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Stuart White versus Charlotte Lewis

Ancien correspondant d’un tabloïd anglais aux États-Unis, Stuart White est venu à Paris témoigner pour Roman Polanski, attaqué en diffamation par Charlotte Lewis. Cette ancienne comédienne, qui accuse le réalisateur de l’avoir violée en 1983, prétend que White a trafiqué un entretien de 1999 où elle encensait Polanski. Rencontre avec un journaliste qui tient à son honneur.


Faut-il se fier à la parole d’une femme ? Oui, répond Stuart White – quand elle dit la vérité. On doit donc apprécier la cohérence et la sincérité de son récit. C’est à Paris que j’ai rencontré cet ancien journaliste qui, après quarante ans dans la profession, a pris sa retraite en 2003 pour devenir scénariste. Début mars, il a pris l’Eurostar afin de témoigner au procès pour diffamation intenté à Roman Polanski par l’actrice britannique, Charlotte Lewis.

En 2010, lors d’une conférence de presse, cette dernière accuse le cinéaste d’avoir abusé d’elle sexuellement en 1983 « de la pire manière possible »– sans ajouter d’autres détails.

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À l’époque, en 1983, elle avait 16 ans et cherchait un rôle dans Pirates, le film de Polanski qui sortira en 1986. Après son annonce tonitruante, les médias déterrent une interview de 1999 qu’elle avait accordée à White, alors correspondant américain du journal britannique News of the World. Elle y donne une image si différente d’elle-même et de ses relations passées avec Polanski (qu’elle encense) que sa crédibilité est compromise. En 2018, elle revient à la charge en substituant à l’accusation d’abus sexuel celle de viol. En même temps, elle proclame que l’entretien de 1999 ne reflétait pas ce qu’elle avait dit, était truffé de mensonges et avait été publié sans son plein accord. Se confiant à Paris Match en 2019, Polanski réfute les allégations de Lewisen citant de nouveau l’interview de 1999. Quelques mois plus tard, l’actrice assigne le réalisateur en justice pour avoir porté atteinte à son honneur. C’est ainsi que Stuart White, alerte retraité de 77 ans, a été amené à traverser la Manche pour défendre son propre honneur et rétablir les faits.

L’âge d’or du tabloïd

À l’audience du 5 mars, l’avocat de Lewis a tenté de disqualifier News of the World en taxant ce tabloïd de journalisme bas de gamme. Certes, le titre a cessé de paraître en 2011 à la suite d’un scandale de piratage téléphonique mais, selon White, ce jugement hâtif trahit une incompréhension profonde du monde des tabloïds avant 2000. Si ces derniers payaient souvent les gens qui leur apportaient des révélations, ce n’était pas pour récompenser l’invention de faux récits, mais pour se réserver l’exclusivité de l’histoire. La publication par un journal d’affabulations mensongères l’aurait exposé (et l’exposerait encore) à des poursuites pour diffamation souvent très coûteuses. Un reporter comme White était formé non seulement pour dénicher des scoops, mais aussi pour trier le vrai du faux.

Après un apprentissage dans la presse locale, White rejoint la presse nationale en 1969. Généraliste, il a couvert les événements en Bosnie, en Croatie et au Rwanda. À cette époque, les journalistes ne restaient pas beaucoup derrière un écran d’ordinateur. L’activité principale s’appelait « knocking on doors » (« frapper aux portes ») car, avant l’e-mail et Zoom, on devait repérer ses interlocuteurs et insister pour les voir.

En 1994, White devient rédacteur principal de News of the World aux États-Unis. C’est là qu’il couvre le scandale Clinton-Lewinsky et le 11-Septembre. C’est là que, à Los Angeles, il rencontre Charlotte Lewis.

1999, l’interview fatidique

Après Pirates et le succès de Golden Child, de 1986, où elle partage la vedette avec Eddie Murphy, la carrière de l’actrice a du mal à décoller. Panier percé ayant des problèmes d’addiction, la gloire la fuit. En 1996, White a la preuve que Lewis a fait une cure de désintoxication. Ils’apprête à publier l’histoire quand il reçoit un fax comminatoire d’un cabinet d’avocats, suivi d’un appel téléphonique de la part de Lewis, en pleurs. Elle le supplie de ne pas publier cette nouvelle qui est fausse et ruinerait sa carrière. Il obtempère, sachant qu’il ne pourra pas produire sa preuve devant un tribunal. Mais quand un jour il croise Lewis, elle lui annonce que l’histoire était vraie et ses sanglots, du cinéma, ajoutant : « Je suis une bonne actrice, n’est-ce pas ? » White savait déjà qu’elle lui avait menti, mais le fait qu’elle s’en vante dévoile tout un pan de sa personnalité. Néanmoins quand, en 1999, elle veut vendre son histoire, car elle est fauchée, il est prêt à l’écouter. L’interview se déroule sur plusieurs séances. Après la production d’un premier texte, White est informé par sa direction que le récit des amours de Lewis ne vaut pas le cachet de 30 000 livres qu’elle a perçu, mais que l’agent de cette dernière propose d’autres révélations de sa cliente. Dans un nouvel entretien, Lewis raconte comment, en faisant l’école buissonnière dans les boîtes de nuit londoniennes au cours de l’été 1981, elle est tombée dans la prostitution à l’âge de 14 ans.

Charlotte Lewis et Roman Polanski lors de la présentation du film Pirates au 39e Festival de Cannes, 9 mai 1986. ©Benaroch/guilloteau/sipa

Dans son nouveau texte, White la présente avec délicatesse comme une victime. Il ne fait aucune référence à un article publié par son journal en 1988 qui corrobore ces révélations : un jeune entrepreneur y dévoile ses frasques et ébats sexuels avec la future actrice au cours de l’été 1981. Lewis explique ensuite comment elle est passée de cette phase malheureuse de sa vie à la gloire. Devenue mannequin à 15 ans, elle rencontre Polanski à Paris à 16 ans par l’intermédiaire d’une amie, Karen Smith. Il fait d’elle une actrice et lui permet de partir pour Hollywood. Lewis affirme alors que c’est elle qui a séduit le cinéaste à 17 ans, ajoutant :« J’avais probablement plus envie de lui que lui de moi. » Ils seraient restés amants pendant six mois. White la consulte plusieurs fois pour vérifier des détails. Il le sait, car il a tenu un journal qu’il possède toujours et qu’il a soumis au tribunal parisien. Lewis ne pouvait pas ignorer les révélations du texte final et si elle n’avait pas été d’accord, elle aurait pu réclamer des dommages et intérêts au journal. Mais elle ne l’a pas fait. Elle a empoché les 30 000 livres et, après deux derniers films en 2003, elle est rentrée à Londres. Sa carrière apparemment finie, elle a donné naissance à un garçon.

La machine s’emballe

Son retour fracassant sur la scène médiatique a donc lieu en 2010. Polanski est alors en résidence surveillée en Suisse, dans l’attente d’une éventuelle extradition vers les États-Unis dans le cadre de l’affaire Samantha Geimer. Lewis crée une société de production destinée à tourner un documentaire sur ses aventures hollywoodiennes et prend contact avec White en lui demandant d’admettre que son texte de 1999 ne correspond pas à ce qu’elle avait dit. Il refuse. Lewis se présente quand même devant les caméras à Los Angeles le 14 mai 2010, à côté de son avocate, Gloria Allred, pour dénoncer celui qui avait lancé sa carrière. Les accusations restent pourtant vagues. Dans une courte déclaration, Allred décrit sa cliente comme ayant été « victimisée » et reproche à Polanski un comportement de « prédateur sexuel ». Bien que la prescription en Californie pour des crimes sexuels soit de dix ans, elle estime que les déclarations de Lewis pourraient s’avérer utiles dans un éventuel procès si Polanski est extradé. Si jamais un juge trouvait que le mode opératoire était le même dans le cas de Lewis que dans celui de Geimer, la condamnation de Polanski pourrait être encore plus sévère. Quand un journaliste lui demande si le cinéaste a drogué et violé Lewis, Allred, gênée, refuse d’employer d’autres termes que ceux, très imprécis, qu’elle a déjà utilisés. Deux jours plus tard, Libération parle de l’interview de 1999 et, le 25 mai, le texte est republié sur le site de BHL. Lewis retombe dans l’obscurité médiatique. Jusqu’à ce que l’affaire Weinstein et un entrepreneur israélien lui offrent une nouvelle occasion.

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Se proclamant féministe, Matan Uziel lance la chaîne YouTube Real Women/Real Stories en mars 2016. Dans les vidéos postées, des femmes témoignent des méfaits du sexisme. Certains témoignages semblent fiables, d’autres, consacrés à la pédophilie, frôlent le complotisme. Entre août et novembre 2017, trois nouvelles accusatrices dénoncent Polanski pour des agressions sexuelles. En octobre, l’affaire Weinstein éclate. Flairant une opportunité, Uziel crée le site imetpolanski.com qui invite des femmes à témoigner contre le cinéaste. Sur Twitter, il promet une récompense de 20 000 dollars, mais avouera par la suite qu’il ne disposait pas d’une telle somme. Il prétend avoir reçu cinq témoignages de femmes dont ni l’identité ni le récit ne seront jamais divulgués. Une sixième rend publiques ses accusations à travers le tabloïd anglais The Sun. Dans cette atmosphère, Lewis peut-elle faire un come-back ? Dans le contexte d’une tentative pour récupérer la garde de son fils qu’elle aurait perdue, elle a déjà une nouvelle approche. En 2016, elle contacte son ancienne amie, Karen Smith, pour lui demander une déclaration écrite confirmant que Polanksi l’a violée à Paris en 1983, ce que Smith accepte. Restant consciente du danger que représente l’entretien de 1999, elle contacte Bernard-Henri Lévy, début 2017, pour lui demander de l’effacer de son site. En vain. La seule solution désormais sera de nier la véracité de cette interview.

La MadonneMeToo aux pieds d’argile

C’est ainsi qu’elle enregistre une vidéo pour la chaîne d’Uziel en 2018, dont une version courte sera postée en décembre et une version longue (avec 158 000 vues), en septembre 2020. Pour la première fois, elle parle de « rape », « viol », et laisse entendre qu’elle avait déjà prononcé le mot en 2010, ce qui est faux. Elle fournit enfin des détails sur l’agression : invitée avec Smith à passer la nuit dans un appartement attenant à celui de Polanski, elle se serait trouvée seule chez le cinéaste à la fin d’une soirée arrosée. Il l’aurait droguée avant de la contraindre par la force physique à avoir des rapports sexuels.

Pourtant, l’ombre de 1999 n’a pas disparu. En janvier 2019, elle échange des e-mails avec White pour le convaincre – toujours en vain – d’admettre que la fameuse interview était mensongère. Cela ne l’empêche pas d’accorder une interview filmée à L’Obs en décembre (795 000 vues) où elle prétend que le journaliste lui aurait avoué que son texte ne correspondait pas à ce qu’elle avait dit. En décembre 2021, Catherine Balle, qui a rencontré Lewis à Londres, révèle dans Le Parisien l’existence de l’attestation de Smith. Seulement, un an plus tard, Le Point apprend à ses lecteurs que Karine Smith est revenue sous serment sur son témoignage de 2016 : elle dit n’avoir confirmé le récit de Lewis que pour l’aider à récupérer son fils. En réalité, elle n’avait jamais entendu parler d’un viol ou d’une quelconque agression par Polanksi.

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La naïveté de nos médias « sérieux », si dévoués à la cause de la vérité, est démontrée par la manière dont ils ont repris en chœur la version selon laquelle Lewis, en 2010, avait déjà parlé de viol.  Pour savoir ce qu’elle avait en tête à cette époque, il suffit de lire l’interview qu’elle a accordée au Mail on Sunday deux jours après l’annonce de Los Angeles. Là elle livre une version complètement différente de l’interaction avec Polanski en 1983. Toujours chez lui, il aurait expliqué qu’il avait besoin de coucher avec elle pour la former en tant qu’actrice. Refusant, elle serait retournée dans l’autre appartement pour discuter avec Smith mais, consciente qu’elle avait besoin d’argent, elle aurait décidé d’aller céder au cinéaste. Une contrainte psychologique et économique, certes, mais pas de contrainte physique, pas de drogue, pas de viol.

Depuis 1999, Lewis nous a donné trois versions très différentes de son histoire, peut-être toutes fausses. Pourquoi, avec le temps, son récit se rapproche-t-il du mode opératoire de l’affaire Geimer ? Opportunisme ? Pourquoi se déplacer à LA et à Paris pour accuser, quand la prescription pour viol n’existe pas au Royaume-Uni ? Peur de confronter son histoire avec les faits ? Aujourd’hui, le travail de scénariste de Stuart White lui permet de s’adonner à sa passion des histoires vraies, comme celle d’Eugène-Jacques Bullard, le premier as de l’aviation afro-américain, ou celle de Marie Reille, une des premières personnes à alerter sur les horreurs d’Auschwitz. L’historien romain Tite-Live nous enjoint à étudier l’histoire afin d’imiter les bons exemples et d’éviter les mauvais. Qui dans cette histoire nous donne le meilleur exemple de fidélité à la vérité ?

Lola, t’en va pas !

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Femme du monde chez Fellini, entraîneuse chez Demy, script-girl chez Lelouch, l’actrice Anouk Aimée à la carrière internationale vient de s’éteindre à l’âge de 92 ans. Elle incarnait la grâce et la beauté renversante des mondes disparus.


La dernière fois que je l’ai vue, elle lisait sur scène des lettres avec Philippe Noiret au Théâtre de la Madeleine. Presque vingt ans déjà, et ce soir-là, ces deux monstres nous surplombaient d’une élégance peu commune. Nous étions émus et impressionnés. Ils existaient donc vraiment, ce n’étaient pas des créatures imaginaires. Les spectateurs avaient l’intime conviction que deux géants les visitaient et, que plus jamais, ils ne reverraient une telle féérie. Deux voix de cinéma, deux appels dans la nuit. Anouk, c’est un mirage des années 1950-1960, le contre-pouvoir fantasmatique aux starlettes carrossées comme des Estafettes, aucune courbe superflue sur sa silhouette d’ascète, aucune outrageante attitude, seulement un érotisme corseté, presque militaire, fortement explosif, d’une sécheresse qui inonda le cœur des solitaires à travers toute la planète.

Dire qu’elle était belle, est un euphémisme. Je la vois sur papier glacé, dans son économie de mots et de gestes, statuaire et ensorcelante. Parce qu’elle était mesurée, sur la retenue, à la limite de l’implosion, parfois même étrangère à la marche du monde et donc totalement inaccessible, nous la vénérions. Les Hommes modernes qui ne croient ni aux dieux, ni au progrès, ont quelques compensations dans leur athéisme, ils avaient Anouk rien que pour eux, dans les salles obscures. Tout peut s’effondrer, la démocratie et les idéaux, Anouk nous reliait à l’essence même du désir et de l’émoi, dans l’arrière-cour de nos sentiments inavoués. Comment s’approcher de l’une des dernières déesses du 7ème art sans l’importuner, sans la trahir, sans la revêtir d’une fausse fourrure, elle qui s’engagea pour la défense des animaux et de la nature ? Peut-être qu’il ne faudrait rien proclamer, ne rien dire, annoncer son décès simplement et se recueillir. Se soumettre encore une fois à sa distance. Ne pas s’aveugler d’extraits et d’exégètes sur les plateaux. Accepter notre tristesse et ne pas en faire commerce. Conserver pieusement son image comme un talisman précieux, la trace d’un monde où une jeune fille née Dreyfus qui avait échappé aux charriots de feu projeta son incandescence courtoise sur les murs d’Hollywood, de Rome ou de Paris.

