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Béziers, la féria et les furieux

L’affiche de la féria de Béziers 2024 a créé la polémique avec un dessin signé Jean Moulin. Le héros de la Résistance était un aficionado ! Cela a fait hurler les anticorrida…


Béziers ne manque décidément jamais de créer la polémique. C’est au tour de l’affiche de la féria 2024, durant laquelle se dérouleront notamment quatre grandes corridas de taureaux, de faire scandale. Pourquoi ? Regardez-là de plus près ! (voir notre reprodution ci-dessous) Elle est signée… Jean Moulin ! Pas un obscur Jean Moulin, non. C’est bien Moulin le résistant. Natif de Béziers ! Lors de la présentation de cette affiche le 7 mai, Robert Ménard s’en explique : « Jean Moulin a adoré et dessiné la tauromachie. Ce dessin est un bel exemple de la façon dont il a salué cet art décrié par certains et défendu ici. » C’en est trop pour les anticorridas. Moulin à la rescousse de cette barbarie, et puis quoi encore ? Levée de boucliers.

Le dessin de Jean Moulin finalement retiré / Jean Moulin / Ville de Béziers

« C’est quand même tordre la réalité d’une manière scandaleuse. Personne ne peut dire ce que Jean Moulin pensait de la corrida », déclare à Midi libre le conseiller municipal à la Mairie de Béziers, Thierry Antoine. Le Colbac (Comité de liaison biterrois pour l’abolition de la corrida) dénonce lui une « récupération honteuse », « un mensonge et une manipulation de l’opinion ». La Ville de Béziers possède 500 dessins de Jean Moulin, dont treize illustrent le monde taurin. Sur deux d’entre eux, homme et bête sont représentés. Romanin (pseudonyme avec lequel il signait ses dessins) esquisse la charge du taureau qu’il semble bien connaître. Deux autres mettent en majesté le torero, seul. Les matadors en piste, tels que les dessine Moulin, sont pleins de grâce, d’une beauté hiératique. Le peintre et aficionado Lilian Euzéby s’enthousiasme : « Moulin croque les physionomies et les attitudes des toreros avec un sourire fraternel. On pense immanquablement à Goya et à la figure grimaçante d’une humanité qui lui était si chère. Un détail attire mon attention. C’est le visage de ce jeune torero qui semble interroger le ciel. Son corps est esquissé par une figure qui paraît ailée avec ses deux bras tendus vers le haut (ange ou banderillero). » Certes, comme le rappellent les anticorridas, aucun écrit de Moulin, aucune déclaration ne relate une possible afición à la tauromachie de sa part. Mais quel farouche opposant à la corrida dessinerait ainsi les matadors ? Peu de place au doute. Ces dessins au crayon rappellent aussi ceux de Montherlant, aficionado comme Goya. Ce que je retiens, moi, de tout cela, c’est que Jean Moulin, héros français, incarnation du courage – mental et physique – ayant affronté et résisté à la peur et à la douleur, fut spectateur des corridas. Et plus encore, qu’il en fut un observateur à l’œil aiguisé, capable d’esquisser les poses de danseurs ou de triomphateurs de ces héros des arènes. La corrida, « c’est la fête du courage, c’est la fête des gens de cœur », chante Escamillo dans le Carmen de Bizet. Notre héros national, nous le savons désormais, a participé à cette fête. Moulin n’était pas un barbare, il fut victime de la barbarie. De celle de Klaus Barbie. Les anticorridas ont eu raison de cette affiche puisque la Ville de Béziers, fatiguée des attaques sans fin, a décidé le 24 juin de la retirer. Qu’importe, Moulin aficionado, nous le savons désormais !

Minotaures: Voyage au coeur de la corrida

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Des chiffres et des lettres: dernières consonnes et voyelles avant la fin

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Depuis 2022, l’émission n’était plus diffusée que le samedi et le dimanche. À la rentrée, le jeu ne sera plus à l’antenne de France 3.


Consonne… Voyelle… Consonne. Pendant cinquante-deux ans, la même ritournelle, dans tous les enchaînements possibles, aura été scandée par les milliers de candidats ayant participé au plus ancien des jeux encore à l’antenne. Alors que Des chiffres et des lettres s’apprête à tirer sa révérence1, une page de notre rapport énamouré et contrarié aux calculs et au vocabulaire se tourne. Pour la doyenne des émissions, le compte n’était plus vraiment bon : de 7 millions de téléspectateurs il y a trente-cinq ans, elle ne parvenait plus à en attirer que le dixième. Et puis, la mode n’est plus aux mots de neuf lettres.

Prenant la suite de l’émission Le mot le plus long, dont le principe résidait dans son intitulé, Des chiffres et des Lettres, qui y adjoignit le calcul mental, a accompagné les après-midi de nombreux Français, à peine concurrencé, sur la durée, par le Tour de France au mois de juillet. « Un jeu de vieux », entend-on déjà persifler ses habituels contempteurs. Le jeu d’une génération au moins, celle de nos (arrière-)grands-parents, déjà moins celle de nos parents, celle des boomers qui prirent le contre-pied de l’époque en choisissant de construire des mots plutôt que de succomber à la mode de la déconstruction.

Et nous, encore enfants au tournant des années 90, avons souvent entendu, au détour d’une visite familiale, nos aïeux déjà blanchis sous le harnais, tenter de former un mot ou s’exclamer, après un calcul aussi bref qu’efficace : « Le compte est bon! ». À l’époque, nous usions nos pantalons d’uniforme sur les bancs de l’école et les seuls jeux auxquels nous nous adonnions, en dehors des sports de ballon et des billes – de corde à sauter pour les filles : c’était avant les pratiques non genrées – consistaient à retrouver, le plus rapidement possible, des mots dans le dictionnaire ou le résultat d’une addition. Tous les matins, notre professeur récitait une dictée et nous tentions de reproduire le texte sans commettre de fautes. Nous avions un cahier dans lequel nous nous exercions aux tables de multiplication.

A lire aussi: Delphine Ernotte: «Je ne veux pas la mort de CNews» 

À l’heure où les smartphones ont envahi les salles de classe, avec leur lot d’applications sociales, mais aussi d’outils permettant de calculer sans devoir effectuer d’exercice mental, et à l’époque où nous n’avons plus à nous soucier de la correction orthographique – presque un fascisme -, il n’est pas étonnant que Des Chiffres et des Lettres rejoigne la liste d’émissions culturelles passées à la trappe : Les jeux de 20 heures (avec aux manettes Jean-Pierre Descombes, qui vient de vous quitter, et Maître Capello) ou L’académie des 9. Il reste, nous dira-t-on, Slam, présenté pour quelque temps encore par le sémillant Cyril Féraud, l’excellent Questions pour un champion, ode à la culture générale, ou Tout le monde a son mot à dire.

Nous ne pourrions évoquer l’émission sans mentionner l’esprit fécond de son créateur Armand Jammot, également inventeur de La bourse aux idées et des Dossiers de l’écran, ses brillants animateurs, Patrice Laffont et le toujours jeune Laurent Romejko, ses arbitres Arielle Boulin-Prat et Bertrand Renard, sacrifiés il y a deux ans déjà sur l’autel de la modernité, et ses nombreux clubs disséminés partout en France où se réunissent des amoureux de la gymnastique intellectuelle.

Le groupe-Bolloré aurait montré un intérêt à la reprise du programme, mais la famille de son créateur a balayé l’idée d’un revers de la main : «Jamais mon père, qui était un grand républicain, un démocrate, un humaniste, n’aurait travaillé avec M. Bolloré. Quand il rencontrait des téléspectateurs d’origine immigrée qui lui disaient ‘j’ai appris le français avec vous’, il était content. Or, je partage ses convictions profondes », s’est permis de déclarer Florence Jammot dans Le Monde2.

Le culte des chiffres et des lettres, qui mourait à petits feux, s’éteint un peu plus avec la disparition de sa grand-messe. Comment s’en étonner alors que le désormais ex-ministre des Finances semble incapable de présenter un budget calculé à l’équilibre – le même nous ayant gratifié d’un roman au style bancal -, tandis que les tests internationaux montrent un manque de maîtrise des mathématiques et alors que l’orthographe est perçue comme un nouveau fascisme ? Et voilà que soudain nous envahit ce sentiment résumé en un dernier mot de neuf lettres : nostalgie. 

  1. https://www.latribune.fr/technos-medias/c-est-une-decision-difficile-mais-nous-avons-decide-d-arreter-des-chiffres-et-des-lettres-stephane-sitbon-gomez-france-televisions-996923.html ↩︎
  2. https://www.lemonde.fr/economie/article/2024/07/04/jamais-mon-pere-n-aurait-travaille-avec-m-bollore-les-detenteurs-des-droits-du-jeu-televise-des-chiffres-et-des-lettres-ne-veulent-pas-de-c8_6246928_3234.html ↩︎

Shannen Doherty réapparaît dans un roman français

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Dans un roman qui ne ménage pas la pudibonderie de ses lecteurs, Hélène Maurice revient sur le parcours extravagant de Shannen Doherty, actrice de Beverly Hills 90210 décédée le 13 juillet qui n’est jamais parvenue à se déparer de son image de peste à Hollywood.


La couverture bariolée est couverte de bobines de cinéma, de pop-corn, de masques de Janus… Avec L.A. Artificial (Les presses littéraires), son premier roman, Hélène Maurice nous replonge dans la Californie du début des années 90. Le corps de Kurt Cobain n’a pas encore été retrouvé mort, au bout de son troisième jour de décomposition. Roberto Baggio n’a pas encore envoyé son tir-au-but mémorable, dans les nuages du Rose Bowl de Pasadena. L’héroïne n’a pas encore flingué toute la génération grunge. Pour l’instant, les GI’s mènent leur opération de gendarmerie internationale contre Saddam Hussein. Et toutes les chaines diffusent en boucle les images de la guerre dans le sable. Toutes, sauf la Fox, qui programme à heure de grande écoute un soap, Beverly Hills 90210 (rebaptisé Holmby Hills, dans le roman). L’équivalent, si l’on était méchant, de nos sitcoms de la même époque. 

Ça tombe bien, l’Amérique ne demande pas mieux que se vider le crâne. Des personnages un peu niais vivent des amourettes d’adolescents. Les acteurs sont des gosses de riche, ou carrément la fille du producteur (« une véritable petite pute », dont « le succès auprès de la gent masculine étonnait d’autant plus son père qu’il la trouvait laide et refaite »), Sharon O’Brien est une petite nénette échappée du Maryland. Brunette au léger strabisme, elle crève l’écran et vampirise la série, au point de vite pouvoir se permettre toutes les extravagances en coulisse. Jusqu’à coucher avec l’acteur qui joue son frère jumeau dans la série, contre toutes les promesses faites à la production au début du tournage !

« Qu’est-ce qu’on en à foutre de ce soap ? »

« Qu’est-ce qu’on en à foutre de ce soap ? », se demande Jay Martel, journaliste chez Rolling Stone, qui va bientôt se voir imposer à la une de son magazine, référence de la culture rock, la bobine des trois principaux acteurs de la série, a priori fort éloignée de l’underground musical. On pourrait bien se poser la même question.

A lire aussi: Délicieuse Adrienne Pauly

Dans son roman, Hélène Maurice nous fait voyager dans les quartiers de Los Angeles, que l’on connait mieux, grâce à la magie du cinéma, que ceux de Grenoble ou Châteauroux. Elle parvient à nous faire passer de la vacuité du monde des petits acteurs californiens au bouillonnement grunge de la même époque. C’est que l’ambiance cocaïnée de la jet-set ne suffit pas à Sharon O’Brien, il lui faut aussi des rockers sales aux bras mutilés par les piqûres. Le roman est par ailleurs émaillé de références musicales de l’époque: de Here comes Your Man à Novocaine for the Soul en passant par Killing in the Name, on se plait à se perdre dans le juke-box mental de l’auteur. 

Dans les romans de Bukowski, les types s’enfilent des bières ou s’adonnent à « la meilleure baise de l’histoire ». Il ne faut pas être bégueule non plus quand on ouvre L.A. Artificial : scènes de baise sous défonce (ou l’inverse), éjaculations buccales, introduction d’ecstasy dans le vagin en plein cunnilingus… Il y en a pour tous les goûts. 

Mais c’est aussi un intéressant flashback qui nous ramène à une époque où l’industrie du divertissement n’était pas encore tout acquise au progressisme, une époque où les séries télévisées étaient d’abord destinées à un public WASP conservateur, et où des scénaristes démocrates tentaient timidement d’imposer quelques thèmes osés comme le SIDA. Épisode après épisode, les réalisateurs de Holmby Hills avancent ainsi dans leur scénario en ayant la sensation un peu prétentieuse de bousculer la société. Plus tard, Sharon O’Brien s’affichera, elle, aux côtés du Parti républicain, moins par soudaine adhésion politique que par goût du contrepied… et pour ramasser un gros chèque. Encore une manière de s’attirer l’hostilité de ses pairs, habitude qu’elle élève au rang d’art. Toute ressemblance…

Jeunes harpies, désinvolture et gode ceinture

Le roman, cru, direct et efficace, a été publié le 9 juillet. Il a pris une autre dimension puisqu’on apprenait quelques jours plus tard le décès de Shannen Doherty à 53 ans; elle a totalement inspiré le personnage principal. On s’attache à ses coups de sang, à sa manie d’arriver une heure en retard chaque jour sur les tournages. Quand le producteur convoque trois ou quatre acteurs pour leurs écarts de conduite, l’un est pris « d’une diarrhée aussi fulgurante que phénoménale ». Shannen-Sharon, elle, lui fait parvenir le courrier suivant : « Je ne suis pas une fille que l’on convoque. Avec tout mon respect, je vous embrasse patron ! Sharon ». Des ligues de jeunes harpies, grosses dondons d’abord fans de la série mais qui veulent absolument en voir exclue Sharon, s’amusent ensuite à lui pourrir la vie, à cause de l’énorme écart entre le personnage et l’existence dissolue de l’actrice. Il faut dire qu’à une remise de prix des Golden Globes, alors que ses collègues acteurs disent tout leur amour du taï-chi ou de leurs animaux, Sharon, sans pression, lâche : « Qu’est-ce que j’aime bien faire ? Eh bien… sortir avec des garçons ! Voilà ce que j’aime vraiment ! ». De quoi rendre encore plus hystériques de colère les groupies du show. 

En quelque sorte, Sharon / Shannen Doherty avait préparé le terrain aux starlettes Disney des années 2000, brandies comme des références du puritanisme à leur début dans les sitcoms sucrées de Disney Channel avant d’apparaitre bien plus délurées sur scène quelques années plus tard, à la manière d’une Miley Cyrus, qui peut désormais chanter avec un gode géant autour de la ceinture ou les doigts dans les parties génitales.

L.A. Artificial

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Contes de la folie ordinaire

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Julie Gayet aurait apprécié qu’on la prépare à… la ménopause!

Confrontée à la négligence d’un État et d’une société ne sachant ou ne voulant pas alerter les femmes modernes sur les particularités physiologiques qui les distinguent des hommes depuis la nuit des temps, Mme Gayet a décidé de briser le tabou de la ménopause. L’actrice, qui a épousé l’ancien président socialiste François Hollande en 2022, s’est confiée à l’ancienne animatrice télé Maïtena Biraben, laquelle a décidé dernièrement de s’engager contre l’invisibilisation des femmes de plus de 45 ans.


Il y a plus d’un demi-siècle, Vialatte soupçonnait que la femme remonte à la plus haute Antiquité. Plus tard, les recherches anthropologiques du professeur Jean-René Ksaafer confirmèrent cette intuition. Toutefois, des chercheurs bavarois ont récemment émis l’hypothèse que la femme pourrait remonter au néolithique, voire au paléolithique. Quoi qu’il en soit, il est établi que la femme se distingue de l’homme par de nombreux aspects. Ses spécificités physiques, anatomiques et physiologiques sont aujourd’hui amplement décrites dans les manuels de médecine et dans certains guides modernes destinés aussi bien aux femmes qu’à l’homme soucieux de mieux connaître sa future compagne et d’éviter les maladresses inhérentes à une méconnaissance du sujet convoité. On trouve dans ces ouvrages spécialisés des informations primordiales sur les passages les plus délicats dans la vie des femmes, la ménopause par exemple. Ces informations se transmettaient, il n’y a pas si longtemps encore, de mère à fille, de grand-mère à petite-fille, entre sœurs, entre cousines ou entre amies. C’est ainsi que les femmes de mon enfance, en plus d’une simple observation, étaient averties de ces moments obligés dans l’existence d’une femme. Elles n’en demandaient pas plus. Elles n’attendaient l’avis d’aucun expert, l’aide d’aucune « cellule psychologique ». Nombre d’entre elles, qui n’avaient fréquenté que l’école de la vie, auraient ri de bon cœur en entendant nos Diafoirus contemporains disserter sur ces sujets que les femmes vivent intimement depuis leur apparition sur Terre. Ce qui ne date pas d’hier (voir ci-dessus). Mais les temps changent. Les femmes aussi. Des sujets de préoccupation extraordinairement modernes, situés très au-dessus des trop simples contingences d’une vie ordinaire, accaparent le temps et l’esprit de la femme moderne. Surtout si elle est de gauche. L’avenir radieux de l’humanité en dépend, prétend-elle. Elle en oublie l’essentiel. Nous verrons d’ailleurs que l’homme moderne n’échappe pas à cette loi.

