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Aux urnes, citoyens!


Après un bref passage par l’isoloir, cette sorte de confessionnal profane où, juste avant le geste décisif et pour quelques instants, on peut enfin s’offrir le vrai luxe de n’être pas sous influence, on se dirige enveloppe en main vers l’urne et sa garde d’exemplaires citoyens plus ou moins commis d’office.

L’urne. Pas grand-chose. Juste un cube, traditionnellement en bois. Aujourd’hui, obsession de la transparence oblige, il est fait d’une matière qui permet d’en voir le contenu, de s’assurer qu’aucun génie malveillant et truqueur ne s’y cache. Ce nouveau modèle se veut technologiquement avancé puisque le voilà muni d’une poignée qu’on abaisse pour faire passer l’enveloppe du vote. Cela lui donne un petit air de machine à sous, de bandit manchot. On ne confondra pas pour autant le jeu démocratique avec celui du casino. Quoique… Pour l’élu, celui qui est parvenu à la remplir, cette urne, ce qui l’attend au bout du bout n’est pas loin de ressembler une sorte de Jackpot. Echarpe tricolore, cocarde au pare-brise, place numérotée à l’Assemblée, salut militaire du garde champêtre, place de choix au bal des pompiers, etc. Considération assurée, du moins jusqu’à une époque récente. Aujourd’hui, l’affaire est moins simple. L’élu devient lui-même fort souvent une espèce d’urne sur pattes dans laquelle viennent se déverser les ressentiments, les colères, les insatisfactions, les rancoeurs de ses concitoyens. Pauvre de lui.

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Pour les recalés du scrutin aux ambitions réduites en cendres, on peut dire que ce cube vire d’un seul coup d’un seul à l’urne funéraire. Elle l’est aussi fort souvent, du moins à ce que prétendent les ronchons de profession, pour les espérances – si souvent déçues – de l’électeur, le pauvre bougre qui s’est laissé gagner par l’ébriété de la foire aux promesses d’avant scrutin.

Il n’empêche, y glisser son mot demeure bel et bien le geste à la fois le plus simple et le plus sacré de la vie démocratique. On ne s’en privera donc pas…

La Marge Brute d’Autofinancement, arbitre des programmes économiques 2024

La marge brute d’autofinancement (MBA) des entreprises françaises s’est dégradée de façon lente mais inexorable depuis trois décennies, sous la pression fiscale et sociale publique. 1 000 milliards d’euros de décalage de production de richesse sur une décennie. C’est l’explication de l’insuffisance des moyens financiers des entreprises françaises par rapport aux entreprises allemandes pour financer leurs développements industriels, leurs développements commerciaux à l’exportation, le paiement de bonnes rémunérations à leurs salariés, la promotion de formations adaptées ainsi que le soutien de la recherche et de l’innovation du pays. C’est ainsi une des principales explications de la perte de compétitivité de la France et de la dégradation du pouvoir d’achat des Français. Les programmes économiques pour les élections législatives sont ici analysés sous le prisme de leur impact sur la MBA. Les conclusions sont claires et sans appel.


La MBA, un concept macro-économique peu glamour

MBA : Marge Brute d’Autofinancement des entreprises. Pas très glamour comme concept ! De plus, il s’agit d‘un agrégat de comptabilité nationale et non de comptabilité privée. Donc, encore plus incompréhensible pour le commun des mortels.
Les économistes attitrés – à part quelques individualités comme Christian Saint-Étienne, par ailleurs membre du shadow cabinet d’Éric Ciotti au temps où LR n’était pas encore éclaté – ne suivent pas vraiment cet agrégat économique. Il est proche de l’EBE (excédent brut d’exploitation) de la comptabilité privée, qui est lui même le presque équivalent du célèbre EBITDA anglo-saxon (Earnings Before Interest, Taxes, Amortization and Depreciation, cela ne s’invente pas) des business plans – plans d’affaires en bon français – qui ont envahi les sphères publiques et privées de notre pays.

La meilleure illustration du lent et inexorable déclin français

Pourtant, l’évolution de la MBA des entreprises françaises traduit et exprime le lent et inexorable déclin du pays depuis trois décennies. Personne n’en parle, sinon des structures d’analyse économique internationales confidentielles, dédiées aux grands investisseurs institutionnels, telles que celle de Charles Gave, dont les travaux sont mis en avant en France par l’Institut des Libertés. Analyses connues par quelques grands groupes français. Largement ignorées par la sphère publique.
Quels sont les enseignements de l’analyse de l’évolution de la MBA des entreprises françaises sur une longue période ?

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1 000 milliards d’euros d’appauvrissement sur une décennie

En premier lieu, la MBA des entreprises françaises a régressé de 18 % depuis 1990 (24 % du PIB en 1990, 19,7 % en 2023). Sur la base des données 2023, ceci représente 120 milliards d’euros en moins par an pour les entreprises françaises. Une paille. Au-delà de la brutalité de ces données quantitatives, ceci signifie que les entreprises françaises ont tout simplement perdu d’importantes capacités d’investir, d’innover, de rémunérer leurs salariés et de recruter, pour des raisons qui tiennent aux conditions économiques, fiscales et sociales propres à la France. Sur dix ans, ceci correspond à un décalage de richesse économique de plus de 1 000 milliards d’euros, soit un tiers de la dette publique ou encore, les deux-tiers des salaires français annuels.

Graphique: Institut des Libertés

Plus de 500 milliards d’euros annuels de moindre richesse par rapport à l’Allemagne

En second lieu, si l’on compare les évolutions de nos grands partenaires, la MBA annuelle des entreprises allemandes est passée de 22 % du PIB en 1990 à 24,9 % aujourd’hui, soit 1 026 milliards d’euros pour l’Allemagne contre 553 milliards d’euros pour la France, près de deux fois plus. Pour l’Italie, la MBA est passée de 24 % en 1990 à 20,5 % en 2013 puis est remontée à 25,4 % aujourd’hui, soit 530 milliards d’euros, une forme d’effet Draghi/Meloni. Ainsi, les entreprises italiennes enregistrent le même niveau de MBA en volume que les entreprises françaises ! Enfin, les chiffres des États-Unis donnent le vertige : de 16 % en 1990, la machine à produire de la richesse américaine propulse la MBA à 22,7 % du PIB aujourd’hui, soit 5 511 milliards d’euros, cinq fois plus que l’Allemagne, ce qui est en proportion des populations, mais 10 fois plus que la France. Nous touchons là la clé du problème français en matière de pouvoir d’achat, d’emploi, de compétitivité et de décalage technologique, corrélé avec la faible productivité française. Et aussi la problématique du PIB par habitant, où la France est  10 % en dessous de l’Allemagne et 39 % en dessous des États-Unis.

Graphiques: Institut des Libertés

La MBA explique le chômage incompressible français

En troisième lieu, il existe une corrélation entre l’évolution de la MBA et le chômage. Le graphique qui suit est éloquent. Il peut contribuer à l’explication d’un socle incompressible de chômage en France, à un niveau plus élevé que ses partenaires immédiats (France : 7,3 %, Allemagne : 3,2 %, Royaume-Uni : 4,3 %, Italie : 7,2 %, OCDE : 4,9 %, États-Unis : 3,8 % ; données OCDE mars 2024). Les économistes attitrés n’ont pas d’explications satisfaisantes, sinon d’indiquer que la formation professionnelle française n’est pas adaptée, ce qui est un peu court.

Graphique: Institut des Libertés

Le poids de l’État plombe le retour à la croissance

Enfin, et c’est l’enseignement le plus frappant, il existe une corrélation entre l’évolution de la MBA des entreprises et le niveau des prélèvements obligatoires, avec un impact négatif puissant sur la croissance. L’incorrigible propension française à créer des impôts et des ponctions sociales depuis quatre décennies, qui aboutit aujourd’hui à ce que le pays soit le plus imposé au monde, se traduit par une faiblesse structurelle des marges des entreprises. Les entreprises ne peuvent dès lors pas rémunérer et former correctement leurs salariés. Elles sous-investissent. La croissance est plombée par le poids de l’État dans l’économie, ce qui explique que la France se situe durablement sous son niveau de croissance naturelle. Georges Clémenceau ne disait-il pas déjà en 1886 : « La France est un pays extrêmement fertile : on y plante des fonctionnaires et il y pousse des impôts ».

Graphique: Institut des Libertés

Qui en parle ? Personne. Normal, la classe politique française n’est pas vraiment en mesure de se pencher sur les vrais sujets économiques, à l’exception de quelques personnalités de gauche et de droite qui se comptent sur les doigts d’une main.


Les programmes économiques 2024  à travers le prisme de la MBA

Les divers programmes économiques présentés lors des élections législatives de juin/juillet 2024 peuvent être utilement analysés selon cette grille de lecture de la MBA des entreprises.

Le Nouveau Front Populaire et le multiplicateur keynésien négatif

L’économiste Thomas Piketty © LCHAM/SIPA Numéro de reportage: 00684113_000001

Commençons par le Nouveau Front Populaire (NFP). Relance keynésienne, effet multiplicateur sur la croissance, SMIC à 1 600 € net par mois, ponctions sur les 223 milliards d’euros d’aides bénéficiant aux entreprises, 14 tranches d’impôt sur le revenu avec la quatorzième à 90 %, rétablissement d’un ISF dur à vocation climatique. Faire payer les riches et redistribuer aux pauvres. Quant à la dette publique, le stock n’est pas un problème « car, c’est bien connu, personne ne le rembourse ». Seule la charge d’intérêt, le flux donc, doit faire l’objet de vigilance. 125 milliards de dépenses supplémentaires entièrement compensés par des impôts supplémentaires, et, à terme, les retombées fiscales de la relance keynésienne. Il faut reconnaître une certaine cohérence intellectuelle à ce programme, préparé avec l’appui d’économistes stars (Thomas Piketty, Esther Duflo, Gabriel Zucman).
Une seule remarque : le multiplicateur keynésien devient négatif lorsque le niveau des prélèvements obligatoires dépasse un certain seuil. Et nous y sommes depuis 2009. C’est ce que Keynes – qui était un libéral et non un social-démocrate – appelait la trappe à dettes. Pour le dire différemment, les dépenses publiques sont entrées dans la zone des rendements décroissants.  Une forme d’externalité négative de la dépense publique.
Dès lors, le programme du NFP est inéluctablement voué à l’échec, avec la funeste conséquence d’un appauvrissement global du pays. Saluons à cet égard l’économiste Olivier Blanchard qui a su prendre ses distances avec ce programme.

Graphique: Institut des Libertés

La majorité présidentielle dans le bon sens mais un peu tard

Ensuite, le programme de la majorité présidentielle.
Il intègre la nécessité de faire baisser les prélèvements obligatoires et affiche une réduction programmée du déficit budgétaire et de la dette publique dans la durée. Aucun impôt supplémentaire. Baisse des impôts de production. Néanmoins, une maîtrise des dépenses publiques. Cela va évidemment dans le bon sens. Mais c’est un peu tard, après la génération de 900 milliards de dettes supplémentaires en sept ans.

Un RN prudent qui s’est converti au sérieux budgétaire

Enfin, le programme du RN. Remarquons d’abord que le cœur du programme économique de la présidentielle 2022 n’avait pas été affiché dans sa globalité en son temps, pour diverses raisons conjoncturelles (irruption d’Éric Zemmour en septembre 2021, campagne de Valérie Pécresse en décembre 2021, guerre en Ukraine en février 2022). La trajectoire des finances publiques y avait été planifiée sur 10 ans : déficit budgétaire primaire passant à zéro dès 2026, dette publique stabilisée jusqu’en 2027 puis décroissante en proportion du PIB à partir de 2028, baisse drastique des prélèvements obligatoires qui passent en dessous de la barre symbolique des 40 % du PIB en 2030.

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Aujourd’hui, deux ans plus tard, la situation de la France a changé, ce qu’attestent la dégradation de la notation financière française et la procédure pour déficit excessif lancée par la Commission européenne. Toutes les mesures « zakouskis » de la présidentielle ne sont dès lors plus à l’ordre du jour (exonération d’impôt sur le revenu et sur les sociétés pour les moins de trente ans,…). Seules subsistent des mesures majeures pour le pouvoir d’achat : baisse de la TVA sur les produits énergétiques et dispositif de soutien des augmentations de salaires supérieures ou égales à 10 %. Ces mesures, compensées sur un plan budgétaire, correspondent à des baisses de prélèvements obligatoires sans augmentation de la dette publique et vont dès lors  dans le bon sens, du point de vue de la grille d’analyse exposée ci-dessus. Et à n’en point douter, l’efficience relative des mesures sera prise en compte lors des arbitrages budgétaires opérationnels futurs…
À titre anecdotique, il est pour le moins notable que la proposition du RN d’exonération des cotisations patronales pour les augmentations salariales supérieures ou égales à 10 % (pour les salariés en-dessous de 3 fois le SMIC), est plus vertueuse que la prime Macron pouvant aller jusqu’à 10 000 € sans charges sociales : la mesure RN rapporte quand même les cotisations sociales employés, sans effet d’aubaine globalement, avec un choix de l’entreprise en fonction de ses capacités à conférer du pouvoir d’achat à ses salariés sans déstabiliser sa trésorerie (l’Institut Montaigne n’a pas, en l’espèce, correctement intégré les caractéristiques du dispositif pour établir son estimation de coût, à hauteur de 800 M€ par an) ; la prime Macron, quant à elle « one shot », se substitue à du salaire courant et donc coûte immédiatement les cotisations sociales non acquittées (2 milliards d’euros par an).

Un fonds souverain pour les investissements de bien commun qui permet de sortir de l’étau de la dette et du déficit

Enfin, les caractéristiques techniques du fonds souverain de 500 milliards d’euros, constitué progressivement sur cinq ans, annoncé à l’automne 2021, n’ont pas été dévoilées à ce stade. Notons simplement qu’il a vocation à financer les 100 milliards d’euros d’investissements annuels de bien commun (transition environnementale, infrastructures, innovation/recherche, fonds propres des PME) sans augmenter la dette publique et le déficit budgétaire. Avec l’effet d’un multiplicateur keynésien positif et non négatif, car sans augmentation des prélèvements obligatoires. Au bénéfice de la croissance française.
Espérons donc que les femmes et hommes politiques, quel que soit leur bord, intègrent à l’avenir les enseignements lumineux que les analyses de la MBA française et du multiplicateur keynésien effectif apportent à la définition d’une politique économique française pertinente.


La Lettre aux Français de Macron: comme une bouteille à la mer…

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Toute une France humiliée est actuellement portée par le vent de l’histoire, estime notre chroniqueur, qui prévoit qu’elle n’a pas fini de se faire entendre…


Bis repetita : la colère française, que j’annonçais sans grand risque de me tromper dans les européennes du 9 juin, mettra à nouveau les points sur les i, ce dimanche. Et encore le 7 juillet, pour le second tour des législatives. La raison en est simple : les Français excédés ont de la suite dans les idées. 

Le président et les « cloportes »

Les intimidations morales des médias ne fonctionnent plus. D’autant que la « gauche divine » des années 80 a muté en un Front de la honte mêlant des courants sectaires, violents, antisémites, anti-Français. Le parti présidentiel risque de laisser d’autres plumes, singulièrement face au bloc national RN-Ciotti. « Je ne suis pas aveugle », assure Emmanuel Macron dans une Lettre aux Français diffusée dimanche. En réalité, son narcissisme le détourne des réalités. Il se persuade encore de pouvoir susciter le « sursaut » autour de sa personne. Les historiens auront d’ailleurs à se pencher sur son cercle si médiocre (« des cloportes », a dit Bruno le Maire) qui, dit-on, l’a encouragé à dissoudre l’Assemblée dès l’échec du 9 juin pour son camp. 

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Le chef de l’Etat va, très probablement, perdre dimanche de n’avoir su admettre, depuis la révolte des gilets jaunes, que le pays fâché lui échappe et que la démocratie n’est pas la tyrannie des minorités mais l’expression du plus grand nombre. Cette déconnexion, souvent dénoncée ici, explique la crise politique que Macron a accélérée par dépit, à la veille de l’ouverture des Jeux Olympiques de Paris. Le pire qui pourrait advenir serait, en cas de large victoire de Jordan Bardella, de voir la gauche insurrectionnelle, soutenue par des sociaux-démocrates à la ramasse, contester la démocratie dans une guerre des rues.