Cette brune longiligne à l’intonation paresseuse et aristocratique nous plongeait dans la perplexité. Les autres, les girondes, les enflammées, les rocailleuses, les tempétueuses, on peut émettre un avis sur leur carrière, mais elle, avec cette réserve malaisante qui terrassait les durs à cuire, nous manquons de vocabulaire. Elle nous déroute, contredit nos schémas de pensée, dérègle notre masculinité farouche. Nous n’avons pas attendu certaines féministes pour se déconstruire, Anouk avait engagé notre reformatage, voilà soixante-dix ans ! Son jeu à l’os qui prenait le pouvoir sur les lumières et les outrances du spectacle, est toujours aussi actuel. Elle imposait aux réalisateurs son propre rythme, d’abord ce débit lent et ses silences, son décalage naturel s’insinuait dans le moindre interstice, en une réplique, une main se recoiffant, une cigarette à sa bouche, elle désarçonnait la mécanique huilée de ses partenaires. Comment donc la qualifier sans la réduire ? Chez elle, il y a un air de samba brésilienne derrière le masque de fille sage. Pour les cinéphiles, ce sont des pans entiers de la tapisserie qui se détachent aujourd’hui. Anouk en lunettes noires et robe de soirée, nus pieds, qui parle à Marcello par l’entremise d’une fontaine. Anouck était ce palais plein de mystères et cette autoroute de l’Ouest, un dimanche soir pluvieux, quand le train de Deauville est parti sans nous. Jean-Louis conduit sa Mustang, les enfants passent la semaine dans des pensions, on marche sur les planches et on mange des crevettes, on s’envoie des télégrammes et l’amour naît au hasard des rencontres. On a envie de l’entendre une dernière fois, si on appelait Montmartre 15 – 40 !

Monsieur Nostalgie

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La France violentée

Depuis la dissolution de l’Assemblée nationale et l’annonce de l’organisation d’élections législatives, nos politiques se sont empressés, non de chercher des solutions aux problèmes actuels – très graves – des Français, mais de bricoler des alliances de fortune, de s’accuser entre eux de trahison et de faire des déclarations aussi grandiloquentes que vides. Tribune.


Au secours, Jeanne ! Au secours, Geneviève qui veillez sur Paris ! Ils sont devenus fous ! A peine la gifle donnée par le peuple, le président dissout l’Assemblée. Quelle violence ! Une semaine pour faire vos listes, moussaillons ! Panique à bord du navire. Sidération. Des Caciques de droite passent à l’ennemi de droite extrême. On crie à la haute trahison. Au nom de quoi ? De l’union des droites. Etonnant, non ? aurait dit Desproges. Revenons sur la folle journée du 12 juin.

Le mur était blanc, le visage, pâle. Difficile de ne pas voir que le capitaine, dos au mur, nous emmenait droit dedans. Le message était clair: le Titanic sombre et nous mourrons ensemble. Mais pas avant que j’aie fait tout imploser à droite. Le discours funèbre est à la hauteur. L’ennemi a été désigné — Charybde et Scylla, la clé du problème trouvée — les écrans pour les très jeunes. Et les médias de dire : le président a montré le cap.

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Après les coups d’éclat des transfuges, les injures ont fusé contre les traîtres munichois. Inspiré, Bellamy a dit : « Les forces du chaos menacent aujourd’hui la France ». Et tous d’invoquer l’ombre du Grand Charles. Alors, comme dans Les Perses d’Eschyle, où la reine Atossa invoque l’ombre de Darius, on a vu les revenants revenir. Wauquiez avec des propos forts : « Quand on sombre, on a au moins le désir de sombrer droit. On peut échouer mais dans la clarté. On le fait avec une colonne vertébrale ». Formidable, non ? Valérie Pécresse dénonce « des putschs à la petite semaine ». Xavier Bertrand, pompon du courage sur le béret, parle de ceux qui n’ont pas le sens de l’honneur ni du courage. De partout, c’est les LR outragés, humiliés, martyrisés. Ailleurs, c’est l’explosion. La gauche hurle à la mort. Et tous, après la déflagration, de reprendre leur marche dans un ordre convulsif.

Sans moi, le chaos, après moi, le déluge…

« Plus près de toi, mon Dieu ! Plus près de toi » chantait-on sur le Titanic avant qu’il sombre. En in et en off, on se lâche dans les médias. On se demande si ce que fait Macron est un coup de Trafalgar, de Jarnac ou un suicide en ligne. On murmure au château et à la Cour, dans les salons et à la ville que moins il parle, mieux c’est. Ou qu’on préférerait qu’il ne parle pas voire qu’il démissionne. « Moi, démissionner ! » a dit l’intéressé. Un capitaine sombre avec le bateau. Il vient de relire Machiavel et Shakespeare. Je veux amener le jeune Canterbury dans la chausse-trappe du pouvoir. Quelle « poloche », dit l’autre ! Et dire que  ce « formidable bordel », pour reprendre Ionesco, c’est la faute au peuple, aux médias, aux écrans !

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Et la France dans tout ça ? Monsieur le président, Messieurs les élus, on en a assez ! Assez de vos discours d’estrade, de vos egos froissés, humiliés, martyrisés. De vos ambitions, vos coups tordus, vos cris d’orfraie. Des propos assassins et des baisers de la mort. De vos invocations au Grand Charles. De vos vaticinations performatives : sans moi, le chaos, après moi, le déluge. La France, déchirée de part en part, est à bout. Le niveau scolaire est effondré, la dette abyssale, l’immigration incontrôlable, certains n’ont pas de quoi vivre « dignement », puisque vous aimez tant le mot dignité. Arrêtez votre jeu de massacre ! Arrêtez les petits meurtres entre amis ! C’est pas Versailles, ici ! Ici, la violence quotidienne règne, les Français sont dressés les uns contre les autres, les couteaux sont sortis. Ne le voyez-vous pas ? C’est le désordre partout ! La France n’a plus aucune unité. Il n’y a plus personne pour apprendre à lire aux écoliers. Et, pendant ce temps, on scalpe et pleurniche sur les ondes et dans les médias. On fait des « alliances contre nature ». Les clowns d’hier remontent sur les estrades. Les Français en ont assez ! Jugez plutôt : A Bouc-Bel-Air, charmant petit village provençal, des mariages prévus pour la fin du mois ont été annulés pour cause de réquisition des salles de mairie. Pourquoi, je vous prie ? A cause des élections anticipées ! « Quelle indignité ! »

La guerre au français

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La dette souveraine: Chronique parisienne

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La friandise art contemporain du jour

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Nicole Esterolle déniche des pépites de l’art contemporain. De quoi faire trembler les maîtres anciens… Aujourd’hui, le « Cowboy » de Thomas Teurlai.


C’est quoi ce terrifiant bidule ?

C’est une œuvre de très belle facture dont j’ai découvert l’existence dans le dossier de presse d’une exposition de l’artiste Thomas Teurlai au SHED, Centre d’Art Contemporain de Normandie (haut-lieu du posturo-bidulo-conceptualisme-artistique hexagonal). 

On pense de prime abord qu’il s’agit d’un ustensile ménager du genre aspirateur – ou un balai, puisqu’on aperçoit comme des balayures de plancher à l’extrémité du bras métallique. Mais cette œuvre reste ouverte à toutes les supputations possibles.

S’agit-il d’un éplucheur de topinambours ou du fameux canon à patates de Boris Vian ? D’une pompe pour Shadocks ? D’une machine à se branler la glande pinéale ? D’une mitrailleuse à ketchup comme aimeraient en posséder Vladimir Poutine et Jean-Luc Mélenchon ? S’agit-il du robot-tueur de punaises de lit de Mathilde Panot ? Ou bien s’agit-il seulement d’un machin quelconque, totalement crétin et décérébré, sans aucune mauvaise pensée et dépourvu de toute idéologie nauséabonde ?

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Je penchais pour la dernière hypothèse du truc résolument insignifiant, malgré son aspect menaçant, jusqu’à ce que j’apprenne, dans un article d’Élisabeth Franck-Dumas dans Libération (20/09/2015), que l’œuvre est  intitulée « Cowboy », qu’elle a été exposée à la financial- galerie internationale Loevenbruck et qu’elle est « une sorte d’usine à gaz, ou plutôt à fumée, elle aussi très low-tech, où un monticule de tabac, un coulissant de métal et une bouteille en plastique s’activent pour reproduire l’inhalation/exhalaison du fumeur. On ne sait si la machine prend aussi en charge le plaisir ».

Mon Dieu, mon Dieu ! Ainsi donc cet engin n’aurait d’autre but que de produire des bouffées de fumée nicotinée ! J’en suis tout obturé des bronchioles.

« Pour sortir d’une servitude née du culte de la croissance »

Et, pour prolonger ma suffocation, je découvre ce texte publié dans la revue de l’Association française des commissaires d’exposition, signé par la critique et vice-présidente de ladite association, Marianne Derrien (15/05/2022). Sa prose nous révèle la dimension puissamment métaphorique de cet objet à pistons et la pertinence de son message anticapitaliste : « Dans un monde divisé entre le capital et le travail, il faut appuyer là où cela fait mal pour sortir d’une servitude née du productivisme et du culte de la croissance. Depuis la machine à vapeur, l’humain, devenu outil, est un chaînon parmi les autres. La théoricienne et militante féministe marxiste Silvia Federici [vous connaissez ?] estime, quant à elle, que la première machine « développée par le capitalisme » fut « le corps humain, et non la machine à vapeur ni même l’horloge ». Celui-ci, converti en force de travail, impliquerait la mort du corps magique. Si le taylorisme a vu naître l’automatisation des corps – et donc des désirs, Thomas Teurlai pousse le curseur bien plus loin : non pas dans l’absurde mais dans une clairvoyance qui retourne le concept de l’homme-machine afin d’en extraire ce « corps paysan, préindustriel, magique » » …  Mais oui ! Mais c’est bien sûr ! Comment n’y avais-je pas pensé ?  

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Et Marianne de nous envoyer cette autre bouffée nicotinisée d’anticapitalisme délirant : « Aux confins de visions anthropomorphiques, ces machines temporelles, par leurs interventions, tissent une multitude de récits qui se stratifient. En elles s’établissent des circuits qui permettent de tester des situations psycho-cinétiques, souvent enivrantes, qui s’adonnent à des épilepsies mécaniques et lumineuses dont le magnétisme machinique, tant joyeux que sombre, s’allie aux ondes et aux fréquences, aux énergies conductrices et aux rythmes organiques ». Agreuh ! Agreuh ! Passez-moi ma Ventoline !​

Et c’est ainsi que par le truchement d’une machine à pomper du rien, l’« art anticapitaliste » devient l’idiot utile du grand capital.

L’exposition de Thomas Teurlai, « Une autre fin du monde est possible », est à voir, ou pas, au SHED, jusqu’au 14 juillet.

SHED – site Gresland, 12 rue de l’abbaye, Notre-Dame de Bondeville

le-shed.com

L'art n'a jamais été aussi contemporain qu'aujourd'hui

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L'imposture de l'art contemporain: Une utopie financière

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Un monument historique nommé Polanski

Son regard sur le monde est implacable et son sourire toujours ironique. Roman Polanski manie la cruauté et l’innocence, le drame et le grotesque dans les moindres détails et avec justesse. Son œuvre est universelle parce qu’elle est portée par le sens du tragique : le réalisateur mondialement célébré est resté gamin de Cracovie.


« On fait un film parce qu’on aime rêver et on aime partager ses rêves avec les autres. Et si on fait un beau rêve, les détails du rêve doivent être intéressants, excitants et authentiques. C’est ce qu’on essaye de faire ».

Rien à voir avec quelque feelgood propos, dans ces paroles de Roman Polanski.

Il nous parle de la joie créatrice, cette impérissable énergie.

Il nous dit le lieu ombreux où l’art prend sa source ; et comment un film, tel un javelot ailé, s’élance vers nous et nous perce – ouvre nos âmes et nos cœurs. Et souvent, dans le plaisir et le trouble que nous en éprouvons, c’est vertigineux. Car c’est sur nous-mêmes qu’alors le rideau s’ouvre. Projeté sur l’écran, le film, ce rêve partagé, est un miroir magique de nos destins humains, pareil à celui des ironiques sorcières de Macbeth. Qui voient clair, très clair, et qui ne mentent pas.

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Il nous parle de l’imaginaire, et de la vérité, de leur indéfectible lien – il a lu Shakespeare, un alter ego comme le sont aussi le facétieux Cervantès, ou Mozart qu’incarna Polanski. Tous ces « généreux et riches de l’esprit », pareils à ces « fontaines publiques »« l’époque jette ce qu’elle a de “plus actuel”, ses oiseaux sales leur ordure, les gamins leurs colifichets, les voyageurs épuisés […] leurs petites et grandes misères », et qui « redeviennent limpides » car elles sont si « profondes » (Nietzsche). Les grands artistes, nos fontaines publiques. Des hommes de chair et d’esprit, traversés par le bruit et la fureur du monde, mais miraculeusement capables, tant sont vastes leur intelligence et leur cœur, de cette « innocence qu’engendre constamment la créativité » selon le mot de W. Benjamin. Capables, par l’imaginaire, puissance vitale intacte de l’enfance et chemin premier vers la réalité, d’un regard neuf et libre sur l’humain dans tous ses états, en ses étranges et plus secrets replis, lumineux ou turpides. C’est cela, une œuvre. Le cinéma de Roman Polanski – également acteur infiniment plastique, et metteur en scène de théâtre et d’opéra – en est une, et de premier plan. Et nous étant adressée, elle excède son auteur, passeur absolument singulier d’une expérience universelle.

Il nous parle du travail passionné du réalisateur, pareil à l’enfant qui joue car tout entier à l’univers qu’il fait surgir.

« dresser un portrait de l’humanité avec tous ses particularismes »

Depuis ses courts-métrages polonais – Deux hommes et une armoire, Le Gros et le Maigre, Les Mammifères, et quelques autres petits bijoux – jusqu’à son film le plus récent, The Palace, farce macabre enragée dans la plus pure veine bouffonne du réalisateur, Roman Polanski n’a cessé de promener sur le monde tel qu’il (ne) va (pas) une manière d’avatar de cette « lampe bizarre » qui intriguait ses yeux d’enfant, et dont ses parents lui disaient qu’elle était « un détecteur de mensonges ». Il raconte ça à son ami Ryszard Horowitz dans Promenade à Cracovie, le documentaire délicat d’Anna Kokoszka-Romer et Mateusz Kudla sur son enfance et sa jeunesse à Cracovie. Et c’est comme si, à son insu, il nous parlait des enjeux les plus vifs d’un cinéma qui ne se lasse jamais de cette tâche – de ce jeu – ainsi décrits par Philip Roth : « dresser un portrait de l’humanité avec tous ses particularismes ».

