Le Conseil constitutionnel l’a décidé fin mai : l’aide juridictionnelle doit être accordée systématiquement et gratuitement aux étrangers, même en situation irrégulière. Une générosité de l’État avec l’argent de ses contribuables…
À quelques jours des élections européennes et à l’heure où le Rassemblement national est au plus haut dans les intentions de vote, les Sages de la rue Montpensier ont décidé de soutenir vigoureusement cette flambée électorale sans précédent en permettant aux étrangers en situation irrégulière de bénéficier de l’aide juridictionnelle dans les affaires civiles. Précisons qu’une telle mesure ne fera que soutenir l’idée que l’État est incompétent à juguler son immigration qu’il finance et soutient, leitmotiv des listes RN et Reconquête !
Plus particulièrement, des « salariés en situation irrégulière » – nous apprécierons déjà à ce stade cette exception française – ont transmis à la Cour de cassation une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) par le truchement de leurs avocats, à l’occasion d’un contentieux prud’homal, concernant le refus de l’attribution de l’aide juridictionnelle. Les magistrats du quai de l’Horloge ont saisi le Conseil constitutionnel, lequel a décidé le 28 mai que « subordonner l’octroi de l’aide juridictionnelle au caractère régulier du séjour d’un étranger était contraire à la Constitution. »
C’était pas au contrat !
Il est vrai que l’article 3 de la loi du 10 juillet 1991 réservait l’aide juridictionnelle aux justiciables de nationalité française, aux ressortissants de l’Union européenne et aux étrangers en situation régulière, qui sont tous soumis à des conditions de ressources évidentes. Dès lors que l’aide juridictionnelle, dont le budget avoisinait en 2023 la somme de 600 millions d’euros, est financée exclusivement par de la dépense publique et donc les impôts des contribuables, elle était réservée aux signataires de notre contrat social et par extension à ceux partageant le drapeau européen. Il s’agissait d’une conception logique conforme au principe de simplicité du rasoir d’Ockham.
Par exception, le législateur a souhaité accorder l’aide juridictionnelle aux étrangers en situation irrégulière, mineurs ou impliqués dans une affaire pénale… puis à ceux faisant l’objet d’un arrêté d’expulsion ! Les premiers coups de canifs au contrat social étaient donnés. Désormais, par une interprétation détorquée de concepts philosophiques et juridiques tirés de la Révolution française et de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, d’égalité et de solidarité (articles 6 et 16), un individu se maintenant illégalement sur le sol français a sa défense prise en charge par la collectivité pour l’ensemble des contentieux qu’il est amené à rencontrer… et évidemment dans le cas singulier où l’État lui-même chercherait à l’expulser en raison de sa situation irrégulière !
Associations gavées d’aides publiques
Pourtant, rien ne faisait obstacle à ce qu’un individu en situation irrégulière puisse accéder à la justice et faire valoir ses droits, au sens de la Constitution et de la CEDH, dès lors que son accès est gratuit en France. Raison pour laquelle, dans ce cas précis, les salariés en situation irrégulière ont pu saisir le Conseil des prud’hommes et transmettre une QPC, d’autant plus qu’un tel mécanisme juridique nécessite un accompagnement juridique sur-mesure. De nombreuses associations encadrent en effet ces justiciables, en leur apportant un soutien juridique d’ampleur à l’instar de la Ligue des Droits de l’Homme, pour lesquelles des avocats exercent régulièrement en « pro bono », c’est-à-dire gratuitement. C’est sans compter les avocats dont les honoraires sont, dans certains cas, généreusement réglés par ces mêmes associations bénéficiant d’aides publiques.
Tandis que de nombreux Français, dont les revenus sont légèrement supérieurs aux seuils légaux pour accéder à l’aide juridictionnelle, se retrouvent démunis et ne bénéficient d’aucune aide sociale, leurs voisins en situation irrégulière sur le sol français peuvent désormais compter sur un avocat aux frais de l’État, en toutes circonstances ! Inutile de préciser que l’enveloppe consacrée à l’aide juridictionnelle devrait naturellement atteindre des sommets paroxystiques l’an prochain, à l’heure où les dépenses publiques sont pourtant visées par la Cour des comptes.
En effet, la Cour des comptes a exploré des pistes explosives pour réduire drastiquement les dépenses publiques dans un rapport rendu public le 29 mai – soit la veille de la décision litigieuse du Conseil constitutionnel ! –, à commencer par « modifier les paramètres de l’indemnisation des arrêts de travail » en imposant un délai de carence de huit jours pour verser des indemnités aux salariés. Réduire les droits des Français pour permettre d’en conférer davantage aux étrangers en situation irrégulière… une logique contestable pour le commun des mortels sauf pour les quelques-uns confortablement installés et drapés dans les ors de la République.
D’ailleurs, nous noterons que le parti Les Républicains avait demandé le 13 avril à organiser un référendum d’initiative partagée sur l’accès des étrangers aux aides sociales. La démarche était légitime compte tenu de l’anomie migratoire manifeste : conditionner le versement des prestations sociales non contributives à une durée minimale de séjour en situation régulière (de trente mois à cinq ans), transformer l’aide médicale d’État en aide médicale d’urgence, supprimer les réductions tarifaires prévues dans les transports en commun pour les étrangers en situation irrégulière, intégrer les centres d’hébergement des étrangers dans le décompte des logements sociaux et rendre impossible le maintien des déboutés du droit d’asile dans les hébergements prévus au titre du dispositif national d’accueil. Ce même Conseil constitutionnel avait, selon une interprétation sibylline, estimé que les dispositions portées par Les Républicains étaient contraires à la Constitution et poursuivait ainsi « une politique progressiste d’ouverture à l’immigration », selon le Sénateur LR Bruno Retailleau.
En définitive, la décision très contestable du Conseil constitutionnel du 28 mai n’est que la suite logique de cette générosité sans limite avec l’argent du contribuable. François Hollande nous avait prévenu : « Ce n’est pas cher, c’est l’État qui paye ! », autrement dit, nous tous. Une telle décision, insusceptible d’appel, ne peut faire l’objet d’aucun recours, et ne peut être réformée que par un référendum, le législateur étant ici totalement démuni. Cette acatalepsie juridique conforte la très décriée perte de confiance des justiciables, contribuables et citoyens envers les institutions de la République, et d’autant plus envers celles qui décident et imposent leurs dogmes, sans bénéficier directement de l’onction démocratique.
Être français ne va plus de soi. Or les maltraités, trop passifs, ne méritent pas leur sort. La montée de l’antisémitisme islamisé s’est accompagnée de la haine de la France française, au nom de l’universalisme déraciné et de la repentance perpétuelle. La « fierté française », qui emplit les discours des Jeux olympiques, est un leurre.
Fausse bonne nouvelle. En apparence, les dirigeants politiques ouvrent un œil, dérangés par la France qui se délite et laisse venir la guerre civile, en Nouvelle-Calédonie comme à Mayotte ou en métropole. Cependant, les somnambules restent engourdis par le sirop du « vivre-ensemble ». Certes, ils parlent avec des mots qu’ils reprochaient hier à la « fachosphère ». Ils s’alarment ainsi du nouvel antisémitisme, observable depuis trente ans dans les cités. Il explose depuis le pogrom du 7 octobre contre Israël. Les dénégationnistes reconnaissent enfin l’entrisme des Frères musulmans déguisés en agneaux blessés. « Ils attaquent tous les pans de la société et se constituent en réseaux », explique même Gérald Darmanin (JDD, 5 mai). Le ministre de l’Intérieur admet que l’islam politique a subverti « le sport, l’éducation, la médecine, la justice, les organisations étudiantes et syndicales, les ONG, la vie politique, associative, culturelle ». Mieux vaut tard que jamais. Toutefois, la lucidité des traîne-savates se heurte à leur croyance en la « diversité » – que Renaud Camus qualifie de « pire ennemi du divers[1] » – qui interdit toute distance avec l’étranger. Ceux d’en haut refusent d’aller à la source de la haine antijuive et antifrançaise. Cette curiosité les obligerait à admettre leur responsabilité dans les désastres causés par une immigration de masse promue depuis un demi-siècle. Majoritairement musulmane, cette population protégée bouleverse l’identité du pays, en lui imposant ici et là une colonisation perméable à l’hyperviolence des narcotrafiquants.
Pin–pon–pin
Les pyromanes ne peuvent éteindre leurs incendies. C’est pourtant à eux que le gouvernement a fait appel, le 6 mai, lors des assises contre l’antisémitisme. Parmi les participants à ce « sursaut » ont été conviés ceux qui n’ont de cesse, au nom de l’antiracisme et des droits de l’homme, de valoriser la société ouverte et multiculturelle, terreau du racialisme et de l’islam remplaciste. C’est ainsi que SOS Racisme, La Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme ou le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples ont été invités à réfléchir aux causes de la montée de l’antisémitisme. Mais comment attendre de ces mouvements qu’ils reconnaissent leurs fautes dans la communautarisation du pays et la sacralisation des minorités raciales ? Comment espérer de ces donneurs de leçons qu’ils admettent leur responsabilité dans le nouvel antisémitisme, ou le racisme antiblanc qui veut tuer des Caldoches ? Comment croire qu’ils viendraient à s’excuser d’avoir poursuivi en justice les voix trop libres, coupables de dénoncer les banlieues querelleuses ? Ces pharisiens consacrent encore leur temps à culpabiliser les Français inquiets et à leur interdire de se plaindre de leur sort.
Le mépris officiel porté aux gens ordinaires, qui refusent de disparaître est au cœur du saccage de la douce France. « Populisme ! » demeure l’injure de ceux qui n’admettent pas leurs torts. Même le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), Yonathan Arfi, persiste à marginaliser ceux qui, trop français à son goût, se solidarisent d’Israël dans sa résistance à l’islam suprémaciste et judéophobe. « Les Juifs se sont toujours tenus massivement à l’écart des partis populistes », assure Arfi (Le Figaro, 6 mai), sans mesurer que bien des compatriotes juifs se tournent vers le RN. Cette tartufferie est reprise par Gabriel Attal qui, lors du dîner du Crif, a dénoncé « le cynisme absolu de ceux qui disent soutenir les Français juifs par réflexe antimusulman ». Le procès en xénophobie fait à ceux qui critiquent l’immigration irraisonnée dissimule la lâcheté d’une classe politique qui a renoncé à protéger son peuple. Seuls les Canaques hostiles au métissage sont en droit de dénoncer la « colonie de peuplement » des métropolitains. Aimé Césaire a pu pareillement critiquer sans problème, en 1977, un « génocide par substitution », parlant de sa Martinique trop ouverte aux Blancs de l’Hexagone. En septembre 2003, le président Jacques Chirac s’était cru inspiré en déclarant : « Il faut surtout se préoccuper du sort des Pygmées, qui sont l’un des peuples les plus menacés de disparaître. » Depuis, l’indifférence portée à la dissolution des Français dans une société liquide, remplaçable et indifférenciée, n’a fait que s’accentuer.
Jul et le Conseil constitutionnel contre la France
Être Français ne va plus de soi. Or les maltraités, trop passifs, ne méritent pas leur sort. La montée de l’antisémitisme islamisé s’est accompagnée de la haine de la France française, au nom de l’universalisme déraciné, de la préférence étrangère, de la repentance perpétuelle. La « fierté française », qui emplit les discours des Jeux olympiques, est un leurre. L’artifice cache une honte des élites à se réclamer de la France profonde. C’est le rappeur marseillais Jul, qui chante « Te déshabille pas, je vais te violer », qui a ouvert le parcours de la flamme. Président du Conseil constitutionnel, Laurent Fabius dit son dédain pour la France quand il juge contraire à la Constitution la préférence nationale « appliquée de façon systématique » (Le Monde, 7 mai). Mais qu’est-ce que la préférence nationale, sinon la reconnaissance de la citoyenneté attachée à la nation, identifiée à un peuple ? Lorsque l’écrivain Seth Greenland voit le sionisme comme le droit qu’ont les juifs à « mériter un État où ils peuvent être en sécurité » (Le Figaro, 7 mai), il exprime plus généralement le sentiment des peuples inquiets pour leur survie. Les Français sont de ceux-là quand, à la veille des élections européennes du 9 juin, ils disent à 91 % se sentir « en priorité français » (sondage Odoxa). Ils sont prêts à sortir de leur léthargie.
Le peuple trahi ne peut cautionner plus longtemps un système politique suicidaire, qui met trente ans avant de reconnaître du bout des lèvres la haine qui partout s’enkyste dans les minorités, sans établir le lien avec l’immigration de peuplement. Le rejet du Français est derrière le rejet du juif, tous deux coupables de vouloir survivre. Attendre trente ans avant de s’en inquiéter ? La France déglinguée ne sera plus qu’un souvenir.
Il y a cinq ans, sur les plages de Normandie, l’Américain Tom Rice a sauté en parachute à 98 ans, comme il l’avait fait dans la nuit du 5 au 6 juin 1944. Aujourd’hui, les quelques survivants viennent en chaise roulante. La page est tournée, mais n’oublions jamais que si le débarquement allié avait été un échec, l’Europe pour laquelle nous allons voter aurait une toute autre allure qu’aujourd’hui, qu’il n’y aurait pas de radio juive pour en parler1 et, surtout, pas de Juifs pour l’écouter. Nous avons du Débarquement allié les images héroïques de combats d’où les civils sont absents. Mais le 6 juin, il y eut aussi de violents bombardements sur des villes normandes comme Vire, Coutances ou Lisieux dans le but explicite que les destructions puissent retarder l’arrivée des renforts allemands. Les semaines suivantes, car la bataille de Normandie a duré trois mois, ce fut le tour du Havre, de Caen, Rouen ou Évreux… Des milliers de morts dans la population civile et des motivations militaires pas toujours évidentes. Cela ne retire évidemment rien au bienfondé du Débarquement. Ceux qui ont protesté alors le plus haut n’étaient pas des organisations pacifistes, mais des collaborateurs du nazisme.
Le Mur de l’Atlantique, la massive défense littorale construite par l’Organisation Todt, n’était pas achevé et les informations, fournies notamment par la résistance française, ont permis de bombarder les installations, mais là où celles-ci sont restées intactes, comme à Omaha Beach, le débarquement a été sanglant. Parmi les 150 000 soldats, anglais, américains ou canadiens qui ont débarqué le matin du 6 juin 1944, 4500 environ sont morts sur les plages.
La résistance a beaucoup aidé les Alliés, mais seuls les 177 Fusiliers Marins du Commando Kieffer ont débarqué le 6 juin et il faut attendre le 1er août pour que la 2e DB de Leclerc arrive en France. Le 15 août en revanche, la 1ère armée française est présente dès les premières heures du débarquement de Provence. En six semaines la France a effacé aux yeux des Alliés son image de pays collaborateur du nazisme, alors même que la Milice continuait de sévir. L’accueil enthousiaste fait par la population à de Gaulle à Bayeux le 14 juin, puis la rapidité avec laquelle celui-ci a mis en place une administration efficace des zones libérées l’ont rendu incontournable et ont peut-être évité une mise de la France sous tutelle américaine. Mais après la guerre, les séquelles de l’animosité personnelle profonde de Roosevelt envers de Gaulle ont pesé – et pèsent peut-être encore – sur la politique extérieure française. On voit aujourd’hui avec Biden et Netanyahu que les relations humaines entre dirigeants ont aussi leur importance…
À 1500 km de distance des plages du Débarquement, c’était un jour comme un autre à Birkenau. Entre 6 et 8 000 Juifs étaient gazés ce mardi 6 juin, comme la veille et comme le lendemain, bien plus chaque jour que de soldats morts sur les plages de Normandie. Les Alliés étaient au courant: le rapport Vrba-Wetzler du 27 avril, du nom des deux Juifs évadés d’Auschwitz, qui décrivait avec précision l’extermination des Juifs, était à la disposition des responsables américains. Les services de photographie aérienne possédaient par ailleurs des photos qui n’avaient intéressé personne sur les installations de Birkenau. Des bombardements susceptibles de freiner l’extermination étaient techniquement possibles. Désormais, l’Agence juive aussi les réclamait, elle qui y avait été longtemps réticente. Mais le programme ne fut pas modifié : il donnait la priorité au bombardement de tout ce qui pouvait aider l’effort de guerre allemand. Entre le 15 mai et le 9 juillet, 350 000 Juifs hongrois ont été assassinés. Je ne pense pas que cela ait été un détail de l’histoire…
Le 6 juin, où en étaient les autres fronts ? Rome avait été libéré deux jours plus tôt après la difficile bataille de Monte Casino, mais l’Italie était désormais un terrain de campagne secondaire.
Sur le front de l’Est, en revanche, les Soviétiques venaient de finaliser leurs plans pour l’opération Bagration. Presque concomitante à la campagne de Normandie, mais complètement éclipsée par celle-ci dans la mémoire de l’Occident, Bagration est considérée par plusieurs experts comme la plus grave défaite allemande de la guerre. En fixant les réserves allemandes, il est indéniable que l’URSS a contribué au succès, qui fut long à se confirmer, de la campagne de Normandie. Pourtant Poutine n’a pas été invité en Normandie, alors que Zelensky est présent.
Cette non-invitation est normale. Les médias russes accusent continuellement les Ukrainiens d’être des nazis. Or, tous les témoignages indépendants concordent sur la faible influence aujourd’hui de l’idéologie nationaliste de type bandériste, d’après le nom de son chef le plus connu, Stefan Bandera, cette idéologie qui a effectivement conduit ses émules à l’alliance avec les nazis et à une responsabilité accablante dans certains des pires crimes commis contre les Juifs pendant la guerre. Traiter les dirigeants ukrainiens d’aujourd’hui de nazis n’est pas une opinion, c’est une diffamation. Et nous qui entendons tous les jours Israël se faire traiter d’État nazi, nous savons comme cette diffamation est ignoble.
L’homme qui pendant presque deux ans a été le meilleur allié de Hitler et qui aurait volontiers continué ce compagnonnage si le Fuhrer n’avait pas envahi son pays le 22 juin 1941 s’appelait Joseph Staline et c’est un des maitres à penser de Poutine. Tous les témoignages concordent sur la stupéfaction de Staline quand le pacte qu’il avait conclu avec Hitler a été violé par celui-ci. Cette partie de l’histoire est aujourd’hui entièrement occultée en Russie au profit de l’exaltation, glorieuse, terrible et d’ailleurs en grande partie vraie aussi, d’une URSS qui aurait porté l’essentiel de la lutte contre le nazisme.
Staline, qui n’était pourtant pas un naïf, a appris à ses dépens et plus encore aux dépens de son pays, qu’il était dangereux de se fier à une alliance avec le nazisme. C’est peut-être ce qu’apprendront un jour ceux qui font les yeux doux au nazisme d’aujourd’hui, à savoir l’islamisme des Frères Musulmans. L’ancien laïcard Jean-Luc Mélenchon croit qu’il est malin de s’acoquiner avec eux, malgré l’absolue contradiction entre leurs idéologies. Il devrait y réfléchir à deux fois…
Richard Prasquier propose sa chronique hebdomadaire tous les jeudis sur RCJ ↩︎
On doit à Gaël Nofri, essayiste et adjoint au maire de la ville de Nice, plusieurs ouvrages consacrés à l’histoire de France. Dans son nouveau livre, il estime que la bataille de Bouvines (1214) est un point majeur dans la construction de notre pays car elle affirme sa souveraineté. Il rappelle que « vassal d’aucun », qui est la devise de la souveraineté, peut aussi être la définition de la liberté.
