenses publiques. Le scandale du déficit se situe ailleurs.

Pour vous, « libéral » est un gros mot ?

Je ne parle pas de libéralisme, je parle de bon sens. Ce qui est sûr, c’est que je ne suis pas socialiste. On voit où nous a conduits l’économie de gauche : toujours plus de dépenses, de fonctionnaires, donc toujours plus d’impôts, et toujours moins de service public. Les classes populaires sont les premières concernées.

On a vu sur Instagram que vous écoutez du Aya Nakamura à la maison…

J’écoute de tout ! Je n’ai aucun snobisme. On peut écouter ça avec légèreté, sans conséquence et surtout sans considérer qu’Aya Nakamura représente la part la plus exigeante de nous-mêmes, c’est-à-dire la part que nous aimerions exposer au monde.

Y a-t-il des personnages de l’histoire auxquels vous vous identifiez ?

Richelieu ! À la fin de sa vie, son confesseur lui demande s’il pardonne à ses ennemis et Richelieu répond : « Je n’en ai jamais eu d’autres que ceux de l’État. » Je trouve cela magnifique ! Son Testament politique est un monument. Dans l’histoire plus récente, j’admire Marie-France Garaud, que j’ai eu la chance de connaître et de côtoyer. Quel cran, quelle liberté, quelle femme !

Elle a été candidate à la présidentielle. Y avez-vous déjà pensé ?

Je ne vais pas tout faire comme Marie-France Garaud !

Le melon de Billie Eilish

Au top 50, c’est l’Américaine Billie Eilish que Greta Thunberg préfère écouter!


Dans le monde de la musique pop sous influence écolo-bobo, la chanteuse Billie Eilish est devenue un modèle du genre en cochant toutes les cases du politiquement correct.

En kiosques aujourd’hui: Causeur #123: Intégristes contre intégrés. Dernière chance avant la charia

Féministe, elle soutient le mouvement « Body Positive » qui lutte contre « les stéréotypes de la beauté imposés par la société ». Écologiste, elle milite contre le « réchauffement climatique ». Son modèle ? Greta Thunberg, of course. Lors de la « Marche pour le climat » organisée à Los Angeles, cheveux verts au vent, elle déclare : « J’espère que les adultes et les personnes âgées vont nous écouter, afin que nous ne mourions pas tous ». Elle-même fait tout pour que le monde échappe à ce triste sort : il est demandé aux fans d’apporter lors de ses concerts leurs propres bouteilles d’eau rechargeables, d’éviter les pailles en plastique et de prendre le temps de visiter son écovillage, dans lequel sont dispensés des conseils pour « sauver la planète ». En 2020, elle participe au mouvement BLM et s’attaque aux « privilèges blancs ». En 2021, elle annonce la sortie de son parfum, un parfum végan. Elle assure avoir économisé 33 millions de litres d’eau en servant aux membres de ses équipes des repas uniquement à base de plantes lors de sa dernière tournée. En 2023, elle confie être bisexuelle.

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Récemment, après avoir dénoncé les détestables « habitudes de surconsommation dans l’industrie de la musique », Eilish a annoncé vouloir montrer l’exemple à ses collègues : ses disques seront désormais fabriqués à 100 % avec du vinyle recyclé. Régulièrement, la chanteuse rappelle à la presse qu’elle a été dépressive, anxieuse, terriblement triste durant son adolescence, et qu’elle est « neurodivergente ».

Exaspérés par ses déclarations pontifiantes, les fans des artistes dénoncés par Billie Eilish comme mauvais écologistes considèrent que la seule maladie avérée dont souffre la chanteuse, c’est l’hypertrophie de la tête. Pour eux, aucun doute, Billie Eilish a pris le melon. Ils apprécieraient maintenant qu’elle cesse de prendre le chou à tout le monde avec ses exhortations écolos débitées lors de tournées financièrement très rentables, mais au « bilan carbone » bien plus calamiteux que la fabrication des disques vinyle.

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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Moulin Rouge: les ailes du délire

Dans le Paris de Mmes Hidalgo et Dati, sous peine d’être relégués au rang de simples attractions touristiques, les cabarets sont priés d’être « engagés ».


Dans la nuit du 24 au 25 avril, le Moulin Rouge a perdu ses ailes. Bien qu’il soit charmant de les imaginer s’envoler, celles-ci semblent plutôt être tombées et cela n’est pas passé inaperçu. À l’émotion toute légitime des passants et habitants du XVIIIe arrondissement, se sont rapidement ajoutés  déclarations officielles et articles de presse. Cela a de quoi surprendre.

Folklore tricolore

De prime abord, le sujet semble en effet un non-événement puisqu’aucun blessé n’est à déplorer et les conséquences matérielles pour l’établissement sont, aux dires de celui-ci, quasiment inexistantes : l’activité n’a pas souffert et aucune représentation n’a dû être déprogrammée. Il semble donc s’agir d’un fait purement symbolique. La réaction de la ministre de la culture Rachida Dati va dans ce sens puisqu’elle évoque un « symbole de Paris » et parle d’une « émotion particulière pour le monde du spectacle » avant d’assurer ses followers sur le réseau social X de son attachement au patrimoine français et de son engagement pour la protection de celui-ci.

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Quel bonheur de voir enfin reconnus les cabarets et leurs revues comme éléments majeurs du patrimoine et tout particulièrement du folklore parisien ! Il faudrait cependant rappeler à Mme Dati que le Moulin Rouge n’est pas encore un musée, ou un simple bâtiment emblématique, symbole d’une époque révolue, mais bien une entreprise privée qui va, à n’en pas douter, gérer seule et efficacement les soucis techniques ayant entraîné la chute des pales du fameux moulin. En revanche, a-t-on souvenir d’un quelconque épanchement du gouvernement lorsque le Lido a fermé définitivement ses portes en 2022 après 76 ans d’existence, ou lorsque les Folies Bergère ont été contraintes de revoir complètement leurs revues sous peine de subir le même sort ? Ces cabarets n’étaient-ils pas eux aussi des symboles de Paris et des éléments du patrimoine ? Ne méritaient-ils pas a minima d’être soutenus ou de faire l’objet de tentatives de sauvegarde ?

Mauvaise cible

Le silence politique fut malheureusement le même lorsqu’entre 2010 et 2020, ces mêmes établissements furent régulièrement décriés par des organisations féministes qui, ignorant vraisemblablement que le French-Cancan était à l’origine une danse subversive et engagée, n’y voyaient que des temples de l’objectification des femmes et de la domination patriarcale. L’apogée de cette absurde cabale a été atteint en 2014 lorsque des membres du groupuscule  Femen ont choisi le toit du Moulin Rouge pour y « dénoncer l’industrie du sexe » avant d’en repartir quelque peu dépitées : la direction les avait informées que leurs danseuses étaient toutes des professionnelles sous contrat. Le Figaro titre alors à l’époque qu’elles se sont « trompées de cible ».

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Certains cabarets parisiens semblent pourtant non seulement échapper à la vindicte wokiste mais être régulièrement encensés par ces mêmes détracteurs. Le magazine Causette publie en 2022 un élogieux article intitulé « Sous les paillettes, la rage » sur le cabaret Madame Arthur. La journaliste s’y extasie devant les paroles des chansons explicitement engagées contre le patriarcat, l’hétéro-sexisme ou encore les violences policières. Inutile de chercher un lien : mettons tout cela pêle-mêle dans le même panier et recouvrons-le grossièrement de strass. Qu’importe le talent, pourvu qu’on ait la hardiesse ! Il n’est fait mention du Moulin Rouge ou du Crazy Horse que pour les qualifier de « spectacles millimétrés », comprenez sans âme et parfaitement has-been. On comprend alors que ce n’est pas tant le format cabaret qui est remis en cause que son étiquette frivole, de pur divertissement. Même la performance artistique ne semble pas peser lourd dans la balance. Il s’agit de séparer le bon grain de l’ivraie. Désormais le cabaret doit être politique, engagé, sous peine d’être relégué au rang de simple attraction touristique.

Le « paysage urbain » doit à tout prix être de nouveau présentable pour les JO

Dans ce climat délétère à l’égard des cabarets dits traditionnels, l’émotion des politiques et les moyens publics mis en œuvre pour que le Moulin Rouge retrouve rapidement ses ailes nous paraissent d’autant plus suspects. Souvenons-nous alors que le Moulin Rouge est le monument le plus photographié par les touristes étrangers après la Tour Eiffel. La touchante mobilisation de nos politiques ne serait-elle pas grandement influencée par l’imminence des Jeux Olympiques et les millions de touristes qu’ils draineront dans les rues parisiennes cet été ? On imagine aisément que les photos du Moulin Rouge sans ailes faisant le tour du monde soient de nature à filer des sueurs froides à la Maire de Paris, Anne Hidalgo, qui a ainsi annoncé dès le lendemain du drame : « Nous serons aux côtés de l’établissement pour les aider à faire en sorte qu’on puisse retrouver notre paysage urbain avec le Moulin Rouge qui est très important pour nous ». « Nos équipes sont déjà en contact pour leur offrir cette aide technique et matérielle pour qu’ils puissent rayonner à nouveau et que les ailes du moulin puissent continuer à tourner », a précisé l’élue. Qu’importent l’insécurité et la saleté des rues parisiennes, pourvu que les touristes puissent avoir leur selfie devant le mythique cabaret ! Jamais les paillettes n’auront autant servi de poudre aux yeux.


Nous y avons cru mais, hélas, il semble que ce ne soit ni la nostalgie du Paris de Toulouse-Lautrec, ni l’attachement au patrimoine culturel français qui motivent les réactions politiques. Seule compte l’image de Paris, tout du moins ce qu’il en reste, au regard du monde. Que les politiques se rassurent : seuls quelques mois nous séparent du début des jeux et si ce laps de temps semble largement suffisant pour que le Moulin Rouge retrouve ses ailes, redonner au Champ de Mars des allures autres qu’un champ de bataille devrait davantage leur donner du grain à moudre.

Toomaj Salehi et les corrompus de la Terre


« À quoi sert une chanson si elle est désarmée, me disaient des Chiliens bras ouverts, poings serrés, comme une langue ancienne qu’on voudrait massacrer. Je veux être utile à vivre et à rêver… »[1], chantait Julien Clerc. Ah, l’Amérique du sud, ses chansons engagées… Ah ! Les artistes français et leurs rêves de révolutions et de caviar. Pour vivre et rêver en Occident, il nous reste de grands artistes contestataires, Adèle Haenel et son keffieh, ou Nick Conrad, qui a le courage de crier haut et fort « pendez les Blancs » au nom de la liberté d’expression. « Pendez les rappeurs », répond l’Ayatollah Khamenei. Et lui, il le fait.

« Journalistes à louer, espions, artistes du régime, trouvez un trou de souris » – Toomaj Salehi

L’Ayatollah Khamenei et Mélenchon préfèrent sans doute les chansons de Nick Conrad aux textes anti-mollahs de Toomaj Salehi, condamné à mort par pendaison pour corruption terrestre. Mourir au mois d’avril, quand les roses d’Ispahan ne sont pas encore écloses… On ne sait s’il mourra, ou si la peine prononcée n’est qu’un supplice psychologique de plus pour le faire taire.

A lire aussi, Reza Pahlavi: «Les mollahs ont une haine viscérale d’Israël depuis 45 ans»

Quel sens a le mot « corruption » en Iran ? Il sort de la bouche de meurtriers de manifestantes, au préalable violées pour être certain que Dieu leur fermera la porte du Paradis. Sans doute les Gardiens de la Révolution ont-ils peur de les retrouver parmi leurs 70 vierges célestes, chantant les textes de Toomaj Salehi sur leur propre corruption : 
« Ne nous as-tu pas assez isolés dans le monde ?
Ne nous as-tu pas assez étouffés ?
Vous ne nous avez pas assez foutu en l’air ?
Ne nous avez-vous pas assez volé ?
Maintenant vous voulez donner la moitié de l’Iran à la Chine et le reste à la Russie ? »(…)
« Si tu es un régime théocratique, pourquoi es-tu le serviteur de la Chine ? (…)
Quiconque vend ma Patrie sera puni… »

Un dictateur a toujours un chanteur d’opposition pour lui faire la nique. Vladimir Vyssotski a traversé l’URSS avant de mourir épuisé d’une crise cardiaque, poursuivi par le KGB et les brimades des cocos. Sixto Rodriguez a porté la jeunesse sud-africaine avec son titre « Sugar man ». Que serait l’image de la Kabylie sans les chansons d’Idir ? Celia Cruz immigra de Cuba aux États-Unis avant d’être une figure de l’anti-castrisme, et Fela Kuti, chanteur et opposant nigérian, a fini par devenir un politique…

Les régimes sanguinaires sont rarement assez fous pour tuer un artiste populaire : c’est un coup à faire du lieu du meurtre une terre de pèlerinage. Le sang d’un chanteur coule toujours moins loin que ses œuvres. Voyez Mercedes Sosa. Forcée à l’exil après un concert à la Plata en 1979, elle revient quelques mois avant la chute de Jorge Videla pour un concert absolument mythique à Buenos Aires. A quoi sert l’art en dictature ? Sa chanson « Si se calla el cantor » — si le chanteur se tait — le résume parfaitement.

Si se calla el cantor, calla la vida                               si le chanteur se tait, la vie se tait
Porque la vida, la vida misma, es como un canto      parce que la vie est comme un chant   
Si se calla el cantor, muere de espanto,                      si le chanteur se tait, meurt de terreur
La esperanza, la luz, y la alegria                                l’espérance, la lumière et la joie.

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Juliette Binoche se coupera-t-elle une autre mèche de cheveux ?

Des chanteurs sont condamnés à mort. Que font les artistes occidentaux ? En octobre 2022, Juliette Binoche au sommet de sa résistance contre l’oppression, se coupait une mèche de cheveux sur Instagram suite à la mort de Mahsa Amini. En octobre 2023, elle signait une pétition pour un cessez-le-feu à Gaza[2]. Pour l’instant, elle n’a pas encore eu d’idée lumineuse concernant Toomaj Salehi, dans le droit fil de ses deux précédents engagements. Peut-être va-t-elle se laisser pousser la barbe. Lio aurait pu se raser la boule à zéro pour Toomaj Salehi, afin de donner un autre sens à son geste qu’un « ras-le-bol du patriarcat ». Le monde de l’interpreneuriat instagramable (néologisme un peu barbare) est pour l’instant assez silencieux. Quand le chanteur se tait, les cris de défense des assassins résonnent…


[1] https://www.youtube.com/watch?v=iIn6C0oQ8gk – extrait de « Utile » – Julien Clerc chanté par Mélanie Dahan

[2] https://www.telerama.fr/debats-reportages/une-centaine-d-artistes-francais-appellent-a-un-cessez-le-feu-a-gaza-7017770.php

Affaire Glucksmann/Saint-Etienne: la gauche mélenchoniste est responsable de la brutalisation de notre vie politique

Les leaders de LFI ont beau clamer leur innocence, c’est bien la gauche mélenchoniste qui menace la démocratie. Le commentaire politique d’Elisabeth Lévy


L’image du 1er mai, c’est donc Raphaël Glucksmann pris à partie à Saint-Etienne. Il faut dire que les Black Blocks devaient avoir piscine. On n’a pas assisté hier aux violences habituelles qui, depuis une dizaine d’années, entachent assez systématiquement les mobilisations sociales – particulièrement le 1er mai. Elles auraient peut-être fait passer le chahut autour de la tête de liste PS / Place Publique au second plan.

Des images violentes déplorables

Raphaël Glucksmann et ses soutiens ont donc été virés du cortège stéphanois à coups de jets de peinture, de « Palestine vivra ! » et de « Casse-toi ! » par quelques dizaines de manifestants munis de drapeaux palestiniens. Le député européen a ensuite accusé des militants de « Révolution Permanente » et de LFI.

On peut se réjouir de la condamnation unanime dans la classe politique. Tant mieux, même si c’est le minimum syndical. Même Jean-Luc Mélenchon a fugacement été touché par la grâce démocratique ou voltairienne : il n’est pas d’accord avec Raphaël Glucksmann, mais il n’est pas d’accord non plus avec son expulsion. Cependant, il s’empresse ensuite d’ajouter que Glucksmann a eu tort d’accuser LFI. Dans le genre comique, les Insoumis accusent maintenant Glucksmann de se victimiser, alors qu’ils font eux-mêmes des trémolos depuis une semaine sur leur liberté bâillonnée et ont même convoqué une manifestation matinale porte de Clichy à Paris parce que Mathilde Panot avait été convoquée par la police pour s’expliquer sur son communiqué du 7 octobre dans le cadre d’une procédure politiquement stupide mais parfaitement banale. 

Glucksmann a-t-il eu raison d’accuser LFI ?

Stricto sensu, l’opération stéphanoise a été revendiquée par les Jeunes communistes de la Loire, mais néanmoins la présence d’Insoumis est attestée.

A relire : Glucksmann, le candidat des gnangnans de la mondialisation?

Comme l’a dit Raphaël Glucksmann, au-delà de cet incident à Saint-Etienne, le parti mélenchoniste est largement responsable de la brutalisation de la vie politique. Sur les réseaux sociaux, les militants insoumis sont déchaînés contre le socialiste depuis des semaines, avec parfois au passage des messages antisémites. Ce sont aussi les Insoumis qui font monter les tensions autour de Gaza et qui, pour finir, entretiennent la confusion entre la cause des Palestiniens et celle du Hamas et s’acoquinent avec des associations qui veulent la destruction d’Israël.