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Ouvertement dans Cul-de-sac, Le Bal des vampires, Pirates ou Le Locataire, affleurant dans tous ses films, y compris les plus tragiques à travers tel détail, telle scène, telle situation absurde, poussé dans à son paroxysme dans The Palace, le grotesque, qui mêle le risible à l’effroi, est une arme subversive qui dénude le vrai. Rois détrônés, sages bouffons. Ce n’est pas sans motif que Polanski a réalisé un époustouflant Macbeth, qu’un fil invisible relie à The Palace. Macbeth qui, le désastre une fois consommé, pleurant Lady Macbeth, prononce, lui qui a vu l’horreur, y a plongé ses mains, la plus inoubliable, la plus profonde des méditations de Shakespeare. Elle s’achève sur ces vers connus de tous : « Life’s but a walking shadow, […] / It is a tale / Told by an idiot, full of sound and fury, / Signifying nothing. »

Tout est vanité – excepté la limpidité d’un regard dessillé. Néant, que transfigure la musicalité shakespearienne.

Habité par l’inaltérable, la vivace passion d’un homme, l’art est plus fort que tout.

The Palace ? Une vanité ciselée, dans la grande tradition de ce genre en peinture : memento mori. Alors tes valises de billets, ton pouvoir, la beauté passagère de jeunes années vénales destinées aux masques monstrueux dont accouchent à prix d’or les bistouris « esthétiques », tout cela : promis au rien pourrissant. Cruelle, la farce de Polanski ; mais sans l’ombre d’un ressentiment, car chevillée à la conviction, envers et contre tout, d’une immarcescible innocence, qu’affirme un final loufoque aux allures incorrigiblement potaches, où dans les débris de la sinistre fête, le sexe est enfin gratuitement joyeux.

Entre-tissées au grotesque, à l’increvable humour qui refuse de céder au malheur, la tragédie nue, intime ou (et) historique, l’injustice du destin, les pépites de simple bonté, et parfois la chance donnée aux êtres de recouvrer une humanité souillée en eux. C’est la marque de Polanski. Et toujours, de film en film, parmi lesquels tant de chefs-d’œuvre – Répulsion, Chinatown, Tess, ou Le Pianiste, pour n’en citer que quelques-uns –, mêlant à la noirceur une indomptable fantaisie traversée d’éclairs de tendresse pure, le chant de l’art.

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« En matière d’art, c’est évident, ça chante là où deux extrêmes inconciliables se touchent. Encore faut-il être dans une œuvre qui les découvre et les dénude, ces deux termes inconciliables et pourtant si proches. Il faut savoir ne pas les perdre ». Tout l’art de Polanski, résumé dans ces mots de Pierre Guyotat.

Enfermé, seul au milieu de la dévastation, réduit au silence, Wladyslaw Szpilman, dans Le Pianiste, joue, les doigts à quelques centimètres du clavier ; et, prodige de l’art de Polanski, nous entendons la musique. Aucune adversité ne saurait la faire taire.

Habité par l’inaltérable, la vivace passion d’un homme, l’art est plus fort que tout. C’est très exactement cela qu’insuffle à qui veut bien en accepter l’augure le cinéma de Roman Polanski.

Qui a peur de Roman Polanski ?

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Le Mirage #MeToo - Réflexions à partir du cas français

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Universités : l’explosion antijuive

Sciences Po, Sorbonne, Nanterre, Lyon-2, Toulouse, Strasbourg… Les universités françaises sont devenues des lieux hostiles, voire carrément dangereux pour les étudiants juifs. L’antisémitisme d’atmosphère s’est mué en soutien au Hamas et les références au nazisme se sont banalisées, dans l’indifférence complice de l’administration.


« Le 7 octobre a littéralement galvanisé les pulsions de haine antisémites à Sciences Po. Ça a explosé quelques jours après le 7 octobre, quand un hommage à Omri Ram, un étudiant assassiné par les terroristes islamistes, a été vandalisé par des étudiants propalestiniens. Toutes les affiches à sa mémoire qui avaient été accrochées à la péniche (hall d’entrée de Sciences Po) ont été arrachées ou recouvertes par des tracts propalestiniens. C’était très choquant mais l’administration n’a pas réagi ». Cet étudiant, comme tous ceux qui nous parlent, préfère rester anonyme. Les témoignages sur Sciences Po postés par l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) interpellent par leur violence : un étudiant s’est entendu dire que « tous les Israéliens qui sont morts méritaient de mourir ». Rappelons que les habitants des kibboutz massacrés étaient des civils. Sur une boucle d’activistes propalestiniens de l’école, un étudiant a naïvement posté : « Je suis presque sûr qu’aucun d’entre nous n’a justifié des pogroms violents contre le peuple juif ». Réponse cinglante : « Tu nous connais mal ». 

Autre témoignage d’une étudiante juive, interpellée par un militant propalestinien : « Elles sont mignonnes tes chaussures vintage, elles font penser au temps où on t’aurait enlevé ces chaussures ». Visiblement une partie des étudiants de Sciences-Po, militants LFI et propalestiniens (ou plutôt pro-Palestine-de-la-mer-au-Jourdain), ne pèchent pas par ignorance… Ils savent très bien ce qu’a produit dans l’histoire la haine des juifs et ils en acceptent parfaitement les conséquences – par exemple, ceux qui écrivent sur les réseaux qu’Hitler aurait dû finir le boulot. Sciences Po Paris est loin d’avoir le monopole en la matière. Dans le monde universitaire, le 7 octobre a été le révélateur d’un antisémitisme à peine latent au sujet duquel les étudiants juifs tirent la sonnette d’alarme depuis quelques années, sans jamais être entendus.

Les tags « Mort à Israël, mort aux juifs » fleurissent sur les murs

À l’université de Strasbourg, les tags antisionistes sur les piliers en béton des bâtiments doivent être effacés tous les jours. L’antisémitisme d’atmosphère se traduit aussi par des agressions physiques, un climat délétère, l’impossibilité d’aborder le conflit Gaza/Israël autrement que par l’invective et la mise en accusation. Des étudiants juifs sont accusés de génocide. Quiconque rappelle le pogrom du 7 octobre peut devenir une cible. Sur le campus de Strasbourg, des membres du Collectif du 7 octobre ont ainsi été frappés parce qu’ils collaient des affiches pour la libération des otages. Leurs agresseurs avaient épousé tous les codes des terroristes : attaque en meute, visage masqué. On a observé les mêmes codes devant Sciences Po où, pour certains, se grimer en terroriste palestinien est le sommet du snobisme et la pointe de la mode.

À Nanterre, on ne prend plus la peine d’habiller l’antisémitisme d’un voile antisioniste. Les tags « Mort à Israël, mort aux juifs » fleurissent sur les murs, et les croix gammées deviennent récurrentes sur les tables de la faculté. « Le signe n’est même plus un marqueur d’extrême droite, certains l’utilisent pour désigner Israël », raconte une étudiante qui ne souhaite pas être identifiée.

A lire aussi : Défendre Israël, est-ce le devoir de l’ « homme blanc »?

À l’université Lyon-2, il a fallu la mobilisation de la préfecture et d’élus de droite pour faire annuler une réunion organisée par Solidaires étudiant-es et le Collectif 69 Palestine, intitulée « Colonisation et apartheid israélien, quel avenir pour les Palestiniens ? », dont l’invitée vedette devait être Maryam Abou Daqqa, représentante du FPLP, reconnu comme organisation terroriste par l’Union européenne, les États-Unis… Cela a chiffonné beaucoup de monde, mais pas la direction de l’université. Finalement, les craintes pour la sécurité des étudiants juifs ont motivé la décision d’interdiction.

Continuons ce triste tour de France : à l’université de Toulouse, un étudiant a été suspendu pour avoir diffusé des propos antisémites sur Instagram. Il a cependant fallu que son dossier passe à deux reprises en commission. En décembre 2023, dans La Dépêche, Léo Bilfeld, le président de l’UEJF Toulouse, racontait que les lycéens toulousains de confession juive évitaient systématiquement l’université Jean-Jaurès, tant l’antisémitisme y était décomplexé grâce à l’action notamment du collectif Palestine vaincra.

À la Sorbonne – qui pour une fois n’est pas à la pointe d’un mouvement étudiant – les tensions sont très fortes. Des étudiants ont expliqué à des camarades juifs que le 7 octobre était mérité. Le pire, c’est que si tous les témoins exigent l’anonymat, ce n’est pas seulement parce qu’ils craignent la violence ou le rejet de leurs condisciples. Ils redoutent aussi les représailles de l’administration censée les protéger ! Et on peut difficilement leur donner tort tant l’attitude du corps administratif et professoral des universités et grandes écoles est ambiguë.

91 % des étudiants juifs déclarent avoir été victimes d’un acte antisémite

Le 10 avril 2024, Guillaume Gellé, président de France universités et Isabelle de Mecquenem, professeur de philosophie et membre du Conseil des sages de la laïcité, étaient auditionnés par la mission du Sénat sur l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur. Leurs propos ont oscillé entre le déni, l’arrogance et le refus d’admettre la moindre responsabilité de l’institution et la médiocrité des réponses apportées par l’institution. Quand on visionne les auditions des présidentes d’Harvard et de Columbia devant le Congrès à Washington, on se dit qu’en matière de banalisation de l’antisémitisme dans les facs, la France n’a rien à envier à l’Amérique.

On ne s’en étonne plus, la violence de l’antisémitisme arabo-musulman et son caractère totalement décomplexé sont l’objet d’une sourcilleuse omerta. Dans sa présentation liminaire, Isabelle de Mecquenem, qui revient sur l’histoire de l’antisémitisme, paraît occulter tout à fait cette dimension. On sait parfaitement, pourtant, depuis les années 2000, que les sentiments antijuifs sont plus répandus chez nos compatriotes musulmans que dans l’ensemble de la population. Quant aux actes antisémites, en particulier à l’université, ils sont plus souvent commis par des étudiants d’origine arabo-musulmane et/ou d’extrême gauche que par des « fachos ». Lors des déplacements de Rima Hassan et Jean-Luc Mélenchon, qui multiplient les meetings politiques dans les facs, plusieurs étudiants juifs disent se sentir encore plus en danger qu’à l’habitude. Les dirigeants d’université, eux, ne font pas le lien. Imaginons qu’après le 7 octobre, une association d’extrême droite ait appelé à la haine des musulmans. Les présidents d’université auraient-ils hésité à réclamer sa dissolution et à l’interdire de réunion ?

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Nos éminences universitaires semblent ignorer que, selon les sondages, 91 % des étudiants juifs déclarent avoir été victimes d’un acte antisémite, 67 % des actes dénoncés ayant eu lieu à l’université. Résultat : 36 % cachent le fait qu’ils sont juifs. Il suffit de les écouter pour comprendre pourquoi l’UEJF comme le MEJF (Mouvement des étudiants juifs français) peinent à faire entendre la voix des étudiants juifs. À HEC, les anciens élèves ont échoué à faire sanctionner un professeur qui avait qualifié le 7 octobre de « soulèvement des colonisés » et dénoncent le silence de la direction. De fait, on ne sache pas que des professeurs coupables de propos déplorables aient été sanctionnés. Ce silence traduit le même conflit d’intérêts que celui qui paralyse la direction de Sciences Po : l’argent y éteint toute considération morale. L’accueil d’étudiants étrangers qui payent très cher leurs études est une manne, mieux vaut donc ne pas froisser les candidats. Partenaire d’HEC, le Qatar, également banquier des Frères musulmans et du Hamas, finance une partie des activités. Des universités en difficulté ou avides de financement et de prestige international sont des proies faciles pour des États étrangers décidés à diffuser leur vision du monde.

Face au procès en lâcheté qui leur est intenté, 70 présidents d’université ont finalement signé une tribune. Ce plaidoyer pro domo dénué de toute empathie à l’égard des étudiants juifs ne présage aucune prise de conscience. L’antisémitisme n’est pas près de disparaître des campus.

Science-Po Menton : un campus « jews free » : Sciences Po Menton est le cas d’école de l’antisémitisme décomplexé. Le 8 octobre, l’association Sciences Palestine de Menton a posté ce message : « Hier, des résistants palestiniens ont lancé une attaque contre Israël ». Les membres de l’association ont été convoqués par la direction, mais aucune sanction n’a été prise. Les pressions ont donc continué. Or, sur ce campus, rattaché à celui de Paris, 60 % des étudiants viennent de l’étranger, principalement du monde arabe. D’après des représentants syndicaux étudiants, il a fallu rapatrier les étudiants juifs rue Saint-Guillaume, car l’école ne pouvait plus assurer leur protection. En loucedé bien sûr. Sciences Po Menton a réalisé le rêve des militants propalestiniens : une école « jews free ».

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Allemagne : entre l’extrême gauche et l’extrême droite, il n’y a qu’un pas !

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En Allemagne, un parti d’extrême gauche a raflé des voix… à l’extrême droite. Comment? En s’opposant à l’immigration.


Les 10ᵉ élections européennes de 2024 se sont clôturées dimanche 9 juin, et ont provoqué quelques bouleversements. La France, bien évidemment, est dans l’œil du cyclone, la percée du camp national provoquant une redistribution des cartes dans l’échiquier politique national. Au niveau européen, la droite semble se renforcer. En effet, l’étau se resserre autour des forces centristes de Renew Europe (RE, provisoirement 80 sièges), asphyxiées entre les 190 sièges de la droite conservatrice (PPE) et les 136 sociaux-démocrates (SD). Dans la plupart des pays européens, la droite conforte donc sa majorité au Parlement strasbourgeois, et ce, pour les 5 prochaines années.

En Allemagne, cette avancée de la droite aux européennes fut prévisible tout comme la chute de la coalition « en feux tricolores » menée par Olaf Scholz. Et un parti d’extrême gauche a même su tirer son épingle du jeu. « C’est un résultat fantastique », jubile sur la chaîne de télévision allemande ZDF, le 9 juin, Sahra Wagenknecht, fondatrice charismatique du jeune parti d’extrême gauche en question, BSW/Pour la raison et la justice.

Une extrême gauche… d’extrême droite?

C’est une situation presque inespérée pour le parti de l’Alliance Sahra Wagenknecht, qui a enregistré 6% des voix, traduisant ainsi sa présence au Parlement européen jusqu’en 2029. « Nous savons maintenant à quel point il était juste et nécessaire pour nous de fonder ce projet », continue la députée. Car bien que l’heure soit, semblerait-il, aux réjouissances, Sahra Wagenknecht était encore une députée sous la bannière de Die Linke, la gauche de la gauche allemande, il y a moins d’un an. C’est en décembre qu’elle décide de quitter son parti avec 9 députés pour créer l’Alliance Sahra Wagenknecht (BSW/Pour la raison et la justice) après des années de tension et de lutte interne. Un pari considéré encore risqué en début d’année, mais qui a clairement payé, car Die Linke a vu son parti couler en dessous de 3% aux élections européennes. On peut imaginer un simple report des voix des électeurs de Die Linke vers BSW. Ce n’est pas si sûr… Le média britannique Unherd a cherché à comprendre le succès de la nouvelle formation.

Position très dure envers l’immigration, opposition à la livraison d’armes en Ukraine, vive contestation du gouvernement Scholz… Avant les élections européennes, les experts ont découvert que le vote pour BSW pourrait séduire certains électeurs de l’AfD dans la mesure où il se présente comme une véritable alternative, pouvant attirer ceux qui traduisent leur « désespoir » en votant l’AfD. Il s’agit donc ici d’un report de voix qui semble dépasser le clivage traditionnel gauche-droite. Avant la création du BSW, l’AfD était à 22% dans les sondages. Aujourd’hui, il est à 16%. Conclusion: une grande partie des 6% du BSW proviennent de la droite. Le parti de Wagenknecht, après quelques mois d’existence, a déjà nommé son premier maire à Bleicherode le 26 mai, dans l’état de Thuringe, réputé être un des bastions de l’AfD. Avec l’attention médiatique et ses critiques envers son ex-parti, Wagenknecht est désormais devenue particulièrement populaire en Allemagne, et cette popularité rivalise avec celle des dirigeants de l’AfD.