Causeur. La bataille de Bouvines, le 27 juillet 1214, est selon vous un point de départ essentiel de la construction de la France. Pour quelles raisons ?
Gaël Nofri. Bouvines est un mouvement important de cristallisation d’un certain nombre de choses et de ce que deviendra la nation française. En effet, c’est avec cette bataille que la prétention des premiers capétiens à être pleinement souverains – d’abord rois des Francs – va trouver matière à s’incarner, et en même temps, s’affirmer. C’est pourquoi je parle de « confirmation de la souveraineté ». Les premiers capétiens ont la prétention de ne pas être des seigneurs parmi d’autres et veulent se dégager de l’emprise des empereurs romains germaniques. À Bouvines, cette prétention capétienne se trouve confirmée sur le champ de bataille, face aux barons à combattre et face à l’empereur du Saint-Empire romain déjà en difficulté.
Gaël Nofri. DR.
Vous parlez de « confirmation de la souveraineté » française, mais ne s’agit-il pas plutôt de sa « fondation » ?
C’est la fondation, mais il y a aussi un aspect de confirmation : celle d’une prétention. Les premiers rois capétiens, réduits à un petit domaine royal, n’avaient que peu de manœuvre réelle mais avaient déjà la volonté de n’être vassal d’aucun. L’action de Philippe Auguste, qui se trouve consacrée à la bataille de Bouvines, confirme et donne matière à cette prétention à la souveraineté. C’est vraiment une confirmation de ce qu’est la monarchie française dès les premiers capétiens, c’est-à-dire autre chose qu’un seigneur élu par les seigneurs, même si l’élection demeure. Il y a cette onction d’origine divine que confère le sacre, il y a une dimension sacerdotale, mais qui, pour les premiers capétiens, n’a pas de fondement pratique, exécutoire, de capacité. Les premiers capétiens ont beaucoup de difficultés à s’imposer, d’ailleurs ils ne cherchent pas à le faire en dehors du domaine royal car ils n’en ont ni la capacité ni la prétention. Avec Philippe Auguste, les choses changent. Quand il accède à la couronne, cette définition de la souveraineté – vassal d’aucun – existe déjà, elle est en gestation, mais c’est avec Bouvines qu’elle va pouvoir s’appuyer sur une maîtrise réelle de l’espace et sur une capacité de mobilisation des hommes et de levée d’un impôt. Ainsi commence à s’exercer la souveraineté.
Rien ne se fait en une génération. Et les héritiers vont devoir consolider cette « confirmation de la souveraineté ».
Bien sûr. Tout travail de cet acabit s’étale sur le temps long, sur des générations, c’est un travail lent et patient. C’est un travail permanent. On verra par la suite que le moindre renoncement de volonté entraînera des conséquences parfois tragiques. Ainsi, pendant la guerre de Cent Ans, on aura le Traité de Troyes (qui fait de Henri V d’Angleterre l’héritier de Charles VI de France). En réalité, tout est lent, mais rien n’est jamais définitif.
Rappeler aujourd’hui cette conquête de la souveraineté ne paraît pas anodin. Est-ce qu’il y aurait une arrière-pensée quelconque derrière ce rappel historique ?
Oui, il y a plusieurs arrière-pensées ! D’abord, c’est un essai. C’est une mise en perspective, c’est une lecture. Ensuite, cette lecture vise à rappeler que les choses ont un sens, que ce qui est n’a pas toujours été mais est le fruit d’efforts, de persévérance, et le fruit aussi d’une lecture des choses qui est différente. La lecture des faits et de l’Histoire qui sera faite par la France au lendemain de Bouvines donnera une monarchie différente de la monarchie anglaise ; qui du fait de Bouvines suivra une autre voie. La souveraineté est un bien que nous avons reçu en partage, et dont nous ne sommes que les dépositaires. Ce fut un combat qui est aujourd’hui synonyme de liberté car la première définition de la souveraineté, c’est de n’être vassal d’aucun. On parle beaucoup de liberté, donc il est important de rappeler cette définition.
À quelques jours des élections européennes, cela prend une dimension particulière.
Oui, mais c’est davantage pertinent dans le temps long, qu’il s’agisse de l’UE, de la mondialisation économique et financière, industrielle, alimentaire… surtout à une époque où l’on parle de corps électoral fermé dans certains territoires, ou de statut d’autonomie inscrit dans la Constitution. Rappeler ce qu’est la souveraineté, la France, d’où elle vient, quels sont les combats qui ont mené à cette construction particulière, de la nation, de son organisation, de son territoire, de son histoire, est fondamental. La conception des notions qui font notre citoyenneté est déterminée par ceux dont nous sommes les héritiers.
Vous nous dites finalement que la fin de l’Histoire n’a pas eu lieu. Est-ce qu’en faisant ce constat, vous présagez que les guerres ne peuvent que continuer à l’avenir ?
Non, ce serait très pessimiste. Ce que cela signifie, c’est que les hommes restent des hommes, et penser un monde dans lequel on déclarerait la guerre illégale est totalement illusoire. La réalité, c’est qu’on avait prévu la fin de la guerre, l’avènement de la démocratie mondialisée, la fin des épidémies, le progrès, un monde de consommation où la béatitude ferait que l’individu consommateur règnerait partout. On se rend compte que ce monde n’existe pas et que personne n’en veut. Les hommes sont d’abord des citoyens, situés dans ce qu’ils sont, et les guerres, les famines, les tensions entre États, les enjeux de territoires et de puissance continuent d’exister. Ceux qui veulent croire qu’ils ont disparu seront peut-être les victimes de ceux qui ont compris que les choses resteront ce qu’elles sont. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas tendre à la recherche de la paix et à la défense de la démocratie ; cela veut dire que tout en les cherchant, il faut se donner les moyens de se prévenir de choses qui peuvent advenir. Il y aura toujours des puissances qui auront des volontés hégémoniques, des voisins plus ou moins belliqueux, et même en France, des gens pour nous expliquer qu’il y a mieux à faire que la nation.
La souveraineté est-elle une réalité et une vision ?
C’est un combat permanent. Ceux qui décident de renoncer acceptent la vassalité.
Est-ce que l’UE telle qu’elle se dessine actuellement n’est pas la programmation de la fin de la nation française, comme celle des autres nations européennes ?
L’UE n’est rien d’autre que ce qu’on veut en faire. Est-ce qu’on travaille à une UE qui soit une union de nations souveraines, lesquelles trouvent en cette mise en commun les moyens de renforcer leur souveraineté dans la coopération, dans une marche commune qui leur permet d’affronter les enjeux du monde ? Ou est-ce un prétexte au renoncement ? Si c’est ce dernier cas, elle ne sera jamais au niveau qui convient ; on dira toujours que l’UE est petite, et alors c’est une marche vers la mondialisation. Si, au contraire, on se dit que le XXe siècle a été dévastateur pour l’Europe en matière de conflits et en termes de puissance, alors il faut travailler ensemble, et créer des outils qui nous permettent de renforcer notre souveraineté, mais on ne peut pas être souverain à moitié : soit on est souverain, soit on ne l’est pas. La coopération, oui ; le fédéralisme, non.
À lire : Gaël Nofri, Bouvines. La confirmation de la souveraineté, Passés/Composés, 2024.
Guillaume Peltier tenait le 5 juin à Saint-Malo une réunion publique devant une centaine de militants « Reconquête ». Si cet événement de la « droite forte » a été boudé par Ouest-France et Le Pays Malouin, nous avons pu recueillir les propos du numéro 2 de la liste de Marion Maréchal.
Causeur. La liste de Marion Maréchal est aujourd’hui donnée par les sondeurs autour de 5 ou 6%. La situation du parti fait penser à ces équipes sportives qui jouent leur maintien en première division à un ou deux points près… Aujourd’hui, dans quel état d’esprit êtes-vous ? Est-ce que la peur du fiasco est là ?
Guillaume Peltier. Ça fait 25 ans que je suis engagé en politique, et s’il y a bien une règle éternelle, c’est que les suffrages comptent plus que les sondages ; et le nombre de journalistes – souvent de gauche d’ailleurs – qui se sont totalement plantés en pensant remplacer le peuple, je les invite à faire preuve d’humilité.
Pour le reste, s’il y a des sondages à 5, d’autres nous donnent déjà à 8%. Je dis donc aux Français : dimanche soir, il sera trop tard. Vous avez l’occasion historique d’envoyer Marion Maréchal et des élus qui peuvent faire basculer l’Europe à droite, battre Ursula von der Leyen, supprimer les financements pour les associations islamistes et LGBT. Il ne faudra pas venir se plaindre le lundi 10 juin au matin si ça n’est pas le cas. Depuis des mois, jour et nuit, sept jours sur sept, nous sillonnons la France pour éclairer nos compatriotes et leur proposer ce chemin. C’est à eux de choisir désormais.
Guillaume Peltier à Saint-Malo, 5 juin 2024.
Durant votre campagne, deux personnalités se sont détachées : Marion Maréchal, que l’on connait depuis un petit moment, mais aussi Sarah Knafo. Pourtant numéro 2 de la liste, n’avez-vous pas été un peu dans l’ombre ?
Nous sommes très heureux de pouvoir additionner plein de talents ; c’est toute la force de Reconquête ! Avec Marion Maréchal, nous avons l’une des femmes politiques les plus connues et les plus populaires de France, qui n’a jamais trahi ses convictions, qui incarne la droiture, le sérieux, la force ; et c’est une immense chance. Nicolas Bay, qui est sans doute le député français au Parlement européen le plus assidu et le plus compétent, nous a permis de bâtir le groupe des conservateurs, avec Giorgia Meloni et demain Viktor Orban. Tous les conservateurs d’Europe sont avec nous, ce qui est là aussi une immense chance. Nous avons bien sûr Sarah, qui a été la fondatrice de l’épopée présidentielle d’Eric Zemmour. Nous avons Stanislas Rigault, qui est le jeune talent que tout le monde a découvert en 2022. Nous avons enfin Laurence Trochu, qui est la présidente fidèle et loyale du Parti conservateur. Moi, je suis très heureux de faire partie de cette équipe, et en vérité, comme disait Jeanne d’Arc : « Plus il y aura de combattants pour la France réunis au même endroit, mieux ce sera pour notre pays ». On a toujours besoin de talents supplémentaires.
Et vous-même, comment avez-vous traversé la campagne ?
J’ai fait des dizaines et des dizaines de réunions publiques, des milliers et des milliers de kilomètres. Dans ma vie, je me suis présenté à une quinzaine d’élections ; j’ai beaucoup perdu au début. Désormais, je les gagne parce que les Français ont vu la constance, la cohérence et le courage. Beaucoup d’autres seraient restés chez Valérie Pécresse, plutôt que de rejoindre Eric Zemmour. Moi, en décembre 2021, j’ai décidé d’abandonner une place et une carrière confortables, pour le courage des convictions. Et donc je suis très heureux de défendre ces convictions au sein de cette nouvelle équipe.
Pourtant, il y a quelques semaines, François-Xavier Bellamy nous rappelait qu’en 2019, vous lui aviez reproché sa ligne conservatrice et chrétienne, et que vous prôniez à cette époque des alliances avec les écologistes, sur le modèle autrichien… Comment devient-on alors cinq ans plus tard numéro 2 de Reconquête ?
Tout cela est un peu caricatural. Que M. Bellamy se regarde le nombril plutôt que de critiquer ainsi l’adversaire… Je rappelle que M. Bellamy et les Républicains sont les alliés de Mme Von der Leyen à Bruxelles depuis cinq ans, qu’ils siègent dans le même groupe, que M. Bellamy a voté pour la commission européenne et Mme von der Leyen. Je rappelle aussi que M. Bellamy et ses amis préparent une alliance avec Emmanuel Macron, avec M. Larcher, avec M. Barnier au lendemain des élections européennes. Je rappelle que ses colistiers sont pour la régularisation des sans-papiers, pour la GPA, tant d’autres choses, et même avec beaucoup de complicité avec l’islamisme. Donc qu’il garde ses leçons de morale ! Moi, j’ai toujours servi une droite forte, j’ai servi Philippe de Villiers, Nicolas Sarkozy et Eric Zemmour. Premièrement, tout le monde a compris que je n’étais ni centriste, ni de gauche. Deuxièmement, quand j’évoquais l’écologie, oui, je m’inspirais de M. Kurtz, le Premier ministre autrichien qui a eu l’intelligence de lier la question migratoire et islamique avec la nécessité de se réconcilier avec le patriotisme économique et la production locale pour nos paysans, au nom d’une écologie positive et non pas punitive ; et donc je ne vois absolument pas en quoi c’est contradictoire avec mes convictions… Quant au christianisme, je n’ai jamais reproché à qui que ce soit d’être chrétien : je suis moi-même chrétien et fier de l’être. Avec « Reconquête », nous sommes le seul parti à vouloir inscrire les racines chrétiennes dans les traités européens, à l’inverse des Républicains qui appartiennent, je le rappelle, au parti de Jacques Chirac, lequel avait refusé d’inscrire les racines chrétiennes dans la Constitution européenne. Ce n’est pas parce qu’il n’a pas eu le courage de quitter Valérie Pécresse pour rejoindre Eric Zemmour qu’il faut que M. Bellamy donne des leçons de morale à ceux qui l’ont eu, ce courage.
Lors du débat sur CNews, Mme Maréchal a peut-être tapé un peu fort sur M. Bellamy… Et Mme Knafo n’a pas ménagé de son côté M. Bardella et sa liste dans diverses interviews, notamment dans les colonnes de Causeur. Mais franchement, est-ce une si bonne idée de s’en prendre à de futurs possibles alliés ?
Vous savez, la politique, c’est très simple. Qui sont nos ennemis ? C’est la gauche, ce sont les médias de gauche, ce sont les islamo-gauchistes. Ensuite, on a des concurrents. Vous avez bien aussi des concurrents dans votre journal, chez Causeur ? Eh bien, nous avons des concurrents, à Reconquête. Si nous, nous n’avons pas l’honnêteté d’éclairer nos électeurs en rappelant par exemple que le Rassemblement national est un parti socialiste sur le plan économique, ou en rappelant toutes les lâchetés et les trahisons des LR, qui le fera ? On n’attaque pas M. Bellamy ou M. Bardella personnellement, on pointe nos différences politiques. Ensuite, c’est aux électeurs de choisir. Quand Jean-Luc Mélenchon fonde la Nupes, quand François Mitterrand fonde l’union de la gauche, il y a plusieurs partis très différents, concurrents, qui expliquent leurs différences et qui sont ensuite capables de se réconcilier sur l’essentiel. Eh bien c’est notre cas également ; nous partageons un grand nombre de convictions et c’est aux électeurs de choisir. Est-ce qu’ils préfèrent un parti qui est le seul à dire que l’islam n’est pas compatible avec la France, qui est le seul à dire que l’assistanat est un drame pour nos travailleurs, qui est le seul à s’en prendre aux activistes LGBT ou transgenres ? Ça, c’est Reconquête. Et s’ils ont d’autres sensibilités, ils peuvent choisir d’autres partis. En tout cas, nous, on a une colonne vertébrale extrêmement claire, très solide et je pense que ça ferait du bien à la droite française d’avoir au Parlement européen des parlementaires comme Sarah, Nicolas, Stanislas, Marion ou moi, capables d’être des vigies parmi les vigies et de pointer les lâchetés des uns et les compromissions des autres.
Guillaume Peltier et le réarmement démographique Notre contributeur Frédéric Magellan ressort enthousiaste de la réunion malouinede « Reconquête ». Il estime que le n°2 de la liste du parti aux élections européennes a été injustement vilipendé après ses propos sur les responsables politiques sans enfant.
« Degré zéro à la fois de l’intelligence et de l’honnêteté ». C’est ainsi que ma chère consœur, Céline Pina, avait qualifié des propos tenus par Guillaume Peltier, sur CNews début février. Selon l’ancien député UMP, Marion Maréchal, qui conduit la liste « Reconquête ! », serait plus légitime que ses concurrents directs, Jordan Bardella (RN) et François-Xavier Bellamy (LR) : « avoir des enfants est un message politique (…) c’est la garantie de sérieux, de concret par rapport au présent, par rapport à l’avenir. C’est la certitude que la valeur de transmission va l’emporter sur la valeur de l’ambition », défendait-il alors. La sortie peut paraître provocatrice ; à y regarder de plus près, elle n’est pas si indéfendable. Oh ! bien sûr, on trouve dans l’histoire des exemples de grands hommes célibataires et sans enfants, comme le montrait Céline Pina à la fin de sa démonstration. Les moines de Cluny et de Cîteaux, dont la participation à l’effort démographique fut proche de zéro, ont contribué, en défrichant les marécages et en construisant des moulins, des routes et des marchés, à l’essor de la Bourgogne puis de l’Occident tout entier. Mais on ne peut cependant s’empêcher de repenser à Charles Péguy, qui écrivait, dans Victor-Marie, comte Hugo, que le père de famille était le seul vrai aventurier de l’époque, et qu’en comparaison, les autres aventuriers n’en sont pas, et que la vie de famille n’était pas un retrait du monde mais au contraire un engagement dans le monde. Plus prosaïquement, en défendant les femmes en politique, Marine Le Pen, face à Karine Le Marchand en 2016, avait de son côté surtout fait l’éloge de la mère de famille : « Une femme ne peut pas s’extraire de la réalité, du quotidien. Les hommes politiques, à un certain niveau, c’est un petit peu comme ceux qui font de la musique à un très haut niveau ou du sport à un très haut niveau. Vous ne vivez plus que pour ça. A un moment donné, il n’y a plus de réalité. Quand on est une femme, on est toujours ramenée à la réalité du quotidien. Tout ça c’est bien gentil, mais il faut aller acheter la paire de tennis du petit, il faut aller signer le bulletin de notes! C’est donc une chance, on ne peut pas partir dans cet espèce de ballon qui s’envole dans la stratosphère, et où l’on n’a plus aucune conscience de la réalité du quotidien ». Quant à Charles de Gaulle, il a pu dire, à propos de sa fille Anne, trisomique, morte à vingt ans : « Sans Anne, peut-être n’aurais-je jamais fait ce que j’ai fait. Elle m’a donné le cœur et l’inspiration ». Alors, les chefs d’Etat, les politiques célibataires… Comme dirait Brice Hortefeux : un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup que ça commence à poser un problème. En 2019, l’Europe était presque entièrement gouvernée par des personnes sans enfant : Emmanuel Macron, mais aussi Angela Merkel, Jean-Claude Juncker, alors président de la Commission, Xavier Bettel, Premier ministre du Luxembourg, Stefan Löfven, Premier ministre de la Suède et Mark Rutte, Premier ministre des Pays-Bas. A ce point, cela fait un système. Que sont ces décideurs sans descendance ? Après moi, le déluge ? Le principe héréditaire de l’ancienne monarchie avait ce mérite : certes, on a eu un roi fou, d’autres libidineux ou bedonnants, mais bon an mal an, ils se débrouillaient pour laisser une situation politique pas trop pourrie à leur descendant. Alors, non, Guillaume Peltier, vous qui avez déclaré : « Je suis Français et patriote. Je suis même un homme et un père. Je suis blanc, je suis chrétien, je suis hétérosexuel », vos propos ne sont pas le degré zéro de l’honnêteté ! • FM
À côté de ses grandes séries mystiques, François-Xavier de Boissoudy peint la nature telle qu’elle se révèle, elle aussi.