Face à une hégémonie perdue, chacun joue sa petite musique

Le vent de l’histoire a quitté le camp du Bien. Il paie d’avoir trop longtemps méprisé les gens ordinaires au nom de ses utopies. Gérald Darmanin, ce lundi sur RTL, a rappelé sa sympathie pour « le bon peuple ». Mais, pour la macronie, il est trop tard pour s’amender auprès de lui. La dynamique porte la droite pragmatique et ses anciens parias. « Une vogue philosophique s’impose comme une vogue gastronomique : on ne réfute pas plus une idée qu’une sauce », remarquait Cioran. De fait, les alertes du système unanime sur le retour d’une « extrême droite » qui porterait la moustache d’Hitler sont pathétiques. Ces peurs agitées ne sont plus comprises, majoritairement, que comme un procédé de la gauche paniquée pour tenter de sauver un peu de son hégémonie perdue.

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Le doute s’est d’ailleurs installé dans les rangs des plus lucides des « progressistes ». Samedi, sur LCI, l’acteur-réalisateur de gauche Mathieu Kassovitz a dérogé à l’esprit moutonnier de son camp en déclarant que le RN avait « peut-être sa place en France » et que « c’est peut-être une expérience à essayer ». Le 15 juin, dans Libération, Ariane Mnouchkine, créatrice du Théâtre du Soleil, a notamment reconnu, au nom de la gauche culturelle : « On a lâché le peuple (…) Quand les gens disaient ce qu’ils voyaient, on leur disait qu’ils se trompaient, qu’ils ne voyaient pas ce qu’ils voyaient (…) Puis comme ils insistaient on leur a dit qu’ils étaient des imbéciles, puis (…) on les a traités de salauds. On a insulté un gros tiers de la France par manque d’imagination (…) »

C’est cette France humiliée, que la gauche persiste à traiter de fasciste alors qu’elle-même s’abîme dans l’intolérance, qui va encore faire parler d’elle dimanche. Ce n’est pas fini.

Journal d'un paria: Bloc-notes 2020-21

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Les clés d’un scrutin historique: vers une majorité absolue du RN?

Si les sondeurs se refusent à considérer la victoire avec une majorité absolue du bloc de droite dirigé par Jordan Bardella comme la plus probable, le scénario n’est plus écarté. Mais où sont passés les électeurs d’Emmanuel Macron ? L’abstention différentielle: voilà la principale clé des élections législatives anticipées.


Le Rassemblement national caracole désormais plus que jamais en tête des sondages. Il n’a jamais été aussi fort dans la vie politique française que ces dernières semaines. Tous les jours, les « rollings » IFOP, Harris ou Odoxa font montre d’une progression légère mais bien réelle du bloc de la droite, qui, après une première semaine post-dissolution de recomposition politique des droites au forceps, avance derrière le rouleau-compresseur Bardella. Un demi-point par-ci, un demi-point par-là, et voilà l’union des droites menée par le Rassemblement national à 37 % au premier tour1. L’arrivée de Marion Maréchal et des principaux cadres Reconquête aura mécaniquement accordé quelques centaines de milliers de précieuses voix à cette Union des droites, ainsi que celle de l’aile ciottiste des Républicains. De quoi d’ailleurs rappeler la fameuse « vague bleue » de 1993 qui avait conduit Edouard Balladur à Matignon et provoqué la seconde cohabitation de François Mitterrand.

Pour autant, la victoire avec une majorité absolue de plus de 289 députés est-elle d’ores et déjà assurée ? Les élections législatives ne sont pas un scrutin à la proportionnelle mais l’addition de 577 scrutins majoritaires présentant de plus ou moins forts particularismes locaux. Elles sont donc extrêmement difficiles à pronostiquer. Nous pouvons néanmoins dès maintenant observer des tendances lourdes. Analyse et hypothèses.

Le score aux européennes du Rassemblement national est une anomalie sous la Vème République

L’ampleur de la victoire du Rassemblement national aux élections européennes fait figure d’anomalie dans l’histoire des élections sous la Vème République. Un petit exemple permettra de l’illustrer. A l’élection présidentielle de 2022, Marine Le Pen a recueilli 8.133.828 voix pour 23,15% des suffrages exprimés… soit à peine un peu plus que le score de la liste dirigée par Jordan Bardella en juin qui a enregistré 7.765.936 voix pour 31,37% des suffrages exprimés. Le résultat est colossal, historique. En effet, les deux élections présentaient des enjeux fort différents et une baisse d’un million de voix aurait été parfaitement logique. La capacité du Rassemblement national à mobiliser son électorat d’une élection sur l’autre s’explique par un dicton populaire : l’appétit vient en mangeant.

De fait, les élections législatives de 2022 ont montré aux électeurs de Marine Le Pen de la présidentielle qu’ils pouvaient gagner des scrutins majoritaires à deux tours dans un contexte hostile et avec alors peu de réserves de voix. Après plusieurs décennies de frustration et une domination peu payante sur la vie politique française depuis 2012 – malgré la prise de mairies sous le quinquennat Hollande et des résultats impressionnants aux européennes, aux régionales et aux cantonales de 2014-2015 -, les électeurs du Rassemblement national ont saisi l’opportunité offerte par un pouvoir de plus en plus impopulaire qui avait pris soin de les exclure de la prise de décision. C’est ainsi qu’il faut interpréter leur civisme nouveau. Autre raison : cet électorat a vieilli, s’est transformé sociologiquement. Il pèse désormais presque autant que la majorité présidentielle dans les segments âgés et chez les femmes, deux catégories civiques qui vont voter et subissent pleinement l’insécurité physique comme matérielle propre à notre société actuelle.

En outre, le parti Reconquête a perdu des électeurs entre 2022 et 2024. En 2022, Zemmour réunissait sous son nom 2.485.226 Français alors que la liste conduite par Marion Maréchal en 2024 n’a compté que sur 1.353.127 électeurs. Il est probable que ces 1.132.099 électeurs de Reconquête perdus se soient reportés en grand nombre sur Jordan Bardella, renforçant un peu plus cette domination qui a conduit à la dissolution de l’Assemblée nationale par le président Emmanuel Macron. Songeons que le Rassemblement national n’a perdu aux européennes que 3,8% de ses voix du premier tour de la présidentielle, c’est en réalité à analyser comme un gain2. Il y a néanmoins de fortes disparités régionales, parfois étonnantes du reste. Ainsi, la plus grosse hausse a été enregistrée à Paris, avec +19% de voix. Ce ne sont pas des circonscriptions gagnables. Dans le Nord-Pas-de-Calais, la formation de Marine Le Pen a perdu 15% de ses électeurs. Contre-intuitif ? Pas vraiment si l’on considère que l’électorat comme la répartition territoriale du Rassemblement national sont en train de s’homogénéiser, transformant un parti autrefois placé en marge et sectorisé en mouvement de masse.

En dehors des îlots urbains, le Rassemblement national arrive en tête dans tous les départements métropolitains. Il progresse et s’installe peut-être pour longtemps dans des endroits qui lui furent longtemps hostiles : le Centre, la Bourgogne, l’axe garonnais, le nord-est jusqu’à la Lorraine,  une partie de l’ancienne région Rhône-Alpes, la grande couronne parisienne ou encore la Haute-Normandie. Au deuxième tour de l’élection présidentielle, Marine Le Pen avait devancé Emmanuel Macron dans 158 circonscriptions. Ses candidats n’avaient finalement réussi à garder cet avantage « que » dans 88 d’entre elles. Il est fort à parier qu’hors exceptions, à l’image de la Corse qui envoie des régionalistes à l’Assemblée, le Rassemblement national puisse déjà compter sur cette base pour le 7 juillet prochain. Quid du reliquat d’environ 130 circonscriptions manquantes pour entrer à Matignon ?

Le centre a-t-il disparu ?

La question mériterait presque d’être reformulée : le macronisme a-t-il disparu ? Les électeurs de Macron forment le bloc central mais ils ne sont pas uniquement des centristes « historiques » ou chimiquement purs. Il y  a parmi eux un fort électorat des Républicains traditionnels et du Parti socialiste « strauss-khanien » et vallsiste disparu. En 2022, au premier tour de la présidentielle, 9.783.058 électeurs votaient pour Emmanuel Macron, soit 1.649.230 Français de plus que ceux qui s’étaient prononcés pour Marine Le Pen. Une différence non négligeable. En ajoutant à Emmanuel Macron les électeurs de Valérie Pécresse et Anne Hidalgo et à Marine Le Pen ceux d’Éric Zemmour et Nicolas Dupont-Aignan, les choses se rééquilibraient un peu mais l’avantage restait au président de la République. Au second tour, la chose était encore plus saillante avec 18.738.639 voix pour Emmanuel Macron contre 13.288.686 voix pour Marine Le Pen. 

D’où la question qui sera la clé du scrutin des législatives : où sont passés les électeurs d’Emmanuel Macron ? Valérie Hayer a enregistré 3.614.646 voix aux européennes, soit 6.168.646 voix de moins qu’Emmanuel Macron ! Raphaël Glucksmann a lui fait 3.424.216 voix, mais ses électeurs étaient loin d’avoir tous voté pour Emmanuel Macron en 2022, quelques-uns avaient choisi Hidalgo et d’autres étaient sûrement des déçus de Jean-Luc Mélenchon. Il est aussi possible qu’une petite proportion des électeurs macronistes ait voté pour Bellamy et que d’autres se soient reportés sur Jordan Bardella. Reste néanmoins un constat inévitable : lors des élections européennes, l’abstention différentielle a été extrêmement défavorable au camp présidentiel et très favorable au Rassemblement national.

Pourquoi ? Parce que le « macronisme » est grippé et a fini par lasser ses soutiens. Ses électeurs ont tout simplement trouvé les deux premières années de mandat confuses, voire chaotiques. Réforme des retraites, loi immigration ou émeutes ont perturbé un « centre » qui n’a plus su où donner de la tête. Le virage à gauche du début de quinquennat a déçu les plus droitiers, la tentative d’évolution à droite avec la nomination de Gabriel Attal au poste de Premier ministre a été perçue comme trop timorée à droite et presque « facho » par une gauche largement portée aux extrêmes.

Les élections législatives ne sont toutefois pas des élections européennes. L’enjeu y est différent. Il est toujours possible que ces millions d’électeurs disparus comme par magie reviennent aux urnes par « peur » du Front Populaire ou du Rassemblement national. Faute de quoi, le macronisme disparaitra de facto.

Le tsunami bleu marine ou le barrage multicolore ?

En 2021, j’écrivais dans Le Figaro Vox la chose suivante : « Il n’est pas dit que nous redeviendrons ce que nous fûmes sans un aggiornamento radical de nos pratiques politiques. La classe politique est à l’image de ses institutions ; déphasée. Le résultat est là sous nos yeux. La population est défiante, menaçant de se scinder en micro-communautés. En perdant des libertés, nous ne préservons pas la liberté: nous maintenons collectivement la résilience d’un Etat qui se perd et qui nous perd. L’état d’urgence démocratique implique de profonds bouleversements. Les lois d’exception ne peuvent plus être la norme. Le président ne doit pas pouvoir faire ce qu’il veut sans en référer à la représentation nationale. La représentation nationale doit nécessairement être pluraliste, ce qui s’accompagne d’une modification du mode de scrutin. Les députés à l’Assemblée nationale doivent donc être élus à la proportionnelle pour tenir compte de la diversité politique du pays. »

Faute d’avoir compris dès 2017, comme le lui suggérait François Bayrou, que la dissolution du PS et de LR demandait l’instauration de la proportionnelle, et faute d’avoir pris sérieusement en considération les thèmes portés par le Rassemblement national et des thèmes transversaux – tels que les libertés publiques ou la justice sociale entre les territoires -, Emmanuel Macron risque de plonger la France dans l’instabilité gouvernementale. Il aura eu tous les effets en pire des mesures politiques qu’il se refusait à prendre par peur des vieux marquisats de la politique locale et du peuple. Il est assez incroyable de l’entendre aujourd’hui agiter le risque d’une guerre civile alors qu’il a lui-même voulu la dissolution et que rien ne l’obligeait. Si on suit son raisonnement, Emmanuel Macron a mis sciemment les Français en danger. Il est aussi ahurissant de voir ces ministres battre la campagne … sur les pavés parisiens ou par visio-conférence auprès des Français de l’étranger, négligeant totalement la France de l’intérieur qui leur a envoyé de multiples messages au fil des ans.

Est-ce que les sortants Renaissance sont capables de se maintenir au second tour dans plus de 250 ou 300 circonscriptions pour bricoler une majorité à la sortie ? Rien n’est moins sûr tant ils sont peu aidés par leurs meneurs, bien que la chose soit encore réalisable. S’ils n’y parviennent pas, le Rassemblement national pourrait être porté et emprunter une autoroute vers la majorité absolue. La réponse à l’énigme posée par la dissolution se trouve entre les mains des disparus du macronisme de 2022. Elle se trouve aussi dans l’attitude respective des appareils et des électeurs de gauche et du centre. La droite fera bloc de son côté. Réponse définitive le 7 juillet.


  1. Dans son enquête réalisée en ligne du 19 au 20 juin 2024, Harris Interactive, Challenges, M6 et RTL donnent 33% d’intentions de vote aux candidats soutenus par le RN et 4% aux candidats soutenus par Eric Ciotti ↩︎
  2. 3,8 % de pertes de voix entre un premier tout de présidentielle et une européenne (le score de Bardella aux européennes a été soustrait à celui de Le Pen au premier tour de la présidentielle de 2022, puis une règle de trois a été appliquée) est à analyser comme un gain de voix puisque la présidentielle T1 est toujours le potentiel maximal d’une formation politique compte tenu de l’enjeu et de la participation. En outre, le nombre total de suffrages exprimés aux européennes était évidemment plus bas qu’au premier tour de la dernière élection présidentielle. ↩︎

Interdiction des portables en classe: Jordan Bardella et Emmanuel Macron sur la même ligne

Jordan Bardella comme Emmanuel Macron veulent interdire le portable à l’école. Estimant qu’on ne pouvait plus « minimiser leur impact » négatif sur les cerveaux, le président de Rassemblement national veut le bannir complètement dans les établissements « dont les lycées ».


Tout est politique, le portable aussi. En entendant le président de la République et Jordan Bardella défendre de concert cette mesure simple et de bon sens, beaucoup de gens ont pensé : c’est dingue que ce ne soit pas encore fait ! Sauf que c’est fait. C’était d’ailleurs à la une du Figaro, hier, avec un grand article de Caroline Beyer expliquant la laborieuse interdiction des smartphones dans les classes[1]. Une loi de 2018 interdit en effet « l’utilisation du téléphone portable et de tout terminal de communications électroniques » à l’école et au collège. Une autre loi de 2023 proscrit l’usage des réseaux sociaux avant 15 ans.

Une interdiction qu’on n’arrive déjà pas à faire respecter dans les prisons

Seulement, on dirait qu’il s’agit d’un « acquis social » caché, un droit sacré de l’enfant et de l’adolescent à aller en classe avec son smartphone de la maternelle à l’université. À la fac, le téléphone est ouvertement posé sur les tables. Quel prof oserait s’y opposer ? Au lycée, sans surprise, les tentatives d’interdiction se heurtent évidemment aux syndicats et fédérations de parents d’élèves. Pire : pendant des années, des élus ravis de la crèche numérique ont prétendu réduire la fracture scolaire en mettant des écrans partout. Ne citons pas de noms…

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Beaucoup de collèges renoncent à interdire, ceux qui récoltent les précieux appendices ont des difficultés de gestion (dépôt et restitution, casiers…). Le proviseur du lycée privé sous contrat Bossuet Notre-Dame (Paris 10e) raconte carrément que quand il en confisque un, il arrive parfois que les parents en donnent un autre à leur enfant. Et quand l’interdit existe, il y a malheureusement des trous dans la raquette: comme le dit un autre principal, si on n’y arrive pas en prison, alors au collège….

Mais pourquoi l’interdire ?