Donc, oui Raphaël Glucksmann a raison. Mais il serait plus convaincant, primo, s’il s’indignait autant quand on tente d’empêcher de parler des gens proches du RN ou de Reconquête (la soi-disant extrême droite), cela n’a aucun sens de défendre la liberté si on oublie celle de ses adversaires. Deuxio, si le PS, le PC et les Verts n’avaient pas accepté de s’allier avec un parti qui a quitté les rivages démocratiques pour jouer le chaos, avec un parti qui recevait Jeremy Corbyn, qui clamait sa haine de la police et refusait d’appeler les émeutiers au calme. Pour un gros plat de lentilles électoral, les partis de gauche se sont déshonorés. Et on aimerait être sûr que ces deux gauches sont irréconciliables, et que le PS n’ira pas à Canossa pour quelques sièges de députés…

Enfin, on attend aussi que Raphaël Glucksmann et les autres représentants de la gauche « raisonnable » reconnaissent qu’ils se sont trompés sur un autre point. Voilà des années qu’ils ont fait fausse route et qu’ils jouent la comédie antifasciste contre le RN ou Éric Zemmour. Ce baratin ne trompe plus personne, même pas eux. C’est désormais clair. En France aujourd’hui, ce n’est pas la droite nationale qui menace la démocratie avec des comportements de voyous. C’est la gauche mélenchoniste, qu’on le dise !


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud radio

Précis de décomposition

L’écriture exclusive entend porter l’estocade aux partisans de l’écriture dite inclusive. Olivier Rachet ferraille, en vérité, contre les tenants de l’idéologie de l’empire du Bien. C’est savoureux et surtout salutaire.


Lecteur, voici un livre de combat ! Un pamphlet brillant, ironique, drôle et savant. Il s’attaque aux affidés du point médian, aux contempteurs du « neutre » qui, sous prétexte d’une langue plus juste, plus égalitaire, visent à forger sous cape une idéologie transhumaniste. Sous couvert d’en finir précisément avec les dominations et nonobstant les apories d’une orthographe suffocante, paralysante, ces nouveaux acolytes du Bien, idiots utiles de la moraline, fabriquent rien moins qu’un discours de pouvoir : un comble. Leur obscurantisme est patent, leur post-vérité est ressentimentale. Olivier Rachet dévoile l’enfer du décor, il épingle ces « ignorantins », démasque leurs intentions, leur mobile : en finir avec la différenciation sexuelle. Écoutons : « L’angoisse suprême, c’est que l’autre ne ressemblât plus à soi. Dans son refus des différences ou dans l’affirmation tyrannique de sa différence ou de ce qu’il serait plus juste de nommer sa dérive identitaire. » La belle affaire ! Et, partant : « Une secrète alliance rapproche les partisans de l’indifférenciation généralisée et les adeptes du culte poussé à l’extrême de tous les plus petits dénominateurs communs du même. » Le fantasme régressif est ici connexe d’un délire scientiste.


Êtes-vous déjà parvenu à lire, à haute voix, un texte écrit en écriture inclusive ? C’est impossible. Radicalement. Pourquoi ? Parce que ce n’est pas fait pour ! Comment ? Le point médian nuit au plaisir de la lecture. CQFD. « Point médian : point de jouissance textuelle. » Il s’agit de rendre la littérature illisible donc inopérante. Dans quel but ? Georges Bataille nous donne la réponse en posant une autre question, centrale celle-ci : y-a-t-il une Littérature possible sans pensée du Mal ?

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Emprise, mâles toxiques, hommes déconstruits — et autres carabistouilles

Rachet nous explique que pour Spinoza (Éthique), le mal est « ce que nous savons certainement empêcher que nous ne jouissions d’un certain bien ». Et notre pamphlétaire de provoquer (philosophiquement) : « L’écriture dite « inclusive » entravant la jouissance de la lecture d’un texte écrit en français, elle est donc nécessairement un mal. » C’est dit.

Mais revenons au neutre (sans quitter tout à fait « le mal »), qui est un point de fixation définitif pour nos « transhumanistes » : « Il s’agit d’en finir avec, d’un côté, la reproduction sexuée ; de l’autre, avec la passion différentielle. » Comme le relève sournoisement Rachet, se passer de l’opposition « frontale » entre le masculin et le féminin revient à renier l’existence du diable. Diable ! Comment alors, demande notre auteur, « s’offrir le luxe inouï d’accueillir en soi les promesses de l’amour, physique aussi bien que théologique » ?

L’écriture exclusive, outre qu’il se présente comme une Nouvelle défense et illustration de la langue française est aussi, et peut-être surtout, un précis de décomposition de l’idéologie de l’empire du Bien, donc d’un discours « qui engendre la faute ».

Olivier Rachet, L’écriture exclusive, Éditions Tinbad, 2024.

L'écriture exclusive

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Comment la radio France inter sélectionne-t-elle ses invités?

« Je ne pense pas qu’on puisse dire que la matinale de France Inter est de gauche. » Léa Salamé, émission Quotidien du 6 septembre 2023.


Dernièrement, sur France 5, dans l’émission “C médiatique”, Adèle Van Reeth, directrice de France Inter, a affirmé que, pour ce qui est du pluralisme, cette radio publique est exemplaire. Elle ne comprend pas les reproches qui lui sont faits. Quoi? France Inter serait de gauche? Il y aurait des personnalités qui y seraient interdites d’antenne malgré leurs œuvres, leurs livres, l’intérêt que leur portent un large public ou d’autres médias? « Il n’y a pas de black listing de personnes en particulier », a affirmé Mme Van Reeth, avant d’ajouter que « tout le monde est bienvenu sur France Inter ». 

Climat, musulmans, transgenres : les sujets qui fâchent

Toutefois, a-t-elle tenu à préciser, France Inter ayant « certaines valeurs qui sont toutes au service de l’intérêt général […] elle a choisi, en ce qui concerne le réchauffement climatique et la cause écologique, de ne pas donner la parole à des personnes qui contesteraient le fait même du réchauffement climatique ». Et de conclure en usant du sabir de l’étudiant en première année de communication médiatique : « C’est un engagement de Radio France au nom d’une valeur qui est à la hauteur de la mission qu’on doit accomplir. » Hormis le fait qu’on ne voit pour quelles raisons sérieuses – « au nom d’une valeur » n’en est pas une – quiconque ayant une expertise dans le domaine concerné ne pourrait pas venir exposer des arguments interrogeant l’idée même du « réchauffement climatique », Mme Van Reeth a menti par manque de précision : la charte de Radio France intitulée “Le Tournant” stipule en effet que la radio publique « sort du champ du débat la crise climatique, son existence comme son origine humaine ». En clair, les personnes questionnant le dogme anthropique du changement climatique entériné par le GIEC ne sont pas non plus les bienvenues sur les chaînes de la radio publique.

La présidente de Radio France Sibyle Veil et la directrice de France inter Adèle Van Reeth, Paris, 2022 © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Autre exemple :  si les auteurs d’un livre récent sur « ces musulmans diplômés mais discriminés qui fuient la France » ont pu promouvoir leur ouvrage[1] sur France Culture, France Info, France Inter et France TV, il ne semble pas que Dora Moutot et Marguerite Stern aient eu la possibilité de venir, elles, y présenter leur essai sur les dangereuses dérives de l’idéologie transgenre. Mais, vu l’ambition pluraliste revendiquée par l’audiovisuel public, cela ne saurait tarder. Encore que, faut voir… Sur France 5, la chroniqueuse du “Magazine de la santé” Enora Malagré s’est dite en effet « ulcérée » par le fait « qu’on invite ces… deux personnes sur les plateaux télé ». Heureusement, a-t-elle laissé sous-entendre, cela n’arrivera pas sur « le service public, où la tolérance et l’inclusion sont les maîtres-mots ». Mme Malagré, bouffie de suffisance bien-pensante, ne se rend même plus compte des sottises paradoxales qu’elle profère. Furibonde, elle conclut : « Il n’y a pas de féminisme sans femmes trans » – phrase qui restera dans les annales de la télévision française et amusera beaucoup nos petits-enfants, dans quelques années, lorsque tout le monde sera redescendu sur Terre.

La couleur politique de la matinale de France Inter débattue

« Il est plus facile pour un riche d’entrer dans le royaume des cieux, qu’à un journaliste de droite de se faire embaucher sur France Inter » affirmait Eugénie Bastié sur Europe 1 le 17 février 2023.

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La seule matinale de France Inter – orchestrée par Nicolas Demorand, Léa Salamé et Sonia Devillers en semaine, Ali Baddou et Marion L’Hour le vendredi et le week-end – ne laisse planer aucun doute : France Inter est une radio de gauche, européiste, immigrationniste et écolo-woke. Quant au reste de la grille, on peut dire qu’il y flotte un épais « gauchisme d’atmosphère ». En vue des élections européennes, France Inter, comme la majorité des médias audiovisuels, a l’obligation depuis le 15 avril de respecter un principe d’équité. Sur son site, l’Arcom précise que « les comptes rendus, commentaires et présentations auxquels donnent lieu les élections doivent être exposés avec un souci constant de mesure et d’honnêteté ». Comment faire semblant de respecter ces recommandations tout en continuant en réalité de favoriser la gauche européiste et immigrationniste et de discréditer les représentants politiques qui ne sont pas en odeur de sainteté dans la Maison Ronde ? 

D’abord, en conviant des personnes peu connues du grand public, supposément neutres dans cette campagne mais en réalité sur la même ligne pro-UE fédéraliste, immigrationniste et multiculturaliste que Raphaël Glucksmann. Exemple : mardi 23 avril, Nicolas Demorand recevait l’écrivain Giulano da Empoli. Celui-ci a dirigé le dernier numéro de la revue géopolitique Le Grand Continent sur laquelle Nicolas Demorand ne tarit pas d’éloges. Cette revue est éditée par le Groupe d’études géopolitiques sis rue d’Ulm, à l’ENS, et est fort prisée de tous ceux qui militent pour une UE élargie et « souveraine ». L’entretien a donc été une ode à l’UE, à son avenir fédéral radieux, à sa transition écologique nécessaire, à son immigration heureuse, le tout agrémenté d’un discours rodé contre les « climatosceptiques » et les « forces nationales-populistes ». La poussée électorale de « l’extrême droite » dans toute l’Europe ne pourra sans doute pas être évitée, estime Giulano da Empoli en ajoutant dans la foulée une réflexion retenant l’attention : « Mais il n’y aura pas un changement de majorité trop important au Parlement européen. Cela ne va probablement pas tout bousculer. On a une fenêtre d’opportunité de quelques années pour essayer de faire des choses. » Traduction : malgré les quelques sièges que les partis dits d’extrême droite vont récupérer, la majorité du Parlement européen restera grosso modo sur la ligne actuelle et aura cinq ans pour entériner les projets de destruction des nations qui sont dans les tuyaux de la Commission européenne et visent à voir advenir le plus rapidement possible l’Europe fédérale et supranationale chère aux Allemands, à Raphaël Glucksmann et à Emmanuel Macron qui se voit déjà président de celle-ci.

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Ensuite, en recevant certains représentants politiques baïonnette au fusil, couteau sous le manteau et rosseries médisantes sous le coude. Le commissaire Matthieu Valet s’est mis en disponibilité de la police pour rejoindre la liste du RN. Campagne électorale oblige, Ali Baddou et Marion L’Hour l’ont « accueilli » lors de la matinale du samedi 27 avril. Il faut écouter cette émission pour saisir toute la subtilité ironique de la phrase d’Adèle Van Reeth : « Tout le monde est bienvenu sur France Inter. » Cinglante, Marion L’Hour ouvre les hostilités : « Vous êtes une prise de guerre ou vous êtes un boulet ? » Matthieu Valet ne comprend pas la question. L’auditeur non plus. Il décline ses excellents états de service dans la police puis attend la question suivante. L’auditeur aussi. La journaliste, agitée, impatiente et toute frétillante à l’idée d’asséner ce qu’elle croit être un coup décisif, explique alors pour quelles raisons elle pense que le policier est un « boulet » pour le RN : reprenant des informations du Canard enchaîné datant un peu, Libération a rappelé il y a quelques jours que Matthieu Valet a, premièrement, utilisé en 2022 des bons SNCF que lui ont donnés cinq de ses collègues (bons alloués par le ministère de l’Intérieur à chaque policier pour ses déplacements) et, deuxièmement, eu un accident en utilisant un véhicule de police alors qu’il n’était pas en service. Le policier a beau expliquer les faits – plutôt mineurs – Marion Saint-Just L’Hour fulmine : « Il ne faut pas être exemplaire pour être élu ? » Matthieu Valet se voit dans l’obligation de décrire à nouveau son parcours professionnel édifiant, ses 18 années passées dans les forces de l’ordre sans un accroc. Sèchement, Marion Fouquier-Tinville L’Hour embraie alors sur le fait de savoir qui peut ou ne peut pas être sur la liste RN en évoquant le cas de Thierry Mariani. Nous sommes à la 6ème minute d’un entretien prévu pour en durer une douzaine et, comme le fait remarquer Matthieu Valet, il n’a toujours pas été question des préoccupations des Français dans le cadre des prochaines élections. Entre alors en jeu Ali Baddou. Avec une affirmation surprenante : « Vous, policier, êtes sur la liste d’un parti qui juge que la police est laxiste depuis des décennies. » Les bras de Matthieu Valet lui en tombent : M. Baddou ne confondrait-il pas le RN et l’extrême gauche ? Non, non, pas du tout, répond le journaliste en maintenant son étrange allégation sur un ton goguenard. Il reste à peine deux minutes d’entretien. Matthieu Valet parvient enfin à aborder un sujet touchant à l’avenir des Européens, les Français en tête : le Pacte Asile et Immigration adopté au Parlement européen. Afin de contrecarrer les critiques de Matthieu Valet qui juge ce pacte extrêmement laxiste envers les « mineurs non accompagnés », Ali Torquemada Baddou lui coupe systématiquement la parole pour rabâcher que ce Pacte n’a pas encore été entériné par les 27 membres de l’UE. Point final d’un entretien qui symbolise la quintessence du journalisme france-intérien, son increvable dogmatisme de gauche et sa profonde malhonnêteté.

Remontés comme des coucous, nos deux journalistes france-intériens n’ont su dissimuler leur animosité sous aucun atour langagier – au contraire, la langue maniée par ces deux inquisiteurs d’opérette est restée au niveau des intentions, brutales et vindicatives : indigente, répétitive et haineuse. Baddou et L’Hour ont voulu « se faire » Matthieu Valet qui n’était visiblement pas le « bienvenu » sur France Inter et a bénéficié, si j’ose dire, du traitement de faveur réservé aux invités politiques qui n’ont pas l’heur de plaire à la caste journalistique de la radio publique : éructations acides, affirmations grossières, sous-entendus fielleux, interruptions agressives – Valet, pour qui cette invitation sur France Inter était une première, a eu droit à la totale. Sans espérer une impartialité totale, sans doute ne s’attendait-il pas à un tel assaut de la part de journalistes décrits par Adèle Van Reeth comme des « personnes qui ne sont pas dans une optique militante » (Le Figaro, 28 mars 2024). La directrice de France Inter a bien fait d’insister sur ce point, parce qu’à l’écoute de cet entretien ça ne saute pas spontanément aux oreilles.


Nassira El Moaddem ne fait pas semblant, elle, de militer. Cette ancienne journaliste et directrice du Bondy Blog, adepte des thèses racialistes et décoloniales qui nourrissent le journalisme islamo-gauchiste, est persuadée que la France est un pays où règnent un « racisme systémique » et une « islamophobie chronique ». Suite à un courrier de la FFF rappelant aux clubs les règles strictes sur le port d’équipements et de vêtements pouvant contrevenir aux recommandations récentes du Conseil d’État interdisant tout signe ostentatoire religieux lors des compétitions sportives, elle écrit sur les réseaux sociaux : « Pays de racistes dégénérés. Il n’y a pas d’autres mots. La honte. » Nassira El Moaddem collabore au site fondé par Daniel Schneidermann, “Arrêt sur images”, et a présenté sur France Inter une émission d’entretiens intitulée Parcours de combattants. Face au tollé général, Daniel Schneidermann soutient la journaliste islamo-gauchiste. Venant de l’admirateur de Rima Hassan, la nouvelle égérie pro-palestinienne de LFI, ce soutien n’a rien d’étonnant. En revanche, il est surprenant qu’aucun dirigeant de la radio publique n’ait émis de critique suite aux écrits scandaleux de cette journaliste. Celle-ci ayant été collaboratrice de Radio France, peut-être serait-il bon, a minima, de lui demander de présenter des excuses aux Français qui ont contribué à sa rémunération. Il est à espérer que Nassira El Moaddem ne se verra pas employer à nouveau par la radio publique d’un pays dont elle voue les habitants aux gémonies, comme le confirme un nouveau tweet dans lequel elle affirme maintenir à 100% ses insultes envers les Français, ces « racistes dégénérés », selon elle • DD 

[1] La France, tu l’aimes mais tu la quittes : Enquête sur la diaspora française musulmane. Éditions du Seuil. Il faut noter – ce qu’aucun journaliste l’ayant reçu n’a fait – qu’Olivier Esteves, professeur à l’université de Lille et un des co-auteurs de cet ouvrage, a été membre du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF). Il a d’ailleurs protesté contre la dissolution de ce dernier, considérant qu’il fournissait « un travail important de défense d’une minorité stigmatisée, le plus souvent à travers la conciliation ». Tiens donc ! Pour mémoire, le parent d’élève ayant lancé une fatwa contre Samuel Paty faisait clairement référence au CCIF, raison pour laquelle Gérald Darmanin a décidé la dissolution de ce collectif proche des Frères musulmans. Sur X, Florence Bergeaud-Blackler rappelle que Julien Talpin, un autre des co-auteurs de l’ouvrage en question, a également participé à un « rapport pour la très frériste Alliance Citoyenne ». Ce rapport se présentait comme un « recueil de témoignages de femmes musulmanes lyonnaises face aux refus d’emploi, refus de soin, refus de formation, refus d’accès à la pratique sportive à cause de leur voile ». Ce chargé de recherches au CNRS a lui aussi milité contre la dissolution du CCIF en signant entre autres une tribune parue sur Vox Public le 20 octobre 2020. Dhimmitude, quand tu nous tiens.

