Accueil Site Page 391

Macron fait compliqué, Attal simple!

Depuis la dissolution de l’Assemblée nationale, décidée par le président Macron, les relations avec le Premier ministre démissionnaire, Gabriel Attal, se sont tendues. Ce dernier semble vouloir de plus en plus s’émanciper…


La parenthèse festive et sportive des Jeux olympiques ne fait oublier à personne que la situation politique de la France est préoccupante, étrange. Nous approchons peu à peu du moment où le président de la République devra choisir le nouveau Premier ministre. Emmanuel Macron se trouve à Brégançon pour y réfléchir et, si les conseils ne lui manquent pas, pour l’heure aucune solution ne se dégage de manière irréfutable.

Drôles d’oiseaux

Ce n’est pas l’arrogance de Lucie Castets qui va le convaincre : il l’a d’ailleurs déjà rejetée et il a bien fait. Son intronisation par le Nouveau Front populaire ne l’a pas entourée comme par magie de légitimité et de compétence. Gérald Darmanin se fait le défenseur de Xavier Bertrand qu’il estime tout à fait adapté au poste. Peut-être le président y songe-t-il ?

Par ailleurs on a Laurent Wauquiez qui, au mieux avec Gabriel Attal, était prêt à s’engager pour la Droite républicaine dans un pacte articulé sur quelques mesures essentielles mais en excluant toute participation gouvernementale. Autrement dit, M. Wauquiez s’arrêtait au milieu du gué : ni indépendance totale ni vrai soutien opératoire comme l’avait souhaité Nicolas Sarkozy. La pire des tactiques à mon sens : Laurent Wauquiez toujours aussi attentiste parce qu’il est encombré de son ambition présidentielle et qu’il a des rivaux de haute volée qui lui dameront le pion.

A lire aussi, Jean-Thomas Lesueur: Sahara occidental: le soutien au plan marocain marque une réorientation stratégique française bienvenue

Du côté de la macronie, et du groupe parlementaire qu’il préside, Gabriel Attal aspire à une coagulation de projets où l’empathie qu’il a suscitée auprès de beaucoup de députés de son camp en les sauvant pourra être exploitée. D’autant plus qu’il est hors de question pour lui de retrouver Matignon.

Comme si le paysage national n’était pas assez compliqué, le président de la République l’a complexifié davantage en rêvant d’un Premier ministre consensuel, apprécié par la droite et la gauche, mais enrichi par « un parfum de cohabitation ». L’oiseau rare donc, pour ne pas dire impossible !

Attal ne veut plus être le petit frère de Macron

Emmanuel Macron se débat dans des difficultés extrêmes – qu’il a lui-même causées en grande partie -, la tête lourde, toute grâce envolée, avec un discrédit à la fois politique (beaucoup de ses soutiens sont déçus) et populaire (une majorité de citoyens lui est hostile).

Pendant ce temps, Gabriel Attal, au contraire, du ministère de l’Éducation nationale à Matignon, de Matignon à ses suites où son courroux l’a incité à prendre son autonomie et à substituer sa formidable activité à l’atonie d’un président incertain, se trouve partout, fait feu de tout bois, a réponse à tout, sourit à tous et fait preuve d’allégresse comme si la France allait bien ou comme si déjà elle n’attendait que lui. De tous les événements qui suscitent la lumière, il n’est jamais éloigné pour en recueillir sa part. On peut l’accuser de tout ce qu’on voudra, blâmer sa superficialité, son approche délibérément séductrice, sa manière de tout appréhender légèrement pour ne jamais se confronter à cette angoissante question, à cette interrogation fondamentale qui, tôt ou tard, pourtant, imposera une réponse : suis-je un homme d’État ?

Pour l’instant, Gabriel Attal me fait songer à un chevau-léger irrésistible, presque trop talentueux pour être honnête, efficace, ambitieux, parfois désinvolte mais tout lui est pardonné (il fait ouvrir le Conseil économique, social et environnemental, place d’Iéna, spécialement pour Stéphane Séjourné et lui, afin de mieux voir le feu d’artifice tiré depuis la Tour Eiffel, selon Mediapart).