Etrange question. Auriez-vous sorti une BD ou votre Walkman en classe, ou commencé à parler avec votre copain à l’autre bout de la classe ? Non. Marcel Gauchet m’a confié récemment que tous les profs avec lesquels il échange lui racontent que quand ils font cours, la moitié de la classe n’est pas là.

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L’absorption par l’écran est bien plus nocive que toutes les sottises que nous pouvions inventer à notre époque en classe. Les études et la simple observation convergent. Chez les tout-petits, le portable à haute dose produit des dégâts cognitifs irréversibles ; il entrave la formation de l’imaginaire, et favorise la passivité. Dans toutes les classes d’âge, un accroissement massif des troubles de l’attention et des consultations afférentes est constaté. Et le problème n’est pas limité à l’école : une étude de 2023 révèle que 80% des 11-12 ans ont déjà un smartphone en France, et que 71% possèdent déjà un compte sur un réseau social. La responsabilité des parents est immense. Combien d’entre eux utilisent leur portable à table? Les vrais enfants privilégiés deviennent ceux à qui on interdit ou rationne les écrans.

L’addiction de masse au portable est un poison anthropologique qui concerne toutes les sociétés humaines. Le portable n’est pas un objet mais un prolongement identitaire, l’apanage de l’individu-roi. Il promet à chacun son propre monde. Et contribue ainsi à l’effacement du monde commun.

La Fabrique du crétin digital

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[1] https://www.lefigaro.fr/actualite-france/pause-numerique-casiers-la-laborieuse-interdiction-du-portable-a-l-ecole-20240623

Petit tour d’horizon des inquiétudes du «monde de la Culture»

Les actrices Ariane Ascaride, Corinne Masiero ou Marion Cotillard, l’acteur Mathieu Kassovitz, le dernier lauréat du prix Goncourt Jean-Baptiste Andrea… Avec plus ou moins d’élégance, tous expriment le profond dégoût que leur inspire le vote RN. De leur côté, les Soulèvements de la Terre, un temps menacés de dissolution, envisagent des «blocages ciblés» après le second tour des élections législatives.


Sur BFMTV, la comédienne Ariane Ascaride a confié être très inquiète. Elle pense que, si le RN gagne les élections législatives, « une certaine parole va se libérer » et que nous assisterons à un « effacement de la culture ». Or « moi, dit-elle avec la modestie qui caractérise les artistes de gauche, je fais un métier, c’est la culture »[1]. Si le RN parvient au pouvoir, les subventions publiques seront drastiquement rationnées et le régime particulier des intermittents du spectacle – dont le déficit chronique est évalué à plus d’un milliard d’euros par an par la Cour des comptes, faut-il rappeler – sera supprimé, se lamente-t-elle. Si seulement. Mais rassurons tout de suite Mme Ascaride : Marine Le Pen, tout à son désir de ne pas brusquer le petit monde de la Culture, affirme régulièrement ne pas vouloir toucher au système avantageux élaboré de longue date par la culturocratie étatique. Premier ministre, Jordan Bardella ne cherchera vraisemblablement aucun pou dans la tête des bénéficiaires de cette petite mafia cultureuse bien établie. Celle-ci pourra donc continuer de pondre des œuvres, pour la plupart ennuyeuses ou abrutissantes, en tendant sa grosse sébile devant le généreux ministère de la rue de Valois.

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Corinne Masiero et les bâtards

En 2021, lors de la cérémonie des César, la toujours gracieuse Corinne Masiero était apparue dans le plus simple appareil avec des tampons hygiéniques usagés en guise de boucles d’oreille pour soutenir les intermittents du spectacle. Sur le plateau de Mediapart, la Capitaine Marleau de la télévision publique (donc rémunérée par tous les Français) vient d’appeler à voter pour le Nouveau Front Populaire afin d’éviter « la peste noire » et d’empêcher « les bâtards » du RN de s’en prendre aux « meufs » et aux homosexuels. Quelque chose a dû échapper à Mme Masiero : les « meufs » et les homosexuels ont de toute évidence beaucoup plus à craindre d’un mouvement cornaqué par un parti islamo-gauchiste promouvant le voile islamique et infiltré par des individus ne portant pas les homosexuels dans leurs cœurs que d’un parti qui compte dans ses rangs et à sa tête de plus en plus de femmes et d’homosexuels. Plutôt que de répéter des banalités mensongères, Corinne Masiero devrait se renseigner un peu sur les sources de l’inquiétante transformation mélenchoniste : en février 2013, sur le blog du Parti des Indigènes de la République, Houria Bouteldja, ancienne porte-parole de ce mouvement, « camarade » de Danièle Obono et inspiratrice du tournant décolonialiste et indigéniste des Insoumis, justifiait l’homophobie de ses coreligionnaires en expliquant qu’elle était « une résistance farouche à l’impérialisme occidental et blanc. » Quant au féminisme, il n’est, selon Houria Bouteldja, qu’une ruse de l’Occident pour arracher les femmes musulmanes aux magnifiques préceptes de la charia. « Aucun magistère moral ne me fera endosser un mot d’ordre conçu par et pour des féministes blanches », écrit-elle dans son essai au titre éloquent, Les Blancs, les Juifs et Nous. Houria Bouteldja, qui n’aime ni les Blancs, ni les homosexuels, ni les féministes, ni les Juifs, considérait il y a un an que Jean-Luc Mélenchon était un « butin de guerre » inestimable, un extraordinaire cheval de Troie pour l’islamisme, l’antisionisme antisémite, la déconstruction des valeurs occidentales. Elle ne s’est pas trompée. Le résultat va peut-être même au-delà de ses espérances. Si elle a entendu les âneries de Corinne Masiero, elle a dû bien se marrer. 

Corinne Masiero et Marina Foïs, Paris, Salle de l’Olympia, 12 mars 2021 © Bertrand Guay/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22548132_000001

Marion Cotillard emmerde le Front national

Marion Cotillard, l’actrice rebelle de la côte ouest des États-Unis, a posté sur Instagram une photo d’elle portant une veste en jean émaillé d’un portrait d’Angela Davis, d’un cœur rose et d’un badge datant un peu : « La jeunesse emmerde le Front Nazional ». Ô magie du cinéma : Mme Cotillard, bientôt cinquantenaire, se nippe et s’affiche comme une étudiante attardée de Sciences Po Paris et partage avec cette dernière les mêmes frayeurs vis-à-vis de la « peste brune » et les mêmes préoccupations écologiques. Ainsi, pour soutenir le collectif Les Soulèvements de la Terre menacé de dissolution, l’actrice postait, il y a à peine un an, sur son compte Instagram, un texte consternant dans lequel elle dénonçait les « violences policières » contre les gentils écolos et la « dérive sécuritaire du gouvernement couplée à son incapacité à nous protéger des conséquences du changement climatique ». « Ces intimidations, écrivait-elle sur le yacht où elle passait ses vacances après avoir sillonné le ciel en long, en large et en travers à bord de son jet privé, n’arriveront pas à nous faire taire. » En parlant de violences et d’intimidations : le sympathique mouvement écologiste Les Soulèvements de la Terre propose actuellement sur son site « d’envisager dès à présent des blocages ciblés et des prises des ronds-points partout en France dès le 8 juillet »[2] en cas de victoire électorale du RN, de « monter des barrages physiques à l’exercice du pouvoir et des espaces d’auto-organisation dans la rue si le barrage électoral n’a pas été suffisant », de « construire une campagne d’actions contre le groupe Bolloré ». C’est dire en quelle estime ces cucurbitacées portent la démocratie dont elles se réclament : si le peuple vote mal, il faut châtier le peuple et le contraindre par la force à l’écologisme et à ses multiples ramifications totalitaires, de l’islamo-gauchisme au wokisme. Voilà ce qu’ils appellent un « soulèvement anti-fasciste ».

Les ânes de l’industrie du livre

Et puis il y a les « actrices et acteurs du monde du Livre » qui encouragent « chacune et chacun » à faire barrage au RN. « Nous sommes porté.es, gribouillent-ils dans une pétition[3], par des valeurs de partage, de transmission, de médiation. » Ces gens, qui revendiquent un amour éperdu pour « le livre » et la culture, sont en réalité des ânes. Leur braiment inclusif est le sabir des aliborons. Le dernier lauréat du prix Goncourt, une ancienne ministre de la Culture, des écrivains, des éditeurs et des libraires signent ce brouet en osant parler de littérature.

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Ils défendent, barbouillent-ils, « la nuance face à l’outrance, ce qui rassemble plutôt que ce qui divise, ce qui ouvre l’avenir plutôt que ce qui l’obscurcit » – les livres qu’ils écrivent ou lisent s’appuient sur ce fondement, dans tous les sens du terme. « Toute la vitalité négative des arts s’abîme dans l’océan joyeux de la Positivité », écrivait Philippe Muray. Ces aimables nuancés sont en vérité les matons littéraires du camp du Bien. L’art du roman leur est inaccessible – il faut, pour l’atteindre ou le savourer, affectionner une liberté spirituelle qui se fait rare. Remettre en cause l’orthodoxie du moment, révéler les tartufferies qui la soutiennent, décrire les cuistres de cette époque nimbée d’éthique cauteleuse, d’indignation revancharde et de bonne conscience sélective sans craindre de déplaire au plus grand nombre tout en doutant de soi – cela n’est pas à la portée de tout le monde. La tendance littéraire actuelle serait plutôt au larmoiement autobiographique, à la fausse révolte sociale, à la résistance de théâtre, aux pleurnicheries sociétales et progressistes – bref, à l’acceptation du reformatage totalitaire de la société, de la langue et des arts. Ces « actrices et acteurs du livre » n’ont par conséquent pas hésité quand il s’est agi de signer une pétition écrite avec les pieds en faveur de la continuation de la destruction d’un pays et d’une langue qu’ils n’aiment pas et auxquels ils préfèrent la fantastique contrée de la diversité heureuse, du wokisme radieux, de l’écriture inclusive et de la littérature de bazar.

Mathieu Kassovitz ne manque jamais à l’appel

Pour conclure, une cerise sur le gâteau indigeste des déclarations azimutées de nos artistes de gauche, forcément de gauche : sur LCI, après avoir ironiquement affirmé que le RN avait « peut-être sa place en France » et que c’était « une expérience à essayer », Mathieu Kassovitz a plus sérieusement déclaré avoir des difficultés, comme tant d’autres Français, à joindre les deux bouts en fin de mois : « La France va mal, moi je gagne beaucoup d’argent et je n’arrive pas à m’en sortir. » Face au supposé danger fasciste que court la France, M. Kassovitz avait prévu d’exhiber à la télé une tristesse de circonstance et un visage ravagé par la peur du retour de la bête immonde. Une phrase, une seule, d’une obscénité totale, aura suffi à l’émergence de la vérité : une caste médiatico-culturelle privilégiée et déconnectée des réalités de la vie ordinaire de la majorité des Français donne des leçons de maintien politique à ces derniers au nom d’une éthique et d’une décence qui lui font totalement défaut.

Nombriliste, rapace, intrigante, elle craint surtout de perdre, en plus de son rentable magistère moral, ses prébendes. Tout le reste n’est que comédie.


[1] https://www.bfmtv.com/politique/elections/legislatives/les-inquietudes-de-la-comedienne-ariane-ascaride-en-cas-de-victoire-du-rn-aux-elections-legislatives_VN-202406190955.html

[2] https://lessoulevementsdelaterre.org/blog/pour-un-soulevement-antifasciste

[3] https://www.change.org/p/appel-les-actrices-et-acteurs-du-monde-du-livre-se-mobilisent-84c8c20d-3cbe-49f9-b080-87dd4730d6d3

Emmanuel Macron paie la note…

Le soir du résultat des élections européennes, le président de la République a sévèrement reçu la monnaie de sa pièce. Avec la décision de dissoudre l’Assemblée nationale, il plonge le pays dans l’inconnu, et somme désormais les Français d’avoir peur…


Depuis la déroute des élections européennes et la décision de dissoudre qu’a prise le président de la République, j’éprouve un double sentiment contrasté. Que je pourrais résumer de la manière suivante : c’est à la fois bien fait – familièrement dit – et triste !

Bien fait. Tout ce qui s’est accumulé depuis sa réélection à la fois légitime mais si mal acquise, avec une implication présidentielle minimaliste qui a frustré beaucoup de citoyens, semble avoir fait mousse, danger et délitement. Ses phrases provocatrices, des attitudes frôlant l’arrogance, sa politique catastrophique du « en même temps » interdisant toute véritable action, ses insupportables fluctuations, son omniprésence avec une parole tellement offerte qu’elle s’est démonétisée, sa manière de prendre toute la place de son Premier ministre et de lui reprocher ensuite ses faiblesses ou ses abstentions, sa médiocre capacité à choisir les meilleurs pour ses conseillers comme pour ses ministres, cette étrange atmosphère de cour à l’Élysée où une solitude impérieuse dissimule ses desseins et ne se penche jamais sur elle pour se questionner, cette hostilité dont, quoi qu’il en ait, il n’arrive pas à se défaire parce qu’elle tient plus à ce qu’il est qu’à ce qu’il accomplit ou non.

Le résultat des élections européennes, après la majorité relative qui déjà avait entraîné un court fléchissement du président, selon des proches, a soldé toutes ces blessures, ces déceptions, ces rancœurs citoyennes, ce malaise d’une France qu’il regardait de haut parce que ses peurs, ses misères et ses attentes n’étaient pas les siennes qui étaient infiniment plus élevées !

C’est bien fait. Il a reçu sévèrement la monnaie de sa pièce.

Mais je ne peux m’empêcher aussi d’être troublé par cette atmosphère d’apocalypse depuis le soir du 9 juin, par ce climat shakespearien où, d’un coup, un vent de désastre soufflait, où Jupiter égaré, incertain, disposé à la politique du pire, au pire de la politique, avait perdu de sa superbe, devenait, en tout cas à mes yeux, presque pitoyable. Comme une sorte de roi Lear sur sa lande élyséenne. Comme s’il avait fallu ces intenses et dramatiques péripéties politiques pour que, enfin, il se dégonflât de lui-même, étonné de n’être plus qu’un président ordinaire, conscient d’un futur qui allait rétrécir encore davantage son champ d’action.

A relire: Qui est réellement Raphaël Glucksmann?

Quand Raphaël Glucksmann déclare que « nous sommes présidés par un adolescent qui s’amuse à faire craquer des allumettes dans une station à essence sous les vivats énamourés de trois conseillers obscurs » (Le Point), je trouve que son appréciation caustique traite à la légère ce qu’a dû être le tourment présidentiel. Même si Emmanuel Macron a cherché à théoriser politiquement l’absolue nécessité de la dissolution en une période pourtant si peu propice, elle a représenté pour lui un saut dans l’inconnu et ce serait le moquer que de croire à une fantaisie de gamin. Faut-il ajouter foi au fait qu’il serait absolument « ravi » par la dissolution qu’il aurait eue dans la tête depuis plusieurs mois ?

Les réactions très négatives de son propre camp, manifestant une défiance à son égard et une préférence électorale pour l’implication de son Premier ministre, ne l’ont pas empêché de continuer à espérer pour le 30 juin et le 7 juillet en accablant le Nouveau Front Populaire sous le reproche d’être « totalement immigrationniste » et de permettre le changement de sexe en mairie, ce qui lui a valu le grief « de se vautrer dans une transphobie crasse ». La conséquence saumâtre de son désaveu au sein de son propre camp est qu’on ne veut plus l’entendre parler même lorsqu’il dit des choses justes et cinglantes !

Derrière cette lutte politique qu’il doit mener, je ne doute pas que dans son for intérieur il s’interroge sur ce qu’il adviendra de lui si le RN a la majorité absolue – ce qui est peu probable – ou si l’Assemblée nationale se retrouve éclatée en trois groupes, donc ingouvernable.

Cette personnalité qui avait tant de dons, à qui tout souriait, commence un début de la fin sous d’autres auspices.

Libres propos d'un inclassable

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Les résistantes résistaient-elles autrement que les résistants?

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Le combat des femmes… Quand notre regard contemporain contemple l’histoire passée.