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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Sarah Knafo: «Le RN est le parti des sondages»

La stratège et compagne d’Éric Zemmour entre en scène. Candidate à l’élection européenne, en troisième place sur la liste conduite par Marion Maréchal, cette patriote passée par l’ENA connaît ses dossiers. Immigration, islam, économie, elle est convaincue que les graves problèmes du pays appellent des solutions simples. Sur son rôle, souvent contesté, comme sur les frères ennemis, elle parle sans détour. Et refuse la fatalité.


Causeur. Vous êtes numéro trois sur la liste de Reconquête aux européennes. Jusqu’à maintenant, on vous connaissait comme une femme de l’ombre. Qui êtes-vous vraiment ?

Sarah Knafo. C’est vrai, c’est l’une de mes premières prises de parole publique. Je n’étais pas programmée pour en arriver là. Je suis née et j’ai grandi en Seine-Saint-Denis, dans une famille de commerçants. Grâce aux livres, à la culture, et osons le dire, grâce à la France, j’ai fait mes études à Sciences-Po, puis à l’ENA. Par passion pour la France, j’ai choisi le service de l’État et je suis entrée à la Cour des comptes. C’est la même passion pour la France qui m’a conduit à organiser à ses côtés la candidature d’Éric à la présidentielle et je suis heureuse aujourd’hui de rejoindre la liste Reconquête portée par Marion Maréchal pour les élections européennes du 9 juin prochain.

Qu’est-ce qui vous a décidé à entrer dans l’arène après avoir refusé de prendre la parole en 2022 ?

J’avais 26 ans, j’organisais une campagne présidentielle et je me disais : chacun doit rester à sa place. J’étais là pour réfléchir, coordonner, planifier. Éric était le candidat et l’élection présidentielle, ce n’est ni l’élection d’une équipe, encore moins celle d’un couple. Aujourd’hui, c’est l’élection européenne : l’élection d’une équipe. Marion Maréchal est notre tête de liste et elle n’est pas seule : nous sommes 80 à pousser derrière. Éric et Marion savent qu’ils peuvent compter sur moi.

Éric Zemmour a révélé sur BFM que vous étiez sa compagne. Êtes-vous devenue la directrice de campagne d’Éric Zemmour parce que vous étiez sa compagne, ou le contraire ?

Oui, nous vivons ensemble et tout se passe pour le mieux. Mais à moins que je me trouve chez Closer et pas chez Causeur, je ne crois pas que les détails de notre vie aient leur place dans vos colonnes. Je ne me présente pas pour raconter ma vie, mais pour parler de l’élection européenne. Ne confondons pas la campagne et la compagne !

© Hannah Assouline

Le mélange de la vie privée et de la vie professionnelle n’est-il pas compliqué ?

Je vous arrête : on ne parle pas d’un « job », on parle du combat d’une vie. Pour nous, la politique n’est pas un métier. Je ne cesse pas d’être une patriote après 18 heures et les jours fériés. Il est donc logique que je mène ce combat avec Éric, et je crois même que notre duo nous donne une force inouïe. À nous d’être assez solides pour protéger notre vie privée, refuser le huis clos, ne jamais se censurer si on pense que l’autre se trompe. L’omerta, ce n’est pas vraiment le genre de la maison !

Vous avez été à la une de Paris Match et de la presse people. Certaines rumeurs prétendaient que c’était arrangé avec Mimi Marchand.

Je ne la connais même pas. Mes relations avec la presse people sont fondamentalement judiciaires. Je suis en procès contre à peu près tous les journaux à scandale et j’espère bien qu’ils seront condamnés pour l’enfer qu’ils nous ont fait vivre. C’est la double peine, quand on a vécu avec les paparazzis en bas de chez soi tous les jours, de s’entendre dire que c’était arrangé. C’est d’autant plus inacceptable que nous n’avons jamais fait de notre vie un argument politique, comme tant d’autres. Je ne connais aucun autre politique qui ait dû subir cela. Avez-vous vu la une d’un magazine sur Mélenchon et sa conseillère ? Non.

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Qu’avez-vous appris à l’ENA ?

Je ne fais pas partie de ces énarques qui, comme Macron, crachent sur l’ENA après avoir travaillé d’arrache-pied pour y entrer. J’ai décidé de prendre cette voie pour servir l’État et j’y ai appris énormément de choses, à rédiger des lois, à comprendre le fonctionnement de la machine de l’État, de son budget. J’ai rencontré beaucoup de monde, à l’ENA, en ambassade, en préfecture, puis à la Cour des comptes. Des hauts fonctionnaires admirables, qui ne comptent pas leurs heures contrairement à la caricature qu’on fait d’eux. Mais pas d’angélisme ! La détestation dans laquelle tant de Français tiennent les énarques n’est pas absurde. À côté de ces serviteurs de l’État intègres, j’ai découvert une autre catégorie de fonctionnaires : les technocrates. Vous savez, ceux dont toutes les phrases commencent par « c’est plus compliqué que ça ». Je ne fais pas partie de ces gens-là. Je pense que la France vit des problèmes graves, mais que les solutions sont simples.

Justement, tous les anciens présidents expliquent qu’ils ont le plus grand mal à faire appliquer leurs décisions… Ces technocrates-là ont-ils le pouvoir en France ?

Absolument. Quand on ne les connaît pas, il est impossible de les affronter. Moi, je les connais par cœur.

Vous avez fait un stage à l’ambassade de France en Libye quand vous étiez à l’ENA ?

Absolument. On était en 2018, en pleine crise des migrants avec la Libye comme principal pays de transit des Subsahariens vers l’Europe. J’ai vu de mes yeux comment fonctionnent les filières de passeurs. J’ai aussi travaillé à la préfecture des Pyrénées-Atlantiques, avec les agriculteurs et les industriels. La préfectorale a beaucoup compté dans mon parcours : mon expérience à la préfecture de Seine-Saint-Denis quelques années avant fut un véritable électrochoc, et sans doute un des moteurs pour m’engager au service de l’État.

Est-il vrai que votre vocation politique est née d’un drame familial, l’agression d’un proche ?

Quand j’avais 5 ans, j’ai vécu un événement très douloureux, dont je ne parlerai pas en public. J’ai vu, très jeune, trop jeune, la violence gratuite, comment elle abîme des vies pour toujours. J’ai vu l’impunité. Cela m’a donné un sentiment d’urgence, un besoin de protéger les gens, la conviction que nous avons le droit de vivre dans un pays en paix. Je ne parle pas de droite ou de gauche, mais d’aspirations normales de gens normaux : ne pas avoir peur pour sa fille quand elle sort ou pour sa mère quand elle prend les transports en commun, que ses enfants aillent à l’école pour y apprendre quelque chose, que les professeurs aillent enseigner sans avoir une boule au ventre, que dans les campagnes des gens ne soient pas obligés de s’arracher des dents eux-mêmes parce qu’il n’y a plus de dentiste.

Avez-vous toujours été de droite ?

Mon premier engagement politique est souverainiste. En 2015, avec quelques camarades, nous avons fait vivre la première association souverainiste de l’histoire de Sciences-Po, Critique de la raison européenne. Nous comptions parmi nous des gens de gauche. Ils sont depuis partis chez LFI et ont effacé toute trace de notre passé commun.

Conférence de Jean-Pierre Chevènement à Sciences-Po, organisée par l’association Critique de la raison européenne, cofondée par Sarah Knafo, 19 février 2015. ©D.R

Qu’est-ce qui a changé la donne en 2015-2016 ? Les attentats ?

Oui. C’est à ce moment que des tensions sont apparues au sein de Critique de la raison européenne. On a commencé à se poser la question : la souveraineté, nous sommes d’accord, mais pour quoi faire ? Et là, la gauche et la droite avaient des réponses incompatibles.

Sur la question européenne, vous aussi avez bougé. Chez Reconquête on se sent européen ?

Le général de Gaulle disait : « Je suis français, donc européen. » Oui, nous voulons une Europe qui reste européenne, et une France qui reste française. Impossible pour moi en revanche de devenir européiste. Nous sommes plus que jamais opposés à Ursula von der Leyen. Reste que nous avons compris que nous étions sur le même bateau que les autres peuples européens, qui courent les mêmes dangers que nous. Nous avons passé des décennies à critiquer l’Allemagne, et à raison quand elle nous empêchait de défendre le nucléaire et prenait la direction de l’Union contre nos intérêts, mais je ne veux pas vivre pour autant dans un monde où Berlin devient une ville turque, et Bruxelles, le Maghreb sans le soleil.

Revenons sur la campagne présidentielle. Avez-vous commis des erreurs ?

Des centaines ! Pour Éric, comme pour moi, et pour la plupart des gens qui nous ont suivis, c’était une première fois en politique. On connaît nos erreurs, je connais les miennes, et on s’est juré de faire mieux. Mais je suis très fière de ce que nous avons accompli. Nous avons largement contribué, et nous continuons, à imposer la vérité dans le débat public. Aucun autre parti n’en a fait autant en deux ans. Je pense que le souvenir de Villepinte et du Trocadéro restera gravé chez beaucoup de monde : nous avons allumé une flamme dans le cœur de milliers de Français.

D’aimables commentateurs anonymes n’ont cessé de dire que vous étiez autoritaire, que vous vous occupiez de tout, etc.

C’est normal, quand on dirige une campagne présidentielle, ce n’est pas une AG de Tolbiac ! Et vous le savez, chez Reconquête, nous assumons l’autorité, nous sommes assez peu soixante-huitards… Avoir des responsabilités implique forcément de prêter le flanc à la critique, d’autant plus quand les choses ne se passent pas comme espéré. Je ne me défausse jamais sur quiconque et je reste le plus possible à l’écoute. Maintenant, ceux qui nous lisent pourront se faire leur avis sur ce qu’ils voient de moi et pas sur ce qu’ils entendent sur moi.

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N’avez-vous pas effrayé les musulmans qui aiment l’ordre et se sentent passionnément français ? Beaucoup étaient d’accord avec Zemmour, mais ont été effrayés par son combat sur les prénoms, par exemple.

Permettez-moi de vous reprendre. Les musulmans ont voté à 69 % pour Mélenchon en 2022. 69 % pour un seul candidat, dans une élection qui en comportait 12. Pourtant, les 11 autres n’avaient pas tous « effrayé les musulmans avec les prénoms », comme vous dites. La plupart des musulmans n’ont pas voté pour l’ordre et pour l’amour de la France, ils ont voté pour celui qui a défendu leur droit à imposer leurs coutumes sans entrave. Il reste que je suis de culture judéo-chrétienne, alors je crois à l’émancipation individuelle. Notre position est très simple : ce n’est plus à la France de faire des accommodements raisonnables avec l’islam, mais aux musulmans de faire des accommodements raisonnables avec la France. Beaucoup d’immigrés l’ont fait avant eux, à commencer par ma famille de juifs d’Afrique du Nord, mais aussi les Espagnols, les Polonais, les Arméniens, les Libanais. Pourquoi les musulmans en seraient incapables ? Chez Reconquête, nous ne les prenons pas pour des victimes, mais pour des adultes. Si vous dites qu’ils se sentent « passionnément français », ils entendront notre discours.

Avez-vous avec Zemmour des débats, notamment sur Pétain ?

Je ne connais pas deux personnes d’accord sur tout ! En revanche, nos désaccords resteront privés, parce que je ne désespère pas de le convaincre !

On l’a vu devenir plus sensible au destin d’Israël depuis le 7 octobre.

Je vais vous répondre par les mots de Gilles Kepel : « Le 7 octobre est encore plus important que le 11-Septembre. » Beaucoup ont pris conscience de la guerre de civilisation en cours, qui se déroule non seulement en Orient, mais aussi dans nos rues. À Turin, à Londres, à Paris, à Bruxelles, des milliers de personnes ont défilé avec des drapeaux palestiniens. C’est un électrochoc pour toute l’Europe.

Les manifestations propalestiniennes en France étaient parfois inquiétantes, mais il n’y avait pas de cris antijuifs comme à Sydney ou à Londres.

En France, il y a eu un effet cathartique avec la personne de Mélenchon. Ils n’ont pas besoin de crier dans la rue. Ils ont leur représentant à la télévision.

Certains de vos sympathisants ont-ils été déçus par votre ligne pro-israélienne ?

Non. Chez nos sympathisants, il y a une clairvoyance sur cette question. Ils ont vu les masques tomber, en particulier à gauche. Ils savent combien nous avons raison de parler de choc de civilisations.

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Il n’est pas sûr que, dans les bistrots, on parle de choc de civilisations. Vous voulez parler aux classes populaires, mais n’êtes-vous pas trop dans les concepts ?

Pas d’anti-intellectualisme, ça ne vous ressemble pas ! Je regarde le réel et je nomme ce que je vois. Je ne suis pas une idéologue. J’ai grandi en Seine-Saint-Denis, mes parents y vivent toujours : j’ai vu le changement à l’échelle de ma vie. Ce n’est pas une théorie. Je parle de faits qui se mesurent, qui se chiffrent et qui se voient.

Il y a eu du tirage politique entre Marion Maréchal et Éric Zemmour – et peut-être vous aussi…

Je vais vous dévoiler un scoop : je suis une marioniste ! Depuis que j’ai vu Marion Maréchal entrer très jeune à l’Assemblée nationale. Elle fait partie de mes premiers souvenirs politiques. J’étais en terminale, je l’ai vue lutter avec panache contre le mariage pour tous, et je l’ai vue quitter sa tante avec courage, puis nous rejoindre. C’est un geste qu’on ne doit pas minimiser.

Certes, mais on lui prête partout l’intention de vouloir repartir au RN…

Je n’y crois pas du tout. Elle a quitté sa tante pour ses convictions. Elle n’est pas femme à trahir ses convictions.

Marion Maréchal et Nicolas Bay aux côtés de Nicola Procaccini, député européen de Fratelli d’Italia et co-président du groupe Conservateurs et réformistes européens (CRE), lors d’une réunion au Parlement européen à Strasbourg, 7 février 2024 © Sathiri Kelpa/SIPA

Quelle est la différence entre Reconquête et le RN aujourd’hui ?

Vous avez d’un côté le parti de la vérité, Reconquête. Et de l’autre, le RN, le parti des sondages. Voilà qui nous laisse un espace énorme ! Ils veulent plaire aux sondeurs et aux médias. On prend le chemin, plus difficile et sans doute un peu plus courageux, de convaincre les gens. En 2012, Marine Le Pen était pour la fin du nucléaire, parce qu’un sondage disait que les Français avaient peur du nucléaire après Fukushima. Maintenant, elle est pour, parce que les Français ont changé d’avis. Même chose pour le port du voile islamique. En 2004, elle était contre son interdiction à l’école. Je pourrais continuer comme ça longtemps. Je citerais Condorcet : « Les gens ne votent pas pour moi pour que je dise ce qu’ils pensent, mais pour dire ce que je pense. » Si vous voulez, il y a des gens qui sont très haut dans les sondages, d’autres qui sont très haut dans le courage. Là encore, choisissez en fonction de votre caractère !


La suite demain.

Assassinat de Matisse: le biotope français menacé d’une catastrophe écologique

Rahim, le mineur afghan mis en examen pour le meurtre de Matisse, 15 ans, à Châteauroux (36), a été mis sous les verrous dans l’attente de son procès. Plus que tout, l’exécutif qui se vantait que les Afghans soient les premiers bénéficiaires du droit d’asile, semble craindre la récupération politique de l’affaire par l’opposition.


Inlassablement, le même scénario se décline : à la campagne, à la ville ou dans les banlieues. Des gamins finissent assassinés, violentés, harcelés ou violés dans nos rues, sans que jamais l’accumulation des drames ne sorte le bon peuple de sa torpeur. On rouspète, on proteste, mais guère plus. Un jour prochain, la lassitude deviendra peut-être habitude et l’hésitation cèdera finalement la place au renoncement. Mais ce jour n’est pas encore arrivé. Il est toujours temps de s’indigner, d’enfin tirer les conclusions que la situation impose.