Feuille de route

Julie Gayet est une femme on ne peut plus moderne. Actrice, productrice, réalisatrice, de gauche, elle n’a jamais ménagé ses efforts pour conquérir le public et François Hollande. À l’âge de 52 ans, Mme Gayet a découvert les symptômes de la ménopause et est tombée des nues – elle n’avait visiblement jamais entendu parler des conséquences de ce phénomène naturel et biologique touchant les femmes depuis au moins la plus haute Antiquité. Elle espérait des conseils spécialisés. Un guide pratique. Une feuille de route. Elle témoigne, effondrée, lors d’un entretien donné à la journaliste Maïtena Biraben : « On ne m’a pas préparée à ça, ce qui est assez fou d’ailleurs. » Puis interroge : « Mais pourquoi on ne nous prépare pas, pourquoi on n’en parle pas ? » Question légitime qui montre l’indifférence de la société moderne face à cette épreuve qui est en même temps un tabou, disent les féministes. Mme Gayet a donc constaté, sans l’aide de quiconque, sans aucun soutien psychologique, sans avoir été « préparée » à cela, que la ménopause s’accompagnait de bouffées de chaleur, de la disparition des menstruations et d’une prise de poids. Le désarroi de l’actrice est profond. Les mots lui manquant pour le décrire précisément, elle avoue simplement, de la façon la plus moderne qui soit : « Je prends cher avec la ménopause. » Confrontée à la négligence d’un État et d’une société ne sachant ou ne voulant pas alerter les femmes modernes sur ces particularités physiologiques qui les distinguent des hommes depuis la nuit des temps, Mme Gayet a décidé de briser le tabou de la ménopause. Notons que le nombre de tabous qu’il est impératif de briser ne cesse d’augmenter. On en découvre un nouveau chaque semaine. À ce propos, espérons que le mari de Mme Gayet saura profiter de son nouveau mandat de député pour fracasser celui de l’adénome de la prostate et porter à la connaissance du public l’angoisse de l’homme moderne découvrant ses symptômes avilissants !

Pourquoi ?

Car l’homme moderne, tout occupé qu’il est à accomplir une carrière professionnelle enrichissante, à tenter de se développer personnellement grâce à des manuels ad hoc et à ne rater aucun épisode de la dernière série à la mode sur Netflix, a eu tendance ces derniers temps à s’oublier, lui aussi. La vie moderne l’a éloigné de lui-même. Bref, il s’est perdu de vue. Aussi, quelle n’est pas sa surprise lorsque, arrivé à un âge avancé, il s’aperçoit qu’il ne parvient plus à obtenir que des mictions incomplètes, qu’il souille régulièrement son pantalon et qu’il se lève trois à quatre fois la nuit pour finir par échouer lamentablement à vider sa vessie malgré de longues minutes passées à tenter de ne pas uriner à côté de la cuvette. Sombre destin de l’homme moderne qui se demande alors : « Pourquoi on ne nous en parle pas ? » Plus grande encore est sa surprise lorsque, après avoir péniblement décrit, toute honte bue, ses troubles urinaires à son médecin, il entend ce dernier lui intimer l’ordre de se mettre à quatre pattes sur la table d’examen afin de pratiquer ce que le corps médical appelle un toucher rectal. « Pourquoi on ne nous prépare pas à ça ? », s’interroge-t-il alors, en même temps qu’il tente de se convaincre que le geste invasif de son praticien est bien une investigation médicale, humiliante mais nécessaire, et non un acte de pur sadisme, voire pire. Le soir, après s’être servi un cordial bien mérité, cet homme meurtri s’épanche auprès de Françoise, sa compagne : « J’ai pris cher », lui dit-il en relatant l’outrage proctologique auquel personne ne  l’avait préparé. C’est en vain qu’il quête un regard compassionnel, une main tendue, une parole de soutien – Françoise ne l’a écouté que d’une oreille distraite. Son esprit était ailleurs. Elle a appris des choses surprenantes ce matin, en lisant les confidences de Julie Gayet dans Madame Figaro1. Des choses qui la concernent au premier chef. Des choses extraordinaires, stupéfiantes, inédites. Sur les femmes, sur son corps, sur la ménopause. Soudain, elle se remémore une citation de l’anthropologue Margaret Mead lue dans quelque magazine de vulgarisation scientifique : « Il n’y a rien de plus puissant au monde que l’énergie d’une femme ménopausée. » La voilà rassurée. Après lui avoir souri comme on sourit à un enfant malade, elle prend enfin la main de son compagnon. Elle tient maintenant à consoler cet homme que rien ne pourra rasséréner. En effet, aucun anthropologue n’a encore osé affirmer qu’il n’y a rien de plus puissant au monde que l’énergie d’un homme atteint de troubles prostatiques. 

  1. https://madame.lefigaro.fr/bien-etre/on-ne-m-a-pas-preparee-a-ca-julie-gayet-evoque-sa-vie-ralentie-depuis-la-menopause-20240721 ↩︎

Israël/Liban: qui sont ces enfants massacrés à Majdal Shams?

Douze enfants et adolescents de la minorité druze ont été tués sur le terrain de football dans le village de Majdal Shams, le 27 juillet, après une frappe de roquette du Hezbollah. Les autorités israéliennes soupèsent les conséquences d’une riposte à cette attaque meurtrière. Le conflit pourrait changer d’échelle.


12 enfants et adolescents tués pendant qu’ils jouaient au football, des dizaines de blessés. La roquette qui a explosé à Majdal Shams, dans le Golan, a représenté la plus sanglante attaque commise par le Hezbollah depuis que le 8 octobre 2023 (oui, dès le lendemain du 7 octobre…) il a commencé à tirer des missiles sur Israël. 

Riposte puissante promise par Tsahal

La population israélienne a manifesté émotion et solidarité. L’Agence juive et le Keren Hayesod ont couvert leur siège à Jérusalem du drapeau druse et libéré des fonds d’urgence à la population traumatisée de la petite ville. Le Premier ministre, revenu d’urgence des États-Unis, a réuni son cabinet de sécurité, les appels à la riposte se font entendre de tous côtés, et en particulier chez les druses eux-mêmes. L’attaque la nuit suivante d’installations du Hezbollah au Liban ne sera certainement pas la seule et les autorités militaires ont confirmé que la réaction d’Israël serait « puissante », suivant les mots du chef d’état-major.

Beaucoup de confusion a suivi ce tragique événement. Qui sont les habitants de ce village? Quelle est leur relation à Israël? Est-on sûr qu’il s’agisse d’un missile du Hezbollah? Pourquoi le Dôme de fer ne l’a-t-il pas intercepté? Peut-on tenir l’État libanais comme responsable?  Quelles sont les réactions internationales? 
Essayons de préciser les choses.

Majdal Shams (la « citadelle du soleil »), située au pied du Hermon, à 1200 mètres d’altitude, est la plus importante agglomération (11000 habitants) parmi les quatre localités druses qui se trouvent sur le plateau du Golan, ce territoire conquis sur la Syrie au cours de la guerre des Six Jours, après qu’une offensive syrienne eut été lancée contre les forces israéliennes. Pour les gens de ma génération qui s’étaient rendus au Kibboutz de Ein Gev, sur la côte orientale du lac de Tibériade, en contre-bas du plateau et soumis à d’incessants bombardements syriens, la seule idée de rendre cette zone aux Syriens parait une aberration. C’est pourtant ce que réclament les chancelleries, le Quai d’Orsay en tête, quand elles parlent du « Golan illégalement occupé ». L’annexion de ce territoire à Israël en décembre 1981 avait été effectivement condamnée à l’unanimité par le Conseil de Sécurité de l’ONU qui avait souligné « l’inadmissibilité de l’acquisition de territoires par la guerre », belle occasion de se donner bonne conscience en opposition avec toute l’histoire de l’humanité. Il la réitère chaque année, mais en mars 2019, les États-Unis de Donald Trump ont reconnu la souveraineté d’Israël sur le Golan. L’idée d’un retour au paradis syrien est devenue pour les druses (qui forment la moitié des 50 000 habitants du Golan) une alternative bien moins réjouissante depuis la guerre civile dans ce pays… Leur position vis-à-vis d’Israël s’est donc progressivement bonifiée. Le célèbre film israélien, la Fiancée syrienne, tourné à Majdal Shams au début des années 2000, montrait un village pro-syrien. Cela ne correspond plus à la réalité d’aujourd’hui. Si aucun habitant n’avait au cours de ces années saisi l’opportunité de citoyenneté israélienne qui leur avait été proposée lors de l’annexion du plateau, ils sont aujourd’hui 20% à l’avoir fait, surtout des jeunes, dont certains ont fait leur service militaire dans l’armée israélienne. Ils se rapprochent ainsi des druses de Galilée qui, faut-il le rappeler, sont fiers de leur citoyenneté israélienne et ont payé un lourd tribut à la guerre de Gaza. La majeure partie de la population de Majdal Shams garde encore le statut de « résident » et bénéficie de toute façon de tous les droits sociaux israéliens. On peut comprendre qu’elle soit hostile au ministre Bezalel Smotrich, en raison de ses positions « judéo-centrées » pour ne pas dire plus, et sa présence aux funérailles a été huée. Les habitants du village réclament à Israël la même réaction qu’il aurait eue si le missile avait tué des victimes juives. Ils veulent des actes et non des mots. 

Les dirigeants druses du Liban, qui sont tributaires du Hezbollah, s’élèvent, quant à eux, contre une « instrumentalisation » de la tragédie de Majdal Shams par Israël et taisent les responsabilités dans le drame.

Un missile de confection iranienne

Le tir a été effectué par une roquette Falaq 1, de fabrication iranienne Aucune autre milice que le Hezbollah ne se sert de cet engin et encore moins, évidemment, l’armée israélienne. La portée de ce missile non guidé (c’est la définition d’une roquette) ne dépasse pas les 10 km mais sa charge explosive (50 kg) est importante. 

La responsabilité de l’attaque ne fait strictement aucun doute, mais peu de chancelleries ont nommément incriminé le Hezbollah. Les États-Unis et l’Allemagne sont des exceptions, la France une fois de plus n’en est pas, et on ne parle pas des Nations Unies, ni du commissaire Borrell de l’Union européenne. Il est de bon ton de réclamer une « enquête indépendante », ce qui  laisse persister une incertitude ; celle-ci génère un soupçon à l’égard d’Israël, suivant une technique visant à mettre en doute les évidences, grand classique de la propagande anti-israélienne. 

Qui nous prouve au fond que ce n’est pas Israël qui a envoyé cet engin pour enflammer les druses contre leurs frères arabes ? On connait la musique: qui nous prouve que ce ne sont pas les Israéliens qui ont commis les soi-disant massacres du 7 octobre? Et d’ailleurs, qui nous prouve que ce ne sont pas les sionistes qui se sont alliés aux nazis pour effectuer la Shoah (qui par ailleurs n’existe pas, elle non plus….) de façon à pouvoir impunément voler leurs terres aux Palestiniens, ce qui est plus ou moins la thèse de Mahmoud Abbas? Faurisson, Soral, Dieudonné et d’autres, comme les complotistes du Covid, nous ont montré jusqu’où pouvait aller le désir de se croire plus malin que les autres, en général aux dépens des Juifs. En laissant le doute planer, parce qu’ils ne veulent pas, pour des raisons troubles dont ils sont coutumiers, accuser le Hezbollah de front, des diplomates entrent dans une spirale négationniste.

Un doute plus crédible est celui qui porte sur le Dôme de fer. Comment se fait-il que ce système si efficace, dont des batteries sont déployées dans le Golan, n’ait pas détecté l’engin ? Et l’insinuation qui suit: serait-ce que l’on protège moins les Druses que les Juifs ? Les spécialistes expliquent que le Dôme de fer n’a globalement qu’une efficacité de 90% – mais pas de 100% – et que les échecs sont plus grands quand l’engin vole à basse altitude, dans une région vallonneuse et boisée, surtout lorsqu’il se passe moins de 10 secondes entre son point d’envoi (le village de Sheba, au Liban) et son point de chute à Majdal Shams.

Si la responsabilité du Hezbollah dans le tir est certaine, la volonté de tuer des enfants druses ne l’est pas. On a du mal à y trouver une logique mais ce n’est ni de logique, ni de précision que s’encombrent les tireurs du Hezbollah: là-bas, en face d’eux, il n’y a que des ennemis et il est hors de question de reconnaitre une erreur de tir. C’est une question d’image: jamais le Hezbollah n’a admis avoir tué des civils.

Quant au Liban, dont il était de bon ton pendant longtemps de louer le système multiconfessionnel, il ne mérite plus le nom d’État depuis des années. Le docteur Macron n’a pas pu guérir le cancer Hezbollah après les explosions de 2020 dans le port de Beyrouth. Évoquer la responsabilité pourtant évidente de cette organisation dans ces explosions peut coûter la vie aux téméraires. Aucune force interne ne semble de taille à s’opposer à la puissance du Hezbollah, c’est-à-dire de l’Iran, sur le Liban. 

Cela confronte Israël à des choix dramatiques, alors que le nord de la Galilée est devenu inhabitable. Est-ce que ce massacre d’enfants sur le Golan sera la goutte de trop ? Quel aspect prendra la riposte israélienne, militaire et/ou cyber? En tout cas, les Israéliens ne peuvent que s’en remettre aux professionnels qui étudient la faisabilité de toutes les options et au Premier ministre à qui revient la décision. Mais les incantations en faveur de la paix des bonnes âmes de nos pays n’y feront rien: la paix n’est pas dans l’agenda du Hezbollah, elle n’est pas à l’agenda de son donneur d’ordre iranien. Quant au peuple libanais, il est impuissant à empêcher le Hezbollah de ronger ce qui reste de son pays. Israël est peut-être à la croisée des chemins.

L’anarchisme féminin: Naissance de LA terroriste

L’émergence de la femme terroriste – L’anarchisme


Relire le premier volet

À partir du XIXème siècle, les attentats politiques se multiplient en France, cherchant à fragiliser les régimes et à semer la peur. Contrairement à la Russie où les femmes sont nombreuses chez les nihilistes, en France, leur implication se limite principalement à un rôle secondaire. 

Le plus souvent simple « compagne de » ou « épouse de », les femmes sont plus rarement à l’origine d’attentats. Deux figures retiennent cependant notre attention, Germaine Berton, jeune anarchiste, qui assassine le secrétaire de L’Action Française en 1923 et qui sera acquittée ainsi que Sofia Pérovskaïa, militante russe membre de l’organisation terroriste révolutionnaire Narodnaïa Volia, en français, Volonté du Peuple, qui aida à organiser l’assassinat du tsar Alexandre II de Russie et qui fut la première femme russe pendue pour raison politique le 15 avril 1881 à l’âge de 27 ans.

Des démentes qui ne savent pas ce qu’elles font ?

Germaine Berton a 22 ans quand le 22 janvier 1923, prétextant détenir des informations, elle pénètre dans les locaux de L’Action Française, armée d’un pistolet et abat de plusieurs balles Marius Plateau, chef des Camelots du roi, vengeant ainsi l’assassinat de Jean Jaurès.

Issue d’un milieu populaire, appartenant à la gauche radicale, anticléricale, antimilitariste, très tôt engagée dans les comités syndicalistes, militante, elle affiche ouvertement ses opinions politiques. Elle écrira dans le journal Le Réveil « La France, cette marâtre ignoble qui envoie ses fils crever sur les champs de carnage, est à l’heure actuelle le pays le plus militariste du monde entier. La République, cette salope au mufle barbouillé de sang pourri, craint que les Français n’entendent les clameurs révolutionnaires du peuple russe ».

