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Dolfy et les cafards

Endémique de quelques grottes de Slovénie, Anophthalmus hitleri, espèce rare, fait l’objet de braconnage à cause de son épithète donnée en hommage au dictateur nazi Adolf Hitler en 1937… Certains réclament qu’on change son nom.


C’est une bestiole qui n’a jamais eu la cote. Pendant le génocide rwandais, les Hutus, à la radio, qualifiaient les Tutsis de cafards. Si, en plus, une de ces espèces doit porter le nom du plus terrible dictateur allemand du XXème siècle (devant Erich Honecker…) le malheureux insecte ne risque pas de trouver grâce de sitôt dans les bestiaires.

L’affaire n’est pas tout à fait nouvelle puisque le cafard découvert dans des grottes de Slovénie par un collectionneur de coléoptères autrichien, Oskar Scheibe, s’appelle Anophthalmus hitleri depuis 1937. Le cafard est long de cinq millimètres, brun et sans yeux, ce qui ne le fait ressembler qu’en partie à son célèbre homonyme. Entre deux observations de lucioles au microscope, Oskar Scheibe admire la réussite de son compatriote qui est devenu chancelier allemand en 1933.

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Dans la communauté scientifique, le petit nom de la bébête pose à certains des problèmes éthiques. La Commission internationale de nomenclature zoologique (ICZN) a pourtant fait savoir qu’il n’était pas question de renommer le cafard slovène. Dans un monde qui ne rêve que de déboulonner les statues de Colbert et de Christophe Colomb, les observateurs de charançons sont attachés à une certaine stabilité des dénominations. Changer les noms au gré des modes idéologiques, c’est ouvrir la boîte de Pandore – ou plutôt la boîte à papillons – à toutes les dérives, au risque que les spécialistes n’y retrouvent plus leurs petits. « Il ne nous appartient pas de juger si des noms sont offensants ou éthiquement inacceptables, car c’est une question très subjective et personnelle », a déclaré Daniel Whitmore, plus calé en  mouches à chair qu’en politiquement correct. Le suivant sur la liste serait alors le papillon Hypopta mussolinii, découvert en Libye pendant la période coloniale italienne. Le cafard slovène et le papillon libyen pourraient presque rejouer la rencontre des deux dictateurs dans le film de Chaplin…

Et si le coup de projecteur sur ce cafard était son plus grand malheur ? La bestiole, qui ne vit que dans quelques cavernes de Slovénie, est devenu un objet de collection, très prisé des braconniers, des collectionneurs mais aussi des milieux néo-nazis ; son prix s’est envolé, atteignant parfois 1000 euros. La Slovénie (qui avait déjà donné Gaspard Proust, Melania Trump et le groupe Laibach) tente bien de le protéger de son regrettable succès. D’autres bêtes sont devenues malgré elles des messages politiques codés. En 2017, Mediapart avait repéré un goût pour les dauphins sur les réseaux sociaux d’anciens membres du GUD, syndicat étudiant d’extrême droite. Dauphin, donc dolphin, donc Adolf…

Riton Liebman: vedette, toujours

Devant nos deux expressos, le comédien belge, écrivain depuis peu, m’a parlé de Bertrand Blier, de Depardieu, de ses spectacles, de sa judéité et de son oncle Henri jamais revenu d’Auschwitz.


Riton Liebman est toujours une vedette. Nous avons trouvé refuge dans une brasserie du XXe arrondissement et, très vite, un homme l’a interpellé : « Mais je vous connais, vous ; je vous connais ! ». Riton lui serre la main ; il lui demande où ils se sont rencontrés. « J’ai travaillé sur un film dans lequel vous avez joué », déclare l’homme. Il s’agit d’un technicien du cinéma.

« Bite, cul, poils, trou ! » 

Je profite de ce sympathique moment pour brandir le livre de Riton, Riton Liebman, la vedette du quartier (Séguier, coll. L’IndéFINIE ; 2024) : « Ce bouquin est formidable ! Achetez-le ! » dis-je à l’endroit du technicien. Formidable ? C’est un euphémisme…

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Nous rions beaucoup à la lecture de cet opus extrêmement foisonnant où quelquefois passent des ombres. De plus, n’oublions pas que Riton a tourné Préparez vos mouchoirs, de Bertrand Blier, avec Depardieu qui, dans ce film, ne faillit pas à sa réputation. Riton en témoigne : « Tout à coup, il y a une voix qui résonne dans le couloir, une voix qui hurle, qui chante, qui se marre : ‘’Bite, cul, poils, trou !’’ Avec la voix arrivent un blouson, une casquette et des cheveux longs. ‘’ Salut mon vieux ! Moi, c’est Gérard ; Fais voir le texte… Ah ! Ah ! Sacré Bertrand ! Alors petit, tu as bien baisé aujourd’hui ? Faut baiser ! Faut baiser ! Si tu n’as pas bien baisé, tu ne peux pas profiter… ‘’. »

– Depardieu vous a donc tout de suite parlé de cul ?, fis-je à Riton.

– Oui, et alors ? Moi aussi, je parle de cul. Pas vous ?

J’acquiesce en rigolant. Le ton est donné.

– Vous n’avez pas eu beaucoup d’articles dans la presse de gauche…

La veille, il a été interviewé dans le cadre de l’émission Les Grosses Têtes, sur RTL.

– C’est vrai, et vous savez pourquoi ? Parce que je ne ferme pas ma gueule.

Homme de gauche, il ne pratique pas pour autant le néo-féminisme ambiant et béat. Et nous voilà partis… On parle de mains aux fesses et autres tripotages. Effectivement, Riton n’est pas néo-féministe. « Je ne veux pas que tu tournes avec Bertrand Blier, ce sale phallocrate », hurlait sa mère quand, à l’âge de 13 ans, il avait répondu à une annonce pour jouer le rôle du petit garçon dans Préparez vos mouchoirs.

Il n’écouta point Maman, psychothérapeute belge soixante-huitarde. Il joua dans le film, apprécia l’expérience et se découvrit une vocation de comédien : « Je ne voulais plus du tout aller au lycée », lance-t-il. « Et je me suis dit que faire l’acteur serait une excellente alternative ; je voulais vivre la nuit, dormir le jour. » Finalement, ses jours devinrent blancs comme la poudre et ses nuits noires comme l’addiction de laquelle il finit par sortir…

Un prénom difficile à porter

Devant nos cafés, Riton saute du coq à l’âne. Et moi, j’essaie de raccrocher les wagons. Je comprends qu’avant d’écrire son récit, il a créé et interprété plusieurs spectacles, des stand-ups, dont Liebmann, renégat, dans lequel il raconte son père, professeur d’université connu, notamment pour ses positions propalestiniennes. Pour un Juif, ça la fout mal ! D’ailleurs, je finis par demander à Riton s’il se sent juif.

– Oui !, répond-il comme un cri du cœur. En revanche, Israël ne signifie rien pour moi.

Parlons-en de la judéité de Riton Liebman : ses parents l’ont prénommé Henri en hommage à son oncle qui ne revint jamais d’Auschwitz. Difficile à porter, très difficile et nous comprenons mieux certaines choses.

Après une heure d’entretien, je quitte Riton que je ne peux m’empêcher d’appeler par son prénom :

– Allez, au revoir Henri ; à bientôt ! 

Émue, je n’ai pourtant pas sorti mon mouchoir.

288 pages.

La Vedette du quartier

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Les chasseurs du Sud-ouest mettent crosse en l’air

La décision du Conseil d’Etat du 6 mai entérinant l’interdiction par la Commission Européenne des « chasses traditionnelles » constitue d’une certaine façon une aubaine pour les hardes de sangliers des Landes et des Pyrénées-Atlantiques, mais, en revanche, pour les élevages bovins, une grave menace. Les premiers pourront proliférer sans entrave et les seconds courent, au contraire, un sérieux risque de contracter la tuberculose…


En réaction à ce jugement qui, comme l’a expliqué à Causeur Jean-Luc Dufau, président de la Fédération de chasse des Landes, porte « atteinte à nos traditions et à notre culture régionales », les chasseurs de ces deux départements du sud-ouest, ont décidé de mettre sine die, depuis le 1er juin, crosse en l’air.

C’est-à-dire qu’ils n’assureront plus les « deux services publics » que les pouvoirs publics leur délèguent et qu’ils effectuent bénévolement, à savoir organiser, à la requête de ces derniers, des battues visant à endiguer la prolifération des sangliers, surtout depuis le Covid, au point de devenir une espèce invasive des périphéries urbaines, et maintenir une veille sanitaire de la faune sauvage, en procédant à des prélèvements systématiques de blaireaux, principaux transmetteurs de la tuberculose aux vaches et veaux en pâturage et stabulation libres. Bien que peu répandue, quatre départements aquitains (Gironde, Landes, Lot-et-Garonne, et Pyrénées-Atlantiques) sont les plus affectés en France par cette maladie infectieuse transmissible à l’homme. En outre, grande éleveuse de poulets et canards, cette région est aussi confrontée périodiquement à des épidémies de fièvre aviaire. Une éventuelle conjonction des deux affections aurait de lourdes conséquences sur son économie, essentiellement agricole.

Une grogne qui monte

Si d’ici le 11 juin, le gouvernement persiste à faire le mort, les fédérations de chasse de ces départements ont convenu de se retrouver pour amplifier leur protestation. Les chasseurs estiment avoir été « mollement défendus » par leur ministère de tutelle, celui de l’Environnement et de la Transition écologique, seul, aberration juridique, habilité à les représenter alors qu’il est en quelque sorte juge et partie. Pour que l’avocat des chasseurs eût pu plaider, il aurait fallu que le ministère l’acceptât. Il a refusé.

D’après Jean-Luc Dufau, le ministère ne penche pas de leur côté mais plutôt de celui des deux associations de défense des animaux, qui ont saisi le Conseil d’Etat et obtenu l’abrogation des deux arrêtés de 2022 qui suspendaient l’application de la directive européenne. Il s’agit de One Voice fondée en 1995 sous l’égide de l’ancien très célèbre biologiste, Théodore Monod, qui s’est donné pour mission « de lutter contre toutes les formes de cruauté envers le vivant », et de la Ligue de protection des oiseaux (LPO) du médiatique Allain Bougrain-Dubourg, qui depuis des lustres mènent des opérations commando de bobos citadins contre ce type de chasse.

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Pour la Fédération nationale de la chasse (FNC), la directive relève du fait du prince. Elle se fonde sur une méconnaissance de la réalité et bafoue la législation nationale en vigueur. Elle estime que la Commission outrepasse ses prérogatives et que de son côté, le Conseil d’Etat, allant, le comble, à l’encontre d’un arrêt de la Cour de justice européenne (CJE) qui les autorisait, entérine un abus de pouvoir.

D’après la LPO, la population des alouettes des champs, le gibier des « chasses traditionnelles », a diminué depuis 1980 de moitié en France. A combien s’élève cette population ? Comment a-t-elle établi cette estimation ? On l’ignore mais il semble bien que ce soit « au pif et doigt mouillé ». De son côté, dans une étude publiée en mai 2023, le CNRS estime qu’en 40 ans le nombre d’oiseaux a décru de 25% sur le continent européen, et de 60% dans les zones agricoles. La chasse, au fusil ou au piégeage, n’en est pas et de loin la cause. Pour le CNRS, c’est « l’intensification de l’agriculture qui est à l’origine de la disparition des oiseaux » en réduisant les possibilités de nidification. Dans une question écrite du 31 août 2023 adressée au ministère de l’Environnement, la sénatrice de Gironde, Florence Lassarade (Les Républicains) faisait remarquer que les prélèvements des « chasses traditionnelles » ne représentent que 1% de la mortalité des alouettes.

Techniques archaïques

En quoi donc consistent ces « chasses traditionnelles » désormais bannies ? Elles se résument à deux archaïques techniques : une dite « aux pantes », l’autre « aux matoles ». « Aux pantes », c’est un filet qu’on tend à l’horizontale dans lequel vient se prendre l’alouette qu’on a attirée avec un leurre dénommé « appelant », une autre alouette retenue par une cordelette liée à une de ses pattes. « Aux matoles », c’est une petite cage métallique suspendue qui s’abat sur le volatile venu picorer l’appât qu’on a disposé à cette fin. « C’est un art qui requiert de la patience, explique Jean-Luc Dufau. Les prises sont parcimonieuses. L’oiseau n’est ni tué, ni blessé. »

Pour la saison 2023-24, les deux arrêtés abrogés fixaient un quota de captures à 105 500 alouettes pour les quatre départements ci-dessus cités où seulement ce type de chasse est pratiqué. « Des chiffres qu’en réalité on n’atteint pas », souligne Jean-Luc Dufau. En tout, en France, les chasseurs tuent en moyenne en une saison 1 200 000 oiseaux de diverses espèces. Ainsi, les « chasses traditionnelles » représentent moins de 10% de ces prélèvements. En raison de la procédure judiciaire, aucune « chasse traditionnelle » n’a été pratiquée depuis trois ans. On n’a pas constaté une prolifération d’alouettes.

« Le jugement de la Cour de cassation est absurde, insiste Jean-Luc Dufau. Car il interdit les chasses traditionnelles mais autorise la chasse au fusil et n’y impose aucune restriction. Si la folie nous prenait, on pourrait en abattre autant qu’on voudrait, on se livrait à un massacre. » Or, concernant la chasse « aux matoles », à laquelle s’adonne moins d’un millier d’individus, et ne se pratique que dans deux départements, Landes et Lot-et-Garonne, le quota était fixé pour le premier à 4928 unités et pour le second à 2870. Pas de quoi dépeupler le ciel aquitain…

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Ce qui est sûr, c’est que la Cour de cassation a mis le gouvernement dans un fichu pétrin qui pourrait, sans avoir bien entendu la même ampleur, déboucher sur une crise type gilets jaunes ou agricole. Dans ce recoin de l’Hexagone d’où, convient-il de le rappeler, la colère paysanne était partie, la majorité des chasseurs sont justement des ruraux. Ce mode ancestral de capture est leur loisir hivernal avec le match de rugby et une bonne bouffe.

On voit mal à quel subterfuge juridique le ministère de l’Environnement peut recourir pour contourner une décision de la plus haute juridiction. Si les chasseurs s’obstinent à ne par participer à des battues et à ne plus assurer la veille sanitaire, les conséquences collatérales risquent d’être lourdes.

Le péril porcin

Evaluer la population de la faune sauvage est un exercice aléatoire donc très approximatif. Cependant le nombre de sangliers est estimé aux alentours de deux millions. En 1980, ils étaient un million. A la fin des années 50, on n’en comptait qu’une ou deux centaines de milliers. Avec le Covid, leur nombre a explosé. Animaux omnivores et, contrairement à l’image qu’on en a, timides et craintifs, surtout le mâle (voir encadré ci-dessous), les sangliers ont profité du confinement qui vida les rues des villes de toute présence humaine pour s’enhardir et s’aventurer de nuit à la périphérie de celles-ci, renversant poubelles, dévastant potagers, labourant les pelouses. Ils y trouvent une nourriture plus abondante qu’en forêt, leur habitat naturel. Il n’est plus rare d’en croiser même en pleine journée en ville, comme ce fut notamment le cas à Mimizan-Plage (40), station balnéaire landaise, en mai. Pendant le Covid, toujours dans cette même ville, on a pu en voir prendre… des bains de mer.