A lire aussi : Le Front populaire sans le peuple

Pour autant, BSW a montré clairement son opposition à l’AfD, clarifiant ainsi sa trajectoire politique. L’AfD, selon Fabio de Masi, ténor du parti d’extrême gauche, est « un parti qui attise les rancœurs. Un parti qui veut réduire les salaires et les pensions. Et un parti qui prône une militarisation accrue de l’Allemagne », dit-il dans une déclaration relayée par Euronews, en ajoutant : « Ce n’est pas la voie à suivre ».

Quoi qu’il en soit, BSW semble être un parti hybride mêlant des valeurs sociales conservatrices et une approche socialiste de l’économie. Bien qu’il s’agisse d’une première en Allemagne, le phénomène n’est pas nouveau sur le vieux continent. Aux Pays-Bas, par exemple, le Parti socialiste (PS) s’est montré plus dur ces derniers mois en matière d’immigration, en appelant à limiter le nombre de travailleurs étrangers. En Grèce, le Parti communiste (KKE) s’est opposé au mariage civil des couples de même sexe en début d’année. À l’heure où la droite s’affermit et la droite nationale progresse, la tendance « extrême gauche nationale » pourrait-elle inverser la vapeur ?

Le Front populaire sans le peuple

Le Nouveau Front populaire est beaucoup plus représentatif des classes moyennes que des classes ouvrières. C’est en réalité un Front élitiste et idéologique, sans le peuple, contre le peuple, et aux antipodes de celui de 1936.


La gauche française est pleine de fantômes socialistes dans ses tiroirs. A chaque élection déterminante et cruciale, elle agite les spectres du passé socialiste et prétend incarner la voix du peuple qu’elle a enterrée et trahie définitivement pour se ranger sans complexe derrière la bannière du progrès libéral.

Lors de chaque échéance électorale, elle invite subitement le peuple à sa table. Elle en fait son étendard ; elle s’en fait l’unique porte-parole ; elle est la cause du peuple. Elle se fait le rempart contre tous les extrêmes, réels comme le fascisme d’antan, imaginaires comme l’union des droites aujourd’hui, et surtout contre toute tentative de critique du libéralisme culturel.

Depuis la dissolution de l’Assemblée nationale décidée par le président Macron, la gauche a encore réalisé la prouesse de se rassembler sous les arcanes de l’Histoire en appelant sa nouvelle union le Front Populaire. Mais à la différence de 1936 où cette union politique résultait d’un mouvement ouvrier et populaire réel, un mouvement qui prenait sa source dans les luttes de la France d’en bas, aujourd’hui l’union n’a de populaire que le nom. C’est une fumisterie politique et sociologique. Un véritable oxymore. Aux européennes, le bloc de gauche n’a rassemblé que 20% de l’électorat ouvrier contre 52% pour le seul Rassemblement National ; bis repetita chez les employés : 26% pour la gauche et 41% pour le RN.

Faussaires

Mais cette situation ne doit rien au hasard. Elle est la suite logique des sempiternelles trahisons de la gauche. Une gauche qui a abandonné toute vocation populaire des mouvements socialistes d’antan et toute critique du capitalisme comme « fait social total » (Mauss). Ses seules antiennes : amour du progrès illimité ; défense des minorités en tout genre ; promotion du libéralisme culturel intégral… Elle a renié l’héritage de la SFIO – Section française de l’Internationale Ouvrière – de 1936 pour se vendre à toutes les compromissions wokistes, féministes, immigrationnistes, et syndicalistes d’aujourd’hui. Exit les ouvriers qui travaillent dans les usines ; exit la France rurale et périphérique ; exit la France majoritaire et populaire ! Place au LGBT+ ; à la cause palestinienne ; à la lutte contre un patriarcat imaginaire. Place au Front populaire d’en haut !

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 Avec plus de 45% de votes chez les cadres, le Nouveau Front Populaire rassemble « tous les porteurs de sandales et buveurs de jus de fruits » (Orwell), toute la bonne conscience morale de gauche des classes moyennes supérieures. L’électorat de gauche n’a plus rien de populaire. Il est progressiste, urbain, petit-bourgeois, libéral, mondialisé… bref métropolisé. En 1936, le métallo de Billancourt, sublimé par Jean Gabin dans le film La Belle Equipe, était la figure de proue du mouvement social et populaire. En 2024, la belle équipe a changé de bleu de travail. Il s’agit du jeune Nahel, de l’actrice transgenre Karla Sofia Gascon, primée à Cannes, de l’influenceur Squeezie, et des Palestiniens de la bande de Gaza.

En réalité, le nouveau Front « populaire » tout comme son allié objectif, l’Union autour du RN, rejouent la bataille originelle du libéralisme : libéraux de droite contre libéraux de gauche ; libéralisme économique et libéralisme culturel ; l’envers et l’endroit de la même médaille qui avait trouvé sa synthèse dans le « en même temps » schizophrénique du Président Macron. Hélas, sans l’avènement d’une grande politique, d’une politique authentiquement populaire, le libéralisme semble avoir encore de « beaux jours » devant lui. Presque 50 ans après Margaret Thatcher : « There is no alternative »?

Fin de régime sur le canal du Nivernais

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Quand l’absurdité du monde extérieur vous fauche, que le progrès semble un horizon flou, il est temps d’embarquer dans La Petite vadrouille, dernier film de Bruno Podalydès entre Nièvre et Yonne…


Un jour, tout s’est détraqué. Les maires des « petites villes » ont commencé à parler comme des technocrates. Á la veillée, possédés par l’idée de croissance, ils montraient des graphiques à leurs administrés, vantant l’attractivité économique de leur territoire. Ils projetaient leur incurie sous le masque fat de la raison. Dans les syndicats d’initiative, on traduisait des plaquettes pour attirer le batave en goguette. Les champs étaient dronés, les Intercités chargeaient les vélos à plusieurs milliers d’euros des citadins en quête d’authenticité, les sons et lumières de la saison estivale avaient remplacé la fermeture de l’hôpital de proximité et l’on cachait ces EHPAD où nos vieux allaient mourir dans cet exil intérieur. En ville, l’insécurité et l’immobilier vampirisaient les conversations des primo-accédants. On ne croyait pas plus à l’intégration européenne qu’à une victoire française à Roland-Garros. Tout avait le goût frelaté des sociétés en déshérence, d’une fin de siècle triste et inconséquente. Aux élections, il y avait plus d’assesseurs que de votants. Dans les chambres, affolés par l’électorat réfractaire, on se préparait à une tambouille peu ragoûtante. Pendant ce temps-là, exfiltré des débats publics, hors coterie, lassé par tant d’années d’imprévision, saoulé par les VRP des lendemains qui chantent, le citoyen apprenait à se dépatouiller avec ce quotidien grippé. Il a appris les vertus du désenchantement et s’est construit un système parallèle, fait de bouts de ficelle, la poétique de la mouise, et de joies simples. L’intelligence française se nourrit de ces évasions-là. Point de sarcasme, ni de colère refroidie, point de croyance en d’hypothétiques sauveurs de l’Humanité, juste le pas de côté salvateur. Le désengagement sans cymbales, ni trompettes comme moyen de survie. La débrouille des bras cassés, c’est ce qui attend tous les français.

Pour visionner la bande-annonce du film La Petite vadrouille :


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Pour se préparer à cette dissidence-là, La Petite vadrouille film de Bruno Podalydès sorti en juin, promenade comico-héroïque sur le canal du Nivernais, par son obsolescence programmée et sa fantaisie potache, raconte (sans volonté d’instruire) notre lente dérive. Les branques, les inadaptés, les « survivalistes » du 15 du mois, c’est nous tous, collectivement. Les recalés qui vivotent ont toujours quelque chose à nous dire sur le destin fracassé des démocraties. Nos écrans sont encombrés par les gagnants à gueule de croque-mort. Place aux amateurs, prime aux déclassés. Les professionnels des affaires, de l’administration et du suffrage universel sont disqualifiés depuis si longtemps. Podalydès n’est pas un de ces flibustiers du cinéma social qui dénoncent et militent, il choisit un chemin de halage plus fantaisiste et bringuebalant que la violence esthétisée, il trace une voie de délestage pour tous les invisibles. Sur sa pénichette baroque et craintive, on court après un billet, on tente de se refaire la cerise, de combler une dette, de sauver son boulot, alors on embarque avec d’autres clampins de son espèce. C’est naïf et tendre dans l’approche, donc révolutionnaire dans la vague. D’écluse en écluse, d’entraides en foirades, de toasts à la rillette en « blanc qui pique », la vie fluviale balaye les aigreurs du moment. On rencontre des jeunes idéalistes qui choisissent la fuite à la voile, Daniel Auteuil a quitté l’accent de Pagnol pour retrouver son œil de noceur, Sandrine Kiberlain en bourgeoise ou en employé de bureau a l’érotisme chaste des grandes dames. Chaque rôle a de la tenue. Denis Podalydès est un harpagon à casquette en proie à la jalousie et Florence Müller est virtuose dans tous les registres, de l’attardée à la vamp. Cette Petite vadrouille est mieux qu’un acte de foi. Dans cette fin de régime où tout semble partir a-dreuz, filer entre nos doigts, où nos rêves et nos défaites sont arrivés à quai, à la vitesse de l’escargot, le canal du Nivernais est une échappatoire. Il vaut l’ouverture des JO et l’Euro de football. Long de 174 km « reliant le bassin de la Seine à celui de la Loire », de Decize à Auxerre, ouvert seulement à la navigation d’avril à octobre, le 2ème canal de France en termes de fréquentation a de beaux restes. Il nous permet d’envisager l’avenir avec moins de certitudes et plus de légèreté. Il fut construit pour chauffer les logements des Parisiens, il transportait alors le bois « flottant » du Morvan, aujourd’hui il réchauffe le cœur des apatrides.

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Droite populiste : comment concilier souverainisme et assainissement des finances publiques ?

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La droite radicale, qu’elle soit française, italienne ou autre, a réussi à s’imposer lors des européennes mais se trouve maintenant face à un dilemme. D’un côté, elle doit réaffirmer l’identité nationale et renforcer les frontières de l’UE face à l’immigration. De l’autre, elle a promis d’améliorer le sort économique des citoyens qui ont voté pour elle sans pour autant aggraver les finances publiques. L’analyse d’Edoardo Secchi.


La nouvelle de la victoire aux européennes du Rassemblement National a été très bien accueillie par la droite italienne qui y voit une opportunité pour s’imposer sur la scène européenne à travers une grande coalition franco-italienne de droite. Pour Giorgia Meloni, cette perspective s’ajoute à sa propre victoire en Italie où son parti Fratelli d’Italia a dépassé son score des élections nationales de 2022 et se confirme comme la première formation politique avec 6,7 millions de voix et presque 29 % des voix exprimées. Ce succès a servi aussi à affaiblir la position de son allié Matteo Salvini, qui représente la plus grande menace interne à sa coalition.

Et l’économie dans tout ça ?

Pour Giorgia Meloni cette réussite est d’autant plus remarquable que ses résultats sur les plans de l’économie et de l’immigration sont modestes, voire décevants. Une chose est sûre : le gouvernement de Giorgia Meloni jouit d’un degré de soutien électoral rare dans l’UE et fera bien entendre sa voix dans la nomination des futurs commissaires européens. La première ministre italienne a désormais un choix : elle peut soit appuyer la candidature d’Ursula von der Leyen en échange de concessions sur ses propres dossiers prioritaires, soit devenir le chef de file de la droite populiste européenne et œuvrer à un changement radical de la politique de l’UE.

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La droite populiste, en Italie comme en France, a astucieusement exploité les craintes des citoyens. Non seulement celles provoquées par l’immigration incontrôlée, mais aussi celles, d’ordre économique, résultant de la série noire du Covid, de la guerre russo-ukrainienne, de l’explosion des coûts de l’énergie et de l’inflation. C’est ainsi que la droite populiste, en plus de ses objectifs concernant le contrôle des frontières, s’est donné aussi des buts importants dans le domaine économique. A cet égard, l’expérience italienne nous montre les obstacles auxquels un gouvernement populiste – y compris un éventuel gouvernement du RN en France – doit faire face.  

Réduire la dette publique, baisser les impôts… et maîtriser l’immigration ?

Le premier obstacle concerne la réduction de la dette publique. Avec une faible croissance et un déficit bien au-dessus de 3%, il n’existe pas d’autres solutions que de réduire les dépenses publiques et privatiser des actifs comme les biens immobiliers, les routes ou vendre les participations de l’État aux grandes entreprises comme Airbus, EDF, GDF Suez ou Thales. En Italie cette phase a déjà commencé avec un programme de privatisation d’actifs qui, de 2024 à 2026, devrait apporter 20 milliards dans les caisses de l’État. Vendre un actif qui génère un revenu et devoir ensuite payer plus cher les services ou produits en question, peut-être en enrichissant un propriétaire étranger, est-ce un choix intelligent dans l’intérêt de la nation ? Et comment concilier les intérêts des industriels qui demandent plus d’ouverture à l’immigration pour soutenir leur activité avec le refus des citoyens à accueillir davantage de travailleurs immigrés ?

Le deuxième obstacle concerne la baisse des impôts. Leur réduction est directement liée à la dépense publique et à la croissance. L’imposition actuelle, trop élevée, tue la consommation interne et la compétitivité des entreprises. Quelles solutions la droite populiste proposera-t-elle pour réduire la pression fiscale sur les ménages et les entreprises sans augmenter la dette publique ?

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Les marchés financiers sont confrontés à une vague d’incertitude et de volatilité. Ce n’est pas tant la perspective d’une victoire de Le Pen qui les inquiète, que l’imprévisibilité du changement et la nécessité désormais de prendre en compte des facteurs géopolitiques jusqu’ici sous-estimés. Rassurer les marchés deviendra fondamental pour éviter une fuite des investisseurs et une éventuelle dégradation par les agences de notation. 

Quant à maîtriser l’immigration, l’expérience italienne est révélatrice. Depuis l’arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni, et malgré ses promesses, l’immigration clandestine continue à augmenter. Conclusion : l’immigration est un sujet trop compliqué pour être géré par un État-membre tout seul.  C’est donc à Bruxelles, de concert avec d’autres États-membres, que cette question doit être traitée. Pour ce faire, il faut que la droite radicale compose avec la coalition majoritaire plutôt centriste qui domine l’UE.

La politique est un jeu de compromis et la droite populiste en devient consciente. Une fois au pouvoir, elle sera obligée de trouver un équilibre entre une aggravation des finances publiques, le retour de l’austérité, le contrôle exercé par Bruxelles, et la volonté des électeurs de maîtriser l’immigration.

Stuart White versus Charlotte Lewis

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Stuart White, mars 2024. © D.R

Ancien correspondant d’un tabloïd anglais aux États-Unis, Stuart White est venu à Paris témoigner pour Roman Polanski, attaqué en diffamation par Charlotte Lewis. Cette ancienne comédienne, qui accuse le réalisateur de l’avoir violée en 1983, prétend que White a trafiqué un entretien de 1999 où elle encensait Polanski. Rencontre avec un journaliste qui tient à son honneur.