Un “Papy Voise” par jour

Un peu moins d’un mois en arrière, j’écrivais ici-même un article1 relatant le passage à tabac ayant entrainé la mort de Shemseddine, un collégien qui avait eu le malheur d’échanger quelques mots avec une fille de son âge vivant dans une cité voisine. Comme à l’accoutumée, les élus locaux n’avaient pas assez de mots pour exprimer leur surprise, leur effroi face à ce drame qui touchait une ville de Viry-Châtillon (91) décrite comme habituellement « paisible ». Comment serait-ce donc possible qu’en République égalitaire et bienveillante des adolescents en viennent à se tuer pour des messages téléphoniques ? La faute aux réseaux sociaux ? Aux vilains jeux-vidéos ? Ils n’ont toutefois pas osé désigner le rap – il faut dire que le business est juteux. Rien sur les véritables raisons : le gouffre anthropologique qui sépare notre société de droit, fondée sur la culture de la culpabilité, de réflexes tribalistes où « l’honneur » est placé au-dessus de toutes autres considérations.

Bardella affirme que “Matisse est la nouvelle victime d’une politique migratoire insensée”

Ils ne l’ont pas fait parce qu’il est trop douloureux de contempler l’échec total d’une politique migratoire aveugle additionnée au laxisme et au rejet de tous les instincts humains. Le Français ne doit pas être seulement civilisé, il doit être domestiqué et émasculé, dépouillé de ses plus petites émotions. Il lui est enseigné dès le berceau que « la violence ne résout rien », qu’il faut « tendre la joue gauche », « dire à la maîtresse » ou « rapporter aux parents ». Dans ces conditions, le fait que des « enfants de la République » ne se conforment pas à ces injonctions est profondément intolérable à tous ces gens qui ont cru qu’on pourrait, du jour au lendemain, faire de parfaits petits Républicains avec des Afghans fraichement débarqués de zones de guerre ou des Tchétchènes descendus des farouches montagnes du Caucase.

Tout serait parti d’une improvisation de rap

En face, on se rend soi-même justice pour la plus petite offense. La violence est décuplée quand l’orgueil est touché, car perdre la face est pour certains de ces gens une peine bien plus grave que perdre un procès tenu par un juge encarté au Syndicat de la magistrature. Matisse, gamin de 15 ans, a été tué par un migrant afghan de son âge accompagné de sa propre mère. Il a aussi été tué par un système permissif et ouvert aux quatre vents, que le maire de Châteauroux a parfaitement incarné ces derniers jours. Rappel des faits. Rahman, réfugié afghan dans l’Indre, a été vexé après s’être ridiculisé lors d’un « freestyle » de rap improvisé auquel assistait sa future victime. Excédé par les taquineries de Matisse, il lui a asséné un coup de poing. Mais le jeune Français savait se défendre. Il a répliqué et lui a cassé le nez. Plutôt que de prendre sur lui et d’encaisser une leçon de vie, Rahman a foncé chez lui pour récupérer un couteau puis est revenu sur les lieux accompagné de sa mère. Il a alors donné quatre coups de couteau pour « laver l’affront », avant que sa génitrice ne finisse le travail en assénant deux claques à Matisse qui agonisait au sol.

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Les bourreaux se victimisent

Pire encore, les deux psychopathes ont joué la carte du « racisme ». Nos Afghans ont bien compris une chose en arrivant dans notre pays : la « victime » systémique a toujours raison. Le « racisme » est un tel tabou, devenu le crime de la pensée le plus radical de notre époque, que pour certains un « retourne dans ton pays » justifierait bien un meurtre. Ils ont donc tenté leur chance. Et ça a marché quelques heures auprès de ces mêmes populations qui ayant saccagé la France une semaine entière pour Nahel, qui avait pourtant refusé d’obtempérer et conduisait une voiture de sport alors qu’il était mineur, se sont empressés de dire que finalement « l’injure raciste » pouvait se payer au prix fort… Las, la vérité est désormais sue grâce au Parquet et aux témoins : Matisse n’a pas été « raciste », il s’est simplement défendu courageusement face au voyou du quartier qui terrorisait même certains ilotiers.

Nos gouvernants s’enorgueillissent de voir les Afghans premiers bénéficiaires du droit d’asile

Il s’est si honorablement défendu qu’il a réveillé l’ire de barbares qui n’ont pas leur place chez nous. Pas parce qu’ils seraient « islamistes », la famille semblant plus portée sur l’alcool et la débauche que la prière, mais parce qu’ils proviennent d’une culture tribale portée sur la violence, archaïque et inadaptable à une société d’ordre. Ces gens ne sont pas transposables dans le biotope français. Alors oui, il y a parmi eux des personnes très biens et de véritables réfugiés, mais le risque est trop grand et rien ne justifie que la France accueille des Afghans, Soudanais ou autres Pakistanais venus de cultures totalement différentes, pas même intégrées à l’espace francophone ou occidental. Songeons par ailleurs que la famille de Rahman avait pris le commandement présidentiel appelant au réarmement démographique au pied de la lettre, puisque la mère est présentement enceinte de son… septième enfant. Comment lutter face à une natalité si débridée, inconsciente ?

Certainement pas avec les éléments de langage de Gil Avérous, maire divers droite de Châteauroux qui a immédiatement demandé à ce que le cas ne soit pas « récupéré » sur demande du cabinet du ministère de l’Intérieur. L’information m’a été donnée par une personne qui suit au plus près le dossier. N’est-il pas infâme de ne penser qu’aux conséquences politiques de ces horribles crimes ? N’est-ce pas là la plus abjecte récupération ? Et c’est, du reste, le meilleur moyen de faire progresser leurs adversaires politiques… Le crime ne paie jamais. Surtout que ce gouvernement devrait en la matière se faire vraiment tout petit. Les chiffres rapportés par le compte de Marc Vanguard sur Twitter sont édifiants. Ainsi, le nombre de coups et blessures volontaires enregistrés dans les données policières de l’année 2023 a encore battu un record. 384 000 victimes ont pu être recensées cette année contre 110 000 en moyenne lors de la période où Lionel Jospin était Premier ministre. Sur la période 2012-2021, les violences ont augmenté de 47 % en France alors qu’elles ont diminué respectivement de 14 et 13% en Italie et en Allemagne. Depuis que Gérald Darmanin est ministre de l’Intérieur, nous assistons à une véritable flambée. Que fait-il en dehors de parader ?


  1.  https://www.causeur.fr/shemseddine-tue-devant-son-college-de-la-culture-de-la-honte-280566
    ↩︎

Le Paris de la Belle Epoque n’avait rien à envier au Paris des Jeux de 2024 (de loin)

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Armenonville, le soir du Grand-Prix, Henri Gervex, 1905. DR.

Les Jeux peuvent-ils rendre à Paris sa superbe ? se lamente notre chroniqueur


Luxueux et raffiné. Tel est le Train Bleu, émérite et centenaire brasserie située juste au-dessus des quais de la gare de Lyon, construite pour l’Exposition Universelle de 1900 par l’architecte Marius Toudoire. En pénétrant dans cette auguste institution gourmande, on imagine sans peine le futur Edouard VII y dîner, accompagné de sa sublime maîtresse Sarah Bernhardt, impératrice de cœur qui faisait oublier au prince les pesanteurs de la société victorienne de l’autre côté de la Manche…

Benoît Duteurtre n’a pas manqué de l’évoquer dans son Dictionnaire Amoureux de la Belle Epoque et des Années Folles : « On ne soulignera jamais trop le rôle du prince de Galles, fils aîné de la reine Victoria, dans le rapprochement franco-britannique à l’aube du XXe siècle. On ne saurait même comprendre cet événement politique majeur sans insister sur le rôle essentiel qu’y jouèrent les petites femmes, la passion du théâtre, l’amour du divertissement et des plaisirs de la vie qui poussaient irrésistiblement vers Paris le futur souverain britannique. » Les Anglais de la fin du XIXème siècle nourrissaient à l’égard de la France des fantasmes comparables à ceux qu’entretiendraient plus tard les petits Français des années 1960 désireux de découvrir le « swinging London ». 

Un héritage précieux

Le Paris de la Belle Epoque était un Paris de fêtes, peuplé d’artistes, de femmes portant des bijoux de contes de fées et de bourgeois sortis des pages de Maurice Leblanc. Gare d’ailleurs à ne pas y croiser un Arsène Lupin à fine moustache, maitrisant la canne-épée aussi bien que le sarcasme, prêt à vous détrousser de vos sous avant de séduire votre compagne du soir pour la faire danser dans tous les cabarets de Montmartre. Paris était alors une ville excitante où tout était possible. Le centre d’un Empire qui s’étendait sur les cinq continents. Le centre des innovations technologiques. Le centre des poètes et des artistes. Le centre du monde, tout simplement. Non seulement dans les esprits des Français, qui avaient bien conscience de la supériorité de leurs mœurs et de l’excellence de leur culture, mais aussi et surtout dans les imaginations enfiévrées de nos voisins qui rêvaient tous de toucher du doigt à l’idéal parisien. Et comment leur en vouloir ? Qui n’a jamais rêvé de flâner dans les grandes artères parisiennes pour en admirer les élégantes qui sous leurs ombrelles dévoilaient un peu de leurs charmes voluptueux ?

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Stefan Zweig le confessera d’ailleurs quelques années plus tard : « Nulle part, on ne sentait, par tous ses sens éveillés, une identité aussi forte entre sa jeunesse et l’atmosphère que dans cette ville qui se donne à tous et dont aucun ne peut faire complètement le tour. »  Parenthèse entre la Grande Dépression et la Première Guerre mondiale, ce qu’on nommera plus tard la Belle Epoque fut un temps de progrès technique et d’expérimentations artistiques. La Belle Epoque a enfanté la modernité telle que nous la connaissons aujourd’hui. Apparaissent les technologies de  notre quotidien qui passent des ateliers de recherche théorique des savants à l’usage courant. L’Europe est alors touchée par une vague d’innovations spectaculaires qui s’accomplissent le plus singulièrement en France, pays de toutes les avant-gardes. Charles Péguy le résuma laconiquement : « Le monde a plus changé entre 1880 et 1914 que depuis les Romains ». Tout concourt d’ailleurs à cet optimisme dont nous ferons le deuil en 1914 : l’Etat présente un budget excédentaire, le franc-or est particulièrement stable et la croissance est importante tous les ans.

Nous vivons encore des dividendes accumulés à la Belle Epoque, période où des noms désormais ancrés dans les inconscients collectifs émergent pour ne plus jamais s’effacer. Qu’ils soient artistes, scientifiques ou industriels, leur legs est toujours vif. Citons dans le désordre ces figures majeures que sont toujours Louis Pasteur, Rodin, André Citroën, Gustave Eiffel ou encore Louis Lumière. Leurs inventions et leurs œuvres nous accompagnent toujours au quotidien. De grandes figures populaires naissent dans tous les domaines et se font connaître à travers une médiatisation accrue. C’est l’âge d’or de la presse avec une liberté d’expression et une diversité idéologique qui pourraient aujourd’hui nous sembler surréalistes.

Car, la Belle Epoque est aussi et avant tout le moment d’une révolution dans les moyens de communication qu’on ne saurait comparer qu’avec l’émergence d’internet. Tant dans les moyens techniques que dans les modes d’expression. Le télégraphe, la transmission sans fil, le téléphone ou l’aéropostale, offrent aux Français la possibilité de se tenir au courant des affaires du monde de manière bien plus rapide que ce à quoi ils étaient auparavant habitués. Par ailleurs, les journaux paraissent dans des quantités jamais vues auparavant avec la création des fameuses « rotatives ». Certains des journaux que nous trouvons encore dans les kiosques sortent pour la première fois, à l’image de L’Humanité dirigé un temps par Jean Jaurès ou de La Croix. Si les inégalités sociales persistent, laissant le champ libre à la reconnaissance dans le débat public de la dialectique marxiste, le progrès technique bénéficie alors à de nombreux Parisiens et Français qui regardent avec optimisme le futur.

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Cela se matérialise par la généralisation des loisirs, des fêtes, la démocratisation de la pratique sportive, ainsi que la construction de  nombreuses villes de villégiature, à la mer comme à la montagne. Le Parisien de la Belle Epoque pratique la boxe française, ne se déparant jamais de sa canne-épée, se délasse au théâtre, fréquente les brasseries, suit assidûment les feuilletons littéraires populaires dans la presse et s’emporte sur les questions politiques au café. Privilégié, il assiste aux représentations de Debussy et se presse pour découvrir les différents courants artistiques émergents.

Paris, capitale mondiale des avant-gardes techniques, culturelles et artistiques

Une vue de l’esprit fait passer Vienne pour le siège des avant-gardes de l’époque. Dans Vienne, fin de siècle, Carl Schorske estime que la capitale austro-hongroise fut le siège de la modernité, citant dans un même élan Klimt, Freud ou le musicien Schoenberg. Paris fut pourtant tout autant en pointe, et parfois même en avance. Le baptême du symbolisme littéraire date de 1886, année où Jean Moréas publia son manifeste dans Le Figaro. Le naturalisme français n’avait pas un monopole ! Les auteurs de la Jeune Vienne confessaient eux-mêmes leur admiration pour les poètes parisiens révoltés qu’étaient Rimbaud, Verlaine ou Mallarmé.

Dans le domaine de la peinture et des arts décoratifs, le même constat peut être fait. Tous les styles ayant défié le classicisme sont nés à Paris, pas à Londres ou à Vienne. Pour le meilleur et pour le pire d’ailleurs ! Mais qui contestera aujourd’hui que l’impressionnisme, le nabisme, le symbolisme, le fauvisme, le cubisme, et même le futurisme attribué à tort à l’Italie, ont eu leurs premières œuvres exposées à Paris, alors phare du monde ? Dès 1870, le Salon officiel est contesté, les artistes s’organisant indépendamment en constituant des réseaux de galeristes privés, s’entraidant et se soutenant mutuellement.

Il n’est pas innocent que Freud soit allé à Paris pour étudier auprès du professeur Charcot, son œuvre multipliant les références à des écrivains et penseurs français qui furent les premiers à s’intéresser aux zones d’ombre de l’esprit humain. Madame Bovary n’en est-il pas l’un des exemples les plus frappants ? Quant à Bergson et Taine, n’ont-ils pas été en avance de quelques années sur leurs homologues germanophones ? La France est injuste avec les siens, refusant de leur reconnaître la primauté qu’ils ont eus dans tous les champs de connaissance et toutes les expressions créatives. Le Paris de la Belle Epoque n’avait rien à envier à aucune autre ville, il attirait à lui l’âme d’un monde qui finirait malheureusement fracassée dans un déluge d’artillerie sur les plaines de la Marne.

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Dans Le Monde d’Hier, un Stefan Zweig nostalgique consacre un chapitre entier à Paris, ville de l’éternelle jeunesse, et écrit donc : « Nulle part, on ne sentait, par tous ses sens éveillés, une identité aussi forte entre sa jeunesse et l’atmosphère que dans cette ville qui se donne à tous et dont aucun ne peut faire complètement le tour. Je sais bien qu’il n’est plus ce Paris heureux de ma jeunesse, ce Paris qui vous communiquait l’allant dont il était rempli ; peut-être qu’il ne retrouvera plus jamais cette merveilleuse liberté depuis qu’une poigne de fer, la plus tyrannique qui soit sur la terre, lui a imprimé sa marque brûlante ».

Quarante années de gloire

Il serait vain de porter un regard trop nostalgique sur une époque révolue qui ne fut d’ailleurs pas parfaite. Le progrès technique apporta aussi son lot de difficultés et de malheur. On l’oublie d’ailleurs, mais Paris était aussi une capitale du crime, ce qu’une relecture des Brigades du Tigre comme des journaux d’alors relatant les aventures des Apaches tatoués des faubourgs suffira à rappeler. Néanmoins, la brillance de ces années ne fait aucun doute. Elles sont encore un point de référence. Plus lointain que les Trente Glorieuses mais sûrement plus déterminant.

Le chaos de la Première Guerre mondiale aura raison de la domination française sur le monde. La France et l’Europe ne se remettront jamais pleinement de la période des deux guerres mondiales. Nous bénéficions pourtant toujours des infrastructures, des inventions et des richesses accumulées à la Belle Epoque. Il est de bon ton désormais de réprouver nos aînés, de contester la démarche coloniale de Jules Ferry qui fit flotter le drapeau français sur tous les continents, reste la gloire d’un prestige inouï correspondant à une période de développement inédite dans l’histoire de l’humanité. Ce progrès vertigineux que la France a offert au monde est incontestable. Une balade dans Paris,  nous amenant du Trocadéro aux Galeries Lafayette en passant par le Musée d’Orsay, réveille immanquablement les fantômes tutélaires de ces grands anciens dont les réalisations nous obligent a minima à faire preuve d’humilité. « L’avenir nous tourmente, le passé nous retient, c’est pour ça que le présent nous échappe », disait Gustave Flaubert. 

Vienne, fin de siècle: Politique et culture

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«Et si on admettait tout simplement qu’on refuse l’islamisation de notre pays?»

Sarah Knafo © Hannah Assouline

La stratège et compagne d’Éric Zemmour entre en scène. Candidate à l’élection européenne, en troisième place sur la liste conduite par Marion Maréchal, cette patriote passée par l’ENA connaît ses dossiers. Immigration, islam, économie, elle est convaincue que les graves problèmes du pays appellent des solutions simples. Sur son rôle, souvent contesté, comme sur les frères ennemis, elle parle sans détour. Et refuse la fatalité.


Relire la première partie

Causeur. Toute l’histoire politique française montre que si on veut être élu, il faut savoir mentir.