Bandeau « Amis des juifs » porté par Lucienne Artige en juillet 1942 © Mémorial de la Shoah/coll. Steg

L’exposition Résistantes ! s’ouvre sur une constatation : 1944, c’est l’année où les femmes obtiennent le droit de vote (à la grande crainte des communistes, rappelons-le, qui craignaient qu’elles ne votent “comme leurs maris ou leurs curés”): « Il y a 80 ans, les Françaises devenaient électrices et éligibles « dans les mêmes conditions que les hommes ». Cette entrée de plain-pied dans la citoyenneté par une ordonnance signée du général de Gaulle était alors présentée comme une reconnaissance officielle du rôle majeur joué par les femmes dans la Résistance. » 80 ans après la Libération, l’occasion était trop belle de confondre toutes les luttes dans une approche intersectionnelle et de chercher dans l’esprit de résistance de Françaises patriotes une volonté parallèle d’émancipation du patriarcat (« Pour les femmes, l’engagement résistant représente une double transgression : contre l’ordre allemand et celui de Vichy mais aussi contre l’ordre social des sexes. Résister au féminin c’est donc, au propre comme au figuré, franchir des lignes »), l’occupation allemande et les mœurs sociales françaises étant nanties d’un même coefficient d’oppression, notamment parce que les autorités françaises comme allemandes renâclaient à traiter les femmes comme les hommes, signe évident de l’infériorisation sociale des femmes, la frontière des genres ne s’abolissant que pour les communistes (on se situe après la fin du pacte germano-soviétique, n’est-ce pas), précurseur donc des luttes féministes à venir.

Code imprimé sur un mouchoir de soie de Brigitte Friang. Ces codes sont utilisés pour crypter les communications radio entre la centrale de transmission en Grande-Bretagne (Home Station) et les opérateurs radio sur le terrain (Outstations). Ces suites de chiffres imprimées sur un mouchoir de soie sont autant de clés détruites après utilisation (c’est pourquoi le bas du document est déchiré). © Coll. Musée de la Résistance Nationale à Champigny-sur-Marne (AAMRN) – Fonds Élizabeth Friang, dite Brigitte Friang

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Comment dire ? Ce n’est pas totalement convaincant, même si, bien sûr, constater qu’il n’y a que six femmes parmi plus de mille Compagnons de la Libération interroge, de même que la relative difficulté à se faire reconnaître comme résistante après la guerre : « l’affirmation de femmes-individus affranchies est minorée à l’identique par la répression et la reconnaissance tant elle heurte encore les représentations dominantes du féminin », a écrit dans sa thèse Catherine Lacour-Astol, commissaire de l’exposition. C’est d’autant moins convaincant qu’on sent un parti-pris “progressiste” dans le choix des profils mis en avant. Pourquoi, par exemple, ne pas faire la part très belle à Marie-Madeleine Fourcade, qui dirigea le réseau Alliance – qui avait le tort de ne pas être gaulliste ni communiste, c’est vrai ? Pourquoi ne pas voir que nombre de résistantes le furent pour des raisons patriotiques, conciliant sans troubles de genre le ménage et l’acheminement des messages, la préparation du fricot et la manipulation de la radio ?

Mais ces réserves ne suffisent pas à amoindrir l’intérêt de l’exposition qui décrit avec des documents nombreux et émouvants par leur banalité même une résistance en effet féminine, sans éclat mais non pas sans danger, celle de la vie quotidienne, de la lutte contre la faim, de la rébellion contre le rationnement, avec ses manifestations encourageant le vol (qui valut à « la mégère de la rue Daguerre », Lise London, militante communiste appliquant saint Thomas1, d’être déportée) ; celle aussi de l’hospitalité, puisque les foyers qui accueillent des aviateurs anglais ne peuvent le faire qu’à condition que les femmes les prennent en charge, dans l’esprit (patriarcal) des autorités d’occupation, ou parce que les communautés religieuses catholiques sont mobilisés, comme celles des sœurs du Très Saint Sauveur de Niederbronn (Bas-Rhin) ou de Notre-Dame de Sion (Isère), les religieuses en cornette (ou non) cachant et transportant enfants juifs, aviateurs alliés, mitraillettes et grenades.

Pistolet cal. 6.35 et son étui ayant appartenu à Anne-Marie Mingat-Lerme, alias « Mimi Mingat » lorsqu’elle était agent de liaison dans le Grésivaudan. © Cliché Denis Vinçon. Coll. Musée de la Résistance et de la Déportation – Département de l’Isère, inv. 2015.02.01

L’exposition nous plonge dans ce quotidien, avec les placards allemands, les tracts clandestins, les armes de poing glissés dans des étuis féminins, le sac à main à double-paroi de Lise London, justement, sac confectionné par l’agent de liaison Nelly Schweig et dont le secret ne fut pas détecté lors des huit jours d’interrogatoire que subit Lise London en août 1942. Tout est anodin, fragile, dérisoire – et prenant, jusqu’aux poupées que les résistantes emprisonnées s’offrent, avec cet appétit de normalité que connaissent tous les embastillés : la résistance s’incarne dans le fait de reconquérir une vie qui ignore les murs et leurs interdits. Entre beaux portraits, documents émouvants et réalité minutieusement décrite, Résistantes ! fait vivre une Résistance modeste, reléguée et pourtant aussi décisive. Elle n’a pas besoin d’être badigeonnée de féminisme pour mériter notre respect.

Résistantes ! jusqu’au 13 octobre 2024. Musée de l’Ordre de la Libération, Hôtel des Invalides. 15€.


  1. « En cas de nécessité, toutes les choses sont communes » (In necessitate sunt omnia communia : IIa-IIae, q.66, a.7) ↩︎

Aux armes, citoyennes!

Des rassemblements féministes contre le RN ont eu lieu ce week-end. Un antifascisme d’opérette. Sans vraiment croire à ce qu’elles racontaient, les militantes ont défilé contre le parti de Marine Le Pen, laquelle serait une réincarnation sournoise du patriarcat. C’est que cela fait toujours plaisir aux militantes de se retrouver pour se répéter à quel point on est meilleur que les autres.


Après les artistes, les sportifs, les pêcheurs à la ligne ou les abonnés au gaz, sans oublier, ce qui est plus problématique, des diplomates pétitionnaires, c’était hier aux féministes de se produire dans le grand cirque antifasciste.

La politique « nataliste » du RN dénoncée

Ulcérés que Jordan Bardella s’adresse aux femmes, propriété privée de la gauche, 200 syndicats et associations biberonnées à l’argent public ont rassemblé quelques milliers de manifestants en France : c’est assez révélateur de leur capacité de mobilisation et de leur représentativité.

La liturgie est rodée depuis des années. Si les forces du mal l’emportent, de multiples plaies s’abattront sur nous. Notamment, un recul du droit des femmes et des LGBT (bien que le rapport ne soit pas forcément évident).

A lire aussi: Jordan Bardella: «Je suis l’enfant de la génération 2005-2015»

Marine Le Pen renverra les femmes à la maison, elle reviendra sur l’IVG. Son projet, selon Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes, c’est « Travail-Famille-Patrie ». Rien que ça ! De son côté, la présidente du Planning familial Sarah Durocher est également très remontée. Elle craint de voir baisser la subvention publique, et se demande si la promotion du transgenrisme ou de l’homme enceint qui fait partie des missions que lui délègue l’État, est un crime de lèse-féminisme. Le pire pour les militantes, c’est que Bardella parle de politique nataliste : « On a pu entendre qu’il fallait faire des enfants. Donc évidemment qu’on est très inquiètes », peste Mme Durocher. Faire des enfants, vous rendez-vous bien compte ? Aux armes, citoyennes!

On blague, mais n’y a-t-il pas quelque inquiétude à avoir ?

Il est vrai qu’il y a dix ans, Marine Le Pen voulait dérembourser les avortements dits de confort. Elle y a renoncé. Certes, il y a au RN des croyants qui ne sont pas des fanatiques de l’IVG (et il y en a d’ailleurs dans les autres partis politiques, aussi). Mais ils ne réclament pas qu’on revienne sur ce droit.

En tout cas, les femmes sont maso ou ingrates avec cette gauche qui veut leur bien. Car il y a une exception française. Partout en Europe, nous apprend Frédéric Dabi de l’IFOP, le vote féminin se porte plus à gauche et moins envers les partis populistes ou de droite nationale. Mais en France, les femmes sont légèrement plus nombreuses que les hommes à avoir voté Bardella (32 contre 31 %) ! Pour expliquer cette exception française, on nous parle du pouvoir d’achat.

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Moi, j’ai le sentiment qu’alors que la gauche unie s’entête dans le déni, fustigeant éternellement le mâle blanc et récusant tout rapport entre insécurité et immigration, les femmes savent par qui elles se font harceler dans la rue ou les transports ; elles savent aussi que c’est dans certaines mosquées salafistes et pas dans les réunions RN qu’on peut entendre qu’un homme a le droit de battre sa femme. Elles savent enfin que les femmes souffrent plus en Iran qu’en Hongrie, quelles que soient les critiques que l’on peut formuler à l’endroit de Viktor Orban.

Alors beaucoup préfèrent le prétendu patriarcat que représenterait le RN aux compromissions islamo-gauchistes. Et il reste amusant de noter que ce parti si patriarcal pourrait en réalité être le premier à envoyer une femme à l’Élysée !


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Retrouvez Elisabeth Lévy du lundi au jeudi dans la matinale de Patrick Roger

Toute oraison funèbre en cache une autre

Notre chroniqueur vieillirait-il? Le voici apparemment obsédé par le sentiment de sa finitude, et si, comme il le dit, une oraison funèbre est en même temps celle de celui qui la prononce, son étude de la superbe évocation, par Pierre Mari, de l’ami disparu auquel il n’a pas sauvé la vie est quelque part l’amorce du discours que nous prononcerons un de ces jours à ses obsèques.


Au fur et à mesure que l’on vieillit, les amis qui vous jouent le vilain tour de disparaître avant vous vous chargent, explicitement ou non, de dire quelques mots sur leur cercueil. De ces mots qui en théorie permettent de visser définitivement le couvercle.

Exercice bien difficile que de dire, sous le coup de l’émotion, tout le bien (ou le mal) que l’on pense du cher disparu. Quand de surcroît il s’agit d’un ami de trente ou quarante ans, avec lequel vous avez vécu le meilleur (la jeunesse) et une partie du pire (la lente glissade vers la chute), l’opération est bien délicate.

Pierre Mari, qui a parfois travaillé pour Causeur et que je connais depuis quarante ans, a donc perdu son plus proche copain — et j’emploie intentionnellement ce mot au sens que lui donnait Jules Romains dans son roman éponyme, ces « copains » de fin d’adolescence, rencontrés juste après le Bac sur les bancs de la fac ou l’enfer (supposé) d’une classe prépa.

Bref contournement autobiographique. C’est une expérience que j’ai vécu au début des années 1990, quand un condisciple que je traînais depuis l’hypokhâgne a cru bon de céder aux instances d’un virus à la mode. Nous avions tout partagé en binôme, la même thurne à l’ENS et les créatures qui y passaient. Nous avions passé la même agrégation, conçu ensemble des livres qui firent date, nous nous étions fait, au-dessus d’innombrables bouteilles de crus estimables, ces confidences dérisoires qui cimentent une vraie amitié. Comment résumer en dix minutes trente ans d’orgies et de franches lippées, comme dit La Fontaine ?

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On comprend bien que le grand genre de l’oraison funèbre classique, celle que Bossuet par exemple concocta pour le Prince de Condé, ne peut servir d’inspiration. Nous sommes ici dans l’intime, l’impalpable — l’indicible qu’il faut bien formuler. Il en est de l’amitié comme de l’amour : « Parce que c’était lui, parce que c’était moi », dit très bien Montaigne de sa relation avec Etienne de la Boétie, parti lui aussi bien trop tôt.

L’écrivain Pierre Mari, lors d’une conférence en juin 2019. Université Réelle (Montpellier) Capture Youtube

Pierre Mari adopte donc le ton de la lettre intimiste, adressée à un « tu » rattrapé par un crabe qui courait plus vite que lui, bien qu’il marchât de travers. Vieillir, ce n’est pas seulement décatir, radoter et perdre de l’acuité visuelle, c’est aussi être convoqué, de plus en plus souvent, au dernier terminus des copains — auxquels on en veut un peu confusément, et qui se seraient sans doute dispensés de nous imposer une balade au crématoire du cimetière Saint-Pierre ou au funérarium du Père Lachaise.

Et d’évoquer, par exemple, les rituels de bizutage de l’hypokhâgne : « La tradition voulait qu’avant le rituel collectif, qui aurait lieu le lendemain matin, les nouveaux internes reçoivent l’un après l’autre la visite des anciens. En quelques phrases condescendantes, l’évidence du néant où ils pataugeaient leur était assénée : néant où ils resteraient jusqu’à la cérémonie du baptême — néant où ils redeviendraient s’il leur prenait l’envie, à l’issue de l’hypokhâgne, d’abandonner les lettres pour le droit ou tout autre filière d’infamie ». Une jolie tradition interdite par Ségolène Royal, et c’est bien dommage.

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Classes d’aspirants à l’ENS, majoritairement féminines, où Pierre Mari, qui pense mal (voir son évocation de Pierre-Guillaume de Roux, éditeur corsaire qui venait de sortir En pays défait juste avant de mourir) croit se souvenir que « la ligne de partage entre insolence et conformisme recoupait celle des sexes ». Ciel ! Supposer — ce que nous savons tous — que les filles sont plus scolaires que les garçons ! Lançons vite un signalement #MeToo !

Le titre de ce court texte, Guerroyant, est en soi un programme. Comme l’a très bien vu Samuel Piquet dans Marianne, le participe présent fait l’économie du passé — étant entendu que le passé, c’est justement ce qui ne passe pas, et qui reste en travers de la gorge. L’ami disparu continue, d’outre-tombe, à distribuer les gnons et les coups de pied au cul — à Mari lui-même, à qui il arrive, comme à tous les vrais écrivains, de douter et de récuser les mots qui se refusent à lui.

Second contournement autobiographique. Avec le même copain trop tôt disparu, nous collectionnâmes les jolies hypokhâgneuses, nous envoyant en cours le lendemain des petits mots où étaient relatés le comment et dans quelles positions, avec notation des diverses acrobaties ou maîtrise du réflexe buccal, au grand dam des intéressées. L’une de ces missives, interceptée par le prof de Lettres, le fit rougir jusqu’aux oreilles. Ce n’était pas très élégant, mais bon, j’avais 16 ans, et la performance stylistique (comment dire élégamment de telles incongruités) l’emportait sur toute autre considération.

A lire aussi, du même auteur: L’antisémitisme, est-ce normal? Non, c’est Normalien!

Évidemment, le panégyrique de l’ami est une façon de « le garder encore un peu ». Tant qu’on en parle, il n’est pas tout à fait mort. Une façon aussi de se colleter à ce scandale : « Je l’ai tellement cru indestructible… » C’est enfin une façon de se préparer à son propre néant. « Je hume ici ma future fumée », dit très bien le poète.

Troisième contournement : pour ne pas mettre les amis (s’il m’en reste) dans le souci de trouver les phrases adéquates, j’ai récemment écrit l’intégralité de mon adieu à ce monde et aux gens qui seront là — peut-être. À charge à eux de trouver un diseur qui ne soit pas tributaire de ses émotions. Un acteur professionnel m’ira très bien : moins on est impliqué, et mieux on le dit.


Pierre Mari, Guerroyant, les éditions Sans Escale, avril 2024, 111 p.

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Aux urnes, citoyens!

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DR.

Après un bref passage par l’isoloir, cette sorte de confessionnal profane où, juste avant le geste décisif et pour quelques instants, on peut enfin s’offrir le vrai luxe de n’être pas sous influence, on se dirige enveloppe en main vers l’urne et sa garde d’exemplaires citoyens plus ou moins commis d’office.