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Durant la saison de chasse 2023-24, il en a été abattu officiellement 842 802, 6% de moins que lors de la précédente. Conséquence : si les chasseurs se refusent à reprendre les battues, la population des suidés, selon leur appellation scientifique, pourrait croître de l’ordre de 40 à 50%.  D’autant qu’une femelle, une laie, met bas dans l’année une portée moyenne de six petits (appelés, eux, marcassins)… et une femelle est fertile dès son dixième mois. Le sanglier est une espèce très prolifique…

Le montant du coût des dégâts qu’on leur impute est estimé à environ 20 millions d’euros. Pour les seules Landes où on en abat 18 000 annuellement, la facture s’élève à 2 millions.

En juillet 2023, la Cour des comptes s’en était alarmée et avait demandé au gouvernement de prendre des mesures d’urgence pour éviter que la situation qu’elle considérait déjà comme grave n’empire. Dès lors, la décision de la Cour de cassation ne paraît pas très opportune, pour le moins.

Sur la piste du vrai Indiana Jones: Voyage au bout d'un mythe

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Les sangliers et leurs singulieres amours
Aux yeux d’une néo-féministe radicale « de chez radicale », l’organisation de la société des sangliers ne peut que faire figure de société idéale, « la cité de ses rêves ». 
Le mâle y est condamné à mener une vie de solitaire et d’errance, exclu très jeune du groupe, dit la harde, par sa propre génitrice. Ce type d’organisation qui tient le mâle à l’écart est dit matriarchie. Les femelles, appelées laies, sont les uniques détentrices de l’autorité et du pouvoir sur l’espèce. On retrouve un système analogue chez les éléphants.
Les femelles, entre trois ou quatre, accompagnées de leurs progénitures dont le nombre peut varier de six à douze, ce qui forme un groupe d’une vingtaine à une trentaine d’individus, ne vivent qu’entre-elles sous l’autorité d’une dominante. Le mâle, réduit au rôle de géniteur, ne peut s’en approcher qu’à la période du rut, de la mi-novembre à la mi-janvier, et n’y reste qu’une quinzaine de jours, le temps d’avoir la certitude qu’il n’a pas échoué dans sa tâche.
C’est la laie dominante lorsqu’elle entre en chaleur qui invite les mâles à la copulation en éparpillant sa bave et son urine. Attirés par ce stratagème, ces derniers, avant de pouvoir se livrer à une fornication qui dure moins d’un quart d’heure et apparemment sans procurer une grande jouissance, se livrent à de rudes combats entre rivaux pour gagner le droit exclusif de couvrir l’une après l’autre les femelles de la harde. Puis s’éclipse sur la pointe de ses sabots. 
Trois mois, trois semaines, trois jours, soit 115 jours exactement après ces ébats peu érotiques, la laie met bat entre mars et mai, en solitaire, si elle est jeune, une moyenne de six petits, si elle est vielle ça peut aller jusqu’à douze. L’espérance de vie des sangliers, si bien entendu ils ne sont pas abattus, varie de 10 à 15 ans. Ainsi une femelle peut donner naissance dans son existence à au moins une cinquantaine de marcassins.
Les mâles sont expulsés de la harde à l’âge de six mois. Ils sont fertiles dès le 10ème mois. A la différence de leurs frères, les femelles quittent de leur plein gré celle-ci à leur puberté qui a lieu aux alentours des 12 mois. Pour éviter les possibilités d’inceste, les jeunes sont empêchés d’accouplement jusqu’à leur maturité…
D’aspect bourru, hirsute, le mâle est plutôt timide et craintif, plus prompt à prendre la fuite qu’à attaquer. Mère jalouse, possessive, très protectrice de sa ribambelle de marcassins, c’est elle qui est la plus belliqueuse des deux. Si elle sent qu’une menace pèse sur eux, elle fonce.
L’espèce est nocturne et ne commence à chercher sa pitance qu’au crépuscule. C’est ainsi que les habitants des régions à forte population de sangliers découvrent au petit matin leurs potagers dévastés ou leurs pelouses de leur résidence, tondues la veille, labourées.
Par ailleurs, une question se pose : qu’advient-il des 800 000 carcasses abattues en moyenne annuellement (soit en tout près d’un million de tonnes de viande, viscères, os, pelage) ? Bien que très goûteuse, tendre, nourrissante, leur chair est peu consommée (un grand dommage). Alors ce sont des sociétés d’équarrissage qui récupèrent cette masse de matière première pour en faire essentiellement du bio-carburant destiné aux chaufferies collectives et aux cimenteries. Donc, quand il y a du béton, il y a aussi un peu de sanglier • RU

Sur l’Europe, Jordan Bardella et Marine Le Pen se partagent les rôles Porte de Versailles

Hier après-midi à Paris, le Rassemblement national réunissait 6000 personnes pour le dernier meeting de campagne des élections européennes, et transformait le Dôme de Paris en véritable discothèque. Pour maximiser le score de la liste RN, Marine Le Pen a appelé les plus anciens à battre l’Union européenne. De son côté, avec un discours plus identitaire, Jordan Bardella a appelé les jeunes à battre Macron.


C’était le dernier temps fort de la campagne. Au Palais des Sports, sous le Dôme, le Rassemblement National appelait tous ses militants pour un dernier grand meeting. Des cars de Haute-Marne, des Ardennes, de la Somme et d’un peu partout étaient venus pour écouter le tandem Jordan Bardella-Marine Le Pen. Rien, pas même le débat mitigé du président du parti face à Gabriel Attal, n’a freiné pour le moment l’élan des sondages. Le lieu de l’évènement, la porte de Versailles, dans ce sud-ouest de Paris historiquement cher à la droite, permettait aussi de tester la cote de Jordan Bardella auprès d’une sociologie bourgeoise historiquement insensible au vote RN.

Des militants pas toujours d’accord économiquement, mais qui réclament tous de l’ordre

Dans la foule, au milieu des t-shirts de groupe de métal, des vestes et des looks plus guindés se distinguent. Nous rencontrons Jean-Pierre Vaillant, responsable local du parti pour le Cap-Ferret (33). Encarté il y a six mois, peu après sa prise de retraite, aussitôt promu localement, il nous témoigne de son enthousiasme de nouveau converti : « Je suis stupéfait de voir comment les gens réagissent sur les marchés quand on leur montre la photo de Bardella ! Notamment les femmes. Les retours sont très positifs », insiste-t-il, parlant même de « Bardellamania ». Ancien président des branches françaises de Mitsubishi et de Fiat, il fait partie de ces nouveaux responsables du RN qui ont exercé des responsabilités dans l’administration ou le privé. Dans sa circonscription huppée, l’homme – qui auparavant votait UMP puis LR – voit taper à la porte de nombreux cadres d’entreprise et des résidents secondaires : « Toute ma vie, je me suis battu pour gagner, quand on est patron d’une marque d’auto, on se bat tous les jours. Alors à 72 ans, je ne vais pas terminer sur un échec ». Paraphrase gaullienne : « Comment voulez-vous à 72 ans, que j’entame une carrière de loser » ?

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Autre rencontre, Pierre, intermittent dans la culture, travaillant à la Philharmonie pour l’audiovisuel. Il nous explique avoir longtemps voté pour les écologistes avant de rallier le Rassemblement National. Il assiste à l’évolution de son milieu, d’ordinaire très acquis à la « gauche bobo » et qui lui aussi regarde avec un nouvel œil le parti lepéniste : « La réforme de l’assurance chômage inquiète de nombreux intermittents ». Si l’un a des aspirations d’entrepreneur libéral et si l’autre manifeste des inquiétudes sociales, ils se rejoignent sur un point : la demande d’autorité. Pour Pierre, « Ça suffit, on a besoin d’ordre ». Jean-Pierre Vaillant n’est pas en reste : « La situation sécuritaire et sociale a changé. C’est ce qui m’a déterminé à adhérer ».

Rien de bien nouveau dans les discours à la tribune

Et sinon, quelques jeunes venus de lointaine banlieue, frais bacheliers ou en première année d’études à qui nous demandons ce qui les amenés par un frileux dimanche de juin dans la capitale pour leur « premier meeting politique » : « On est nombreux à avoir vu les punchlines de Jordan Bardella sur les réseaux sociaux ». Le vu sur Tiktok remplace le vu à la TV. Des lycéens, des intermittents, des notables de stations balnéaires… un nouveau public dans la masse militante pour un show fidèle à la ligne du Rassemblement National : pas de prise de risques à une semaine du scrutin. La base vient essentiellement de province ou de lointaine banlieue : quoique situé porte de Versailles, ce meeting ne ressemble pas aux grands shows du Trocadéro lorsqu’un public très Ralph Lauren et pantalon rouge était venu en masse applaudir François Fillon et Éric Zemmour. « On commence à toucher un public plus BCBG mais qui se déplace davantage dans des réunions restreintes et des conférences. Le meeting, ce n’est pas leur culture » nuance toutefois un responsable du Pas-de-Calais, venu avec ses troupes.

Le public est accueilli par de la musique techno et par I will survive, puis abandonné au son de 1987 de Calogero (1987… il faudrait vraiment être un esprit tordu pour aller chercher un évènement fâcheux, cette année-là, dans l’histoire tumultueuse du Front National). Ici, on n’est pas à Reconquête, où La création d’Adam de Michel Ange était projetée le 10 mars dans la même salle, lors du meeting de Marion Maréchal. D’un côté, la pinacothéque pour les zemmouriens, de l’autre la discothèque pour les militants RN ! Mais si les tribuns du jour ont appelé à sanctionner la majorité présidentielle, il n’a pas été question des listes concurrentes du RN, lesquelles n’ont pas même été citées. Jordan Bardella n’a d’ailleurs évoqué qu’une fois « Marine », et aucun de ses autres colistiers.

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Dans les discours, le thème européen pourrait permettre d’identifier quelques différences d’approche, même tenues, entre Le Pen et Bardella. À la tribune, Marine Le Pen sécurisait son image de working class heroe séguiniste parlant protectionnisme et réindustrialisation, rappelant aussi la victoire du non en 2005 : « Le peuple français a dit non à une constitution européenne, non à un État européen, non à un président européen ». Elle fait au passage siffler la présence du drapeau européen sous l’Arc de Triomphe, puis assène : « Plus de pouvoir aux nations et moins à l’Union européenne. Un seul souverain: le peuple ! » De son côté, Jordan Bardella paraissait plus affranchi des combats de Maastricht et de 2005. Sa génération ne les a pas connus, et semble plus sensible aux questions identitaires. Brocardant l’islamisme, citant Paul Valéry et les fameuses civilisations qui désormais se savent mortelles, la tête de liste a pris le parti de la défense du vieux continent : « Notre civilisation peut mourir si nous ne reprenons pas le contrôle de notre politique migratoire ».

Il y avait donc bien un discours pour ceux qui ont fait la campagne de 1992, et ceux qui n’étaient alors pas encore nés… Monsieur Bardella est né en 1995. Dans le clip de campagne, apparaissaient la Segrada familia et quelques monuments européens. Une manière de signifier que l’espace du vieux continent et ses symboles ont intégré l’imaginaire frontiste comme celui des classes populaires qui ont pu ces vingt dernières années les visiter grâce à la démocratisation du voyage en avion. D’ailleurs, la perspective d’un Frexit imminent n’est plus à l’ordre du jour…

Défendre Israël, est-ce le devoir de l’ « homme blanc »?

Le quotidien Le Monde s’étonne des « nouveaux habits pro-israéliens » et du « soutien inconditionnel » à l’État hébreu de la droite dure en Europe


Pendant qu’en France, on s’acharne à qualifier d’extrême droite le Rassemblement national pour se simplifier la tâche, alors que ses plus grands spécialistes, par exemple Jean-Yves Camus et Pierre-André Taguieff, récusent cette facilité intellectuelle, la liste européenne de Jordan Bardella poursuit son avancée dans les enquêtes d’opinion. Peut-être à 34 % ? Comme si en réalité elle était dans cette situation où l’attaquer même rudement lui profitait et qu’elle cumulait ce double avantage de porter les espoirs de ceux qui aspirent à faire du 9 juin un test national anti-Macron et de ceux qui présentent une forte hostilité à l’égard de l’Union européenne actuelle.

RN se présente comme le meilleur défenseur de la communauté juive

Cela n’empêche pas de voir l’extrême droite, dans ses diverses configurations européennes, « malgré un fonds nationaliste commun, réinvestir aujourd’hui l’Europe et l’Union européenne pour des raisons stratégiques et, parfois, idéologique » (Le Monde dans une excellente double page, « L’Europe dans le viseur de l’extrême droite »). Ce mouvement est d’autant plus fort qu’il rejoint partout la détestation d’une Europe fédéraliste – visant minutieusement à supprimer tout ce qui pourrait encore relever de l’identité et de la sauvegarde des nations – ou un vif mécontentement contre des instances bruxelloises plus promptes à exclure qu’à intégrer des pays ne récitant pas bien leur leçon européenne.

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« L’étonnant soutien de l’extrême droite européenne à Israël » (Le Monde, toujours) est encore bien plus remarquable. Même sur le plan national, le RN et Reconquête! ne sont plus tournés en dérision quand ils affirment être, surtout le premier, les meilleurs défenseurs de la communauté juive. Sur le plan de la sécurité et de la Justice, le RN affiche la ligne la plus dure, tant pour la condamnation des écrits et propos antisémites qui se multiplient que pour la considérable augmentation des délits et des crimes dans notre pays. Avec pour conséquence des familles angoissées quittant les départements dangereux ou prenant le parti de rejoindre Israël. Nous pouvons le comprendre puisque la lutte menée, non seulement n’est pas efficace mais est ridiculisée depuis le 7 octobre avec ce terrible accroissement de l’antisémitisme, poison aux ressorts divers dont le principal est dorénavant l’islamo-gauchisme et la complaisance à l’égard du Hamas. D’aucuns à LFI refusent de le qualifier de terroriste alors qu’en revanche on ressasse le terme de génocide à Gaza, absurdité juridique aussi bien qu’humaine.

Israël, appréhendé comme une frontière civilisationnelle

On perçoit sans difficulté les raisons du soutien qu’apporte l’extrême droite européenne à Israël. D’abord, bien avant le massacre inouï du 7 octobre, il y a toujours eu de la part de certains partis une admiration pour cet État si efficacement armé pour sa sauvegarde, capable de résister à des voisins qui souhaitent sa disparition. Un État démocratique qui, contraint par la haine de ses adversaires, n’a jamais oublié d’être fort ni oublieux des offenses mortelles qu’on lui faisait subir. Depuis le 7 octobre, l’extrême droite européenne a vu dans Israël, ce pays meurtri mais si courageux, le bouclier de l’homme blanc, l’incarnation de sa résistance, le sursaut d’un Occident tellement vilipendé et accusé de tout. La volonté d’Israël de ne pas plier l’échine, quel que soit le jugement porté sur son principal dirigeant, apparaît comme un miracle et entraîne la reconnaissance de beaucoup. Personne ne peut demeurer indifférent à ce terrible conflit engageant tant d’enjeux en France même. C’est logiquement à cause de cela que l’extrême gauche est devenue, par compensation, antisémite. Puisque l’homme blanc emblématique d’une civilisation honnie, ne pouvait que susciter chez les mondialistes, les tenants d’une immigration libre et ouverte comme un nouveau prolétariat, les idolâtres des Palestiniens pourtant dominés par le Hamas islamiste, une réaction haineuse et d’exclusion à l’encontre des juifs israéliens, sans qu’il y ait parfois une distinction nette entre critique de la politique israélienne et antisémitisme abject.

La France devrait se passer de ces débats picrocholins sur le nom du RN, sa présence dans l’arc républicain, de cette tendance permanente du président de la République à faire contre mauvaise fortune électorale mauvais cœur, notamment à l’étranger. Ce n’est pas le RN qui est le problème. Mais la France, son destin et son influence en Europe.