Durant son procès, elle dira « Parmi les ennemis du prolétariat, j’ai haï les royalistes et les agents provocateurs » mais rares sont ceux à reconnaître dans son geste une action politique, selon l’opinion de la majorité il ne peut s’agir que d’un acte ordinaire, crapuleux, sans dimension politique. On ne retient d’elle que ce qui pourrait discréditer la femme engagée, un rapport judiciaire signale « qu’elle a acquis la plus détestable des réputations » dans les milieux anarchistes en raison du grand nombre de vols qu’elle a commis. On lui reproche une vie de débauche, on la présente comme une adolescente tourmentée. Sa mère la qualifiera de « détraquée ». La presse fait référence à son hystérie, sa violence, sa folie, sa délinquance, sa vie dissolue, s’attache à des traits physiques « son visage de gamine », « son sourire atroce » qui dévoile « des petites dents pointues qui voudraient mordre » mais se refuse à voir en elle la femme de conviction. Même son avocat, Henry Torrès, y voit un acte en réaction à une pulsion passionnelle, reléguant la dimension politique aux oubliettes. 

La presse traditionnelle et la justice se refusent à voir en elle autre chose qu’une simple écervelée d’anarchiste, seul le journal de gauche Le Libertaire dira « son acte solitaire n’est guère étonnant dans la mesure où l’anarchiste n’a besoin ni d’encouragement, ni d’ordre et dispose du courage nécessaire pour accomplir l’idée qui est la sienne ».

Même si l’attentat commis par Germaine Berton s’inscrit bel et bien dans la continuité des attentats anarchistes commis en France entre 1892 et 1894, il sera cependant « rangé » dans la catégorie criminalité de droit commun. Il n’y a qu’un pas pour imaginer que si cet acte avait été commis par un jeune homme de son âge, un tout autre champ lexical aurait été employé pour le décrire, sans doute aurait-on parlé de « virilité », « d’héroïsme », « d’un sourire franc », « d’un homme engagé auprès du peuple » ?

Au terme de son procès qui se déroule en décembre 1923, Germaine Berton sera acquittée, grâce au soutien notamment de Léon Blum et de Marcel Cachin. L’acquittement est justifié par le fait qu’il s’agit d’un acte commis à la suite d’une réaction passionnelle. 

Maria Bonnefoy qui assassinera en 1925 le trésorier du journal L’Action Française, Ernest Berger, connaitra le même traitement, Le Matin du 27 mai 1925 titrera « ce serait une démente », la justice retiendra la folie pour qualifier son acte, elle sera également acquittée.

Ou des militantes qui savent parfaitement ce qu’elles font ?

C’est une tout autre fin que connaitra Sofia Pérovskaïa. Le 13 mars 1881 (calendrier grégorien), le tsar Alexandre II est assassiné par des nihilistes. Sur le banc des accusés, presque autant de femmes que d’hommes. Depuis les années 1850, les Narodniki, membres de l’organisation Narodnaïa Volia se sont engagés dans une véritable chasse au « gibier impérial ». Parmi les accusés, une jeune aristocrate, Sofia Pérovskaïa, qui a dirigé l’attentat contre le tsar, en prenant la tête du groupe après l’arrestation de son compagnon, Andreï Jeliabov.

À peine âgée de 20 ans, elle commence à militer et à participer à des manifestations interdites. Elle fera partie du procès des 193 activistes populistes anti-tsaristes en 1877 à Saint-Pétersbourg, mais grâce à l’intervention de son père, aucune suite ne sera donné à l’affaire… En 1879, elle participe à une tentative de faire sauter le train impérial, la tentative d’attentat échouera, elle réussit à s’échapper et rentre dans la clandestinité. De retour à Saint-Pétersbourg, elle rejoindra l’organisation Narodnaïa Volia et s’engage auprès de son compagnon dans la préparation de l’attentat contre le tsar. Sofia n’incarne pas la suiveuse, la compagne de, la femme manipulée, ou la déséquilibrée, elle est titulaire d’un diplôme de professorat et d’assistante médicale, mais la femme pleine de conviction dans un idéal politique, elle sera arrêtée le 22 mars 1881.

« On a arrêté le 22 à Saint-Pétersbourg une certaine Sophie Perovslaïa qu’on recherchait depuis 1878. Elle a avoué qu’elle avait pris part, sous le nom de Soukhoroukoff, à l’attentat commis à Moscou le 1er décembre 1879 contre l’empereur Alexandre II, et qu’elle avait dirigé, après l’arrestation de Jeliabov, l’attentat commis le 13 de ce mois-ci »,écrira le Journal des débats politiques et littéraires.

Durant le procès, le correspondant allemand du Kölnische Zeitung écrira « Sofia Perovskaïa témoigna d’un courage remarquable. Ses joues conservaient le même teint rose, et son visage, toujours sérieux, sans la moindre trace de quelque chose feinte, plein de courage et sans vrai limite du sacrifice de soi. Son regard était clair et calme, il n’y avait pas l’ombre d’aucune affection »

Pendant l’audience Sofia expliquera ses motivations: « Ça a été seulement quand le gouvernement opposa à leur action des mesures répressives, que le parti se vit obligé, après de longues hésitations, de recourir à une lutte politique contre les institutions existantes de l’empire, parce qu’elles étaient le principal obstacle au but qu’il avait en vue. Bien que la majorité du parti blâmât cette lutte, elle n’en fut pas moins entreprise et poursuivie principalement par des moyens de terrorisme. L’obstination à attenter à la vie de l’empereur fut provoquée par la conviction qu’il n’y avait pas d’espoir de le voir changer de conduite à l’égard du parti, ou de politique à l’intérieur ». Le raisonnement est construit et éclairé, la lutte sociale et uniquement elle. « Par des moyens terroristes », le mot est lâché, Sofia se qualifie elle-même de terroriste.

« Ce matin, à six heures, après une délibération qui a duré trois heures, le tribunal a prononcé son jugement. Tous les prévenus ont été condamnés à la peine de mort par pendaison. La sentence qui frappe la femme Perowskaïa sera soumise à la sanction impériale, par ce motif que la condamnée appartient à la noblesse ». Le tsar refuse la grâce, Sofia sera exécutée par pendaison avec les autres condamnées le 15 avril 1881 devant 100 000 personnes, devenant la première femme en Russie pendue pour des raisons politiques, passant à la postérité et célébrée après la révolution de 1917.

Les contemporains de Germaine Berton tendent à nier son combat politique, à lui refuser toutes capacités intellectuelles à s’engager et à agir, préférant se retrancher derrière des arguments ordinaires pour une femme que l’on qualifie d’ordinaire ayant commis un acte ordinaire. Il est tellement plus confortable de voir en elle, une jeune démente dysfonctionnelle, réservant ainsi encore pour un temps la qualité de terroriste aux mâles. 

40 ans plus tôt, les contemporains de Sofia Pérovskaïa n’avaient pas hésité à s’affranchir de cette doxa, en la reconnaissant comme une femme capable de penser par elle-même et d’agir de manière libre et sans contrainte. Est-ce à dire que sa mort est une victoire pour les femmes ? Sans doute que non, mais elle ouvrera la porte à la reconnaissance plus tardive de la femme terroriste, ni héroïne, ni monstre social.

Viva Nakamura

Les LED constituent une véritable révolution technologique qui est trop peu commentée.


Opprobre jetée sur les mangeurs de viande, flygskam1, réduction de la vitesse sur autoroute2, encouragement à se nourrir d’insectes3, quasi-interdiction du pavillon avec jardin : la décroissance que nos dirigeants nous infligent au nom de l’écologie, d’autant plus violente qu’elle ne dit pas son nom et qu’elle a contourné tous les circuits décisionnels démocratiques4, est sans doute bien moins efficace que l’innovation technologique pour répondre aux défis environnementaux.

Ainsi, au pays de Descartes et de Pasteur, le nom de Nakamura devrait spontanément évoquer Shuji Nakamura, récipiendaire (conjointement avec deux autres chercheurs) du prix Nobel de physique 2014 pour l’invention de la LED bleue. Anecdotique ? Non, révolutionnaire ! En effet, auparavant les LED (Diodes Electro Luminescentes) se cantonnaient aux couleurs rouge, verte et jaune, et à des applications limitées : témoins de fonctionnement, écrans des radio-réveil ou de calculatrices notamment. Avec l’ajout de la couleur bleue, les LED peuvent désormais produire la lumière blanche utilisée pour éclairer (et également le lancement des disques Blu-Ray !), et vont connaître un développement spectaculaire qui se poursuit encore aujourd’hui. 

Ainsi la bonne vielle ampoule à incandescence de 100W est devenue une LED de 10W (voire 5W pour certains modèles) : une réduction de 90% à 95% de la consommation d’électricité !  La durée de vie a également spectaculairement augmenté (jusqu’à 50 000h, soit 45 ans à raison de 3h par jour). Les LED restituent une lumière de plus en plus qualitative (faible scintillement, rendu de couleurs élevé, choix de l’éclairage…)5, et ne contiennent que peu voire pas de métaux rares, le tout pour des prix en baisse constante. Bref les LED nous offrent un exemple de progrès technologique rapide et sans compromis (à l’image des semi-conducteurs dont elles se rapprochent par les procédés de production, l’intensité de l’effort de R&D et les cycles de progrès très rapides). 

A lire aussi: Déficits: ce qui attend à la rentrée un éventuel “gouvernement technique”

Au niveau macro, cette nouvelle technologie a des répercussions significatives sur le réseau électrique français : réduction de la consommation d’électricité estimée à 25 TWh/an6 (environ 5% de la consommation française) et baisse de 3 GW du pic d’appel de puissance électrique7 – l’équivalent de deux réacteurs nucléaires qui n’auront pas besoin d’être construits. Des effets d’autant plus intéressants pour l’environnement qu’ils ont lieu principalement la nuit, lorsque la production solaire est minimale (merci M. de La Palisse) : l’électricité économisée est statistiquement celle qui aurait été la plus carbonée (issue de centrales à gaz ou à charbon via des importations allemandes). 

Par ailleurs, dans les régions non connectées à des réseaux électriques (Asie et Afrique principalement), les LED permettent, grâce à leur ultra-faible consommation, de déployer massivement des solutions autonomes associant panneau solaire, batterie et LED, qui permettent d’immenses progrès sociaux (les enfants peuvent faire leurs devoirs ou lire le soir, les villages peuvent être éclairés…).

Les LED illustrent donc de façon exemplaire les trois axes du développement durable : l’environnement, le social et l’économie. 

Il est intéressant de noter que cette révolution technologique qui se passe sous nos yeux est très peu commentée – parce qu’elle se déroule loin des laboratoires européens ? Ou parce que, comme pour les crises, le propre des révolutions serait qu’elles sont largement incompréhensibles pour leurs contemporains ? Jean Fourastié remarquait déjà dans ses Trente Glorieuses que la croissance économique qui a suivi la Seconde Guerre mondiale, sans doute un des changements les plus extraordinaires qu’ait connu l’humanité, était largement ignorée des historiens et économistes.

Alors que certains appellent à la grève de l’école et du savoir, que d’autres attendent le salut de l’empilement de réglementations soviétoïdo-bruxelloïdes (taxonomie, CSRD, MACF, RSE, DPE, ZFE, ZAN & Co.), saluons Nakamura et tous ceux qui ont choisi la voie du travail, de l’imagination et de la science pour faire émerger des réponses pertinentes aux défis du tournant énergétique.


  1. Honte de prendre l’avion, du suédois flyg pour avion et skam pour déshonneur. ↩︎
  2. Grâce aux gilets jaunes le sujet de la réduction de la vitesse sur autoroute à 110 km/h a été mis en veille, néanmoins cette limite s’applique déjà aux véhicules de la fonction publique (hors armée). ↩︎
  3. L’UE a déjà autorisé quatre insectes pour l’alimentation humaine. ↩︎
  4. Ainsi par exemple via la caricaturale parodie de démocratie qu’a été la Convention citoyenne pour le climat. ↩︎
  5. Attention cependant à bien choisir des LED respectant les normes européennes. ↩︎
  6. Bilan prévisionnel 2023 RTE, Annexes Consommation : réduction de la consommation de 10 TWh/an entre 2010 et 2020 (p26) puis de 15 TWh/an d’ici à 2035 (p27). ↩︎
  7. Bilan prévisionnel 2021 RTE, Annexes Techniques : l’appel de puissance de l’éclairage passerait de  plus de 5 GW en 2019 à 2 GW en 2030 (p112). ↩︎

Cérémonie d’ouverture à Paris: la grandeur malgré tout

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Depuis 48 heures, conservateurs et progressistes s’opposent sur une seule question: la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques était-elle réussie ? Et vous, chers lecteurs de Causeur, qu’en avez-vous vraiment pensé ?


Il a fallu attendre un siècle avant que les Jeux Olympiques d’été ne daignent revenir dans le pays qui les a vus naître dans leur version moderne. Une longue patience qui s’est trouvée récompensée après plusieurs tentatives infructueuses. Pierre de Coubertin peut désormais se réjouir, la plus grande compétition sportive mondiale est enfin de retour dans la plus belle ville du monde. La cérémonie d’ouverture pensée par Thomas Jolly était donc particulièrement attendue. Le moins qu’on puisse dire est qu’elle n’aura pas laissé indifférent…

Just do it

« Merci à Thomas Jolly et son génie créatif pour cette cérémonie grandiose. Merci aux artistes pour ce moment unique et magique », a écrit Emmanuel Macron sur son compte X, remerciant également les « forces de l’ordre et de secours », « agents et bénévoles ». « On en reparlera dans 100 ans ! ON L’A FAIT ! », a-t-il poursuivi. « Un immense bravo à Thomas Jolly et à tous les artistes et techniciens pour leur savoir-faire et leur talent extraordinaires. […] Quelle fierté quand la France parle au monde », a dit Manuel Bompard (LFI). Une réaction contrastant avec celle de… Jean-Luc Mélenchon, lequel a dénoncé la parodie de la Cène qu’il a jugée offensante pour les chrétiens, de même que le passage où Marie-Antoinette apparaissait la tête coupée. Il aurait préféré Louis XVI à la place. Julien Aubert (ancien député Les Républicains) a dénoncé de son côté « un défilé olympique ayanakamuresque, wokiste, où le sport a été invisibilisé par des messages politiques et sociétaux qui n’y avaient pas sa place ». De la même manière que Julien Odoul (RN), choqué par la présence d’Aya Nakamura avec la Garde républicaine, ou encore Marion Maréchal (ex-Reconquête) qui a fustigé « les Marie-Antoinette décapitées, le trouple qui s’embrasse, des drag-queens, l’humiliation de la Garde républicaine obligée de danser sur du Aya Nakamura, la laideur générale des costumes et des chorégraphies ».

Ob-Seine, du gênant au géant

La presse internationale a oscillé entre enthousiasme et dégoût, et aussi en fonction de la couleur politique des titres des journaux. Le meilleur résumé de la cérémonie est peut-être celui du Corriere della Sera de Milan : « Plus Édith Piaf que Napoléon. Plus Vénus que Mars. Des chansons d’amour, des films qui finissent bien. Couleur dominante, le rose. La sororité s’ajoute à la liberté, à l’égalité et à la fraternité. On ne voit pas la statue de Jeanne d’Arc, mais plutôt celle de Louise Michel, héroïne de la Commune, avec une Marianne noire chantant la Marseillaise […] Paris a présenté au monde une version adoucie, irénique et idéalisée de son histoire. Une performance d’art contemporain : tantôt on semblait être à la Biennale, tantôt lors d’une gay pride, tantôt encore à un défilé de mode. »

Un succès opérationnel : médaille d’or pour les forces de sécurité

Le premier succès de cette cérémonie d’ouverture est celui des forces de sécurité. Alors que de nombreux observateurs s’indignaient, jugeant irresponsable d’organiser un tel évènement en ville, a fortiori sur la Seine, à l’image d’Alain Bauer qui tout juste deux ans en arrière estimait la chose « impossible » et trop risquée, tout s’est parfaitement déroulé sans un seul incident à déplorer. Un exploit. Nos policiers, gendarmes, militaires, pompiers, bénévoles, organisateurs et travailleurs de l’ombre méritent une médaille du plus beau métal. Ils ont sauvé un pays et une ville attaqués de toutes parts par des forces malignes qui espéraient un fiasco.

D’ailleurs, la journée avait très mal commencé avec de multiples sabotages qui ont gravement entravé la circulation des trains à grande vitesse et décalé les voyages de 800 000 passagers de la SNCF. Pis encore, le climat s’en est mêlé. Toutatis a fait tomber le ciel sur la tête des Gaulois réfractaires pour « gâcher » la fête en mondovision. Las, si la pluie a sûrement eu une incidence sur le rythme de la cérémonie et gâté quelques tableaux, elle n’a au fond que peu perturbé le spectacle sur le plan technique.