Avec sa technique habituelle, des encres diluées sur papier, étalées à la main, avant que la feuille ne soit marouflée sur toile, le peintre nous donne à voir plusieurs paysages dont on sent, immédiatement, qu’il les a pleinement vus et qu’ils l’ont impressionné ; on comprend qu’à fixer cette tâche de lumière éclatant au débouché d’un sentier bien encaissé, qu’à découvrir cette clairière laiteuse sous la lune, luisant derrière les grandes masses indistinctes des bosquets, qu’à saisir le jeu du soleil perçant derrière le rideau serré des arbres, F.-X. de Boissoudy a senti que le paysage livrait un secret aussi singulier que banal : cette nature existe, puissamment, elle témoigne de l’être qui anime aussi bien les arbres que l’herbe, et le talus, et le ciel, et nous-mêmes, soudain surpris d’éprouver ce poids d’existence, soudain capables d’en extraire cette qualité commune à tous, l’être, sous des modalités différentes.
Une table de jardin sous un arbre, une prairie sous la lune, une rivière en haut d’une côte, une lisière longée en voiture : tout est appréhendé, restitué, dessiné avec le souci de rendre compte autant que fondu (grâce à ces encres colorées et étalées) pour exprimer la communauté existentielle entre le plateau de la table, l’ombre de l’arbre, l’arbre lui-même et la haie au fond, et l’air qui baigne toute la scène et nous appelle, spectateur, à entrer dans le tableau.
Grands ou petits formats, certains d’un noir aussi profond que les œuvres précédentes, d’autres d’un vert lumineux, tous, surtout, exacts dans la manière de nous communiquer l’impression initiale, l’émotion mais aussi la réflexion, la méditation brève ou longue que le paysage a déclenchée : chaque toile est ainsi lestée de cette part de lui-même que le peintre y a ajouté, chacune est une fenêtre ouverte sur une réalité plus vaste, chacune est une invitation à être soi-même attentif, au hasard des trajets, à ce que la lumière illumine, à ce que la nature recèle.
François-Xavier de Boissoudy, « Lumières du jour et de la nuit ». Galerie Guillaume, 32 rue de Penthièvre, 75008 Paris, jusqu’au 15 juin 2024.
Immigration. Pour terminer sa campagne électorale, la tête de liste de Reconquête ! se présente comme la candidate en pointe dans la lutte contre le « grand remplacement », synonyme selon elle de « la fin de la liberté de conscience, de la liberté d’expression, et de la liberté des femmes ».
Ce 4 juin, en conclusion de son intervention sur France 2 dans le cadre de l’émission « L’Événement, le Grand Débat des Européennes », Marion Maréchal, tête de liste Reconquête à ces élections, a choisi pour sa carte blanche une carte de France. Choix a priori inattendu.
Carte (non) muette
Dans mon enfance, à l’école, il y avait les cartes muettes, comportant juste des points, sans les noms de ville qu’il fallait être capable de situer et de nommer. Performance aujourd’hui à peu près inimaginable. Mais passons…
La carte de Marion Maréchal, basée sur les données officielles de l’Observatoire de l’Immigration et de l’Insee, n’est pas, elle, une carte muette. Il s’en faut de beaucoup. Au contraire, elle est parlante. Très parlante même. Toute l’extrémité Est du pays est colorée en rouge. Cela recouvre l’espace de vingt départements et représente, en équivalent habitants, la population immigrée non européenne si elle était concentrée sur cette partie du territoire. Oui, en nombre cela équivaudrait tout simplement à la population de ces vingt départements ! Rien que cela ! Et la candidate de sonner l’alerte. Avec aujourd’hui cinq cent mille entrées de ces immigrés par an et un tiers des naissances qui sont d’origine extra-européenne, expose-t-elle, la France est à un point de bascule. Elle est menacée de disparition. Cela notamment en raison du fait que demain l’islam pourrait devenir majoritaire et que nous ayons alors à assister à « la fin de la liberté de conscience, de la liberté d’expression, de la liberté des femmes. » Maman de deux petites filles, la mère de famille ne se résigne pas – comme tant d’autres avec elle ! – à ce que ses enfants « grandissent dans une France où elles seraient étrangères ». Etrangères dans leur propre pays. C’est là « le combat que je veux mener au Parlement européen, conclut la candidate. Le combat pour la défense de notre identité et de nos frontières, pour que la France reste la France et l’Europe reste l’Europe. »
Carton rouge
Napoléon considérait qu’un bon croquis valait mieux qu’un long discours. Cette vérité de bon sens, la carte de Marion Maréchal – son carton rouge, serais-je tenté de dire – vient de l’illustrer une nouvelle fois. En effet, même si l’on se contente d’un coup d’œil rapide et distrait, on peut facilement avoir l’impression que l’on a sous les yeux une sorte de crêpe ou de gâteau de forme hexagonale dont une bouche vorace aurait gloutonnement dévoré toute une bonne partie, presque un quart. Et en effet, même vu sous cet angle-là, ça parle !
Selon un sondage IPSOS pour l’Institut Jonathas, 14% des Belges expriment une aversion pour les Juifs, deux fois plus que les Français. Ce chiffre monte à 22% à Bruxelles où 11% de la population a de la sympathie pour le Hamas. Alarmant.
On savait l’antisémitisme répandu en Belgique, ce sondage en apporte une nouvelle confirmation et montre que la perception des juifs s’est encore beaucoup dégradée depuis le 7 octobre avec l’augmentation d’actes antisémites, dénoncés par La Ligue Belge contre l’antisémitisme. Ce qui frappe dans le sondage, c’est qu’à chaque question, le préjugé antisémite est beaucoup plus important à Bruxelles qu’au niveau national : la capitale de la Belgique et de l’Europe compte 30 à 40% de musulmans.
Affolant
Ainsi, 16% des Bruxellois pensent qu’il y a trop de juifs en Belgique (contre 11% au niveau national), 29% qu’ils sont responsables des crises économiques (14%), 48% qu’ils se sentent supérieurs aux autres (34%), 47% qu’ils font subir aux Palestiniens ce que les Allemands ont fait subir aux juifs (35%). Sur l’ensemble du pays, 43% des musulmans pensent que «les Juifs belges ne sont pas vraiment des Belges comme les autres».
Ces chiffres sont affolants. Le constat n’est cependant pas sans défaut. Les conclusions de l’étude minimisent le facteur central de l’antisémitisme contemporain en Belgique qui est l’implantation, relativement récente, de l’islam. Elle met sur le même pied comme coresponsables de cette situation les musulmans, l’extrême droite et l’extrême gauche, ces deux dernières étant définies selon une méthode propre à l’Ipsos et représentant respectivement 4 et 2% de l’échantillon. Pourtant, l’extrême gauche et la gauche en Belgique, comme en France, ont pris massivement fait et cause pour les Palestiniens dans le conflit à Gaza, leurs actions s’accompagnant souvent de débordements antisémites. À l’inverse, le Vlaams Belang en Belgique et le Rassemblement national en France, des partis généralement, mais de façon contestable, qualifiés d’extrême-droite, ont plutôt montré de la sympathie envers Israël et n’ont été à l’origine d’aucun dérapage antisémite depuis le 7 octobre. Sans doute que ce nouvel Institut Jonathas, créé au début de l’année 2024, par des personnalités libérales de gauche, éprouve encore quelques difficultés à se débarrasser des anciens logiciels assimilant l’antisémitisme à la chrétienté ou à l’extrême droite. De nombreux autres signaux témoignent de cette triste réalité que les juifs ne sont plus en sécurité à Bruxelles. Les lieux communautaires juifs sont protégés par des plots de béton, des caméras et un sas d’entrée. Alors que le voile est omniprésent dans l’espace public bruxellois (porté par plus de la moitié des femmes dans certains quartiers), on ne voit plus de kippa dans les rues de Bruxelles. Une école juive située près de la Gare du Midi, quartier à dominante musulmane, a dû déménager après la multiplication d’incidents mettant en danger les adolescents juifs qui prenaient le métro. La Shoah n’est plus enseignée depuis belle lurette dans la majorité des écoles de Bruxelles. Sur le campus de la mal nommée Université Libre de Bruxelles, des étudiants juifs ont été harcelés et molestés après le 7 octobre.
La classe politique passive
Cependant, dès 2011, une étude du sociologue Mark Elchardus de la VUB (Vrij Universiteit Brussels) démontrait que la moitié des élèves musulmans bruxellois étaient antisémites. En réalité, la montée de l’antisémitisme est contemporaine de la croissance de l’immigration musulmane qui a connu une accélération à partir de l’an 2000. Le monde politique a fait comme les trois singes : ne pas voir, ne pas entendre, ne rien dire. Lors des commémorations de la Shoah, les autorités répètent la main sur le cœur que l’antisémitisme n’a pas sa place en Belgique, tout en assistant passivement à sa montée en puissance sans jamais vouloir la reconnaître. Le vote musulman est devenu indispensable aux succès des partis de gauche dont le poids électoral à Bruxelles, conséquence de l’immigration, est passé de 34 à 54 % en vingt ans. Face aux dizaines et désormais centaines de milliers de voix musulmanes, celles des trente mille juifs de Belgique, une vraie minorité celle-là, ne pèsent pas lourd. Nous sommes quelques-uns à avoir tenté, en vain, d’alerter depuis 20 ans sur cette tendance lourde que ni les médias, ni le monde politique n’ont voulu voir.
Mais ce sont peut-être les témoignages bouleversants de juifs de Bruxelles qui sont les plus parlants : «Arrivé de Hongrie en 1945, mon grand-père m’a toujours dit que la Belgique était un pays sûr pour les Juifs et que notre famille n’y risquerait jamais rien. Aujourd’hui, j’explique à mes enfants que leur futur n’est pas ici et qu’ils doivent se préparer à faire leur vie ailleurs», m’a confié un compatriote. Un autre, dont la famille a quitté la Turquie au début du XXème siècle, a déménagé au Portugal après le 7 octobre, observe : «Bruxelles est un territoire perdu par ses calculs politiques basés sur un communautarisme exacerbé. Contrairement à la France, il n’y a pas de vraie ligne rouge. Si le danger n’est pas immédiat, l’atmosphère ne laisse pas de place à un quelconque espoir». Le destin des juifs belges semble scellé, car ces témoignages valent toutes les analyses. La Belgique devient peu à peu Judenrein, tout en célébrant dans la joie et la bonne conscience, la grande messe du vivre-ensemble…
Le dernier spot publicitaire d’Apple pour l’Ipad Pro déclenche la colère des artistes.
Gaufre à la pomme…
Les publicitaires fautifs pourront toujours dire qu’il n’y a pas de mauvaise publicité ! Et que le plus important dans le domaine, c’est qu’un maximum de gens parlent de votre produit. Reste que le nouveau spot époustouflant d’Apple dévoilé le 7 mai (vidéo ci-dessous) n’a vraiment pas rencontré le succès espéré… Sur une vieille musique rétro de Cher, on y voit d’innombrables objets – qui sont autant de symboles de la créativité humaine – sadiquement détruits sous une énorme presse. Écrabouillés les instruments de musique, les œuvres d’art ! Entassés autour d’un piano vite recouvert d’une peinture qui jaillit comme du sang, une trompette, une sculpture, des disques, des livres, un jeu d’arcade ou une télévision voient se refermer mécaniquement sur eux les énormes mâchoires métalliques de la presse. Une fois le tout ratatiné, les pinces de l’immense machine s’ouvrent à nouveau, et le nouvel iPad Pro apparaît.
Le hic, c’est que les produits de la marque étant traditionnellement destinés aux créatifs, ces derniers n’ont pas apprécié cette prétentieuse démonstration : « Les gars se sont dit qu’ils allaient nous montrer toute la création humaine compressée dans une tablette incroyablement élégante. Mais le résultat final ressemble plus à toute la création humaine sacrifiée pour un gadget sans vie ! » observe The Hollywood Reporter, qui estime que cette publicité fournit la démonstration inverse du spot « 1984 » réalisé par Ridley Scott pour promouvoir le Mac, dans lequel la technologie libérait l’humain. En plus de sa minceur, le PDG de la firme Tim Cook a vanté le nouveau processeur M4 de sa tablette tactile, qualifié de « puce outrageusement puissante pour l’IA ». Mais à une époque où scénaristes, acteurs et artistes entament des poursuites judiciaires contre les spécialistes de ladite IA, comme OpenAI (ChatGPT), en les accusant de piller leurs œuvres, c’était exactement ce qu’il ne fallait pas souligner !
Apple a depuis présenté ses excuses, et promis que le spot ne serait jamais diffusé à la télévision. Mais dans la Silicon Valley, l’oppressant Tim Cook a décidé de laisser la vidéo sur ses réseaux sociaux.
À l’affiche du nouveau film de Roman Polanski (The Palace), l’actrice sort de son habituelle réserve pour défendre le réalisateur qu’elle aime et admire. Elle dénonce le maccarthysme MeToo, dont le but est d’intimider et d’humilier ; et rappelle que pour jouer, un bon acteur doit savoir « perdre » sa personnalité.
Causeur. Le Festival de Cannes déroule le tapis rouge à la « révolution #MeToo » et à ses héroïnes, les dénonciations de « comportements inappropriés » sur les plateaux de tournage pleuvent. The Palace, le film de Roman Polanski, ne peut être programmé normalement en France. Que vous inspire tout cela ?
Fanny Ardant. Avant de venir parler avec vous, j’ai réfléchi à ce que je voulais vous dire. En premier lieu ceci : dans notre société, tout est à vendre : l’information, l’art, le voyage, le sport, tout. Dans notre société capitaliste, tout se ramène au profit. Dans le cinéma, si un metteur en scène ou un acteur est pointé du doigt, on l’efface, parce qu’il met en péril la seule chose qui intéresse tout le monde : les affaires et le profit. Il ne sera aidé par personne. Cette société accepte en silence ce mouvement – #MeToo – parce qu’elle a peur. La peur, plus le profit, cela donne des gens qui se mettent à genoux. Vous pouvez attaquer n’importe qui, personne ne bougera pour le défendre parce que chacun protège ses intérêts : Ne plus être « engagé », ne plus gagner de l’argent, ne plus faire partie des « bienheureux du monde »… la plus grande peur !
La peur est humaine. Vous n’avez jamais eu peur ?
Quand j’ai eu 15 ans, j’ai su que la peur était mon plus grand ennemi. Vous vous laissez effrayer, vous l’acceptez ? Alors c’est fini. Votre vie ne sera plus votre aventure. J’ai compris qu’il ne fallait pas se laisser dicter par quiconque ses opinions, ce qu’on pense, ce qu’on aime, ce qu’on croit, ni écouter les mises en garde : qu’il ne fallait avoir peur de rien, à ses risques et périls. Je suis d’une nature mélancolique. Vous allez mourir très vite, votre vie n’a aucun intérêt par rapport à toute la longue histoire de l’Histoire, me disais-je. Alors la seule chose qui compte c’est : comment as-tu vécu ? Où t’es-tu situé ? As-tu pactisé ? Qu’as-tu défendu ? Pour quelles raisons ? La vie est si brève… Et tu es prêt à l’amoindrir en te déshonorant, c’est-à-dire en accusant, en ostracisant ? Tu as si peu de temps pour ce que tu aimes et dans ce en quoi tu crois… Alors cracher sur les autres ? Les traîner dans la boue ? C’est ça vivre ? De de toute façon tout le monde va être oublié.
En somme l’idée de la mort vous interdit de céder…
Très jeune, des personnes que j’aimais passionnément sont mortes, j’ai compris que tout était fragile et vulnérable. J’étais obsédée par le mot plus jamais … nevermore… mai più… tout va disparaître… cette conversation dans un café, ce sourire de l’autre côté de la rue, cet arbre qui bougeait dans le vent, plus jamais ça ne reviendra. L’idée de la mort ne m’a jamais quittée. Donc j’ai toujours pensé que se battre pour l’argent, pour le pouvoir, pour la gloire était grotesque. Ça pousse à l’infamie. Il y a toujours eu un combat en moi entre Jésus – la main tendue, le pardon plus que la justice, « que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre » –, et Bakounine, son coup de couteau. Ne jamais entrer dans aucun système qui veut vous diminuer. Ne jamais faire partie de ceux qui aboient contre un homme à terre. Me soumettre à un système totalitaire, je m’y refuse. La puissance d’une idéologie ne se reconnaît pas aux réponses qu’elle donne, mais aux questions qu’elle parvient à faire étouffer. Je ne sais plus qui a dit ça, mais ce mouvement, c’est la dictature de ce qui « achetable ou non » et donc à vendre. Au fond que cherchent-ils ? Qu’on n’ait plus de parole ? Plus d’honneur ? Qu’on soit facilement gouvernable ?
Quand on a perdu sa dignité, on est facilement gouvernable…
Oui. Rappelez-vous le maccarthysme. Le but c’était d’intimider les gens, de les faire s’humilier pour qu’ils en arrivent à dénoncer. Mais celui qui dénonce reste une balance ! En prison, c’est puni le plus gravement – par les autres. C’est une morale. Ma morale : je défendrai toujours les gens que j’aime, je ne les abandonnerai jamais. C’est grave de s’être sali, de s’être vendu, de s’être agenouillé pour RIEN. Un jour vous allez mourir. Vous perdrez tout… Donc pourquoi s’être sali ? Pour posséder ? J’ai toujours pensé qu’il valait toujours mieux faire partie de la résistance que de la majorité. Aujourd’hui on a fait entrer au Panthéon tous ceux de l’Affiche Rouge, là où leurs noms avaient été déshonorés. On placardera toujours des êtres humains pour les effacer. J’en reviens donc à mon obsession : tout est à vendre. J’ai une vision très noire du monde. C’est plus facile de diriger des masses qui pensent de la même façon. Ça a commencé en Chine. Il y a encore des petits ilots de démocratie. Tant que la justice sera indemne, c’est le dernier pilier…
Elle n’est plus tout à fait indemne. Car les médias exercent une pression extrême sur l’indépendance des juges.
Les grands acquis de la République, c’était : la justice, l’éducation et la santé pour tous. Que deviennent-ils, ces acquis ? Au fond, pourquoi tu veux la mort de quelqu’un ? Dans le peu de temps que vous avez, vous allez passer votre temps à cracher plutôt que d’aimer ?
Roman Polanski et Fanny Ardant assistent à la cérémonie de remise des « Prix du cinéma européen » au Théâtre national de Chaillot, Paris, 2 décembre 2000. Pierre Verdy/AFP
Tout cela nous est vendu au nom de la « cause des femmes ». Mais pourtant : pendant la montée des marches à Cannes, Juliette Binoche se met à pleurer, une fois de plus. Le lendemain, la presse parle des « femmes puissantes ». Être une femme puissante, c’est pleurnicher ? C’est dire « Je suis une pauvre petite victime » ?
Je ne suis pas une bonne référence. Je n’ai jamais voulu être une victime, je me suis toujours battue… à mes risques et périls. Il y a des femmes qui m’ont subjuguée. Simone Weil, la philosophe, elle m’avait ouvert l’Iliade, la culture grecque, l’humanisme, la complexité de chaque être humain. La pianiste Maria Yudina, qui défia Staline. C’était un être humain, avant d’être une femme. Marguerite Duras, son univers, son style, sa liberté, sa passion des hommes, de leurs corps, de leurs esprits. Embrasser l’humanité, plonger dans les contradictions et les douleurs, c’est exister complètement, vivre sans retenue ; se fracasser peut-être, mais rester libre ! Les femmes que j’admire n’ont jamais mis leur sexe en avant.