Gabriel Attal se remplit au fil des semaines et des mois d’une densité ne rendant plus absurdes ses espérances, d’une volonté et d’une constance le faisant craindre désormais, irrigué par le sentiment qu’il est l’un de ceux que le futur n’abandonnera pas sur le bord de la route. Emmanuel Macron a besoin des autres pour les dominer : n’est-il pas meilleur qu’eux ? Gabriel Attal a besoin des autres pour mieux s’aimer : ne lui donnent-ils pas sans cesse la preuve dont il a besoin ?

Paul de Saint Sernin, un nouveau spécimen d’humoriste

Didier Desrimais se penche sur cet intéressant cas


Paul de Saint Sernin est un humoriste officiant sur France 2. Comme beaucoup de ses compères du service public, il n’est pas drôle. Son but n’est d’ailleurs pas de faire rire mais de ricaner et de faire ricaner – dans ce cas, rien de mieux que l’entre-soi d’une émission de la télévision publique animée par une dame patronnesse de la bonne gauche culturelle ayant pour invités des sportifs qui ont fait barrage contre qui vous savez. 

À l’antenne chaque soir pendant les JO et la canicule, il fait le plus souvent le choix de la facilité

Dans l’émission “Quels Jeux !” du 27 juillet animée par Léa Salamé, Paul de Saint Sernin s’est attaqué à Marion Maréchal devant une Marie-José Perec resplendissante de bêtise et des rugbymen de l’équipe de France de rugby à VII conformes à l’idée qu’on peut se faire de certains sportifs dès qu’ils sortent de leur domaine de compétence et se prennent pour des redresseurs de conscience politique. Photo à l’appui, l’humoriste a donc imaginé Marion Maréchal devant son écran, le soir de la retransmission de la cérémonie d’ouverture des JO : au fur et à mesure que défilent les vidéos montrant « deux Arabes » (Jamel Debbouze et Zinedine Zidane), des drag-queens se balançant sur des perches ou les « deux Noirs » (Marie-José Pérec et Teddy Riner) allumant la vasque olympique, le visage de Marion Maréchal est déformé, la jolie coquetterie dans l’œil devient un affreux strabisme, du sang coule de son nez. « J’ai des images exclusives de Marion Maréchal après la cérémonie », avertit alors le boute-en-train : un cercueil bringuebalé sur les épaules de danseurs noirs remplit l’écran. Antoine Dupont ricane. Léa Salamé est aux anges. Le public applaudit mécaniquement. Le comique se bave dessus de contentement. Fin du gag pourri. 

A lire aussi, Ivan Rioufol: Comment une poignée d’idéologues a fait main basse sur la cérémonie des JO

Gag pourri reposant d’ailleurs sur un présupposé erroné : Marion Maréchal serait raciste et n’aurait pas apprécié cette cérémonie parce qu’il y avait des « Arabes » et des « Noirs ».  Or, contrairement au bouffon télévisuel visiblement influencé par l’idéologie racialiste et décolonialiste, à aucun moment l’eurodéputée n’a fait allusion à l’origine ou à la couleur de peau des artistes ou sportifs français ayant participé à cette calamité qu’elle juge surtout être « une propagande woke grossière ». Elle précise sur X : « Difficile d’apprécier les rares tableaux réussis entre Marie-Antoinette décapitée, le trouple qui s’embrasse, des drag-queens, l’humiliation de la Garde républicaine obligée de danser sur du Aya Nakamura, la laideur générale des costumes et des chorégraphies. » De nombreuses personnalités ont partagé cet avis ; se moquer d’elles aurait demandé un réel talent comique et un peu de travail – Saint Sernin a préféré la facilité en ciblant Marion Maréchal, laquelle bénéficie d’un traitement de faveur, appelons ça comme ça, sur l’audiovisuel public. Ceci étant dit, imaginons un instant ce qui se serait passé si, sur n’importe quel autre sujet, le même genre de saynète – mais avec, par exemple, les portraits violemment déformés de Marine Tondelier, Sandrine Rousseau ou Danièle Obono, et un texte aussi fielleux et haineux sur ces dames que celui du trublion de France 2 sur Marion Maréchal – avait été diffusé sur CNews ou C8. Pas besoin de faire un dessin ! Les féministes gauchisantes les plus en vue auraient demandé à la Justice, à l’Arcom, au Conseil d’État de s’en mêler et auraient vraisemblablement obtenu gain de cause. Notons au passage que ces mêmes féministes n’ont pas cru bon de relever la présence inopportune et envahissante de JoeyStarr lors de l’entretien en duplex de la judokate Clarisse Agbegnenou par Léa Salamé – le rappeur a pourtant une solide réputation en matière d’agressions sur les femmes, en plus de quelques autres faits violents sur des inconnus ou des animaux. Mais la gauche « anti-bourgeoise » et rebellocrate a toujours été fascinée par les voyous.  