La laideur et la grandeur peuvent-elles longtemps cohabiter ?

Que retenir donc de cette cérémonie ? Les Français font toujours ressortir le pire et le meilleur… et ils sont les meilleurs dans les deux exercices. Cette longue cérémonie aura donc offert deux visages bien distincts. Le premier prenait les traits de la grandeur classique, montrant au monde les trésors d’inventivité et de génie dont les Français peuvent, quand ils sont inspirés, se montrer capables. Innovante et ambitieuse, convoquant l’artisanat du luxe avec Notre Dame et LVMH ou les Gobelins avec les Minions, la cérémonie d’ouverture a voulu brasser de multiples influences servies par d’immenses vedettes françaises et internationales. Citons notamment Lady Gaga ou Gojira, groupe français de heavy métal particulièrement remarqué qui a offert un concert perché sur les fenêtres de la Conciergerie en forme d’hommage aux victimes du Bataclan.

La cérémonie d’ouverture s’est en réalité déclinée en trois parties. Une première correcte convoquant les clichés du Paris chic et kitsch, décrivant un pays flirtant avec le libertinage, où le french cancan et le glamour servent d’horizons aux grandes dames de ce monde. C’est un peu réducteur, mais ce Paris plaît à l’étranger. Du reste, ces jeux sont d’abord et avant tout parisiens. Malgré quelques défauts de rythme, l’ensemble n’était pas outrageant ni particulièrement innovant. Il s’est néanmoins conclu par une première petite polémique avec la mise en scène d’une Marie-Antoinette tenant dans ses mains sa tête décapitée et chantant « Ah, ça ira ! ».

Quoique bien réalisé, ce tableau a pu heurter certaines consciences. Plus « adolescente » que véritablement animée de l’intention de nuire, l’idée du gore était sûrement inadaptée à un spectacle grand public en mondovision. Surtout qu’elle ne fut pas compensée par une note déplorant ce qui fut un crime politique dont les motifs étaient misogynes et xénophobes, mais aussi basés sur des « mensonges », soit ces fausses informations et préjugés que dénoncent pourtant à cor et à cri les progressistes contemporains. La chose eut pu être parfaite avec un peu plus de discernement.

La deuxième partie bascula non pas dans le gore mais dans la laideur la plus grotesque par moments. Sorte de bacchanale dionysiaque à une époque qui aurait besoin d’ordre apollinien, ce segment a fait la part belle aux diversités dites « LGBT », offrant notamment plus d’une vingtaine de minutes de drag-queens, de femmes à barbe et de transformistes, lors d’un défilé assez malsain qui était non seulement trop long, mais aussi inutile et mal réalisé. Le tout donnait parfois des airs de fins de mariage, avec ses musiques discos passéistes et ses invités ivres d’eux-mêmes et de vin. Ce moment particulièrement pathétique aura servi aux ennemis de l’Occident les éléments de propagande qu’ils demandaient.

Des télévisions étrangères ont même dû couper ces passages. Ce nombrilisme hexagonal, ou plutôt parisianiste, est préjudiciable. La France n’est pas seule au monde. Cette prétendue « inclusivité » exclut en réalité bien des gens et bien des nations. Elle n’inclut que des minorités « visibles » complaisamment et caricaturalement mises en scène de manière monstrueuse au sens étymologique du terme. L’idée générale était de faire l’inverse d’une cérémonie nostalgique et passéiste. Soit, c’est louable. Mais l’excès inverse a souvent été atteint. À la ringardise des uns s’est opposé l’opiniâtreté « provoc » et passée de mode des autres, comme si les Jeux Olympiques étaient le champ d’expression d’une bataille idéologique… On me répondra Marivaux, tradition du Guignol ou Molière. Je rétorquerai que bien que j’apprécie les Contes de Canterbury de Pasolini et le Caligula de Tinto Brass, il ne me viendrait jamais à l’idée que ces films puissent être destinés à un public allant de 7 à 77 ans et convoquent l’intégralité des cultures de ce monde devant son écran. 

Un manque de discernement mais des coups d’éclat

Quel dommage ! Il était pourtant possible d’amener de la légèreté sans sombrer dans ce déballage de vulgarité provocatrice uniquement destiné à « choquer le bourgeois ». Un entresoi « wokiste » qui était exclusif d’une communauté arrogante et déconnectée. Le tout s’est conclu par un Philippe Katerine déguisé en Silène, moment lunaire mais amusant qui aurait pu être acceptable avec un peu de discernement et de goût. Mettre à l’honneur la mode et l’excès du cabaret n’était pas interdit, encore fallait-il le faire élégamment. Le dire semble pourtant un crime de lèse-olympisme. Est-il encore interdit de penser qu’une gay pride n’a pas sa place pour célébrer le sport ? Qu’il faut inviter aussi des enfants et des gens de peu ?

Heureusement, le troisième tiers aura montré une France assez sublime. Certes, cette cérémonie bling bling était parfois semblable à une succession de vignettes publicitaires piochant chez Jean-Paul Goude et Pierre et Gilles, omettant tout un pan de l’identité française, martiale et enracinée, mais elle avait aussi sa part de beauté qui a pu pousser au milieu de la boue mondialisée. L’idée de la déesse Sequana sur la Seine, du piano enflammé, les illuminations de la Tour Eiffel et bien sûr la Montgolfière resteront gravées longtemps dans les mémoires. Le grand final de Céline Dion était de même particulièrement émouvant et bien mis en scène. Par certains aspects, cette cérémonie surpassa toutes celles qui l’ont précédée : elle marquera son temps et a eu des moments de génie. Elle était vive, originale et orgiaque. Mais ses immenses qualités n’effaceront pas la gêne provoquée par ses défauts. Restent une belle organisation et des équipements fabuleux qui peuvent rendre très fiers les Français. Car, la beauté de la gloire historique de la France est visible partout dans des Jeux qui, en dehors de quelques épouvantables couacs, sont magnifiques, dévoilant un Paris sublimé porté par l’enthousiasme d’un peuple qui se réjouit enfin un peu après des mois de morosité.

Arles: gladiateurs, mémoire et festivités

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Arles à l’heure romaine…


Chaque mois d’août, l’espace d’une semaine (du 19 au 24 août pour l’édition 2024), les organisateurs de deux festivals arlésiens (« Arelate » et « Films Péplums ») conjuguent leurs passions et leurs talents, pour proposer au grand public une série d’animations, de reconstitutions, de rencontres et de projections dans des lieux exceptionnels de la commune afin de faire revivre le glorieux passé antique de cette grande cité touristique classée au Patrimoine Mondial de l’Humanité, tout en programmant chaque soir un grand péplum sur écran (méga) géant (18 m x 10 m !) dans le magnifique Théâtre antique de l’ancienne Préfecture des Gaules. Suivez le guide.

Le Péplum à l’honneur

Ils fêteront cette année leur 37e et 18e édition. Commençons par le plus ancien. « Le Festival du Film Peplum, unique en France, est né en 1987, précise son actuel président Julien Gondat, par ailleurs docteur en Histoire antique, grâce aux efforts conjoints de l’office du tourisme arlésien, du comité des fêtes et de l’association des prémices du riz. L’objectif était de créer un festival de films axé sur le thème de l’Antiquité, puisant son inspiration dans l’histoire de la ville d’Arles, où le fabuleux héritage de Rome est encore si intensément présent. Une équipe de bénévoles s’est alors constituée pour créer l’association Péplum avec pour but d’organiser chaque année le festival au mois d’août. » Du 19 au 24 août, dans l’enceinte du Théâtre antique d’Arles (inauguré vers 12 av. J.-C. sous le règne de l’empereur Auguste), seront projetés de grands films qui ont marqué l’Histoire du péplum, précédés chaque fois à 18h30 d’un apéro-rencontre avec un spécialiste de la thématique vespérale (professeur d’université, archéologue, conservateur du patrimoine…) puis à 19h30 d’un ciné-club qui se veut décalé et disruptif, animé par un critique cinéma, un artiste ou un musicien.

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Parmi les temps forts cette année : Gladiator, le film culte de Ridley Scott, lointaine relecture de La Chute de l’Empire romain (Anthony Mann, 1964) avec Russell Crowe et Joaquin Phoenix, lauréat de cinq Oscars en 2001, ce qui permit de rouvrir un fabuleux et inattendu troisième âge d’or du péplum, après les décennies 20 et 50… le tout dans l’attente fébrile du Gladiator 2, toujours réalisé par Scott, prévu pour le 13 novembre avec cette fois les aventures du petit Lucius devenu grand, incarné par l’acteur Paul Mescal (budget global de 250 millions de dollars) ;

Sera également projeté dans la case « Grand classique » le très sacré Golgotha de Julien Duvivier (1935), avec Jean Gabin en Ponce-Pilate et Robert Le Vigan en Jésus-Christ, premier film parlant de l’Histoire du septième art dans lequel on entend directement parler le Christ ! ;

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Pour le plus grand plaisir des petits et des grands, sera proposé Le Pharaon, le sauvage et la Princesse, magnifique film d’animation franco-belge réalisé en 2022 par Michel Ocelot ; Et comment ne pas évoquer Conan le Barbare (1982) dans la case « Hors-frontières » ? Le film-culte de John Milius (scénariste sulfureux de L’Inspecteur Harry et d’Apocalypse Now), l’un des pères fondateurs de l’heroic fantasy au cinéma et l’un des concepteurs de l’« action-man » autrichien « nouvelle génération » nommé « Schwarzy », digne descendant des Macistes et autres Hercules sur grand écran avec de surcroît un sous-texte politique et philosophique on ne peut plus savoureux (le film s’ouvre sur la fameuse citation nietzschéenne du Crépuscule des idoles « Ce qui ne me tue pas me rend plus fort » !).

© Peplum

Animations et reconstitutions historiques

L’originalité de ce Festival du Film Péplum est qu’il s’insère dans un autre événement arlésien très attendu, « Arelate, les Journées Romaines d’Arles », soit une semaine éclectique de découverte du monde romain à visée ludique et pédagogique via toute une série d’animations et de reconstitutions. Pour cette édition 2024, Arelate met à l’honneur la thématique du culte du corps dans l’Antiquité, dans une programmation déployée dans toute la ville, le musée départemental Arles antique et les monuments de la commune. Archéologues, historiens, « reconstituteurs », artistes et passionnés attendront ainsi le public pour lui livrer les clefs de cette époque romaine qui a façonné Arles pour des millénaires.

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« Il y a 2000 ans, comme aujourd’hui, une partie importante des citoyens (hommes et femmes) portait une attention toute particulière à son apparence argumente Charles Kachelmann, président du Festival Arelate. Les réseaux sociaux n’existant pas à l’époque pour diffuser la meilleure image de soi, c’est en organisant des fêtes somptueuses (pour les plus riches) ou en se pavoisant dans des lieux publics (tels que les thermes ou le forum) que l’on pouvait ainsi s’exhiber à la vue de tous. Mais avant cela, il fallait user de tous les moyens pour sculpter et embellir sa silhouette. Nous aurons le plaisir de proposer plusieurs conférences sur ce thème ainsi que des ateliers créatifs pour les tout petits (à partir de quatre ans) ou encore une proposition de représentation de culte paléo-chrétien, sans oublier les animations au sein de l’espace Vita Romana ainsi que celles du camp de légionnaires (avec démonstrations de manœuvres militaires) et en amont le forum de la BD en lien avec l’Antiquité à Saint-Rémy-de-Provence les 11 et 12 août, au sein d’un ensemble architectural exceptionnel, la cité antique de Glanum. »

A lire aussi : Un petit Balzac, pour l’été, pourquoi pas?

Pour être complet, précisons également que dans la cour de l’Archevêché d’Arles, les badauds auront l’opportunité de découvrir la vie quotidienne des Romains au travers de stands et d’ateliers : coiffure à la romaine, création de couronnes végétales, tissage, mosaïque… Tout en pouvant se restaurer à la « Taberna Arletensis » avec des produits « romains » d’époque. Durant toute la semaine, la Direction du Patrimoine d’Arles s’investit pleinement en proposant de nombreuses activités (reconstitutions historiques, visites flash, spectacles) dans tous les monuments antiques inscrits sur la liste du Patrimoine mondial UNESCO. Une magnifique semaine en perspective ! Connaître et se réapproprier notre héritage gréco-gallo-romain permet plus que jamais de prendre un recul salvateur par rapport aux apories et errances de notre époque hélas défigurée par les excès et les outrances du wokisme débilisant sans-frontiériste…


Plus d’informations :

Festival du film Peplum | Projections en plein air à Arles du 19 au 24 août 2024

Arelate : Le festival (festival-arelate.com)

Antoine Dupont: le voilà, notre génie français…

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Emmenés par leur capitaine, les Bleus ont remporté la première médaille d’or française aux Jeux de Paris, samedi. Ils ont battu les Fidji 28-7 au stade de France.


Loin de moi l’idée de vouloir revenir aux modalités de la cérémonie d’ouverture, à l’admiration de beaucoup, aux controverses qu’elle a suscitées et notamment à la critique puissante mais discutée d’Alain Finkielkraut dans Le Figaro reprochant l’absence totale du génie français dans cette fête du 25 juillet1. J’ai seulement envie d’opposer à cette France globale qui s’est offerte avec une vision parfois orientée, l’image éblouissante de la France singulière d’Antoine Dupont, ce génial joueur de rugby à 15 puis à 7, cette personnalité d’exception se révélant tant lors du jeu qu’en dehors. Il est aujourd’hui, probablement, le sportif préféré des Français et pour des raisons qui ne tiennent pas qu’à son aura professionnelle. Il est de bon ton de vanter l’esprit d’équipe. Le groupe magique qui a remporté la médaille d’or, après avoir vaincu les Fidjiens jamais battus lors des Jeux Olympiques précédents, en est une exemplaire incarnation. Mais ce n’est pas battre en brèche cette exigence du collectif que de saluer dans ce triomphe le rôle capital d’Antoine Dupont. L’entraîneur a eu la sagesse de le faire entrer seulement en seconde mi-temps (à chaque fois, dans les matchs précédents, ce pari s’était avéré gagnant), quand les adversaires émoussés n’avaient plus la force de résister à cette rapide et étincelante boule d’énergie et de talent. Antoine Dupont n’a pas manqué d’être immédiatement décisif, soutenant d’excellents partenaires stimulés par lui et lui-même soutenu par eux, dans une fusion fraternelle de tous les instants.

Auteur de deux essais en finale

Quelle plus belle illustration de cette symbiose que l’irrésistible chevauchée de 80 mètres d’Antoine Dupont avec le parfait dernier geste : une passe à son partenaire Aaron Grandidier marquant l’essai, Antoine Dupont par ailleurs auteur lui-même de deux essais dont le dernier de cette finale.

Cette alliance irréprochable entre le génie sportif d’Antoine Dupont avec ses qualités physiques hors du commun, et son esprit de solidarité, son altruisme – rien pour sa propre gloire ou pire, sa vanité, tout pour l’équipe – est sans doute le trait le plus remarquable de ce jeune homme. Il se met sur le terrain au service des autres en même temps qu’il se distingue par des actions d’éclat. Capitaine du XV de France, il n’enjoignait rien à ses coéquipiers mais leur montrait par son seul exemple la voie à suivre.

La France qu’on aime

Cette disposition ne serait que sportive si elle n’était pas, dans ses attitudes une fois le match gagné, à chacune de ses interventions médiatiques, dans chacun de ses propos, le signe d’une extrême modestie tenant à la fois à une simplicité naturelle et à une juste perception de l’effort collectif. Ces vertus d’Antoine Dupont, sans la moindre esbroufe ni la plus petite posture ostentatoire qui soit, justifient l’admiration et l’estime qu’il inspire à beaucoup, passionnés de rugby ou non.

Peu m’importe alors qu’à une ou deux reprises il ait exprimé discrètement une opinion politique. Il en avait le droit. J’aime passionnément la France qui a le visage, la tenue, le génie et l’humanité d’Antoine Dupont.


  1. https://www.lefigaro.fr/vox/alain-finkielkraut-dans-cette-ceremonie-le-genie-francais-brillait-par-son-absence-20240727 ↩︎

Béziers, la féria et les furieux

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DR.