L’urne. Pas grand-chose. Juste un cube, traditionnellement en bois. Aujourd’hui, obsession de la transparence oblige, il est fait d’une matière qui permet d’en voir le contenu, de s’assurer qu’aucun génie malveillant et truqueur ne s’y cache. Ce nouveau modèle se veut technologiquement avancé puisque le voilà muni d’une poignée qu’on abaisse pour faire passer l’enveloppe du vote. Cela lui donne un petit air de machine à sous, de bandit manchot. On ne confondra pas pour autant le jeu démocratique avec celui du casino. Quoique… Pour l’élu, celui qui est parvenu à la remplir, cette urne, ce qui l’attend au bout du bout n’est pas loin de ressembler une sorte de Jackpot. Echarpe tricolore, cocarde au pare-brise, place numérotée à l’Assemblée, salut militaire du garde champêtre, place de choix au bal des pompiers, etc. Considération assurée, du moins jusqu’à une époque récente. Aujourd’hui, l’affaire est moins simple. L’élu devient lui-même fort souvent une espèce d’urne sur pattes dans laquelle viennent se déverser les ressentiments, les colères, les insatisfactions, les rancoeurs de ses concitoyens. Pauvre de lui.

À lire aussi, Elisabeth Lévy: Aux armes, citoyennes!

Pour les recalés du scrutin aux ambitions réduites en cendres, on peut dire que ce cube vire d’un seul coup d’un seul à l’urne funéraire. Elle l’est aussi fort souvent, du moins à ce que prétendent les ronchons de profession, pour les espérances – si souvent déçues – de l’électeur, le pauvre bougre qui s’est laissé gagner par l’ébriété de la foire aux promesses d’avant scrutin.

Il n’empêche, y glisser son mot demeure bel et bien le geste à la fois le plus simple et le plus sacré de la vie démocratique. On ne s’en privera donc pas…

La Marge Brute d’Autofinancement, arbitre des programmes économiques 2024

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Eric Coquerel et Boris Vallaud du "Nouveau Front populaire" ont présenté des mesures économiques inquiétantes devant le MEDEF à Paris, 20 juin 2024 © Philemon Henry/SIPA

La marge brute d’autofinancement (MBA) des entreprises françaises s’est dégradée de façon lente mais inexorable depuis trois décennies, sous la pression fiscale et sociale publique. 1 000 milliards d’euros de décalage de production de richesse sur une décennie. C’est l’explication de l’insuffisance des moyens financiers des entreprises françaises par rapport aux entreprises allemandes pour financer leurs développements industriels, leurs développements commerciaux à l’exportation, le paiement de bonnes rémunérations à leurs salariés, la promotion de formations adaptées ainsi que le soutien de la recherche et de l’innovation du pays. C’est ainsi une des principales explications de la perte de compétitivité de la France et de la dégradation du pouvoir d’achat des Français. Les programmes économiques pour les élections législatives sont ici analysés sous le prisme de leur impact sur la MBA. Les conclusions sont claires et sans appel.


La MBA, un concept macro-économique peu glamour

MBA : Marge Brute d’Autofinancement des entreprises. Pas très glamour comme concept ! De plus, il s’agit d‘un agrégat de comptabilité nationale et non de comptabilité privée. Donc, encore plus incompréhensible pour le commun des mortels.
Les économistes attitrés – à part quelques individualités comme Christian Saint-Étienne, par ailleurs membre du shadow cabinet d’Éric Ciotti au temps où LR n’était pas encore éclaté – ne suivent pas vraiment cet agrégat économique. Il est proche de l’EBE (excédent brut d’exploitation) de la comptabilité privée, qui est lui même le presque équivalent du célèbre EBITDA anglo-saxon (Earnings Before Interest, Taxes, Amortization and Depreciation, cela ne s’invente pas) des business plans – plans d’affaires en bon français – qui ont envahi les sphères publiques et privées de notre pays.

La meilleure illustration du lent et inexorable déclin français

Pourtant, l’évolution de la MBA des entreprises françaises traduit et exprime le lent et inexorable déclin du pays depuis trois décennies. Personne n’en parle, sinon des structures d’analyse économique internationales confidentielles, dédiées aux grands investisseurs institutionnels, telles que celle de Charles Gave, dont les travaux sont mis en avant en France par l’Institut des Libertés. Analyses connues par quelques grands groupes français. Largement ignorées par la sphère publique.
Quels sont les enseignements de l’analyse de l’évolution de la MBA des entreprises françaises sur une longue période ?

A lire aussi, Laurent Alexandre: Vers un grand remplacement cognitif?

1 000 milliards d’euros d’appauvrissement sur une décennie

En premier lieu, la MBA des entreprises françaises a régressé de 18 % depuis 1990 (24 % du PIB en 1990, 19,7 % en 2023). Sur la base des données 2023, ceci représente 120 milliards d’euros en moins par an pour les entreprises françaises. Une paille. Au-delà de la brutalité de ces données quantitatives, ceci signifie que les entreprises françaises ont tout simplement perdu d’importantes capacités d’investir, d’innover, de rémunérer leurs salariés et de recruter, pour des raisons qui tiennent aux conditions économiques, fiscales et sociales propres à la France. Sur dix ans, ceci correspond à un décalage de richesse économique de plus de 1 000 milliards d’euros, soit un tiers de la dette publique ou encore, les deux-tiers des salaires français annuels.

Graphique: Institut des Libertés

Plus de 500 milliards d’euros annuels de moindre richesse par rapport à l’Allemagne

En second lieu, si l’on compare les évolutions de nos grands partenaires, la MBA annuelle des entreprises allemandes est passée de 22 % du PIB en 1990 à 24,9 % aujourd’hui, soit 1 026 milliards d’euros pour l’Allemagne contre 553 milliards d’euros pour la France, près de deux fois plus. Pour l’Italie, la MBA est passée de 24 % en 1990 à 20,5 % en 2013 puis est remontée à 25,4 % aujourd’hui, soit 530 milliards d’euros, une forme d’effet Draghi/Meloni. Ainsi, les entreprises italiennes enregistrent le même niveau de MBA en volume que les entreprises françaises ! Enfin, les chiffres des États-Unis donnent le vertige : de 16 % en 1990, la machine à produire de la richesse américaine propulse la MBA à 22,7 % du PIB aujourd’hui, soit 5 511 milliards d’euros, cinq fois plus que l’Allemagne, ce qui est en proportion des populations, mais 10 fois plus que la France. Nous touchons là la clé du problème français en matière de pouvoir d’achat, d’emploi, de compétitivité et de décalage technologique, corrélé avec la faible productivité française. Et aussi la problématique du PIB par habitant, où la France est  10 % en dessous de l’Allemagne et 39 % en dessous des États-Unis.

Graphiques: Institut des Libertés

La MBA explique le chômage incompressible français

En troisième lieu, il existe une corrélation entre l’évolution de la MBA et le chômage. Le graphique qui suit est éloquent. Il peut contribuer à l’explication d’un socle incompressible de chômage en France, à un niveau plus élevé que ses partenaires immédiats (France : 7,3 %, Allemagne : 3,2 %, Royaume-Uni : 4,3 %, Italie : 7,2 %, OCDE : 4,9 %, États-Unis : 3,8 % ; données OCDE mars 2024). Les économistes attitrés n’ont pas d’explications satisfaisantes, sinon d’indiquer que la formation professionnelle française n’est pas adaptée, ce qui est un peu court.

Graphique: Institut des Libertés

Le poids de l’État plombe le retour à la croissance

Enfin, et c’est l’enseignement le plus frappant, il existe une corrélation entre l’évolution de la MBA des entreprises et le niveau des prélèvements obligatoires, avec un impact négatif puissant sur la croissance. L’incorrigible propension française à créer des impôts et des ponctions sociales depuis quatre décennies, qui aboutit aujourd’hui à ce que le pays soit le plus imposé au monde, se traduit par une faiblesse structurelle des marges des entreprises. Les entreprises ne peuvent dès lors pas rémunérer et former correctement leurs salariés. Elles sous-investissent. La croissance est plombée par le poids de l’État dans l’économie, ce qui explique que la France se situe durablement sous son niveau de croissance naturelle. Georges Clémenceau ne disait-il pas déjà en 1886 : « La France est un pays extrêmement fertile : on y plante des fonctionnaires et il y pousse des impôts ».

Graphique: Institut des Libertés

Qui en parle ? Personne. Normal, la classe politique française n’est pas vraiment en mesure de se pencher sur les vrais sujets économiques, à l’exception de quelques personnalités de gauche et de droite qui se comptent sur les doigts d’une main.


Les programmes économiques 2024  à travers le prisme de la MBA

Les divers programmes économiques présentés lors des élections législatives de juin/juillet 2024 peuvent être utilement analysés selon cette grille de lecture de la MBA des entreprises.

Le Nouveau Front Populaire et le multiplicateur keynésien négatif

L’économiste Thomas Piketty © LCHAM/SIPA Numéro de reportage: 00684113_000001

Commençons par le Nouveau Front Populaire (NFP). Relance keynésienne, effet multiplicateur sur la croissance, SMIC à 1 600 € net par mois, ponctions sur les 223 milliards d’euros d’aides bénéficiant aux entreprises, 14 tranches d’impôt sur le revenu avec la quatorzième à 90 %, rétablissement d’un ISF dur à vocation climatique. Faire payer les riches et redistribuer aux pauvres. Quant à la dette publique, le stock n’est pas un problème « car, c’est bien connu, personne ne le rembourse ». Seule la charge d’intérêt, le flux donc, doit faire l’objet de vigilance. 125 milliards de dépenses supplémentaires entièrement compensés par des impôts supplémentaires, et, à terme, les retombées fiscales de la relance keynésienne. Il faut reconnaître une certaine cohérence intellectuelle à ce programme, préparé avec l’appui d’économistes stars (Thomas Piketty, Esther Duflo, Gabriel Zucman).
Une seule remarque : le multiplicateur keynésien devient négatif lorsque le niveau des prélèvements obligatoires dépasse un certain seuil. Et nous y sommes depuis 2009. C’est ce que Keynes – qui était un libéral et non un social-démocrate – appelait la trappe à dettes. Pour le dire différemment, les dépenses publiques sont entrées dans la zone des rendements décroissants.  Une forme d’externalité négative de la dépense publique.
Dès lors, le programme du NFP est inéluctablement voué à l’échec, avec la funeste conséquence d’un appauvrissement global du pays. Saluons à cet égard l’économiste Olivier Blanchard qui a su prendre ses distances avec ce programme.

Graphique: Institut des Libertés

La majorité présidentielle dans le bon sens mais un peu tard

Ensuite, le programme de la majorité présidentielle.
Il intègre la nécessité de faire baisser les prélèvements obligatoires et affiche une réduction programmée du déficit budgétaire et de la dette publique dans la durée. Aucun impôt supplémentaire. Baisse des impôts de production. Néanmoins, une maîtrise des dépenses publiques. Cela va évidemment dans le bon sens. Mais c’est un peu tard, après la génération de 900 milliards de dettes supplémentaires en sept ans.

Un RN prudent qui s’est converti au sérieux budgétaire

Enfin, le programme du RN. Remarquons d’abord que le cœur du programme économique de la présidentielle 2022 n’avait pas été affiché dans sa globalité en son temps, pour diverses raisons conjoncturelles (irruption d’Éric Zemmour en septembre 2021, campagne de Valérie Pécresse en décembre 2021, guerre en Ukraine en février 2022). La trajectoire des finances publiques y avait été planifiée sur 10 ans : déficit budgétaire primaire passant à zéro dès 2026, dette publique stabilisée jusqu’en 2027 puis décroissante en proportion du PIB à partir de 2028, baisse drastique des prélèvements obligatoires qui passent en dessous de la barre symbolique des 40 % du PIB en 2030.

A lire aussi, Charles Gave : Abolissons les banques centrales !

Aujourd’hui, deux ans plus tard, la situation de la France a changé, ce qu’attestent la dégradation de la notation financière française et la procédure pour déficit excessif lancée par la Commission européenne. Toutes les mesures « zakouskis » de la présidentielle ne sont dès lors plus à l’ordre du jour (exonération d’impôt sur le revenu et sur les sociétés pour les moins de trente ans,…). Seules subsistent des mesures majeures pour le pouvoir d’achat : baisse de la TVA sur les produits énergétiques et dispositif de soutien des augmentations de salaires supérieures ou égales à 10 %. Ces mesures, compensées sur un plan budgétaire, correspondent à des baisses de prélèvements obligatoires sans augmentation de la dette publique et vont dès lors  dans le bon sens, du point de vue de la grille d’analyse exposée ci-dessus. Et à n’en point douter, l’efficience relative des mesures sera prise en compte lors des arbitrages budgétaires opérationnels futurs…
À titre anecdotique, il est pour le moins notable que la proposition du RN d’exonération des cotisations patronales pour les augmentations salariales supérieures ou égales à 10 % (pour les salariés en-dessous de 3 fois le SMIC), est plus vertueuse que la prime Macron pouvant aller jusqu’à 10 000 € sans charges sociales : la mesure RN rapporte quand même les cotisations sociales employés, sans effet d’aubaine globalement, avec un choix de l’entreprise en fonction de ses capacités à conférer du pouvoir d’achat à ses salariés sans déstabiliser sa trésorerie (l’Institut Montaigne n’a pas, en l’espèce, correctement intégré les caractéristiques du dispositif pour établir son estimation de coût, à hauteur de 800 M€ par an) ; la prime Macron, quant à elle « one shot », se substitue à du salaire courant et donc coûte immédiatement les cotisations sociales non acquittées (2 milliards d’euros par an).

Un fonds souverain pour les investissements de bien commun qui permet de sortir de l’étau de la dette et du déficit

Enfin, les caractéristiques techniques du fonds souverain de 500 milliards d’euros, constitué progressivement sur cinq ans, annoncé à l’automne 2021, n’ont pas été dévoilées à ce stade. Notons simplement qu’il a vocation à financer les 100 milliards d’euros d’investissements annuels de bien commun (transition environnementale, infrastructures, innovation/recherche, fonds propres des PME) sans augmenter la dette publique et le déficit budgétaire. Avec l’effet d’un multiplicateur keynésien positif et non négatif, car sans augmentation des prélèvements obligatoires. Au bénéfice de la croissance française.
Espérons donc que les femmes et hommes politiques, quel que soit leur bord, intègrent à l’avenir les enseignements lumineux que les analyses de la MBA française et du multiplicateur keynésien effectif apportent à la définition d’une politique économique française pertinente.


La Lettre aux Français de Macron: comme une bouteille à la mer…

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La députée RN sortante Caroline Parmentier en campagne pour les prochaines élections législatives à Neuve-Chapelle (62), le 22 juin 2024. DR.

Toute une France humiliée est actuellement portée par le vent de l’histoire, estime notre chroniqueur, qui prévoit qu’elle n’a pas fini de se faire entendre…


Bis repetita : la colère française, que j’annonçais sans grand risque de me tromper dans les européennes du 9 juin, mettra à nouveau les points sur les i, ce dimanche. Et encore le 7 juillet, pour le second tour des législatives. La raison en est simple : les Français excédés ont de la suite dans les idées. 

Le président et les « cloportes »

Les intimidations morales des médias ne fonctionnent plus. D’autant que la « gauche divine » des années 80 a muté en un Front de la honte mêlant des courants sectaires, violents, antisémites, anti-Français. Le parti présidentiel risque de laisser d’autres plumes, singulièrement face au bloc national RN-Ciotti. « Je ne suis pas aveugle », assure Emmanuel Macron dans une Lettre aux Français diffusée dimanche. En réalité, son narcissisme le détourne des réalités. Il se persuade encore de pouvoir susciter le « sursaut » autour de sa personne. Les historiens auront d’ailleurs à se pencher sur son cercle si médiocre (« des cloportes », a dit Bruno le Maire) qui, dit-on, l’a encouragé à dissoudre l’Assemblée dès l’échec du 9 juin pour son camp. 

A lire aussi, Didier Desrimais: Petit tour d’horizon des inquiétudes du «monde de la Culture»

Le chef de l’Etat va, très probablement, perdre dimanche de n’avoir su admettre, depuis la révolte des gilets jaunes, que le pays fâché lui échappe et que la démocratie n’est pas la tyrannie des minorités mais l’expression du plus grand nombre. Cette déconnexion, souvent dénoncée ici, explique la crise politique que Macron a accélérée par dépit, à la veille de l’ouverture des Jeux Olympiques de Paris. Le pire qui pourrait advenir serait, en cas de large victoire de Jordan Bardella, de voir la gauche insurrectionnelle, soutenue par des sociaux-démocrates à la ramasse, contester la démocratie dans une guerre des rues.