Quotidien, matinale d’Inter, talk-shows de Léa Salamé : partout, la même fausse irrévérence

Paul de Saint Sernin n’est pas un voyou. Ni un humoriste. Mais il s’imagine être drôle et subversif parce qu’il dézingue Marion Maréchal devant un parterre de castors. Pourtant, j’aime trop la liberté d’expression pour me joindre à ceux qui, trouvant « nullissime » ou « consternant » ce triste sire, réclament son renvoi. Je regrette bien sûr que ce fantoche soit rémunéré avec une partie de mes impôts. Je me console en me disant que c’est le prix à payer pour voir jusqu’où sont capables d’aller patauger certains amuseurs publics. Charline Vanhoenacker nous en avait déjà donné une petite idée ; elle va d’ailleurs continuer à barboter sur la radio publique – la direction de France Inter, pas rancunière, a en effet renouvelé son contrat pour la rentrée. Paul de Saint Sernin semble très prometteur. Je devine un plongeur de compétition, capable d’aller remuer la crasse dans des profondeurs de caniveau encore inconnues et d’en extirper quelques idées charognardes pouvant servir de prétextes à des sketchs fastidieux, médiocres et insipides. En plus de France 2, cet athlète du rire faisandé a déjà fait quelques piges sur France Inter. Bref, il fait partie de la grande famille des comiques subventionnés. Dès que j’aurai un peu de temps, je me consacrerai d’ailleurs à l’étude de cette caste – un travail ethnologique s’impose : j’étudierai par conséquent ses mœurs médiatiques, ses coutumes tribales, ses croyances, son influence sur les milieux culturels et politiques, et même son rôle dans l’amélioration du jeu théâtral de Léa Salamé, en particulier lorsqu’elle fait semblant d’être offusquée par certains propos scabreux ou carrément dégueulasses. 

A lire aussi, Elisabeth Lévy: France Télévisions, l’ami progressiste

Je prévois d’ores et déjà d’extraire de ce fastidieux travail des généralités concernant son incapacité à faire rire de bon cœur, sa tendance à militer grossièrement à gauche et à prendre systématiquement les gens de droite pour des abrutis ou des fachos, sa connivence avec la presse bien-pensante, sa prétention à donner des leçons à la terre entière, son allégeance aux idéologies à la mode, son conformisme rebellocratique, etc. Relisant ces lignes, je m’aperçois que le travail est déjà à moitié fait. Que dire de plus ? Sinon que derrière cet humour préfabriqué, c’est bien un esprit de sérieux – le pire, celui qui relève du dogme établi – qui anime cette caste à genoux devant le pouvoir, quel qu’il soit. Saint Sernin sait ce qu’il fait lorsqu’il éreinte Marion Maréchal de la manière la plus avilissante qui soit – la mine réjouie de Léa Salamé, le sourire imbécile de Marie-José Perec, les ricanements des invités sur le plateau lui ont montré qu’il était sur la bonne voie si son ambition est de perdurer dans les médias publics, au service de la rebellocratie institutionnelle. 

Les Gobeurs ne se reposent jamais

Price: ---

0 used & new available from

One, two, three, viva l’hyperandrogénie!

Deux pains dans la tronche et puis s’en va… Aux Jeux olympiques, la boxeuse italienne Angela Carini a abandonné face à l’Algérienne Imane Khelif au bout de 46 secondes.


Pour l’instant, l’ambiance de bacchanales s’était limitée à la cérémonie d’ouverture. Dionysos bleu et femmes à barbe ont fait de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques parisiens un carnaval dont il a été dit mille choses. Une autre menace pesait sur le rendez-vous sportif : la qualification d’athlètes transgenres dans les compétitions sportives. Ce jeudi 1er août, la performance de la boxeuse algérienne Imane Khelif face à l’Italienne Angela Carini, pose question.