Le Mur des cons

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La France en miettes (Documents)

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Corse: «Nous entendons briser cette hégémonie gauchisante sur l’autonomisme!»

Le nationalisme corse est en ébullition. La mort d’Yvan Colonna a profondément fracturé les militants. La victoire des nationalistes, en 2015, s’est accompagnée de nombreuses désillusions pour beaucoup de Corses. Ceux qui prétendaient défendre la Corse éternelle, celle des montagnes indomptables et des dynasties fières, se sont acoquinés avec le gauchisme parisien pour mieux réagir à la République. Nicolas Battini, avec son parti politique Mossa Palatina, entend combattre et vaincre cette erreur. À l’indépendance « tiers-mondiste » et « wokiste », il oppose l’identité corse.


Causeur. Vous abordez dans votre livre tout récemment paru plusieurs problématiques intéressantes. Vous identifiez notamment l’universalisme jacobin comme l’origine du mal en Corse… Pourquoi ?

Nicolas Battini. Le jacobinisme est l’un des maux majeurs dont souffre la France, pas seulement la Corse. Contrairement à ce que d’aucuns en disent, il ne se résume pas au centralisme. Le jacobinisme va bien plus loin que la simple concentration des leviers de décision à Paris. Il est l’une des matrices intellectuelles qui a préparé, deux cents ans en amont, le wokisme et la déconstruction. Il a organisé institutionnellement et imposé mentalement la destruction minutieuse des vieux héritages, du lien charnel avec le catholicisme populaire, de l’attachement au terroir et au peuple historique, de la légitimé des corps intermédiaires entre l’individu et l’État. La Corse, dans ses profondeurs populaires, est aujourd’hui l’un des points avancés de la résistance et du refus de l’universalisme républicain. Même si elle a elle-même fini par produire une élite locale, y compris indépendantiste, soumise aux grands canons jacobins adaptés localement, et prête à glisser spontanément vers la pensée décoloniale et woke.

Une critique que l’on entend. Pourtant, une partie de la Corse ne vit que grâce à l’État. Avec 86 emplois de la fonction publique pour 1 000 résidents, la Corse est aussi la région de province la plus administrée…

Le libéral que je suis est tout à fait d’accord pour convenir de l’état catastrophique d’une économie insulaire beaucoup trop articulée autour de la fonction publique. Mais encore une fois, le jacobinisme, avant de se manifester par une omniprésence de l’Etat, est avant tout une pensée totalitaire et déracinante. La question économique pèse finalement bien peu dans la critique que j’en fais. Un Etat centralisé, même omniprésent, mais respectueux du fait autochtone en Corse et prompt à en valoriser l’identité millénaire ne représenterait pas à nos yeux un péril de nature mortelle pour le peuple corse.


Comment les indépendantistes sont-ils passés à cet universalisme jacobin ?

C’est une question sociologique. La bourgeoisie urbaine s’est largement ralliée à la gauche universaliste depuis des générations. En particulier depuis mai 68. Les cadres indépendantistes viennent de cette sociologie-là, ils en ont donc les codes et les valeurs. Par ailleurs, le phénomène historique qui a poussé à l’émergence de l’indépendantisme en Corse est étroitement lié au développement de la pensée soixante-huitarde qui accompagne la fin de la décolonisation à partir des années 50 et 60. Enfin, le nationalisme corse étant né dans les années 20 dans un courant de pensée très clairement situé à droite, voire à l’extrême-droite, plusieurs de ses meneurs se compromirent avec le fascisme italien. Au sortir de la guerre, une génération nouvelle tendit à offrir à la revendication corse disqualifiée une forme de fréquentabilité auprès des cercles urbains de la gauche parisienne. Le prisme anticolonial et anti-impérialiste permit cela, ce qui teinta durablement la revendication corse, indépendantiste comme autonomiste, d’un arrière-fond de valeurs très à gauche. Un cycle historique que nous entendons briser.

A lire aussi, Raphaël Piastra: Quelles compétences, notamment législatives, Darmanin est-il prêt à donner aux élus corses?

Une trahison intellectuelle qui se recoupe d’après votre expérience avec des intérêts criminels ?

Assurément. La pratique continue et systématisée du moyen violent a nécessairement fait émerger des pré-carrés, des habitudes, des façons d’être et de vivre particulièrement rédhibitoires et préjudiciables à l’établissement durable d’une saine vie démocratique en Corse. Des chefs de réseaux armés se présentant comme des combattants de la Corse sont en réalité des chefs de gangs qui, à la tête de leur capital de nuisance, défendent et font fructifier leurs intérêts financiers. Le tout construit sur le sacrifice d’une jeunesse évidemment naïve qui pense s’investir au service d’une juste cause. Tout ceci doit prendre fin. Ou tout du moins, la légitimation politique de tels intérêts doit-elle être annihilée par un discours public de vérité.

La mort d’Yvan Colonna en prison a-t-elle changé les choses pour le nationalisme corse ?

La mort d’Yvan Colonna a mis nombre de nationalistes corses au pied du mur : évoquer l’islamisme par souci de vérité ou bien se contenter d’un discours complotiste résolument tourné contre l’État afin de ne pas sortir des clous de la bien-pensance gauchisante. Le président Gilles Simeoni intima la consigne d’opter pour la deuxième option. Pour ma part, alors membre de l’Exécutif de Femu a Corsica, j’ai pris la décision de démissionner pour affirmer les convictions qui sont les miennes et qui structurent aujourd’hui le narratif de Palatinu. Pour l’actuelle majorité territoriale, Yvan Colonna a été assassiné par les services préfectoraux par l’intermédiaire du djihadiste Elong-Abé. Pour ce qui nous concerne, jusqu’à preuve du contraire, Yvan Colonna est mort à cause de l’incapacité de l’extrême-centre à gérer la question de l’islamisme et de la surpopulation pénale ! Ces deux visions sont en train de fracturer profondément le nationalisme corse ainsi que le reste de la société insulaire.

Comment Palatinu, votre association récemment transformée en parti, compte répondre à cet appel du peuple corse ?

Nous y répondons par notre existence même ainsi que par nos actions. En moins de deux ans d’activité soutenue, Palatinu s’est installé au cœur du débat public corse. Pas un mois sans que nous ne soyons au centre d’une polémique. Notre nombre d’adhérents est aujourd’hui le même que Femu a Corsica, le parti majoritaire. Et ce sans aucun levier de pouvoir à notre disposition. La lame de fond est profonde au sein du peuple. Le jour de la création de notre organe électoral, Mossa Palatina, la plus grande salle de meeting d’Ajaccio était pleine à craquer. Une véritable démonstration de force selon les aveux de nos propres contradicteurs. L’établissement d’un secteur identitaire et conservateur, antiwoke et opposé à l’islamisation au sein de l’autonomisme corse est désormais durable.

Le sursaut corse: L'identité plutôt que l'indépendance

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Européennes: la colère française s’exprimera-t-elle de nouveau dimanche?

Et pourtant, Bruno Le Maire a « sauvé » notre économie !


Emmanuel Macron mérite sa défaite, promise pour ce 9 juin. Les maladresses de Valérie Hayer, qui conduit la liste présidentielle aux Européennes, ne suffiront pas à expliquer la déroute annoncée.

Refus de voir

La macronie est vue comme une provocation permanente aux yeux de ceux qui enragent devant l’incapacité du pouvoir à comprendre la colère des Français. Comme le reconnait Nicolas Sarkozy dans Le Figaro du 30 mai, redevenu lucide, le peuple « n’en peut plus de ce qu’il considère être un déni de réalité », s’agissant de l’explosion de l’insécurité. Mais ce refus de voir se décline sur d’autres sujets. Samedi, sur BFMTV, Bruno Le Maire n’a pas craint le ridicule en affirmant, après la dégradation de la note souveraine du pays par Standard and Poor’s : « J’ai sauvé l’économie française », tandis que la dette explose, notamment sous les effets d’un confinement sanitaire inutile. Le 1er mars 2022, le ministre de l’Économie avait déjà plastronné : « Nous allons provoquer l’effondrement de l’économie russe ». Dimanche, sur RTL, Éric Dupond-Moretti a repris sa traque obsolète des fantômes du FN, sans réfléchir aux causes de l’envolée de Jordan Bardella (RN).

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Quant au chef de l’État, en mal de destin, il attise une 3e guerre nucléaire et généralisée en promettant, le 26 février, des troupes au sol en Ukraine puis, ces derniers jours, l’utilisation de missiles français de longue portée contre la Russie. Commentaire de Pierre Lellouche (Le Figaro, 30 mai) : « Macron risque de faire sauter tous les verrous qui nous protègent de la 3e guerre mondiale ». Le président, qui s’exprimera jeudi, est devenu un danger public. Il est, de surcroit, incapable de désigner l’islamisme comme le vrai ennemi de la France.

La France pusillanime avec Alger ou le Hamas

Parallèlement à ses provocations militaires contre Vladimir Poutine, le chef de l’Etat continue, en effet, à ménager l’islam en guerre contre l’Occident. Le Hamas terroriste reste, pour les prétendus alliés d’Israël, dont la France fait partie, un interlocuteur à ménager dans ses exigences de cessez-le-feu et d’un État palestinien. En Algérie française, après les massacres de civils (femmes violées et éventrées, enfants découpés) perpétrés par le FLN en août 1955 dans le Constantinois (El-Halia, Philippeville, etc.), Jacques Soustelle, délégué général du gouvernement en Algérie, avait déclaré : « On ne négocie pas avec ces gens-là » (1) ; ce que le général de Gaulle s’était pourtant empressé de faire.

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Or si le gouvernement israélien de Benjamin Netanyahou se refuse pareillement, aujourd’hui, à donner des gages au Hamas satanique, qu’il veut chasser définitivement de Gaza, ce n’est pas la position de la France pusillanime. Celle-ci vient notamment d’appuyer la demande du procureur de la Cour pénale internationale de délivrer des mandats d’arrêt contre des membres du gouvernement israélien, mis sur le même plan que les dirigeants du Hamas. Et voici maintenant la France sommée par l’Algérie de lui restituer des biens lui ayant appartenu, sans qu’Alger reprenne pour autant ses propres délinquants et ses clandestins. Ces humiliations s’ajoutent à la colère française. C’est elle qui s’exprimera dimanche.

(1) Cité par Francis Gandon, Situation de l’armée secrète, Editions Les Provinciales

Michel Foucault, les maux et les choses

Nos intellos réunis commémoreront en juin les quarante ans de la mort de Michel Foucault. Le penseur de l’exclusion et de la prison, de la folie et du parricide, est aussi le théoricien de la destruction de l’école, du savoir, de l’autorité, et de la détestation de la culture occidentale.


« Les philosophes ne naissent pas, ils sont. » Le philosophe Michel Foucault est tout de même né, le 15 octobre 1926, et il est mort, le 25 juin 1984, concession faite aux concepts de normalité et d’universalité contre lesquels il avait pensé et écrit. Il a également été : l’une des grandes figures intellectuelles de la France des années 1960 et 1970, sinon la plus remarquable, auteur, entre autres, d’Histoire de la folie à l’âge classique (1961), Naissance de la clinique (1963), Les Mots et les Choses (1966), Surveiller et punir (1975) et Histoire de la sexualité (1976-1984).

Contre-hommage poli

Douloureusement satisfait d’être philosophe sans être théoricien, de se revendiquer diagnosticien du présent depuis l’étude des archives en bibliothèque, de s’intéresser à l’histoire sans être à proprement parler historien, d’écrire sur la psychiatrie sans être médecin, et de n’être professeur qu’au sens où l’entend le Collège de France, c’est-à-dire avec parcimonie, il s’est amusé d’avoir été classé tour à tour anarchiste, gauchiste, marxiste, antimarxiste, nihiliste et néolibéral. « Si j’ouvre un livre où l’auteur taxe un adversaire de gauchiste puéril, aussitôt je le referme. Ces manières ne sont pas les miennes. » Qu’il soit néanmoins permis, dans ce contre-hommage poli que nous lui devons à l’approche des quarante ans de sa disparition, de dire de Michel Foucault qu’il fut un gauchiste brillant.

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Penseur des marges, de la norme et de l’anormalité, des figures de l’altérité et de l’exclusion, des fous, des malades, des parricides, des prisonniers, des délinquants, des travailleurs immigrés, des hermaphrodites, des homosexuels (on dirait la liste à la Prévert de la récente déclaration Dignitas Infinita du pape François), il plut à Mai 68 qui « l’annexa » (sic). Revenu à la mode dans les années 2000, au hasard d’un produit marketing customisé outre-Atlantique, la « French Theory », il continue aujourd’hui de plaire à la gauche et à l’extrême gauche. L’une, tout à son émotion devant celui qu’elle félicitera à nouveau en juin prochain d’avoir pensé contre son héritage social (famille de chirurgiens), contre son héritage culturel (« Occident : un mot désagréable à employer ») et, sceau des âmes pures, contre lui-même (de la politique à l’éthique). L’autre, forcément enthousiaste à l’idée malhonnête de faire d’un intellectuel assez hostile aux programmes collectifs – toujours susceptibles de faire loi selon lui –, pour qui la véritable libération passait par la connaissance de soi, et qui n’a pas franchement parlé des femmes, une figure tutélaire du néoféminisme rageur et autres groupuscules de libération du genre.

Que devons-nous à Michel Foucault, quel héritage nous a-t-il légué, mis à part un style incomparable, à la fois rationnel et poétique, une diction reconnaissable entre toutes et une voix métallique découpant au gré d’une grammaire impeccable les contours de sa pensée ? Une certaine conception du pouvoir, peut-être, par-delà sa traque obsessionnelle des formes de domination et de contrainte : l’idée que le pouvoir n’est pas une superstructure, mais un enchevêtrement de micro-pouvoirs organisés en « réseau fin ». Dans une société désormais balkanisée, dans un État dilué et une démocratie en suicide assisté, les réseaux sociaux se chargent d’animer cette nouvelle jungle : un micro-pouvoir auquel répond, ou non, une micro-résistance. Autre idée intéressante, liée d’ailleurs à celle du pouvoir, celle de « fermentation discursive », que l’auteur de la Volonté de savoir (1976) a développée à propos de la sexualité, et que l’on pourrait étendre à certains phénomènes sociétaux comme l’agitation militante liée au genre. Les choses s’imposent par fermentation des mots : « le petit théâtre des discours » fait son petit bonhomme de chemin.

Nous refusons notre héritage

« Si les gens veulent bien se servir de telle idée comme d’un tournevis pour casser les systèmes de pouvoir, y compris éventuellement ceux-là mêmes dont mes livres sont issus, eh bien c’est tant mieux. » Alors c’est tant mieux, car pour le reste, nous refusons l’héritage.