Sarah Knafo. Et toute l’histoire politique montre où cela nous a conduits d’avoir voté pour des menteurs ! Je vous pose une autre question : à quoi sert de gagner les élections sans dire la vérité ? Vous pensez que la vérité n’est pas payante, que les Français préfèrent un mensonge rassurant à une vérité inquiétante. Je ne suis pas d’accord ! J’ai une haute estime du peuple français : les Français ne sont pas des aveugles, ni des défaitistes, ni des paresseux. Les politiciens misent sur leur résignation. Nous misons sur leur courage et leur clairvoyance. Reconquête prend le risque de la vérité. C’est un risque. Mais l’alternative, c’est là où nous sommes aujourd’hui.

Sauf que Marine Le Pen est arrivée au second tour. Et pour la prochaine, compte tenu de l’écart, ça n’est pas gagné…

Il reste trois ans et c’est énorme. Les vainqueurs proclamés trois ans avant n’ont jamais été élus. Chaban-Delmas, Rocard, Balladur, Jospin et Juppé. Ils étaient les candidats des médias et des sondages, ils ne sont même pas arrivés au second tour. Ils se disaient : « J’appartiens au système, mes cadres siègent au Palais Bourbon, mon équipe de gouvernement est prête. » Résultat, ils n’ont plus pris de risques, n’ont rien dit qui pouvait surprendre ou choquer. Les Français n’aiment pas ces ronronnements.

Sarah Knafo © Hannah Assouline

Donc, vous affirmez que Marine Le Pen ne sera jamais élue ?

Je n’ai pas de boule de cristal. Mais je connais l’histoire de la Ve République et je dis simplement que, quand on se croit déjà élu, on n’est plus dans la conquête, on ne bouge plus une oreille. Alors, on se dévitalise, et on cesse d’être un vote de contestation, notamment pour les classes populaires.

En somme, vous êtes plus populiste que Marine Le Pen ?

Nous n’appartenons pas au système. La question n’est pas qui est le plus populiste, mais qui est le plus réaliste.

Les ponts sont-ils complètement rompus entre Marine Le Pen et Éric Zemmour ? Et les jeunes continuent-ils à se croiser dans les fêtes, les dîners ?

Il n’y a pas de dispute personnelle. Nous disons aux électeurs : nous avons des différences, qui sont même en train de se creuser, nous pensons avoir les meilleures idées pour la France, nous les défendons, quitte parfois à critiquer nos concurrents. Et après nous ferons notre devoir de Français ! Soit, nous sommes au second tour, ce qui pourrait bien finir par se produire, et ils votent pour nous. Soit c’est un autre candidat de droite, et on votera pour lui. C’est simple et loyal, ça marie la différence et l’union. Pour avoir des alliés, il faut accepter d’avoir des rivaux.

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Parlons de l’Ukraine. Avant l’invasion du pays, beaucoup de vos sympathisants trouvaient des vertus à Poutine. Cette admiration pour l’homme fort est-elle toujours de mise ?

En géopolitique, nous n’avons qu’une seule boussole chez Reconquête : les intérêts français. Nous n’attendons notre salut d’aucun homme fort étranger, mais de nous-mêmes et de notre peuple. Ce conflit a montré que la paix sur le continent n’était pas éternelle, et il nous a fait prendre conscience de notre faiblesse militaire. Si nous voulons la paix en Europe, la France a un devoir de puissance. Il faut nous réarmer, nous réindustrialiser, augmenter les forces françaises.

Selon vous, faut-il empêcher la Russie de gagner ?

Les politiciens français vont infléchir le cours de la guerre ? J’ai été très frappée par la légèreté des paroles entendues ici et là, entre un Mélenchon qui pense qu’on va imposer la paix en criant « La paix ! » en meeting, et un Macron qui croit qu’il va faire plier Poutine en élevant un peu la voix et en postant quelques photos. Pendant qu’ils parlent, il y a eu 500 000 morts et blessés, civils et militaires, dans cette guerre. Donc oui, il faut qu’elle s’arrête et que le peuple ukrainien retrouve sa souveraineté. Quand on défend l’idée de patrie, je ne vois pas comment on peut ne pas être d’accord sur ce point. Je ne sais pas qui va « gagner la guerre », et je ne crois pas que nous ayons la main sur cette question. On parle d’une guerre, pas d’un match de foot.

Si vous étiez députée, auriez-vous voté le plan d’aide à l’Ukraine ?

Je dis oui à une aide matérielle et humanitaire à l’Ukraine. La limite à ne pas franchir est la mise en danger de notre nation. Force est de constater que ce plan d’aide n’a rien réglé. Alors, laissez-moi refuser de faire semblant d’avoir la solution miracle. La guerre n’est pas une bataille d’éléments de langage.

Mais sommes-nous ou pas concernés par cette guerre ?

Évidemment que cette guerre nous concerne : elle fait des morts sur le sol européen. Mais le danger existentiel pour la France est ailleurs. Nous avons des Français qui meurent chaque semaine sur notre sol à cause de la violence.

Pour la France, qu’est-ce qui vous permet de penser qu’il n’est pas trop tard ?

Nous sommes passés en très peu de temps du déni au fatalisme. Refusons les deux ! Je veux parler à tous ceux qui se disent « de toutes façons Reconquête c’est toujours la même chanson ! » ; à tous ceux qui se disent « ces gens-là portent les bons constats mais n’ont pas de solutions ». Je veux leur parler, et ça tombe bien, on a encore un peu de temps !

Prenons l’immigration, par exemple.

Nous avons 500 000 entrées légales chaque année. C’est bien plus que l’immigration clandestine ! Or, un migrant qui entre en France légalement, c’est un tampon apposé sur un bout de papier. Concrètement, cela signifie qu’un fonctionnaire, dans une préfecture, lui a donné l’autorisation. Eh bien, il suffit de décider d’arrêter. Les fonctionnaires respectent la loi, les circulaires et les directives.

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Il y a tous ceux qui entrent pour demander l’asile aussi.

Très simple : on ne les accueille plus sur le territoire français. On a des consulats, des ambassades, ils devront faire leur demande dans leur pays d’origine. C’est la méthode danoise. Elle a fait baisser de 50% en deux ans les demandes d’asile. Je suis une sociale-démocrate danoise !

Il faudrait importer la gauche danoise. Quoi qu’il en soit, l’islamisme n’est plus seulement importé, il est également autochtone.

Et si on admettait tout simplement qu’on refuse l’islamisation de notre pays ? Qu’on refuse les horaires séparés dans les piscines, les voiles dans l’espace public, l’entrisme islamique à l’école ? Les musulmans sont libres de vivre dans l’un des 57 pays musulmans du monde. Ils choisissent la France. La France est libre de leur dire qu’en France, on vit comme des Français.

Vous envoyez la police dans mille endroits en même temps pour faire enlever les voiles et les burqas ?

Ça s’appelle la loi. C’est drôle que vous partiez du principe qu’il y aurait mille endroits à la fois où les musulmans ne respecteront pas la loi… Ce que je dis, c’est que nous devons poser nos règles. Ceux qui violent la loi commettent un délit et payeront pour ce délit. Dans quel monde est-ce qu’on refuse de poser une règle sous prétexte que certains ne la respecteraient pas ? Vous imaginez, aucune règle fiscale parce qu’il existe des fraudeurs fiscaux et qu’ils sont durs à aller chercher ? On a posé les règles les plus strictes et parfois même les plus absurdes pour obliger les gens à porter des masques pendant le Covid. Soudain, quand il s’agit de défendre notre identité, cela paraît impossible ?

Et puis que faites-vous de Samara ?

Justement, ces mesures sont les seules qui peuvent l’aider. Quand l’État français interdira le voile, Samara subira beaucoup moins la pression des barbus pour se voiler. Elle pourra leur répondre qu’elle respecte la loi.

Marche pro-palestinienne à Londres, 9 octobre 2023. « Le 7 octobre fut un électro-choc pour toute l’Europe : beaucoup ont pris conscience de la guerre de civilisation en cours, qui se déroule non seulement en Orient, mais aussi dans nos rues… » © Wiktor Szymanowicz/Shutterstock/Sipa

Est-ce réalisable sans violence ?

Vous avez l’impression que nous n’avons pas de violence aujourd’hui ? Les solutions des autres, on les connaît : ne rien faire, ne rien changer. Elles me paraissent beaucoup plus dangereuses ! Plus on se rapproche de la guerre civile, plus on nous dit que c’est en l’empêchant qu’on va la déclencher. C’est un raisonnement parfaitement absurde. Nous sommes capables de rétablir l’ordre sans semer le chaos.

Mais Gabriel Attal dit qu’il faut combattre la charia dans les établissements scolaires, c’est un saut sémantique.

La communication de Gabriel Attal, c’est toujours la montagne qui accouche d’une souris. Quand elle accouche de quelque chose… Nous le savons grâce à nos « Parents vigilants » : rien n’a changé depuis qu’il a été ministre de l’Éducation nationale. Pas une virgule, pas une ligne. Les groupes de niveau ont été enterrés. Il voit que la charia s’invite à l’École, fort bien et après ? On offre des stages de poney aux jeunes et tout va s’arranger ?

Il ne suffirait pas de régler les problèmes d’immigration et de sécurité pour sauver la France. Il y a aussi un problème économique.

Vous avez cent fois raison. L’immigration est loin d’être notre seul problème. Chaque jour qui passe, nous nous endettons de 400 millions d’euros de plus. Pourtant, notre pays est le plus imposé du monde, et sans doute même de l’Histoire. L’État prélève chaque année 47 % de la richesse que nous produisons, c’est-à-dire qu’à partir du 16 de chaque mois, nous ne travaillons plus pour nous-mêmes, mais pour l’État. Il faut baisser massivement les dépenses publiques pour pouvoir baisser massivement les impôts. Je parle d’une révolution, pas de micro-baisses. Giscard disait qu’au-dessus de 40 %, nous serions en régime socialiste. Donc revenons déjà à 40 %. C’est la moyenne de l’OCDE. Aucun Français ne doit travailler 40 % de son temps pour financer des dépenses publiques toujours plus massives. C’est ça, le problème, c’est que le travail ne paye pas assez, que le « salaire brut » est la plus grande arnaque économique de tous les temps. J’ai une liste de mesures longues comme le bras qui visent à ce que la somme versée par les patrons aux salariés se retrouve dans la poche de ceux-ci.

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Alors comment faites-vous pour remettre les comptes publics à l’équilibre ?

Allons-y ! Je peux vous donner des dizaines d’exemples de dépenses à couper dès demain. Il suffit d’une seule loi ! Vous prenez n’importe quel ministère et vous l’épinglez ; c’était mon métier de faire ce travail ! Couper dans l’aide publique au développement, c’est 15 milliards d’euros par an. 150 millions d’euros d’aide au développement à la Chine, la deuxième économie du monde, qu’on aide à se développer ! C’est incompréhensible et indéfendable.  Il faut aussi et surtout avoir le courage de remettre en cause le périmètre de l’intervention publique, de ses fonctions, de ses priorités, et de ses besoins en personnel. Typiquement, il faut privatiser l’audiovisuel public. C’est 4 milliards d’euros par an. Nous avons des tonnes à couper, sans même retirer un gramme de service public. Je vous rappelle que le régalien pèse seulement 6 % dans les dépenses publiques. Le scandale du déficit se situe ailleurs.

Pour vous, « libéral » est un gros mot ?

Je ne parle pas de libéralisme, je parle de bon sens. Ce qui est sûr, c’est que je ne suis pas socialiste. On voit où nous a conduits l’économie de gauche : toujours plus de dépenses, de fonctionnaires, donc toujours plus d’impôts, et toujours moins de service public. Les classes populaires sont les premières concernées.

On a vu sur Instagram que vous écoutez du Aya Nakamura à la maison…

J’écoute de tout ! Je n’ai aucun snobisme. On peut écouter ça avec légèreté, sans conséquence et surtout sans considérer qu’Aya Nakamura représente la part la plus exigeante de nous-mêmes, c’est-à-dire la part que nous aimerions exposer au monde.

Y a-t-il des personnages de l’histoire auxquels vous vous identifiez ?

Richelieu ! À la fin de sa vie, son confesseur lui demande s’il pardonne à ses ennemis et Richelieu répond : « Je n’en ai jamais eu d’autres que ceux de l’État. » Je trouve cela magnifique ! Son Testament politique est un monument. Dans l’histoire plus récente, j’admire Marie-France Garaud, que j’ai eu la chance de connaître et de côtoyer. Quel cran, quelle liberté, quelle femme !

Elle a été candidate à la présidentielle. Y avez-vous déjà pensé ?

Je ne vais pas tout faire comme Marie-France Garaud !

Le melon de Billie Eilish

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D.R

Au top 50, c’est l’Américaine Billie Eilish que Greta Thunberg préfère écouter!


Dans le monde de la musique pop sous influence écolo-bobo, la chanteuse Billie Eilish est devenue un modèle du genre en cochant toutes les cases du politiquement correct.

En kiosques aujourd’hui: Causeur #123: Intégristes contre intégrés. Dernière chance avant la charia

Féministe, elle soutient le mouvement « Body Positive » qui lutte contre « les stéréotypes de la beauté imposés par la société ». Écologiste, elle milite contre le « réchauffement climatique ». Son modèle ? Greta Thunberg, of course. Lors de la « Marche pour le climat » organisée à Los Angeles, cheveux verts au vent, elle déclare : « J’espère que les adultes et les personnes âgées vont nous écouter, afin que nous ne mourions pas tous ». Elle-même fait tout pour que le monde échappe à ce triste sort : il est demandé aux fans d’apporter lors de ses concerts leurs propres bouteilles d’eau rechargeables, d’éviter les pailles en plastique et de prendre le temps de visiter son écovillage, dans lequel sont dispensés des conseils pour « sauver la planète ». En 2020, elle participe au mouvement BLM et s’attaque aux « privilèges blancs ». En 2021, elle annonce la sortie de son parfum, un parfum végan. Elle assure avoir économisé 33 millions de litres d’eau en servant aux membres de ses équipes des repas uniquement à base de plantes lors de sa dernière tournée. En 2023, elle confie être bisexuelle.

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Récemment, après avoir dénoncé les détestables « habitudes de surconsommation dans l’industrie de la musique », Eilish a annoncé vouloir montrer l’exemple à ses collègues : ses disques seront désormais fabriqués à 100 % avec du vinyle recyclé. Régulièrement, la chanteuse rappelle à la presse qu’elle a été dépressive, anxieuse, terriblement triste durant son adolescence, et qu’elle est « neurodivergente ».

Exaspérés par ses déclarations pontifiantes, les fans des artistes dénoncés par Billie Eilish comme mauvais écologistes considèrent que la seule maladie avérée dont souffre la chanteuse, c’est l’hypertrophie de la tête. Pour eux, aucun doute, Billie Eilish a pris le melon. Ils apprécieraient maintenant qu’elle cesse de prendre le chou à tout le monde avec ses exhortations écolos débitées lors de tournées financièrement très rentables, mais au « bilan carbone » bien plus calamiteux que la fabrication des disques vinyle.

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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Moulin Rouge: les ailes du délire

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Moulin Rouge, Paris, 25 avril 2024 © Martin Pimentel

Dans le Paris de Mmes Hidalgo et Dati, sous peine d’être relégués au rang de simples attractions touristiques, les cabarets sont priés d’être « engagés ».


Dans la nuit du 24 au 25 avril, le Moulin Rouge a perdu ses ailes. Bien qu’il soit charmant de les imaginer s’envoler, celles-ci semblent plutôt être tombées et cela n’est pas passé inaperçu. À l’émotion toute légitime des passants et habitants du XVIIIe arrondissement, se sont rapidement ajoutés  déclarations officielles et articles de presse. Cela a de quoi surprendre.

Folklore tricolore

De prime abord, le sujet semble en effet un non-événement puisqu’aucun blessé n’est à déplorer et les conséquences matérielles pour l’établissement sont, aux dires de celui-ci, quasiment inexistantes : l’activité n’a pas souffert et aucune représentation n’a dû être déprogrammée. Il semble donc s’agir d’un fait purement symbolique. La réaction de la ministre de la culture Rachida Dati va dans ce sens puisqu’elle évoque un « symbole de Paris » et parle d’une « émotion particulière pour le monde du spectacle » avant d’assurer ses followers sur le réseau social X de son attachement au patrimoine français et de son engagement pour la protection de celui-ci.

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Quel bonheur de voir enfin reconnus les cabarets et leurs revues comme éléments majeurs du patrimoine et tout particulièrement du folklore parisien ! Il faudrait cependant rappeler à Mme Dati que le Moulin Rouge n’est pas encore un musée, ou un simple bâtiment emblématique, symbole d’une époque révolue, mais bien une entreprise privée qui va, à n’en pas douter, gérer seule et efficacement les soucis techniques ayant entraîné la chute des pales du fameux moulin. En revanche, a-t-on souvenir d’un quelconque épanchement du gouvernement lorsque le Lido a fermé définitivement ses portes en 2022 après 76 ans d’existence, ou lorsque les Folies Bergère ont été contraintes de revoir complètement leurs revues sous peine de subir le même sort ? Ces cabarets n’étaient-ils pas eux aussi des symboles de Paris et des éléments du patrimoine ? Ne méritaient-ils pas a minima d’être soutenus ou de faire l’objet de tentatives de sauvegarde ?