Une bonne paire de claques dans la gueule

C’est un risque et une dérive contre lesquels Julien Odoul, député RN de l’Yonne, nous avait mis en garde il y a un an : l’apparition de transgenres dans les épreuves olympiques. « En favorisant l’inclusion des athlètes transgenres, on accepte de facto l’exclusion des athlètes féminines. C’est injuste et révoltant ! », avait-il rappelé. Pour l’instant, aucune épreuve olympique n’avait semblé entachée de doute. Et puis il y a eu ce combat de boxe. Angela Carini, casque bleu sur le crâne, contre Imane Khelif, avec ses grands bras musclés. La joute ne restera pas comme un monument d’indécision sportive. Sonnée par un marron sévère, l’athlète italienne a dû abandonner la partie au bout de quarante-six secondes. Écœurée, elle répète « Non è giusto. Non è giusto! » (ce n’est pas juste) et tombe en larmes.

Sans contrefaçon je suis un garçon

Mais d’où sort son adversaire du jour ? En mars 2023, Imane Khelif avait été disqualifiée des mondiaux de boxe amateure organisés à New Delhi, pour « non-respect des critères d’éligibilité ». Tout en se refusant à violer le secret médical, la Fédération internationale de boxe avait détecté chez l’athlète un taux de testostérone anormalement élevé. La jolie notion d’ « hyperandrogénie » avait été employée. En mettant les pieds dans le plat, l’athlète serait née avec des chromosomes XY, information confirmée à l’époque par le président de la Fédération internationale, Umar Kremlev. L’athlète avait dénoncé un complot : « Des gens ont conspiré contre l’Algérie pour que notre drapeau ne soit pas hissé et pour que la médaille d’or ne lui revienne pas ».

Le CIO semble disposer de critères bien moins stricts. Dès la naissance de la polémique, il est d’ailleurs monté au créneau pour défendre la sportive : « Toute personne a le droit de pratiquer un sport sans discrimination, a expliqué le CIO dans son communiqué. Tous les athlètes participant au tournoi de boxe des Jeux de Paris respectent les règles d’éligibilité et d’inscription à la compétition, ainsi que toutes les règles médicales applicables établies par l’Unité de Boxe Paris 2024. Comme pour les compétitions de boxe olympiques précédentes, le sexe et l’âge des athlètes sont basés sur leur passeport ». 

Le monde à l’envers

On se demande si le CIO, en cédant aux caprices des idéologies à la mode, ne scie pas la branche sur lequel il est assis. Si la tendance se généralisait, quel intérêt auront les téléspectateurs à s’assoir devant les épreuves féminines, quel intérêt les chaînes auront à acheter les droits de diffusion ? 

De toute façon, depuis la cérémonie d’ouverture controversée, tout est renversé, c’est le monde à l’envers. Au village olympique, la délégation britannique, qui se plaignait de la nourriture servie, a même engagé son propre cuisinier !

L’ostracisation du RN met notre démocratie sous cloche

Alors que Marine Le Pen profitait depuis deux ans d’une dynamique favorable, le RN n’est pas parvenu à obtenir une majorité à l’Assemblée nationale. Les partis dits de gouvernement ont d’abord fait alliance ou barrage contre lui, puis ils ont organisé sa non-représentation au niveau des postes clés de l’Assemblée nationale… Sonnés par cette récente déconvenue électorale, Jordan Bardella et Marine Le Pen savent que la parole du peuple a été bafouée, que la démocratie n’a pas vraiment été respectée, pour des raisons relevant de la “morale” voire des années 30, mais ils estiment que “pour gagner, il [leur] faut être irréprochables”. M. Bardella doit ainsi opérer un “travail de fond” sur le mouvement et “entamer un processus de déconcentration”1. Analyse.