Face à une hégémonie perdue, chacun joue sa petite musique

Le vent de l’histoire a quitté le camp du Bien. Il paie d’avoir trop longtemps méprisé les gens ordinaires au nom de ses utopies. Gérald Darmanin, ce lundi sur RTL, a rappelé sa sympathie pour « le bon peuple ». Mais, pour la macronie, il est trop tard pour s’amender auprès de lui. La dynamique porte la droite pragmatique et ses anciens parias. « Une vogue philosophique s’impose comme une vogue gastronomique : on ne réfute pas plus une idée qu’une sauce », remarquait Cioran. De fait, les alertes du système unanime sur le retour d’une « extrême droite » qui porterait la moustache d’Hitler sont pathétiques. Ces peurs agitées ne sont plus comprises, majoritairement, que comme un procédé de la gauche paniquée pour tenter de sauver un peu de son hégémonie perdue.

A lire aussi : Gabriel Attal ne veut plus être le «petit frère» d’Emmanuel Macron

Le doute s’est d’ailleurs installé dans les rangs des plus lucides des « progressistes ». Samedi, sur LCI, l’acteur-réalisateur de gauche Mathieu Kassovitz a dérogé à l’esprit moutonnier de son camp en déclarant que le RN avait « peut-être sa place en France » et que « c’est peut-être une expérience à essayer ». Le 15 juin, dans Libération, Ariane Mnouchkine, créatrice du Théâtre du Soleil, a notamment reconnu, au nom de la gauche culturelle : « On a lâché le peuple (…) Quand les gens disaient ce qu’ils voyaient, on leur disait qu’ils se trompaient, qu’ils ne voyaient pas ce qu’ils voyaient (…) Puis comme ils insistaient on leur a dit qu’ils étaient des imbéciles, puis (…) on les a traités de salauds. On a insulté un gros tiers de la France par manque d’imagination (…) »

C’est cette France humiliée, que la gauche persiste à traiter de fasciste alors qu’elle-même s’abîme dans l’intolérance, qui va encore faire parler d’elle dimanche. Ce n’est pas fini.

Journal d'un paria: Bloc-notes 2020-21

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Les clés d’un scrutin historique: vers une majorité absolue du RN?

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Eric Ciotti (LR) et Marine Le Pen (RN), hier, à Paris © NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Si les sondeurs se refusent à considérer la victoire avec une majorité absolue du bloc de droite dirigé par Jordan Bardella comme la plus probable, le scénario n’est plus écarté. Mais où sont passés les électeurs d’Emmanuel Macron ? L’abstention différentielle: voilà la principale clé des élections législatives anticipées.


Le Rassemblement national caracole désormais plus que jamais en tête des sondages. Il n’a jamais été aussi fort dans la vie politique française que ces dernières semaines. Tous les jours, les « rollings » IFOP, Harris ou Odoxa font montre d’une progression légère mais bien réelle du bloc de la droite, qui, après une première semaine post-dissolution de recomposition politique des droites au forceps, avance derrière le rouleau-compresseur Bardella. Un demi-point par-ci, un demi-point par-là, et voilà l’union des droites menée par le Rassemblement national à 37 % au premier tour1. L’arrivée de Marion Maréchal et des principaux cadres Reconquête aura mécaniquement accordé quelques centaines de milliers de précieuses voix à cette Union des droites, ainsi que celle de l’aile ciottiste des Républicains. De quoi d’ailleurs rappeler la fameuse « vague bleue » de 1993 qui avait conduit Edouard Balladur à Matignon et provoqué la seconde cohabitation de François Mitterrand.

Pour autant, la victoire avec une majorité absolue de plus de 289 députés est-elle d’ores et déjà assurée ? Les élections législatives ne sont pas un scrutin à la proportionnelle mais l’addition de 577 scrutins majoritaires présentant de plus ou moins forts particularismes locaux. Elles sont donc extrêmement difficiles à pronostiquer. Nous pouvons néanmoins dès maintenant observer des tendances lourdes. Analyse et hypothèses.

Le score aux européennes du Rassemblement national est une anomalie sous la Vème République

L’ampleur de la victoire du Rassemblement national aux élections européennes fait figure d’anomalie dans l’histoire des élections sous la Vème République. Un petit exemple permettra de l’illustrer. A l’élection présidentielle de 2022, Marine Le Pen a recueilli 8.133.828 voix pour 23,15% des suffrages exprimés… soit à peine un peu plus que le score de la liste dirigée par Jordan Bardella en juin qui a enregistré 7.765.936 voix pour 31,37% des suffrages exprimés. Le résultat est colossal, historique. En effet, les deux élections présentaient des enjeux fort différents et une baisse d’un million de voix aurait été parfaitement logique. La capacité du Rassemblement national à mobiliser son électorat d’une élection sur l’autre s’explique par un dicton populaire : l’appétit vient en mangeant.

De fait, les élections législatives de 2022 ont montré aux électeurs de Marine Le Pen de la présidentielle qu’ils pouvaient gagner des scrutins majoritaires à deux tours dans un contexte hostile et avec alors peu de réserves de voix. Après plusieurs décennies de frustration et une domination peu payante sur la vie politique française depuis 2012 – malgré la prise de mairies sous le quinquennat Hollande et des résultats impressionnants aux européennes, aux régionales et aux cantonales de 2014-2015 -, les électeurs du Rassemblement national ont saisi l’opportunité offerte par un pouvoir de plus en plus impopulaire qui avait pris soin de les exclure de la prise de décision. C’est ainsi qu’il faut interpréter leur civisme nouveau. Autre raison : cet électorat a vieilli, s’est transformé sociologiquement. Il pèse désormais presque autant que la majorité présidentielle dans les segments âgés et chez les femmes, deux catégories civiques qui vont voter et subissent pleinement l’insécurité physique comme matérielle propre à notre société actuelle.

En outre, le parti Reconquête a perdu des électeurs entre 2022 et 2024. En 2022, Zemmour réunissait sous son nom 2.485.226 Français alors que la liste conduite par Marion Maréchal en 2024 n’a compté que sur 1.353.127 électeurs. Il est probable que ces 1.132.099 électeurs de Reconquête perdus se soient reportés en grand nombre sur Jordan Bardella, renforçant un peu plus cette domination qui a conduit à la dissolution de l’Assemblée nationale par le président Emmanuel Macron. Songeons que le Rassemblement national n’a perdu aux européennes que 3,8% de ses voix du premier tour de la présidentielle, c’est en réalité à analyser comme un gain2. Il y a néanmoins de fortes disparités régionales, parfois étonnantes du reste. Ainsi, la plus grosse hausse a été enregistrée à Paris, avec +19% de voix. Ce ne sont pas des circonscriptions gagnables. Dans le Nord-Pas-de-Calais, la formation de Marine Le Pen a perdu 15% de ses électeurs. Contre-intuitif ? Pas vraiment si l’on considère que l’électorat comme la répartition territoriale du Rassemblement national sont en train de s’homogénéiser, transformant un parti autrefois placé en marge et sectorisé en mouvement de masse.

En dehors des îlots urbains, le Rassemblement national arrive en tête dans tous les départements métropolitains. Il progresse et s’installe peut-être pour longtemps dans des endroits qui lui furent longtemps hostiles : le Centre, la Bourgogne, l’axe garonnais, le nord-est jusqu’à la Lorraine,  une partie de l’ancienne région Rhône-Alpes, la grande couronne parisienne ou encore la Haute-Normandie. Au deuxième tour de l’élection présidentielle, Marine Le Pen avait devancé Emmanuel Macron dans 158 circonscriptions. Ses candidats n’avaient finalement réussi à garder cet avantage « que » dans 88 d’entre elles. Il est fort à parier qu’hors exceptions, à l’image de la Corse qui envoie des régionalistes à l’Assemblée, le Rassemblement national puisse déjà compter sur cette base pour le 7 juillet prochain. Quid du reliquat d’environ 130 circonscriptions manquantes pour entrer à Matignon ?

Le centre a-t-il disparu ?

La question mériterait presque d’être reformulée : le macronisme a-t-il disparu ? Les électeurs de Macron forment le bloc central mais ils ne sont pas uniquement des centristes « historiques » ou chimiquement purs. Il y  a parmi eux un fort électorat des Républicains traditionnels et du Parti socialiste « strauss-khanien » et vallsiste disparu. En 2022, au premier tour de la présidentielle, 9.783.058 électeurs votaient pour Emmanuel Macron, soit 1.649.230 Français de plus que ceux qui s’étaient prononcés pour Marine Le Pen. Une différence non négligeable. En ajoutant à Emmanuel Macron les électeurs de Valérie Pécresse et Anne Hidalgo et à Marine Le Pen ceux d’Éric Zemmour et Nicolas Dupont-Aignan, les choses se rééquilibraient un peu mais l’avantage restait au président de la République. Au second tour, la chose était encore plus saillante avec 18.738.639 voix pour Emmanuel Macron contre 13.288.686 voix pour Marine Le Pen. 

D’où la question qui sera la clé du scrutin des législatives : où sont passés les électeurs d’Emmanuel Macron ? Valérie Hayer a enregistré 3.614.646 voix aux européennes, soit 6.168.646 voix de moins qu’Emmanuel Macron ! Raphaël Glucksmann a lui fait 3.424.216 voix, mais ses électeurs étaient loin d’avoir tous voté pour Emmanuel Macron en 2022, quelques-uns avaient choisi Hidalgo et d’autres étaient sûrement des déçus de Jean-Luc Mélenchon. Il est aussi possible qu’une petite proportion des électeurs macronistes ait voté pour Bellamy et que d’autres se soient reportés sur Jordan Bardella. Reste néanmoins un constat inévitable : lors des élections européennes, l’abstention différentielle a été extrêmement défavorable au camp présidentiel et très favorable au Rassemblement national.

Pourquoi ? Parce que le « macronisme » est grippé et a fini par lasser ses soutiens. Ses électeurs ont tout simplement trouvé les deux premières années de mandat confuses, voire chaotiques. Réforme des retraites, loi immigration ou émeutes ont perturbé un « centre » qui n’a plus su où donner de la tête. Le virage à gauche du début de quinquennat a déçu les plus droitiers, la tentative d’évolution à droite avec la nomination de Gabriel Attal au poste de Premier ministre a été perçue comme trop timorée à droite et presque « facho » par une gauche largement portée aux extrêmes.

Les élections législatives ne sont toutefois pas des élections européennes. L’enjeu y est différent. Il est toujours possible que ces millions d’électeurs disparus comme par magie reviennent aux urnes par « peur » du Front Populaire ou du Rassemblement national. Faute de quoi, le macronisme disparaitra de facto.

Le tsunami bleu marine ou le barrage multicolore ?

En 2021, j’écrivais dans Le Figaro Vox la chose suivante : « Il n’est pas dit que nous redeviendrons ce que nous fûmes sans un aggiornamento radical de nos pratiques politiques. La classe politique est à l’image de ses institutions ; déphasée. Le résultat est là sous nos yeux. La population est défiante, menaçant de se scinder en micro-communautés. En perdant des libertés, nous ne préservons pas la liberté: nous maintenons collectivement la résilience d’un Etat qui se perd et qui nous perd. L’état d’urgence démocratique implique de profonds bouleversements. Les lois d’exception ne peuvent plus être la norme. Le président ne doit pas pouvoir faire ce qu’il veut sans en référer à la représentation nationale. La représentation nationale doit nécessairement être pluraliste, ce qui s’accompagne d’une modification du mode de scrutin. Les députés à l’Assemblée nationale doivent donc être élus à la proportionnelle pour tenir compte de la diversité politique du pays. »

Faute d’avoir compris dès 2017, comme le lui suggérait François Bayrou, que la dissolution du PS et de LR demandait l’instauration de la proportionnelle, et faute d’avoir pris sérieusement en considération les thèmes portés par le Rassemblement national et des thèmes transversaux – tels que les libertés publiques ou la justice sociale entre les territoires -, Emmanuel Macron risque de plonger la France dans l’instabilité gouvernementale. Il aura eu tous les effets en pire des mesures politiques qu’il se refusait à prendre par peur des vieux marquisats de la politique locale et du peuple. Il est assez incroyable de l’entendre aujourd’hui agiter le risque d’une guerre civile alors qu’il a lui-même voulu la dissolution et que rien ne l’obligeait. Si on suit son raisonnement, Emmanuel Macron a mis sciemment les Français en danger. Il est aussi ahurissant de voir ces ministres battre la campagne … sur les pavés parisiens ou par visio-conférence auprès des Français de l’étranger, négligeant totalement la France de l’intérieur qui leur a envoyé de multiples messages au fil des ans.

Est-ce que les sortants Renaissance sont capables de se maintenir au second tour dans plus de 250 ou 300 circonscriptions pour bricoler une majorité à la sortie ? Rien n’est moins sûr tant ils sont peu aidés par leurs meneurs, bien que la chose soit encore réalisable. S’ils n’y parviennent pas, le Rassemblement national pourrait être porté et emprunter une autoroute vers la majorité absolue. La réponse à l’énigme posée par la dissolution se trouve entre les mains des disparus du macronisme de 2022. Elle se trouve aussi dans l’attitude respective des appareils et des électeurs de gauche et du centre. La droite fera bloc de son côté. Réponse définitive le 7 juillet.


  1. Dans son enquête réalisée en ligne du 19 au 20 juin 2024, Harris Interactive, Challenges, M6 et RTL donnent 33% d’intentions de vote aux candidats soutenus par le RN et 4% aux candidats soutenus par Eric Ciotti ↩︎
  2. 3,8 % de pertes de voix entre un premier tout de présidentielle et une européenne (le score de Bardella aux européennes a été soustrait à celui de Le Pen au premier tour de la présidentielle de 2022, puis une règle de trois a été appliquée) est à analyser comme un gain de voix puisque la présidentielle T1 est toujours le potentiel maximal d’une formation politique compte tenu de l’enjeu et de la participation. En outre, le nombre total de suffrages exprimés aux européennes était évidemment plus bas qu’au premier tour de la dernière élection présidentielle. ↩︎

Interdiction des portables en classe: Jordan Bardella et Emmanuel Macron sur la même ligne

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Jordan Bardella présente son programme en vue des élections législatives, Paris, 24 juin 2024 © Christophe Ena/AP/SIPA

Jordan Bardella comme Emmanuel Macron veulent interdire le portable à l’école. Estimant qu’on ne pouvait plus « minimiser leur impact » négatif sur les cerveaux, le président de Rassemblement national veut le bannir complètement dans les établissements « dont les lycées ».


Tout est politique, le portable aussi. En entendant le président de la République et Jordan Bardella défendre de concert cette mesure simple et de bon sens, beaucoup de gens ont pensé : c’est dingue que ce ne soit pas encore fait ! Sauf que c’est fait. C’était d’ailleurs à la une du Figaro, hier, avec un grand article de Caroline Beyer expliquant la laborieuse interdiction des smartphones dans les classes[1]. Une loi de 2018 interdit en effet « l’utilisation du téléphone portable et de tout terminal de communications électroniques » à l’école et au collège. Une autre loi de 2023 proscrit l’usage des réseaux sociaux avant 15 ans.

Une interdiction qu’on n’arrive déjà pas à faire respecter dans les prisons

Seulement, on dirait qu’il s’agit d’un « acquis social » caché, un droit sacré de l’enfant et de l’adolescent à aller en classe avec son smartphone de la maternelle à l’université. À la fac, le téléphone est ouvertement posé sur les tables. Quel prof oserait s’y opposer ? Au lycée, sans surprise, les tentatives d’interdiction se heurtent évidemment aux syndicats et fédérations de parents d’élèves. Pire : pendant des années, des élus ravis de la crèche numérique ont prétendu réduire la fracture scolaire en mettant des écrans partout. Ne citons pas de noms…

A lire aussi, Philippe Bilger: Gabriel Attal ne veut plus être le «petit frère» d’Emmanuel Macron

Beaucoup de collèges renoncent à interdire, ceux qui récoltent les précieux appendices ont des difficultés de gestion (dépôt et restitution, casiers…). Le proviseur du lycée privé sous contrat Bossuet Notre-Dame (Paris 10e) raconte carrément que quand il en confisque un, il arrive parfois que les parents en donnent un autre à leur enfant. Et quand l’interdit existe, il y a malheureusement des trous dans la raquette: comme le dit un autre principal, si on n’y arrive pas en prison, alors au collège….