Faut-il se fier à la parole d’une femme ? Oui, répond Stuart White – quand elle dit la vérité. On doit donc apprécier la cohérence et la sincérité de son récit. C’est à Paris que j’ai rencontré cet ancien journaliste qui, après quarante ans dans la profession, a pris sa retraite en 2003 pour devenir scénariste. Début mars, il a pris l’Eurostar afin de témoigner au procès pour diffamation intenté à Roman Polanski par l’actrice britannique, Charlotte Lewis.

En 2010, lors d’une conférence de presse, cette dernière accuse le cinéaste d’avoir abusé d’elle sexuellement en 1983 « de la pire manière possible »– sans ajouter d’autres détails.

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À l’époque, en 1983, elle avait 16 ans et cherchait un rôle dans Pirates, le film de Polanski qui sortira en 1986. Après son annonce tonitruante, les médias déterrent une interview de 1999 qu’elle avait accordée à White, alors correspondant américain du journal britannique News of the World. Elle y donne une image si différente d’elle-même et de ses relations passées avec Polanski (qu’elle encense) que sa crédibilité est compromise. En 2018, elle revient à la charge en substituant à l’accusation d’abus sexuel celle de viol. En même temps, elle proclame que l’entretien de 1999 ne reflétait pas ce qu’elle avait dit, était truffé de mensonges et avait été publié sans son plein accord. Se confiant à Paris Match en 2019, Polanski réfute les allégations de Lewisen citant de nouveau l’interview de 1999. Quelques mois plus tard, l’actrice assigne le réalisateur en justice pour avoir porté atteinte à son honneur. C’est ainsi que Stuart White, alerte retraité de 77 ans, a été amené à traverser la Manche pour défendre son propre honneur et rétablir les faits.

L’âge d’or du tabloïd

À l’audience du 5 mars, l’avocat de Lewis a tenté de disqualifier News of the World en taxant ce tabloïd de journalisme bas de gamme. Certes, le titre a cessé de paraître en 2011 à la suite d’un scandale de piratage téléphonique mais, selon White, ce jugement hâtif trahit une incompréhension profonde du monde des tabloïds avant 2000. Si ces derniers payaient souvent les gens qui leur apportaient des révélations, ce n’était pas pour récompenser l’invention de faux récits, mais pour se réserver l’exclusivité de l’histoire. La publication par un journal d’affabulations mensongères l’aurait exposé (et l’exposerait encore) à des poursuites pour diffamation souvent très coûteuses. Un reporter comme White était formé non seulement pour dénicher des scoops, mais aussi pour trier le vrai du faux.

Après un apprentissage dans la presse locale, White rejoint la presse nationale en 1969. Généraliste, il a couvert les événements en Bosnie, en Croatie et au Rwanda. À cette époque, les journalistes ne restaient pas beaucoup derrière un écran d’ordinateur. L’activité principale s’appelait « knocking on doors » (« frapper aux portes ») car, avant l’e-mail et Zoom, on devait repérer ses interlocuteurs et insister pour les voir.

En 1994, White devient rédacteur principal de News of the World aux États-Unis. C’est là qu’il couvre le scandale Clinton-Lewinsky et le 11-Septembre. C’est là que, à Los Angeles, il rencontre Charlotte Lewis.

1999, l’interview fatidique

Après Pirates et le succès de Golden Child, de 1986, où elle partage la vedette avec Eddie Murphy, la carrière de l’actrice a du mal à décoller. Panier percé ayant des problèmes d’addiction, la gloire la fuit. En 1996, White a la preuve que Lewis a fait une cure de désintoxication. Ils’apprête à publier l’histoire quand il reçoit un fax comminatoire d’un cabinet d’avocats, suivi d’un appel téléphonique de la part de Lewis, en pleurs. Elle le supplie de ne pas publier cette nouvelle qui est fausse et ruinerait sa carrière. Il obtempère, sachant qu’il ne pourra pas produire sa preuve devant un tribunal. Mais quand un jour il croise Lewis, elle lui annonce que l’histoire était vraie et ses sanglots, du cinéma, ajoutant : « Je suis une bonne actrice, n’est-ce pas ? » White savait déjà qu’elle lui avait menti, mais le fait qu’elle s’en vante dévoile tout un pan de sa personnalité. Néanmoins quand, en 1999, elle veut vendre son histoire, car elle est fauchée, il est prêt à l’écouter. L’interview se déroule sur plusieurs séances. Après la production d’un premier texte, White est informé par sa direction que le récit des amours de Lewis ne vaut pas le cachet de 30 000 livres qu’elle a perçu, mais que l’agent de cette dernière propose d’autres révélations de sa cliente. Dans un nouvel entretien, Lewis raconte comment, en faisant l’école buissonnière dans les boîtes de nuit londoniennes au cours de l’été 1981, elle est tombée dans la prostitution à l’âge de 14 ans.

Charlotte Lewis et Roman Polanski lors de la présentation du film Pirates au 39e Festival de Cannes, 9 mai 1986. ©Benaroch/guilloteau/sipa

Dans son nouveau texte, White la présente avec délicatesse comme une victime. Il ne fait aucune référence à un article publié par son journal en 1988 qui corrobore ces révélations : un jeune entrepreneur y dévoile ses frasques et ébats sexuels avec la future actrice au cours de l’été 1981. Lewis explique ensuite comment elle est passée de cette phase malheureuse de sa vie à la gloire. Devenue mannequin à 15 ans, elle rencontre Polanski à Paris à 16 ans par l’intermédiaire d’une amie, Karen Smith. Il fait d’elle une actrice et lui permet de partir pour Hollywood. Lewis affirme alors que c’est elle qui a séduit le cinéaste à 17 ans, ajoutant :« J’avais probablement plus envie de lui que lui de moi. » Ils seraient restés amants pendant six mois. White la consulte plusieurs fois pour vérifier des détails. Il le sait, car il a tenu un journal qu’il possède toujours et qu’il a soumis au tribunal parisien. Lewis ne pouvait pas ignorer les révélations du texte final et si elle n’avait pas été d’accord, elle aurait pu réclamer des dommages et intérêts au journal. Mais elle ne l’a pas fait. Elle a empoché les 30 000 livres et, après deux derniers films en 2003, elle est rentrée à Londres. Sa carrière apparemment finie, elle a donné naissance à un garçon.

La machine s’emballe

Son retour fracassant sur la scène médiatique a donc lieu en 2010. Polanski est alors en résidence surveillée en Suisse, dans l’attente d’une éventuelle extradition vers les États-Unis dans le cadre de l’affaire Samantha Geimer. Lewis crée une société de production destinée à tourner un documentaire sur ses aventures hollywoodiennes et prend contact avec White en lui demandant d’admettre que son texte de 1999 ne correspond pas à ce qu’elle avait dit. Il refuse. Lewis se présente quand même devant les caméras à Los Angeles le 14 mai 2010, à côté de son avocate, Gloria Allred, pour dénoncer celui qui avait lancé sa carrière. Les accusations restent pourtant vagues. Dans une courte déclaration, Allred décrit sa cliente comme ayant été « victimisée » et reproche à Polanski un comportement de « prédateur sexuel ». Bien que la prescription en Californie pour des crimes sexuels soit de dix ans, elle estime que les déclarations de Lewis pourraient s’avérer utiles dans un éventuel procès si Polanski est extradé. Si jamais un juge trouvait que le mode opératoire était le même dans le cas de Lewis que dans celui de Geimer, la condamnation de Polanski pourrait être encore plus sévère. Quand un journaliste lui demande si le cinéaste a drogué et violé Lewis, Allred, gênée, refuse d’employer d’autres termes que ceux, très imprécis, qu’elle a déjà utilisés. Deux jours plus tard, Libération parle de l’interview de 1999 et, le 25 mai, le texte est republié sur le site de BHL. Lewis retombe dans l’obscurité médiatique. Jusqu’à ce que l’affaire Weinstein et un entrepreneur israélien lui offrent une nouvelle occasion.

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Se proclamant féministe, Matan Uziel lance la chaîne YouTube Real Women/Real Stories en mars 2016. Dans les vidéos postées, des femmes témoignent des méfaits du sexisme. Certains témoignages semblent fiables, d’autres, consacrés à la pédophilie, frôlent le complotisme. Entre août et novembre 2017, trois nouvelles accusatrices dénoncent Polanski pour des agressions sexuelles. En octobre, l’affaire Weinstein éclate. Flairant une opportunité, Uziel crée le site imetpolanski.com qui invite des femmes à témoigner contre le cinéaste. Sur Twitter, il promet une récompense de 20 000 dollars, mais avouera par la suite qu’il ne disposait pas d’une telle somme. Il prétend avoir reçu cinq témoignages de femmes dont ni l’identité ni le récit ne seront jamais divulgués. Une sixième rend publiques ses accusations à travers le tabloïd anglais The Sun. Dans cette atmosphère, Lewis peut-elle faire un come-back ? Dans le contexte d’une tentative pour récupérer la garde de son fils qu’elle aurait perdue, elle a déjà une nouvelle approche. En 2016, elle contacte son ancienne amie, Karen Smith, pour lui demander une déclaration écrite confirmant que Polanksi l’a violée à Paris en 1983, ce que Smith accepte. Restant consciente du danger que représente l’entretien de 1999, elle contacte Bernard-Henri Lévy, début 2017, pour lui demander de l’effacer de son site. En vain. La seule solution désormais sera de nier la véracité de cette interview.

La MadonneMeToo aux pieds d’argile

C’est ainsi qu’elle enregistre une vidéo pour la chaîne d’Uziel en 2018, dont une version courte sera postée en décembre et une version longue (avec 158 000 vues), en septembre 2020. Pour la première fois, elle parle de « rape », « viol », et laisse entendre qu’elle avait déjà prononcé le mot en 2010, ce qui est faux. Elle fournit enfin des détails sur l’agression : invitée avec Smith à passer la nuit dans un appartement attenant à celui de Polanski, elle se serait trouvée seule chez le cinéaste à la fin d’une soirée arrosée. Il l’aurait droguée avant de la contraindre par la force physique à avoir des rapports sexuels.

Pourtant, l’ombre de 1999 n’a pas disparu. En janvier 2019, elle échange des e-mails avec White pour le convaincre – toujours en vain – d’admettre que la fameuse interview était mensongère. Cela ne l’empêche pas d’accorder une interview filmée à L’Obs en décembre (795 000 vues) où elle prétend que le journaliste lui aurait avoué que son texte ne correspondait pas à ce qu’elle avait dit. En décembre 2021, Catherine Balle, qui a rencontré Lewis à Londres, révèle dans Le Parisien l’existence de l’attestation de Smith. Seulement, un an plus tard, Le Point apprend à ses lecteurs que Karine Smith est revenue sous serment sur son témoignage de 2016 : elle dit n’avoir confirmé le récit de Lewis que pour l’aider à récupérer son fils. En réalité, elle n’avait jamais entendu parler d’un viol ou d’une quelconque agression par Polanksi.

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La naïveté de nos médias « sérieux », si dévoués à la cause de la vérité, est démontrée par la manière dont ils ont repris en chœur la version selon laquelle Lewis, en 2010, avait déjà parlé de viol.  Pour savoir ce qu’elle avait en tête à cette époque, il suffit de lire l’interview qu’elle a accordée au Mail on Sunday deux jours après l’annonce de Los Angeles. Là elle livre une version complètement différente de l’interaction avec Polanski en 1983. Toujours chez lui, il aurait expliqué qu’il avait besoin de coucher avec elle pour la former en tant qu’actrice. Refusant, elle serait retournée dans l’autre appartement pour discuter avec Smith mais, consciente qu’elle avait besoin d’argent, elle aurait décidé d’aller céder au cinéaste. Une contrainte psychologique et économique, certes, mais pas de contrainte physique, pas de drogue, pas de viol.

Depuis 1999, Lewis nous a donné trois versions très différentes de son histoire, peut-être toutes fausses. Pourquoi, avec le temps, son récit se rapproche-t-il du mode opératoire de l’affaire Geimer ? Opportunisme ? Pourquoi se déplacer à LA et à Paris pour accuser, quand la prescription pour viol n’existe pas au Royaume-Uni ? Peur de confronter son histoire avec les faits ? Aujourd’hui, le travail de scénariste de Stuart White lui permet de s’adonner à sa passion des histoires vraies, comme celle d’Eugène-Jacques Bullard, le premier as de l’aviation afro-américain, ou celle de Marie Reille, une des premières personnes à alerter sur les horreurs d’Auschwitz. L’historien romain Tite-Live nous enjoint à étudier l’histoire afin d’imiter les bons exemples et d’éviter les mauvais. Qui dans cette histoire nous donne le meilleur exemple de fidélité à la vérité ?

Lola, t’en va pas !

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Anouk Aimée au 59e festival de Cannes, le 27 mai 2006. AP Photo/Laurent Emmanuel)

Femme du monde chez Fellini, entraîneuse chez Demy, script-girl chez Lelouch, l’actrice Anouk Aimée à la carrière internationale vient de s’éteindre à l’âge de 92 ans. Elle incarnait la grâce et la beauté renversante des mondes disparus.


La dernière fois que je l’ai vue, elle lisait sur scène des lettres avec Philippe Noiret au Théâtre de la Madeleine. Presque vingt ans déjà, et ce soir-là, ces deux monstres nous surplombaient d’une élégance peu commune. Nous étions émus et impressionnés. Ils existaient donc vraiment, ce n’étaient pas des créatures imaginaires. Les spectateurs avaient l’intime conviction que deux géants les visitaient et, que plus jamais, ils ne reverraient une telle féérie. Deux voix de cinéma, deux appels dans la nuit. Anouk, c’est un mirage des années 1950-1960, le contre-pouvoir fantasmatique aux starlettes carrossées comme des Estafettes, aucune courbe superflue sur sa silhouette d’ascète, aucune outrageante attitude, seulement un érotisme corseté, presque militaire, fortement explosif, d’une sécheresse qui inonda le cœur des solitaires à travers toute la planète.

Dire qu’elle était belle, est un euphémisme. Je la vois sur papier glacé, dans son économie de mots et de gestes, statuaire et ensorcelante. Parce qu’elle était mesurée, sur la retenue, à la limite de l’implosion, parfois même étrangère à la marche du monde et donc totalement inaccessible, nous la vénérions. Les Hommes modernes qui ne croient ni aux dieux, ni au progrès, ont quelques compensations dans leur athéisme, ils avaient Anouk rien que pour eux, dans les salles obscures. Tout peut s’effondrer, la démocratie et les idéaux, Anouk nous reliait à l’essence même du désir et de l’émoi, dans l’arrière-cour de nos sentiments inavoués. Comment s’approcher de l’une des dernières déesses du 7ème art sans l’importuner, sans la trahir, sans la revêtir d’une fausse fourrure, elle qui s’engagea pour la défense des animaux et de la nature ? Peut-être qu’il ne faudrait rien proclamer, ne rien dire, annoncer son décès simplement et se recueillir. Se soumettre encore une fois à sa distance. Ne pas s’aveugler d’extraits et d’exégètes sur les plateaux. Accepter notre tristesse et ne pas en faire commerce. Conserver pieusement son image comme un talisman précieux, la trace d’un monde où une jeune fille née Dreyfus qui avait échappé aux charriots de feu projeta son incandescence courtoise sur les murs d’Hollywood, de Rome ou de Paris.