La séquence politique que nous traversons n’en finit plus de surprendre et de nous enfoncer vers les ténèbres de l’inversion des valeurs, des accusations et de la morale… Celui qui agresse est sanctifié, celui qui se défend ou qui tente de faire valoir ses droits est marqué du sceau de l’infamie, comme en témoigne la récente intervention de Sandrine Rousseau (Ecologistes) à l’attention de François-Xavier Bellamy (LR), mettant en garde contre le harcèlement que subirait… Rima Hassan (LFI), alors que c’est bien cette dernière qui menace le premier qui porte logiquement plainte. Espérons que la justice aura cette logique et ne tombera pas dans le marasme actuel, où ceux qui hurlent et intimident ont raison face à ceux qui dérangent autant par leur bonne tenue que par leurs idées. Car le nœud du problème est bien là ! 

Normalisation jamais achevée

Comment pouvait-on exclure du débat public les politiques, qui par leur respect des institutions et leur constance dans leur posture démocratique, avaient prouvé depuis plusieurs années qu’ils n’étaient pas la bête immonde annonciatrice du désastre à venir si nous leur donnions les clés du pays ? Les élections législatives ont été commentées par de nombreuses personnes et je n’aurai pas la prétention d’avoir de nouvelles analyses meilleures que les précédentes. En revanche, ce qui m’interpelle et me désole pour notre avenir, tant au niveau sociétal que politique, est que les partis dits de gouvernement ont cadenassé le discours et se sont enfermés de fait dans une position qu’ils ne peuvent plus quitter sans pertes et fracas. 

Ainsi, en plaçant la morale au-dessus du fait politique et de la recherche du bien commun, ils se sont tous, des Socialistes aux Républicains, plongés dans une logique de l’inversion qui jusque-là était l’apanage de l’extrême gauche. Là, adoubée dans sa posture incroyablement provocatrice, faite de violences verbales, d’accusations en tout genre et de retournement de la charge, cette gauche jusqu’au-boutiste se voit privilégiée face à l’autre extrémité de l’échiquier politique qui n’a pourtant plus d’extrême que sa place dans l’hémicycle du Palais Bourbon. 

Le peuple a voté et une nouvelle fois, de façon claire et davantage que les précédentes, a décidé de mettre en avant la droite nationale, en tête tant aux élections européennes qu’au premier tour des législatives, cela malgré l’alliance plus qu’improbable de toute la gauche. Des outrances passées à l’Assemblée nationale aux positions scandaleuses sur le conflit entre Israël et le Hamas, rien ne sera retenu contre cette gauche extrême qui préfère l’invective au débat d’idées et sème le trouble en France en accusant le camp d’en face de se défendre et de mettre la pagaille. La bordélisation de la société dans son ensemble est à l’œuvre, et comme cela arrange la majorité sortante, toute la classe politique s’en accommode à l’exception du Rassemblement national.

A lire aussi, Philippe Guibert: «Nous ne sommes pas dans les années 1930»

L’opposition est saine dans notre société ; cela montre une maturité à débattre et à décider ensemble pour l’avenir de notre pays et de notre rapport au monde. Mais cette opposition qui doit s’effectuer sur le terrain des idées a dérivé sur des postures morales, voire moralisatrices, interdisant tout débat s’il n’entre pas dans le champ des possibilités retenues par cette bien-pensance. Aussi, quand nous ajoutons les dérives moralisatrices aux débordements déjà mentionnés, nous ne pouvons plus discuter de notre avenir sans commencer par montrer patte blanche afin d’avoir le droit à la parole. Voilà le vrai problème et l’impasse montée de toutes pièces par notre classe politique, davantage attachée aux postures et aux postes d’élus qu’à l’avenir de notre pays et au discours sur le bien commun. 

Postures

Nous devons absolument retrouver notre capacité à discuter des sujets qui nous concernent tous, à débattre des idées et à décider ensuite des solutions à envisager, loin de toute posture morale et de tout positionnement qui empêchent le traitement des vrais problèmes.