L’héritage, c’est d’abord la destruction de l’école. Michel Foucault, normalien, agrégé de philosophie, professeur au Collège de France (1970-1984), qui parlait un langage incompréhensible pour la gauche prolétarienne, mais espérait que L’Histoire de la folie à l’âge classique puisse être lue par les infirmiers et les malades mentaux, aura préparé l’école d’aujourd’hui, celle du savoir ludique, de l’enseignant enseigné et du baccalauréat pour tous. L’école, pour Foucault ? Un lieu de « dressage physique », où les écoliers s’alignent devant un professeur qui vérifie s’ils écrivent bien sous la dictée. L’enseignement ? Une orchestration de la « culpabilisation », de « l’obligation » et de la « vérification » : je vous enseigne des choses que vous devriez déjà savoir, que vous devrez apprendre, et dont je vérifierai que vous les savez correctement. Le professeur ? « Ce qui me plaît au Collège de France, c’est que je n’ai pas l’impression d’enseigner, c’est-à-dire d’exercer par rapport à mon auditoire un rapport de pouvoir. » Le savoir ? « Rébarbatif », réservé à un petit nombre de privilégiés, à « érotiser » d’urgence pour le rendre accessible. Les diplômes ? « Ce sont ceux qui n’ont pas le diplôme qui donnent son sens plein au diplôme. » Réjouissons-nous : les professeurs n’ont aujourd’hui plus vraiment l’impression d’enseigner et les étudiants ont tous leur diplôme en poche. Quant au « dressage physique », il ne concerne heureusement plus la mise en rang des élèves, mais l’égorgement des enseignants.

L’héritage, c’est aussi la destruction de la culture occidentale, que l’on continue à nommer déconstruction par coquetterie structuraliste verbeuse. Au lieu de transmettre les choses que l’on avait apprises, on s’intéressa – par jeu et par lassitude des réflexions liées à l’expérience vécue (l’existentialisme et la phénoménologie) – aux conditions de possibilité de ces choses que l’on allait désormais disséquer au scalpel. L’auteur des Mots et les Choses, qui se défendait d’être structuraliste, appelait cela « piéger sa propre culture ». Ce qui devint intéressant n’était plus notre histoire, notre littérature, nos sciences et nos arts, mais la structure de nos savoirs perçus dès lors comme nos vérités successives : la façon dont s’étaient élaborés, « avec leurs petits couacs et leurs fausses notes », nos systèmes de représentations du monde. « J’aurais voulu que nous puissions considérer notre propre culture comme quelque chose d’aussi étranger à nous-mêmes que la culture des Arapesh ou des Nambikwara. » Foucault a été exaucé car nous y sommes : notre culture nous est devenue, en cinquante ans à peine, totalement étrangère. Quelques dates historiques, un séquençage approximatif du passé, une poignée de noms célèbres émergent encore ici ou là. À l’heure du libre accès aux connaissances, plus grand monde ne connaît grand-chose ; au nom de la compréhension de ses conditions d’émergence, notre culture a été vidée de sa substance. Il est rare qu’un macchabée se remette à marcher après une séance de dissection.

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L’héritage foucaldien, c’est enfin la passion pour les « bas-côtés », les exclus du grand partage opéré par une société jugée rationnelle, punitive et normalisatrice. L’homme n’existe plus (tant pis pour Sartre) : « Il faut détruire l’ensemble des qualifications et des sédimentations pour lesquelles quelques essences humaines ont été définies. » Restent les fous (disons aux familles des victimes de Sydney que la folie n’existe pas en dehors des formes de sensibilité qui l’excluent), les malades (disons-leur, tandis que le médecin regarde en silence son écran d’ordinateur, que la naissance de la clinique est liée au langage et au regard), les délinquants (« un produit d’institution », comme chacun sait), les prisonniers (à soutenir à travers le Groupe d’information sur les prisons), les assassins (comme Pierre Rivière – 1835 – le parricide aux yeux roux qui « subjuguait » Foucault), les islamistes dont il a soutenu le mouvement de libération en Iran et… « l’homme normal, précipité d’une série de pouvoirs ». Héritage ancré : dites « normal » et on vous regardera avec des yeux ronds ; oubliez de dire « sans essentialiser », et on vous opposera une fin de non-recevoir.

Michel Foucault n’aimait pas la polémique. Il pensait qu’en cas de désaccord, il valait mieux considérer que son contradicteur s’était trompé ou que l’on n’avait pas compris ce qu’il voulait faire. Il semble qu’on ait plutôt compris ce qu’il voulait faire. Reste Le Souci de soi, ce livre d’éthique écrit à la fin de sa vie : la maladie change davantage les hommes qu’écrire des livres sur la médecine. Malheureusement, le « souci de soi », ce n’est aujourd’hui ni Sénèque, ni Epictète, ni Marc-Aurèle, chez qui Foucault puise en dernier recours les enseignements de la culture de l’âme. Le « souci de soi », quarante ans après lui, n’est rien d’autre que cette injonction d’une célèbre enseigne de téléphonie mobile : « Soyez vous ! »

« Piéger sa propre culture » ? Une belle réussite, assurément.

Histoire de la sexualité, tome 3 : Le souci de soi

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Histoire de la folie à l'âge classique

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Surveiller et punir: Naissance de la prison

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Une géographie de l’excentricité

Thierry Coudert nous rappelle que le dandysme et l’excentricité ont pour terre d’élection l’Angleterre, dans un livre.


Je m’intéresse depuis longtemps aux excentriques, comme on les appelle. Du Romain Pétrone, auteur du Satiricon et condamné au suicide par Néron, jusqu’à Huysmans écrivant À rebours avant de se convertir, et quelques autres encore à l’époque contemporaine, la littérature distille avec parcimonie ces personnalités étranges qui vécurent une vie inimitable. Chaque nation a ses excentriques, avec leurs caractéristiques particulières. Ainsi, le dandy italien ressemble assez peu au dandy russe, du moins à première vue. Il est donc légitime de s’intéresser aux excentriques en les classant par pays, car leur comportement change, du moins vu de l’extérieur, selon les latitudes.

Une tradition chez les Anglais

Le travail de Thierry Coudert, dans Anglais excentriques, centré sur la première moitié du XXe siècle britannique, est donc tout à fait légitime. Il nous apprend d’abord, en guise d’introduction, comment l’Angleterre, par tradition, « a toujours considéré l’originalité et la singularité comme des vertus supérieures ». Les Anglais les plus connus à cette époque sont indubitablement, pour la plupart, selon Thierry Coudert, des excentriques : Churchill, Bertrand Russell, l’économiste Keynes (même lui !). Il existe aussi des mouvements avant-gardistes qui rassemblent les individualités de ce type, par exemple le Bloomsbury Group. Ou bien, au sein même de familles prestigieuses de l’aristocratie, on voit certains de leurs membres adhérer à la secte excentrique, comme les célèbres sœurs Mitford, même si c’est d’une manière pas toujours très recommandable (Diana Mitford, par exemple, fut mariée à Oswald Mosley, fondateur du parti fasciste en Angleterre). La réputation d’excentricité était un privilège et un passe-droit, qui faisait souvent tolérer, sinon accepter les choses les plus scandaleuses.

Le catalogue du gotha

Le livre de Thierry Coudert, plus qu’un essai, à proprement parler, est un catalogue biographique très utile du gotha anglais de ces temps lointains et bénis. Au fond, ils ont tous des vies qui se ressemblent. Ils font les mêmes études, à Eton, puis Oxford ou Cambridge. Ils intègrent ensuite la Chambre des lords ou la Chambre des communes. On pourrait se demander : en quoi sont-ils vraiment excentriques ? En général, seulement par quelques traits, certes pittoresques, mais souvent accessoires (voire pathétiques, selon moi) de leur existence. « Francis Bolton,comme l’écrit par exemple Thierry Coudert, grand amateur d’eau (ce qui était rare en Angleterre, encore plus chez les excentriques), ne portait que des vêtements trempés été comme hiver et, en cas de grand froid, les faisait geler au préalable. » Même Oscar Wilde aimait se donner ainsi en spectacle, en promenant « un homard en laisse sur les quais de la Tamise ». Ce genre de plaisanteries a certes ses limites.

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En revanche, plus sérieusement, il faudrait insister sur ce qui touche à la sexualité, domaine dans lequel les excentriques anglais se montrèrent pour ainsi dire en avance sur leur temps, et très antivictoriens : « une sexualité, nous précise Thierry Coudert, pratiquée dans le cadre d’une grande liberté de mœurs au sein de certains cénacles ». La bisexualité est approuvée, et l’homosexualité presque conseillée. 

La pleine heure de gloire de la Café Society

L’excentricité que décrit ici Thierry Coudert est en fait pleinement inscrite dans les mœurs de toute une classe sociale de « happy few » européens. On les appelait à cette époque la « Café society ». Elle connaîtra son heure de gloire la plus intense en 1951, lors du fameux et grandiose « bal du Siècle »,organisé au palais Labia à Venise par le mécène-esthète Charles de Beistegui. Au fond, l’art mondain de l’excentricité était pour tous ces rentiers oisifs, notamment anglais, l’occasion de se désennuyer un peu de l’existence. C’est ce qu’avait bien perçu déjà, un siècle plutôt, notre cher Barbey d’Aurevilly, dans son essai de 1845 sur Brummell, précurseur d’un dandysme dans les règles de l’art.

Dandysme et excentricité

Thierry Coudert a d’ailleurs la bonne idée de distinguer entre tous ces concepts, qu’on différencie mal très souvent, et qui ne se mélangent pas toujours : « l’excentrique, admet-il, peut parfois être confondu avec d’autres stéréotypes sociaux comme le dandy, l’esthète, le snob ». Il note que « le snobisme sera une caractéristique majeure de l’excentrique anglais ». Quant au dandy proprement dit, le définir avec une précision mathématique demeure difficile, même si l’Angleterre peut quasiment être considérée comme sa terre d’élection.

Parmi les personnages retenus par Thierry Coudert, j’admire beaucoup le couple formé par Alfred et Diana Duff Cooper. Alfred Duff Cooper ressemblait au moral à notre Talleyrand (auquel il consacra du reste un remarquable ouvrage). Il fut ministre, et surtout diplomate en poste à Paris, où sa charmante épouse et lui tinrent un salon très réputé. Thierry Coudert ajoute le fait suivant, selon lequel Alfred Duff Cooper démissionna « du poste de Premier Lord de l’Amirauté après les accords de Munich ». Comme quoi, on peut être un prétendu excentrique, et voir les choses avec une sage lucidité.


Thierry Coudert, Anglais excentriques. Éd. Tallandier, 2024.
Barbey d’Aurevilly, Du Dandysme et de George Brummell. Préface de Simon Liberati. Les Éditions de Paris, 2008.

Anglais excentriques

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Du Dandysme et de George Brummell

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Marthe Keller a toujours eu «quelque chose»

Marthe Keller nous confie « Les Scènes » de sa vie avec pudeur tout en réaffirmant sa passion intacte pour le métier d’actrice et en rappelant l’essence même de l’art du jeu


Pourquoi aime-t-on tant Marthe Keller ? Pour Koba, bien sûr. Cette Heidi égarée sur le pont d’Avignon qui apparut à l’hiver 1972 au côté de Louis Velle. Princesse de l’ORTF dont les aventures sentimentales, naïves et sincères, marquèrent l’âge d’or d’une télévision française de qualité. C’est-à-dire populaire sans être miséricordieuse, sincère sans avilir les sentiments.

Charme suisse

Pour un justaucorps rouge aperçu chez Philippe de Broca dans une famille échevelée de châtelaines désargentées lors d’un film tourné juste après les événements de Mai 1968. Pour cette beauté venue des montagnes suisses à l’accent guttural et au charme indéfinissable. Chez Marthe, il y a ce visage doux et mélancolique qui excelle aussi bien dans le registre de la comédie légère que dans celui du drame intimiste. Rigolote aux jambes de ballerines, mystérieuse et possédée, Marthe est, par nature, inclassable. Une mère et une actrice de premier plan. On la croit malléable, elle a conservé le mental d’acier de ses jeunes années comme danseuse au Kinder Ballett. Dure au mal, portée par un feu intérieur au service d’une œuvre, elle ne vacille pas. Elle est posture et musique, maintien et ondoyance, rigueur et émotion. « Un ménisque en bouillie à 16 ans » après un accident de ski, activité qui lui était contractuellement interdite, décida de sa réorientation artistique. Elle apprendra son nouveau métier de comédienne à Munich. Elle fut aventureuse dans ses choix et sut se réinventer quand cette expression n’était pas le masque des usurpateurs. Elle n’hésita pas à conquérir des univers fort éloignés, d’un théâtre berlinois d’avant-garde aux studios d’Hollywood, d’Arsène Lupin aux Dialogues des Carmélites.

Opiniâtre et discrète, elle a tracé une carrière internationale où elle aura très souvent brouillé les pistes. Elle possède ce qui ne se commande pas, une sorte de vérité brute, pas du tout minaudeuse ou capricieuse, une vérité qui étreint sans importuner. D’autres actrices s’imposent par l’éclat et le fracas, Marthe, à bas bruit, sans gestes superflus, rend ses personnages totalement vibrants et inoubliables. A la lecture de son livre Les Scènes de ma vie aux éditions Les Presses de la Cité écrit en collaboration avec Élisabeth Samama, on redécouvre cette énigme helvétique. Cette fausse autobiographie raconte d’une manière impressionniste une carrière finalement très iconoclaste, tordue et brillante à la fois. Ne vous attendez pas à des déclarations péremptoires, des règlements de comptes à quarante ans d’intervalles, des confessions impudiques. Marthe Keller parle d’elle, de son long cheminement, de son enfance auprès de parents aimants, de ses lectures, de ses rencontres mais surtout de l’appétit pour un métier qui ne pardonne rien aux ingénues.

Pas une donneuse de leçons

Marthe est trop intelligente pour donner des conseils, affirmer des certitudes sur les méthodes d’enseignement, elle nous fait seulement part de son expérience. Ce livre est un passage de relais. Toutes les jeunes actrices devraient le lire. Avec beaucoup de tact et de prévenance, il montre comment une débutante va prendre son destin en main et tenter de se faufiler dans une profession si aléatoire et injuste. Voyeurs que nous sommes, avides de détails, nous n’en saurons pas plus que nécessaire sur sa relation avec Al Pacino. Marthe ne dira rien de plus que l’essentiel selon elle. Nous apprendrons juste que, fraîchement débarquée à Paris, elle logera avenue Charles-Floquet chez la princesse Soutzo, l’épouse de Paul Morand, et que sa tentative de repeindre une armoire chinoise lui coûta plus que le prix du pot de peintre. Le voyage commence avec Rochefort, Marielle, Montand, se poursuit avec Dustin Hoffman, Billy Wilder, Sydney Pollack, Marlon Brando, l’Actors Studios époque Lee Strasberg ou encore Patrice Chéreau.
On navigue dans les grandes eaux, au pays des grands fauves.
Comment a-t-elle appris à jouer, comment s’est-elle nourrie des autres et notamment des compositeurs ? Comment a-t-elle su exister dans une profession où la chance ne sourit qu’aux audacieux ? « J’ignore si on peut se représenter l’ennui d’une enfance en Suisse quand on ne l’a pas vécu » écrit-elle, dès les premières pages, donnant le ton. Dès sa première audition, ses examinateurs du Théâtre de la Ville à Bâle lui avaient trouvé « quelque chose ». Ils ne s’étaient pas trompés.

Les Scènes de ma vie de Marthe Keller- Les Presses de la Cité. 224 pages

Dolfy et les cafards

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"Oggy et les cafards", dessin animé créé par Jean-Yves Raimbaud et Marc du Pontavice. Capture YouTube.

Endémique de quelques grottes de Slovénie, Anophthalmus hitleri, espèce rare, fait l’objet de braconnage à cause de son épithète donnée en hommage au dictateur nazi Adolf Hitler en 1937… Certains réclament qu’on change son nom.


C’est une bestiole qui n’a jamais eu la cote. Pendant le génocide rwandais, les Hutus, à la radio, qualifiaient les Tutsis de cafards. Si, en plus, une de ces espèces doit porter le nom du plus terrible dictateur allemand du XXème siècle (devant Erich Honecker…) le malheureux insecte ne risque pas de trouver grâce de sitôt dans les bestiaires.