Vous disiez dans une interview : « Mais est-ce que cela vous définit vraiment, homme ou femme ? […] je disais que je ne me sentais une femme que devant les hommes… Il y a les différences du corps, c’est vrai, mais, à l’intérieur, tout le monde n’a-t-il pas cette pierre dure, qui s’appelle l' »être humain », avec ses révoltes, ses idéaux, ses défauts, ses qualités ? »
Oui, j’aime la provocation. Oui, je suis une femme quand je tombe amoureuse. Mais on est tellement de femmes différentes… Je peux penser comme un homme, mais aussi comme une femme, ou un fou ou une anarchiste, ou une illuminée.
Gérard Depardieu a écrit, lui aussi : « Je suis juste un homme… mais je suis aussi une femme, qui chante, et qui chante une femme, Barbara. »
Il disait aussi : « moi, je suis une herbe ». (Fanny Ardant mime un brin d’herbe, qui oscille avec légèreté.)
Dans un film sur Fellini, Donald Sutherland parle du tournage de Casanova – et pour Fellini, le plateau n’est pas la nursery qu’on prévoit d’en faire. Il dit : « Moi mon bonheur, c’était d’être comme un morceau de chiffon entre ses mains, et de prendre toutes les formes ».
Je comprends très bien ça. Je peux me dire à moi-même, quand j’arrive sur un tournage ou au théâtre : « Faites de moi ce que vous voudrez ». Très jeune on m’a demandé si, en étant actrice, je n’avais pas peur de perdre ma personnalité. Mais moi je voudrais bien la perdre, justement !
C’est aussi ce que disait Michel Bouquet…
Mais c’est très difficile de perdre sa personnalité. C’est comme le disque dur d’un ordinateur. Une vie, c’est une forêt inextricable. Pouvoir tout d’un coup entrer dans la complexité d’un personnage, dans les circonvolutions psychologiques d’un autre… La littérature ouvre à ça. Je suis née dans une famille où il n’y avait pas de cinéma, le théâtre n’existait pas. Il y avait l’opéra, la musique, mais surtout, la littérature. J’ai commencé à lire très jeune, il y avait une immense bibliothèque. Très vite, j’ai pensé que ce qui est beau doit se partager. Se lever et dire tout haut ce qu’on lit tout bas. Je n’avais jamais pensé faire du cinéma. Pour moi c’était le théâtre. Deux pendrillons noirs, un rideau qui s’ouvre. Je suis entrée dans ce métier comme on entre dans une histoire d’amour, avec passion. Je ne crois pas à la carrière. Je ne crois pas au pouvoir, Je ne crois pas à l’argent. Je ne crois pas à la gloire. Si vous misez là-dessus, vous êtes un abruti. Vous êtes passé à côté de la vie.
La scène, les spectateurs, tout ce qui fait que ce moment existe, et ne disparaît jamais…
Voilà. Neuf fois sur dix au théâtre vous vous ennuyez. Mais quand c’est fort, c’est inoubliable. Le théâtre c’est la puissance du verbe, c’est l’alchimie entre celui qui parle et celui qui écoute. On peut avoir vu dix fois Tartufe ou La Mouette, en étant resté calme et indifférent, et puis il y a cette fois magique où vous êtes soudain bouleversée, parce que c’était cette parole-là dite par cette personne-là, dans cette mise en scène-là, dans cette disposition de votre âme. On ne peut pas l’expliquer. C’est la magie du théâtre, du vivant, de l’instant éphémère. Tant qu’il y aura de l’humain sur terre il y aura du théâtre.
Roman Polanski vous a dirigée au théâtre…
Je me souviens que Roman– on jouait Master class –, trouvait que le spectacle s’était dévoyé. Que les chanteurs voulaient trop faire rire le public. Alors après plusieurs représentations, il m’a dit : « Tiens, lis ça, et va sur la scène ». Il était six heures, on commençait à jouer à huit heures. Et là, je lis, et c’était le conseil d’Hamlet aux acteurs, dans la scène du théâtre dans le théâtre : « Renoncez au plaisir de faire rire une salle d’imbéciles pour faire sourire un homme intelligent ». C’est resté comme en lettres d’or. Il y a tellement de choses à dire sur Roman… C’est à travers lui que j’ai compris que le théâtre, c’est très pragmatique. Un metteur en scène ne t’apprend pas à penser. Il te regarde, il t’écoute et il voit ce qui ne va pas, qui empêche de grandir. C’est quelqu’un qui travaille la terre. C’est un jardinier. Et qui dit : « tu as parlé trop vite », ou bien : « ce geste n’est pas juste ». Je me rappelle – je cite toujours cet exemple : quand Maria Callas (que je jouais) entrait pour diriger sa master class, j’arrivais, ils applaudissaient,etje les arrêtais tout de suite en disant :« Pas d’applaudissements, on est là pour travailler ». J’avais ouvert les bras. « Mais non, on dirait le Christ ! Arrête-les, comme ça ! », et il m’a montré. (Fanny Ardant mime : les deux mains levées devant elles, pour faire « stop ! »). Voilà. Un geste, c’est tout.
Et dans la vie, c’est ce geste qu’on ferait…
Oui. J’aimais beaucoup travailler avec Roman parce que je me sentais protégée. Et puis j’adore les gens passionnés. Si le metteur en scène s’énerve, ce n’est pas grave. Je peux m’énerver moi aussi. Un journaliste avait critiqué le comportement de Callas dans ses master class, parce que souvent elle disait (accent grec) : « Arrêtez-vous, ce n’est pas bien du tout !» Il la trouvait trop dure. Je lui ai dit : « Vous savez ; quand on est en quête de l’absolu, on n’entend pas ça, on est guidé par une voix intérieure qui vous dit : « vas-y, vas-y ! » » J’aime l’énergie de Roman sur un plateau. Il se passionne pour tout, pour les moindres détails, il improvise, il invente, il cherche. J’aime sa conversation toujours éclectique. Je me souviens avec mélancolie des rencontres entre Georges Kiejman et Roman. Rien n’était insipide. Il y avait toujours de la passion dans leurs échanges. J’adore les caractères forts, les personnalités, sinon on ne sait plus où on est. J’aime l’affrontement, la dialectique, tout ce qui pousse à forger son opinion. Je respecte quelqu’un qui ne pense pas comme moi. Mais il doit me prouver qu’il a raison. Et ce n’est pas parce qu’on pense différemment qu’on ne peut pas être amis.
Mais aujourd’hui, on veut vous détruire sans être capable d’argumenter…
C’est le début du totalitarisme. Tu n’es pas avec moi, tu es contre moi. C’est ce que je disais à cet homme magnifique de la télévision suisse [Jérémy Seydoux, Léman bleu], à propos de ce petit livre, de Stefan Zweig sur Calvin, Conscience contre violence. Calvin voulait un retour de la pureté dans l’Église qui sombrait dans la débauche et les exactions. Il avait raison au début, mais il s’est perverti dans sa quête, et pour asseoir son pouvoir il a condamné au bûcher ceux qui s’opposaient à lui. Je me souviens aussi de La Lettre écarlate, un roman américain sur les puritains, où on stigmatise la femme adultère en la marquant de la lettre infamante.
La marque d’infamie, à jamais indélébile, imprimée par une société. Pour mettre au pas…
Il y a toujours eu des mouvements violents de répression de la liberté dans la société : l’Inquisition, Savonarole, etc…Leur puissance s’imposait par la violence. Mon seul rapport à la société est politique. J’ai toujours pensé que les groupes réduisaient l’intelligence. Ce que j’aime, dans chaque être humain, c’est sa richesse, sa différence, ses contradictions, son ombre, sa lumière. Dans un groupe, tout doit être homogène, même à l’intérieur de soi, donc on amoindrit, on rabaisse l’être humain au profit d’une idéologie. On se diminue pour obéir. Je ne me suis intéressée qu’au mouvement anarchiste, mais je n’ai jamais fait de prosélytisme. Chacun a sa voie. La littérature, le cinéma, le théâtre, la peinture ne sont pas là pour faire des êtres humains de « bons citoyens » – selon les critères coercitifs du moment –, mais pour explorer et développer l’esprit et le cœur, ouvrir des mondes, agrandir sa vision de la vie, de l’être, de l’âme. Faut-il brûler Marguerite Duras qui disait : « La littérature doit être scandaleuse » !
Les critères édictés par #MeToo aujourd’hui ?
Je n’en suis pas. C’est pour ça qu’on a tout de suite commencé la conversation sur la peur. Je n’ai pas envie de rentrer dans le rang ! Et quand Macha Méril crache sur François (Truffaut), ce n’est pas grave, parce que c’est tellement infâme que ça rejaillit sur elle. Les êtres ont leur vie, leur oeuvre parle pour eux.
Aujourd’hui, ce sont des artistes et des hommes qu’on efface sans discontinuer…
La mort sociale, c’est la pire lâcheté, parce que c’est un assassinat dénié, à l’abri d’un groupe, et enrobé de ce faux truc : la « bienveillance ». Je préfère quelqu’un qui vient avec un couteau : au moins c’est assumé. Malgré tout,je disais à Gérard : « On ne peut rien t’enlever, Gérard, tu as vécu,tu as donné, tu as reçu !Allez, une nouvelle vie commence ! ». Je sais… provocation encore… Mais j’exècre tout ça, cette volonté doucereuse d’écraser un homme.
L’essentiel, pour vous, dans la vie, dans l’art, c’est la loyauté, et la liberté ?
C’est la passion. À mes débuts d’actrice, j’ai dit à Serge Rousseau, mon agent : « Un acteur, plus son rôle est court, plus il doit être bien payé. Alors que le premier rôle doit être moins payé, parce qu’il a la joie de jouer ce rôle. » Finalement la seule richesse, c’est d’aimer ce que l’on fait par dessus tout. Aucune passion mise dans ce que l’on fait ne peut être monnayable. Et le plus grand luxe c’est de ne faire que ce que l’on aime
Ça c’est magnifique… Et que pensez-vous de cette sorte de peur de l’amour et du sexe que l’on observe aujourd’hui ?
Alors là aussi, je suis la femme à abattre, parce que je pense que c’est une des raisons de vivre la plus passionnante. J’aime les femmes libres, qui remettent leur vie en jeu par amour, qui brûlent. Même si elles perdent, elles restent des reines. C’est pour ça que j’aime tellement les Grecs, et ce livre sur l’Iliade, Le poème de la force. Les héros grecs sont toujours un mélange d’ombre et de lumière, d’un côté, tueurs sans regret, et tout d’un coup une autre fulgurance, la main tendue, la compassion. J’aime Caravaggio : celui qui croyait en Dieu et celui qui le bafouait. J’aime Pasolini et ses éclats de génie qui, déjà, dérangeaient tellement la pensée unique des groupes politiques les plus divers.
Dans Les Dieux ont soif, il y a une phrase ironique, au sujet de Robespierre : sa « sagesse » fera « du bourreau un jardinier qui ne tranchera plus que les têtes des choux et des laitues », et prépare « les voies de la clémence en exterminant les conspirateurs et les traîtres », afin qu’on puisse « être indulgent sans crime ».
Et pour éviter d’avoir la tête tranchée :peur, soumission,délation … l’Histoire n’est qu’un éternel recommencement de collaboration, d’épuration, de dénonciations … « La course n’a pas de fin… »
Revenons à Polanski. Et à ce film, The Palace, que tout le monde a peur de programmer, et sur lequel on crache.
Ce que j’aime,dans ce film, c’est l’insolence. Et puis en quelques traits – les personnages, les situations – tout est dit sur l’absurdité de notre monde, sa cruauté, sur la bêtise qu’apporte l’accumulation et le pouvoir de l’argent. J’imaginais Roman, avec son copain polonais Skolimovski, quand ils écrivaient… L’impertinence du dernier plan ! Cette force et cette énergie sacrée de l’adolescence et de l’enfance toujours là, de choisir de rire plutôt que de sermonner. … Vous vous rappelez, Hara-Kiri, pour qui on pouvait se moquer de tout ? C’est ça ! En désespoir de cause, rire.Si on veut enlever ça, eh bien, c’est une société dictatoriale sans pensée consistante, dans laquelle on regardera ce que tu dis, on regardera qui tu défends… et tu seras rayé.
L’insolence, la puissance créatrice : ce n’est pas pour rien que Polanski a interprété Mozart sur scène. Il y a une telle parenté…
Il a cette légèreté, cette intelligence et cette grande sensibilité… Roman s’intéresse à tellement de choses… On peut lui parler de tout, d’idées bizarres, de choses très concrètes. Il vous fait découvrir des auteurs, il argumente, il se passionne, il est vivant. VIVANT ! Et j’aime son histoire d’amour magnifique avec Emmanuelle.
Dans un documentaire sur Pirates, il explique comment il dirige les gens. Il fait tous les rôles. À un moment ildit : « Je suis comme un chef d’orchestre qui dit au violon : « un peu plus comme ça ». Et il mime même le violon. Une infinie plasticité…
J’ai un croquis d’une femme qui venait dessiner pendant les répétitions, et on le voit. Il est là. Il fait tout. Un exemple : je portais un costume de chez Armani, et comme l’émotion fait transpirer, on l’envoyait chez le teinturier. La personne revenait en disant que le teinturier ne pouvait pas enlever les auréoles blanches. Et Roman : « Mais ça se frotte, c’est du sel ». Il est pragmatique : sur l’éclairage, sur ci, sur ça, sur ce détail, sur cette intonation. L’homme-orchestre, oui. Et comme il est acteur, il sent à l’intérieur de lui comment on peut parler à un acteur.
N’êtes-vous pas frappée par autre chose encore : sa profonde connaissance des êtres humains ? L’état mental de Carol dans Répulsion par exemple, quelle exactitude ! Comme Tolstoï dans Anna Karénine, la scène dans la calèche, avec tout ce qui la traverse avant son suicide. Savoir tout ça, avec autant de justesse…
Ça, ce sont les grands humanistes. Ceux qui ont connu des choses très diverses. Quand je pense à l’arc de la vie de Roman, je connais très peu d’hommes qui ont vécu tout ça. Il a traversé tant de choses. On ne sait rien de ça, parce qu’il est très pudique. Il a beaucoup lu, il a beaucoup vu, et pour moi, c’est ça l’humanisme… Les souffrances, mais les souffrances qui ont ouvert le spectre, sans rendre amer. Toutes les choses qui lui sont arrivées, ça ne l’a pas amoindri.
Fanny Ardant dans La Blessure et la soif de Laurence Plazenet (mise en scène de Catherine Schaub), au Studio Marigny à Paris, 15 avril 2024. Émilie Brouchon
Comment est-il sur un tournage ?
Il a une activité incessante, il voit tout : et l’ingénieur du son, et le truc, et le machin, et le sac, et le chien et son os… Et puis il improvise ! Ce que j’aime, c’est qu’il parle à l’acteur comme à quelqu’un de souple. Il lui accorde ce crédit. Dans l’histoire du monde tout a été fait. Tout a été dit. Tout a été montré. Mais ce sont les détails qui comptent et qui sont intéressants et qui font un vrai metteur en scène. Et comme acteur, vous vous dites : « Je vais entrer dans ce détail ». C’est excitant. Ce que je privilégie, c’est l’intensité du moment… cet instant qui ne reviendra jamais plus.
La passion du moment, c’est une belle définition de la vie…
Et l’imagination, les contrastes. Je me rappelle dans Vivement Dimanche, les rapports entre Nestor Almendros, très poétique, rêveur, et François Truffaut, pragmatique, rieur et inquiet. J’aimais beaucoup ça. François a imaginé Vivement dimanche à cause d’une scène qu’on avait tournée avec Gérard dans La Femme d’à côté, où il me voyait passer en ombre. Il s’est dit : « Elle serait bien, en héroïne de roman noir ». L’imagination est un fleuve et une terre. Les metteurs en scène sont comme les chiens dans les forêts, qui vagabondent, hument et cherchent. Je me souviens du tournage de Vivement Dimanche comme d’un verre de champagne que l’on brandit à la Vie à l’Amour et au Cinéma.
Oui, il y a une légèreté, un rythme…
Il était très admiratif de The big sleep, un film de John Huston où on ne comprend pas tout mais où on est captivé. On se souvient toujours de quelque chose dont on a subi le charme sans tout comprendre.
Vous aimez les tournages…
OUI, beaucoup.C’est un privilège de faire un film, comme d’être invitée à une fête. Je ne sais pas dire comment a tourné un tel ou un tel. Je ne suis pas une théoricienne du cinéma. Le seul point commun, pour moi, des grands metteurs en scène, c’est la passion qu’ils mettent à faire leur film, ils savent très bien que c’est une grâce d’être là, qu’il y a un début, un milieu, une fin, et qu’il ne faut pas gâcher un seul moment. Ils savent qu’il faut remettre sans arrêt ses billes en jeu, car rien n’est jamais acquis. J’aime ça. Il ne faut pas faire ce métier par stratégie car on ne sait jamais quand arrive la pluie.
Vous avez dit au sujet de la pièce de Laurence Plazenet (que vous jouez à Marigny): « Un chant d’amour, c’est le meilleur rempart contre toute cette nouvelle société ».
Oui. L’amour sauve de tout.
Mais si on a peur d’aimer ?
Peut-être que la vengeance prend la part que l’amour laisse libre ?
Vous parlez d’un chant, car ce texte est très beau…
Je me suis sauvée des chagrins d’amour, ou de la solitude des chambres d’hôtel par la littérature. Les livres… Est-ce qu’un jour je n’aurai plus la passion des livres ? Vous pensez que ça s’en va ? NON !
Plus on lit plus on a envie de lire…
Oui ! Et puis cette frénésie quand on arrive dans une librairie, les quatrièmes de couverture… Tous les livres que j’aime, j’en parle sans arrêt. J’aime passionnément Eugène Onéguine, de Pouchkine, traduit par André Marcowicz, qui est un génie. Il remet les octosyllabes en français avec les rimes, c’est un travail de fou ! Qu’au 21e siècle, il y ait encore quelqu’un qui peut rester devant son bureau pour faire ça, alors le monde est sauvé ! Ma première découverte de Proust : c’était dans cette maison, au milieu de la forêt, avec une bibliothèque de fou. La nuit, j’étais dans mon lit, et mon frère dans sa chambre, porte ouverte, lisait Proust tout haut. Je devais avoir treize ans, je ne comprenais rien. Alors, à quinze ans, je me suis mise à le lire. Si je ferme mes yeux, À la recherche du temps perdu, c’est trois mois de grandes vacances, et de l’avoir d’abord entendu dans le noir, lu par quelqu’un que j’aimais. Et ne trouvez-vous pas, quand vous avez fini de lire Proust, que cet homme a écrit pour vous ?