Ceci pour deux raisons essentielles qui se réfèrent à notre État de droit et à notre exercice de la démocratie. Car quand le droit est convoqué, on nous répond très logiquement que ce qui est légal n’est pas forcément moral et que la morale dépend de chacun, alors que nous sommes très attachés à notre égalité devant la justice qui n’a pas à s’en mêler. Si nous jugeons notre exercice de la démocratie de façon morale, alors nous ne sommes plus égaux devant ce droit fondamental qui est de faire porter sa voix avec la même valeur que celle de ceux qui nous entourent. Ainsi, placer le débat politique sur les postures morales voire moralisatrices, accusant les gens qui penseraient différemment d’être de méchants citoyens incapables de comprendre l’évidence, donc idiots en plus d’être méchants, est non seulement contraire à l’esprit de nos lois, mais est (volontairement ?) un appel à les transgresser. Car si les citoyens qui s’expriment légalement dans une élection démocratique pour des partis qui sont légaux, en votant pour des personnalités politiques qui ont déjà démontré leur capacité et leur volonté de respecter les institutions et les décisions prises par la majorité, si ces citoyens sont ostracisés et sommés de se taire, il est évident que les souffrances générées par cette mise à l’écart de la société ne resteront pas silencieuses. Comment peut-on expliquer la veille qu’il faut aller voter, que c’est un droit et même un devoir… et le lendemain placer plus de dix millions de personnes dans les oubliettes des urnes ? Le peuple français est un gentil peuple, il acceptera la sentence et partira en vacances sans rien dire… 

Prenons garde tout de même au réveil douloureux et à la force que confèrent les sentiments d’injustice et d’impuissance trop longtemps intériorisés qui pourraient ressortir de façon explosive. 

La responsabilité de la situation politique bloquée du pays est à porter au crédit (devrais-je dire au discrédit) de la classe politique de gouvernement. Les Français ont mal voté… Nous avons assisté à une confiscation du débat pour cause de « mal pensance » d’un tiers des électeurs auxquels rien ne sera épargné, ni les accusations en fascisme, ni la honte d’être soi-disant contre l’Autre, ni le bannissement de nombreux endroits si ces électeurs venaient à divulguer leur vote. C’est l’exact contraire de la démocratie. 

Discutons des idées, définissons les mots, à commencer par « extrême droite » et fasciste, puis interdisons les partis qui seraient antidémocratiques afin que tous les électeurs puissent s’exprimer dans le respect de notre État de droit, c’est-à-dire avec une voix qui a autant de valeur que celle du voisin. Mais de grâce, qu’on ne nous explique plus qu’il y a des sous-électeurs, que leur parole est malsaine et qu’elle ne doit donc pas compter ! On a organisé l’invisibilité de ces voix, et ensuite, bien sûr, on voudrait que tout se passe bien dans notre beau vivre-ensemble… Attention : s’il y a des sous électeurs qui votent massivement pour des sous députés, il faudra ouvrir les yeux et s’apercevoir que nous sommes devenus une sous-démocratie !


  1. https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/politique/marine-le-pen-pour-gagner-il-nous-faut-etre-irreprochables ↩︎

«Nous ne sommes pas dans les années 1930»

Pour l’ex-directeur du service d’information du gouvernement sous François Hollande, le PS commet une erreur gravissime en se laissant dominer par LFI. « Une rupture dans l’histoire de la gauche depuis l’affaire Dreyfus », selon lui.


Causeur. Au fond, quel est le sens de cette dissolution ? Et en a-t-elle seulement un ? La quasi-unanimité de la classe dirigeante l’a qualifiée d’insensée…

Philippe Guibert. Il est très révélateur que ce retour devant le peuple ait été jugé « insensé ». Cette réaction montre combien notre classe dirigeante s’était accoutumée à l’idée d’un système qui permet de gouverner sinon sans le peuple, du moins avec un peuple contraint. Avant même l’arrivée d’Emmanuel Macron en 2017, le quinquennat et le calendrier électoral aidant, il n’était plus nécessaire de rassembler deux Français sur trois, comme disait Giscard en son temps, pour exercer le pouvoir. Il suffisait de réunir entre 25 % et 30 % des voix au premier tour, d’obtenir une majorité de rejet au second et, les Français déjugeant rarement le président qu’ils viennent d’élire, celui-ci obtenait une majorité absolue ou relative au Parlement.

Ce mécanisme que vous décrivez est en tous points conforme à la Constitution. Pourquoi s’en offusquer ?