Mais pourquoi l’interdire ?

Etrange question. Auriez-vous sorti une BD ou votre Walkman en classe, ou commencé à parler avec votre copain à l’autre bout de la classe ? Non. Marcel Gauchet m’a confié récemment que tous les profs avec lesquels il échange lui racontent que quand ils font cours, la moitié de la classe n’est pas là.

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L’absorption par l’écran est bien plus nocive que toutes les sottises que nous pouvions inventer à notre époque en classe. Les études et la simple observation convergent. Chez les tout-petits, le portable à haute dose produit des dégâts cognitifs irréversibles ; il entrave la formation de l’imaginaire, et favorise la passivité. Dans toutes les classes d’âge, un accroissement massif des troubles de l’attention et des consultations afférentes est constaté. Et le problème n’est pas limité à l’école : une étude de 2023 révèle que 80% des 11-12 ans ont déjà un smartphone en France, et que 71% possèdent déjà un compte sur un réseau social. La responsabilité des parents est immense. Combien d’entre eux utilisent leur portable à table? Les vrais enfants privilégiés deviennent ceux à qui on interdit ou rationne les écrans.

L’addiction de masse au portable est un poison anthropologique qui concerne toutes les sociétés humaines. Le portable n’est pas un objet mais un prolongement identitaire, l’apanage de l’individu-roi. Il promet à chacun son propre monde. Et contribue ainsi à l’effacement du monde commun.

La Fabrique du crétin digital

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Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio


[1] https://www.lefigaro.fr/actualite-france/pause-numerique-casiers-la-laborieuse-interdiction-du-portable-a-l-ecole-20240623

Petit tour d’horizon des inquiétudes du «monde de la Culture»

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L’actrice Corinne Masiero appelle à voter contre les « bâtards » du RN sur Mediapart © VICTOR AUBRY/SIPA

Les actrices Ariane Ascaride, Corinne Masiero ou Marion Cotillard, l’acteur Mathieu Kassovitz, le dernier lauréat du prix Goncourt Jean-Baptiste Andrea… Avec plus ou moins d’élégance, tous expriment le profond dégoût que leur inspire le vote RN. De leur côté, les Soulèvements de la Terre, un temps menacés de dissolution, envisagent des «blocages ciblés» après le second tour des élections législatives.


Sur BFMTV, la comédienne Ariane Ascaride a confié être très inquiète. Elle pense que, si le RN gagne les élections législatives, « une certaine parole va se libérer » et que nous assisterons à un « effacement de la culture ». Or « moi, dit-elle avec la modestie qui caractérise les artistes de gauche, je fais un métier, c’est la culture »[1]. Si le RN parvient au pouvoir, les subventions publiques seront drastiquement rationnées et le régime particulier des intermittents du spectacle – dont le déficit chronique est évalué à plus d’un milliard d’euros par an par la Cour des comptes, faut-il rappeler – sera supprimé, se lamente-t-elle. Si seulement. Mais rassurons tout de suite Mme Ascaride : Marine Le Pen, tout à son désir de ne pas brusquer le petit monde de la Culture, affirme régulièrement ne pas vouloir toucher au système avantageux élaboré de longue date par la culturocratie étatique. Premier ministre, Jordan Bardella ne cherchera vraisemblablement aucun pou dans la tête des bénéficiaires de cette petite mafia cultureuse bien établie. Celle-ci pourra donc continuer de pondre des œuvres, pour la plupart ennuyeuses ou abrutissantes, en tendant sa grosse sébile devant le généreux ministère de la rue de Valois.

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Corinne Masiero et les bâtards

En 2021, lors de la cérémonie des César, la toujours gracieuse Corinne Masiero était apparue dans le plus simple appareil avec des tampons hygiéniques usagés en guise de boucles d’oreille pour soutenir les intermittents du spectacle. Sur le plateau de Mediapart, la Capitaine Marleau de la télévision publique (donc rémunérée par tous les Français) vient d’appeler à voter pour le Nouveau Front Populaire afin d’éviter « la peste noire » et d’empêcher « les bâtards » du RN de s’en prendre aux « meufs » et aux homosexuels. Quelque chose a dû échapper à Mme Masiero : les « meufs » et les homosexuels ont de toute évidence beaucoup plus à craindre d’un mouvement cornaqué par un parti islamo-gauchiste promouvant le voile islamique et infiltré par des individus ne portant pas les homosexuels dans leurs cœurs que d’un parti qui compte dans ses rangs et à sa tête de plus en plus de femmes et d’homosexuels. Plutôt que de répéter des banalités mensongères, Corinne Masiero devrait se renseigner un peu sur les sources de l’inquiétante transformation mélenchoniste : en février 2013, sur le blog du Parti des Indigènes de la République, Houria Bouteldja, ancienne porte-parole de ce mouvement, « camarade » de Danièle Obono et inspiratrice du tournant décolonialiste et indigéniste des Insoumis, justifiait l’homophobie de ses coreligionnaires en expliquant qu’elle était « une résistance farouche à l’impérialisme occidental et blanc. » Quant au féminisme, il n’est, selon Houria Bouteldja, qu’une ruse de l’Occident pour arracher les femmes musulmanes aux magnifiques préceptes de la charia. « Aucun magistère moral ne me fera endosser un mot d’ordre conçu par et pour des féministes blanches », écrit-elle dans son essai au titre éloquent, Les Blancs, les Juifs et Nous. Houria Bouteldja, qui n’aime ni les Blancs, ni les homosexuels, ni les féministes, ni les Juifs, considérait il y a un an que Jean-Luc Mélenchon était un « butin de guerre » inestimable, un extraordinaire cheval de Troie pour l’islamisme, l’antisionisme antisémite, la déconstruction des valeurs occidentales. Elle ne s’est pas trompée. Le résultat va peut-être même au-delà de ses espérances. Si elle a entendu les âneries de Corinne Masiero, elle a dû bien se marrer. 

Corinne Masiero et Marina Foïs, Paris, Salle de l’Olympia, 12 mars 2021 © Bertrand Guay/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22548132_000001

Marion Cotillard emmerde le Front national

Marion Cotillard, l’actrice rebelle de la côte ouest des États-Unis, a posté sur Instagram une photo d’elle portant une veste en jean émaillé d’un portrait d’Angela Davis, d’un cœur rose et d’un badge datant un peu : « La jeunesse emmerde le Front Nazional ». Ô magie du cinéma : Mme Cotillard, bientôt cinquantenaire, se nippe et s’affiche comme une étudiante attardée de Sciences Po Paris et partage avec cette dernière les mêmes frayeurs vis-à-vis de la « peste brune » et les mêmes préoccupations écologiques. Ainsi, pour soutenir le collectif Les Soulèvements de la Terre menacé de dissolution, l’actrice postait, il y a à peine un an, sur son compte Instagram, un texte consternant dans lequel elle dénonçait les « violences policières » contre les gentils écolos et la « dérive sécuritaire du gouvernement couplée à son incapacité à nous protéger des conséquences du changement climatique ». « Ces intimidations, écrivait-elle sur le yacht où elle passait ses vacances après avoir sillonné le ciel en long, en large et en travers à bord de son jet privé, n’arriveront pas à nous faire taire. » En parlant de violences et d’intimidations : le sympathique mouvement écologiste Les Soulèvements de la Terre propose actuellement sur son site « d’envisager dès à présent des blocages ciblés et des prises des ronds-points partout en France dès le 8 juillet »[2] en cas de victoire électorale du RN, de « monter des barrages physiques à l’exercice du pouvoir et des espaces d’auto-organisation dans la rue si le barrage électoral n’a pas été suffisant », de « construire une campagne d’actions contre le groupe Bolloré ». C’est dire en quelle estime ces cucurbitacées portent la démocratie dont elles se réclament : si le peuple vote mal, il faut châtier le peuple et le contraindre par la force à l’écologisme et à ses multiples ramifications totalitaires, de l’islamo-gauchisme au wokisme. Voilà ce qu’ils appellent un « soulèvement anti-fasciste ».

Les ânes de l’industrie du livre

Et puis il y a les « actrices et acteurs du monde du Livre » qui encouragent « chacune et chacun » à faire barrage au RN. « Nous sommes porté.es, gribouillent-ils dans une pétition[3], par des valeurs de partage, de transmission, de médiation. » Ces gens, qui revendiquent un amour éperdu pour « le livre » et la culture, sont en réalité des ânes. Leur braiment inclusif est le sabir des aliborons. Le dernier lauréat du prix Goncourt, une ancienne ministre de la Culture, des écrivains, des éditeurs et des libraires signent ce brouet en osant parler de littérature.

A lire aussi, Martin Pimentel: Thomas Jolly, « mi-homme mi-coffre fort »

Ils défendent, barbouillent-ils, « la nuance face à l’outrance, ce qui rassemble plutôt que ce qui divise, ce qui ouvre l’avenir plutôt que ce qui l’obscurcit » – les livres qu’ils écrivent ou lisent s’appuient sur ce fondement, dans tous les sens du terme. « Toute la vitalité négative des arts s’abîme dans l’océan joyeux de la Positivité », écrivait Philippe Muray. Ces aimables nuancés sont en vérité les matons littéraires du camp du Bien. L’art du roman leur est inaccessible – il faut, pour l’atteindre ou le savourer, affectionner une liberté spirituelle qui se fait rare. Remettre en cause l’orthodoxie du moment, révéler les tartufferies qui la soutiennent, décrire les cuistres de cette époque nimbée d’éthique cauteleuse, d’indignation revancharde et de bonne conscience sélective sans craindre de déplaire au plus grand nombre tout en doutant de soi – cela n’est pas à la portée de tout le monde. La tendance littéraire actuelle serait plutôt au larmoiement autobiographique, à la fausse révolte sociale, à la résistance de théâtre, aux pleurnicheries sociétales et progressistes – bref, à l’acceptation du reformatage totalitaire de la société, de la langue et des arts. Ces « actrices et acteurs du livre » n’ont par conséquent pas hésité quand il s’est agi de signer une pétition écrite avec les pieds en faveur de la continuation de la destruction d’un pays et d’une langue qu’ils n’aiment pas et auxquels ils préfèrent la fantastique contrée de la diversité heureuse, du wokisme radieux, de l’écriture inclusive et de la littérature de bazar.

Mathieu Kassovitz ne manque jamais à l’appel

Pour conclure, une cerise sur le gâteau indigeste des déclarations azimutées de nos artistes de gauche, forcément de gauche : sur LCI, après avoir ironiquement affirmé que le RN avait « peut-être sa place en France » et que c’était « une expérience à essayer », Mathieu Kassovitz a plus sérieusement déclaré avoir des difficultés, comme tant d’autres Français, à joindre les deux bouts en fin de mois : « La France va mal, moi je gagne beaucoup d’argent et je n’arrive pas à m’en sortir. » Face au supposé danger fasciste que court la France, M. Kassovitz avait prévu d’exhiber à la télé une tristesse de circonstance et un visage ravagé par la peur du retour de la bête immonde. Une phrase, une seule, d’une obscénité totale, aura suffi à l’émergence de la vérité : une caste médiatico-culturelle privilégiée et déconnectée des réalités de la vie ordinaire de la majorité des Français donne des leçons de maintien politique à ces derniers au nom d’une éthique et d’une décence qui lui font totalement défaut.

Nombriliste, rapace, intrigante, elle craint surtout de perdre, en plus de son rentable magistère moral, ses prébendes. Tout le reste n’est que comédie.


[1] https://www.bfmtv.com/politique/elections/legislatives/les-inquietudes-de-la-comedienne-ariane-ascaride-en-cas-de-victoire-du-rn-aux-elections-legislatives_VN-202406190955.html

[2] https://lessoulevementsdelaterre.org/blog/pour-un-soulevement-antifasciste

[3] https://www.change.org/p/appel-les-actrices-et-acteurs-du-monde-du-livre-se-mobilisent-84c8c20d-3cbe-49f9-b080-87dd4730d6d3

Emmanuel Macron paie la note…

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Valérie Hayer et Emmanuel Macron, Bruxelles, 17 avril 2024 © Arnaud Andrieu/SIPA

Le soir du résultat des élections européennes, le président de la République a sévèrement reçu la monnaie de sa pièce. Avec la décision de dissoudre l’Assemblée nationale, il plonge le pays dans l’inconnu, et somme désormais les Français d’avoir peur…


Depuis la déroute des élections européennes et la décision de dissoudre qu’a prise le président de la République, j’éprouve un double sentiment contrasté. Que je pourrais résumer de la manière suivante : c’est à la fois bien fait – familièrement dit – et triste !

Bien fait. Tout ce qui s’est accumulé depuis sa réélection à la fois légitime mais si mal acquise, avec une implication présidentielle minimaliste qui a frustré beaucoup de citoyens, semble avoir fait mousse, danger et délitement. Ses phrases provocatrices, des attitudes frôlant l’arrogance, sa politique catastrophique du « en même temps » interdisant toute véritable action, ses insupportables fluctuations, son omniprésence avec une parole tellement offerte qu’elle s’est démonétisée, sa manière de prendre toute la place de son Premier ministre et de lui reprocher ensuite ses faiblesses ou ses abstentions, sa médiocre capacité à choisir les meilleurs pour ses conseillers comme pour ses ministres, cette étrange atmosphère de cour à l’Élysée où une solitude impérieuse dissimule ses desseins et ne se penche jamais sur elle pour se questionner, cette hostilité dont, quoi qu’il en ait, il n’arrive pas à se défaire parce qu’elle tient plus à ce qu’il est qu’à ce qu’il accomplit ou non.

Le résultat des élections européennes, après la majorité relative qui déjà avait entraîné un court fléchissement du président, selon des proches, a soldé toutes ces blessures, ces déceptions, ces rancœurs citoyennes, ce malaise d’une France qu’il regardait de haut parce que ses peurs, ses misères et ses attentes n’étaient pas les siennes qui étaient infiniment plus élevées !

C’est bien fait. Il a reçu sévèrement la monnaie de sa pièce.

Mais je ne peux m’empêcher aussi d’être troublé par cette atmosphère d’apocalypse depuis le soir du 9 juin, par ce climat shakespearien où, d’un coup, un vent de désastre soufflait, où Jupiter égaré, incertain, disposé à la politique du pire, au pire de la politique, avait perdu de sa superbe, devenait, en tout cas à mes yeux, presque pitoyable. Comme une sorte de roi Lear sur sa lande élyséenne. Comme s’il avait fallu ces intenses et dramatiques péripéties politiques pour que, enfin, il se dégonflât de lui-même, étonné de n’être plus qu’un président ordinaire, conscient d’un futur qui allait rétrécir encore davantage son champ d’action.

A relire: Qui est réellement Raphaël Glucksmann?

Quand Raphaël Glucksmann déclare que « nous sommes présidés par un adolescent qui s’amuse à faire craquer des allumettes dans une station à essence sous les vivats énamourés de trois conseillers obscurs » (Le Point), je trouve que son appréciation caustique traite à la légère ce qu’a dû être le tourment présidentiel. Même si Emmanuel Macron a cherché à théoriser politiquement l’absolue nécessité de la dissolution en une période pourtant si peu propice, elle a représenté pour lui un saut dans l’inconnu et ce serait le moquer que de croire à une fantaisie de gamin. Faut-il ajouter foi au fait qu’il serait absolument « ravi » par la dissolution qu’il aurait eue dans la tête depuis plusieurs mois ?

Les réactions très négatives de son propre camp, manifestant une défiance à son égard et une préférence électorale pour l’implication de son Premier ministre, ne l’ont pas empêché de continuer à espérer pour le 30 juin et le 7 juillet en accablant le Nouveau Front Populaire sous le reproche d’être « totalement immigrationniste » et de permettre le changement de sexe en mairie, ce qui lui a valu le grief « de se vautrer dans une transphobie crasse ». La conséquence saumâtre de son désaveu au sein de son propre camp est qu’on ne veut plus l’entendre parler même lorsqu’il dit des choses justes et cinglantes !