L’affiche de la féria de Béziers 2024 a créé la polémique avec un dessin signé Jean Moulin. Le héros de la Résistance était un aficionado ! Cela a fait hurler les anticorrida…


Béziers ne manque décidément jamais de créer la polémique. C’est au tour de l’affiche de la féria 2024, durant laquelle se dérouleront notamment quatre grandes corridas de taureaux, de faire scandale. Pourquoi ? Regardez-là de plus près ! (voir notre reprodution ci-dessous) Elle est signée… Jean Moulin ! Pas un obscur Jean Moulin, non. C’est bien Moulin le résistant. Natif de Béziers ! Lors de la présentation de cette affiche le 7 mai, Robert Ménard s’en explique : « Jean Moulin a adoré et dessiné la tauromachie. Ce dessin est un bel exemple de la façon dont il a salué cet art décrié par certains et défendu ici. » C’en est trop pour les anticorridas. Moulin à la rescousse de cette barbarie, et puis quoi encore ? Levée de boucliers.

Le dessin de Jean Moulin finalement retiré / Jean Moulin / Ville de Béziers

« C’est quand même tordre la réalité d’une manière scandaleuse. Personne ne peut dire ce que Jean Moulin pensait de la corrida », déclare à Midi libre le conseiller municipal à la Mairie de Béziers, Thierry Antoine. Le Colbac (Comité de liaison biterrois pour l’abolition de la corrida) dénonce lui une « récupération honteuse », « un mensonge et une manipulation de l’opinion ». La Ville de Béziers possède 500 dessins de Jean Moulin, dont treize illustrent le monde taurin. Sur deux d’entre eux, homme et bête sont représentés. Romanin (pseudonyme avec lequel il signait ses dessins) esquisse la charge du taureau qu’il semble bien connaître. Deux autres mettent en majesté le torero, seul. Les matadors en piste, tels que les dessine Moulin, sont pleins de grâce, d’une beauté hiératique. Le peintre et aficionado Lilian Euzéby s’enthousiasme : « Moulin croque les physionomies et les attitudes des toreros avec un sourire fraternel. On pense immanquablement à Goya et à la figure grimaçante d’une humanité qui lui était si chère. Un détail attire mon attention. C’est le visage de ce jeune torero qui semble interroger le ciel. Son corps est esquissé par une figure qui paraît ailée avec ses deux bras tendus vers le haut (ange ou banderillero). » Certes, comme le rappellent les anticorridas, aucun écrit de Moulin, aucune déclaration ne relate une possible afición à la tauromachie de sa part. Mais quel farouche opposant à la corrida dessinerait ainsi les matadors ? Peu de place au doute. Ces dessins au crayon rappellent aussi ceux de Montherlant, aficionado comme Goya. Ce que je retiens, moi, de tout cela, c’est que Jean Moulin, héros français, incarnation du courage – mental et physique – ayant affronté et résisté à la peur et à la douleur, fut spectateur des corridas. Et plus encore, qu’il en fut un observateur à l’œil aiguisé, capable d’esquisser les poses de danseurs ou de triomphateurs de ces héros des arènes. La corrida, « c’est la fête du courage, c’est la fête des gens de cœur », chante Escamillo dans le Carmen de Bizet. Notre héros national, nous le savons désormais, a participé à cette fête. Moulin n’était pas un barbare, il fut victime de la barbarie. De celle de Klaus Barbie. Les anticorridas ont eu raison de cette affiche puisque la Ville de Béziers, fatiguée des attaques sans fin, a décidé le 24 juin de la retirer. Qu’importe, Moulin aficionado, nous le savons désormais !

Minotaures: Voyage au coeur de la corrida

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Des chiffres et des lettres: dernières consonnes et voyelles avant la fin

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Laurent Romejko sur le plateau télévisé des Chiffres et des Lettres en 1994. Le jeu est alors diffusé sur France 2 © ROUSSIER/SIPA

Depuis 2022, l’émission n’était plus diffusée que le samedi et le dimanche. À la rentrée, le jeu ne sera plus à l’antenne de France 3.


Consonne… Voyelle… Consonne. Pendant cinquante-deux ans, la même ritournelle, dans tous les enchaînements possibles, aura été scandée par les milliers de candidats ayant participé au plus ancien des jeux encore à l’antenne. Alors que Des chiffres et des lettres s’apprête à tirer sa révérence1, une page de notre rapport énamouré et contrarié aux calculs et au vocabulaire se tourne. Pour la doyenne des émissions, le compte n’était plus vraiment bon : de 7 millions de téléspectateurs il y a trente-cinq ans, elle ne parvenait plus à en attirer que le dixième. Et puis, la mode n’est plus aux mots de neuf lettres.

Prenant la suite de l’émission Le mot le plus long, dont le principe résidait dans son intitulé, Des chiffres et des Lettres, qui y adjoignit le calcul mental, a accompagné les après-midi de nombreux Français, à peine concurrencé, sur la durée, par le Tour de France au mois de juillet. « Un jeu de vieux », entend-on déjà persifler ses habituels contempteurs. Le jeu d’une génération au moins, celle de nos (arrière-)grands-parents, déjà moins celle de nos parents, celle des boomers qui prirent le contre-pied de l’époque en choisissant de construire des mots plutôt que de succomber à la mode de la déconstruction.

Et nous, encore enfants au tournant des années 90, avons souvent entendu, au détour d’une visite familiale, nos aïeux déjà blanchis sous le harnais, tenter de former un mot ou s’exclamer, après un calcul aussi bref qu’efficace : « Le compte est bon! ». À l’époque, nous usions nos pantalons d’uniforme sur les bancs de l’école et les seuls jeux auxquels nous nous adonnions, en dehors des sports de ballon et des billes – de corde à sauter pour les filles : c’était avant les pratiques non genrées – consistaient à retrouver, le plus rapidement possible, des mots dans le dictionnaire ou le résultat d’une addition. Tous les matins, notre professeur récitait une dictée et nous tentions de reproduire le texte sans commettre de fautes. Nous avions un cahier dans lequel nous nous exercions aux tables de multiplication.

A lire aussi: Delphine Ernotte: «Je ne veux pas la mort de CNews» 

À l’heure où les smartphones ont envahi les salles de classe, avec leur lot d’applications sociales, mais aussi d’outils permettant de calculer sans devoir effectuer d’exercice mental, et à l’époque où nous n’avons plus à nous soucier de la correction orthographique – presque un fascisme -, il n’est pas étonnant que Des Chiffres et des Lettres rejoigne la liste d’émissions culturelles passées à la trappe : Les jeux de 20 heures (avec aux manettes Jean-Pierre Descombes, qui vient de vous quitter, et Maître Capello) ou L’académie des 9. Il reste, nous dira-t-on, Slam, présenté pour quelque temps encore par le sémillant Cyril Féraud, l’excellent Questions pour un champion, ode à la culture générale, ou Tout le monde a son mot à dire.

Nous ne pourrions évoquer l’émission sans mentionner l’esprit fécond de son créateur Armand Jammot, également inventeur de La bourse aux idées et des Dossiers de l’écran, ses brillants animateurs, Patrice Laffont et le toujours jeune Laurent Romejko, ses arbitres Arielle Boulin-Prat et Bertrand Renard, sacrifiés il y a deux ans déjà sur l’autel de la modernité, et ses nombreux clubs disséminés partout en France où se réunissent des amoureux de la gymnastique intellectuelle.

Le groupe-Bolloré aurait montré un intérêt à la reprise du programme, mais la famille de son créateur a balayé l’idée d’un revers de la main : «Jamais mon père, qui était un grand républicain, un démocrate, un humaniste, n’aurait travaillé avec M. Bolloré. Quand il rencontrait des téléspectateurs d’origine immigrée qui lui disaient ‘j’ai appris le français avec vous’, il était content. Or, je partage ses convictions profondes », s’est permis de déclarer Florence Jammot dans Le Monde2.

Le culte des chiffres et des lettres, qui mourait à petits feux, s’éteint un peu plus avec la disparition de sa grand-messe. Comment s’en étonner alors que le désormais ex-ministre des Finances semble incapable de présenter un budget calculé à l’équilibre – le même nous ayant gratifié d’un roman au style bancal -, tandis que les tests internationaux montrent un manque de maîtrise des mathématiques et alors que l’orthographe est perçue comme un nouveau fascisme ? Et voilà que soudain nous envahit ce sentiment résumé en un dernier mot de neuf lettres : nostalgie. 

  1. https://www.latribune.fr/technos-medias/c-est-une-decision-difficile-mais-nous-avons-decide-d-arreter-des-chiffres-et-des-lettres-stephane-sitbon-gomez-france-televisions-996923.html ↩︎
  2. https://www.lemonde.fr/economie/article/2024/07/04/jamais-mon-pere-n-aurait-travaille-avec-m-bollore-les-detenteurs-des-droits-du-jeu-televise-des-chiffres-et-des-lettres-ne-veulent-pas-de-c8_6246928_3234.html ↩︎

Shannen Doherty réapparaît dans un roman français

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L-R: Jason Priestley, Tori Spelling, AAron Spelling et Shannen Doherty, Los Angeles, 18 mars 1992 © ELTERMAN/SIPA

Dans un roman qui ne ménage pas la pudibonderie de ses lecteurs, Hélène Maurice revient sur le parcours extravagant de Shannen Doherty, actrice de Beverly Hills 90210 décédée le 13 juillet qui n’est jamais parvenue à se déparer de son image de peste à Hollywood.


La couverture bariolée est couverte de bobines de cinéma, de pop-corn, de masques de Janus… Avec L.A. Artificial (Les presses littéraires), son premier roman, Hélène Maurice nous replonge dans la Californie du début des années 90. Le corps de Kurt Cobain n’a pas encore été retrouvé mort, au bout de son troisième jour de décomposition. Roberto Baggio n’a pas encore envoyé son tir-au-but mémorable, dans les nuages du Rose Bowl de Pasadena. L’héroïne n’a pas encore flingué toute la génération grunge. Pour l’instant, les GI’s mènent leur opération de gendarmerie internationale contre Saddam Hussein. Et toutes les chaines diffusent en boucle les images de la guerre dans le sable. Toutes, sauf la Fox, qui programme à heure de grande écoute un soap, Beverly Hills 90210 (rebaptisé Holmby Hills, dans le roman). L’équivalent, si l’on était méchant, de nos sitcoms de la même époque. 

Ça tombe bien, l’Amérique ne demande pas mieux que se vider le crâne. Des personnages un peu niais vivent des amourettes d’adolescents. Les acteurs sont des gosses de riche, ou carrément la fille du producteur (« une véritable petite pute », dont « le succès auprès de la gent masculine étonnait d’autant plus son père qu’il la trouvait laide et refaite »), Sharon O’Brien est une petite nénette échappée du Maryland. Brunette au léger strabisme, elle crève l’écran et vampirise la série, au point de vite pouvoir se permettre toutes les extravagances en coulisse. Jusqu’à coucher avec l’acteur qui joue son frère jumeau dans la série, contre toutes les promesses faites à la production au début du tournage !

« Qu’est-ce qu’on en à foutre de ce soap ? »

« Qu’est-ce qu’on en à foutre de ce soap ? », se demande Jay Martel, journaliste chez Rolling Stone, qui va bientôt se voir imposer à la une de son magazine, référence de la culture rock, la bobine des trois principaux acteurs de la série, a priori fort éloignée de l’underground musical. On pourrait bien se poser la même question.

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Dans son roman, Hélène Maurice nous fait voyager dans les quartiers de Los Angeles, que l’on connait mieux, grâce à la magie du cinéma, que ceux de Grenoble ou Châteauroux. Elle parvient à nous faire passer de la vacuité du monde des petits acteurs californiens au bouillonnement grunge de la même époque. C’est que l’ambiance cocaïnée de la jet-set ne suffit pas à Sharon O’Brien, il lui faut aussi des rockers sales aux bras mutilés par les piqûres. Le roman est par ailleurs émaillé de références musicales de l’époque: de Here comes Your Man à Novocaine for the Soul en passant par Killing in the Name, on se plait à se perdre dans le juke-box mental de l’auteur. 

Dans les romans de Bukowski, les types s’enfilent des bières ou s’adonnent à « la meilleure baise de l’histoire ». Il ne faut pas être bégueule non plus quand on ouvre L.A. Artificial : scènes de baise sous défonce (ou l’inverse), éjaculations buccales, introduction d’ecstasy dans le vagin en plein cunnilingus… Il y en a pour tous les goûts. 

Mais c’est aussi un intéressant flashback qui nous ramène à une époque où l’industrie du divertissement n’était pas encore tout acquise au progressisme, une époque où les séries télévisées étaient d’abord destinées à un public WASP conservateur, et où des scénaristes démocrates tentaient timidement d’imposer quelques thèmes osés comme le SIDA. Épisode après épisode, les réalisateurs de Holmby Hills avancent ainsi dans leur scénario en ayant la sensation un peu prétentieuse de bousculer la société. Plus tard, Sharon O’Brien s’affichera, elle, aux côtés du Parti républicain, moins par soudaine adhésion politique que par goût du contrepied… et pour ramasser un gros chèque. Encore une manière de s’attirer l’hostilité de ses pairs, habitude qu’elle élève au rang d’art. Toute ressemblance…

Jeunes harpies, désinvolture et gode ceinture

Le roman, cru, direct et efficace, a été publié le 9 juillet. Il a pris une autre dimension puisqu’on apprenait quelques jours plus tard le décès de Shannen Doherty à 53 ans; elle a totalement inspiré le personnage principal. On s’attache à ses coups de sang, à sa manie d’arriver une heure en retard chaque jour sur les tournages. Quand le producteur convoque trois ou quatre acteurs pour leurs écarts de conduite, l’un est pris « d’une diarrhée aussi fulgurante que phénoménale ». Shannen-Sharon, elle, lui fait parvenir le courrier suivant : « Je ne suis pas une fille que l’on convoque. Avec tout mon respect, je vous embrasse patron ! Sharon ». Des ligues de jeunes harpies, grosses dondons d’abord fans de la série mais qui veulent absolument en voir exclue Sharon, s’amusent ensuite à lui pourrir la vie, à cause de l’énorme écart entre le personnage et l’existence dissolue de l’actrice. Il faut dire qu’à une remise de prix des Golden Globes, alors que ses collègues acteurs disent tout leur amour du taï-chi ou de leurs animaux, Sharon, sans pression, lâche : « Qu’est-ce que j’aime bien faire ? Eh bien… sortir avec des garçons ! Voilà ce que j’aime vraiment ! ». De quoi rendre encore plus hystériques de colère les groupies du show. 

En quelque sorte, Sharon / Shannen Doherty avait préparé le terrain aux starlettes Disney des années 2000, brandies comme des références du puritanisme à leur début dans les sitcoms sucrées de Disney Channel avant d’apparaitre bien plus délurées sur scène quelques années plus tard, à la manière d’une Miley Cyrus, qui peut désormais chanter avec un gode géant autour de la ceinture ou les doigts dans les parties génitales.

L.A. Artificial

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Contes de la folie ordinaire

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Julie Gayet aurait apprécié qu’on la prépare à… la ménopause!

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François Hollande et Julie Gayet à Angoulême, 25 août 2023 © Laurent VU/SIPA

Confrontée à la négligence d’un État et d’une société ne sachant ou ne voulant pas alerter les femmes modernes sur les particularités physiologiques qui les distinguent des hommes depuis la nuit des temps, Mme Gayet a décidé de briser le tabou de la ménopause. L’actrice, qui a épousé l’ancien président socialiste François Hollande en 2022, s’est confiée à l’ancienne animatrice télé Maïtena Biraben, laquelle a décidé dernièrement de s’engager contre l’invisibilisation des femmes de plus de 45 ans.


Il y a plus d’un demi-siècle, Vialatte soupçonnait que la femme remonte à la plus haute Antiquité. Plus tard, les recherches anthropologiques du professeur Jean-René Ksaafer confirmèrent cette intuition. Toutefois, des chercheurs bavarois ont récemment émis l’hypothèse que la femme pourrait remonter au néolithique, voire au paléolithique. Quoi qu’il en soit, il est établi que la femme se distingue de l’homme par de nombreux aspects. Ses spécificités physiques, anatomiques et physiologiques sont aujourd’hui amplement décrites dans les manuels de médecine et dans certains guides modernes destinés aussi bien aux femmes qu’à l’homme soucieux de mieux connaître sa future compagne et d’éviter les maladresses inhérentes à une méconnaissance du sujet convoité. On trouve dans ces ouvrages spécialisés des informations primordiales sur les passages les plus délicats dans la vie des femmes, la ménopause par exemple. Ces informations se transmettaient, il n’y a pas si longtemps encore, de mère à fille, de grand-mère à petite-fille, entre sœurs, entre cousines ou entre amies. C’est ainsi que les femmes de mon enfance, en plus d’une simple observation, étaient averties de ces moments obligés dans l’existence d’une femme. Elles n’en demandaient pas plus. Elles n’attendaient l’avis d’aucun expert, l’aide d’aucune « cellule psychologique ». Nombre d’entre elles, qui n’avaient fréquenté que l’école de la vie, auraient ri de bon cœur en entendant nos Diafoirus contemporains disserter sur ces sujets que les femmes vivent intimement depuis leur apparition sur Terre. Ce qui ne date pas d’hier (voir ci-dessus). Mais les temps changent. Les femmes aussi. Des sujets de préoccupation extraordinairement modernes, situés très au-dessus des trop simples contingences d’une vie ordinaire, accaparent le temps et l’esprit de la femme moderne. Surtout si elle est de gauche. L’avenir radieux de l’humanité en dépend, prétend-elle. Elle en oublie l’essentiel. Nous verrons d’ailleurs que l’homme moderne n’échappe pas à cette loi.