Cette gouvernance minoritaire est certes parfaitement légale, mais elle fragilise profondément notre démocratie et son chef, et au fond la légitimité du pouvoir. Jusque-là, les présidents jugeaient qu’ils pouvaient mener la politique qu’ils souhaitaient sans avoir besoin de retourner devant le peuple entre deux scrutins présidentiels. Mais Emmanuel Macron a constaté avec les européennes que ça ne marchait plus, que le budget 2025 était impossible à présenter sans se faire censurer à l’Assemblée, ou faire descendre les Français dans la rue. Le  système était au bout du rouleau.

Vous qui venez de la gauche, du PS en particulier, comment avez-vous réagi à la formation en trois jours du Nouveau Front populaire, cette Nupes 2 ? 

Avec un profond malaise, et même un sentiment de colère. Je n’ignore rien des tractations politiques, des nécessités de sauver des sièges, de la tambouille politique et électorale. Mais il est impossible de cacher sous le tapis ce qui s’est passé depuis deux ans avec LFI ! Sans parler du NPA… Il y a là une rupture dans ce qui a été la gauche depuis l’affaire Dreyfus. C’était sous-jacent avant le 7 octobre, c’est patent depuis le 7 octobre. Cette union de la gauche, après la Nupes, s’est faite sous emprise idéologique de la gauche la plus radicale. C’est la première fois dans l’histoire des unions de la gauche.

Ne peut-on pas entendre ceux qui disent qu’il faut parfois accepter de s’allier avec Staline pour contrer Hitler ?

Ressusciter la mythologie antifasciste face au RN est à mon avis une erreur d’analyse : nous ne sommes pas dans les années 1930 ! Les mouvements dits d’extrême droite ne sont pas fascistes, ils sont populistes, au sein de démocraties qui ont multiplié les contre-pouvoirs ! Ce sont des mouvements souvent identitaires, dont le moteur est le rejet de l’immigration, et qui puisent leurs électorats d’abord dans le socle sociologique de la gauche de jadis : les classes populaires. Cela aurait dû susciter depuis longtemps une réflexion de la part de la gauche. Il n’en a rien été. Qui s’intéressera aux électeurs lepénistes pour les faire revenir vers une gauche républicaine ? C’est là la clef, mais ce sera un travail de très longue haleine…

Philippe Guibert, Gulliver enchaîné : le déclin du chef politique en France, Le Cerf, 2024.

Gulliver enchaîné: Le déclin du chef politique en France

Price: ---

0 used & new available from

Chapeau Léon l’empereur !

Toute la presse nationale du jour est dithyrambique au sujet des records de notre nageur Léon Marchand. Même Causeur s’y colle, alors…


Impérial, en effet, ce gamin qui, tel Lucky Luke Colt au poing, nage plus vite que son ombre. La France n’attendait que cela, un événement transcendant, le truc qui fait qu’on passe soudain de l’événement à l’épopée. Dans ce registre, nous ne pouvions espérer mieux que ce qui se produit sous nos yeux ces heures-ci. Sortis des eaux, à la manière d’une divinité antique, voilà que naissent une légende, un héros, une icône qu’on peut acclamer, admirer, aduler sans partage, sans calcul, avec une joie saine, pure, intègre, une joie d’enfant. Je persiste, la France avait grand besoin de cela. Elle était en manque d’admiration. Je veux dire d’objet ou de sujet digne d’admiration. Elle l’a. 

Elle l’a avec ce garçon, Léon Marchand, impérial comme je l’ai dit, souriant, sympathique, sobre dans le triomphe, simple dans sa gloire. Tout s’est arrêté pour le suivre. Les autres épreuves ici ou là ont suspendu leur vol, un match de foot amical a été interrompu. Encore une fois, on est bien au-delà de l’événement proprement dit. Il s’agit du bonheur. Du bonheur dans son acception la plus exceptionnelle : le bonheur national. Dès lors, quoi qu’il advienne au tableau des victoires, des médailles, des échecs, ces Jeux auront été un moment privilégié dans notre France du moment. 

Ils ont leur empereur, disais-je. Ils ont aussi leur reine. Paris et ses beautés, ses monuments admirables. Son patrimoine exceptionnel exposé, offert à la terre entière qui s’en émerveille si l’on se réfère à la presse étrangère. Ce patrimoine rare, unique, peut-être bien sauvé grâce à cela, grâce aux Jeux, de la furie déconstructrice de certains. Je veux y croire… Il faudrait citer tous les sites. L’escrime au Grand Palais devient un peu plus que de l’escrime, comme si cet art de grâce avait trouvé enfin le seul lieu vraiment digne de lui. L’équitation sur fond du sublime Versailles nous est donnée en majesté. Et les courses, à vélo, à pied, à la nage, dans les rues, sur les places, dans le fleuve… Car même la Seine, capricieuse jusqu’à la dernière minute ainsi que le sont volontiers les altesses et les stars, a bien voulu jouer le jeu. 