Il le dit lui-même : « Car ils ne seraient pas, selon moi, mes lecteurs, mais les propres lecteurs d’eux-mêmes, mon livre n’étant qu’une sorte de ces verres grossissants comme ceux que tendait à un acheteur l’opticien de Combray ; mon livre grâce auquel je leur fournirais le moyen de lire en eux-mêmes. »
Le Conseil constitutionnel l’a décidé fin mai : l’aide juridictionnelle doit être accordée systématiquement et gratuitement aux étrangers, même en situation irrégulière. Une générosité de l’État avec l’argent de ses contribuables…
À quelques jours des élections européennes et à l’heure où le Rassemblement national est au plus haut dans les intentions de vote, les Sages de la rue Montpensier ont décidé de soutenir vigoureusement cette flambée électorale sans précédent en permettant aux étrangers en situation irrégulière de bénéficier de l’aide juridictionnelle dans les affaires civiles. Précisons qu’une telle mesure ne fera que soutenir l’idée que l’État est incompétent à juguler son immigration qu’il finance et soutient, leitmotiv des listes RN et Reconquête !
Plus particulièrement, des « salariés en situation irrégulière » – nous apprécierons déjà à ce stade cette exception française – ont transmis à la Cour de cassation une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) par le truchement de leurs avocats, à l’occasion d’un contentieux prud’homal, concernant le refus de l’attribution de l’aide juridictionnelle. Les magistrats du quai de l’Horloge ont saisi le Conseil constitutionnel, lequel a décidé le 28 mai que « subordonner l’octroi de l’aide juridictionnelle au caractère régulier du séjour d’un étranger était contraire à la Constitution. »
C’était pas au contrat !
Il est vrai que l’article 3 de la loi du 10 juillet 1991 réservait l’aide juridictionnelle aux justiciables de nationalité française, aux ressortissants de l’Union européenne et aux étrangers en situation régulière, qui sont tous soumis à des conditions de ressources évidentes. Dès lors que l’aide juridictionnelle, dont le budget avoisinait en 2023 la somme de 600 millions d’euros, est financée exclusivement par de la dépense publique et donc les impôts des contribuables, elle était réservée aux signataires de notre contrat social et par extension à ceux partageant le drapeau européen. Il s’agissait d’une conception logique conforme au principe de simplicité du rasoir d’Ockham.
Par exception, le législateur a souhaité accorder l’aide juridictionnelle aux étrangers en situation irrégulière, mineurs ou impliqués dans une affaire pénale… puis à ceux faisant l’objet d’un arrêté d’expulsion ! Les premiers coups de canifs au contrat social étaient donnés. Désormais, par une interprétation détorquée de concepts philosophiques et juridiques tirés de la Révolution française et de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, d’égalité et de solidarité (articles 6 et 16), un individu se maintenant illégalement sur le sol français a sa défense prise en charge par la collectivité pour l’ensemble des contentieux qu’il est amené à rencontrer… et évidemment dans le cas singulier où l’État lui-même chercherait à l’expulser en raison de sa situation irrégulière !
Associations gavées d’aides publiques
Pourtant, rien ne faisait obstacle à ce qu’un individu en situation irrégulière puisse accéder à la justice et faire valoir ses droits, au sens de la Constitution et de la CEDH, dès lors que son accès est gratuit en France. Raison pour laquelle, dans ce cas précis, les salariés en situation irrégulière ont pu saisir le Conseil des prud’hommes et transmettre une QPC, d’autant plus qu’un tel mécanisme juridique nécessite un accompagnement juridique sur-mesure. De nombreuses associations encadrent en effet ces justiciables, en leur apportant un soutien juridique d’ampleur à l’instar de la Ligue des Droits de l’Homme, pour lesquelles des avocats exercent régulièrement en « pro bono », c’est-à-dire gratuitement. C’est sans compter les avocats dont les honoraires sont, dans certains cas, généreusement réglés par ces mêmes associations bénéficiant d’aides publiques.
Tandis que de nombreux Français, dont les revenus sont légèrement supérieurs aux seuils légaux pour accéder à l’aide juridictionnelle, se retrouvent démunis et ne bénéficient d’aucune aide sociale, leurs voisins en situation irrégulière sur le sol français peuvent désormais compter sur un avocat aux frais de l’État, en toutes circonstances ! Inutile de préciser que l’enveloppe consacrée à l’aide juridictionnelle devrait naturellement atteindre des sommets paroxystiques l’an prochain, à l’heure où les dépenses publiques sont pourtant visées par la Cour des comptes.
En effet, la Cour des comptes a exploré des pistes explosives pour réduire drastiquement les dépenses publiques dans un rapport rendu public le 29 mai – soit la veille de la décision litigieuse du Conseil constitutionnel ! –, à commencer par « modifier les paramètres de l’indemnisation des arrêts de travail » en imposant un délai de carence de huit jours pour verser des indemnités aux salariés. Réduire les droits des Français pour permettre d’en conférer davantage aux étrangers en situation irrégulière… une logique contestable pour le commun des mortels sauf pour les quelques-uns confortablement installés et drapés dans les ors de la République.
D’ailleurs, nous noterons que le parti Les Républicains avait demandé le 13 avril à organiser un référendum d’initiative partagée sur l’accès des étrangers aux aides sociales. La démarche était légitime compte tenu de l’anomie migratoire manifeste : conditionner le versement des prestations sociales non contributives à une durée minimale de séjour en situation régulière (de trente mois à cinq ans), transformer l’aide médicale d’État en aide médicale d’urgence, supprimer les réductions tarifaires prévues dans les transports en commun pour les étrangers en situation irrégulière, intégrer les centres d’hébergement des étrangers dans le décompte des logements sociaux et rendre impossible le maintien des déboutés du droit d’asile dans les hébergements prévus au titre du dispositif national d’accueil. Ce même Conseil constitutionnel avait, selon une interprétation sibylline, estimé que les dispositions portées par Les Républicains étaient contraires à la Constitution et poursuivait ainsi « une politique progressiste d’ouverture à l’immigration », selon le Sénateur LR Bruno Retailleau.
En définitive, la décision très contestable du Conseil constitutionnel du 28 mai n’est que la suite logique de cette générosité sans limite avec l’argent du contribuable. François Hollande nous avait prévenu : « Ce n’est pas cher, c’est l’État qui paye ! », autrement dit, nous tous. Une telle décision, insusceptible d’appel, ne peut faire l’objet d’aucun recours, et ne peut être réformée que par un référendum, le législateur étant ici totalement démuni. Cette acatalepsie juridique conforte la très décriée perte de confiance des justiciables, contribuables et citoyens envers les institutions de la République, et d’autant plus envers celles qui décident et imposent leurs dogmes, sans bénéficier directement de l’onction démocratique.
Être français ne va plus de soi. Or les maltraités, trop passifs, ne méritent pas leur sort. La montée de l’antisémitisme islamisé s’est accompagnée de la haine de la France française, au nom de l’universalisme déraciné et de la repentance perpétuelle. La « fierté française », qui emplit les discours des Jeux olympiques, est un leurre.
Fausse bonne nouvelle. En apparence, les dirigeants politiques ouvrent un œil, dérangés par la France qui se délite et laisse venir la guerre civile, en Nouvelle-Calédonie comme à Mayotte ou en métropole. Cependant, les somnambules restent engourdis par le sirop du « vivre-ensemble ». Certes, ils parlent avec des mots qu’ils reprochaient hier à la « fachosphère ». Ils s’alarment ainsi du nouvel antisémitisme, observable depuis trente ans dans les cités. Il explose depuis le pogrom du 7 octobre contre Israël. Les dénégationnistes reconnaissent enfin l’entrisme des Frères musulmans déguisés en agneaux blessés. « Ils attaquent tous les pans de la société et se constituent en réseaux », explique même Gérald Darmanin (JDD, 5 mai). Le ministre de l’Intérieur admet que l’islam politique a subverti « le sport, l’éducation, la médecine, la justice, les organisations étudiantes et syndicales, les ONG, la vie politique, associative, culturelle ». Mieux vaut tard que jamais. Toutefois, la lucidité des traîne-savates se heurte à leur croyance en la « diversité » – que Renaud Camus qualifie de « pire ennemi du divers[1] » – qui interdit toute distance avec l’étranger. Ceux d’en haut refusent d’aller à la source de la haine antijuive et antifrançaise. Cette curiosité les obligerait à admettre leur responsabilité dans les désastres causés par une immigration de masse promue depuis un demi-siècle. Majoritairement musulmane, cette population protégée bouleverse l’identité du pays, en lui imposant ici et là une colonisation perméable à l’hyperviolence des narcotrafiquants.
Pin–pon–pin
Les pyromanes ne peuvent éteindre leurs incendies. C’est pourtant à eux que le gouvernement a fait appel, le 6 mai, lors des assises contre l’antisémitisme. Parmi les participants à ce « sursaut » ont été conviés ceux qui n’ont de cesse, au nom de l’antiracisme et des droits de l’homme, de valoriser la société ouverte et multiculturelle, terreau du racialisme et de l’islam remplaciste. C’est ainsi que SOS Racisme, La Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme ou le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples ont été invités à réfléchir aux causes de la montée de l’antisémitisme. Mais comment attendre de ces mouvements qu’ils reconnaissent leurs fautes dans la communautarisation du pays et la sacralisation des minorités raciales ? Comment espérer de ces donneurs de leçons qu’ils admettent leur responsabilité dans le nouvel antisémitisme, ou le racisme antiblanc qui veut tuer des Caldoches ? Comment croire qu’ils viendraient à s’excuser d’avoir poursuivi en justice les voix trop libres, coupables de dénoncer les banlieues querelleuses ? Ces pharisiens consacrent encore leur temps à culpabiliser les Français inquiets et à leur interdire de se plaindre de leur sort.
Le mépris officiel porté aux gens ordinaires, qui refusent de disparaître est au cœur du saccage de la douce France. « Populisme ! » demeure l’injure de ceux qui n’admettent pas leurs torts. Même le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), Yonathan Arfi, persiste à marginaliser ceux qui, trop français à son goût, se solidarisent d’Israël dans sa résistance à l’islam suprémaciste et judéophobe. « Les Juifs se sont toujours tenus massivement à l’écart des partis populistes », assure Arfi (Le Figaro, 6 mai), sans mesurer que bien des compatriotes juifs se tournent vers le RN. Cette tartufferie est reprise par Gabriel Attal qui, lors du dîner du Crif, a dénoncé « le cynisme absolu de ceux qui disent soutenir les Français juifs par réflexe antimusulman ». Le procès en xénophobie fait à ceux qui critiquent l’immigration irraisonnée dissimule la lâcheté d’une classe politique qui a renoncé à protéger son peuple. Seuls les Canaques hostiles au métissage sont en droit de dénoncer la « colonie de peuplement » des métropolitains. Aimé Césaire a pu pareillement critiquer sans problème, en 1977, un « génocide par substitution », parlant de sa Martinique trop ouverte aux Blancs de l’Hexagone. En septembre 2003, le président Jacques Chirac s’était cru inspiré en déclarant : « Il faut surtout se préoccuper du sort des Pygmées, qui sont l’un des peuples les plus menacés de disparaître. » Depuis, l’indifférence portée à la dissolution des Français dans une société liquide, remplaçable et indifférenciée, n’a fait que s’accentuer.
Jul et le Conseil constitutionnel contre la France
Être Français ne va plus de soi. Or les maltraités, trop passifs, ne méritent pas leur sort. La montée de l’antisémitisme islamisé s’est accompagnée de la haine de la France française, au nom de l’universalisme déraciné, de la préférence étrangère, de la repentance perpétuelle. La « fierté française », qui emplit les discours des Jeux olympiques, est un leurre. L’artifice cache une honte des élites à se réclamer de la France profonde. C’est le rappeur marseillais Jul, qui chante « Te déshabille pas, je vais te violer », qui a ouvert le parcours de la flamme. Président du Conseil constitutionnel, Laurent Fabius dit son dédain pour la France quand il juge contraire à la Constitution la préférence nationale « appliquée de façon systématique » (Le Monde, 7 mai). Mais qu’est-ce que la préférence nationale, sinon la reconnaissance de la citoyenneté attachée à la nation, identifiée à un peuple ? Lorsque l’écrivain Seth Greenland voit le sionisme comme le droit qu’ont les juifs à « mériter un État où ils peuvent être en sécurité » (Le Figaro, 7 mai), il exprime plus généralement le sentiment des peuples inquiets pour leur survie. Les Français sont de ceux-là quand, à la veille des élections européennes du 9 juin, ils disent à 91 % se sentir « en priorité français » (sondage Odoxa). Ils sont prêts à sortir de leur léthargie.
Le peuple trahi ne peut cautionner plus longtemps un système politique suicidaire, qui met trente ans avant de reconnaître du bout des lèvres la haine qui partout s’enkyste dans les minorités, sans établir le lien avec l’immigration de peuplement. Le rejet du Français est derrière le rejet du juif, tous deux coupables de vouloir survivre. Attendre trente ans avant de s’en inquiéter ? La France déglinguée ne sera plus qu’un souvenir.
Il y a cinq ans, sur les plages de Normandie, l’Américain Tom Rice a sauté en parachute à 98 ans, comme il l’avait fait dans la nuit du 5 au 6 juin 1944. Aujourd’hui, les quelques survivants viennent en chaise roulante. La page est tournée, mais n’oublions jamais que si le débarquement allié avait été un échec, l’Europe pour laquelle nous allons voter aurait une toute autre allure qu’aujourd’hui, qu’il n’y aurait pas de radio juive pour en parler1 et, surtout, pas de Juifs pour l’écouter. Nous avons du Débarquement allié les images héroïques de combats d’où les civils sont absents. Mais le 6 juin, il y eut aussi de violents bombardements sur des villes normandes comme Vire, Coutances ou Lisieux dans le but explicite que les destructions puissent retarder l’arrivée des renforts allemands. Les semaines suivantes, car la bataille de Normandie a duré trois mois, ce fut le tour du Havre, de Caen, Rouen ou Évreux… Des milliers de morts dans la population civile et des motivations militaires pas toujours évidentes. Cela ne retire évidemment rien au bienfondé du Débarquement. Ceux qui ont protesté alors le plus haut n’étaient pas des organisations pacifistes, mais des collaborateurs du nazisme.
Le Mur de l’Atlantique, la massive défense littorale construite par l’Organisation Todt, n’était pas achevé et les informations, fournies notamment par la résistance française, ont permis de bombarder les installations, mais là où celles-ci sont restées intactes, comme à Omaha Beach, le débarquement a été sanglant. Parmi les 150 000 soldats, anglais, américains ou canadiens qui ont débarqué le matin du 6 juin 1944, 4500 environ sont morts sur les plages.
La résistance a beaucoup aidé les Alliés, mais seuls les 177 Fusiliers Marins du Commando Kieffer ont débarqué le 6 juin et il faut attendre le 1er août pour que la 2e DB de Leclerc arrive en France. Le 15 août en revanche, la 1ère armée française est présente dès les premières heures du débarquement de Provence. En six semaines la France a effacé aux yeux des Alliés son image de pays collaborateur du nazisme, alors même que la Milice continuait de sévir. L’accueil enthousiaste fait par la population à de Gaulle à Bayeux le 14 juin, puis la rapidité avec laquelle celui-ci a mis en place une administration efficace des zones libérées l’ont rendu incontournable et ont peut-être évité une mise de la France sous tutelle américaine. Mais après la guerre, les séquelles de l’animosité personnelle profonde de Roosevelt envers de Gaulle ont pesé – et pèsent peut-être encore – sur la politique extérieure française. On voit aujourd’hui avec Biden et Netanyahu que les relations humaines entre dirigeants ont aussi leur importance…
À 1500 km de distance des plages du Débarquement, c’était un jour comme un autre à Birkenau. Entre 6 et 8 000 Juifs étaient gazés ce mardi 6 juin, comme la veille et comme le lendemain, bien plus chaque jour que de soldats morts sur les plages de Normandie. Les Alliés étaient au courant: le rapport Vrba-Wetzler du 27 avril, du nom des deux Juifs évadés d’Auschwitz, qui décrivait avec précision l’extermination des Juifs, était à la disposition des responsables américains. Les services de photographie aérienne possédaient par ailleurs des photos qui n’avaient intéressé personne sur les installations de Birkenau. Des bombardements susceptibles de freiner l’extermination étaient techniquement possibles. Désormais, l’Agence juive aussi les réclamait, elle qui y avait été longtemps réticente. Mais le programme ne fut pas modifié : il donnait la priorité au bombardement de tout ce qui pouvait aider l’effort de guerre allemand. Entre le 15 mai et le 9 juillet, 350 000 Juifs hongrois ont été assassinés. Je ne pense pas que cela ait été un détail de l’histoire…
Le 6 juin, où en étaient les autres fronts ? Rome avait été libéré deux jours plus tôt après la difficile bataille de Monte Casino, mais l’Italie était désormais un terrain de campagne secondaire.
Sur le front de l’Est, en revanche, les Soviétiques venaient de finaliser leurs plans pour l’opération Bagration. Presque concomitante à la campagne de Normandie, mais complètement éclipsée par celle-ci dans la mémoire de l’Occident, Bagration est considérée par plusieurs experts comme la plus grave défaite allemande de la guerre. En fixant les réserves allemandes, il est indéniable que l’URSS a contribué au succès, qui fut long à se confirmer, de la campagne de Normandie. Pourtant Poutine n’a pas été invité en Normandie, alors que Zelensky est présent.
Cette non-invitation est normale. Les médias russes accusent continuellement les Ukrainiens d’être des nazis. Or, tous les témoignages indépendants concordent sur la faible influence aujourd’hui de l’idéologie nationaliste de type bandériste, d’après le nom de son chef le plus connu, Stefan Bandera, cette idéologie qui a effectivement conduit ses émules à l’alliance avec les nazis et à une responsabilité accablante dans certains des pires crimes commis contre les Juifs pendant la guerre. Traiter les dirigeants ukrainiens d’aujourd’hui de nazis n’est pas une opinion, c’est une diffamation. Et nous qui entendons tous les jours Israël se faire traiter d’État nazi, nous savons comme cette diffamation est ignoble.
L’homme qui pendant presque deux ans a été le meilleur allié de Hitler et qui aurait volontiers continué ce compagnonnage si le Fuhrer n’avait pas envahi son pays le 22 juin 1941 s’appelait Joseph Staline et c’est un des maitres à penser de Poutine. Tous les témoignages concordent sur la stupéfaction de Staline quand le pacte qu’il avait conclu avec Hitler a été violé par celui-ci. Cette partie de l’histoire est aujourd’hui entièrement occultée en Russie au profit de l’exaltation, glorieuse, terrible et d’ailleurs en grande partie vraie aussi, d’une URSS qui aurait porté l’essentiel de la lutte contre le nazisme.
Staline, qui n’était pourtant pas un naïf, a appris à ses dépens et plus encore aux dépens de son pays, qu’il était dangereux de se fier à une alliance avec le nazisme. C’est peut-être ce qu’apprendront un jour ceux qui font les yeux doux au nazisme d’aujourd’hui, à savoir l’islamisme des Frères Musulmans. L’ancien laïcard Jean-Luc Mélenchon croit qu’il est malin de s’acoquiner avec eux, malgré l’absolue contradiction entre leurs idéologies. Il devrait y réfléchir à deux fois…
Richard Prasquier propose sa chronique hebdomadaire tous les jeudis sur RCJ ↩︎
« Philippe-Auguste à Bouvines », illustration publiée dans le supplément illustré du Petit Journal (détail), 26 juillet 1914. DR.
On doit à Gaël Nofri, essayiste et adjoint au maire de la ville de Nice, plusieurs ouvrages consacrés à l’histoire de France. Dans son nouveau livre, il estime que la bataille de Bouvines (1214) est un point majeur dans la construction de notre pays car elle affirme sa souveraineté. Il rappelle que « vassal d’aucun », qui est la devise de la souveraineté, peut aussi être la définition de la liberté.