L’affaire n’est pas tout à fait nouvelle puisque le cafard découvert dans des grottes de Slovénie par un collectionneur de coléoptères autrichien, Oskar Scheibe, s’appelle Anophthalmus hitleri depuis 1937. Le cafard est long de cinq millimètres, brun et sans yeux, ce qui ne le fait ressembler qu’en partie à son célèbre homonyme. Entre deux observations de lucioles au microscope, Oskar Scheibe admire la réussite de son compatriote qui est devenu chancelier allemand en 1933.

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Dans la communauté scientifique, le petit nom de la bébête pose à certains des problèmes éthiques. La Commission internationale de nomenclature zoologique (ICZN) a pourtant fait savoir qu’il n’était pas question de renommer le cafard slovène. Dans un monde qui ne rêve que de déboulonner les statues de Colbert et de Christophe Colomb, les observateurs de charançons sont attachés à une certaine stabilité des dénominations. Changer les noms au gré des modes idéologiques, c’est ouvrir la boîte de Pandore – ou plutôt la boîte à papillons – à toutes les dérives, au risque que les spécialistes n’y retrouvent plus leurs petits. « Il ne nous appartient pas de juger si des noms sont offensants ou éthiquement inacceptables, car c’est une question très subjective et personnelle », a déclaré Daniel Whitmore, plus calé en  mouches à chair qu’en politiquement correct. Le suivant sur la liste serait alors le papillon Hypopta mussolinii, découvert en Libye pendant la période coloniale italienne. Le cafard slovène et le papillon libyen pourraient presque rejouer la rencontre des deux dictateurs dans le film de Chaplin…

Et si le coup de projecteur sur ce cafard était son plus grand malheur ? La bestiole, qui ne vit que dans quelques cavernes de Slovénie, est devenu un objet de collection, très prisé des braconniers, des collectionneurs mais aussi des milieux néo-nazis ; son prix s’est envolé, atteignant parfois 1000 euros. La Slovénie (qui avait déjà donné Gaspard Proust, Melania Trump et le groupe Laibach) tente bien de le protéger de son regrettable succès. D’autres bêtes sont devenues malgré elles des messages politiques codés. En 2017, Mediapart avait repéré un goût pour les dauphins sur les réseaux sociaux d’anciens membres du GUD, syndicat étudiant d’extrême droite. Dauphin, donc dolphin, donc Adolf…

Riton Liebman: vedette, toujours

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L'acteur Riton Liebman. DR.

Devant nos deux expressos, le comédien belge, écrivain depuis peu, m’a parlé de Bertrand Blier, de Depardieu, de ses spectacles, de sa judéité et de son oncle Henri jamais revenu d’Auschwitz.


Riton Liebman est toujours une vedette. Nous avons trouvé refuge dans une brasserie du XXe arrondissement et, très vite, un homme l’a interpellé : « Mais je vous connais, vous ; je vous connais ! ». Riton lui serre la main ; il lui demande où ils se sont rencontrés. « J’ai travaillé sur un film dans lequel vous avez joué », déclare l’homme. Il s’agit d’un technicien du cinéma.

« Bite, cul, poils, trou ! » 

Je profite de ce sympathique moment pour brandir le livre de Riton, Riton Liebman, la vedette du quartier (Séguier, coll. L’IndéFINIE ; 2024) : « Ce bouquin est formidable ! Achetez-le ! » dis-je à l’endroit du technicien. Formidable ? C’est un euphémisme…

A lire aussi: Merci Monsieur Tiveyrat!

Nous rions beaucoup à la lecture de cet opus extrêmement foisonnant où quelquefois passent des ombres. De plus, n’oublions pas que Riton a tourné Préparez vos mouchoirs, de Bertrand Blier, avec Depardieu qui, dans ce film, ne faillit pas à sa réputation. Riton en témoigne : « Tout à coup, il y a une voix qui résonne dans le couloir, une voix qui hurle, qui chante, qui se marre : ‘’Bite, cul, poils, trou !’’ Avec la voix arrivent un blouson, une casquette et des cheveux longs. ‘’ Salut mon vieux ! Moi, c’est Gérard ; Fais voir le texte… Ah ! Ah ! Sacré Bertrand ! Alors petit, tu as bien baisé aujourd’hui ? Faut baiser ! Faut baiser ! Si tu n’as pas bien baisé, tu ne peux pas profiter… ‘’. »

– Depardieu vous a donc tout de suite parlé de cul ?, fis-je à Riton.

– Oui, et alors ? Moi aussi, je parle de cul. Pas vous ?

J’acquiesce en rigolant. Le ton est donné.

– Vous n’avez pas eu beaucoup d’articles dans la presse de gauche…

La veille, il a été interviewé dans le cadre de l’émission Les Grosses Têtes, sur RTL.

– C’est vrai, et vous savez pourquoi ? Parce que je ne ferme pas ma gueule.

Homme de gauche, il ne pratique pas pour autant le néo-féminisme ambiant et béat. Et nous voilà partis… On parle de mains aux fesses et autres tripotages. Effectivement, Riton n’est pas néo-féministe. « Je ne veux pas que tu tournes avec Bertrand Blier, ce sale phallocrate », hurlait sa mère quand, à l’âge de 13 ans, il avait répondu à une annonce pour jouer le rôle du petit garçon dans Préparez vos mouchoirs.

Il n’écouta point Maman, psychothérapeute belge soixante-huitarde. Il joua dans le film, apprécia l’expérience et se découvrit une vocation de comédien : « Je ne voulais plus du tout aller au lycée », lance-t-il. « Et je me suis dit que faire l’acteur serait une excellente alternative ; je voulais vivre la nuit, dormir le jour. » Finalement, ses jours devinrent blancs comme la poudre et ses nuits noires comme l’addiction de laquelle il finit par sortir…

Un prénom difficile à porter

Devant nos cafés, Riton saute du coq à l’âne. Et moi, j’essaie de raccrocher les wagons. Je comprends qu’avant d’écrire son récit, il a créé et interprété plusieurs spectacles, des stand-ups, dont Liebmann, renégat, dans lequel il raconte son père, professeur d’université connu, notamment pour ses positions propalestiniennes. Pour un Juif, ça la fout mal ! D’ailleurs, je finis par demander à Riton s’il se sent juif.

– Oui !, répond-il comme un cri du cœur. En revanche, Israël ne signifie rien pour moi.

Parlons-en de la judéité de Riton Liebman : ses parents l’ont prénommé Henri en hommage à son oncle qui ne revint jamais d’Auschwitz. Difficile à porter, très difficile et nous comprenons mieux certaines choses.

Après une heure d’entretien, je quitte Riton que je ne peux m’empêcher d’appeler par son prénom :

– Allez, au revoir Henri ; à bientôt ! 

Émue, je n’ai pourtant pas sorti mon mouchoir.

288 pages.

La Vedette du quartier

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Les chasseurs du Sud-ouest mettent crosse en l’air

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La prolifération des sangliers pourrait devenir encore plus inquiétante. Image d'illustration.

La décision du Conseil d’Etat du 6 mai entérinant l’interdiction par la Commission Européenne des « chasses traditionnelles » constitue d’une certaine façon une aubaine pour les hardes de sangliers des Landes et des Pyrénées-Atlantiques, mais, en revanche, pour les élevages bovins, une grave menace. Les premiers pourront proliférer sans entrave et les seconds courent, au contraire, un sérieux risque de contracter la tuberculose…


En réaction à ce jugement qui, comme l’a expliqué à Causeur Jean-Luc Dufau, président de la Fédération de chasse des Landes, porte « atteinte à nos traditions et à notre culture régionales », les chasseurs de ces deux départements du sud-ouest, ont décidé de mettre sine die, depuis le 1er juin, crosse en l’air.

C’est-à-dire qu’ils n’assureront plus les « deux services publics » que les pouvoirs publics leur délèguent et qu’ils effectuent bénévolement, à savoir organiser, à la requête de ces derniers, des battues visant à endiguer la prolifération des sangliers, surtout depuis le Covid, au point de devenir une espèce invasive des périphéries urbaines, et maintenir une veille sanitaire de la faune sauvage, en procédant à des prélèvements systématiques de blaireaux, principaux transmetteurs de la tuberculose aux vaches et veaux en pâturage et stabulation libres. Bien que peu répandue, quatre départements aquitains (Gironde, Landes, Lot-et-Garonne, et Pyrénées-Atlantiques) sont les plus affectés en France par cette maladie infectieuse transmissible à l’homme. En outre, grande éleveuse de poulets et canards, cette région est aussi confrontée périodiquement à des épidémies de fièvre aviaire. Une éventuelle conjonction des deux affections aurait de lourdes conséquences sur son économie, essentiellement agricole.

Une grogne qui monte

Si d’ici le 11 juin, le gouvernement persiste à faire le mort, les fédérations de chasse de ces départements ont convenu de se retrouver pour amplifier leur protestation. Les chasseurs estiment avoir été « mollement défendus » par leur ministère de tutelle, celui de l’Environnement et de la Transition écologique, seul, aberration juridique, habilité à les représenter alors qu’il est en quelque sorte juge et partie. Pour que l’avocat des chasseurs eût pu plaider, il aurait fallu que le ministère l’acceptât. Il a refusé.

D’après Jean-Luc Dufau, le ministère ne penche pas de leur côté mais plutôt de celui des deux associations de défense des animaux, qui ont saisi le Conseil d’Etat et obtenu l’abrogation des deux arrêtés de 2022 qui suspendaient l’application de la directive européenne. Il s’agit de One Voice fondée en 1995 sous l’égide de l’ancien très célèbre biologiste, Théodore Monod, qui s’est donné pour mission « de lutter contre toutes les formes de cruauté envers le vivant », et de la Ligue de protection des oiseaux (LPO) du médiatique Allain Bougrain-Dubourg, qui depuis des lustres mènent des opérations commando de bobos citadins contre ce type de chasse.

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Pour la Fédération nationale de la chasse (FNC), la directive relève du fait du prince. Elle se fonde sur une méconnaissance de la réalité et bafoue la législation nationale en vigueur. Elle estime que la Commission outrepasse ses prérogatives et que de son côté, le Conseil d’Etat, allant, le comble, à l’encontre d’un arrêt de la Cour de justice européenne (CJE) qui les autorisait, entérine un abus de pouvoir.

D’après la LPO, la population des alouettes des champs, le gibier des « chasses traditionnelles », a diminué depuis 1980 de moitié en France. A combien s’élève cette population ? Comment a-t-elle établi cette estimation ? On l’ignore mais il semble bien que ce soit « au pif et doigt mouillé ». De son côté, dans une étude publiée en mai 2023, le CNRS estime qu’en 40 ans le nombre d’oiseaux a décru de 25% sur le continent européen, et de 60% dans les zones agricoles. La chasse, au fusil ou au piégeage, n’en est pas et de loin la cause. Pour le CNRS, c’est « l’intensification de l’agriculture qui est à l’origine de la disparition des oiseaux » en réduisant les possibilités de nidification. Dans une question écrite du 31 août 2023 adressée au ministère de l’Environnement, la sénatrice de Gironde, Florence Lassarade (Les Républicains) faisait remarquer que les prélèvements des « chasses traditionnelles » ne représentent que 1% de la mortalité des alouettes.

Techniques archaïques

En quoi donc consistent ces « chasses traditionnelles » désormais bannies ? Elles se résument à deux archaïques techniques : une dite « aux pantes », l’autre « aux matoles ». « Aux pantes », c’est un filet qu’on tend à l’horizontale dans lequel vient se prendre l’alouette qu’on a attirée avec un leurre dénommé « appelant », une autre alouette retenue par une cordelette liée à une de ses pattes. « Aux matoles », c’est une petite cage métallique suspendue qui s’abat sur le volatile venu picorer l’appât qu’on a disposé à cette fin. « C’est un art qui requiert de la patience, explique Jean-Luc Dufau. Les prises sont parcimonieuses. L’oiseau n’est ni tué, ni blessé. »

Pour la saison 2023-24, les deux arrêtés abrogés fixaient un quota de captures à 105 500 alouettes pour les quatre départements ci-dessus cités où seulement ce type de chasse est pratiqué. « Des chiffres qu’en réalité on n’atteint pas », souligne Jean-Luc Dufau. En tout, en France, les chasseurs tuent en moyenne en une saison 1 200 000 oiseaux de diverses espèces. Ainsi, les « chasses traditionnelles » représentent moins de 10% de ces prélèvements. En raison de la procédure judiciaire, aucune « chasse traditionnelle » n’a été pratiquée depuis trois ans. On n’a pas constaté une prolifération d’alouettes.

« Le jugement de la Cour de cassation est absurde, insiste Jean-Luc Dufau. Car il interdit les chasses traditionnelles mais autorise la chasse au fusil et n’y impose aucune restriction. Si la folie nous prenait, on pourrait en abattre autant qu’on voudrait, on se livrait à un massacre. » Or, concernant la chasse « aux matoles », à laquelle s’adonne moins d’un millier d’individus, et ne se pratique que dans deux départements, Landes et Lot-et-Garonne, le quota était fixé pour le premier à 4928 unités et pour le second à 2870. Pas de quoi dépeupler le ciel aquitain…

A lire aussi, du même auteur: Glucksmann: la reconquête d’un Sud-ouest perdu

Ce qui est sûr, c’est que la Cour de cassation a mis le gouvernement dans un fichu pétrin qui pourrait, sans avoir bien entendu la même ampleur, déboucher sur une crise type gilets jaunes ou agricole. Dans ce recoin de l’Hexagone d’où, convient-il de le rappeler, la colère paysanne était partie, la majorité des chasseurs sont justement des ruraux. Ce mode ancestral de capture est leur loisir hivernal avec le match de rugby et une bonne bouffe.

On voit mal à quel subterfuge juridique le ministère de l’Environnement peut recourir pour contourner une décision de la plus haute juridiction. Si les chasseurs s’obstinent à ne par participer à des battues et à ne plus assurer la veille sanitaire, les conséquences collatérales risquent d’être lourdes.

Le péril porcin

Evaluer la population de la faune sauvage est un exercice aléatoire donc très approximatif. Cependant le nombre de sangliers est estimé aux alentours de deux millions. En 1980, ils étaient un million. A la fin des années 50, on n’en comptait qu’une ou deux centaines de milliers. Avec le Covid, leur nombre a explosé. Animaux omnivores et, contrairement à l’image qu’on en a, timides et craintifs, surtout le mâle (voir encadré ci-dessous), les sangliers ont profité du confinement qui vida les rues des villes de toute présence humaine pour s’enhardir et s’aventurer de nuit à la périphérie de celles-ci, renversant poubelles, dévastant potagers, labourant les pelouses. Ils y trouvent une nourriture plus abondante qu’en forêt, leur habitat naturel. Il n’est plus rare d’en croiser même en pleine journée en ville, comme ce fut notamment le cas à Mimizan-Plage (40), station balnéaire landaise, en mai. Pendant le Covid, toujours dans cette même ville, on a pu en voir prendre… des bains de mer.

A lire aussi, Emmanuel Tresmontant: Super U de Truchtersheim: la supérette des grands châteaux

Durant la saison de chasse 2023-24, il en a été abattu officiellement 842 802, 6% de moins que lors de la précédente. Conséquence : si les chasseurs se refusent à reprendre les battues, la population des suidés, selon leur appellation scientifique, pourrait croître de l’ordre de 40 à 50%.  D’autant qu’une femelle, une laie, met bas dans l’année une portée moyenne de six petits (appelés, eux, marcassins)… et une femelle est fertile dès son dixième mois. Le sanglier est une espèce très prolifique…

Le montant du coût des dégâts qu’on leur impute est estimé à environ 20 millions d’euros. Pour les seules Landes où on en abat 18 000 annuellement, la facture s’élève à 2 millions.