Mauvaise cible

Le silence politique fut malheureusement le même lorsqu’entre 2010 et 2020, ces mêmes établissements furent régulièrement décriés par des organisations féministes qui, ignorant vraisemblablement que le French-Cancan était à l’origine une danse subversive et engagée, n’y voyaient que des temples de l’objectification des femmes et de la domination patriarcale. L’apogée de cette absurde cabale a été atteint en 2014 lorsque des membres du groupuscule  Femen ont choisi le toit du Moulin Rouge pour y « dénoncer l’industrie du sexe » avant d’en repartir quelque peu dépitées : la direction les avait informées que leurs danseuses étaient toutes des professionnelles sous contrat. Le Figaro titre alors à l’époque qu’elles se sont « trompées de cible ».

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Certains cabarets parisiens semblent pourtant non seulement échapper à la vindicte wokiste mais être régulièrement encensés par ces mêmes détracteurs. Le magazine Causette publie en 2022 un élogieux article intitulé « Sous les paillettes, la rage » sur le cabaret Madame Arthur. La journaliste s’y extasie devant les paroles des chansons explicitement engagées contre le patriarcat, l’hétéro-sexisme ou encore les violences policières. Inutile de chercher un lien : mettons tout cela pêle-mêle dans le même panier et recouvrons-le grossièrement de strass. Qu’importe le talent, pourvu qu’on ait la hardiesse ! Il n’est fait mention du Moulin Rouge ou du Crazy Horse que pour les qualifier de « spectacles millimétrés », comprenez sans âme et parfaitement has-been. On comprend alors que ce n’est pas tant le format cabaret qui est remis en cause que son étiquette frivole, de pur divertissement. Même la performance artistique ne semble pas peser lourd dans la balance. Il s’agit de séparer le bon grain de l’ivraie. Désormais le cabaret doit être politique, engagé, sous peine d’être relégué au rang de simple attraction touristique.

Le « paysage urbain » doit à tout prix être de nouveau présentable pour les JO

Dans ce climat délétère à l’égard des cabarets dits traditionnels, l’émotion des politiques et les moyens publics mis en œuvre pour que le Moulin Rouge retrouve rapidement ses ailes nous paraissent d’autant plus suspects. Souvenons-nous alors que le Moulin Rouge est le monument le plus photographié par les touristes étrangers après la Tour Eiffel. La touchante mobilisation de nos politiques ne serait-elle pas grandement influencée par l’imminence des Jeux Olympiques et les millions de touristes qu’ils draineront dans les rues parisiennes cet été ? On imagine aisément que les photos du Moulin Rouge sans ailes faisant le tour du monde soient de nature à filer des sueurs froides à la Maire de Paris, Anne Hidalgo, qui a ainsi annoncé dès le lendemain du drame : « Nous serons aux côtés de l’établissement pour les aider à faire en sorte qu’on puisse retrouver notre paysage urbain avec le Moulin Rouge qui est très important pour nous ». « Nos équipes sont déjà en contact pour leur offrir cette aide technique et matérielle pour qu’ils puissent rayonner à nouveau et que les ailes du moulin puissent continuer à tourner », a précisé l’élue. Qu’importent l’insécurité et la saleté des rues parisiennes, pourvu que les touristes puissent avoir leur selfie devant le mythique cabaret ! Jamais les paillettes n’auront autant servi de poudre aux yeux.


Nous y avons cru mais, hélas, il semble que ce ne soit ni la nostalgie du Paris de Toulouse-Lautrec, ni l’attachement au patrimoine culturel français qui motivent les réactions politiques. Seule compte l’image de Paris, tout du moins ce qu’il en reste, au regard du monde. Que les politiques se rassurent : seuls quelques mois nous séparent du début des jeux et si ce laps de temps semble largement suffisant pour que le Moulin Rouge retrouve ses ailes, redonner au Champ de Mars des allures autres qu’un champ de bataille devrait davantage leur donner du grain à moudre.

Toomaj Salehi et les corrompus de la Terre

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Des manifestants réclament la libération du rappeur iranien Toomaj Salehi © Lev Radin/Sipa USA/SIPA

« À quoi sert une chanson si elle est désarmée, me disaient des Chiliens bras ouverts, poings serrés, comme une langue ancienne qu’on voudrait massacrer. Je veux être utile à vivre et à rêver… »[1], chantait Julien Clerc. Ah, l’Amérique du sud, ses chansons engagées… Ah ! Les artistes français et leurs rêves de révolutions et de caviar. Pour vivre et rêver en Occident, il nous reste de grands artistes contestataires, Adèle Haenel et son keffieh, ou Nick Conrad, qui a le courage de crier haut et fort « pendez les Blancs » au nom de la liberté d’expression. « Pendez les rappeurs », répond l’Ayatollah Khamenei. Et lui, il le fait.

« Journalistes à louer, espions, artistes du régime, trouvez un trou de souris » – Toomaj Salehi

L’Ayatollah Khamenei et Mélenchon préfèrent sans doute les chansons de Nick Conrad aux textes anti-mollahs de Toomaj Salehi, condamné à mort par pendaison pour corruption terrestre. Mourir au mois d’avril, quand les roses d’Ispahan ne sont pas encore écloses… On ne sait s’il mourra, ou si la peine prononcée n’est qu’un supplice psychologique de plus pour le faire taire.

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Quel sens a le mot « corruption » en Iran ? Il sort de la bouche de meurtriers de manifestantes, au préalable violées pour être certain que Dieu leur fermera la porte du Paradis. Sans doute les Gardiens de la Révolution ont-ils peur de les retrouver parmi leurs 70 vierges célestes, chantant les textes de Toomaj Salehi sur leur propre corruption : 
« Ne nous as-tu pas assez isolés dans le monde ?
Ne nous as-tu pas assez étouffés ?
Vous ne nous avez pas assez foutu en l’air ?
Ne nous avez-vous pas assez volé ?
Maintenant vous voulez donner la moitié de l’Iran à la Chine et le reste à la Russie ? »(…)
« Si tu es un régime théocratique, pourquoi es-tu le serviteur de la Chine ? (…)
Quiconque vend ma Patrie sera puni… »

Un dictateur a toujours un chanteur d’opposition pour lui faire la nique. Vladimir Vyssotski a traversé l’URSS avant de mourir épuisé d’une crise cardiaque, poursuivi par le KGB et les brimades des cocos. Sixto Rodriguez a porté la jeunesse sud-africaine avec son titre « Sugar man ». Que serait l’image de la Kabylie sans les chansons d’Idir ? Celia Cruz immigra de Cuba aux États-Unis avant d’être une figure de l’anti-castrisme, et Fela Kuti, chanteur et opposant nigérian, a fini par devenir un politique…

Les régimes sanguinaires sont rarement assez fous pour tuer un artiste populaire : c’est un coup à faire du lieu du meurtre une terre de pèlerinage. Le sang d’un chanteur coule toujours moins loin que ses œuvres. Voyez Mercedes Sosa. Forcée à l’exil après un concert à la Plata en 1979, elle revient quelques mois avant la chute de Jorge Videla pour un concert absolument mythique à Buenos Aires. A quoi sert l’art en dictature ? Sa chanson « Si se calla el cantor » — si le chanteur se tait — le résume parfaitement.

Si se calla el cantor, calla la vida                               si le chanteur se tait, la vie se tait
Porque la vida, la vida misma, es como un canto      parce que la vie est comme un chant   
Si se calla el cantor, muere de espanto,                      si le chanteur se tait, meurt de terreur
La esperanza, la luz, y la alegria                                l’espérance, la lumière et la joie.

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Juliette Binoche se coupera-t-elle une autre mèche de cheveux ?

Des chanteurs sont condamnés à mort. Que font les artistes occidentaux ? En octobre 2022, Juliette Binoche au sommet de sa résistance contre l’oppression, se coupait une mèche de cheveux sur Instagram suite à la mort de Mahsa Amini. En octobre 2023, elle signait une pétition pour un cessez-le-feu à Gaza[2]. Pour l’instant, elle n’a pas encore eu d’idée lumineuse concernant Toomaj Salehi, dans le droit fil de ses deux précédents engagements. Peut-être va-t-elle se laisser pousser la barbe. Lio aurait pu se raser la boule à zéro pour Toomaj Salehi, afin de donner un autre sens à son geste qu’un « ras-le-bol du patriarcat ». Le monde de l’interpreneuriat instagramable (néologisme un peu barbare) est pour l’instant assez silencieux. Quand le chanteur se tait, les cris de défense des assassins résonnent…


[1] https://www.youtube.com/watch?v=iIn6C0oQ8gk – extrait de « Utile » – Julien Clerc chanté par Mélanie Dahan

[2] https://www.telerama.fr/debats-reportages/une-centaine-d-artistes-francais-appellent-a-un-cessez-le-feu-a-gaza-7017770.php

Affaire Glucksmann/Saint-Etienne: la gauche mélenchoniste est responsable de la brutalisation de notre vie politique

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Saint-Etienne, 1er mai 2024. Image: Capture YouTube / Le Parisien.

Les leaders de LFI ont beau clamer leur innocence, c’est bien la gauche mélenchoniste qui menace la démocratie. Le commentaire politique d’Elisabeth Lévy


L’image du 1er mai, c’est donc Raphaël Glucksmann pris à partie à Saint-Etienne. Il faut dire que les Black Blocks devaient avoir piscine. On n’a pas assisté hier aux violences habituelles qui, depuis une dizaine d’années, entachent assez systématiquement les mobilisations sociales – particulièrement le 1er mai. Elles auraient peut-être fait passer le chahut autour de la tête de liste PS / Place Publique au second plan.

Des images violentes déplorables

Raphaël Glucksmann et ses soutiens ont donc été virés du cortège stéphanois à coups de jets de peinture, de « Palestine vivra ! » et de « Casse-toi ! » par quelques dizaines de manifestants munis de drapeaux palestiniens. Le député européen a ensuite accusé des militants de « Révolution Permanente » et de LFI.

On peut se réjouir de la condamnation unanime dans la classe politique. Tant mieux, même si c’est le minimum syndical. Même Jean-Luc Mélenchon a fugacement été touché par la grâce démocratique ou voltairienne : il n’est pas d’accord avec Raphaël Glucksmann, mais il n’est pas d’accord non plus avec son expulsion. Cependant, il s’empresse ensuite d’ajouter que Glucksmann a eu tort d’accuser LFI. Dans le genre comique, les Insoumis accusent maintenant Glucksmann de se victimiser, alors qu’ils font eux-mêmes des trémolos depuis une semaine sur leur liberté bâillonnée et ont même convoqué une manifestation matinale porte de Clichy à Paris parce que Mathilde Panot avait été convoquée par la police pour s’expliquer sur son communiqué du 7 octobre dans le cadre d’une procédure politiquement stupide mais parfaitement banale. 

Glucksmann a-t-il eu raison d’accuser LFI ?

Stricto sensu, l’opération stéphanoise a été revendiquée par les Jeunes communistes de la Loire, mais néanmoins la présence d’Insoumis est attestée.

A relire : Glucksmann, le candidat des gnangnans de la mondialisation?

Comme l’a dit Raphaël Glucksmann, au-delà de cet incident à Saint-Etienne, le parti mélenchoniste est largement responsable de la brutalisation de la vie politique. Sur les réseaux sociaux, les militants insoumis sont déchaînés contre le socialiste depuis des semaines, avec parfois au passage des messages antisémites. Ce sont aussi les Insoumis qui font monter les tensions autour de Gaza et qui, pour finir, entretiennent la confusion entre la cause des Palestiniens et celle du Hamas et s’acoquinent avec des associations qui veulent la destruction d’Israël.

Donc, oui Raphaël Glucksmann a raison. Mais il serait plus convaincant, primo, s’il s’indignait autant quand on tente d’empêcher de parler des gens proches du RN ou de Reconquête (la soi-disant extrême droite), cela n’a aucun sens de défendre la liberté si on oublie celle de ses adversaires. Deuxio, si le PS, le PC et les Verts n’avaient pas accepté de s’allier avec un parti qui a quitté les rivages démocratiques pour jouer le chaos, avec un parti qui recevait Jeremy Corbyn, qui clamait sa haine de la police et refusait d’appeler les émeutiers au calme. Pour un gros plat de lentilles électoral, les partis de gauche se sont déshonorés. Et on aimerait être sûr que ces deux gauches sont irréconciliables, et que le PS n’ira pas à Canossa pour quelques sièges de députés…

Enfin, on attend aussi que Raphaël Glucksmann et les autres représentants de la gauche « raisonnable » reconnaissent qu’ils se sont trompés sur un autre point. Voilà des années qu’ils ont fait fausse route et qu’ils jouent la comédie antifasciste contre le RN ou Éric Zemmour. Ce baratin ne trompe plus personne, même pas eux. C’est désormais clair. En France aujourd’hui, ce n’est pas la droite nationale qui menace la démocratie avec des comportements de voyous. C’est la gauche mélenchoniste, qu’on le dise !


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud radio

Précis de décomposition

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L’écriture exclusive entend porter l’estocade aux partisans de l’écriture dite inclusive. Olivier Rachet ferraille, en vérité, contre les tenants de l’idéologie de l’empire du Bien. C’est savoureux et surtout salutaire.


Lecteur, voici un livre de combat ! Un pamphlet brillant, ironique, drôle et savant. Il s’attaque aux affidés du point médian, aux contempteurs du « neutre » qui, sous prétexte d’une langue plus juste, plus égalitaire, visent à forger sous cape une idéologie transhumaniste. Sous couvert d’en finir précisément avec les dominations et nonobstant les apories d’une orthographe suffocante, paralysante, ces nouveaux acolytes du Bien, idiots utiles de la moraline, fabriquent rien moins qu’un discours de pouvoir : un comble. Leur obscurantisme est patent, leur post-vérité est ressentimentale. Olivier Rachet dévoile l’enfer du décor, il épingle ces « ignorantins », démasque leurs intentions, leur mobile : en finir avec la différenciation sexuelle. Écoutons : « L’angoisse suprême, c’est que l’autre ne ressemblât plus à soi. Dans son refus des différences ou dans l’affirmation tyrannique de sa différence ou de ce qu’il serait plus juste de nommer sa dérive identitaire. » La belle affaire ! Et, partant : « Une secrète alliance rapproche les partisans de l’indifférenciation généralisée et les adeptes du culte poussé à l’extrême de tous les plus petits dénominateurs communs du même. » Le fantasme régressif est ici connexe d’un délire scientiste.


Êtes-vous déjà parvenu à lire, à haute voix, un texte écrit en écriture inclusive ? C’est impossible. Radicalement. Pourquoi ? Parce que ce n’est pas fait pour ! Comment ? Le point médian nuit au plaisir de la lecture. CQFD. « Point médian : point de jouissance textuelle. » Il s’agit de rendre la littérature illisible donc inopérante. Dans quel but ? Georges Bataille nous donne la réponse en posant une autre question, centrale celle-ci : y-a-t-il une Littérature possible sans pensée du Mal ?

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Rachet nous explique que pour Spinoza (Éthique), le mal est « ce que nous savons certainement empêcher que nous ne jouissions d’un certain bien ». Et notre pamphlétaire de provoquer (philosophiquement) : « L’écriture dite « inclusive » entravant la jouissance de la lecture d’un texte écrit en français, elle est donc nécessairement un mal. » C’est dit.

Mais revenons au neutre (sans quitter tout à fait « le mal »), qui est un point de fixation définitif pour nos « transhumanistes » : « Il s’agit d’en finir avec, d’un côté, la reproduction sexuée ; de l’autre, avec la passion différentielle. » Comme le relève sournoisement Rachet, se passer de l’opposition « frontale » entre le masculin et le féminin revient à renier l’existence du diable. Diable ! Comment alors, demande notre auteur, « s’offrir le luxe inouï d’accueillir en soi les promesses de l’amour, physique aussi bien que théologique » ?

L’écriture exclusive, outre qu’il se présente comme une Nouvelle défense et illustration de la langue française est aussi, et peut-être surtout, un précis de décomposition de l’idéologie de l’empire du Bien, donc d’un discours « qui engendre la faute ».

Olivier Rachet, L’écriture exclusive, Éditions Tinbad, 2024.

L'écriture exclusive

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Comment la radio France inter sélectionne-t-elle ses invités?

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L'humoriste Guillaume Meurice. DR.

« Je ne pense pas qu’on puisse dire que la matinale de France Inter est de gauche. » Léa Salamé, émission Quotidien du 6 septembre 2023.


Dernièrement, sur France 5, dans l’émission “C médiatique”, Adèle Van Reeth, directrice de France Inter, a affirmé que, pour ce qui est du pluralisme, cette radio publique est exemplaire. Elle ne comprend pas les reproches qui lui sont faits. Quoi? France Inter serait de gauche? Il y aurait des personnalités qui y seraient interdites d’antenne malgré leurs œuvres, leurs livres, l’intérêt que leur portent un large public ou d’autres médias? « Il n’y a pas de black listing de personnes en particulier », a affirmé Mme Van Reeth, avant d’ajouter que « tout le monde est bienvenu sur France Inter ». 