Causeur. La bataille de Bouvines, le 27 juillet 1214, est selon vous un point de départ essentiel de la construction de la France. Pour quelles raisons ?
Gaël Nofri. Bouvines est un mouvement important de cristallisation d’un certain nombre de choses et de ce que deviendra la nation française. En effet, c’est avec cette bataille que la prétention des premiers capétiens à être pleinement souverains – d’abord rois des Francs – va trouver matière à s’incarner, et en même temps, s’affirmer. C’est pourquoi je parle de « confirmation de la souveraineté ». Les premiers capétiens ont la prétention de ne pas être des seigneurs parmi d’autres et veulent se dégager de l’emprise des empereurs romains germaniques. À Bouvines, cette prétention capétienne se trouve confirmée sur le champ de bataille, face aux barons à combattre et face à l’empereur du Saint-Empire romain déjà en difficulté.
Gaël Nofri. DR.
Vous parlez de « confirmation de la souveraineté » française, mais ne s’agit-il pas plutôt de sa « fondation » ?
C’est la fondation, mais il y a aussi un aspect de confirmation : celle d’une prétention. Les premiers rois capétiens, réduits à un petit domaine royal, n’avaient que peu de manœuvre réelle mais avaient déjà la volonté de n’être vassal d’aucun. L’action de Philippe Auguste, qui se trouve consacrée à la bataille de Bouvines, confirme et donne matière à cette prétention à la souveraineté. C’est vraiment une confirmation de ce qu’est la monarchie française dès les premiers capétiens, c’est-à-dire autre chose qu’un seigneur élu par les seigneurs, même si l’élection demeure. Il y a cette onction d’origine divine que confère le sacre, il y a une dimension sacerdotale, mais qui, pour les premiers capétiens, n’a pas de fondement pratique, exécutoire, de capacité. Les premiers capétiens ont beaucoup de difficultés à s’imposer, d’ailleurs ils ne cherchent pas à le faire en dehors du domaine royal car ils n’en ont ni la capacité ni la prétention. Avec Philippe Auguste, les choses changent. Quand il accède à la couronne, cette définition de la souveraineté – vassal d’aucun – existe déjà, elle est en gestation, mais c’est avec Bouvines qu’elle va pouvoir s’appuyer sur une maîtrise réelle de l’espace et sur une capacité de mobilisation des hommes et de levée d’un impôt. Ainsi commence à s’exercer la souveraineté.
Rien ne se fait en une génération. Et les héritiers vont devoir consolider cette « confirmation de la souveraineté ».
Bien sûr. Tout travail de cet acabit s’étale sur le temps long, sur des générations, c’est un travail lent et patient. C’est un travail permanent. On verra par la suite que le moindre renoncement de volonté entraînera des conséquences parfois tragiques. Ainsi, pendant la guerre de Cent Ans, on aura le Traité de Troyes (qui fait de Henri V d’Angleterre l’héritier de Charles VI de France). En réalité, tout est lent, mais rien n’est jamais définitif.
Rappeler aujourd’hui cette conquête de la souveraineté ne paraît pas anodin. Est-ce qu’il y aurait une arrière-pensée quelconque derrière ce rappel historique ?
Oui, il y a plusieurs arrière-pensées ! D’abord, c’est un essai. C’est une mise en perspective, c’est une lecture. Ensuite, cette lecture vise à rappeler que les choses ont un sens, que ce qui est n’a pas toujours été mais est le fruit d’efforts, de persévérance, et le fruit aussi d’une lecture des choses qui est différente. La lecture des faits et de l’Histoire qui sera faite par la France au lendemain de Bouvines donnera une monarchie différente de la monarchie anglaise ; qui du fait de Bouvines suivra une autre voie. La souveraineté est un bien que nous avons reçu en partage, et dont nous ne sommes que les dépositaires. Ce fut un combat qui est aujourd’hui synonyme de liberté car la première définition de la souveraineté, c’est de n’être vassal d’aucun. On parle beaucoup de liberté, donc il est important de rappeler cette définition.
À quelques jours des élections européennes, cela prend une dimension particulière.
Oui, mais c’est davantage pertinent dans le temps long, qu’il s’agisse de l’UE, de la mondialisation économique et financière, industrielle, alimentaire… surtout à une époque où l’on parle de corps électoral fermé dans certains territoires, ou de statut d’autonomie inscrit dans la Constitution. Rappeler ce qu’est la souveraineté, la France, d’où elle vient, quels sont les combats qui ont mené à cette construction particulière, de la nation, de son organisation, de son territoire, de son histoire, est fondamental. La conception des notions qui font notre citoyenneté est déterminée par ceux dont nous sommes les héritiers.
Vous nous dites finalement que la fin de l’Histoire n’a pas eu lieu. Est-ce qu’en faisant ce constat, vous présagez que les guerres ne peuvent que continuer à l’avenir ?
Non, ce serait très pessimiste. Ce que cela signifie, c’est que les hommes restent des hommes, et penser un monde dans lequel on déclarerait la guerre illégale est totalement illusoire. La réalité, c’est qu’on avait prévu la fin de la guerre, l’avènement de la démocratie mondialisée, la fin des épidémies, le progrès, un monde de consommation où la béatitude ferait que l’individu consommateur règnerait partout. On se rend compte que ce monde n’existe pas et que personne n’en veut. Les hommes sont d’abord des citoyens, situés dans ce qu’ils sont, et les guerres, les famines, les tensions entre États, les enjeux de territoires et de puissance continuent d’exister. Ceux qui veulent croire qu’ils ont disparu seront peut-être les victimes de ceux qui ont compris que les choses resteront ce qu’elles sont. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas tendre à la recherche de la paix et à la défense de la démocratie ; cela veut dire que tout en les cherchant, il faut se donner les moyens de se prévenir de choses qui peuvent advenir. Il y aura toujours des puissances qui auront des volontés hégémoniques, des voisins plus ou moins belliqueux, et même en France, des gens pour nous expliquer qu’il y a mieux à faire que la nation.
La souveraineté est-elle une réalité et une vision ?
C’est un combat permanent. Ceux qui décident de renoncer acceptent la vassalité.
Est-ce que l’UE telle qu’elle se dessine actuellement n’est pas la programmation de la fin de la nation française, comme celle des autres nations européennes ?
L’UE n’est rien d’autre que ce qu’on veut en faire. Est-ce qu’on travaille à une UE qui soit une union de nations souveraines, lesquelles trouvent en cette mise en commun les moyens de renforcer leur souveraineté dans la coopération, dans une marche commune qui leur permet d’affronter les enjeux du monde ? Ou est-ce un prétexte au renoncement ? Si c’est ce dernier cas, elle ne sera jamais au niveau qui convient ; on dira toujours que l’UE est petite, et alors c’est une marche vers la mondialisation. Si, au contraire, on se dit que le XXe siècle a été dévastateur pour l’Europe en matière de conflits et en termes de puissance, alors il faut travailler ensemble, et créer des outils qui nous permettent de renforcer notre souveraineté, mais on ne peut pas être souverain à moitié : soit on est souverain, soit on ne l’est pas. La coopération, oui ; le fédéralisme, non.
À lire : Gaël Nofri, Bouvines. La confirmation de la souveraineté, Passés/Composés, 2024.
Guillaume Peltier tenait le 5 juin à Saint-Malo une réunion publique devant une centaine de militants « Reconquête ». Si cet événement de la « droite forte » a été boudé par Ouest-France et Le Pays Malouin, nous avons pu recueillir les propos du numéro 2 de la liste de Marion Maréchal.
Causeur. La liste de Marion Maréchal est aujourd’hui donnée par les sondeurs autour de 5 ou 6%. La situation du parti fait penser à ces équipes sportives qui jouent leur maintien en première division à un ou deux points près… Aujourd’hui, dans quel état d’esprit êtes-vous ? Est-ce que la peur du fiasco est là ?
Guillaume Peltier. Ça fait 25 ans que je suis engagé en politique, et s’il y a bien une règle éternelle, c’est que les suffrages comptent plus que les sondages ; et le nombre de journalistes – souvent de gauche d’ailleurs – qui se sont totalement plantés en pensant remplacer le peuple, je les invite à faire preuve d’humilité.
Pour le reste, s’il y a des sondages à 5, d’autres nous donnent déjà à 8%. Je dis donc aux Français : dimanche soir, il sera trop tard. Vous avez l’occasion historique d’envoyer Marion Maréchal et des élus qui peuvent faire basculer l’Europe à droite, battre Ursula von der Leyen, supprimer les financements pour les associations islamistes et LGBT. Il ne faudra pas venir se plaindre le lundi 10 juin au matin si ça n’est pas le cas. Depuis des mois, jour et nuit, sept jours sur sept, nous sillonnons la France pour éclairer nos compatriotes et leur proposer ce chemin. C’est à eux de choisir désormais.
Guillaume Peltier à Saint-Malo, 5 juin 2024.
Durant votre campagne, deux personnalités se sont détachées : Marion Maréchal, que l’on connait depuis un petit moment, mais aussi Sarah Knafo. Pourtant numéro 2 de la liste, n’avez-vous pas été un peu dans l’ombre ?
Nous sommes très heureux de pouvoir additionner plein de talents ; c’est toute la force de Reconquête ! Avec Marion Maréchal, nous avons l’une des femmes politiques les plus connues et les plus populaires de France, qui n’a jamais trahi ses convictions, qui incarne la droiture, le sérieux, la force ; et c’est une immense chance. Nicolas Bay, qui est sans doute le député français au Parlement européen le plus assidu et le plus compétent, nous a permis de bâtir le groupe des conservateurs, avec Giorgia Meloni et demain Viktor Orban. Tous les conservateurs d’Europe sont avec nous, ce qui est là aussi une immense chance. Nous avons bien sûr Sarah, qui a été la fondatrice de l’épopée présidentielle d’Eric Zemmour. Nous avons Stanislas Rigault, qui est le jeune talent que tout le monde a découvert en 2022. Nous avons enfin Laurence Trochu, qui est la présidente fidèle et loyale du Parti conservateur. Moi, je suis très heureux de faire partie de cette équipe, et en vérité, comme disait Jeanne d’Arc : « Plus il y aura de combattants pour la France réunis au même endroit, mieux ce sera pour notre pays ». On a toujours besoin de talents supplémentaires.
Et vous-même, comment avez-vous traversé la campagne ?
J’ai fait des dizaines et des dizaines de réunions publiques, des milliers et des milliers de kilomètres. Dans ma vie, je me suis présenté à une quinzaine d’élections ; j’ai beaucoup perdu au début. Désormais, je les gagne parce que les Français ont vu la constance, la cohérence et le courage. Beaucoup d’autres seraient restés chez Valérie Pécresse, plutôt que de rejoindre Eric Zemmour. Moi, en décembre 2021, j’ai décidé d’abandonner une place et une carrière confortables, pour le courage des convictions. Et donc je suis très heureux de défendre ces convictions au sein de cette nouvelle équipe.
Pourtant, il y a quelques semaines, François-Xavier Bellamy nous rappelait qu’en 2019, vous lui aviez reproché sa ligne conservatrice et chrétienne, et que vous prôniez à cette époque des alliances avec les écologistes, sur le modèle autrichien… Comment devient-on alors cinq ans plus tard numéro 2 de Reconquête ?
Tout cela est un peu caricatural. Que M. Bellamy se regarde le nombril plutôt que de critiquer ainsi l’adversaire… Je rappelle que M. Bellamy et les Républicains sont les alliés de Mme Von der Leyen à Bruxelles depuis cinq ans, qu’ils siègent dans le même groupe, que M. Bellamy a voté pour la commission européenne et Mme von der Leyen. Je rappelle aussi que M. Bellamy et ses amis préparent une alliance avec Emmanuel Macron, avec M. Larcher, avec M. Barnier au lendemain des élections européennes. Je rappelle que ses colistiers sont pour la régularisation des sans-papiers, pour la GPA, tant d’autres choses, et même avec beaucoup de complicité avec l’islamisme. Donc qu’il garde ses leçons de morale ! Moi, j’ai toujours servi une droite forte, j’ai servi Philippe de Villiers, Nicolas Sarkozy et Eric Zemmour. Premièrement, tout le monde a compris que je n’étais ni centriste, ni de gauche. Deuxièmement, quand j’évoquais l’écologie, oui, je m’inspirais de M. Kurtz, le Premier ministre autrichien qui a eu l’intelligence de lier la question migratoire et islamique avec la nécessité de se réconcilier avec le patriotisme économique et la production locale pour nos paysans, au nom d’une écologie positive et non pas punitive ; et donc je ne vois absolument pas en quoi c’est contradictoire avec mes convictions… Quant au christianisme, je n’ai jamais reproché à qui que ce soit d’être chrétien : je suis moi-même chrétien et fier de l’être. Avec « Reconquête », nous sommes le seul parti à vouloir inscrire les racines chrétiennes dans les traités européens, à l’inverse des Républicains qui appartiennent, je le rappelle, au parti de Jacques Chirac, lequel avait refusé d’inscrire les racines chrétiennes dans la Constitution européenne. Ce n’est pas parce qu’il n’a pas eu le courage de quitter Valérie Pécresse pour rejoindre Eric Zemmour qu’il faut que M. Bellamy donne des leçons de morale à ceux qui l’ont eu, ce courage.
Lors du débat sur CNews, Mme Maréchal a peut-être tapé un peu fort sur M. Bellamy… Et Mme Knafo n’a pas ménagé de son côté M. Bardella et sa liste dans diverses interviews, notamment dans les colonnes de Causeur. Mais franchement, est-ce une si bonne idée de s’en prendre à de futurs possibles alliés ?
Vous savez, la politique, c’est très simple. Qui sont nos ennemis ? C’est la gauche, ce sont les médias de gauche, ce sont les islamo-gauchistes. Ensuite, on a des concurrents. Vous avez bien aussi des concurrents dans votre journal, chez Causeur ? Eh bien, nous avons des concurrents, à Reconquête. Si nous, nous n’avons pas l’honnêteté d’éclairer nos électeurs en rappelant par exemple que le Rassemblement national est un parti socialiste sur le plan économique, ou en rappelant toutes les lâchetés et les trahisons des LR, qui le fera ? On n’attaque pas M. Bellamy ou M. Bardella personnellement, on pointe nos différences politiques. Ensuite, c’est aux électeurs de choisir. Quand Jean-Luc Mélenchon fonde la Nupes, quand François Mitterrand fonde l’union de la gauche, il y a plusieurs partis très différents, concurrents, qui expliquent leurs différences et qui sont ensuite capables de se réconcilier sur l’essentiel. Eh bien c’est notre cas également ; nous partageons un grand nombre de convictions et c’est aux électeurs de choisir. Est-ce qu’ils préfèrent un parti qui est le seul à dire que l’islam n’est pas compatible avec la France, qui est le seul à dire que l’assistanat est un drame pour nos travailleurs, qui est le seul à s’en prendre aux activistes LGBT ou transgenres ? Ça, c’est Reconquête. Et s’ils ont d’autres sensibilités, ils peuvent choisir d’autres partis. En tout cas, nous, on a une colonne vertébrale extrêmement claire, très solide et je pense que ça ferait du bien à la droite française d’avoir au Parlement européen des parlementaires comme Sarah, Nicolas, Stanislas, Marion ou moi, capables d’être des vigies parmi les vigies et de pointer les lâchetés des uns et les compromissions des autres.
Guillaume Peltier et le réarmement démographique Notre contributeur Frédéric Magellan ressort enthousiaste de la réunion malouinede « Reconquête ». Il estime que le n°2 de la liste du parti aux élections européennes a été injustement vilipendé après ses propos sur les responsables politiques sans enfant.
« Degré zéro à la fois de l’intelligence et de l’honnêteté ». C’est ainsi que ma chère consœur, Céline Pina, avait qualifié des propos tenus par Guillaume Peltier, sur CNews début février. Selon l’ancien député UMP, Marion Maréchal, qui conduit la liste « Reconquête ! », serait plus légitime que ses concurrents directs, Jordan Bardella (RN) et François-Xavier Bellamy (LR) : « avoir des enfants est un message politique (…) c’est la garantie de sérieux, de concret par rapport au présent, par rapport à l’avenir. C’est la certitude que la valeur de transmission va l’emporter sur la valeur de l’ambition », défendait-il alors. La sortie peut paraître provocatrice ; à y regarder de plus près, elle n’est pas si indéfendable. Oh ! bien sûr, on trouve dans l’histoire des exemples de grands hommes célibataires et sans enfants, comme le montrait Céline Pina à la fin de sa démonstration. Les moines de Cluny et de Cîteaux, dont la participation à l’effort démographique fut proche de zéro, ont contribué, en défrichant les marécages et en construisant des moulins, des routes et des marchés, à l’essor de la Bourgogne puis de l’Occident tout entier. Mais on ne peut cependant s’empêcher de repenser à Charles Péguy, qui écrivait, dans Victor-Marie, comte Hugo, que le père de famille était le seul vrai aventurier de l’époque, et qu’en comparaison, les autres aventuriers n’en sont pas, et que la vie de famille n’était pas un retrait du monde mais au contraire un engagement dans le monde. Plus prosaïquement, en défendant les femmes en politique, Marine Le Pen, face à Karine Le Marchand en 2016, avait de son côté surtout fait l’éloge de la mère de famille : « Une femme ne peut pas s’extraire de la réalité, du quotidien. Les hommes politiques, à un certain niveau, c’est un petit peu comme ceux qui font de la musique à un très haut niveau ou du sport à un très haut niveau. Vous ne vivez plus que pour ça. A un moment donné, il n’y a plus de réalité. Quand on est une femme, on est toujours ramenée à la réalité du quotidien. Tout ça c’est bien gentil, mais il faut aller acheter la paire de tennis du petit, il faut aller signer le bulletin de notes! C’est donc une chance, on ne peut pas partir dans cet espèce de ballon qui s’envole dans la stratosphère, et où l’on n’a plus aucune conscience de la réalité du quotidien ». Quant à Charles de Gaulle, il a pu dire, à propos de sa fille Anne, trisomique, morte à vingt ans : « Sans Anne, peut-être n’aurais-je jamais fait ce que j’ai fait. Elle m’a donné le cœur et l’inspiration ». Alors, les chefs d’Etat, les politiques célibataires… Comme dirait Brice Hortefeux : un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup que ça commence à poser un problème. En 2019, l’Europe était presque entièrement gouvernée par des personnes sans enfant : Emmanuel Macron, mais aussi Angela Merkel, Jean-Claude Juncker, alors président de la Commission, Xavier Bettel, Premier ministre du Luxembourg, Stefan Löfven, Premier ministre de la Suède et Mark Rutte, Premier ministre des Pays-Bas. A ce point, cela fait un système. Que sont ces décideurs sans descendance ? Après moi, le déluge ? Le principe héréditaire de l’ancienne monarchie avait ce mérite : certes, on a eu un roi fou, d’autres libidineux ou bedonnants, mais bon an mal an, ils se débrouillaient pour laisser une situation politique pas trop pourrie à leur descendant. Alors, non, Guillaume Peltier, vous qui avez déclaré : « Je suis Français et patriote. Je suis même un homme et un père. Je suis blanc, je suis chrétien, je suis hétérosexuel », vos propos ne sont pas le degré zéro de l’honnêteté ! • FM
À côté de ses grandes séries mystiques, François-Xavier de Boissoudy peint la nature telle qu’elle se révèle, elle aussi.