En juillet 2023, la Cour des comptes s’en était alarmée et avait demandé au gouvernement de prendre des mesures d’urgence pour éviter que la situation qu’elle considérait déjà comme grave n’empire. Dès lors, la décision de la Cour de cassation ne paraît pas très opportune, pour le moins.

Sur la piste du vrai Indiana Jones: Voyage au bout d'un mythe

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Les sangliers et leurs singulieres amours
Aux yeux d’une néo-féministe radicale « de chez radicale », l’organisation de la société des sangliers ne peut que faire figure de société idéale, « la cité de ses rêves ». 
Le mâle y est condamné à mener une vie de solitaire et d’errance, exclu très jeune du groupe, dit la harde, par sa propre génitrice. Ce type d’organisation qui tient le mâle à l’écart est dit matriarchie. Les femelles, appelées laies, sont les uniques détentrices de l’autorité et du pouvoir sur l’espèce. On retrouve un système analogue chez les éléphants.
Les femelles, entre trois ou quatre, accompagnées de leurs progénitures dont le nombre peut varier de six à douze, ce qui forme un groupe d’une vingtaine à une trentaine d’individus, ne vivent qu’entre-elles sous l’autorité d’une dominante. Le mâle, réduit au rôle de géniteur, ne peut s’en approcher qu’à la période du rut, de la mi-novembre à la mi-janvier, et n’y reste qu’une quinzaine de jours, le temps d’avoir la certitude qu’il n’a pas échoué dans sa tâche.
C’est la laie dominante lorsqu’elle entre en chaleur qui invite les mâles à la copulation en éparpillant sa bave et son urine. Attirés par ce stratagème, ces derniers, avant de pouvoir se livrer à une fornication qui dure moins d’un quart d’heure et apparemment sans procurer une grande jouissance, se livrent à de rudes combats entre rivaux pour gagner le droit exclusif de couvrir l’une après l’autre les femelles de la harde. Puis s’éclipse sur la pointe de ses sabots. 
Trois mois, trois semaines, trois jours, soit 115 jours exactement après ces ébats peu érotiques, la laie met bat entre mars et mai, en solitaire, si elle est jeune, une moyenne de six petits, si elle est vielle ça peut aller jusqu’à douze. L’espérance de vie des sangliers, si bien entendu ils ne sont pas abattus, varie de 10 à 15 ans. Ainsi une femelle peut donner naissance dans son existence à au moins une cinquantaine de marcassins.
Les mâles sont expulsés de la harde à l’âge de six mois. Ils sont fertiles dès le 10ème mois. A la différence de leurs frères, les femelles quittent de leur plein gré celle-ci à leur puberté qui a lieu aux alentours des 12 mois. Pour éviter les possibilités d’inceste, les jeunes sont empêchés d’accouplement jusqu’à leur maturité…
D’aspect bourru, hirsute, le mâle est plutôt timide et craintif, plus prompt à prendre la fuite qu’à attaquer. Mère jalouse, possessive, très protectrice de sa ribambelle de marcassins, c’est elle qui est la plus belliqueuse des deux. Si elle sent qu’une menace pèse sur eux, elle fonce.
L’espèce est nocturne et ne commence à chercher sa pitance qu’au crépuscule. C’est ainsi que les habitants des régions à forte population de sangliers découvrent au petit matin leurs potagers dévastés ou leurs pelouses de leur résidence, tondues la veille, labourées.
Par ailleurs, une question se pose : qu’advient-il des 800 000 carcasses abattues en moyenne annuellement (soit en tout près d’un million de tonnes de viande, viscères, os, pelage) ? Bien que très goûteuse, tendre, nourrissante, leur chair est peu consommée (un grand dommage). Alors ce sont des sociétés d’équarrissage qui récupèrent cette masse de matière première pour en faire essentiellement du bio-carburant destiné aux chaufferies collectives et aux cimenteries. Donc, quand il y a du béton, il y a aussi un peu de sanglier • RU

Sur l’Europe, Jordan Bardella et Marine Le Pen se partagent les rôles Porte de Versailles

Paris, 2 juin 2024. Derrière Marine Le Pen et Jordan Bardella, le slogan "Si le peuple vote, le peuple gagne!" © Chang Martin/SIPA

Hier après-midi à Paris, le Rassemblement national réunissait 6000 personnes pour le dernier meeting de campagne des élections européennes, et transformait le Dôme de Paris en véritable discothèque. Pour maximiser le score de la liste RN, Marine Le Pen a appelé les plus anciens à battre l’Union européenne. De son côté, avec un discours plus identitaire, Jordan Bardella a appelé les jeunes à battre Macron.


C’était le dernier temps fort de la campagne. Au Palais des Sports, sous le Dôme, le Rassemblement National appelait tous ses militants pour un dernier grand meeting. Des cars de Haute-Marne, des Ardennes, de la Somme et d’un peu partout étaient venus pour écouter le tandem Jordan Bardella-Marine Le Pen. Rien, pas même le débat mitigé du président du parti face à Gabriel Attal, n’a freiné pour le moment l’élan des sondages. Le lieu de l’évènement, la porte de Versailles, dans ce sud-ouest de Paris historiquement cher à la droite, permettait aussi de tester la cote de Jordan Bardella auprès d’une sociologie bourgeoise historiquement insensible au vote RN.

Des militants pas toujours d’accord économiquement, mais qui réclament tous de l’ordre

Dans la foule, au milieu des t-shirts de groupe de métal, des vestes et des looks plus guindés se distinguent. Nous rencontrons Jean-Pierre Vaillant, responsable local du parti pour le Cap-Ferret (33). Encarté il y a six mois, peu après sa prise de retraite, aussitôt promu localement, il nous témoigne de son enthousiasme de nouveau converti : « Je suis stupéfait de voir comment les gens réagissent sur les marchés quand on leur montre la photo de Bardella ! Notamment les femmes. Les retours sont très positifs », insiste-t-il, parlant même de « Bardellamania ». Ancien président des branches françaises de Mitsubishi et de Fiat, il fait partie de ces nouveaux responsables du RN qui ont exercé des responsabilités dans l’administration ou le privé. Dans sa circonscription huppée, l’homme – qui auparavant votait UMP puis LR – voit taper à la porte de nombreux cadres d’entreprise et des résidents secondaires : « Toute ma vie, je me suis battu pour gagner, quand on est patron d’une marque d’auto, on se bat tous les jours. Alors à 72 ans, je ne vais pas terminer sur un échec ». Paraphrase gaullienne : « Comment voulez-vous à 72 ans, que j’entame une carrière de loser » ?

A lire aussi : Jordan Bardella: «Je suis l’enfant de la génération 2005-2015»

Autre rencontre, Pierre, intermittent dans la culture, travaillant à la Philharmonie pour l’audiovisuel. Il nous explique avoir longtemps voté pour les écologistes avant de rallier le Rassemblement National. Il assiste à l’évolution de son milieu, d’ordinaire très acquis à la « gauche bobo » et qui lui aussi regarde avec un nouvel œil le parti lepéniste : « La réforme de l’assurance chômage inquiète de nombreux intermittents ». Si l’un a des aspirations d’entrepreneur libéral et si l’autre manifeste des inquiétudes sociales, ils se rejoignent sur un point : la demande d’autorité. Pour Pierre, « Ça suffit, on a besoin d’ordre ». Jean-Pierre Vaillant n’est pas en reste : « La situation sécuritaire et sociale a changé. C’est ce qui m’a déterminé à adhérer ».

Rien de bien nouveau dans les discours à la tribune

Et sinon, quelques jeunes venus de lointaine banlieue, frais bacheliers ou en première année d’études à qui nous demandons ce qui les amenés par un frileux dimanche de juin dans la capitale pour leur « premier meeting politique » : « On est nombreux à avoir vu les punchlines de Jordan Bardella sur les réseaux sociaux ». Le vu sur Tiktok remplace le vu à la TV. Des lycéens, des intermittents, des notables de stations balnéaires… un nouveau public dans la masse militante pour un show fidèle à la ligne du Rassemblement National : pas de prise de risques à une semaine du scrutin. La base vient essentiellement de province ou de lointaine banlieue : quoique situé porte de Versailles, ce meeting ne ressemble pas aux grands shows du Trocadéro lorsqu’un public très Ralph Lauren et pantalon rouge était venu en masse applaudir François Fillon et Éric Zemmour. « On commence à toucher un public plus BCBG mais qui se déplace davantage dans des réunions restreintes et des conférences. Le meeting, ce n’est pas leur culture » nuance toutefois un responsable du Pas-de-Calais, venu avec ses troupes.

Le public est accueilli par de la musique techno et par I will survive, puis abandonné au son de 1987 de Calogero (1987… il faudrait vraiment être un esprit tordu pour aller chercher un évènement fâcheux, cette année-là, dans l’histoire tumultueuse du Front National). Ici, on n’est pas à Reconquête, où La création d’Adam de Michel Ange était projetée le 10 mars dans la même salle, lors du meeting de Marion Maréchal. D’un côté, la pinacothéque pour les zemmouriens, de l’autre la discothèque pour les militants RN ! Mais si les tribuns du jour ont appelé à sanctionner la majorité présidentielle, il n’a pas été question des listes concurrentes du RN, lesquelles n’ont pas même été citées. Jordan Bardella n’a d’ailleurs évoqué qu’une fois « Marine », et aucun de ses autres colistiers.

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Dans les discours, le thème européen pourrait permettre d’identifier quelques différences d’approche, même tenues, entre Le Pen et Bardella. À la tribune, Marine Le Pen sécurisait son image de working class heroe séguiniste parlant protectionnisme et réindustrialisation, rappelant aussi la victoire du non en 2005 : « Le peuple français a dit non à une constitution européenne, non à un État européen, non à un président européen ». Elle fait au passage siffler la présence du drapeau européen sous l’Arc de Triomphe, puis assène : « Plus de pouvoir aux nations et moins à l’Union européenne. Un seul souverain: le peuple ! » De son côté, Jordan Bardella paraissait plus affranchi des combats de Maastricht et de 2005. Sa génération ne les a pas connus, et semble plus sensible aux questions identitaires. Brocardant l’islamisme, citant Paul Valéry et les fameuses civilisations qui désormais se savent mortelles, la tête de liste a pris le parti de la défense du vieux continent : « Notre civilisation peut mourir si nous ne reprenons pas le contrôle de notre politique migratoire ».

Il y avait donc bien un discours pour ceux qui ont fait la campagne de 1992, et ceux qui n’étaient alors pas encore nés… Monsieur Bardella est né en 1995. Dans le clip de campagne, apparaissaient la Segrada familia et quelques monuments européens. Une manière de signifier que l’espace du vieux continent et ses symboles ont intégré l’imaginaire frontiste comme celui des classes populaires qui ont pu ces vingt dernières années les visiter grâce à la démocratisation du voyage en avion. D’ailleurs, la perspective d’un Frexit imminent n’est plus à l’ordre du jour…

Défendre Israël, est-ce le devoir de l’ « homme blanc »?

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Un jeune militant du Rassemblement national distribue des tracts avant l'arrivée de Jordan Bardella à la Foire de Sens (89) le 27 avril 2024 © Vincent Loison/SIPA

Le quotidien Le Monde s’étonne des « nouveaux habits pro-israéliens » et du « soutien inconditionnel » à l’État hébreu de la droite dure en Europe


Pendant qu’en France, on s’acharne à qualifier d’extrême droite le Rassemblement national pour se simplifier la tâche, alors que ses plus grands spécialistes, par exemple Jean-Yves Camus et Pierre-André Taguieff, récusent cette facilité intellectuelle, la liste européenne de Jordan Bardella poursuit son avancée dans les enquêtes d’opinion. Peut-être à 34 % ? Comme si en réalité elle était dans cette situation où l’attaquer même rudement lui profitait et qu’elle cumulait ce double avantage de porter les espoirs de ceux qui aspirent à faire du 9 juin un test national anti-Macron et de ceux qui présentent une forte hostilité à l’égard de l’Union européenne actuelle.

RN se présente comme le meilleur défenseur de la communauté juive

Cela n’empêche pas de voir l’extrême droite, dans ses diverses configurations européennes, « malgré un fonds nationaliste commun, réinvestir aujourd’hui l’Europe et l’Union européenne pour des raisons stratégiques et, parfois, idéologique » (Le Monde dans une excellente double page, « L’Europe dans le viseur de l’extrême droite »). Ce mouvement est d’autant plus fort qu’il rejoint partout la détestation d’une Europe fédéraliste – visant minutieusement à supprimer tout ce qui pourrait encore relever de l’identité et de la sauvegarde des nations – ou un vif mécontentement contre des instances bruxelloises plus promptes à exclure qu’à intégrer des pays ne récitant pas bien leur leçon européenne.

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« L’étonnant soutien de l’extrême droite européenne à Israël » (Le Monde, toujours) est encore bien plus remarquable. Même sur le plan national, le RN et Reconquête! ne sont plus tournés en dérision quand ils affirment être, surtout le premier, les meilleurs défenseurs de la communauté juive. Sur le plan de la sécurité et de la Justice, le RN affiche la ligne la plus dure, tant pour la condamnation des écrits et propos antisémites qui se multiplient que pour la considérable augmentation des délits et des crimes dans notre pays. Avec pour conséquence des familles angoissées quittant les départements dangereux ou prenant le parti de rejoindre Israël. Nous pouvons le comprendre puisque la lutte menée, non seulement n’est pas efficace mais est ridiculisée depuis le 7 octobre avec ce terrible accroissement de l’antisémitisme, poison aux ressorts divers dont le principal est dorénavant l’islamo-gauchisme et la complaisance à l’égard du Hamas. D’aucuns à LFI refusent de le qualifier de terroriste alors qu’en revanche on ressasse le terme de génocide à Gaza, absurdité juridique aussi bien qu’humaine.

Israël, appréhendé comme une frontière civilisationnelle

On perçoit sans difficulté les raisons du soutien qu’apporte l’extrême droite européenne à Israël. D’abord, bien avant le massacre inouï du 7 octobre, il y a toujours eu de la part de certains partis une admiration pour cet État si efficacement armé pour sa sauvegarde, capable de résister à des voisins qui souhaitent sa disparition. Un État démocratique qui, contraint par la haine de ses adversaires, n’a jamais oublié d’être fort ni oublieux des offenses mortelles qu’on lui faisait subir. Depuis le 7 octobre, l’extrême droite européenne a vu dans Israël, ce pays meurtri mais si courageux, le bouclier de l’homme blanc, l’incarnation de sa résistance, le sursaut d’un Occident tellement vilipendé et accusé de tout. La volonté d’Israël de ne pas plier l’échine, quel que soit le jugement porté sur son principal dirigeant, apparaît comme un miracle et entraîne la reconnaissance de beaucoup. Personne ne peut demeurer indifférent à ce terrible conflit engageant tant d’enjeux en France même. C’est logiquement à cause de cela que l’extrême gauche est devenue, par compensation, antisémite. Puisque l’homme blanc emblématique d’une civilisation honnie, ne pouvait que susciter chez les mondialistes, les tenants d’une immigration libre et ouverte comme un nouveau prolétariat, les idolâtres des Palestiniens pourtant dominés par le Hamas islamiste, une réaction haineuse et d’exclusion à l’encontre des juifs israéliens, sans qu’il y ait parfois une distinction nette entre critique de la politique israélienne et antisémitisme abject.