Climat, musulmans, transgenres : les sujets qui fâchent

Toutefois, a-t-elle tenu à préciser, France Inter ayant « certaines valeurs qui sont toutes au service de l’intérêt général […] elle a choisi, en ce qui concerne le réchauffement climatique et la cause écologique, de ne pas donner la parole à des personnes qui contesteraient le fait même du réchauffement climatique ». Et de conclure en usant du sabir de l’étudiant en première année de communication médiatique : « C’est un engagement de Radio France au nom d’une valeur qui est à la hauteur de la mission qu’on doit accomplir. » Hormis le fait qu’on ne voit pour quelles raisons sérieuses – « au nom d’une valeur » n’en est pas une – quiconque ayant une expertise dans le domaine concerné ne pourrait pas venir exposer des arguments interrogeant l’idée même du « réchauffement climatique », Mme Van Reeth a menti par manque de précision : la charte de Radio France intitulée “Le Tournant” stipule en effet que la radio publique « sort du champ du débat la crise climatique, son existence comme son origine humaine ». En clair, les personnes questionnant le dogme anthropique du changement climatique entériné par le GIEC ne sont pas non plus les bienvenues sur les chaînes de la radio publique.

La présidente de Radio France Sibyle Veil et la directrice de France inter Adèle Van Reeth, Paris, 2022 © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Autre exemple :  si les auteurs d’un livre récent sur « ces musulmans diplômés mais discriminés qui fuient la France » ont pu promouvoir leur ouvrage[1] sur France Culture, France Info, France Inter et France TV, il ne semble pas que Dora Moutot et Marguerite Stern aient eu la possibilité de venir, elles, y présenter leur essai sur les dangereuses dérives de l’idéologie transgenre. Mais, vu l’ambition pluraliste revendiquée par l’audiovisuel public, cela ne saurait tarder. Encore que, faut voir… Sur France 5, la chroniqueuse du “Magazine de la santé” Enora Malagré s’est dite en effet « ulcérée » par le fait « qu’on invite ces… deux personnes sur les plateaux télé ». Heureusement, a-t-elle laissé sous-entendre, cela n’arrivera pas sur « le service public, où la tolérance et l’inclusion sont les maîtres-mots ». Mme Malagré, bouffie de suffisance bien-pensante, ne se rend même plus compte des sottises paradoxales qu’elle profère. Furibonde, elle conclut : « Il n’y a pas de féminisme sans femmes trans » – phrase qui restera dans les annales de la télévision française et amusera beaucoup nos petits-enfants, dans quelques années, lorsque tout le monde sera redescendu sur Terre.

La couleur politique de la matinale de France Inter débattue

« Il est plus facile pour un riche d’entrer dans le royaume des cieux, qu’à un journaliste de droite de se faire embaucher sur France Inter » affirmait Eugénie Bastié sur Europe 1 le 17 février 2023.

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La seule matinale de France Inter – orchestrée par Nicolas Demorand, Léa Salamé et Sonia Devillers en semaine, Ali Baddou et Marion L’Hour le vendredi et le week-end – ne laisse planer aucun doute : France Inter est une radio de gauche, européiste, immigrationniste et écolo-woke. Quant au reste de la grille, on peut dire qu’il y flotte un épais « gauchisme d’atmosphère ». En vue des élections européennes, France Inter, comme la majorité des médias audiovisuels, a l’obligation depuis le 15 avril de respecter un principe d’équité. Sur son site, l’Arcom précise que « les comptes rendus, commentaires et présentations auxquels donnent lieu les élections doivent être exposés avec un souci constant de mesure et d’honnêteté ». Comment faire semblant de respecter ces recommandations tout en continuant en réalité de favoriser la gauche européiste et immigrationniste et de discréditer les représentants politiques qui ne sont pas en odeur de sainteté dans la Maison Ronde ? 

D’abord, en conviant des personnes peu connues du grand public, supposément neutres dans cette campagne mais en réalité sur la même ligne pro-UE fédéraliste, immigrationniste et multiculturaliste que Raphaël Glucksmann. Exemple : mardi 23 avril, Nicolas Demorand recevait l’écrivain Giulano da Empoli. Celui-ci a dirigé le dernier numéro de la revue géopolitique Le Grand Continent sur laquelle Nicolas Demorand ne tarit pas d’éloges. Cette revue est éditée par le Groupe d’études géopolitiques sis rue d’Ulm, à l’ENS, et est fort prisée de tous ceux qui militent pour une UE élargie et « souveraine ». L’entretien a donc été une ode à l’UE, à son avenir fédéral radieux, à sa transition écologique nécessaire, à son immigration heureuse, le tout agrémenté d’un discours rodé contre les « climatosceptiques » et les « forces nationales-populistes ». La poussée électorale de « l’extrême droite » dans toute l’Europe ne pourra sans doute pas être évitée, estime Giulano da Empoli en ajoutant dans la foulée une réflexion retenant l’attention : « Mais il n’y aura pas un changement de majorité trop important au Parlement européen. Cela ne va probablement pas tout bousculer. On a une fenêtre d’opportunité de quelques années pour essayer de faire des choses. » Traduction : malgré les quelques sièges que les partis dits d’extrême droite vont récupérer, la majorité du Parlement européen restera grosso modo sur la ligne actuelle et aura cinq ans pour entériner les projets de destruction des nations qui sont dans les tuyaux de la Commission européenne et visent à voir advenir le plus rapidement possible l’Europe fédérale et supranationale chère aux Allemands, à Raphaël Glucksmann et à Emmanuel Macron qui se voit déjà président de celle-ci.

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Ensuite, en recevant certains représentants politiques baïonnette au fusil, couteau sous le manteau et rosseries médisantes sous le coude. Le commissaire Matthieu Valet s’est mis en disponibilité de la police pour rejoindre la liste du RN. Campagne électorale oblige, Ali Baddou et Marion L’Hour l’ont « accueilli » lors de la matinale du samedi 27 avril. Il faut écouter cette émission pour saisir toute la subtilité ironique de la phrase d’Adèle Van Reeth : « Tout le monde est bienvenu sur France Inter. » Cinglante, Marion L’Hour ouvre les hostilités : « Vous êtes une prise de guerre ou vous êtes un boulet ? » Matthieu Valet ne comprend pas la question. L’auditeur non plus. Il décline ses excellents états de service dans la police puis attend la question suivante. L’auditeur aussi. La journaliste, agitée, impatiente et toute frétillante à l’idée d’asséner ce qu’elle croit être un coup décisif, explique alors pour quelles raisons elle pense que le policier est un « boulet » pour le RN : reprenant des informations du Canard enchaîné datant un peu, Libération a rappelé il y a quelques jours que Matthieu Valet a, premièrement, utilisé en 2022 des bons SNCF que lui ont donnés cinq de ses collègues (bons alloués par le ministère de l’Intérieur à chaque policier pour ses déplacements) et, deuxièmement, eu un accident en utilisant un véhicule de police alors qu’il n’était pas en service. Le policier a beau expliquer les faits – plutôt mineurs – Marion Saint-Just L’Hour fulmine : « Il ne faut pas être exemplaire pour être élu ? » Matthieu Valet se voit dans l’obligation de décrire à nouveau son parcours professionnel édifiant, ses 18 années passées dans les forces de l’ordre sans un accroc. Sèchement, Marion Fouquier-Tinville L’Hour embraie alors sur le fait de savoir qui peut ou ne peut pas être sur la liste RN en évoquant le cas de Thierry Mariani. Nous sommes à la 6ème minute d’un entretien prévu pour en durer une douzaine et, comme le fait remarquer Matthieu Valet, il n’a toujours pas été question des préoccupations des Français dans le cadre des prochaines élections. Entre alors en jeu Ali Baddou. Avec une affirmation surprenante : « Vous, policier, êtes sur la liste d’un parti qui juge que la police est laxiste depuis des décennies. » Les bras de Matthieu Valet lui en tombent : M. Baddou ne confondrait-il pas le RN et l’extrême gauche ? Non, non, pas du tout, répond le journaliste en maintenant son étrange allégation sur un ton goguenard. Il reste à peine deux minutes d’entretien. Matthieu Valet parvient enfin à aborder un sujet touchant à l’avenir des Européens, les Français en tête : le Pacte Asile et Immigration adopté au Parlement européen. Afin de contrecarrer les critiques de Matthieu Valet qui juge ce pacte extrêmement laxiste envers les « mineurs non accompagnés », Ali Torquemada Baddou lui coupe systématiquement la parole pour rabâcher que ce Pacte n’a pas encore été entériné par les 27 membres de l’UE. Point final d’un entretien qui symbolise la quintessence du journalisme france-intérien, son increvable dogmatisme de gauche et sa profonde malhonnêteté.

Remontés comme des coucous, nos deux journalistes france-intériens n’ont su dissimuler leur animosité sous aucun atour langagier – au contraire, la langue maniée par ces deux inquisiteurs d’opérette est restée au niveau des intentions, brutales et vindicatives : indigente, répétitive et haineuse. Baddou et L’Hour ont voulu « se faire » Matthieu Valet qui n’était visiblement pas le « bienvenu » sur France Inter et a bénéficié, si j’ose dire, du traitement de faveur réservé aux invités politiques qui n’ont pas l’heur de plaire à la caste journalistique de la radio publique : éructations acides, affirmations grossières, sous-entendus fielleux, interruptions agressives – Valet, pour qui cette invitation sur France Inter était une première, a eu droit à la totale. Sans espérer une impartialité totale, sans doute ne s’attendait-il pas à un tel assaut de la part de journalistes décrits par Adèle Van Reeth comme des « personnes qui ne sont pas dans une optique militante » (Le Figaro, 28 mars 2024). La directrice de France Inter a bien fait d’insister sur ce point, parce qu’à l’écoute de cet entretien ça ne saute pas spontanément aux oreilles.


Nassira El Moaddem ne fait pas semblant, elle, de militer. Cette ancienne journaliste et directrice du Bondy Blog, adepte des thèses racialistes et décoloniales qui nourrissent le journalisme islamo-gauchiste, est persuadée que la France est un pays où règnent un « racisme systémique » et une « islamophobie chronique ». Suite à un courrier de la FFF rappelant aux clubs les règles strictes sur le port d’équipements et de vêtements pouvant contrevenir aux recommandations récentes du Conseil d’État interdisant tout signe ostentatoire religieux lors des compétitions sportives, elle écrit sur les réseaux sociaux : « Pays de racistes dégénérés. Il n’y a pas d’autres mots. La honte. » Nassira El Moaddem collabore au site fondé par Daniel Schneidermann, “Arrêt sur images”, et a présenté sur France Inter une émission d’entretiens intitulée Parcours de combattants. Face au tollé général, Daniel Schneidermann soutient la journaliste islamo-gauchiste. Venant de l’admirateur de Rima Hassan, la nouvelle égérie pro-palestinienne de LFI, ce soutien n’a rien d’étonnant. En revanche, il est surprenant qu’aucun dirigeant de la radio publique n’ait émis de critique suite aux écrits scandaleux de cette journaliste. Celle-ci ayant été collaboratrice de Radio France, peut-être serait-il bon, a minima, de lui demander de présenter des excuses aux Français qui ont contribué à sa rémunération. Il est à espérer que Nassira El Moaddem ne se verra pas employer à nouveau par la radio publique d’un pays dont elle voue les habitants aux gémonies, comme le confirme un nouveau tweet dans lequel elle affirme maintenir à 100% ses insultes envers les Français, ces « racistes dégénérés », selon elle • DD 

[1] La France, tu l’aimes mais tu la quittes : Enquête sur la diaspora française musulmane. Éditions du Seuil. Il faut noter – ce qu’aucun journaliste l’ayant reçu n’a fait – qu’Olivier Esteves, professeur à l’université de Lille et un des co-auteurs de cet ouvrage, a été membre du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF). Il a d’ailleurs protesté contre la dissolution de ce dernier, considérant qu’il fournissait « un travail important de défense d’une minorité stigmatisée, le plus souvent à travers la conciliation ». Tiens donc ! Pour mémoire, le parent d’élève ayant lancé une fatwa contre Samuel Paty faisait clairement référence au CCIF, raison pour laquelle Gérald Darmanin a décidé la dissolution de ce collectif proche des Frères musulmans. Sur X, Florence Bergeaud-Blackler rappelle que Julien Talpin, un autre des co-auteurs de l’ouvrage en question, a également participé à un « rapport pour la très frériste Alliance Citoyenne ». Ce rapport se présentait comme un « recueil de témoignages de femmes musulmanes lyonnaises face aux refus d’emploi, refus de soin, refus de formation, refus d’accès à la pratique sportive à cause de leur voile ». Ce chargé de recherches au CNRS a lui aussi milité contre la dissolution du CCIF en signant entre autres une tribune parue sur Vox Public le 20 octobre 2020. Dhimmitude, quand tu nous tiens.

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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Les rien-pensants

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Sarah Knafo: «Le RN est le parti des sondages»

Sarah Knafo © Hannah Assouline

La stratège et compagne d’Éric Zemmour entre en scène. Candidate à l’élection européenne, en troisième place sur la liste conduite par Marion Maréchal, cette patriote passée par l’ENA connaît ses dossiers. Immigration, islam, économie, elle est convaincue que les graves problèmes du pays appellent des solutions simples. Sur son rôle, souvent contesté, comme sur les frères ennemis, elle parle sans détour. Et refuse la fatalité.


Causeur. Vous êtes numéro trois sur la liste de Reconquête aux européennes. Jusqu’à maintenant, on vous connaissait comme une femme de l’ombre. Qui êtes-vous vraiment ?

Sarah Knafo. C’est vrai, c’est l’une de mes premières prises de parole publique. Je n’étais pas programmée pour en arriver là. Je suis née et j’ai grandi en Seine-Saint-Denis, dans une famille de commerçants. Grâce aux livres, à la culture, et osons le dire, grâce à la France, j’ai fait mes études à Sciences-Po, puis à l’ENA. Par passion pour la France, j’ai choisi le service de l’État et je suis entrée à la Cour des comptes. C’est la même passion pour la France qui m’a conduit à organiser à ses côtés la candidature d’Éric à la présidentielle et je suis heureuse aujourd’hui de rejoindre la liste Reconquête portée par Marion Maréchal pour les élections européennes du 9 juin prochain.

Qu’est-ce qui vous a décidé à entrer dans l’arène après avoir refusé de prendre la parole en 2022 ?

J’avais 26 ans, j’organisais une campagne présidentielle et je me disais : chacun doit rester à sa place. J’étais là pour réfléchir, coordonner, planifier. Éric était le candidat et l’élection présidentielle, ce n’est ni l’élection d’une équipe, encore moins celle d’un couple. Aujourd’hui, c’est l’élection européenne : l’élection d’une équipe. Marion Maréchal est notre tête de liste et elle n’est pas seule : nous sommes 80 à pousser derrière. Éric et Marion savent qu’ils peuvent compter sur moi.

Éric Zemmour a révélé sur BFM que vous étiez sa compagne. Êtes-vous devenue la directrice de campagne d’Éric Zemmour parce que vous étiez sa compagne, ou le contraire ?

Oui, nous vivons ensemble et tout se passe pour le mieux. Mais à moins que je me trouve chez Closer et pas chez Causeur, je ne crois pas que les détails de notre vie aient leur place dans vos colonnes. Je ne me présente pas pour raconter ma vie, mais pour parler de l’élection européenne. Ne confondons pas la campagne et la compagne !

© Hannah Assouline

Le mélange de la vie privée et de la vie professionnelle n’est-il pas compliqué ?

Je vous arrête : on ne parle pas d’un « job », on parle du combat d’une vie. Pour nous, la politique n’est pas un métier. Je ne cesse pas d’être une patriote après 18 heures et les jours fériés. Il est donc logique que je mène ce combat avec Éric, et je crois même que notre duo nous donne une force inouïe. À nous d’être assez solides pour protéger notre vie privée, refuser le huis clos, ne jamais se censurer si on pense que l’autre se trompe. L’omerta, ce n’est pas vraiment le genre de la maison !

Vous avez été à la une de Paris Match et de la presse people. Certaines rumeurs prétendaient que c’était arrangé avec Mimi Marchand.

Je ne la connais même pas. Mes relations avec la presse people sont fondamentalement judiciaires. Je suis en procès contre à peu près tous les journaux à scandale et j’espère bien qu’ils seront condamnés pour l’enfer qu’ils nous ont fait vivre. C’est la double peine, quand on a vécu avec les paparazzis en bas de chez soi tous les jours, de s’entendre dire que c’était arrangé. C’est d’autant plus inacceptable que nous n’avons jamais fait de notre vie un argument politique, comme tant d’autres. Je ne connais aucun autre politique qui ait dû subir cela. Avez-vous vu la une d’un magazine sur Mélenchon et sa conseillère ? Non.

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Qu’avez-vous appris à l’ENA ?

Je ne fais pas partie de ces énarques qui, comme Macron, crachent sur l’ENA après avoir travaillé d’arrache-pied pour y entrer. J’ai décidé de prendre cette voie pour servir l’État et j’y ai appris énormément de choses, à rédiger des lois, à comprendre le fonctionnement de la machine de l’État, de son budget. J’ai rencontré beaucoup de monde, à l’ENA, en ambassade, en préfecture, puis à la Cour des comptes. Des hauts fonctionnaires admirables, qui ne comptent pas leurs heures contrairement à la caricature qu’on fait d’eux. Mais pas d’angélisme ! La détestation dans laquelle tant de Français tiennent les énarques n’est pas absurde. À côté de ces serviteurs de l’État intègres, j’ai découvert une autre catégorie de fonctionnaires : les technocrates. Vous savez, ceux dont toutes les phrases commencent par « c’est plus compliqué que ça ». Je ne fais pas partie de ces gens-là. Je pense que la France vit des problèmes graves, mais que les solutions sont simples.