Avec sa technique habituelle, des encres diluées sur papier, étalées à la main, avant que la feuille ne soit marouflée sur toile, le peintre nous donne à voir plusieurs paysages dont on sent, immédiatement, qu’il les a pleinement vus et qu’ils l’ont impressionné ; on comprend qu’à fixer cette tâche de lumière éclatant au débouché d’un sentier bien encaissé, qu’à découvrir cette clairière laiteuse sous la lune, luisant derrière les grandes masses indistinctes des bosquets, qu’à saisir le jeu du soleil perçant derrière le rideau serré des arbres, F.-X. de Boissoudy a senti que le paysage livrait un secret aussi singulier que banal : cette nature existe, puissamment, elle témoigne de l’être qui anime aussi bien les arbres que l’herbe, et le talus, et le ciel, et nous-mêmes, soudain surpris d’éprouver ce poids d’existence, soudain capables d’en extraire cette qualité commune à tous, l’être, sous des modalités différentes.
Une table de jardin sous un arbre, une prairie sous la lune, une rivière en haut d’une côte, une lisière longée en voiture : tout est appréhendé, restitué, dessiné avec le souci de rendre compte autant que fondu (grâce à ces encres colorées et étalées) pour exprimer la communauté existentielle entre le plateau de la table, l’ombre de l’arbre, l’arbre lui-même et la haie au fond, et l’air qui baigne toute la scène et nous appelle, spectateur, à entrer dans le tableau.
Grands ou petits formats, certains d’un noir aussi profond que les œuvres précédentes, d’autres d’un vert lumineux, tous, surtout, exacts dans la manière de nous communiquer l’impression initiale, l’émotion mais aussi la réflexion, la méditation brève ou longue que le paysage a déclenchée : chaque toile est ainsi lestée de cette part de lui-même que le peintre y a ajouté, chacune est une fenêtre ouverte sur une réalité plus vaste, chacune est une invitation à être soi-même attentif, au hasard des trajets, à ce que la lumière illumine, à ce que la nature recèle.
François-Xavier de Boissoudy, « Lumières du jour et de la nuit ». Galerie Guillaume, 32 rue de Penthièvre, 75008 Paris, jusqu’au 15 juin 2024.
Immigration. Pour terminer sa campagne électorale, la tête de liste de Reconquête ! se présente comme la candidate en pointe dans la lutte contre le « grand remplacement », synonyme selon elle de « la fin de la liberté de conscience, de la liberté d’expression, et de la liberté des femmes ».
Ce 4 juin, en conclusion de son intervention sur France 2 dans le cadre de l’émission « L’Événement, le Grand Débat des Européennes », Marion Maréchal, tête de liste Reconquête à ces élections, a choisi pour sa carte blanche une carte de France. Choix a priori inattendu.
Carte (non) muette
Dans mon enfance, à l’école, il y avait les cartes muettes, comportant juste des points, sans les noms de ville qu’il fallait être capable de situer et de nommer. Performance aujourd’hui à peu près inimaginable. Mais passons…
La carte de Marion Maréchal, basée sur les données officielles de l’Observatoire de l’Immigration et de l’Insee, n’est pas, elle, une carte muette. Il s’en faut de beaucoup. Au contraire, elle est parlante. Très parlante même. Toute l’extrémité Est du pays est colorée en rouge. Cela recouvre l’espace de vingt départements et représente, en équivalent habitants, la population immigrée non européenne si elle était concentrée sur cette partie du territoire. Oui, en nombre cela équivaudrait tout simplement à la population de ces vingt départements ! Rien que cela ! Et la candidate de sonner l’alerte. Avec aujourd’hui cinq cent mille entrées de ces immigrés par an et un tiers des naissances qui sont d’origine extra-européenne, expose-t-elle, la France est à un point de bascule. Elle est menacée de disparition. Cela notamment en raison du fait que demain l’islam pourrait devenir majoritaire et que nous ayons alors à assister à « la fin de la liberté de conscience, de la liberté d’expression, de la liberté des femmes. » Maman de deux petites filles, la mère de famille ne se résigne pas – comme tant d’autres avec elle ! – à ce que ses enfants « grandissent dans une France où elles seraient étrangères ». Etrangères dans leur propre pays. C’est là « le combat que je veux mener au Parlement européen, conclut la candidate. Le combat pour la défense de notre identité et de nos frontières, pour que la France reste la France et l’Europe reste l’Europe. »
Carton rouge
Napoléon considérait qu’un bon croquis valait mieux qu’un long discours. Cette vérité de bon sens, la carte de Marion Maréchal – son carton rouge, serais-je tenté de dire – vient de l’illustrer une nouvelle fois. En effet, même si l’on se contente d’un coup d’œil rapide et distrait, on peut facilement avoir l’impression que l’on a sous les yeux une sorte de crêpe ou de gâteau de forme hexagonale dont une bouche vorace aurait gloutonnement dévoré toute une bonne partie, presque un quart. Et en effet, même vu sous cet angle-là, ça parle !
Selon un sondage IPSOS pour l’Institut Jonathas, 14% des Belges expriment une aversion pour les Juifs, deux fois plus que les Français. Ce chiffre monte à 22% à Bruxelles où 11% de la population a de la sympathie pour le Hamas. Alarmant.
On savait l’antisémitisme répandu en Belgique, ce sondage en apporte une nouvelle confirmation et montre que la perception des juifs s’est encore beaucoup dégradée depuis le 7 octobre avec l’augmentation d’actes antisémites, dénoncés par La Ligue Belge contre l’antisémitisme. Ce qui frappe dans le sondage, c’est qu’à chaque question, le préjugé antisémite est beaucoup plus important à Bruxelles qu’au niveau national : la capitale de la Belgique et de l’Europe compte 30 à 40% de musulmans.
Affolant
Ainsi, 16% des Bruxellois pensent qu’il y a trop de juifs en Belgique (contre 11% au niveau national), 29% qu’ils sont responsables des crises économiques (14%), 48% qu’ils se sentent supérieurs aux autres (34%), 47% qu’ils font subir aux Palestiniens ce que les Allemands ont fait subir aux juifs (35%). Sur l’ensemble du pays, 43% des musulmans pensent que «les Juifs belges ne sont pas vraiment des Belges comme les autres».
Ces chiffres sont affolants. Le constat n’est cependant pas sans défaut. Les conclusions de l’étude minimisent le facteur central de l’antisémitisme contemporain en Belgique qui est l’implantation, relativement récente, de l’islam. Elle met sur le même pied comme coresponsables de cette situation les musulmans, l’extrême droite et l’extrême gauche, ces deux dernières étant définies selon une méthode propre à l’Ipsos et représentant respectivement 4 et 2% de l’échantillon. Pourtant, l’extrême gauche et la gauche en Belgique, comme en France, ont pris massivement fait et cause pour les Palestiniens dans le conflit à Gaza, leurs actions s’accompagnant souvent de débordements antisémites. À l’inverse, le Vlaams Belang en Belgique et le Rassemblement national en France, des partis généralement, mais de façon contestable, qualifiés d’extrême-droite, ont plutôt montré de la sympathie envers Israël et n’ont été à l’origine d’aucun dérapage antisémite depuis le 7 octobre. Sans doute que ce nouvel Institut Jonathas, créé au début de l’année 2024, par des personnalités libérales de gauche, éprouve encore quelques difficultés à se débarrasser des anciens logiciels assimilant l’antisémitisme à la chrétienté ou à l’extrême droite. De nombreux autres signaux témoignent de cette triste réalité que les juifs ne sont plus en sécurité à Bruxelles. Les lieux communautaires juifs sont protégés par des plots de béton, des caméras et un sas d’entrée. Alors que le voile est omniprésent dans l’espace public bruxellois (porté par plus de la moitié des femmes dans certains quartiers), on ne voit plus de kippa dans les rues de Bruxelles. Une école juive située près de la Gare du Midi, quartier à dominante musulmane, a dû déménager après la multiplication d’incidents mettant en danger les adolescents juifs qui prenaient le métro. La Shoah n’est plus enseignée depuis belle lurette dans la majorité des écoles de Bruxelles. Sur le campus de la mal nommée Université Libre de Bruxelles, des étudiants juifs ont été harcelés et molestés après le 7 octobre.
La classe politique passive
Cependant, dès 2011, une étude du sociologue Mark Elchardus de la VUB (Vrij Universiteit Brussels) démontrait que la moitié des élèves musulmans bruxellois étaient antisémites. En réalité, la montée de l’antisémitisme est contemporaine de la croissance de l’immigration musulmane qui a connu une accélération à partir de l’an 2000. Le monde politique a fait comme les trois singes : ne pas voir, ne pas entendre, ne rien dire. Lors des commémorations de la Shoah, les autorités répètent la main sur le cœur que l’antisémitisme n’a pas sa place en Belgique, tout en assistant passivement à sa montée en puissance sans jamais vouloir la reconnaître. Le vote musulman est devenu indispensable aux succès des partis de gauche dont le poids électoral à Bruxelles, conséquence de l’immigration, est passé de 34 à 54 % en vingt ans. Face aux dizaines et désormais centaines de milliers de voix musulmanes, celles des trente mille juifs de Belgique, une vraie minorité celle-là, ne pèsent pas lourd. Nous sommes quelques-uns à avoir tenté, en vain, d’alerter depuis 20 ans sur cette tendance lourde que ni les médias, ni le monde politique n’ont voulu voir.
Mais ce sont peut-être les témoignages bouleversants de juifs de Bruxelles qui sont les plus parlants : «Arrivé de Hongrie en 1945, mon grand-père m’a toujours dit que la Belgique était un pays sûr pour les Juifs et que notre famille n’y risquerait jamais rien. Aujourd’hui, j’explique à mes enfants que leur futur n’est pas ici et qu’ils doivent se préparer à faire leur vie ailleurs», m’a confié un compatriote. Un autre, dont la famille a quitté la Turquie au début du XXème siècle, a déménagé au Portugal après le 7 octobre, observe : «Bruxelles est un territoire perdu par ses calculs politiques basés sur un communautarisme exacerbé. Contrairement à la France, il n’y a pas de vraie ligne rouge. Si le danger n’est pas immédiat, l’atmosphère ne laisse pas de place à un quelconque espoir». Le destin des juifs belges semble scellé, car ces témoignages valent toutes les analyses. La Belgique devient peu à peu Judenrein, tout en célébrant dans la joie et la bonne conscience, la grande messe du vivre-ensemble…
Le dernier spot publicitaire d’Apple pour l’Ipad Pro déclenche la colère des artistes.
Gaufre à la pomme…
Les publicitaires fautifs pourront toujours dire qu’il n’y a pas de mauvaise publicité ! Et que le plus important dans le domaine, c’est qu’un maximum de gens parlent de votre produit. Reste que le nouveau spot époustouflant d’Apple dévoilé le 7 mai (vidéo ci-dessous) n’a vraiment pas rencontré le succès espéré… Sur une vieille musique rétro de Cher, on y voit d’innombrables objets – qui sont autant de symboles de la créativité humaine – sadiquement détruits sous une énorme presse. Écrabouillés les instruments de musique, les œuvres d’art ! Entassés autour d’un piano vite recouvert d’une peinture qui jaillit comme du sang, une trompette, une sculpture, des disques, des livres, un jeu d’arcade ou une télévision voient se refermer mécaniquement sur eux les énormes mâchoires métalliques de la presse. Une fois le tout ratatiné, les pinces de l’immense machine s’ouvrent à nouveau, et le nouvel iPad Pro apparaît.
Le hic, c’est que les produits de la marque étant traditionnellement destinés aux créatifs, ces derniers n’ont pas apprécié cette prétentieuse démonstration : « Les gars se sont dit qu’ils allaient nous montrer toute la création humaine compressée dans une tablette incroyablement élégante. Mais le résultat final ressemble plus à toute la création humaine sacrifiée pour un gadget sans vie ! » observe The Hollywood Reporter, qui estime que cette publicité fournit la démonstration inverse du spot « 1984 » réalisé par Ridley Scott pour promouvoir le Mac, dans lequel la technologie libérait l’humain. En plus de sa minceur, le PDG de la firme Tim Cook a vanté le nouveau processeur M4 de sa tablette tactile, qualifié de « puce outrageusement puissante pour l’IA ». Mais à une époque où scénaristes, acteurs et artistes entament des poursuites judiciaires contre les spécialistes de ladite IA, comme OpenAI (ChatGPT), en les accusant de piller leurs œuvres, c’était exactement ce qu’il ne fallait pas souligner !
Apple a depuis présenté ses excuses, et promis que le spot ne serait jamais diffusé à la télévision. Mais dans la Silicon Valley, l’oppressant Tim Cook a décidé de laisser la vidéo sur ses réseaux sociaux.
À l’affiche du nouveau film de Roman Polanski (The Palace), l’actrice sort de son habituelle réserve pour défendre le réalisateur qu’elle aime et admire. Elle dénonce le maccarthysme MeToo, dont le but est d’intimider et d’humilier ; et rappelle que pour jouer, un bon acteur doit savoir « perdre » sa personnalité.
Causeur. Le Festival de Cannes déroule le tapis rouge à la « révolution #MeToo » et à ses héroïnes, les dénonciations de « comportements inappropriés » sur les plateaux de tournage pleuvent. The Palace, le film de Roman Polanski, ne peut être programmé normalement en France. Que vous inspire tout cela ?
Fanny Ardant. Avant de venir parler avec vous, j’ai réfléchi à ce que je voulais vous dire. En premier lieu ceci : dans notre société, tout est à vendre : l’information, l’art, le voyage, le sport, tout. Dans notre société capitaliste, tout se ramène au profit. Dans le cinéma, si un metteur en scène ou un acteur est pointé du doigt, on l’efface, parce qu’il met en péril la seule chose qui intéresse tout le monde : les affaires et le profit. Il ne sera aidé par personne. Cette société accepte en silence ce mouvement – #MeToo – parce qu’elle a peur. La peur, plus le profit, cela donne des gens qui se mettent à genoux. Vous pouvez attaquer n’importe qui, personne ne bougera pour le défendre parce que chacun protège ses intérêts : Ne plus être « engagé », ne plus gagner de l’argent, ne plus faire partie des « bienheureux du monde »… la plus grande peur !
La peur est humaine. Vous n’avez jamais eu peur ?
Quand j’ai eu 15 ans, j’ai su que la peur était mon plus grand ennemi. Vous vous laissez effrayer, vous l’acceptez ? Alors c’est fini. Votre vie ne sera plus votre aventure. J’ai compris qu’il ne fallait pas se laisser dicter par quiconque ses opinions, ce qu’on pense, ce qu’on aime, ce qu’on croit, ni écouter les mises en garde : qu’il ne fallait avoir peur de rien, à ses risques et périls. Je suis d’une nature mélancolique. Vous allez mourir très vite, votre vie n’a aucun intérêt par rapport à toute la longue histoire de l’Histoire, me disais-je. Alors la seule chose qui compte c’est : comment as-tu vécu ? Où t’es-tu situé ? As-tu pactisé ? Qu’as-tu défendu ? Pour quelles raisons ? La vie est si brève… Et tu es prêt à l’amoindrir en te déshonorant, c’est-à-dire en accusant, en ostracisant ? Tu as si peu de temps pour ce que tu aimes et dans ce en quoi tu crois… Alors cracher sur les autres ? Les traîner dans la boue ? C’est ça vivre ? De de toute façon tout le monde va être oublié.
En somme l’idée de la mort vous interdit de céder…
Très jeune, des personnes que j’aimais passionnément sont mortes, j’ai compris que tout était fragile et vulnérable. J’étais obsédée par le mot plus jamais … nevermore… mai più… tout va disparaître… cette conversation dans un café, ce sourire de l’autre côté de la rue, cet arbre qui bougeait dans le vent, plus jamais ça ne reviendra. L’idée de la mort ne m’a jamais quittée. Donc j’ai toujours pensé que se battre pour l’argent, pour le pouvoir, pour la gloire était grotesque. Ça pousse à l’infamie. Il y a toujours eu un combat en moi entre Jésus – la main tendue, le pardon plus que la justice, « que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre » –, et Bakounine, son coup de couteau. Ne jamais entrer dans aucun système qui veut vous diminuer. Ne jamais faire partie de ceux qui aboient contre un homme à terre. Me soumettre à un système totalitaire, je m’y refuse. La puissance d’une idéologie ne se reconnaît pas aux réponses qu’elle donne, mais aux questions qu’elle parvient à faire étouffer. Je ne sais plus qui a dit ça, mais ce mouvement, c’est la dictature de ce qui « achetable ou non » et donc à vendre. Au fond que cherchent-ils ? Qu’on n’ait plus de parole ? Plus d’honneur ? Qu’on soit facilement gouvernable ?
Quand on a perdu sa dignité, on est facilement gouvernable…
Oui. Rappelez-vous le maccarthysme. Le but c’était d’intimider les gens, de les faire s’humilier pour qu’ils en arrivent à dénoncer. Mais celui qui dénonce reste une balance ! En prison, c’est puni le plus gravement – par les autres. C’est une morale. Ma morale : je défendrai toujours les gens que j’aime, je ne les abandonnerai jamais. C’est grave de s’être sali, de s’être vendu, de s’être agenouillé pour RIEN. Un jour vous allez mourir. Vous perdrez tout… Donc pourquoi s’être sali ? Pour posséder ? J’ai toujours pensé qu’il valait toujours mieux faire partie de la résistance que de la majorité. Aujourd’hui on a fait entrer au Panthéon tous ceux de l’Affiche Rouge, là où leurs noms avaient été déshonorés. On placardera toujours des êtres humains pour les effacer. J’en reviens donc à mon obsession : tout est à vendre. J’ai une vision très noire du monde. C’est plus facile de diriger des masses qui pensent de la même façon. Ça a commencé en Chine. Il y a encore des petits ilots de démocratie. Tant que la justice sera indemne, c’est le dernier pilier…
Elle n’est plus tout à fait indemne. Car les médias exercent une pression extrême sur l’indépendance des juges.
Les grands acquis de la République, c’était : la justice, l’éducation et la santé pour tous. Que deviennent-ils, ces acquis ? Au fond, pourquoi tu veux la mort de quelqu’un ? Dans le peu de temps que vous avez, vous allez passer votre temps à cracher plutôt que d’aimer ?
Roman Polanski et Fanny Ardant assistent à la cérémonie de remise des « Prix du cinéma européen » au Théâtre national de Chaillot, Paris, 2 décembre 2000. Pierre Verdy/AFP
Tout cela nous est vendu au nom de la « cause des femmes ». Mais pourtant : pendant la montée des marches à Cannes, Juliette Binoche se met à pleurer, une fois de plus. Le lendemain, la presse parle des « femmes puissantes ». Être une femme puissante, c’est pleurnicher ? C’est dire « Je suis une pauvre petite victime » ?
Je ne suis pas une bonne référence. Je n’ai jamais voulu être une victime, je me suis toujours battue… à mes risques et périls. Il y a des femmes qui m’ont subjuguée. Simone Weil, la philosophe, elle m’avait ouvert l’Iliade, la culture grecque, l’humanisme, la complexité de chaque être humain. La pianiste Maria Yudina, qui défia Staline. C’était un être humain, avant d’être une femme. Marguerite Duras, son univers, son style, sa liberté, sa passion des hommes, de leurs corps, de leurs esprits. Embrasser l’humanité, plonger dans les contradictions et les douleurs, c’est exister complètement, vivre sans retenue ; se fracasser peut-être, mais rester libre ! Les femmes que j’admire n’ont jamais mis leur sexe en avant.