La France devrait se passer de ces débats picrocholins sur le nom du RN, sa présence dans l’arc républicain, de cette tendance permanente du président de la République à faire contre mauvaise fortune électorale mauvais cœur, notamment à l’étranger. Ce n’est pas le RN qui est le problème. Mais la France, son destin et son influence en Europe.

Le Mur des cons

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La France en miettes (Documents)

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Corse: «Nous entendons briser cette hégémonie gauchisante sur l’autonomisme!»

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Nicolas Battini, fondateur du mouvement corse identitaire "Mossa Palatina". DR.

Le nationalisme corse est en ébullition. La mort d’Yvan Colonna a profondément fracturé les militants. La victoire des nationalistes, en 2015, s’est accompagnée de nombreuses désillusions pour beaucoup de Corses. Ceux qui prétendaient défendre la Corse éternelle, celle des montagnes indomptables et des dynasties fières, se sont acoquinés avec le gauchisme parisien pour mieux réagir à la République. Nicolas Battini, avec son parti politique Mossa Palatina, entend combattre et vaincre cette erreur. À l’indépendance « tiers-mondiste » et « wokiste », il oppose l’identité corse.


Causeur. Vous abordez dans votre livre tout récemment paru plusieurs problématiques intéressantes. Vous identifiez notamment l’universalisme jacobin comme l’origine du mal en Corse… Pourquoi ?

Nicolas Battini. Le jacobinisme est l’un des maux majeurs dont souffre la France, pas seulement la Corse. Contrairement à ce que d’aucuns en disent, il ne se résume pas au centralisme. Le jacobinisme va bien plus loin que la simple concentration des leviers de décision à Paris. Il est l’une des matrices intellectuelles qui a préparé, deux cents ans en amont, le wokisme et la déconstruction. Il a organisé institutionnellement et imposé mentalement la destruction minutieuse des vieux héritages, du lien charnel avec le catholicisme populaire, de l’attachement au terroir et au peuple historique, de la légitimé des corps intermédiaires entre l’individu et l’État. La Corse, dans ses profondeurs populaires, est aujourd’hui l’un des points avancés de la résistance et du refus de l’universalisme républicain. Même si elle a elle-même fini par produire une élite locale, y compris indépendantiste, soumise aux grands canons jacobins adaptés localement, et prête à glisser spontanément vers la pensée décoloniale et woke.

Une critique que l’on entend. Pourtant, une partie de la Corse ne vit que grâce à l’État. Avec 86 emplois de la fonction publique pour 1 000 résidents, la Corse est aussi la région de province la plus administrée…

Le libéral que je suis est tout à fait d’accord pour convenir de l’état catastrophique d’une économie insulaire beaucoup trop articulée autour de la fonction publique. Mais encore une fois, le jacobinisme, avant de se manifester par une omniprésence de l’Etat, est avant tout une pensée totalitaire et déracinante. La question économique pèse finalement bien peu dans la critique que j’en fais. Un Etat centralisé, même omniprésent, mais respectueux du fait autochtone en Corse et prompt à en valoriser l’identité millénaire ne représenterait pas à nos yeux un péril de nature mortelle pour le peuple corse.


Comment les indépendantistes sont-ils passés à cet universalisme jacobin ?

C’est une question sociologique. La bourgeoisie urbaine s’est largement ralliée à la gauche universaliste depuis des générations. En particulier depuis mai 68. Les cadres indépendantistes viennent de cette sociologie-là, ils en ont donc les codes et les valeurs. Par ailleurs, le phénomène historique qui a poussé à l’émergence de l’indépendantisme en Corse est étroitement lié au développement de la pensée soixante-huitarde qui accompagne la fin de la décolonisation à partir des années 50 et 60. Enfin, le nationalisme corse étant né dans les années 20 dans un courant de pensée très clairement situé à droite, voire à l’extrême-droite, plusieurs de ses meneurs se compromirent avec le fascisme italien. Au sortir de la guerre, une génération nouvelle tendit à offrir à la revendication corse disqualifiée une forme de fréquentabilité auprès des cercles urbains de la gauche parisienne. Le prisme anticolonial et anti-impérialiste permit cela, ce qui teinta durablement la revendication corse, indépendantiste comme autonomiste, d’un arrière-fond de valeurs très à gauche. Un cycle historique que nous entendons briser.

A lire aussi, Raphaël Piastra: Quelles compétences, notamment législatives, Darmanin est-il prêt à donner aux élus corses?

Une trahison intellectuelle qui se recoupe d’après votre expérience avec des intérêts criminels ?

Assurément. La pratique continue et systématisée du moyen violent a nécessairement fait émerger des pré-carrés, des habitudes, des façons d’être et de vivre particulièrement rédhibitoires et préjudiciables à l’établissement durable d’une saine vie démocratique en Corse. Des chefs de réseaux armés se présentant comme des combattants de la Corse sont en réalité des chefs de gangs qui, à la tête de leur capital de nuisance, défendent et font fructifier leurs intérêts financiers. Le tout construit sur le sacrifice d’une jeunesse évidemment naïve qui pense s’investir au service d’une juste cause. Tout ceci doit prendre fin. Ou tout du moins, la légitimation politique de tels intérêts doit-elle être annihilée par un discours public de vérité.

La mort d’Yvan Colonna en prison a-t-elle changé les choses pour le nationalisme corse ?

La mort d’Yvan Colonna a mis nombre de nationalistes corses au pied du mur : évoquer l’islamisme par souci de vérité ou bien se contenter d’un discours complotiste résolument tourné contre l’État afin de ne pas sortir des clous de la bien-pensance gauchisante. Le président Gilles Simeoni intima la consigne d’opter pour la deuxième option. Pour ma part, alors membre de l’Exécutif de Femu a Corsica, j’ai pris la décision de démissionner pour affirmer les convictions qui sont les miennes et qui structurent aujourd’hui le narratif de Palatinu. Pour l’actuelle majorité territoriale, Yvan Colonna a été assassiné par les services préfectoraux par l’intermédiaire du djihadiste Elong-Abé. Pour ce qui nous concerne, jusqu’à preuve du contraire, Yvan Colonna est mort à cause de l’incapacité de l’extrême-centre à gérer la question de l’islamisme et de la surpopulation pénale ! Ces deux visions sont en train de fracturer profondément le nationalisme corse ainsi que le reste de la société insulaire.

Comment Palatinu, votre association récemment transformée en parti, compte répondre à cet appel du peuple corse ?

Nous y répondons par notre existence même ainsi que par nos actions. En moins de deux ans d’activité soutenue, Palatinu s’est installé au cœur du débat public corse. Pas un mois sans que nous ne soyons au centre d’une polémique. Notre nombre d’adhérents est aujourd’hui le même que Femu a Corsica, le parti majoritaire. Et ce sans aucun levier de pouvoir à notre disposition. La lame de fond est profonde au sein du peuple. Le jour de la création de notre organe électoral, Mossa Palatina, la plus grande salle de meeting d’Ajaccio était pleine à craquer. Une véritable démonstration de force selon les aveux de nos propres contradicteurs. L’établissement d’un secteur identitaire et conservateur, antiwoke et opposé à l’islamisation au sein de l’autonomisme corse est désormais durable.

Le sursaut corse: L'identité plutôt que l'indépendance

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Européennes: la colère française s’exprimera-t-elle de nouveau dimanche?

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Sous un ciel pluvieux, des passants marchent à proximité de l'affichage électoral à Paris, 29 mai 2024. Une déroute semble promise à l'exécutif au pouvoir © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Et pourtant, Bruno Le Maire a « sauvé » notre économie !


Emmanuel Macron mérite sa défaite, promise pour ce 9 juin. Les maladresses de Valérie Hayer, qui conduit la liste présidentielle aux Européennes, ne suffiront pas à expliquer la déroute annoncée.

Refus de voir

La macronie est vue comme une provocation permanente aux yeux de ceux qui enragent devant l’incapacité du pouvoir à comprendre la colère des Français. Comme le reconnait Nicolas Sarkozy dans Le Figaro du 30 mai, redevenu lucide, le peuple « n’en peut plus de ce qu’il considère être un déni de réalité », s’agissant de l’explosion de l’insécurité. Mais ce refus de voir se décline sur d’autres sujets. Samedi, sur BFMTV, Bruno Le Maire n’a pas craint le ridicule en affirmant, après la dégradation de la note souveraine du pays par Standard and Poor’s : « J’ai sauvé l’économie française », tandis que la dette explose, notamment sous les effets d’un confinement sanitaire inutile. Le 1er mars 2022, le ministre de l’Économie avait déjà plastronné : « Nous allons provoquer l’effondrement de l’économie russe ». Dimanche, sur RTL, Éric Dupond-Moretti a repris sa traque obsolète des fantômes du FN, sans réfléchir aux causes de l’envolée de Jordan Bardella (RN).

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Quant au chef de l’État, en mal de destin, il attise une 3e guerre nucléaire et généralisée en promettant, le 26 février, des troupes au sol en Ukraine puis, ces derniers jours, l’utilisation de missiles français de longue portée contre la Russie. Commentaire de Pierre Lellouche (Le Figaro, 30 mai) : « Macron risque de faire sauter tous les verrous qui nous protègent de la 3e guerre mondiale ». Le président, qui s’exprimera jeudi, est devenu un danger public. Il est, de surcroit, incapable de désigner l’islamisme comme le vrai ennemi de la France.

La France pusillanime avec Alger ou le Hamas

Parallèlement à ses provocations militaires contre Vladimir Poutine, le chef de l’Etat continue, en effet, à ménager l’islam en guerre contre l’Occident. Le Hamas terroriste reste, pour les prétendus alliés d’Israël, dont la France fait partie, un interlocuteur à ménager dans ses exigences de cessez-le-feu et d’un État palestinien. En Algérie française, après les massacres de civils (femmes violées et éventrées, enfants découpés) perpétrés par le FLN en août 1955 dans le Constantinois (El-Halia, Philippeville, etc.), Jacques Soustelle, délégué général du gouvernement en Algérie, avait déclaré : « On ne négocie pas avec ces gens-là » (1) ; ce que le général de Gaulle s’était pourtant empressé de faire.

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Or si le gouvernement israélien de Benjamin Netanyahou se refuse pareillement, aujourd’hui, à donner des gages au Hamas satanique, qu’il veut chasser définitivement de Gaza, ce n’est pas la position de la France pusillanime. Celle-ci vient notamment d’appuyer la demande du procureur de la Cour pénale internationale de délivrer des mandats d’arrêt contre des membres du gouvernement israélien, mis sur le même plan que les dirigeants du Hamas. Et voici maintenant la France sommée par l’Algérie de lui restituer des biens lui ayant appartenu, sans qu’Alger reprenne pour autant ses propres délinquants et ses clandestins. Ces humiliations s’ajoutent à la colère française. C’est elle qui s’exprimera dimanche.

(1) Cité par Francis Gandon, Situation de l’armée secrète, Editions Les Provinciales

Michel Foucault, les maux et les choses

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Michel Foucault en 1968. © SIPA

Nos intellos réunis commémoreront en juin les quarante ans de la mort de Michel Foucault. Le penseur de l’exclusion et de la prison, de la folie et du parricide, est aussi le théoricien de la destruction de l’école, du savoir, de l’autorité, et de la détestation de la culture occidentale.


« Les philosophes ne naissent pas, ils sont. » Le philosophe Michel Foucault est tout de même né, le 15 octobre 1926, et il est mort, le 25 juin 1984, concession faite aux concepts de normalité et d’universalité contre lesquels il avait pensé et écrit. Il a également été : l’une des grandes figures intellectuelles de la France des années 1960 et 1970, sinon la plus remarquable, auteur, entre autres, d’Histoire de la folie à l’âge classique (1961), Naissance de la clinique (1963), Les Mots et les Choses (1966), Surveiller et punir (1975) et Histoire de la sexualité (1976-1984).

Contre-hommage poli

Douloureusement satisfait d’être philosophe sans être théoricien, de se revendiquer diagnosticien du présent depuis l’étude des archives en bibliothèque, de s’intéresser à l’histoire sans être à proprement parler historien, d’écrire sur la psychiatrie sans être médecin, et de n’être professeur qu’au sens où l’entend le Collège de France, c’est-à-dire avec parcimonie, il s’est amusé d’avoir été classé tour à tour anarchiste, gauchiste, marxiste, antimarxiste, nihiliste et néolibéral. « Si j’ouvre un livre où l’auteur taxe un adversaire de gauchiste puéril, aussitôt je le referme. Ces manières ne sont pas les miennes. » Qu’il soit néanmoins permis, dans ce contre-hommage poli que nous lui devons à l’approche des quarante ans de sa disparition, de dire de Michel Foucault qu’il fut un gauchiste brillant.

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Penseur des marges, de la norme et de l’anormalité, des figures de l’altérité et de l’exclusion, des fous, des malades, des parricides, des prisonniers, des délinquants, des travailleurs immigrés, des hermaphrodites, des homosexuels (on dirait la liste à la Prévert de la récente déclaration Dignitas Infinita du pape François), il plut à Mai 68 qui « l’annexa » (sic). Revenu à la mode dans les années 2000, au hasard d’un produit marketing customisé outre-Atlantique, la « French Theory », il continue aujourd’hui de plaire à la gauche et à l’extrême gauche. L’une, tout à son émotion devant celui qu’elle félicitera à nouveau en juin prochain d’avoir pensé contre son héritage social (famille de chirurgiens), contre son héritage culturel (« Occident : un mot désagréable à employer ») et, sceau des âmes pures, contre lui-même (de la politique à l’éthique). L’autre, forcément enthousiaste à l’idée malhonnête de faire d’un intellectuel assez hostile aux programmes collectifs – toujours susceptibles de faire loi selon lui –, pour qui la véritable libération passait par la connaissance de soi, et qui n’a pas franchement parlé des femmes, une figure tutélaire du néoféminisme rageur et autres groupuscules de libération du genre.

Que devons-nous à Michel Foucault, quel héritage nous a-t-il légué, mis à part un style incomparable, à la fois rationnel et poétique, une diction reconnaissable entre toutes et une voix métallique découpant au gré d’une grammaire impeccable les contours de sa pensée ? Une certaine conception du pouvoir, peut-être, par-delà sa traque obsessionnelle des formes de domination et de contrainte : l’idée que le pouvoir n’est pas une superstructure, mais un enchevêtrement de micro-pouvoirs organisés en « réseau fin ». Dans une société désormais balkanisée, dans un État dilué et une démocratie en suicide assisté, les réseaux sociaux se chargent d’animer cette nouvelle jungle : un micro-pouvoir auquel répond, ou non, une micro-résistance. Autre idée intéressante, liée d’ailleurs à celle du pouvoir, celle de « fermentation discursive », que l’auteur de la Volonté de savoir (1976) a développée à propos de la sexualité, et que l’on pourrait étendre à certains phénomènes sociétaux comme l’agitation militante liée au genre. Les choses s’imposent par fermentation des mots : « le petit théâtre des discours » fait son petit bonhomme de chemin.

Nous refusons notre héritage

« Si les gens veulent bien se servir de telle idée comme d’un tournevis pour casser les systèmes de pouvoir, y compris éventuellement ceux-là mêmes dont mes livres sont issus, eh bien c’est tant mieux. » Alors c’est tant mieux, car pour le reste, nous refusons l’héritage.