Cette brune longiligne à l’intonation paresseuse et aristocratique nous plongeait dans la perplexité. Les autres, les girondes, les enflammées, les rocailleuses, les tempétueuses, on peut émettre un avis sur leur carrière, mais elle, avec cette réserve malaisante qui terrassait les durs à cuire, nous manquons de vocabulaire. Elle nous déroute, contredit nos schémas de pensée, dérègle notre masculinité farouche. Nous n’avons pas attendu certaines féministes pour se déconstruire, Anouk avait engagé notre reformatage, voilà soixante-dix ans ! Son jeu à l’os qui prenait le pouvoir sur les lumières et les outrances du spectacle, est toujours aussi actuel. Elle imposait aux réalisateurs son propre rythme, d’abord ce débit lent et ses silences, son décalage naturel s’insinuait dans le moindre interstice, en une réplique, une main se recoiffant, une cigarette à sa bouche, elle désarçonnait la mécanique huilée de ses partenaires. Comment donc la qualifier sans la réduire ? Chez elle, il y a un air de samba brésilienne derrière le masque de fille sage. Pour les cinéphiles, ce sont des pans entiers de la tapisserie qui se détachent aujourd’hui. Anouk en lunettes noires et robe de soirée, nus pieds, qui parle à Marcello par l’entremise d’une fontaine. Anouck était ce palais plein de mystères et cette autoroute de l’Ouest, un dimanche soir pluvieux, quand le train de Deauville est parti sans nous. Jean-Louis conduit sa Mustang, les enfants passent la semaine dans des pensions, on marche sur les planches et on mange des crevettes, on s’envoie des télégrammes et l’amour naît au hasard des rencontres. On a envie de l’entendre une dernière fois, si on appelait Montmartre 15 – 40 !

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La France violentée

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Macron accueille le président chilien, Gabriel Boric Font, à Paris le 17/06/2024. Jacques Witt/SIPA

Depuis la dissolution de l’Assemblée nationale et l’annonce de l’organisation d’élections législatives, nos politiques se sont empressés, non de chercher des solutions aux problèmes actuels – très graves – des Français, mais de bricoler des alliances de fortune, de s’accuser entre eux de trahison et de faire des déclarations aussi grandiloquentes que vides. Tribune.


Au secours, Jeanne ! Au secours, Geneviève qui veillez sur Paris ! Ils sont devenus fous ! A peine la gifle donnée par le peuple, le président dissout l’Assemblée. Quelle violence ! Une semaine pour faire vos listes, moussaillons ! Panique à bord du navire. Sidération. Des Caciques de droite passent à l’ennemi de droite extrême. On crie à la haute trahison. Au nom de quoi ? De l’union des droites. Etonnant, non ? aurait dit Desproges. Revenons sur la folle journée du 12 juin.

Le mur était blanc, le visage, pâle. Difficile de ne pas voir que le capitaine, dos au mur, nous emmenait droit dedans. Le message était clair: le Titanic sombre et nous mourrons ensemble. Mais pas avant que j’aie fait tout imploser à droite. Le discours funèbre est à la hauteur. L’ennemi a été désigné — Charybde et Scylla, la clé du problème trouvée — les écrans pour les très jeunes. Et les médias de dire : le président a montré le cap.

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Après les coups d’éclat des transfuges, les injures ont fusé contre les traîtres munichois. Inspiré, Bellamy a dit : « Les forces du chaos menacent aujourd’hui la France ». Et tous d’invoquer l’ombre du Grand Charles. Alors, comme dans Les Perses d’Eschyle, où la reine Atossa invoque l’ombre de Darius, on a vu les revenants revenir. Wauquiez avec des propos forts : « Quand on sombre, on a au moins le désir de sombrer droit. On peut échouer mais dans la clarté. On le fait avec une colonne vertébrale ». Formidable, non ? Valérie Pécresse dénonce « des putschs à la petite semaine ». Xavier Bertrand, pompon du courage sur le béret, parle de ceux qui n’ont pas le sens de l’honneur ni du courage. De partout, c’est les LR outragés, humiliés, martyrisés. Ailleurs, c’est l’explosion. La gauche hurle à la mort. Et tous, après la déflagration, de reprendre leur marche dans un ordre convulsif.

Sans moi, le chaos, après moi, le déluge…

« Plus près de toi, mon Dieu ! Plus près de toi » chantait-on sur le Titanic avant qu’il sombre. En in et en off, on se lâche dans les médias. On se demande si ce que fait Macron est un coup de Trafalgar, de Jarnac ou un suicide en ligne. On murmure au château et à la Cour, dans les salons et à la ville que moins il parle, mieux c’est. Ou qu’on préférerait qu’il ne parle pas voire qu’il démissionne. « Moi, démissionner ! » a dit l’intéressé. Un capitaine sombre avec le bateau. Il vient de relire Machiavel et Shakespeare. Je veux amener le jeune Canterbury dans la chausse-trappe du pouvoir. Quelle « poloche », dit l’autre ! Et dire que  ce « formidable bordel », pour reprendre Ionesco, c’est la faute au peuple, aux médias, aux écrans !

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Et la France dans tout ça ? Monsieur le président, Messieurs les élus, on en a assez ! Assez de vos discours d’estrade, de vos egos froissés, humiliés, martyrisés. De vos ambitions, vos coups tordus, vos cris d’orfraie. Des propos assassins et des baisers de la mort. De vos invocations au Grand Charles. De vos vaticinations performatives : sans moi, le chaos, après moi, le déluge. La France, déchirée de part en part, est à bout. Le niveau scolaire est effondré, la dette abyssale, l’immigration incontrôlable, certains n’ont pas de quoi vivre « dignement », puisque vous aimez tant le mot dignité. Arrêtez votre jeu de massacre ! Arrêtez les petits meurtres entre amis ! C’est pas Versailles, ici ! Ici, la violence quotidienne règne, les Français sont dressés les uns contre les autres, les couteaux sont sortis. Ne le voyez-vous pas ? C’est le désordre partout ! La France n’a plus aucune unité. Il n’y a plus personne pour apprendre à lire aux écoliers. Et, pendant ce temps, on scalpe et pleurniche sur les ondes et dans les médias. On fait des « alliances contre nature ». Les clowns d’hier remontent sur les estrades. Les Français en ont assez ! Jugez plutôt : A Bouc-Bel-Air, charmant petit village provençal, des mariages prévus pour la fin du mois ont été annulés pour cause de réquisition des salles de mairie. Pourquoi, je vous prie ? A cause des élections anticipées ! « Quelle indignité ! »

La guerre au français

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La friandise art contemporain du jour

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"Cowboy", 2015, de Thomas Teurtai. Galerie Loevenbruck (c) Éric Simon

Nicole Esterolle déniche des pépites de l’art contemporain. De quoi faire trembler les maîtres anciens… Aujourd’hui, le « Cowboy » de Thomas Teurlai.


C’est quoi ce terrifiant bidule ?

C’est une œuvre de très belle facture dont j’ai découvert l’existence dans le dossier de presse d’une exposition de l’artiste Thomas Teurlai au SHED, Centre d’Art Contemporain de Normandie (haut-lieu du posturo-bidulo-conceptualisme-artistique hexagonal). 

On pense de prime abord qu’il s’agit d’un ustensile ménager du genre aspirateur – ou un balai, puisqu’on aperçoit comme des balayures de plancher à l’extrémité du bras métallique. Mais cette œuvre reste ouverte à toutes les supputations possibles.

S’agit-il d’un éplucheur de topinambours ou du fameux canon à patates de Boris Vian ? D’une pompe pour Shadocks ? D’une machine à se branler la glande pinéale ? D’une mitrailleuse à ketchup comme aimeraient en posséder Vladimir Poutine et Jean-Luc Mélenchon ? S’agit-il du robot-tueur de punaises de lit de Mathilde Panot ? Ou bien s’agit-il seulement d’un machin quelconque, totalement crétin et décérébré, sans aucune mauvaise pensée et dépourvu de toute idéologie nauséabonde ?

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Je penchais pour la dernière hypothèse du truc résolument insignifiant, malgré son aspect menaçant, jusqu’à ce que j’apprenne, dans un article d’Élisabeth Franck-Dumas dans Libération (20/09/2015), que l’œuvre est  intitulée « Cowboy », qu’elle a été exposée à la financial- galerie internationale Loevenbruck et qu’elle est « une sorte d’usine à gaz, ou plutôt à fumée, elle aussi très low-tech, où un monticule de tabac, un coulissant de métal et une bouteille en plastique s’activent pour reproduire l’inhalation/exhalaison du fumeur. On ne sait si la machine prend aussi en charge le plaisir ».

Mon Dieu, mon Dieu ! Ainsi donc cet engin n’aurait d’autre but que de produire des bouffées de fumée nicotinée ! J’en suis tout obturé des bronchioles.

« Pour sortir d’une servitude née du culte de la croissance »

Et, pour prolonger ma suffocation, je découvre ce texte publié dans la revue de l’Association française des commissaires d’exposition, signé par la critique et vice-présidente de ladite association, Marianne Derrien (15/05/2022). Sa prose nous révèle la dimension puissamment métaphorique de cet objet à pistons et la pertinence de son message anticapitaliste : « Dans un monde divisé entre le capital et le travail, il faut appuyer là où cela fait mal pour sortir d’une servitude née du productivisme et du culte de la croissance. Depuis la machine à vapeur, l’humain, devenu outil, est un chaînon parmi les autres. La théoricienne et militante féministe marxiste Silvia Federici [vous connaissez ?] estime, quant à elle, que la première machine « développée par le capitalisme » fut « le corps humain, et non la machine à vapeur ni même l’horloge ». Celui-ci, converti en force de travail, impliquerait la mort du corps magique. Si le taylorisme a vu naître l’automatisation des corps – et donc des désirs, Thomas Teurlai pousse le curseur bien plus loin : non pas dans l’absurde mais dans une clairvoyance qui retourne le concept de l’homme-machine afin d’en extraire ce « corps paysan, préindustriel, magique » » …  Mais oui ! Mais c’est bien sûr ! Comment n’y avais-je pas pensé ?  

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Et Marianne de nous envoyer cette autre bouffée nicotinisée d’anticapitalisme délirant : « Aux confins de visions anthropomorphiques, ces machines temporelles, par leurs interventions, tissent une multitude de récits qui se stratifient. En elles s’établissent des circuits qui permettent de tester des situations psycho-cinétiques, souvent enivrantes, qui s’adonnent à des épilepsies mécaniques et lumineuses dont le magnétisme machinique, tant joyeux que sombre, s’allie aux ondes et aux fréquences, aux énergies conductrices et aux rythmes organiques ». Agreuh ! Agreuh ! Passez-moi ma Ventoline !​

Et c’est ainsi que par le truchement d’une machine à pomper du rien, l’« art anticapitaliste » devient l’idiot utile du grand capital.

L’exposition de Thomas Teurlai, « Une autre fin du monde est possible », est à voir, ou pas, au SHED, jusqu’au 14 juillet.

SHED – site Gresland, 12 rue de l’abbaye, Notre-Dame de Bondeville

le-shed.com

L'art n'a jamais été aussi contemporain qu'aujourd'hui

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L'imposture de l'art contemporain: Une utopie financière

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Un monument historique nommé Polanski

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Roman Polanski sur le tournage du Pianiste, 2001 © D.R.

Son regard sur le monde est implacable et son sourire toujours ironique. Roman Polanski manie la cruauté et l’innocence, le drame et le grotesque dans les moindres détails et avec justesse. Son œuvre est universelle parce qu’elle est portée par le sens du tragique : le réalisateur mondialement célébré est resté gamin de Cracovie.


« On fait un film parce qu’on aime rêver et on aime partager ses rêves avec les autres. Et si on fait un beau rêve, les détails du rêve doivent être intéressants, excitants et authentiques. C’est ce qu’on essaye de faire ».

Rien à voir avec quelque feelgood propos, dans ces paroles de Roman Polanski.

Il nous parle de la joie créatrice, cette impérissable énergie.

Il nous dit le lieu ombreux où l’art prend sa source ; et comment un film, tel un javelot ailé, s’élance vers nous et nous perce – ouvre nos âmes et nos cœurs. Et souvent, dans le plaisir et le trouble que nous en éprouvons, c’est vertigineux. Car c’est sur nous-mêmes qu’alors le rideau s’ouvre. Projeté sur l’écran, le film, ce rêve partagé, est un miroir magique de nos destins humains, pareil à celui des ironiques sorcières de Macbeth. Qui voient clair, très clair, et qui ne mentent pas.

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Il nous parle de l’imaginaire, et de la vérité, de leur indéfectible lien – il a lu Shakespeare, un alter ego comme le sont aussi le facétieux Cervantès, ou Mozart qu’incarna Polanski. Tous ces « généreux et riches de l’esprit », pareils à ces « fontaines publiques »« l’époque jette ce qu’elle a de “plus actuel”, ses oiseaux sales leur ordure, les gamins leurs colifichets, les voyageurs épuisés […] leurs petites et grandes misères », et qui « redeviennent limpides » car elles sont si « profondes » (Nietzsche). Les grands artistes, nos fontaines publiques. Des hommes de chair et d’esprit, traversés par le bruit et la fureur du monde, mais miraculeusement capables, tant sont vastes leur intelligence et leur cœur, de cette « innocence qu’engendre constamment la créativité » selon le mot de W. Benjamin. Capables, par l’imaginaire, puissance vitale intacte de l’enfance et chemin premier vers la réalité, d’un regard neuf et libre sur l’humain dans tous ses états, en ses étranges et plus secrets replis, lumineux ou turpides. C’est cela, une œuvre. Le cinéma de Roman Polanski – également acteur infiniment plastique, et metteur en scène de théâtre et d’opéra – en est une, et de premier plan. Et nous étant adressée, elle excède son auteur, passeur absolument singulier d’une expérience universelle.

Il nous parle du travail passionné du réalisateur, pareil à l’enfant qui joue car tout entier à l’univers qu’il fait surgir.

« dresser un portrait de l’humanité avec tous ses particularismes »

Depuis ses courts-métrages polonais – Deux hommes et une armoire, Le Gros et le Maigre, Les Mammifères, et quelques autres petits bijoux – jusqu’à son film le plus récent, The Palace, farce macabre enragée dans la plus pure veine bouffonne du réalisateur, Roman Polanski n’a cessé de promener sur le monde tel qu’il (ne) va (pas) une manière d’avatar de cette « lampe bizarre » qui intriguait ses yeux d’enfant, et dont ses parents lui disaient qu’elle était « un détecteur de mensonges ». Il raconte ça à son ami Ryszard Horowitz dans Promenade à Cracovie, le documentaire délicat d’Anna Kokoszka-Romer et Mateusz Kudla sur son enfance et sa jeunesse à Cracovie. Et c’est comme si, à son insu, il nous parlait des enjeux les plus vifs d’un cinéma qui ne se lasse jamais de cette tâche – de ce jeu – ainsi décrits par Philip Roth : « dresser un portrait de l’humanité avec tous ses particularismes ».

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Ouvertement dans Cul-de-sac, Le Bal des vampires, Pirates ou Le Locataire, affleurant dans tous ses films, y compris les plus tragiques à travers tel détail, telle scène, telle situation absurde, poussé dans à son paroxysme dans The Palace, le grotesque, qui mêle le risible à l’effroi, est une arme subversive qui dénude le vrai. Rois détrônés, sages bouffons. Ce n’est pas sans motif que Polanski a réalisé un époustouflant Macbeth, qu’un fil invisible relie à The Palace. Macbeth qui, le désastre une fois consommé, pleurant Lady Macbeth, prononce, lui qui a vu l’horreur, y a plongé ses mains, la plus inoubliable, la plus profonde des méditations de Shakespeare. Elle s’achève sur ces vers connus de tous : « Life’s but a walking shadow, […] / It is a tale / Told by an idiot, full of sound and fury, / Signifying nothing. »

Tout est vanité – excepté la limpidité d’un regard dessillé. Néant, que transfigure la musicalité shakespearienne.