Vous disiez dans une interview : « Mais est-ce que cela vous définit vraiment, homme ou femme ? […] je disais que je ne me sentais une femme que devant les hommes… Il y a les différences du corps, c’est vrai, mais, à l’intérieur, tout le monde n’a-t-il pas cette pierre dure, qui s’appelle l' »être humain », avec ses révoltes, ses idéaux, ses défauts, ses qualités ? »
Oui, j’aime la provocation. Oui, je suis une femme quand je tombe amoureuse. Mais on est tellement de femmes différentes… Je peux penser comme un homme, mais aussi comme une femme, ou un fou ou une anarchiste, ou une illuminée.
Gérard Depardieu a écrit, lui aussi : « Je suis juste un homme… mais je suis aussi une femme, qui chante, et qui chante une femme, Barbara. »
Il disait aussi : « moi, je suis une herbe ». (Fanny Ardant mime un brin d’herbe, qui oscille avec légèreté.)
Dans un film sur Fellini, Donald Sutherland parle du tournage de Casanova – et pour Fellini, le plateau n’est pas la nursery qu’on prévoit d’en faire. Il dit : « Moi mon bonheur, c’était d’être comme un morceau de chiffon entre ses mains, et de prendre toutes les formes ».
Je comprends très bien ça. Je peux me dire à moi-même, quand j’arrive sur un tournage ou au théâtre : « Faites de moi ce que vous voudrez ». Très jeune on m’a demandé si, en étant actrice, je n’avais pas peur de perdre ma personnalité. Mais moi je voudrais bien la perdre, justement !
C’est aussi ce que disait Michel Bouquet…
Mais c’est très difficile de perdre sa personnalité. C’est comme le disque dur d’un ordinateur. Une vie, c’est une forêt inextricable. Pouvoir tout d’un coup entrer dans la complexité d’un personnage, dans les circonvolutions psychologiques d’un autre… La littérature ouvre à ça. Je suis née dans une famille où il n’y avait pas de cinéma, le théâtre n’existait pas. Il y avait l’opéra, la musique, mais surtout, la littérature. J’ai commencé à lire très jeune, il y avait une immense bibliothèque. Très vite, j’ai pensé que ce qui est beau doit se partager. Se lever et dire tout haut ce qu’on lit tout bas. Je n’avais jamais pensé faire du cinéma. Pour moi c’était le théâtre. Deux pendrillons noirs, un rideau qui s’ouvre. Je suis entrée dans ce métier comme on entre dans une histoire d’amour, avec passion. Je ne crois pas à la carrière. Je ne crois pas au pouvoir, Je ne crois pas à l’argent. Je ne crois pas à la gloire. Si vous misez là-dessus, vous êtes un abruti. Vous êtes passé à côté de la vie.
La scène, les spectateurs, tout ce qui fait que ce moment existe, et ne disparaît jamais…
Voilà. Neuf fois sur dix au théâtre vous vous ennuyez. Mais quand c’est fort, c’est inoubliable. Le théâtre c’est la puissance du verbe, c’est l’alchimie entre celui qui parle et celui qui écoute. On peut avoir vu dix fois Tartufe ou La Mouette, en étant resté calme et indifférent, et puis il y a cette fois magique où vous êtes soudain bouleversée, parce que c’était cette parole-là dite par cette personne-là, dans cette mise en scène-là, dans cette disposition de votre âme. On ne peut pas l’expliquer. C’est la magie du théâtre, du vivant, de l’instant éphémère. Tant qu’il y aura de l’humain sur terre il y aura du théâtre.
Roman Polanski vous a dirigée au théâtre…
Je me souviens que Roman– on jouait Master class –, trouvait que le spectacle s’était dévoyé. Que les chanteurs voulaient trop faire rire le public. Alors après plusieurs représentations, il m’a dit : « Tiens, lis ça, et va sur la scène ». Il était six heures, on commençait à jouer à huit heures. Et là, je lis, et c’était le conseil d’Hamlet aux acteurs, dans la scène du théâtre dans le théâtre : « Renoncez au plaisir de faire rire une salle d’imbéciles pour faire sourire un homme intelligent ». C’est resté comme en lettres d’or. Il y a tellement de choses à dire sur Roman… C’est à travers lui que j’ai compris que le théâtre, c’est très pragmatique. Un metteur en scène ne t’apprend pas à penser. Il te regarde, il t’écoute et il voit ce qui ne va pas, qui empêche de grandir. C’est quelqu’un qui travaille la terre. C’est un jardinier. Et qui dit : « tu as parlé trop vite », ou bien : « ce geste n’est pas juste ». Je me rappelle – je cite toujours cet exemple : quand Maria Callas (que je jouais) entrait pour diriger sa master class, j’arrivais, ils applaudissaient,etje les arrêtais tout de suite en disant :« Pas d’applaudissements, on est là pour travailler ». J’avais ouvert les bras. « Mais non, on dirait le Christ ! Arrête-les, comme ça ! », et il m’a montré. (Fanny Ardant mime : les deux mains levées devant elles, pour faire « stop ! »). Voilà. Un geste, c’est tout.
Et dans la vie, c’est ce geste qu’on ferait…
Oui. J’aimais beaucoup travailler avec Roman parce que je me sentais protégée. Et puis j’adore les gens passionnés. Si le metteur en scène s’énerve, ce n’est pas grave. Je peux m’énerver moi aussi. Un journaliste avait critiqué le comportement de Callas dans ses master class, parce que souvent elle disait (accent grec) : « Arrêtez-vous, ce n’est pas bien du tout !» Il la trouvait trop dure. Je lui ai dit : « Vous savez ; quand on est en quête de l’absolu, on n’entend pas ça, on est guidé par une voix intérieure qui vous dit : « vas-y, vas-y ! » » J’aime l’énergie de Roman sur un plateau. Il se passionne pour tout, pour les moindres détails, il improvise, il invente, il cherche. J’aime sa conversation toujours éclectique. Je me souviens avec mélancolie des rencontres entre Georges Kiejman et Roman. Rien n’était insipide. Il y avait toujours de la passion dans leurs échanges. J’adore les caractères forts, les personnalités, sinon on ne sait plus où on est. J’aime l’affrontement, la dialectique, tout ce qui pousse à forger son opinion. Je respecte quelqu’un qui ne pense pas comme moi. Mais il doit me prouver qu’il a raison. Et ce n’est pas parce qu’on pense différemment qu’on ne peut pas être amis.
Mais aujourd’hui, on veut vous détruire sans être capable d’argumenter…
C’est le début du totalitarisme. Tu n’es pas avec moi, tu es contre moi. C’est ce que je disais à cet homme magnifique de la télévision suisse [Jérémy Seydoux, Léman bleu], à propos de ce petit livre, de Stefan Zweig sur Calvin, Conscience contre violence. Calvin voulait un retour de la pureté dans l’Église qui sombrait dans la débauche et les exactions. Il avait raison au début, mais il s’est perverti dans sa quête, et pour asseoir son pouvoir il a condamné au bûcher ceux qui s’opposaient à lui. Je me souviens aussi de La Lettre écarlate, un roman américain sur les puritains, où on stigmatise la femme adultère en la marquant de la lettre infamante.
La marque d’infamie, à jamais indélébile, imprimée par une société. Pour mettre au pas…
Il y a toujours eu des mouvements violents de répression de la liberté dans la société : l’Inquisition, Savonarole, etc…Leur puissance s’imposait par la violence. Mon seul rapport à la société est politique. J’ai toujours pensé que les groupes réduisaient l’intelligence. Ce que j’aime, dans chaque être humain, c’est sa richesse, sa différence, ses contradictions, son ombre, sa lumière. Dans un groupe, tout doit être homogène, même à l’intérieur de soi, donc on amoindrit, on rabaisse l’être humain au profit d’une idéologie. On se diminue pour obéir. Je ne me suis intéressée qu’au mouvement anarchiste, mais je n’ai jamais fait de prosélytisme. Chacun a sa voie. La littérature, le cinéma, le théâtre, la peinture ne sont pas là pour faire des êtres humains de « bons citoyens » – selon les critères coercitifs du moment –, mais pour explorer et développer l’esprit et le cœur, ouvrir des mondes, agrandir sa vision de la vie, de l’être, de l’âme. Faut-il brûler Marguerite Duras qui disait : « La littérature doit être scandaleuse » !
Les critères édictés par #MeToo aujourd’hui ?
Je n’en suis pas. C’est pour ça qu’on a tout de suite commencé la conversation sur la peur. Je n’ai pas envie de rentrer dans le rang ! Et quand Macha Méril crache sur François (Truffaut), ce n’est pas grave, parce que c’est tellement infâme que ça rejaillit sur elle. Les êtres ont leur vie, leur oeuvre parle pour eux.
Aujourd’hui, ce sont des artistes et des hommes qu’on efface sans discontinuer…
La mort sociale, c’est la pire lâcheté, parce que c’est un assassinat dénié, à l’abri d’un groupe, et enrobé de ce faux truc : la « bienveillance ». Je préfère quelqu’un qui vient avec un couteau : au moins c’est assumé. Malgré tout,je disais à Gérard : « On ne peut rien t’enlever, Gérard, tu as vécu,tu as donné, tu as reçu !Allez, une nouvelle vie commence ! ». Je sais… provocation encore… Mais j’exècre tout ça, cette volonté doucereuse d’écraser un homme.
L’essentiel, pour vous, dans la vie, dans l’art, c’est la loyauté, et la liberté ?
C’est la passion. À mes débuts d’actrice, j’ai dit à Serge Rousseau, mon agent : « Un acteur, plus son rôle est court, plus il doit être bien payé. Alors que le premier rôle doit être moins payé, parce qu’il a la joie de jouer ce rôle. » Finalement la seule richesse, c’est d’aimer ce que l’on fait par dessus tout. Aucune passion mise dans ce que l’on fait ne peut être monnayable. Et le plus grand luxe c’est de ne faire que ce que l’on aime
Ça c’est magnifique… Et que pensez-vous de cette sorte de peur de l’amour et du sexe que l’on observe aujourd’hui ?
Alors là aussi, je suis la femme à abattre, parce que je pense que c’est une des raisons de vivre la plus passionnante. J’aime les femmes libres, qui remettent leur vie en jeu par amour, qui brûlent. Même si elles perdent, elles restent des reines. C’est pour ça que j’aime tellement les Grecs, et ce livre sur l’Iliade, Le poème de la force. Les héros grecs sont toujours un mélange d’ombre et de lumière, d’un côté, tueurs sans regret, et tout d’un coup une autre fulgurance, la main tendue, la compassion. J’aime Caravaggio : celui qui croyait en Dieu et celui qui le bafouait. J’aime Pasolini et ses éclats de génie qui, déjà, dérangeaient tellement la pensée unique des groupes politiques les plus divers.
Dans Les Dieux ont soif, il y a une phrase ironique, au sujet de Robespierre : sa « sagesse » fera « du bourreau un jardinier qui ne tranchera plus que les têtes des choux et des laitues », et prépare « les voies de la clémence en exterminant les conspirateurs et les traîtres », afin qu’on puisse « être indulgent sans crime ».
Et pour éviter d’avoir la tête tranchée :peur, soumission,délation … l’Histoire n’est qu’un éternel recommencement de collaboration, d’épuration, de dénonciations … « La course n’a pas de fin… »
Revenons à Polanski. Et à ce film, The Palace, que tout le monde a peur de programmer, et sur lequel on crache.
Ce que j’aime,dans ce film, c’est l’insolence. Et puis en quelques traits – les personnages, les situations – tout est dit sur l’absurdité de notre monde, sa cruauté, sur la bêtise qu’apporte l’accumulation et le pouvoir de l’argent. J’imaginais Roman, avec son copain polonais Skolimovski, quand ils écrivaient… L’impertinence du dernier plan ! Cette force et cette énergie sacrée de l’adolescence et de l’enfance toujours là, de choisir de rire plutôt que de sermonner. … Vous vous rappelez, Hara-Kiri, pour qui on pouvait se moquer de tout ? C’est ça ! En désespoir de cause, rire.Si on veut enlever ça, eh bien, c’est une société dictatoriale sans pensée consistante, dans laquelle on regardera ce que tu dis, on regardera qui tu défends… et tu seras rayé.
L’insolence, la puissance créatrice : ce n’est pas pour rien que Polanski a interprété Mozart sur scène. Il y a une telle parenté…
Il a cette légèreté, cette intelligence et cette grande sensibilité… Roman s’intéresse à tellement de choses… On peut lui parler de tout, d’idées bizarres, de choses très concrètes. Il vous fait découvrir des auteurs, il argumente, il se passionne, il est vivant. VIVANT ! Et j’aime son histoire d’amour magnifique avec Emmanuelle.
Dans un documentaire sur Pirates, il explique comment il dirige les gens. Il fait tous les rôles. À un moment ildit : « Je suis comme un chef d’orchestre qui dit au violon : « un peu plus comme ça ». Et il mime même le violon. Une infinie plasticité…
J’ai un croquis d’une femme qui venait dessiner pendant les répétitions, et on le voit. Il est là. Il fait tout. Un exemple : je portais un costume de chez Armani, et comme l’émotion fait transpirer, on l’envoyait chez le teinturier. La personne revenait en disant que le teinturier ne pouvait pas enlever les auréoles blanches. Et Roman : « Mais ça se frotte, c’est du sel ». Il est pragmatique : sur l’éclairage, sur ci, sur ça, sur ce détail, sur cette intonation. L’homme-orchestre, oui. Et comme il est acteur, il sent à l’intérieur de lui comment on peut parler à un acteur.
N’êtes-vous pas frappée par autre chose encore : sa profonde connaissance des êtres humains ? L’état mental de Carol dans Répulsion par exemple, quelle exactitude ! Comme Tolstoï dans Anna Karénine, la scène dans la calèche, avec tout ce qui la traverse avant son suicide. Savoir tout ça, avec autant de justesse…
Ça, ce sont les grands humanistes. Ceux qui ont connu des choses très diverses. Quand je pense à l’arc de la vie de Roman, je connais très peu d’hommes qui ont vécu tout ça. Il a traversé tant de choses. On ne sait rien de ça, parce qu’il est très pudique. Il a beaucoup lu, il a beaucoup vu, et pour moi, c’est ça l’humanisme… Les souffrances, mais les souffrances qui ont ouvert le spectre, sans rendre amer. Toutes les choses qui lui sont arrivées, ça ne l’a pas amoindri.
Fanny Ardant dans La Blessure et la soif de Laurence Plazenet (mise en scène de Catherine Schaub), au Studio Marigny à Paris, 15 avril 2024. Émilie Brouchon
Comment est-il sur un tournage ?
Il a une activité incessante, il voit tout : et l’ingénieur du son, et le truc, et le machin, et le sac, et le chien et son os… Et puis il improvise ! Ce que j’aime, c’est qu’il parle à l’acteur comme à quelqu’un de souple. Il lui accorde ce crédit. Dans l’histoire du monde tout a été fait. Tout a été dit. Tout a été montré. Mais ce sont les détails qui comptent et qui sont intéressants et qui font un vrai metteur en scène. Et comme acteur, vous vous dites : « Je vais entrer dans ce détail ». C’est excitant. Ce que je privilégie, c’est l’intensité du moment… cet instant qui ne reviendra jamais plus.
La passion du moment, c’est une belle définition de la vie…
Et l’imagination, les contrastes. Je me rappelle dans Vivement Dimanche, les rapports entre Nestor Almendros, très poétique, rêveur, et François Truffaut, pragmatique, rieur et inquiet. J’aimais beaucoup ça. François a imaginé Vivement dimanche à cause d’une scène qu’on avait tournée avec Gérard dans La Femme d’à côté, où il me voyait passer en ombre. Il s’est dit : « Elle serait bien, en héroïne de roman noir ». L’imagination est un fleuve et une terre. Les metteurs en scène sont comme les chiens dans les forêts, qui vagabondent, hument et cherchent. Je me souviens du tournage de Vivement Dimanche comme d’un verre de champagne que l’on brandit à la Vie à l’Amour et au Cinéma.
Oui, il y a une légèreté, un rythme…
Il était très admiratif de The big sleep, un film de John Huston où on ne comprend pas tout mais où on est captivé. On se souvient toujours de quelque chose dont on a subi le charme sans tout comprendre.
Vous aimez les tournages…
OUI, beaucoup.C’est un privilège de faire un film, comme d’être invitée à une fête. Je ne sais pas dire comment a tourné un tel ou un tel. Je ne suis pas une théoricienne du cinéma. Le seul point commun, pour moi, des grands metteurs en scène, c’est la passion qu’ils mettent à faire leur film, ils savent très bien que c’est une grâce d’être là, qu’il y a un début, un milieu, une fin, et qu’il ne faut pas gâcher un seul moment. Ils savent qu’il faut remettre sans arrêt ses billes en jeu, car rien n’est jamais acquis. J’aime ça. Il ne faut pas faire ce métier par stratégie car on ne sait jamais quand arrive la pluie.
Vous avez dit au sujet de la pièce de Laurence Plazenet (que vous jouez à Marigny): « Un chant d’amour, c’est le meilleur rempart contre toute cette nouvelle société ».
Oui. L’amour sauve de tout.
Mais si on a peur d’aimer ?
Peut-être que la vengeance prend la part que l’amour laisse libre ?
Vous parlez d’un chant, car ce texte est très beau…
Je me suis sauvée des chagrins d’amour, ou de la solitude des chambres d’hôtel par la littérature. Les livres… Est-ce qu’un jour je n’aurai plus la passion des livres ? Vous pensez que ça s’en va ? NON !
Plus on lit plus on a envie de lire…
Oui ! Et puis cette frénésie quand on arrive dans une librairie, les quatrièmes de couverture… Tous les livres que j’aime, j’en parle sans arrêt. J’aime passionnément Eugène Onéguine, de Pouchkine, traduit par André Marcowicz, qui est un génie. Il remet les octosyllabes en français avec les rimes, c’est un travail de fou ! Qu’au 21e siècle, il y ait encore quelqu’un qui peut rester devant son bureau pour faire ça, alors le monde est sauvé ! Ma première découverte de Proust : c’était dans cette maison, au milieu de la forêt, avec une bibliothèque de fou. La nuit, j’étais dans mon lit, et mon frère dans sa chambre, porte ouverte, lisait Proust tout haut. Je devais avoir treize ans, je ne comprenais rien. Alors, à quinze ans, je me suis mise à le lire. Si je ferme mes yeux, À la recherche du temps perdu, c’est trois mois de grandes vacances, et de l’avoir d’abord entendu dans le noir, lu par quelqu’un que j’aimais. Et ne trouvez-vous pas, quand vous avez fini de lire Proust, que cet homme a écrit pour vous ?
Il le dit lui-même : « Car ils ne seraient pas, selon moi, mes lecteurs, mais les propres lecteurs d’eux-mêmes, mon livre n’étant qu’une sorte de ces verres grossissants comme ceux que tendait à un acheteur l’opticien de Combray ; mon livre grâce auquel je leur fournirais le moyen de lire en eux-mêmes. »