Feuille de route

Julie Gayet est une femme on ne peut plus moderne. Actrice, productrice, réalisatrice, de gauche, elle n’a jamais ménagé ses efforts pour conquérir le public et François Hollande. À l’âge de 52 ans, Mme Gayet a découvert les symptômes de la ménopause et est tombée des nues – elle n’avait visiblement jamais entendu parler des conséquences de ce phénomène naturel et biologique touchant les femmes depuis au moins la plus haute Antiquité. Elle espérait des conseils spécialisés. Un guide pratique. Une feuille de route. Elle témoigne, effondrée, lors d’un entretien donné à la journaliste Maïtena Biraben : « On ne m’a pas préparée à ça, ce qui est assez fou d’ailleurs. » Puis interroge : « Mais pourquoi on ne nous prépare pas, pourquoi on n’en parle pas ? » Question légitime qui montre l’indifférence de la société moderne face à cette épreuve qui est en même temps un tabou, disent les féministes. Mme Gayet a donc constaté, sans l’aide de quiconque, sans aucun soutien psychologique, sans avoir été « préparée » à cela, que la ménopause s’accompagnait de bouffées de chaleur, de la disparition des menstruations et d’une prise de poids. Le désarroi de l’actrice est profond. Les mots lui manquant pour le décrire précisément, elle avoue simplement, de la façon la plus moderne qui soit : « Je prends cher avec la ménopause. » Confrontée à la négligence d’un État et d’une société ne sachant ou ne voulant pas alerter les femmes modernes sur ces particularités physiologiques qui les distinguent des hommes depuis la nuit des temps, Mme Gayet a décidé de briser le tabou de la ménopause. Notons que le nombre de tabous qu’il est impératif de briser ne cesse d’augmenter. On en découvre un nouveau chaque semaine. À ce propos, espérons que le mari de Mme Gayet saura profiter de son nouveau mandat de député pour fracasser celui de l’adénome de la prostate et porter à la connaissance du public l’angoisse de l’homme moderne découvrant ses symptômes avilissants !

Pourquoi ?

Car l’homme moderne, tout occupé qu’il est à accomplir une carrière professionnelle enrichissante, à tenter de se développer personnellement grâce à des manuels ad hoc et à ne rater aucun épisode de la dernière série à la mode sur Netflix, a eu tendance ces derniers temps à s’oublier, lui aussi. La vie moderne l’a éloigné de lui-même. Bref, il s’est perdu de vue. Aussi, quelle n’est pas sa surprise lorsque, arrivé à un âge avancé, il s’aperçoit qu’il ne parvient plus à obtenir que des mictions incomplètes, qu’il souille régulièrement son pantalon et qu’il se lève trois à quatre fois la nuit pour finir par échouer lamentablement à vider sa vessie malgré de longues minutes passées à tenter de ne pas uriner à côté de la cuvette. Sombre destin de l’homme moderne qui se demande alors : « Pourquoi on ne nous en parle pas ? » Plus grande encore est sa surprise lorsque, après avoir péniblement décrit, toute honte bue, ses troubles urinaires à son médecin, il entend ce dernier lui intimer l’ordre de se mettre à quatre pattes sur la table d’examen afin de pratiquer ce que le corps médical appelle un toucher rectal. « Pourquoi on ne nous prépare pas à ça ? », s’interroge-t-il alors, en même temps qu’il tente de se convaincre que le geste invasif de son praticien est bien une investigation médicale, humiliante mais nécessaire, et non un acte de pur sadisme, voire pire. Le soir, après s’être servi un cordial bien mérité, cet homme meurtri s’épanche auprès de Françoise, sa compagne : « J’ai pris cher », lui dit-il en relatant l’outrage proctologique auquel personne ne  l’avait préparé. C’est en vain qu’il quête un regard compassionnel, une main tendue, une parole de soutien – Françoise ne l’a écouté que d’une oreille distraite. Son esprit était ailleurs. Elle a appris des choses surprenantes ce matin, en lisant les confidences de Julie Gayet dans Madame Figaro1. Des choses qui la concernent au premier chef. Des choses extraordinaires, stupéfiantes, inédites. Sur les femmes, sur son corps, sur la ménopause. Soudain, elle se remémore une citation de l’anthropologue Margaret Mead lue dans quelque magazine de vulgarisation scientifique : « Il n’y a rien de plus puissant au monde que l’énergie d’une femme ménopausée. » La voilà rassurée. Après lui avoir souri comme on sourit à un enfant malade, elle prend enfin la main de son compagnon. Elle tient maintenant à consoler cet homme que rien ne pourra rasséréner. En effet, aucun anthropologue n’a encore osé affirmer qu’il n’y a rien de plus puissant au monde que l’énergie d’un homme atteint de troubles prostatiques. 

  1. https://madame.lefigaro.fr/bien-etre/on-ne-m-a-pas-preparee-a-ca-julie-gayet-evoque-sa-vie-ralentie-depuis-la-menopause-20240721 ↩︎

Israël/Liban: qui sont ces enfants massacrés à Majdal Shams?

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Des jeunes hommes israéliens de la minorité druze assistent aux funérailles des enfants tués à Majdal Shams, 28 juillet 2024 © Matan Golan/Sipa USA/SIPA

Douze enfants et adolescents de la minorité druze ont été tués sur le terrain de football dans le village de Majdal Shams, le 27 juillet, après une frappe de roquette du Hezbollah. Les autorités israéliennes soupèsent les conséquences d’une riposte à cette attaque meurtrière. Le conflit pourrait changer d’échelle.


12 enfants et adolescents tués pendant qu’ils jouaient au football, des dizaines de blessés. La roquette qui a explosé à Majdal Shams, dans le Golan, a représenté la plus sanglante attaque commise par le Hezbollah depuis que le 8 octobre 2023 (oui, dès le lendemain du 7 octobre…) il a commencé à tirer des missiles sur Israël. 

Riposte puissante promise par Tsahal

La population israélienne a manifesté émotion et solidarité. L’Agence juive et le Keren Hayesod ont couvert leur siège à Jérusalem du drapeau druse et libéré des fonds d’urgence à la population traumatisée de la petite ville. Le Premier ministre, revenu d’urgence des États-Unis, a réuni son cabinet de sécurité, les appels à la riposte se font entendre de tous côtés, et en particulier chez les druses eux-mêmes. L’attaque la nuit suivante d’installations du Hezbollah au Liban ne sera certainement pas la seule et les autorités militaires ont confirmé que la réaction d’Israël serait « puissante », suivant les mots du chef d’état-major.

Beaucoup de confusion a suivi ce tragique événement. Qui sont les habitants de ce village? Quelle est leur relation à Israël? Est-on sûr qu’il s’agisse d’un missile du Hezbollah? Pourquoi le Dôme de fer ne l’a-t-il pas intercepté? Peut-on tenir l’État libanais comme responsable?  Quelles sont les réactions internationales? 
Essayons de préciser les choses.

Majdal Shams (la « citadelle du soleil »), située au pied du Hermon, à 1200 mètres d’altitude, est la plus importante agglomération (11000 habitants) parmi les quatre localités druses qui se trouvent sur le plateau du Golan, ce territoire conquis sur la Syrie au cours de la guerre des Six Jours, après qu’une offensive syrienne eut été lancée contre les forces israéliennes. Pour les gens de ma génération qui s’étaient rendus au Kibboutz de Ein Gev, sur la côte orientale du lac de Tibériade, en contre-bas du plateau et soumis à d’incessants bombardements syriens, la seule idée de rendre cette zone aux Syriens parait une aberration. C’est pourtant ce que réclament les chancelleries, le Quai d’Orsay en tête, quand elles parlent du « Golan illégalement occupé ». L’annexion de ce territoire à Israël en décembre 1981 avait été effectivement condamnée à l’unanimité par le Conseil de Sécurité de l’ONU qui avait souligné « l’inadmissibilité de l’acquisition de territoires par la guerre », belle occasion de se donner bonne conscience en opposition avec toute l’histoire de l’humanité. Il la réitère chaque année, mais en mars 2019, les États-Unis de Donald Trump ont reconnu la souveraineté d’Israël sur le Golan. L’idée d’un retour au paradis syrien est devenue pour les druses (qui forment la moitié des 50 000 habitants du Golan) une alternative bien moins réjouissante depuis la guerre civile dans ce pays… Leur position vis-à-vis d’Israël s’est donc progressivement bonifiée. Le célèbre film israélien, la Fiancée syrienne, tourné à Majdal Shams au début des années 2000, montrait un village pro-syrien. Cela ne correspond plus à la réalité d’aujourd’hui. Si aucun habitant n’avait au cours de ces années saisi l’opportunité de citoyenneté israélienne qui leur avait été proposée lors de l’annexion du plateau, ils sont aujourd’hui 20% à l’avoir fait, surtout des jeunes, dont certains ont fait leur service militaire dans l’armée israélienne. Ils se rapprochent ainsi des druses de Galilée qui, faut-il le rappeler, sont fiers de leur citoyenneté israélienne et ont payé un lourd tribut à la guerre de Gaza. La majeure partie de la population de Majdal Shams garde encore le statut de « résident » et bénéficie de toute façon de tous les droits sociaux israéliens. On peut comprendre qu’elle soit hostile au ministre Bezalel Smotrich, en raison de ses positions « judéo-centrées » pour ne pas dire plus, et sa présence aux funérailles a été huée. Les habitants du village réclament à Israël la même réaction qu’il aurait eue si le missile avait tué des victimes juives. Ils veulent des actes et non des mots. 

Les dirigeants druses du Liban, qui sont tributaires du Hezbollah, s’élèvent, quant à eux, contre une « instrumentalisation » de la tragédie de Majdal Shams par Israël et taisent les responsabilités dans le drame.

Un missile de confection iranienne

Le tir a été effectué par une roquette Falaq 1, de fabrication iranienne Aucune autre milice que le Hezbollah ne se sert de cet engin et encore moins, évidemment, l’armée israélienne. La portée de ce missile non guidé (c’est la définition d’une roquette) ne dépasse pas les 10 km mais sa charge explosive (50 kg) est importante. 

La responsabilité de l’attaque ne fait strictement aucun doute, mais peu de chancelleries ont nommément incriminé le Hezbollah. Les États-Unis et l’Allemagne sont des exceptions, la France une fois de plus n’en est pas, et on ne parle pas des Nations Unies, ni du commissaire Borrell de l’Union européenne. Il est de bon ton de réclamer une « enquête indépendante », ce qui  laisse persister une incertitude ; celle-ci génère un soupçon à l’égard d’Israël, suivant une technique visant à mettre en doute les évidences, grand classique de la propagande anti-israélienne. 

Qui nous prouve au fond que ce n’est pas Israël qui a envoyé cet engin pour enflammer les druses contre leurs frères arabes ? On connait la musique: qui nous prouve que ce ne sont pas les Israéliens qui ont commis les soi-disant massacres du 7 octobre? Et d’ailleurs, qui nous prouve que ce ne sont pas les sionistes qui se sont alliés aux nazis pour effectuer la Shoah (qui par ailleurs n’existe pas, elle non plus….) de façon à pouvoir impunément voler leurs terres aux Palestiniens, ce qui est plus ou moins la thèse de Mahmoud Abbas? Faurisson, Soral, Dieudonné et d’autres, comme les complotistes du Covid, nous ont montré jusqu’où pouvait aller le désir de se croire plus malin que les autres, en général aux dépens des Juifs. En laissant le doute planer, parce qu’ils ne veulent pas, pour des raisons troubles dont ils sont coutumiers, accuser le Hezbollah de front, des diplomates entrent dans une spirale négationniste.

Un doute plus crédible est celui qui porte sur le Dôme de fer. Comment se fait-il que ce système si efficace, dont des batteries sont déployées dans le Golan, n’ait pas détecté l’engin ? Et l’insinuation qui suit: serait-ce que l’on protège moins les Druses que les Juifs ? Les spécialistes expliquent que le Dôme de fer n’a globalement qu’une efficacité de 90% – mais pas de 100% – et que les échecs sont plus grands quand l’engin vole à basse altitude, dans une région vallonneuse et boisée, surtout lorsqu’il se passe moins de 10 secondes entre son point d’envoi (le village de Sheba, au Liban) et son point de chute à Majdal Shams.

Si la responsabilité du Hezbollah dans le tir est certaine, la volonté de tuer des enfants druses ne l’est pas. On a du mal à y trouver une logique mais ce n’est ni de logique, ni de précision que s’encombrent les tireurs du Hezbollah: là-bas, en face d’eux, il n’y a que des ennemis et il est hors de question de reconnaitre une erreur de tir. C’est une question d’image: jamais le Hezbollah n’a admis avoir tué des civils.

Quant au Liban, dont il était de bon ton pendant longtemps de louer le système multiconfessionnel, il ne mérite plus le nom d’État depuis des années. Le docteur Macron n’a pas pu guérir le cancer Hezbollah après les explosions de 2020 dans le port de Beyrouth. Évoquer la responsabilité pourtant évidente de cette organisation dans ces explosions peut coûter la vie aux téméraires. Aucune force interne ne semble de taille à s’opposer à la puissance du Hezbollah, c’est-à-dire de l’Iran, sur le Liban. 

Cela confronte Israël à des choix dramatiques, alors que le nord de la Galilée est devenu inhabitable. Est-ce que ce massacre d’enfants sur le Golan sera la goutte de trop ? Quel aspect prendra la riposte israélienne, militaire et/ou cyber? En tout cas, les Israéliens ne peuvent que s’en remettre aux professionnels qui étudient la faisabilité de toutes les options et au Premier ministre à qui revient la décision. Mais les incantations en faveur de la paix des bonnes âmes de nos pays n’y feront rien: la paix n’est pas dans l’agenda du Hezbollah, elle n’est pas à l’agenda de son donneur d’ordre iranien. Quant au peuple libanais, il est impuissant à empêcher le Hezbollah de ronger ce qui reste de son pays. Israël est peut-être à la croisée des chemins.

L’anarchisme féminin: Naissance de LA terroriste

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La Française Germaine Berton (1902-1942). La Russe Sofia Perovskaïa (1853-1881). DR.

L’émergence de la femme terroriste – L’anarchisme


Relire le premier volet

À partir du XIXème siècle, les attentats politiques se multiplient en France, cherchant à fragiliser les régimes et à semer la peur. Contrairement à la Russie où les femmes sont nombreuses chez les nihilistes, en France, leur implication se limite principalement à un rôle secondaire. 

Le plus souvent simple « compagne de » ou « épouse de », les femmes sont plus rarement à l’origine d’attentats. Deux figures retiennent cependant notre attention, Germaine Berton, jeune anarchiste, qui assassine le secrétaire de L’Action Française en 1923 et qui sera acquittée ainsi que Sofia Pérovskaïa, militante russe membre de l’organisation terroriste révolutionnaire Narodnaïa Volia, en français, Volonté du Peuple, qui aida à organiser l’assassinat du tsar Alexandre II de Russie et qui fut la première femme russe pendue pour raison politique le 15 avril 1881 à l’âge de 27 ans.

Des démentes qui ne savent pas ce qu’elles font ?

Germaine Berton a 22 ans quand le 22 janvier 1923, prétextant détenir des informations, elle pénètre dans les locaux de L’Action Française, armée d’un pistolet et abat de plusieurs balles Marius Plateau, chef des Camelots du roi, vengeant ainsi l’assassinat de Jean Jaurès.

Issue d’un milieu populaire, appartenant à la gauche radicale, anticléricale, antimilitariste, très tôt engagée dans les comités syndicalistes, militante, elle affiche ouvertement ses opinions politiques. Elle écrira dans le journal Le Réveil « La France, cette marâtre ignoble qui envoie ses fils crever sur les champs de carnage, est à l’heure actuelle le pays le plus militariste du monde entier. La République, cette salope au mufle barbouillé de sang pourri, craint que les Français n’entendent les clameurs révolutionnaires du peuple russe ».