Justement, tous les anciens présidents expliquent qu’ils ont le plus grand mal à faire appliquer leurs décisions… Ces technocrates-là ont-ils le pouvoir en France ?

Absolument. Quand on ne les connaît pas, il est impossible de les affronter. Moi, je les connais par cœur.

Vous avez fait un stage à l’ambassade de France en Libye quand vous étiez à l’ENA ?

Absolument. On était en 2018, en pleine crise des migrants avec la Libye comme principal pays de transit des Subsahariens vers l’Europe. J’ai vu de mes yeux comment fonctionnent les filières de passeurs. J’ai aussi travaillé à la préfecture des Pyrénées-Atlantiques, avec les agriculteurs et les industriels. La préfectorale a beaucoup compté dans mon parcours : mon expérience à la préfecture de Seine-Saint-Denis quelques années avant fut un véritable électrochoc, et sans doute un des moteurs pour m’engager au service de l’État.

Est-il vrai que votre vocation politique est née d’un drame familial, l’agression d’un proche ?

Quand j’avais 5 ans, j’ai vécu un événement très douloureux, dont je ne parlerai pas en public. J’ai vu, très jeune, trop jeune, la violence gratuite, comment elle abîme des vies pour toujours. J’ai vu l’impunité. Cela m’a donné un sentiment d’urgence, un besoin de protéger les gens, la conviction que nous avons le droit de vivre dans un pays en paix. Je ne parle pas de droite ou de gauche, mais d’aspirations normales de gens normaux : ne pas avoir peur pour sa fille quand elle sort ou pour sa mère quand elle prend les transports en commun, que ses enfants aillent à l’école pour y apprendre quelque chose, que les professeurs aillent enseigner sans avoir une boule au ventre, que dans les campagnes des gens ne soient pas obligés de s’arracher des dents eux-mêmes parce qu’il n’y a plus de dentiste.

Avez-vous toujours été de droite ?

Mon premier engagement politique est souverainiste. En 2015, avec quelques camarades, nous avons fait vivre la première association souverainiste de l’histoire de Sciences-Po, Critique de la raison européenne. Nous comptions parmi nous des gens de gauche. Ils sont depuis partis chez LFI et ont effacé toute trace de notre passé commun.

Conférence de Jean-Pierre Chevènement à Sciences-Po, organisée par l’association Critique de la raison européenne, cofondée par Sarah Knafo, 19 février 2015. ©D.R

Qu’est-ce qui a changé la donne en 2015-2016 ? Les attentats ?

Oui. C’est à ce moment que des tensions sont apparues au sein de Critique de la raison européenne. On a commencé à se poser la question : la souveraineté, nous sommes d’accord, mais pour quoi faire ? Et là, la gauche et la droite avaient des réponses incompatibles.

Sur la question européenne, vous aussi avez bougé. Chez Reconquête on se sent européen ?

Le général de Gaulle disait : « Je suis français, donc européen. » Oui, nous voulons une Europe qui reste européenne, et une France qui reste française. Impossible pour moi en revanche de devenir européiste. Nous sommes plus que jamais opposés à Ursula von der Leyen. Reste que nous avons compris que nous étions sur le même bateau que les autres peuples européens, qui courent les mêmes dangers que nous. Nous avons passé des décennies à critiquer l’Allemagne, et à raison quand elle nous empêchait de défendre le nucléaire et prenait la direction de l’Union contre nos intérêts, mais je ne veux pas vivre pour autant dans un monde où Berlin devient une ville turque, et Bruxelles, le Maghreb sans le soleil.

Revenons sur la campagne présidentielle. Avez-vous commis des erreurs ?

Des centaines ! Pour Éric, comme pour moi, et pour la plupart des gens qui nous ont suivis, c’était une première fois en politique. On connaît nos erreurs, je connais les miennes, et on s’est juré de faire mieux. Mais je suis très fière de ce que nous avons accompli. Nous avons largement contribué, et nous continuons, à imposer la vérité dans le débat public. Aucun autre parti n’en a fait autant en deux ans. Je pense que le souvenir de Villepinte et du Trocadéro restera gravé chez beaucoup de monde : nous avons allumé une flamme dans le cœur de milliers de Français.

D’aimables commentateurs anonymes n’ont cessé de dire que vous étiez autoritaire, que vous vous occupiez de tout, etc.

C’est normal, quand on dirige une campagne présidentielle, ce n’est pas une AG de Tolbiac ! Et vous le savez, chez Reconquête, nous assumons l’autorité, nous sommes assez peu soixante-huitards… Avoir des responsabilités implique forcément de prêter le flanc à la critique, d’autant plus quand les choses ne se passent pas comme espéré. Je ne me défausse jamais sur quiconque et je reste le plus possible à l’écoute. Maintenant, ceux qui nous lisent pourront se faire leur avis sur ce qu’ils voient de moi et pas sur ce qu’ils entendent sur moi.

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N’avez-vous pas effrayé les musulmans qui aiment l’ordre et se sentent passionnément français ? Beaucoup étaient d’accord avec Zemmour, mais ont été effrayés par son combat sur les prénoms, par exemple.

Permettez-moi de vous reprendre. Les musulmans ont voté à 69 % pour Mélenchon en 2022. 69 % pour un seul candidat, dans une élection qui en comportait 12. Pourtant, les 11 autres n’avaient pas tous « effrayé les musulmans avec les prénoms », comme vous dites. La plupart des musulmans n’ont pas voté pour l’ordre et pour l’amour de la France, ils ont voté pour celui qui a défendu leur droit à imposer leurs coutumes sans entrave. Il reste que je suis de culture judéo-chrétienne, alors je crois à l’émancipation individuelle. Notre position est très simple : ce n’est plus à la France de faire des accommodements raisonnables avec l’islam, mais aux musulmans de faire des accommodements raisonnables avec la France. Beaucoup d’immigrés l’ont fait avant eux, à commencer par ma famille de juifs d’Afrique du Nord, mais aussi les Espagnols, les Polonais, les Arméniens, les Libanais. Pourquoi les musulmans en seraient incapables ? Chez Reconquête, nous ne les prenons pas pour des victimes, mais pour des adultes. Si vous dites qu’ils se sentent « passionnément français », ils entendront notre discours.

Avez-vous avec Zemmour des débats, notamment sur Pétain ?

Je ne connais pas deux personnes d’accord sur tout ! En revanche, nos désaccords resteront privés, parce que je ne désespère pas de le convaincre !

On l’a vu devenir plus sensible au destin d’Israël depuis le 7 octobre.

Je vais vous répondre par les mots de Gilles Kepel : « Le 7 octobre est encore plus important que le 11-Septembre. » Beaucoup ont pris conscience de la guerre de civilisation en cours, qui se déroule non seulement en Orient, mais aussi dans nos rues. À Turin, à Londres, à Paris, à Bruxelles, des milliers de personnes ont défilé avec des drapeaux palestiniens. C’est un électrochoc pour toute l’Europe.

Les manifestations propalestiniennes en France étaient parfois inquiétantes, mais il n’y avait pas de cris antijuifs comme à Sydney ou à Londres.

En France, il y a eu un effet cathartique avec la personne de Mélenchon. Ils n’ont pas besoin de crier dans la rue. Ils ont leur représentant à la télévision.

Certains de vos sympathisants ont-ils été déçus par votre ligne pro-israélienne ?

Non. Chez nos sympathisants, il y a une clairvoyance sur cette question. Ils ont vu les masques tomber, en particulier à gauche. Ils savent combien nous avons raison de parler de choc de civilisations.

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Il n’est pas sûr que, dans les bistrots, on parle de choc de civilisations. Vous voulez parler aux classes populaires, mais n’êtes-vous pas trop dans les concepts ?

Pas d’anti-intellectualisme, ça ne vous ressemble pas ! Je regarde le réel et je nomme ce que je vois. Je ne suis pas une idéologue. J’ai grandi en Seine-Saint-Denis, mes parents y vivent toujours : j’ai vu le changement à l’échelle de ma vie. Ce n’est pas une théorie. Je parle de faits qui se mesurent, qui se chiffrent et qui se voient.

Il y a eu du tirage politique entre Marion Maréchal et Éric Zemmour – et peut-être vous aussi…

Je vais vous dévoiler un scoop : je suis une marioniste ! Depuis que j’ai vu Marion Maréchal entrer très jeune à l’Assemblée nationale. Elle fait partie de mes premiers souvenirs politiques. J’étais en terminale, je l’ai vue lutter avec panache contre le mariage pour tous, et je l’ai vue quitter sa tante avec courage, puis nous rejoindre. C’est un geste qu’on ne doit pas minimiser.

Certes, mais on lui prête partout l’intention de vouloir repartir au RN…

Je n’y crois pas du tout. Elle a quitté sa tante pour ses convictions. Elle n’est pas femme à trahir ses convictions.

Marion Maréchal et Nicolas Bay aux côtés de Nicola Procaccini, député européen de Fratelli d’Italia et co-président du groupe Conservateurs et réformistes européens (CRE), lors d’une réunion au Parlement européen à Strasbourg, 7 février 2024 © Sathiri Kelpa/SIPA

Quelle est la différence entre Reconquête et le RN aujourd’hui ?

Vous avez d’un côté le parti de la vérité, Reconquête. Et de l’autre, le RN, le parti des sondages. Voilà qui nous laisse un espace énorme ! Ils veulent plaire aux sondeurs et aux médias. On prend le chemin, plus difficile et sans doute un peu plus courageux, de convaincre les gens. En 2012, Marine Le Pen était pour la fin du nucléaire, parce qu’un sondage disait que les Français avaient peur du nucléaire après Fukushima. Maintenant, elle est pour, parce que les Français ont changé d’avis. Même chose pour le port du voile islamique. En 2004, elle était contre son interdiction à l’école. Je pourrais continuer comme ça longtemps. Je citerais Condorcet : « Les gens ne votent pas pour moi pour que je dise ce qu’ils pensent, mais pour dire ce que je pense. » Si vous voulez, il y a des gens qui sont très haut dans les sondages, d’autres qui sont très haut dans le courage. Là encore, choisissez en fonction de votre caractère !


La suite demain.

Assassinat de Matisse: le biotope français menacé d’une catastrophe écologique

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Rahim, le mineur afghan mis en examen pour le meurtre de Matisse, 15 ans, à Châteauroux (36), a été mis sous les verrous dans l’attente de son procès. Plus que tout, l’exécutif qui se vantait que les Afghans soient les premiers bénéficiaires du droit d’asile, semble craindre la récupération politique de l’affaire par l’opposition.


Inlassablement, le même scénario se décline : à la campagne, à la ville ou dans les banlieues. Des gamins finissent assassinés, violentés, harcelés ou violés dans nos rues, sans que jamais l’accumulation des drames ne sorte le bon peuple de sa torpeur. On rouspète, on proteste, mais guère plus. Un jour prochain, la lassitude deviendra peut-être habitude et l’hésitation cèdera finalement la place au renoncement. Mais ce jour n’est pas encore arrivé. Il est toujours temps de s’indigner, d’enfin tirer les conclusions que la situation impose.

Un “Papy Voise” par jour

Un peu moins d’un mois en arrière, j’écrivais ici-même un article1 relatant le passage à tabac ayant entrainé la mort de Shemseddine, un collégien qui avait eu le malheur d’échanger quelques mots avec une fille de son âge vivant dans une cité voisine. Comme à l’accoutumée, les élus locaux n’avaient pas assez de mots pour exprimer leur surprise, leur effroi face à ce drame qui touchait une ville de Viry-Châtillon (91) décrite comme habituellement « paisible ». Comment serait-ce donc possible qu’en République égalitaire et bienveillante des adolescents en viennent à se tuer pour des messages téléphoniques ? La faute aux réseaux sociaux ? Aux vilains jeux-vidéos ? Ils n’ont toutefois pas osé désigner le rap – il faut dire que le business est juteux. Rien sur les véritables raisons : le gouffre anthropologique qui sépare notre société de droit, fondée sur la culture de la culpabilité, de réflexes tribalistes où « l’honneur » est placé au-dessus de toutes autres considérations.

Bardella affirme que “Matisse est la nouvelle victime d’une politique migratoire insensée”

Ils ne l’ont pas fait parce qu’il est trop douloureux de contempler l’échec total d’une politique migratoire aveugle additionnée au laxisme et au rejet de tous les instincts humains. Le Français ne doit pas être seulement civilisé, il doit être domestiqué et émasculé, dépouillé de ses plus petites émotions. Il lui est enseigné dès le berceau que « la violence ne résout rien », qu’il faut « tendre la joue gauche », « dire à la maîtresse » ou « rapporter aux parents ». Dans ces conditions, le fait que des « enfants de la République » ne se conforment pas à ces injonctions est profondément intolérable à tous ces gens qui ont cru qu’on pourrait, du jour au lendemain, faire de parfaits petits Républicains avec des Afghans fraichement débarqués de zones de guerre ou des Tchétchènes descendus des farouches montagnes du Caucase.

Tout serait parti d’une improvisation de rap

En face, on se rend soi-même justice pour la plus petite offense. La violence est décuplée quand l’orgueil est touché, car perdre la face est pour certains de ces gens une peine bien plus grave que perdre un procès tenu par un juge encarté au Syndicat de la magistrature. Matisse, gamin de 15 ans, a été tué par un migrant afghan de son âge accompagné de sa propre mère. Il a aussi été tué par un système permissif et ouvert aux quatre vents, que le maire de Châteauroux a parfaitement incarné ces derniers jours. Rappel des faits. Rahman, réfugié afghan dans l’Indre, a été vexé après s’être ridiculisé lors d’un « freestyle » de rap improvisé auquel assistait sa future victime. Excédé par les taquineries de Matisse, il lui a asséné un coup de poing. Mais le jeune Français savait se défendre. Il a répliqué et lui a cassé le nez. Plutôt que de prendre sur lui et d’encaisser une leçon de vie, Rahman a foncé chez lui pour récupérer un couteau puis est revenu sur les lieux accompagné de sa mère. Il a alors donné quatre coups de couteau pour « laver l’affront », avant que sa génitrice ne finisse le travail en assénant deux claques à Matisse qui agonisait au sol.

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Les bourreaux se victimisent

Pire encore, les deux psychopathes ont joué la carte du « racisme ». Nos Afghans ont bien compris une chose en arrivant dans notre pays : la « victime » systémique a toujours raison. Le « racisme » est un tel tabou, devenu le crime de la pensée le plus radical de notre époque, que pour certains un « retourne dans ton pays » justifierait bien un meurtre. Ils ont donc tenté leur chance. Et ça a marché quelques heures auprès de ces mêmes populations qui ayant saccagé la France une semaine entière pour Nahel, qui avait pourtant refusé d’obtempérer et conduisait une voiture de sport alors qu’il était mineur, se sont empressés de dire que finalement « l’injure raciste » pouvait se payer au prix fort… Las, la vérité est désormais sue grâce au Parquet et aux témoins : Matisse n’a pas été « raciste », il s’est simplement défendu courageusement face au voyou du quartier qui terrorisait même certains ilotiers.

Nos gouvernants s’enorgueillissent de voir les Afghans premiers bénéficiaires du droit d’asile

Il s’est si honorablement défendu qu’il a réveillé l’ire de barbares qui n’ont pas leur place chez nous. Pas parce qu’ils seraient « islamistes », la famille semblant plus portée sur l’alcool et la débauche que la prière, mais parce qu’ils proviennent d’une culture tribale portée sur la violence, archaïque et inadaptable à une société d’ordre. Ces gens ne sont pas transposables dans le biotope français. Alors oui, il y a parmi eux des personnes très biens et de véritables réfugiés, mais le risque est trop grand et rien ne justifie que la France accueille des Afghans, Soudanais ou autres Pakistanais venus de cultures totalement différentes, pas même intégrées à l’espace francophone ou occidental. Songeons par ailleurs que la famille de Rahman avait pris le commandement présidentiel appelant au réarmement démographique au pied de la lettre, puisque la mère est présentement enceinte de son… septième enfant. Comment lutter face à une natalité si débridée, inconsciente ?

Certainement pas avec les éléments de langage de Gil Avérous, maire divers droite de Châteauroux qui a immédiatement demandé à ce que le cas ne soit pas « récupéré » sur demande du cabinet du ministère de l’Intérieur. L’information m’a été donnée par une personne qui suit au plus près le dossier. N’est-il pas infâme de ne penser qu’aux conséquences politiques de ces horribles crimes ? N’est-ce pas là la plus abjecte récupération ? Et c’est, du reste, le meilleur moyen de faire progresser leurs adversaires politiques… Le crime ne paie jamais. Surtout que ce gouvernement devrait en la matière se faire vraiment tout petit. Les chiffres rapportés par le compte de Marc Vanguard sur Twitter sont édifiants. Ainsi, le nombre de coups et blessures volontaires enregistrés dans les données policières de l’année 2023 a encore battu un record. 384 000 victimes ont pu être recensées cette année contre 110 000 en moyenne lors de la période où Lionel Jospin était Premier ministre. Sur la période 2012-2021, les violences ont augmenté de 47 % en France alors qu’elles ont diminué respectivement de 14 et 13% en Italie et en Allemagne. Depuis que Gérald Darmanin est ministre de l’Intérieur, nous assistons à une véritable flambée. Que fait-il en dehors de parader ?


  1.  https://www.causeur.fr/shemseddine-tue-devant-son-college-de-la-culture-de-la-honte-280566
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