Habité par l’inaltérable, la vivace passion d’un homme, l’art est plus fort que tout.

The Palace ? Une vanité ciselée, dans la grande tradition de ce genre en peinture : memento mori. Alors tes valises de billets, ton pouvoir, la beauté passagère de jeunes années vénales destinées aux masques monstrueux dont accouchent à prix d’or les bistouris « esthétiques », tout cela : promis au rien pourrissant. Cruelle, la farce de Polanski ; mais sans l’ombre d’un ressentiment, car chevillée à la conviction, envers et contre tout, d’une immarcescible innocence, qu’affirme un final loufoque aux allures incorrigiblement potaches, où dans les débris de la sinistre fête, le sexe est enfin gratuitement joyeux.

Entre-tissées au grotesque, à l’increvable humour qui refuse de céder au malheur, la tragédie nue, intime ou (et) historique, l’injustice du destin, les pépites de simple bonté, et parfois la chance donnée aux êtres de recouvrer une humanité souillée en eux. C’est la marque de Polanski. Et toujours, de film en film, parmi lesquels tant de chefs-d’œuvre – Répulsion, Chinatown, Tess, ou Le Pianiste, pour n’en citer que quelques-uns –, mêlant à la noirceur une indomptable fantaisie traversée d’éclairs de tendresse pure, le chant de l’art.

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« En matière d’art, c’est évident, ça chante là où deux extrêmes inconciliables se touchent. Encore faut-il être dans une œuvre qui les découvre et les dénude, ces deux termes inconciliables et pourtant si proches. Il faut savoir ne pas les perdre ». Tout l’art de Polanski, résumé dans ces mots de Pierre Guyotat.

Enfermé, seul au milieu de la dévastation, réduit au silence, Wladyslaw Szpilman, dans Le Pianiste, joue, les doigts à quelques centimètres du clavier ; et, prodige de l’art de Polanski, nous entendons la musique. Aucune adversité ne saurait la faire taire.

Habité par l’inaltérable, la vivace passion d’un homme, l’art est plus fort que tout. C’est très exactement cela qu’insuffle à qui veut bien en accepter l’augure le cinéma de Roman Polanski.

Qui a peur de Roman Polanski ?

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Universités : l’explosion antijuive

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Sciences-Po Paris occupée en soutien à la Palestine, 26 avril 2024. © HOUPLINE RENARD/SIPA

Sciences Po, Sorbonne, Nanterre, Lyon-2, Toulouse, Strasbourg… Les universités françaises sont devenues des lieux hostiles, voire carrément dangereux pour les étudiants juifs. L’antisémitisme d’atmosphère s’est mué en soutien au Hamas et les références au nazisme se sont banalisées, dans l’indifférence complice de l’administration.


« Le 7 octobre a littéralement galvanisé les pulsions de haine antisémites à Sciences Po. Ça a explosé quelques jours après le 7 octobre, quand un hommage à Omri Ram, un étudiant assassiné par les terroristes islamistes, a été vandalisé par des étudiants propalestiniens. Toutes les affiches à sa mémoire qui avaient été accrochées à la péniche (hall d’entrée de Sciences Po) ont été arrachées ou recouvertes par des tracts propalestiniens. C’était très choquant mais l’administration n’a pas réagi ». Cet étudiant, comme tous ceux qui nous parlent, préfère rester anonyme. Les témoignages sur Sciences Po postés par l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) interpellent par leur violence : un étudiant s’est entendu dire que « tous les Israéliens qui sont morts méritaient de mourir ». Rappelons que les habitants des kibboutz massacrés étaient des civils. Sur une boucle d’activistes propalestiniens de l’école, un étudiant a naïvement posté : « Je suis presque sûr qu’aucun d’entre nous n’a justifié des pogroms violents contre le peuple juif ». Réponse cinglante : « Tu nous connais mal ». 

Autre témoignage d’une étudiante juive, interpellée par un militant propalestinien : « Elles sont mignonnes tes chaussures vintage, elles font penser au temps où on t’aurait enlevé ces chaussures ». Visiblement une partie des étudiants de Sciences-Po, militants LFI et propalestiniens (ou plutôt pro-Palestine-de-la-mer-au-Jourdain), ne pèchent pas par ignorance… Ils savent très bien ce qu’a produit dans l’histoire la haine des juifs et ils en acceptent parfaitement les conséquences – par exemple, ceux qui écrivent sur les réseaux qu’Hitler aurait dû finir le boulot. Sciences Po Paris est loin d’avoir le monopole en la matière. Dans le monde universitaire, le 7 octobre a été le révélateur d’un antisémitisme à peine latent au sujet duquel les étudiants juifs tirent la sonnette d’alarme depuis quelques années, sans jamais être entendus.

Les tags « Mort à Israël, mort aux juifs » fleurissent sur les murs

À l’université de Strasbourg, les tags antisionistes sur les piliers en béton des bâtiments doivent être effacés tous les jours. L’antisémitisme d’atmosphère se traduit aussi par des agressions physiques, un climat délétère, l’impossibilité d’aborder le conflit Gaza/Israël autrement que par l’invective et la mise en accusation. Des étudiants juifs sont accusés de génocide. Quiconque rappelle le pogrom du 7 octobre peut devenir une cible. Sur le campus de Strasbourg, des membres du Collectif du 7 octobre ont ainsi été frappés parce qu’ils collaient des affiches pour la libération des otages. Leurs agresseurs avaient épousé tous les codes des terroristes : attaque en meute, visage masqué. On a observé les mêmes codes devant Sciences Po où, pour certains, se grimer en terroriste palestinien est le sommet du snobisme et la pointe de la mode.

À Nanterre, on ne prend plus la peine d’habiller l’antisémitisme d’un voile antisioniste. Les tags « Mort à Israël, mort aux juifs » fleurissent sur les murs, et les croix gammées deviennent récurrentes sur les tables de la faculté. « Le signe n’est même plus un marqueur d’extrême droite, certains l’utilisent pour désigner Israël », raconte une étudiante qui ne souhaite pas être identifiée.

A lire aussi : Défendre Israël, est-ce le devoir de l’ « homme blanc »?

À l’université Lyon-2, il a fallu la mobilisation de la préfecture et d’élus de droite pour faire annuler une réunion organisée par Solidaires étudiant-es et le Collectif 69 Palestine, intitulée « Colonisation et apartheid israélien, quel avenir pour les Palestiniens ? », dont l’invitée vedette devait être Maryam Abou Daqqa, représentante du FPLP, reconnu comme organisation terroriste par l’Union européenne, les États-Unis… Cela a chiffonné beaucoup de monde, mais pas la direction de l’université. Finalement, les craintes pour la sécurité des étudiants juifs ont motivé la décision d’interdiction.

Continuons ce triste tour de France : à l’université de Toulouse, un étudiant a été suspendu pour avoir diffusé des propos antisémites sur Instagram. Il a cependant fallu que son dossier passe à deux reprises en commission. En décembre 2023, dans La Dépêche, Léo Bilfeld, le président de l’UEJF Toulouse, racontait que les lycéens toulousains de confession juive évitaient systématiquement l’université Jean-Jaurès, tant l’antisémitisme y était décomplexé grâce à l’action notamment du collectif Palestine vaincra.

À la Sorbonne – qui pour une fois n’est pas à la pointe d’un mouvement étudiant – les tensions sont très fortes. Des étudiants ont expliqué à des camarades juifs que le 7 octobre était mérité. Le pire, c’est que si tous les témoins exigent l’anonymat, ce n’est pas seulement parce qu’ils craignent la violence ou le rejet de leurs condisciples. Ils redoutent aussi les représailles de l’administration censée les protéger ! Et on peut difficilement leur donner tort tant l’attitude du corps administratif et professoral des universités et grandes écoles est ambiguë.

91 % des étudiants juifs déclarent avoir été victimes d’un acte antisémite

Le 10 avril 2024, Guillaume Gellé, président de France universités et Isabelle de Mecquenem, professeur de philosophie et membre du Conseil des sages de la laïcité, étaient auditionnés par la mission du Sénat sur l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur. Leurs propos ont oscillé entre le déni, l’arrogance et le refus d’admettre la moindre responsabilité de l’institution et la médiocrité des réponses apportées par l’institution. Quand on visionne les auditions des présidentes d’Harvard et de Columbia devant le Congrès à Washington, on se dit qu’en matière de banalisation de l’antisémitisme dans les facs, la France n’a rien à envier à l’Amérique.

On ne s’en étonne plus, la violence de l’antisémitisme arabo-musulman et son caractère totalement décomplexé sont l’objet d’une sourcilleuse omerta. Dans sa présentation liminaire, Isabelle de Mecquenem, qui revient sur l’histoire de l’antisémitisme, paraît occulter tout à fait cette dimension. On sait parfaitement, pourtant, depuis les années 2000, que les sentiments antijuifs sont plus répandus chez nos compatriotes musulmans que dans l’ensemble de la population. Quant aux actes antisémites, en particulier à l’université, ils sont plus souvent commis par des étudiants d’origine arabo-musulmane et/ou d’extrême gauche que par des « fachos ». Lors des déplacements de Rima Hassan et Jean-Luc Mélenchon, qui multiplient les meetings politiques dans les facs, plusieurs étudiants juifs disent se sentir encore plus en danger qu’à l’habitude. Les dirigeants d’université, eux, ne font pas le lien. Imaginons qu’après le 7 octobre, une association d’extrême droite ait appelé à la haine des musulmans. Les présidents d’université auraient-ils hésité à réclamer sa dissolution et à l’interdire de réunion ?

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Nos éminences universitaires semblent ignorer que, selon les sondages, 91 % des étudiants juifs déclarent avoir été victimes d’un acte antisémite, 67 % des actes dénoncés ayant eu lieu à l’université. Résultat : 36 % cachent le fait qu’ils sont juifs. Il suffit de les écouter pour comprendre pourquoi l’UEJF comme le MEJF (Mouvement des étudiants juifs français) peinent à faire entendre la voix des étudiants juifs. À HEC, les anciens élèves ont échoué à faire sanctionner un professeur qui avait qualifié le 7 octobre de « soulèvement des colonisés » et dénoncent le silence de la direction. De fait, on ne sache pas que des professeurs coupables de propos déplorables aient été sanctionnés. Ce silence traduit le même conflit d’intérêts que celui qui paralyse la direction de Sciences Po : l’argent y éteint toute considération morale. L’accueil d’étudiants étrangers qui payent très cher leurs études est une manne, mieux vaut donc ne pas froisser les candidats. Partenaire d’HEC, le Qatar, également banquier des Frères musulmans et du Hamas, finance une partie des activités. Des universités en difficulté ou avides de financement et de prestige international sont des proies faciles pour des États étrangers décidés à diffuser leur vision du monde.

Face au procès en lâcheté qui leur est intenté, 70 présidents d’université ont finalement signé une tribune. Ce plaidoyer pro domo dénué de toute empathie à l’égard des étudiants juifs ne présage aucune prise de conscience. L’antisémitisme n’est pas près de disparaître des campus.

Science-Po Menton : un campus « jews free » : Sciences Po Menton est le cas d’école de l’antisémitisme décomplexé. Le 8 octobre, l’association Sciences Palestine de Menton a posté ce message : « Hier, des résistants palestiniens ont lancé une attaque contre Israël ». Les membres de l’association ont été convoqués par la direction, mais aucune sanction n’a été prise. Les pressions ont donc continué. Or, sur ce campus, rattaché à celui de Paris, 60 % des étudiants viennent de l’étranger, principalement du monde arabe. D’après des représentants syndicaux étudiants, il a fallu rapatrier les étudiants juifs rue Saint-Guillaume, car l’école ne pouvait plus assurer leur protection. En loucedé bien sûr. Sciences Po Menton a réalisé le rêve des militants propalestiniens : une école « jews free ».

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Allemagne : entre l’extrême gauche et l’extrême droite, il n’y a qu’un pas !

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Sahra Wagenknecht, fondatrice du parti de gauche radicale BSW, à Berlin, le 10 juin 2024. © Stefan Boness/Ipon/SIPA

En Allemagne, un parti d’extrême gauche a raflé des voix… à l’extrême droite. Comment? En s’opposant à l’immigration.


Les 10ᵉ élections européennes de 2024 se sont clôturées dimanche 9 juin, et ont provoqué quelques bouleversements. La France, bien évidemment, est dans l’œil du cyclone, la percée du camp national provoquant une redistribution des cartes dans l’échiquier politique national. Au niveau européen, la droite semble se renforcer. En effet, l’étau se resserre autour des forces centristes de Renew Europe (RE, provisoirement 80 sièges), asphyxiées entre les 190 sièges de la droite conservatrice (PPE) et les 136 sociaux-démocrates (SD). Dans la plupart des pays européens, la droite conforte donc sa majorité au Parlement strasbourgeois, et ce, pour les 5 prochaines années.

En Allemagne, cette avancée de la droite aux européennes fut prévisible tout comme la chute de la coalition « en feux tricolores » menée par Olaf Scholz. Et un parti d’extrême gauche a même su tirer son épingle du jeu. « C’est un résultat fantastique », jubile sur la chaîne de télévision allemande ZDF, le 9 juin, Sahra Wagenknecht, fondatrice charismatique du jeune parti d’extrême gauche en question, BSW/Pour la raison et la justice.

Une extrême gauche… d’extrême droite?

C’est une situation presque inespérée pour le parti de l’Alliance Sahra Wagenknecht, qui a enregistré 6% des voix, traduisant ainsi sa présence au Parlement européen jusqu’en 2029. « Nous savons maintenant à quel point il était juste et nécessaire pour nous de fonder ce projet », continue la députée. Car bien que l’heure soit, semblerait-il, aux réjouissances, Sahra Wagenknecht était encore une députée sous la bannière de Die Linke, la gauche de la gauche allemande, il y a moins d’un an. C’est en décembre qu’elle décide de quitter son parti avec 9 députés pour créer l’Alliance Sahra Wagenknecht (BSW/Pour la raison et la justice) après des années de tension et de lutte interne. Un pari considéré encore risqué en début d’année, mais qui a clairement payé, car Die Linke a vu son parti couler en dessous de 3% aux élections européennes. On peut imaginer un simple report des voix des électeurs de Die Linke vers BSW. Ce n’est pas si sûr… Le média britannique Unherd a cherché à comprendre le succès de la nouvelle formation.

Position très dure envers l’immigration, opposition à la livraison d’armes en Ukraine, vive contestation du gouvernement Scholz… Avant les élections européennes, les experts ont découvert que le vote pour BSW pourrait séduire certains électeurs de l’AfD dans la mesure où il se présente comme une véritable alternative, pouvant attirer ceux qui traduisent leur « désespoir » en votant l’AfD. Il s’agit donc ici d’un report de voix qui semble dépasser le clivage traditionnel gauche-droite. Avant la création du BSW, l’AfD était à 22% dans les sondages. Aujourd’hui, il est à 16%. Conclusion: une grande partie des 6% du BSW proviennent de la droite. Le parti de Wagenknecht, après quelques mois d’existence, a déjà nommé son premier maire à Bleicherode le 26 mai, dans l’état de Thuringe, réputé être un des bastions de l’AfD. Avec l’attention médiatique et ses critiques envers son ex-parti, Wagenknecht est désormais devenue particulièrement populaire en Allemagne, et cette popularité rivalise avec celle des dirigeants de l’AfD.