Durant son procès, elle dira « Parmi les ennemis du prolétariat, j’ai haï les royalistes et les agents provocateurs » mais rares sont ceux à reconnaître dans son geste une action politique, selon l’opinion de la majorité il ne peut s’agir que d’un acte ordinaire, crapuleux, sans dimension politique. On ne retient d’elle que ce qui pourrait discréditer la femme engagée, un rapport judiciaire signale « qu’elle a acquis la plus détestable des réputations » dans les milieux anarchistes en raison du grand nombre de vols qu’elle a commis. On lui reproche une vie de débauche, on la présente comme une adolescente tourmentée. Sa mère la qualifiera de « détraquée ». La presse fait référence à son hystérie, sa violence, sa folie, sa délinquance, sa vie dissolue, s’attache à des traits physiques « son visage de gamine », « son sourire atroce » qui dévoile « des petites dents pointues qui voudraient mordre » mais se refuse à voir en elle la femme de conviction. Même son avocat, Henry Torrès, y voit un acte en réaction à une pulsion passionnelle, reléguant la dimension politique aux oubliettes. 

La presse traditionnelle et la justice se refusent à voir en elle autre chose qu’une simple écervelée d’anarchiste, seul le journal de gauche Le Libertaire dira « son acte solitaire n’est guère étonnant dans la mesure où l’anarchiste n’a besoin ni d’encouragement, ni d’ordre et dispose du courage nécessaire pour accomplir l’idée qui est la sienne ».

Même si l’attentat commis par Germaine Berton s’inscrit bel et bien dans la continuité des attentats anarchistes commis en France entre 1892 et 1894, il sera cependant « rangé » dans la catégorie criminalité de droit commun. Il n’y a qu’un pas pour imaginer que si cet acte avait été commis par un jeune homme de son âge, un tout autre champ lexical aurait été employé pour le décrire, sans doute aurait-on parlé de « virilité », « d’héroïsme », « d’un sourire franc », « d’un homme engagé auprès du peuple » ?

Au terme de son procès qui se déroule en décembre 1923, Germaine Berton sera acquittée, grâce au soutien notamment de Léon Blum et de Marcel Cachin. L’acquittement est justifié par le fait qu’il s’agit d’un acte commis à la suite d’une réaction passionnelle. 

Maria Bonnefoy qui assassinera en 1925 le trésorier du journal L’Action Française, Ernest Berger, connaitra le même traitement, Le Matin du 27 mai 1925 titrera « ce serait une démente », la justice retiendra la folie pour qualifier son acte, elle sera également acquittée.

Ou des militantes qui savent parfaitement ce qu’elles font ?

C’est une tout autre fin que connaitra Sofia Pérovskaïa. Le 13 mars 1881 (calendrier grégorien), le tsar Alexandre II est assassiné par des nihilistes. Sur le banc des accusés, presque autant de femmes que d’hommes. Depuis les années 1850, les Narodniki, membres de l’organisation Narodnaïa Volia se sont engagés dans une véritable chasse au « gibier impérial ». Parmi les accusés, une jeune aristocrate, Sofia Pérovskaïa, qui a dirigé l’attentat contre le tsar, en prenant la tête du groupe après l’arrestation de son compagnon, Andreï Jeliabov.

À peine âgée de 20 ans, elle commence à militer et à participer à des manifestations interdites. Elle fera partie du procès des 193 activistes populistes anti-tsaristes en 1877 à Saint-Pétersbourg, mais grâce à l’intervention de son père, aucune suite ne sera donné à l’affaire… En 1879, elle participe à une tentative de faire sauter le train impérial, la tentative d’attentat échouera, elle réussit à s’échapper et rentre dans la clandestinité. De retour à Saint-Pétersbourg, elle rejoindra l’organisation Narodnaïa Volia et s’engage auprès de son compagnon dans la préparation de l’attentat contre le tsar. Sofia n’incarne pas la suiveuse, la compagne de, la femme manipulée, ou la déséquilibrée, elle est titulaire d’un diplôme de professorat et d’assistante médicale, mais la femme pleine de conviction dans un idéal politique, elle sera arrêtée le 22 mars 1881.

« On a arrêté le 22 à Saint-Pétersbourg une certaine Sophie Perovslaïa qu’on recherchait depuis 1878. Elle a avoué qu’elle avait pris part, sous le nom de Soukhoroukoff, à l’attentat commis à Moscou le 1er décembre 1879 contre l’empereur Alexandre II, et qu’elle avait dirigé, après l’arrestation de Jeliabov, l’attentat commis le 13 de ce mois-ci »,écrira le Journal des débats politiques et littéraires.

Durant le procès, le correspondant allemand du Kölnische Zeitung écrira « Sofia Perovskaïa témoigna d’un courage remarquable. Ses joues conservaient le même teint rose, et son visage, toujours sérieux, sans la moindre trace de quelque chose feinte, plein de courage et sans vrai limite du sacrifice de soi. Son regard était clair et calme, il n’y avait pas l’ombre d’aucune affection »

Pendant l’audience Sofia expliquera ses motivations: « Ça a été seulement quand le gouvernement opposa à leur action des mesures répressives, que le parti se vit obligé, après de longues hésitations, de recourir à une lutte politique contre les institutions existantes de l’empire, parce qu’elles étaient le principal obstacle au but qu’il avait en vue. Bien que la majorité du parti blâmât cette lutte, elle n’en fut pas moins entreprise et poursuivie principalement par des moyens de terrorisme. L’obstination à attenter à la vie de l’empereur fut provoquée par la conviction qu’il n’y avait pas d’espoir de le voir changer de conduite à l’égard du parti, ou de politique à l’intérieur ». Le raisonnement est construit et éclairé, la lutte sociale et uniquement elle. « Par des moyens terroristes », le mot est lâché, Sofia se qualifie elle-même de terroriste.

« Ce matin, à six heures, après une délibération qui a duré trois heures, le tribunal a prononcé son jugement. Tous les prévenus ont été condamnés à la peine de mort par pendaison. La sentence qui frappe la femme Perowskaïa sera soumise à la sanction impériale, par ce motif que la condamnée appartient à la noblesse ». Le tsar refuse la grâce, Sofia sera exécutée par pendaison avec les autres condamnées le 15 avril 1881 devant 100 000 personnes, devenant la première femme en Russie pendue pour des raisons politiques, passant à la postérité et célébrée après la révolution de 1917.

Les contemporains de Germaine Berton tendent à nier son combat politique, à lui refuser toutes capacités intellectuelles à s’engager et à agir, préférant se retrancher derrière des arguments ordinaires pour une femme que l’on qualifie d’ordinaire ayant commis un acte ordinaire. Il est tellement plus confortable de voir en elle, une jeune démente dysfonctionnelle, réservant ainsi encore pour un temps la qualité de terroriste aux mâles. 

40 ans plus tôt, les contemporains de Sofia Pérovskaïa n’avaient pas hésité à s’affranchir de cette doxa, en la reconnaissant comme une femme capable de penser par elle-même et d’agir de manière libre et sans contrainte. Est-ce à dire que sa mort est une victoire pour les femmes ? Sans doute que non, mais elle ouvrera la porte à la reconnaissance plus tardive de la femme terroriste, ni héroïne, ni monstre social.

Viva Nakamura

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Le scientifique américain d'origine japonaise Shuji Nakamura, prix Nobel de physique, 2014, Santa Barbara © Jae C. Hong/AP/SIPA

Les LED constituent une véritable révolution technologique qui est trop peu commentée.


Opprobre jetée sur les mangeurs de viande, flygskam1, réduction de la vitesse sur autoroute2, encouragement à se nourrir d’insectes3, quasi-interdiction du pavillon avec jardin : la décroissance que nos dirigeants nous infligent au nom de l’écologie, d’autant plus violente qu’elle ne dit pas son nom et qu’elle a contourné tous les circuits décisionnels démocratiques4, est sans doute bien moins efficace que l’innovation technologique pour répondre aux défis environnementaux.

Ainsi, au pays de Descartes et de Pasteur, le nom de Nakamura devrait spontanément évoquer Shuji Nakamura, récipiendaire (conjointement avec deux autres chercheurs) du prix Nobel de physique 2014 pour l’invention de la LED bleue. Anecdotique ? Non, révolutionnaire ! En effet, auparavant les LED (Diodes Electro Luminescentes) se cantonnaient aux couleurs rouge, verte et jaune, et à des applications limitées : témoins de fonctionnement, écrans des radio-réveil ou de calculatrices notamment. Avec l’ajout de la couleur bleue, les LED peuvent désormais produire la lumière blanche utilisée pour éclairer (et également le lancement des disques Blu-Ray !), et vont connaître un développement spectaculaire qui se poursuit encore aujourd’hui. 

Ainsi la bonne vielle ampoule à incandescence de 100W est devenue une LED de 10W (voire 5W pour certains modèles) : une réduction de 90% à 95% de la consommation d’électricité !  La durée de vie a également spectaculairement augmenté (jusqu’à 50 000h, soit 45 ans à raison de 3h par jour). Les LED restituent une lumière de plus en plus qualitative (faible scintillement, rendu de couleurs élevé, choix de l’éclairage…)5, et ne contiennent que peu voire pas de métaux rares, le tout pour des prix en baisse constante. Bref les LED nous offrent un exemple de progrès technologique rapide et sans compromis (à l’image des semi-conducteurs dont elles se rapprochent par les procédés de production, l’intensité de l’effort de R&D et les cycles de progrès très rapides). 

A lire aussi: Déficits: ce qui attend à la rentrée un éventuel “gouvernement technique”

Au niveau macro, cette nouvelle technologie a des répercussions significatives sur le réseau électrique français : réduction de la consommation d’électricité estimée à 25 TWh/an6 (environ 5% de la consommation française) et baisse de 3 GW du pic d’appel de puissance électrique7 – l’équivalent de deux réacteurs nucléaires qui n’auront pas besoin d’être construits. Des effets d’autant plus intéressants pour l’environnement qu’ils ont lieu principalement la nuit, lorsque la production solaire est minimale (merci M. de La Palisse) : l’électricité économisée est statistiquement celle qui aurait été la plus carbonée (issue de centrales à gaz ou à charbon via des importations allemandes). 

Par ailleurs, dans les régions non connectées à des réseaux électriques (Asie et Afrique principalement), les LED permettent, grâce à leur ultra-faible consommation, de déployer massivement des solutions autonomes associant panneau solaire, batterie et LED, qui permettent d’immenses progrès sociaux (les enfants peuvent faire leurs devoirs ou lire le soir, les villages peuvent être éclairés…).

Les LED illustrent donc de façon exemplaire les trois axes du développement durable : l’environnement, le social et l’économie. 

Il est intéressant de noter que cette révolution technologique qui se passe sous nos yeux est très peu commentée – parce qu’elle se déroule loin des laboratoires européens ? Ou parce que, comme pour les crises, le propre des révolutions serait qu’elles sont largement incompréhensibles pour leurs contemporains ? Jean Fourastié remarquait déjà dans ses Trente Glorieuses que la croissance économique qui a suivi la Seconde Guerre mondiale, sans doute un des changements les plus extraordinaires qu’ait connu l’humanité, était largement ignorée des historiens et économistes.

Alors que certains appellent à la grève de l’école et du savoir, que d’autres attendent le salut de l’empilement de réglementations soviétoïdo-bruxelloïdes (taxonomie, CSRD, MACF, RSE, DPE, ZFE, ZAN & Co.), saluons Nakamura et tous ceux qui ont choisi la voie du travail, de l’imagination et de la science pour faire émerger des réponses pertinentes aux défis du tournant énergétique.


  1. Honte de prendre l’avion, du suédois flyg pour avion et skam pour déshonneur. ↩︎
  2. Grâce aux gilets jaunes le sujet de la réduction de la vitesse sur autoroute à 110 km/h a été mis en veille, néanmoins cette limite s’applique déjà aux véhicules de la fonction publique (hors armée). ↩︎
  3. L’UE a déjà autorisé quatre insectes pour l’alimentation humaine. ↩︎
  4. Ainsi par exemple via la caricaturale parodie de démocratie qu’a été la Convention citoyenne pour le climat. ↩︎
  5. Attention cependant à bien choisir des LED respectant les normes européennes. ↩︎
  6. Bilan prévisionnel 2023 RTE, Annexes Consommation : réduction de la consommation de 10 TWh/an entre 2010 et 2020 (p26) puis de 15 TWh/an d’ici à 2035 (p27). ↩︎
  7. Bilan prévisionnel 2021 RTE, Annexes Techniques : l’appel de puissance de l’éclairage passerait de  plus de 5 GW en 2019 à 2 GW en 2030 (p112). ↩︎

Cérémonie d’ouverture à Paris: la grandeur malgré tout

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L'équipe artistique de la cérémonie d'ouverture des JO avec Tony Estanguet, 19 juillet 2024 © CHINE NOUVELLE/SIPA

Depuis 48 heures, conservateurs et progressistes s’opposent sur une seule question: la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques était-elle réussie ? Et vous, chers lecteurs de Causeur, qu’en avez-vous vraiment pensé ?


Il a fallu attendre un siècle avant que les Jeux Olympiques d’été ne daignent revenir dans le pays qui les a vus naître dans leur version moderne. Une longue patience qui s’est trouvée récompensée après plusieurs tentatives infructueuses. Pierre de Coubertin peut désormais se réjouir, la plus grande compétition sportive mondiale est enfin de retour dans la plus belle ville du monde. La cérémonie d’ouverture pensée par Thomas Jolly était donc particulièrement attendue. Le moins qu’on puisse dire est qu’elle n’aura pas laissé indifférent…

Just do it

« Merci à Thomas Jolly et son génie créatif pour cette cérémonie grandiose. Merci aux artistes pour ce moment unique et magique », a écrit Emmanuel Macron sur son compte X, remerciant également les « forces de l’ordre et de secours », « agents et bénévoles ». « On en reparlera dans 100 ans ! ON L’A FAIT ! », a-t-il poursuivi. « Un immense bravo à Thomas Jolly et à tous les artistes et techniciens pour leur savoir-faire et leur talent extraordinaires. […] Quelle fierté quand la France parle au monde », a dit Manuel Bompard (LFI). Une réaction contrastant avec celle de… Jean-Luc Mélenchon, lequel a dénoncé la parodie de la Cène qu’il a jugée offensante pour les chrétiens, de même que le passage où Marie-Antoinette apparaissait la tête coupée. Il aurait préféré Louis XVI à la place. Julien Aubert (ancien député Les Républicains) a dénoncé de son côté « un défilé olympique ayanakamuresque, wokiste, où le sport a été invisibilisé par des messages politiques et sociétaux qui n’y avaient pas sa place ». De la même manière que Julien Odoul (RN), choqué par la présence d’Aya Nakamura avec la Garde républicaine, ou encore Marion Maréchal (ex-Reconquête) qui a fustigé « les Marie-Antoinette décapitées, le trouple qui s’embrasse, des drag-queens, l’humiliation de la Garde républicaine obligée de danser sur du Aya Nakamura, la laideur générale des costumes et des chorégraphies ».

Ob-Seine, du gênant au géant

La presse internationale a oscillé entre enthousiasme et dégoût, et aussi en fonction de la couleur politique des titres des journaux. Le meilleur résumé de la cérémonie est peut-être celui du Corriere della Sera de Milan : « Plus Édith Piaf que Napoléon. Plus Vénus que Mars. Des chansons d’amour, des films qui finissent bien. Couleur dominante, le rose. La sororité s’ajoute à la liberté, à l’égalité et à la fraternité. On ne voit pas la statue de Jeanne d’Arc, mais plutôt celle de Louise Michel, héroïne de la Commune, avec une Marianne noire chantant la Marseillaise […] Paris a présenté au monde une version adoucie, irénique et idéalisée de son histoire. Une performance d’art contemporain : tantôt on semblait être à la Biennale, tantôt lors d’une gay pride, tantôt encore à un défilé de mode. »

Un succès opérationnel : médaille d’or pour les forces de sécurité

Le premier succès de cette cérémonie d’ouverture est celui des forces de sécurité. Alors que de nombreux observateurs s’indignaient, jugeant irresponsable d’organiser un tel évènement en ville, a fortiori sur la Seine, à l’image d’Alain Bauer qui tout juste deux ans en arrière estimait la chose « impossible » et trop risquée, tout s’est parfaitement déroulé sans un seul incident à déplorer. Un exploit. Nos policiers, gendarmes, militaires, pompiers, bénévoles, organisateurs et travailleurs de l’ombre méritent une médaille du plus beau métal. Ils ont sauvé un pays et une ville attaqués de toutes parts par des forces malignes qui espéraient un fiasco.