Derrière cette lutte politique qu’il doit mener, je ne doute pas que dans son for intérieur il s’interroge sur ce qu’il adviendra de lui si le RN a la majorité absolue – ce qui est peu probable – ou si l’Assemblée nationale se retrouve éclatée en trois groupes, donc ingouvernable.

Cette personnalité qui avait tant de dons, à qui tout souriait, commence un début de la fin sous d’autres auspices.

Libres propos d'un inclassable

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Les résistantes résistaient-elles autrement que les résistants?

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Sac à main à double-paroi de Lise London. © Coll. Musée de la Résistance Nationale à Champigny-sur-Marne (AAMRN) - Fonds Lise Ricol-London

Le combat des femmes… Quand notre regard contemporain contemple l’histoire passée.


Bandeau « Amis des juifs » porté par Lucienne Artige en juillet 1942 © Mémorial de la Shoah/coll. Steg

L’exposition Résistantes ! s’ouvre sur une constatation : 1944, c’est l’année où les femmes obtiennent le droit de vote (à la grande crainte des communistes, rappelons-le, qui craignaient qu’elles ne votent “comme leurs maris ou leurs curés”): « Il y a 80 ans, les Françaises devenaient électrices et éligibles « dans les mêmes conditions que les hommes ». Cette entrée de plain-pied dans la citoyenneté par une ordonnance signée du général de Gaulle était alors présentée comme une reconnaissance officielle du rôle majeur joué par les femmes dans la Résistance. » 80 ans après la Libération, l’occasion était trop belle de confondre toutes les luttes dans une approche intersectionnelle et de chercher dans l’esprit de résistance de Françaises patriotes une volonté parallèle d’émancipation du patriarcat (« Pour les femmes, l’engagement résistant représente une double transgression : contre l’ordre allemand et celui de Vichy mais aussi contre l’ordre social des sexes. Résister au féminin c’est donc, au propre comme au figuré, franchir des lignes »), l’occupation allemande et les mœurs sociales françaises étant nanties d’un même coefficient d’oppression, notamment parce que les autorités françaises comme allemandes renâclaient à traiter les femmes comme les hommes, signe évident de l’infériorisation sociale des femmes, la frontière des genres ne s’abolissant que pour les communistes (on se situe après la fin du pacte germano-soviétique, n’est-ce pas), précurseur donc des luttes féministes à venir.

Code imprimé sur un mouchoir de soie de Brigitte Friang. Ces codes sont utilisés pour crypter les communications radio entre la centrale de transmission en Grande-Bretagne (Home Station) et les opérateurs radio sur le terrain (Outstations). Ces suites de chiffres imprimées sur un mouchoir de soie sont autant de clés détruites après utilisation (c’est pourquoi le bas du document est déchiré). © Coll. Musée de la Résistance Nationale à Champigny-sur-Marne (AAMRN) – Fonds Élizabeth Friang, dite Brigitte Friang

A lire aussi, Elisabeth Lévy : Juifs de France: pour vivre, vivons cachés

Comment dire ? Ce n’est pas totalement convaincant, même si, bien sûr, constater qu’il n’y a que six femmes parmi plus de mille Compagnons de la Libération interroge, de même que la relative difficulté à se faire reconnaître comme résistante après la guerre : « l’affirmation de femmes-individus affranchies est minorée à l’identique par la répression et la reconnaissance tant elle heurte encore les représentations dominantes du féminin », a écrit dans sa thèse Catherine Lacour-Astol, commissaire de l’exposition. C’est d’autant moins convaincant qu’on sent un parti-pris “progressiste” dans le choix des profils mis en avant. Pourquoi, par exemple, ne pas faire la part très belle à Marie-Madeleine Fourcade, qui dirigea le réseau Alliance – qui avait le tort de ne pas être gaulliste ni communiste, c’est vrai ? Pourquoi ne pas voir que nombre de résistantes le furent pour des raisons patriotiques, conciliant sans troubles de genre le ménage et l’acheminement des messages, la préparation du fricot et la manipulation de la radio ?

Mais ces réserves ne suffisent pas à amoindrir l’intérêt de l’exposition qui décrit avec des documents nombreux et émouvants par leur banalité même une résistance en effet féminine, sans éclat mais non pas sans danger, celle de la vie quotidienne, de la lutte contre la faim, de la rébellion contre le rationnement, avec ses manifestations encourageant le vol (qui valut à « la mégère de la rue Daguerre », Lise London, militante communiste appliquant saint Thomas1, d’être déportée) ; celle aussi de l’hospitalité, puisque les foyers qui accueillent des aviateurs anglais ne peuvent le faire qu’à condition que les femmes les prennent en charge, dans l’esprit (patriarcal) des autorités d’occupation, ou parce que les communautés religieuses catholiques sont mobilisés, comme celles des sœurs du Très Saint Sauveur de Niederbronn (Bas-Rhin) ou de Notre-Dame de Sion (Isère), les religieuses en cornette (ou non) cachant et transportant enfants juifs, aviateurs alliés, mitraillettes et grenades.

Pistolet cal. 6.35 et son étui ayant appartenu à Anne-Marie Mingat-Lerme, alias « Mimi Mingat » lorsqu’elle était agent de liaison dans le Grésivaudan. © Cliché Denis Vinçon. Coll. Musée de la Résistance et de la Déportation – Département de l’Isère, inv. 2015.02.01

L’exposition nous plonge dans ce quotidien, avec les placards allemands, les tracts clandestins, les armes de poing glissés dans des étuis féminins, le sac à main à double-paroi de Lise London, justement, sac confectionné par l’agent de liaison Nelly Schweig et dont le secret ne fut pas détecté lors des huit jours d’interrogatoire que subit Lise London en août 1942. Tout est anodin, fragile, dérisoire – et prenant, jusqu’aux poupées que les résistantes emprisonnées s’offrent, avec cet appétit de normalité que connaissent tous les embastillés : la résistance s’incarne dans le fait de reconquérir une vie qui ignore les murs et leurs interdits. Entre beaux portraits, documents émouvants et réalité minutieusement décrite, Résistantes ! fait vivre une Résistance modeste, reléguée et pourtant aussi décisive. Elle n’a pas besoin d’être badigeonnée de féminisme pour mériter notre respect.

Résistantes ! jusqu’au 13 octobre 2024. Musée de l’Ordre de la Libération, Hôtel des Invalides. 15€.


  1. « En cas de nécessité, toutes les choses sont communes » (In necessitate sunt omnia communia : IIa-IIae, q.66, a.7) ↩︎

Aux armes, citoyennes!

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Manifestation féministe contre le RN, Paris, 23 juin 2024 © SABRINA DOLIDZE/SIPA

Des rassemblements féministes contre le RN ont eu lieu ce week-end. Un antifascisme d’opérette. Sans vraiment croire à ce qu’elles racontaient, les militantes ont défilé contre le parti de Marine Le Pen, laquelle serait une réincarnation sournoise du patriarcat. C’est que cela fait toujours plaisir aux militantes de se retrouver pour se répéter à quel point on est meilleur que les autres.


Après les artistes, les sportifs, les pêcheurs à la ligne ou les abonnés au gaz, sans oublier, ce qui est plus problématique, des diplomates pétitionnaires, c’était hier aux féministes de se produire dans le grand cirque antifasciste.

La politique « nataliste » du RN dénoncée

Ulcérés que Jordan Bardella s’adresse aux femmes, propriété privée de la gauche, 200 syndicats et associations biberonnées à l’argent public ont rassemblé quelques milliers de manifestants en France : c’est assez révélateur de leur capacité de mobilisation et de leur représentativité.

La liturgie est rodée depuis des années. Si les forces du mal l’emportent, de multiples plaies s’abattront sur nous. Notamment, un recul du droit des femmes et des LGBT (bien que le rapport ne soit pas forcément évident).

A lire aussi: Jordan Bardella: «Je suis l’enfant de la génération 2005-2015»

Marine Le Pen renverra les femmes à la maison, elle reviendra sur l’IVG. Son projet, selon Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes, c’est « Travail-Famille-Patrie ». Rien que ça ! De son côté, la présidente du Planning familial Sarah Durocher est également très remontée. Elle craint de voir baisser la subvention publique, et se demande si la promotion du transgenrisme ou de l’homme enceint qui fait partie des missions que lui délègue l’État, est un crime de lèse-féminisme. Le pire pour les militantes, c’est que Bardella parle de politique nataliste : « On a pu entendre qu’il fallait faire des enfants. Donc évidemment qu’on est très inquiètes », peste Mme Durocher. Faire des enfants, vous rendez-vous bien compte ? Aux armes, citoyennes!

On blague, mais n’y a-t-il pas quelque inquiétude à avoir ?

Il est vrai qu’il y a dix ans, Marine Le Pen voulait dérembourser les avortements dits de confort. Elle y a renoncé. Certes, il y a au RN des croyants qui ne sont pas des fanatiques de l’IVG (et il y en a d’ailleurs dans les autres partis politiques, aussi). Mais ils ne réclament pas qu’on revienne sur ce droit.

En tout cas, les femmes sont maso ou ingrates avec cette gauche qui veut leur bien. Car il y a une exception française. Partout en Europe, nous apprend Frédéric Dabi de l’IFOP, le vote féminin se porte plus à gauche et moins envers les partis populistes ou de droite nationale. Mais en France, les femmes sont légèrement plus nombreuses que les hommes à avoir voté Bardella (32 contre 31 %) ! Pour expliquer cette exception française, on nous parle du pouvoir d’achat.

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Moi, j’ai le sentiment qu’alors que la gauche unie s’entête dans le déni, fustigeant éternellement le mâle blanc et récusant tout rapport entre insécurité et immigration, les femmes savent par qui elles se font harceler dans la rue ou les transports ; elles savent aussi que c’est dans certaines mosquées salafistes et pas dans les réunions RN qu’on peut entendre qu’un homme a le droit de battre sa femme. Elles savent enfin que les femmes souffrent plus en Iran qu’en Hongrie, quelles que soient les critiques que l’on peut formuler à l’endroit de Viktor Orban.

Alors beaucoup préfèrent le prétendu patriarcat que représenterait le RN aux compromissions islamo-gauchistes. Et il reste amusant de noter que ce parti si patriarcal pourrait en réalité être le premier à envoyer une femme à l’Élysée !


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio

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Toute oraison funèbre en cache une autre

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Image d'illustration Unsplash.

Notre chroniqueur vieillirait-il? Le voici apparemment obsédé par le sentiment de sa finitude, et si, comme il le dit, une oraison funèbre est en même temps celle de celui qui la prononce, son étude de la superbe évocation, par Pierre Mari, de l’ami disparu auquel il n’a pas sauvé la vie est quelque part l’amorce du discours que nous prononcerons un de ces jours à ses obsèques.


Au fur et à mesure que l’on vieillit, les amis qui vous jouent le vilain tour de disparaître avant vous vous chargent, explicitement ou non, de dire quelques mots sur leur cercueil. De ces mots qui en théorie permettent de visser définitivement le couvercle.

Exercice bien difficile que de dire, sous le coup de l’émotion, tout le bien (ou le mal) que l’on pense du cher disparu. Quand de surcroît il s’agit d’un ami de trente ou quarante ans, avec lequel vous avez vécu le meilleur (la jeunesse) et une partie du pire (la lente glissade vers la chute), l’opération est bien délicate.

Pierre Mari, qui a parfois travaillé pour Causeur et que je connais depuis quarante ans, a donc perdu son plus proche copain — et j’emploie intentionnellement ce mot au sens que lui donnait Jules Romains dans son roman éponyme, ces « copains » de fin d’adolescence, rencontrés juste après le Bac sur les bancs de la fac ou l’enfer (supposé) d’une classe prépa.

Bref contournement autobiographique. C’est une expérience que j’ai vécu au début des années 1990, quand un condisciple que je traînais depuis l’hypokhâgne a cru bon de céder aux instances d’un virus à la mode. Nous avions tout partagé en binôme, la même thurne à l’ENS et les créatures qui y passaient. Nous avions passé la même agrégation, conçu ensemble des livres qui firent date, nous nous étions fait, au-dessus d’innombrables bouteilles de crus estimables, ces confidences dérisoires qui cimentent une vraie amitié. Comment résumer en dix minutes trente ans d’orgies et de franches lippées, comme dit La Fontaine ?

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On comprend bien que le grand genre de l’oraison funèbre classique, celle que Bossuet par exemple concocta pour le Prince de Condé, ne peut servir d’inspiration. Nous sommes ici dans l’intime, l’impalpable — l’indicible qu’il faut bien formuler. Il en est de l’amitié comme de l’amour : « Parce que c’était lui, parce que c’était moi », dit très bien Montaigne de sa relation avec Etienne de la Boétie, parti lui aussi bien trop tôt.

L’écrivain Pierre Mari, lors d’une conférence en juin 2019. Université Réelle (Montpellier) Capture Youtube

Pierre Mari adopte donc le ton de la lettre intimiste, adressée à un « tu » rattrapé par un crabe qui courait plus vite que lui, bien qu’il marchât de travers. Vieillir, ce n’est pas seulement décatir, radoter et perdre de l’acuité visuelle, c’est aussi être convoqué, de plus en plus souvent, au dernier terminus des copains — auxquels on en veut un peu confusément, et qui se seraient sans doute dispensés de nous imposer une balade au crématoire du cimetière Saint-Pierre ou au funérarium du Père Lachaise.

Et d’évoquer, par exemple, les rituels de bizutage de l’hypokhâgne : « La tradition voulait qu’avant le rituel collectif, qui aurait lieu le lendemain matin, les nouveaux internes reçoivent l’un après l’autre la visite des anciens. En quelques phrases condescendantes, l’évidence du néant où ils pataugeaient leur était assénée : néant où ils resteraient jusqu’à la cérémonie du baptême — néant où ils redeviendraient s’il leur prenait l’envie, à l’issue de l’hypokhâgne, d’abandonner les lettres pour le droit ou tout autre filière d’infamie ». Une jolie tradition interdite par Ségolène Royal, et c’est bien dommage.

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Classes d’aspirants à l’ENS, majoritairement féminines, où Pierre Mari, qui pense mal (voir son évocation de Pierre-Guillaume de Roux, éditeur corsaire qui venait de sortir En pays défait juste avant de mourir) croit se souvenir que « la ligne de partage entre insolence et conformisme recoupait celle des sexes ». Ciel ! Supposer — ce que nous savons tous — que les filles sont plus scolaires que les garçons ! Lançons vite un signalement #MeToo !

Le titre de ce court texte, Guerroyant, est en soi un programme. Comme l’a très bien vu Samuel Piquet dans Marianne, le participe présent fait l’économie du passé — étant entendu que le passé, c’est justement ce qui ne passe pas, et qui reste en travers de la gorge. L’ami disparu continue, d’outre-tombe, à distribuer les gnons et les coups de pied au cul — à Mari lui-même, à qui il arrive, comme à tous les vrais écrivains, de douter et de récuser les mots qui se refusent à lui.

Second contournement autobiographique. Avec le même copain trop tôt disparu, nous collectionnâmes les jolies hypokhâgneuses, nous envoyant en cours le lendemain des petits mots où étaient relatés le comment et dans quelles positions, avec notation des diverses acrobaties ou maîtrise du réflexe buccal, au grand dam des intéressées. L’une de ces missives, interceptée par le prof de Lettres, le fit rougir jusqu’aux oreilles. Ce n’était pas très élégant, mais bon, j’avais 16 ans, et la performance stylistique (comment dire élégamment de telles incongruités) l’emportait sur toute autre considération.

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Évidemment, le panégyrique de l’ami est une façon de « le garder encore un peu ». Tant qu’on en parle, il n’est pas tout à fait mort. Une façon aussi de se colleter à ce scandale : « Je l’ai tellement cru indestructible… » C’est enfin une façon de se préparer à son propre néant. « Je hume ici ma future fumée », dit très bien le poète.

Troisième contournement : pour ne pas mettre les amis (s’il m’en reste) dans le souci de trouver les phrases adéquates, j’ai récemment écrit l’intégralité de mon adieu à ce monde et aux gens qui seront là — peut-être. À charge à eux de trouver un diseur qui ne soit pas tributaire de ses émotions. Un acteur professionnel m’ira très bien : moins on est impliqué, et mieux on le dit.


Pierre Mari, Guerroyant, les éditions Sans Escale, avril 2024, 111 p.

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