L’héritage, c’est d’abord la destruction de l’école. Michel Foucault, normalien, agrégé de philosophie, professeur au Collège de France (1970-1984), qui parlait un langage incompréhensible pour la gauche prolétarienne, mais espérait que L’Histoire de la folie à l’âge classique puisse être lue par les infirmiers et les malades mentaux, aura préparé l’école d’aujourd’hui, celle du savoir ludique, de l’enseignant enseigné et du baccalauréat pour tous. L’école, pour Foucault ? Un lieu de « dressage physique », où les écoliers s’alignent devant un professeur qui vérifie s’ils écrivent bien sous la dictée. L’enseignement ? Une orchestration de la « culpabilisation », de « l’obligation » et de la « vérification » : je vous enseigne des choses que vous devriez déjà savoir, que vous devrez apprendre, et dont je vérifierai que vous les savez correctement. Le professeur ? « Ce qui me plaît au Collège de France, c’est que je n’ai pas l’impression d’enseigner, c’est-à-dire d’exercer par rapport à mon auditoire un rapport de pouvoir. » Le savoir ? « Rébarbatif », réservé à un petit nombre de privilégiés, à « érotiser » d’urgence pour le rendre accessible. Les diplômes ? « Ce sont ceux qui n’ont pas le diplôme qui donnent son sens plein au diplôme. » Réjouissons-nous : les professeurs n’ont aujourd’hui plus vraiment l’impression d’enseigner et les étudiants ont tous leur diplôme en poche. Quant au « dressage physique », il ne concerne heureusement plus la mise en rang des élèves, mais l’égorgement des enseignants.

L’héritage, c’est aussi la destruction de la culture occidentale, que l’on continue à nommer déconstruction par coquetterie structuraliste verbeuse. Au lieu de transmettre les choses que l’on avait apprises, on s’intéressa – par jeu et par lassitude des réflexions liées à l’expérience vécue (l’existentialisme et la phénoménologie) – aux conditions de possibilité de ces choses que l’on allait désormais disséquer au scalpel. L’auteur des Mots et les Choses, qui se défendait d’être structuraliste, appelait cela « piéger sa propre culture ». Ce qui devint intéressant n’était plus notre histoire, notre littérature, nos sciences et nos arts, mais la structure de nos savoirs perçus dès lors comme nos vérités successives : la façon dont s’étaient élaborés, « avec leurs petits couacs et leurs fausses notes », nos systèmes de représentations du monde. « J’aurais voulu que nous puissions considérer notre propre culture comme quelque chose d’aussi étranger à nous-mêmes que la culture des Arapesh ou des Nambikwara. » Foucault a été exaucé car nous y sommes : notre culture nous est devenue, en cinquante ans à peine, totalement étrangère. Quelques dates historiques, un séquençage approximatif du passé, une poignée de noms célèbres émergent encore ici ou là. À l’heure du libre accès aux connaissances, plus grand monde ne connaît grand-chose ; au nom de la compréhension de ses conditions d’émergence, notre culture a été vidée de sa substance. Il est rare qu’un macchabée se remette à marcher après une séance de dissection.

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L’héritage foucaldien, c’est enfin la passion pour les « bas-côtés », les exclus du grand partage opéré par une société jugée rationnelle, punitive et normalisatrice. L’homme n’existe plus (tant pis pour Sartre) : « Il faut détruire l’ensemble des qualifications et des sédimentations pour lesquelles quelques essences humaines ont été définies. » Restent les fous (disons aux familles des victimes de Sydney que la folie n’existe pas en dehors des formes de sensibilité qui l’excluent), les malades (disons-leur, tandis que le médecin regarde en silence son écran d’ordinateur, que la naissance de la clinique est liée au langage et au regard), les délinquants (« un produit d’institution », comme chacun sait), les prisonniers (à soutenir à travers le Groupe d’information sur les prisons), les assassins (comme Pierre Rivière – 1835 – le parricide aux yeux roux qui « subjuguait » Foucault), les islamistes dont il a soutenu le mouvement de libération en Iran et… « l’homme normal, précipité d’une série de pouvoirs ». Héritage ancré : dites « normal » et on vous regardera avec des yeux ronds ; oubliez de dire « sans essentialiser », et on vous opposera une fin de non-recevoir.

Michel Foucault n’aimait pas la polémique. Il pensait qu’en cas de désaccord, il valait mieux considérer que son contradicteur s’était trompé ou que l’on n’avait pas compris ce qu’il voulait faire. Il semble qu’on ait plutôt compris ce qu’il voulait faire. Reste Le Souci de soi, ce livre d’éthique écrit à la fin de sa vie : la maladie change davantage les hommes qu’écrire des livres sur la médecine. Malheureusement, le « souci de soi », ce n’est aujourd’hui ni Sénèque, ni Epictète, ni Marc-Aurèle, chez qui Foucault puise en dernier recours les enseignements de la culture de l’âme. Le « souci de soi », quarante ans après lui, n’est rien d’autre que cette injonction d’une célèbre enseigne de téléphonie mobile : « Soyez vous ! »

« Piéger sa propre culture » ? Une belle réussite, assurément.

Histoire de la sexualité, tome 3 : Le souci de soi

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Histoire de la folie à l'âge classique

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Surveiller et punir: Naissance de la prison

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Une géographie de l’excentricité

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L'ancien préfet et écrivain Thierry Coudert. DR.

Thierry Coudert nous rappelle que le dandysme et l’excentricité ont pour terre d’élection l’Angleterre, dans un livre.


Je m’intéresse depuis longtemps aux excentriques, comme on les appelle. Du Romain Pétrone, auteur du Satiricon et condamné au suicide par Néron, jusqu’à Huysmans écrivant À rebours avant de se convertir, et quelques autres encore à l’époque contemporaine, la littérature distille avec parcimonie ces personnalités étranges qui vécurent une vie inimitable. Chaque nation a ses excentriques, avec leurs caractéristiques particulières. Ainsi, le dandy italien ressemble assez peu au dandy russe, du moins à première vue. Il est donc légitime de s’intéresser aux excentriques en les classant par pays, car leur comportement change, du moins vu de l’extérieur, selon les latitudes.

Une tradition chez les Anglais

Le travail de Thierry Coudert, dans Anglais excentriques, centré sur la première moitié du XXe siècle britannique, est donc tout à fait légitime. Il nous apprend d’abord, en guise d’introduction, comment l’Angleterre, par tradition, « a toujours considéré l’originalité et la singularité comme des vertus supérieures ». Les Anglais les plus connus à cette époque sont indubitablement, pour la plupart, selon Thierry Coudert, des excentriques : Churchill, Bertrand Russell, l’économiste Keynes (même lui !). Il existe aussi des mouvements avant-gardistes qui rassemblent les individualités de ce type, par exemple le Bloomsbury Group. Ou bien, au sein même de familles prestigieuses de l’aristocratie, on voit certains de leurs membres adhérer à la secte excentrique, comme les célèbres sœurs Mitford, même si c’est d’une manière pas toujours très recommandable (Diana Mitford, par exemple, fut mariée à Oswald Mosley, fondateur du parti fasciste en Angleterre). La réputation d’excentricité était un privilège et un passe-droit, qui faisait souvent tolérer, sinon accepter les choses les plus scandaleuses.

Le catalogue du gotha

Le livre de Thierry Coudert, plus qu’un essai, à proprement parler, est un catalogue biographique très utile du gotha anglais de ces temps lointains et bénis. Au fond, ils ont tous des vies qui se ressemblent. Ils font les mêmes études, à Eton, puis Oxford ou Cambridge. Ils intègrent ensuite la Chambre des lords ou la Chambre des communes. On pourrait se demander : en quoi sont-ils vraiment excentriques ? En général, seulement par quelques traits, certes pittoresques, mais souvent accessoires (voire pathétiques, selon moi) de leur existence. « Francis Bolton,comme l’écrit par exemple Thierry Coudert, grand amateur d’eau (ce qui était rare en Angleterre, encore plus chez les excentriques), ne portait que des vêtements trempés été comme hiver et, en cas de grand froid, les faisait geler au préalable. » Même Oscar Wilde aimait se donner ainsi en spectacle, en promenant « un homard en laisse sur les quais de la Tamise ». Ce genre de plaisanteries a certes ses limites.

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En revanche, plus sérieusement, il faudrait insister sur ce qui touche à la sexualité, domaine dans lequel les excentriques anglais se montrèrent pour ainsi dire en avance sur leur temps, et très antivictoriens : « une sexualité, nous précise Thierry Coudert, pratiquée dans le cadre d’une grande liberté de mœurs au sein de certains cénacles ». La bisexualité est approuvée, et l’homosexualité presque conseillée. 

La pleine heure de gloire de la Café Society

L’excentricité que décrit ici Thierry Coudert est en fait pleinement inscrite dans les mœurs de toute une classe sociale de « happy few » européens. On les appelait à cette époque la « Café society ». Elle connaîtra son heure de gloire la plus intense en 1951, lors du fameux et grandiose « bal du Siècle »,organisé au palais Labia à Venise par le mécène-esthète Charles de Beistegui. Au fond, l’art mondain de l’excentricité était pour tous ces rentiers oisifs, notamment anglais, l’occasion de se désennuyer un peu de l’existence. C’est ce qu’avait bien perçu déjà, un siècle plutôt, notre cher Barbey d’Aurevilly, dans son essai de 1845 sur Brummell, précurseur d’un dandysme dans les règles de l’art.

Dandysme et excentricité

Thierry Coudert a d’ailleurs la bonne idée de distinguer entre tous ces concepts, qu’on différencie mal très souvent, et qui ne se mélangent pas toujours : « l’excentrique, admet-il, peut parfois être confondu avec d’autres stéréotypes sociaux comme le dandy, l’esthète, le snob ». Il note que « le snobisme sera une caractéristique majeure de l’excentrique anglais ». Quant au dandy proprement dit, le définir avec une précision mathématique demeure difficile, même si l’Angleterre peut quasiment être considérée comme sa terre d’élection.

Parmi les personnages retenus par Thierry Coudert, j’admire beaucoup le couple formé par Alfred et Diana Duff Cooper. Alfred Duff Cooper ressemblait au moral à notre Talleyrand (auquel il consacra du reste un remarquable ouvrage). Il fut ministre, et surtout diplomate en poste à Paris, où sa charmante épouse et lui tinrent un salon très réputé. Thierry Coudert ajoute le fait suivant, selon lequel Alfred Duff Cooper démissionna « du poste de Premier Lord de l’Amirauté après les accords de Munich ». Comme quoi, on peut être un prétendu excentrique, et voir les choses avec une sage lucidité.


Thierry Coudert, Anglais excentriques. Éd. Tallandier, 2024.
Barbey d’Aurevilly, Du Dandysme et de George Brummell. Préface de Simon Liberati. Les Éditions de Paris, 2008.

Anglais excentriques

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Du Dandysme et de George Brummell

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Marthe Keller a toujours eu «quelque chose»

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L'actrice suisse Marthe Keller, à Hollywood, "Marathon Man", 1976 © REX FEATURES/SIPA

Marthe Keller nous confie « Les Scènes » de sa vie avec pudeur tout en réaffirmant sa passion intacte pour le métier d’actrice et en rappelant l’essence même de l’art du jeu


Pourquoi aime-t-on tant Marthe Keller ? Pour Koba, bien sûr. Cette Heidi égarée sur le pont d’Avignon qui apparut à l’hiver 1972 au côté de Louis Velle. Princesse de l’ORTF dont les aventures sentimentales, naïves et sincères, marquèrent l’âge d’or d’une télévision française de qualité. C’est-à-dire populaire sans être miséricordieuse, sincère sans avilir les sentiments.

Charme suisse

Pour un justaucorps rouge aperçu chez Philippe de Broca dans une famille échevelée de châtelaines désargentées lors d’un film tourné juste après les événements de Mai 1968. Pour cette beauté venue des montagnes suisses à l’accent guttural et au charme indéfinissable. Chez Marthe, il y a ce visage doux et mélancolique qui excelle aussi bien dans le registre de la comédie légère que dans celui du drame intimiste. Rigolote aux jambes de ballerines, mystérieuse et possédée, Marthe est, par nature, inclassable. Une mère et une actrice de premier plan. On la croit malléable, elle a conservé le mental d’acier de ses jeunes années comme danseuse au Kinder Ballett. Dure au mal, portée par un feu intérieur au service d’une œuvre, elle ne vacille pas. Elle est posture et musique, maintien et ondoyance, rigueur et émotion. « Un ménisque en bouillie à 16 ans » après un accident de ski, activité qui lui était contractuellement interdite, décida de sa réorientation artistique. Elle apprendra son nouveau métier de comédienne à Munich. Elle fut aventureuse dans ses choix et sut se réinventer quand cette expression n’était pas le masque des usurpateurs. Elle n’hésita pas à conquérir des univers fort éloignés, d’un théâtre berlinois d’avant-garde aux studios d’Hollywood, d’Arsène Lupin aux Dialogues des Carmélites.

Opiniâtre et discrète, elle a tracé une carrière internationale où elle aura très souvent brouillé les pistes. Elle possède ce qui ne se commande pas, une sorte de vérité brute, pas du tout minaudeuse ou capricieuse, une vérité qui étreint sans importuner. D’autres actrices s’imposent par l’éclat et le fracas, Marthe, à bas bruit, sans gestes superflus, rend ses personnages totalement vibrants et inoubliables. A la lecture de son livre Les Scènes de ma vie aux éditions Les Presses de la Cité écrit en collaboration avec Élisabeth Samama, on redécouvre cette énigme helvétique. Cette fausse autobiographie raconte d’une manière impressionniste une carrière finalement très iconoclaste, tordue et brillante à la fois. Ne vous attendez pas à des déclarations péremptoires, des règlements de comptes à quarante ans d’intervalles, des confessions impudiques. Marthe Keller parle d’elle, de son long cheminement, de son enfance auprès de parents aimants, de ses lectures, de ses rencontres mais surtout de l’appétit pour un métier qui ne pardonne rien aux ingénues.

Pas une donneuse de leçons

Marthe est trop intelligente pour donner des conseils, affirmer des certitudes sur les méthodes d’enseignement, elle nous fait seulement part de son expérience. Ce livre est un passage de relais. Toutes les jeunes actrices devraient le lire. Avec beaucoup de tact et de prévenance, il montre comment une débutante va prendre son destin en main et tenter de se faufiler dans une profession si aléatoire et injuste. Voyeurs que nous sommes, avides de détails, nous n’en saurons pas plus que nécessaire sur sa relation avec Al Pacino. Marthe ne dira rien de plus que l’essentiel selon elle. Nous apprendrons juste que, fraîchement débarquée à Paris, elle logera avenue Charles-Floquet chez la princesse Soutzo, l’épouse de Paul Morand, et que sa tentative de repeindre une armoire chinoise lui coûta plus que le prix du pot de peintre. Le voyage commence avec Rochefort, Marielle, Montand, se poursuit avec Dustin Hoffman, Billy Wilder, Sydney Pollack, Marlon Brando, l’Actors Studios époque Lee Strasberg ou encore Patrice Chéreau.
On navigue dans les grandes eaux, au pays des grands fauves.
Comment a-t-elle appris à jouer, comment s’est-elle nourrie des autres et notamment des compositeurs ? Comment a-t-elle su exister dans une profession où la chance ne sourit qu’aux audacieux ? « J’ignore si on peut se représenter l’ennui d’une enfance en Suisse quand on ne l’a pas vécu » écrit-elle, dès les premières pages, donnant le ton. Dès sa première audition, ses examinateurs du Théâtre de la Ville à Bâle lui avaient trouvé « quelque chose ». Ils ne s’étaient pas trompés.

Les Scènes de ma vie de Marthe Keller- Les Presses de la Cité. 224 pages