D’ailleurs, la journée avait très mal commencé avec de multiples sabotages qui ont gravement entravé la circulation des trains à grande vitesse et décalé les voyages de 800 000 passagers de la SNCF. Pis encore, le climat s’en est mêlé. Toutatis a fait tomber le ciel sur la tête des Gaulois réfractaires pour « gâcher » la fête en mondovision. Las, si la pluie a sûrement eu une incidence sur le rythme de la cérémonie et gâté quelques tableaux, elle n’a au fond que peu perturbé le spectacle sur le plan technique.

La laideur et la grandeur peuvent-elles longtemps cohabiter ?

Que retenir donc de cette cérémonie ? Les Français font toujours ressortir le pire et le meilleur… et ils sont les meilleurs dans les deux exercices. Cette longue cérémonie aura donc offert deux visages bien distincts. Le premier prenait les traits de la grandeur classique, montrant au monde les trésors d’inventivité et de génie dont les Français peuvent, quand ils sont inspirés, se montrer capables. Innovante et ambitieuse, convoquant l’artisanat du luxe avec Notre Dame et LVMH ou les Gobelins avec les Minions, la cérémonie d’ouverture a voulu brasser de multiples influences servies par d’immenses vedettes françaises et internationales. Citons notamment Lady Gaga ou Gojira, groupe français de heavy métal particulièrement remarqué qui a offert un concert perché sur les fenêtres de la Conciergerie en forme d’hommage aux victimes du Bataclan.

La cérémonie d’ouverture s’est en réalité déclinée en trois parties. Une première correcte convoquant les clichés du Paris chic et kitsch, décrivant un pays flirtant avec le libertinage, où le french cancan et le glamour servent d’horizons aux grandes dames de ce monde. C’est un peu réducteur, mais ce Paris plaît à l’étranger. Du reste, ces jeux sont d’abord et avant tout parisiens. Malgré quelques défauts de rythme, l’ensemble n’était pas outrageant ni particulièrement innovant. Il s’est néanmoins conclu par une première petite polémique avec la mise en scène d’une Marie-Antoinette tenant dans ses mains sa tête décapitée et chantant « Ah, ça ira ! ».

Quoique bien réalisé, ce tableau a pu heurter certaines consciences. Plus « adolescente » que véritablement animée de l’intention de nuire, l’idée du gore était sûrement inadaptée à un spectacle grand public en mondovision. Surtout qu’elle ne fut pas compensée par une note déplorant ce qui fut un crime politique dont les motifs étaient misogynes et xénophobes, mais aussi basés sur des « mensonges », soit ces fausses informations et préjugés que dénoncent pourtant à cor et à cri les progressistes contemporains. La chose eut pu être parfaite avec un peu plus de discernement.

La deuxième partie bascula non pas dans le gore mais dans la laideur la plus grotesque par moments. Sorte de bacchanale dionysiaque à une époque qui aurait besoin d’ordre apollinien, ce segment a fait la part belle aux diversités dites « LGBT », offrant notamment plus d’une vingtaine de minutes de drag-queens, de femmes à barbe et de transformistes, lors d’un défilé assez malsain qui était non seulement trop long, mais aussi inutile et mal réalisé. Le tout donnait parfois des airs de fins de mariage, avec ses musiques discos passéistes et ses invités ivres d’eux-mêmes et de vin. Ce moment particulièrement pathétique aura servi aux ennemis de l’Occident les éléments de propagande qu’ils demandaient.

Des télévisions étrangères ont même dû couper ces passages. Ce nombrilisme hexagonal, ou plutôt parisianiste, est préjudiciable. La France n’est pas seule au monde. Cette prétendue « inclusivité » exclut en réalité bien des gens et bien des nations. Elle n’inclut que des minorités « visibles » complaisamment et caricaturalement mises en scène de manière monstrueuse au sens étymologique du terme. L’idée générale était de faire l’inverse d’une cérémonie nostalgique et passéiste. Soit, c’est louable. Mais l’excès inverse a souvent été atteint. À la ringardise des uns s’est opposé l’opiniâtreté « provoc » et passée de mode des autres, comme si les Jeux Olympiques étaient le champ d’expression d’une bataille idéologique… On me répondra Marivaux, tradition du Guignol ou Molière. Je rétorquerai que bien que j’apprécie les Contes de Canterbury de Pasolini et le Caligula de Tinto Brass, il ne me viendrait jamais à l’idée que ces films puissent être destinés à un public allant de 7 à 77 ans et convoquent l’intégralité des cultures de ce monde devant son écran. 

Un manque de discernement mais des coups d’éclat

Quel dommage ! Il était pourtant possible d’amener de la légèreté sans sombrer dans ce déballage de vulgarité provocatrice uniquement destiné à « choquer le bourgeois ». Un entresoi « wokiste » qui était exclusif d’une communauté arrogante et déconnectée. Le tout s’est conclu par un Philippe Katerine déguisé en Silène, moment lunaire mais amusant qui aurait pu être acceptable avec un peu de discernement et de goût. Mettre à l’honneur la mode et l’excès du cabaret n’était pas interdit, encore fallait-il le faire élégamment. Le dire semble pourtant un crime de lèse-olympisme. Est-il encore interdit de penser qu’une gay pride n’a pas sa place pour célébrer le sport ? Qu’il faut inviter aussi des enfants et des gens de peu ?

Heureusement, le troisième tiers aura montré une France assez sublime. Certes, cette cérémonie bling bling était parfois semblable à une succession de vignettes publicitaires piochant chez Jean-Paul Goude et Pierre et Gilles, omettant tout un pan de l’identité française, martiale et enracinée, mais elle avait aussi sa part de beauté qui a pu pousser au milieu de la boue mondialisée. L’idée de la déesse Sequana sur la Seine, du piano enflammé, les illuminations de la Tour Eiffel et bien sûr la Montgolfière resteront gravées longtemps dans les mémoires. Le grand final de Céline Dion était de même particulièrement émouvant et bien mis en scène. Par certains aspects, cette cérémonie surpassa toutes celles qui l’ont précédée : elle marquera son temps et a eu des moments de génie. Elle était vive, originale et orgiaque. Mais ses immenses qualités n’effaceront pas la gêne provoquée par ses défauts. Restent une belle organisation et des équipements fabuleux qui peuvent rendre très fiers les Français. Car, la beauté de la gloire historique de la France est visible partout dans des Jeux qui, en dehors de quelques épouvantables couacs, sont magnifiques, dévoilant un Paris sublimé porté par l’enthousiasme d’un peuple qui se réjouit enfin un peu après des mois de morosité.

Arles: gladiateurs, mémoire et festivités

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© Peplum

Arles à l’heure romaine…


Chaque mois d’août, l’espace d’une semaine (du 19 au 24 août pour l’édition 2024), les organisateurs de deux festivals arlésiens (« Arelate » et « Films Péplums ») conjuguent leurs passions et leurs talents, pour proposer au grand public une série d’animations, de reconstitutions, de rencontres et de projections dans des lieux exceptionnels de la commune afin de faire revivre le glorieux passé antique de cette grande cité touristique classée au Patrimoine Mondial de l’Humanité, tout en programmant chaque soir un grand péplum sur écran (méga) géant (18 m x 10 m !) dans le magnifique Théâtre antique de l’ancienne Préfecture des Gaules. Suivez le guide.

Le Péplum à l’honneur

Ils fêteront cette année leur 37e et 18e édition. Commençons par le plus ancien. « Le Festival du Film Peplum, unique en France, est né en 1987, précise son actuel président Julien Gondat, par ailleurs docteur en Histoire antique, grâce aux efforts conjoints de l’office du tourisme arlésien, du comité des fêtes et de l’association des prémices du riz. L’objectif était de créer un festival de films axé sur le thème de l’Antiquité, puisant son inspiration dans l’histoire de la ville d’Arles, où le fabuleux héritage de Rome est encore si intensément présent. Une équipe de bénévoles s’est alors constituée pour créer l’association Péplum avec pour but d’organiser chaque année le festival au mois d’août. » Du 19 au 24 août, dans l’enceinte du Théâtre antique d’Arles (inauguré vers 12 av. J.-C. sous le règne de l’empereur Auguste), seront projetés de grands films qui ont marqué l’Histoire du péplum, précédés chaque fois à 18h30 d’un apéro-rencontre avec un spécialiste de la thématique vespérale (professeur d’université, archéologue, conservateur du patrimoine…) puis à 19h30 d’un ciné-club qui se veut décalé et disruptif, animé par un critique cinéma, un artiste ou un musicien.

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Parmi les temps forts cette année : Gladiator, le film culte de Ridley Scott, lointaine relecture de La Chute de l’Empire romain (Anthony Mann, 1964) avec Russell Crowe et Joaquin Phoenix, lauréat de cinq Oscars en 2001, ce qui permit de rouvrir un fabuleux et inattendu troisième âge d’or du péplum, après les décennies 20 et 50… le tout dans l’attente fébrile du Gladiator 2, toujours réalisé par Scott, prévu pour le 13 novembre avec cette fois les aventures du petit Lucius devenu grand, incarné par l’acteur Paul Mescal (budget global de 250 millions de dollars) ;

Sera également projeté dans la case « Grand classique » le très sacré Golgotha de Julien Duvivier (1935), avec Jean Gabin en Ponce-Pilate et Robert Le Vigan en Jésus-Christ, premier film parlant de l’Histoire du septième art dans lequel on entend directement parler le Christ ! ;

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Pour le plus grand plaisir des petits et des grands, sera proposé Le Pharaon, le sauvage et la Princesse, magnifique film d’animation franco-belge réalisé en 2022 par Michel Ocelot ; Et comment ne pas évoquer Conan le Barbare (1982) dans la case « Hors-frontières » ? Le film-culte de John Milius (scénariste sulfureux de L’Inspecteur Harry et d’Apocalypse Now), l’un des pères fondateurs de l’heroic fantasy au cinéma et l’un des concepteurs de l’« action-man » autrichien « nouvelle génération » nommé « Schwarzy », digne descendant des Macistes et autres Hercules sur grand écran avec de surcroît un sous-texte politique et philosophique on ne peut plus savoureux (le film s’ouvre sur la fameuse citation nietzschéenne du Crépuscule des idoles « Ce qui ne me tue pas me rend plus fort » !).

© Peplum

Animations et reconstitutions historiques

L’originalité de ce Festival du Film Péplum est qu’il s’insère dans un autre événement arlésien très attendu, « Arelate, les Journées Romaines d’Arles », soit une semaine éclectique de découverte du monde romain à visée ludique et pédagogique via toute une série d’animations et de reconstitutions. Pour cette édition 2024, Arelate met à l’honneur la thématique du culte du corps dans l’Antiquité, dans une programmation déployée dans toute la ville, le musée départemental Arles antique et les monuments de la commune. Archéologues, historiens, « reconstituteurs », artistes et passionnés attendront ainsi le public pour lui livrer les clefs de cette époque romaine qui a façonné Arles pour des millénaires.

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« Il y a 2000 ans, comme aujourd’hui, une partie importante des citoyens (hommes et femmes) portait une attention toute particulière à son apparence argumente Charles Kachelmann, président du Festival Arelate. Les réseaux sociaux n’existant pas à l’époque pour diffuser la meilleure image de soi, c’est en organisant des fêtes somptueuses (pour les plus riches) ou en se pavoisant dans des lieux publics (tels que les thermes ou le forum) que l’on pouvait ainsi s’exhiber à la vue de tous. Mais avant cela, il fallait user de tous les moyens pour sculpter et embellir sa silhouette. Nous aurons le plaisir de proposer plusieurs conférences sur ce thème ainsi que des ateliers créatifs pour les tout petits (à partir de quatre ans) ou encore une proposition de représentation de culte paléo-chrétien, sans oublier les animations au sein de l’espace Vita Romana ainsi que celles du camp de légionnaires (avec démonstrations de manœuvres militaires) et en amont le forum de la BD en lien avec l’Antiquité à Saint-Rémy-de-Provence les 11 et 12 août, au sein d’un ensemble architectural exceptionnel, la cité antique de Glanum. »

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Pour être complet, précisons également que dans la cour de l’Archevêché d’Arles, les badauds auront l’opportunité de découvrir la vie quotidienne des Romains au travers de stands et d’ateliers : coiffure à la romaine, création de couronnes végétales, tissage, mosaïque… Tout en pouvant se restaurer à la « Taberna Arletensis » avec des produits « romains » d’époque. Durant toute la semaine, la Direction du Patrimoine d’Arles s’investit pleinement en proposant de nombreuses activités (reconstitutions historiques, visites flash, spectacles) dans tous les monuments antiques inscrits sur la liste du Patrimoine mondial UNESCO. Une magnifique semaine en perspective ! Connaître et se réapproprier notre héritage gréco-gallo-romain permet plus que jamais de prendre un recul salvateur par rapport aux apories et errances de notre époque hélas défigurée par les excès et les outrances du wokisme débilisant sans-frontiériste…


Plus d’informations :

Festival du film Peplum | Projections en plein air à Arles du 19 au 24 août 2024

Arelate : Le festival (festival-arelate.com)

Antoine Dupont: le voilà, notre génie français…

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Jeux olympiques, Saint-Denis (93), 28 juillet 2024 © Laurent Vu/SIPA

Emmenés par leur capitaine, les Bleus ont remporté la première médaille d’or française aux Jeux de Paris, samedi. Ils ont battu les Fidji 28-7 au stade de France.


Loin de moi l’idée de vouloir revenir aux modalités de la cérémonie d’ouverture, à l’admiration de beaucoup, aux controverses qu’elle a suscitées et notamment à la critique puissante mais discutée d’Alain Finkielkraut dans Le Figaro reprochant l’absence totale du génie français dans cette fête du 25 juillet1. J’ai seulement envie d’opposer à cette France globale qui s’est offerte avec une vision parfois orientée, l’image éblouissante de la France singulière d’Antoine Dupont, ce génial joueur de rugby à 15 puis à 7, cette personnalité d’exception se révélant tant lors du jeu qu’en dehors. Il est aujourd’hui, probablement, le sportif préféré des Français et pour des raisons qui ne tiennent pas qu’à son aura professionnelle. Il est de bon ton de vanter l’esprit d’équipe. Le groupe magique qui a remporté la médaille d’or, après avoir vaincu les Fidjiens jamais battus lors des Jeux Olympiques précédents, en est une exemplaire incarnation. Mais ce n’est pas battre en brèche cette exigence du collectif que de saluer dans ce triomphe le rôle capital d’Antoine Dupont. L’entraîneur a eu la sagesse de le faire entrer seulement en seconde mi-temps (à chaque fois, dans les matchs précédents, ce pari s’était avéré gagnant), quand les adversaires émoussés n’avaient plus la force de résister à cette rapide et étincelante boule d’énergie et de talent. Antoine Dupont n’a pas manqué d’être immédiatement décisif, soutenant d’excellents partenaires stimulés par lui et lui-même soutenu par eux, dans une fusion fraternelle de tous les instants.

Auteur de deux essais en finale

Quelle plus belle illustration de cette symbiose que l’irrésistible chevauchée de 80 mètres d’Antoine Dupont avec le parfait dernier geste : une passe à son partenaire Aaron Grandidier marquant l’essai, Antoine Dupont par ailleurs auteur lui-même de deux essais dont le dernier de cette finale.

Cette alliance irréprochable entre le génie sportif d’Antoine Dupont avec ses qualités physiques hors du commun, et son esprit de solidarité, son altruisme – rien pour sa propre gloire ou pire, sa vanité, tout pour l’équipe – est sans doute le trait le plus remarquable de ce jeune homme. Il se met sur le terrain au service des autres en même temps qu’il se distingue par des actions d’éclat. Capitaine du XV de France, il n’enjoignait rien à ses coéquipiers mais leur montrait par son seul exemple la voie à suivre.

La France qu’on aime

Cette disposition ne serait que sportive si elle n’était pas, dans ses attitudes une fois le match gagné, à chacune de ses interventions médiatiques, dans chacun de ses propos, le signe d’une extrême modestie tenant à la fois à une simplicité naturelle et à une juste perception de l’effort collectif. Ces vertus d’Antoine Dupont, sans la moindre esbroufe ni la plus petite posture ostentatoire qui soit, justifient l’admiration et l’estime qu’il inspire à beaucoup, passionnés de rugby ou non.

Peu m’importe alors qu’à une ou deux reprises il ait exprimé discrètement une opinion politique. Il en avait le droit. J’aime passionnément la France qui a le visage, la tenue, le génie et l’humanité d’Antoine Dupont.


  1. https://www.lefigaro.fr/vox/alain-finkielkraut-dans-cette-ceremonie-le-genie-francais-brillait-par-son-absence-20240727 ↩︎