A lire aussi : Le Front populaire sans le peuple

Pour autant, BSW a montré clairement son opposition à l’AfD, clarifiant ainsi sa trajectoire politique. L’AfD, selon Fabio de Masi, ténor du parti d’extrême gauche, est « un parti qui attise les rancœurs. Un parti qui veut réduire les salaires et les pensions. Et un parti qui prône une militarisation accrue de l’Allemagne », dit-il dans une déclaration relayée par Euronews, en ajoutant : « Ce n’est pas la voie à suivre ».

Quoi qu’il en soit, BSW semble être un parti hybride mêlant des valeurs sociales conservatrices et une approche socialiste de l’économie. Bien qu’il s’agisse d’une première en Allemagne, le phénomène n’est pas nouveau sur le vieux continent. Aux Pays-Bas, par exemple, le Parti socialiste (PS) s’est montré plus dur ces derniers mois en matière d’immigration, en appelant à limiter le nombre de travailleurs étrangers. En Grèce, le Parti communiste (KKE) s’est opposé au mariage civil des couples de même sexe en début d’année. À l’heure où la droite s’affermit et la droite nationale progresse, la tendance « extrême gauche nationale » pourrait-elle inverser la vapeur ?

Le Front populaire sans le peuple

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L'effigie de Léon Blum portée par un manifestant lors du rassemblement contre l'extrême droite, à Paris, le 15 juin 2024. © SEVGI/SIPA

Le Nouveau Front populaire est beaucoup plus représentatif des classes moyennes que des classes ouvrières. C’est en réalité un Front élitiste et idéologique, sans le peuple, contre le peuple, et aux antipodes de celui de 1936.


La gauche française est pleine de fantômes socialistes dans ses tiroirs. A chaque élection déterminante et cruciale, elle agite les spectres du passé socialiste et prétend incarner la voix du peuple qu’elle a enterrée et trahie définitivement pour se ranger sans complexe derrière la bannière du progrès libéral.

Lors de chaque échéance électorale, elle invite subitement le peuple à sa table. Elle en fait son étendard ; elle s’en fait l’unique porte-parole ; elle est la cause du peuple. Elle se fait le rempart contre tous les extrêmes, réels comme le fascisme d’antan, imaginaires comme l’union des droites aujourd’hui, et surtout contre toute tentative de critique du libéralisme culturel.

Depuis la dissolution de l’Assemblée nationale décidée par le président Macron, la gauche a encore réalisé la prouesse de se rassembler sous les arcanes de l’Histoire en appelant sa nouvelle union le Front Populaire. Mais à la différence de 1936 où cette union politique résultait d’un mouvement ouvrier et populaire réel, un mouvement qui prenait sa source dans les luttes de la France d’en bas, aujourd’hui l’union n’a de populaire que le nom. C’est une fumisterie politique et sociologique. Un véritable oxymore. Aux européennes, le bloc de gauche n’a rassemblé que 20% de l’électorat ouvrier contre 52% pour le seul Rassemblement National ; bis repetita chez les employés : 26% pour la gauche et 41% pour le RN.

Faussaires

Mais cette situation ne doit rien au hasard. Elle est la suite logique des sempiternelles trahisons de la gauche. Une gauche qui a abandonné toute vocation populaire des mouvements socialistes d’antan et toute critique du capitalisme comme « fait social total » (Mauss). Ses seules antiennes : amour du progrès illimité ; défense des minorités en tout genre ; promotion du libéralisme culturel intégral… Elle a renié l’héritage de la SFIO – Section française de l’Internationale Ouvrière – de 1936 pour se vendre à toutes les compromissions wokistes, féministes, immigrationnistes, et syndicalistes d’aujourd’hui. Exit les ouvriers qui travaillent dans les usines ; exit la France rurale et périphérique ; exit la France majoritaire et populaire ! Place au LGBT+ ; à la cause palestinienne ; à la lutte contre un patriarcat imaginaire. Place au Front populaire d’en haut !

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 Avec plus de 45% de votes chez les cadres, le Nouveau Front Populaire rassemble « tous les porteurs de sandales et buveurs de jus de fruits » (Orwell), toute la bonne conscience morale de gauche des classes moyennes supérieures. L’électorat de gauche n’a plus rien de populaire. Il est progressiste, urbain, petit-bourgeois, libéral, mondialisé… bref métropolisé. En 1936, le métallo de Billancourt, sublimé par Jean Gabin dans le film La Belle Equipe, était la figure de proue du mouvement social et populaire. En 2024, la belle équipe a changé de bleu de travail. Il s’agit du jeune Nahel, de l’actrice transgenre Karla Sofia Gascon, primée à Cannes, de l’influenceur Squeezie, et des Palestiniens de la bande de Gaza.

En réalité, le nouveau Front « populaire » tout comme son allié objectif, l’Union autour du RN, rejouent la bataille originelle du libéralisme : libéraux de droite contre libéraux de gauche ; libéralisme économique et libéralisme culturel ; l’envers et l’endroit de la même médaille qui avait trouvé sa synthèse dans le « en même temps » schizophrénique du Président Macron. Hélas, sans l’avènement d’une grande politique, d’une politique authentiquement populaire, le libéralisme semble avoir encore de « beaux jours » devant lui. Presque 50 ans après Margaret Thatcher : « There is no alternative »?

Fin de régime sur le canal du Nivernais

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« La Petite vadrouille » de Bruno Podalydès. © Anne-Francois Brillot

Quand l’absurdité du monde extérieur vous fauche, que le progrès semble un horizon flou, il est temps d’embarquer dans La Petite vadrouille, dernier film de Bruno Podalydès entre Nièvre et Yonne…


Un jour, tout s’est détraqué. Les maires des « petites villes » ont commencé à parler comme des technocrates. Á la veillée, possédés par l’idée de croissance, ils montraient des graphiques à leurs administrés, vantant l’attractivité économique de leur territoire. Ils projetaient leur incurie sous le masque fat de la raison. Dans les syndicats d’initiative, on traduisait des plaquettes pour attirer le batave en goguette. Les champs étaient dronés, les Intercités chargeaient les vélos à plusieurs milliers d’euros des citadins en quête d’authenticité, les sons et lumières de la saison estivale avaient remplacé la fermeture de l’hôpital de proximité et l’on cachait ces EHPAD où nos vieux allaient mourir dans cet exil intérieur. En ville, l’insécurité et l’immobilier vampirisaient les conversations des primo-accédants. On ne croyait pas plus à l’intégration européenne qu’à une victoire française à Roland-Garros. Tout avait le goût frelaté des sociétés en déshérence, d’une fin de siècle triste et inconséquente. Aux élections, il y avait plus d’assesseurs que de votants. Dans les chambres, affolés par l’électorat réfractaire, on se préparait à une tambouille peu ragoûtante. Pendant ce temps-là, exfiltré des débats publics, hors coterie, lassé par tant d’années d’imprévision, saoulé par les VRP des lendemains qui chantent, le citoyen apprenait à se dépatouiller avec ce quotidien grippé. Il a appris les vertus du désenchantement et s’est construit un système parallèle, fait de bouts de ficelle, la poétique de la mouise, et de joies simples. L’intelligence française se nourrit de ces évasions-là. Point de sarcasme, ni de colère refroidie, point de croyance en d’hypothétiques sauveurs de l’Humanité, juste le pas de côté salvateur. Le désengagement sans cymbales, ni trompettes comme moyen de survie. La débrouille des bras cassés, c’est ce qui attend tous les français.

Pour visionner la bande-annonce du film La Petite vadrouille :


A lire aussi: Il y a quarante ans à la télé…

Pour se préparer à cette dissidence-là, La Petite vadrouille film de Bruno Podalydès sorti en juin, promenade comico-héroïque sur le canal du Nivernais, par son obsolescence programmée et sa fantaisie potache, raconte (sans volonté d’instruire) notre lente dérive. Les branques, les inadaptés, les « survivalistes » du 15 du mois, c’est nous tous, collectivement. Les recalés qui vivotent ont toujours quelque chose à nous dire sur le destin fracassé des démocraties. Nos écrans sont encombrés par les gagnants à gueule de croque-mort. Place aux amateurs, prime aux déclassés. Les professionnels des affaires, de l’administration et du suffrage universel sont disqualifiés depuis si longtemps. Podalydès n’est pas un de ces flibustiers du cinéma social qui dénoncent et militent, il choisit un chemin de halage plus fantaisiste et bringuebalant que la violence esthétisée, il trace une voie de délestage pour tous les invisibles. Sur sa pénichette baroque et craintive, on court après un billet, on tente de se refaire la cerise, de combler une dette, de sauver son boulot, alors on embarque avec d’autres clampins de son espèce. C’est naïf et tendre dans l’approche, donc révolutionnaire dans la vague. D’écluse en écluse, d’entraides en foirades, de toasts à la rillette en « blanc qui pique », la vie fluviale balaye les aigreurs du moment. On rencontre des jeunes idéalistes qui choisissent la fuite à la voile, Daniel Auteuil a quitté l’accent de Pagnol pour retrouver son œil de noceur, Sandrine Kiberlain en bourgeoise ou en employé de bureau a l’érotisme chaste des grandes dames. Chaque rôle a de la tenue. Denis Podalydès est un harpagon à casquette en proie à la jalousie et Florence Müller est virtuose dans tous les registres, de l’attardée à la vamp. Cette Petite vadrouille est mieux qu’un acte de foi. Dans cette fin de régime où tout semble partir a-dreuz, filer entre nos doigts, où nos rêves et nos défaites sont arrivés à quai, à la vitesse de l’escargot, le canal du Nivernais est une échappatoire. Il vaut l’ouverture des JO et l’Euro de football. Long de 174 km « reliant le bassin de la Seine à celui de la Loire », de Decize à Auxerre, ouvert seulement à la navigation d’avril à octobre, le 2ème canal de France en termes de fréquentation a de beaux restes. Il nous permet d’envisager l’avenir avec moins de certitudes et plus de légèreté. Il fut construit pour chauffer les logements des Parisiens, il transportait alors le bois « flottant » du Morvan, aujourd’hui il réchauffe le cœur des apatrides.

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Droite populiste : comment concilier souverainisme et assainissement des finances publiques ?

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Georgia Meloni et Ursula von der Leyen au sommet G7 à Borgo Egnazia, Puglia, Bari, Italie le 13 juin 2024. Aleksy Witwicki/Sipa USA/SIPA

La droite radicale, qu’elle soit française, italienne ou autre, a réussi à s’imposer lors des européennes mais se trouve maintenant face à un dilemme. D’un côté, elle doit réaffirmer l’identité nationale et renforcer les frontières de l’UE face à l’immigration. De l’autre, elle a promis d’améliorer le sort économique des citoyens qui ont voté pour elle sans pour autant aggraver les finances publiques. L’analyse d’Edoardo Secchi.


La nouvelle de la victoire aux européennes du Rassemblement National a été très bien accueillie par la droite italienne qui y voit une opportunité pour s’imposer sur la scène européenne à travers une grande coalition franco-italienne de droite. Pour Giorgia Meloni, cette perspective s’ajoute à sa propre victoire en Italie où son parti Fratelli d’Italia a dépassé son score des élections nationales de 2022 et se confirme comme la première formation politique avec 6,7 millions de voix et presque 29 % des voix exprimées. Ce succès a servi aussi à affaiblir la position de son allié Matteo Salvini, qui représente la plus grande menace interne à sa coalition.

Et l’économie dans tout ça ?

Pour Giorgia Meloni cette réussite est d’autant plus remarquable que ses résultats sur les plans de l’économie et de l’immigration sont modestes, voire décevants. Une chose est sûre : le gouvernement de Giorgia Meloni jouit d’un degré de soutien électoral rare dans l’UE et fera bien entendre sa voix dans la nomination des futurs commissaires européens. La première ministre italienne a désormais un choix : elle peut soit appuyer la candidature d’Ursula von der Leyen en échange de concessions sur ses propres dossiers prioritaires, soit devenir le chef de file de la droite populiste européenne et œuvrer à un changement radical de la politique de l’UE.

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La droite populiste, en Italie comme en France, a astucieusement exploité les craintes des citoyens. Non seulement celles provoquées par l’immigration incontrôlée, mais aussi celles, d’ordre économique, résultant de la série noire du Covid, de la guerre russo-ukrainienne, de l’explosion des coûts de l’énergie et de l’inflation. C’est ainsi que la droite populiste, en plus de ses objectifs concernant le contrôle des frontières, s’est donné aussi des buts importants dans le domaine économique. A cet égard, l’expérience italienne nous montre les obstacles auxquels un gouvernement populiste – y compris un éventuel gouvernement du RN en France – doit faire face.  

Réduire la dette publique, baisser les impôts… et maîtriser l’immigration ?

Le premier obstacle concerne la réduction de la dette publique. Avec une faible croissance et un déficit bien au-dessus de 3%, il n’existe pas d’autres solutions que de réduire les dépenses publiques et privatiser des actifs comme les biens immobiliers, les routes ou vendre les participations de l’État aux grandes entreprises comme Airbus, EDF, GDF Suez ou Thales. En Italie cette phase a déjà commencé avec un programme de privatisation d’actifs qui, de 2024 à 2026, devrait apporter 20 milliards dans les caisses de l’État. Vendre un actif qui génère un revenu et devoir ensuite payer plus cher les services ou produits en question, peut-être en enrichissant un propriétaire étranger, est-ce un choix intelligent dans l’intérêt de la nation ? Et comment concilier les intérêts des industriels qui demandent plus d’ouverture à l’immigration pour soutenir leur activité avec le refus des citoyens à accueillir davantage de travailleurs immigrés ?

Le deuxième obstacle concerne la baisse des impôts. Leur réduction est directement liée à la dépense publique et à la croissance. L’imposition actuelle, trop élevée, tue la consommation interne et la compétitivité des entreprises. Quelles solutions la droite populiste proposera-t-elle pour réduire la pression fiscale sur les ménages et les entreprises sans augmenter la dette publique ?

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Les marchés financiers sont confrontés à une vague d’incertitude et de volatilité. Ce n’est pas tant la perspective d’une victoire de Le Pen qui les inquiète, que l’imprévisibilité du changement et la nécessité désormais de prendre en compte des facteurs géopolitiques jusqu’ici sous-estimés. Rassurer les marchés deviendra fondamental pour éviter une fuite des investisseurs et une éventuelle dégradation par les agences de notation. 

Quant à maîtriser l’immigration, l’expérience italienne est révélatrice. Depuis l’arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni, et malgré ses promesses, l’immigration clandestine continue à augmenter. Conclusion : l’immigration est un sujet trop compliqué pour être géré par un État-membre tout seul.  C’est donc à Bruxelles, de concert avec d’autres États-membres, que cette question doit être traitée. Pour ce faire, il faut que la droite radicale compose avec la coalition majoritaire plutôt centriste qui domine l’UE.

La politique est un jeu de compromis et la droite populiste en devient consciente. Une fois au pouvoir, elle sera obligée de trouver un équilibre entre une aggravation des finances publiques, le retour de l’austérité, le contrôle exercé par Bruxelles, et la volonté des électeurs de maîtriser l’immigration.