De surcroît, je n’oublierai pas un autre roi. Le roi Nadal, qui s’en va certes, mais sans rien perdre de sa couronne. Au contraire. Jusqu’au bout il aura honoré de sa présence la terre ocre de Roland Garros. Il y est né voilà longtemps déjà. Il y a grandi. Il la quitte à présent, géant devenu. Grandissime à jamais.

Cela dit, tous ces sportifs, ces athlètes du monde entier sont à féliciter, à remercier. Ils nous réveillent de l’apathie qui nous gagnait, qui nous grignotait peu à peu. Ils nous invitent, mine de rien, à bouger. À se remuer. Ils nous rappellent que, comme disait en son temps Léonard de Vinci, tout est mouvement, la vie est mouvement. Or, comment prouve-t-on le mouvement de manière irréfutable ? Bien évidemment, en marchant. N’est-ce-pas Léon ?

Prestige de l’Iran, Jeux et lendemains qui déchantent

0

L’envoi d’une roquette qui a tué douze enfants dans le village druze de Majdal Shams, a été suivi de l’élimination du chef militaire du Hezbollah à Beyrouth. Hier matin, nous avons appris qu’à Téhéran un missile d’une extraordinaire précision avait entrainé la mort d’Ismail Haniyeh dans l’appartement secret que lui avaient aménagé les dirigeants iraniens. 

Mort d’un tyran

Haniyeh, outrageusement présenté par certains comme un dirigeant modéré, avait pu, avant de mourir, faire son plein de chants de mort contre Israël au cours de la cérémonie d’inauguration du nouveau président iranien. On ne peut pas imaginer de coup plus cinglant porté au prestige de l’Iran. 

Alors, c’est par un athlète iranien qui n’y participe pas que je vais entamer cette chronique sur la cérémonie d’inauguration des Jeux Olympiques. L’haltérophile Mostafa Rajaei aurait été un des favoris dans sa catégorie, mais il a commis l’an dernier un crime irréparable aux Championnats du Monde en Pologne : il a serré la main d’un concurrent israélien. De ce fait, il a été banni à vie de son pays. Cela n’empêche pas l’Iran, qui a signé une charte olympique interdisant d’utiliser les athlètes à des fins de propagande, de participer aux Jeux de Paris et de prétendre, évidemment, que la présence israélienne violerait cette charte. 

Je faisais partie des innombrables sceptiques sur ces Jeux et je reconnais avec plaisir que leur organisation est jusqu’à maintenant parfaite.
J’ai été globalement émerveillé par la cérémonie d’ouverture, son originalité, sa qualité visuelle, le professionnalisme des artistes et la minutie de la mise en scène que la pluie a finalement magnifiée, donnant des rives de la Seine une image de rêve.
Le spectacle mêlait le mystère à la parodie, transformait le kitch en grand art et la dérision élaguait du passé ses branches trop… compassées. 

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Meurice me va comme un gland!

Beaucoup de sous-entendus du spectacle m’ont échappé, car leurs références n’étaient pas les miennes, comme celles des mangas ou de Assassin’s creed. Je ne comprenais rien aux paroles de Aya Nakamura (j’ai lu leur traduction en français depuis) mais la voir se trémousser avec les Gardes républicains devant l’Académie française, temple du langage officiel, m’a paru un clin d’œil joyeusement burlesque. 

En revanche, devant Marie-Antoinette portant sa tête coupée, j’ai pensé, référence discutable, mais qu’importe, à Saint Denis, qui avait, dit la légende porté sa tête jusqu’au lieu qui prit son nom et qui devint la nécropole des Rois de France avant de devenir un des foyers d’une nouvelle France qui se moque éperdument de ce passé… 

Beaucoup de gens ont protesté contre la caricature de la Cène, le tableau de Leonard de Vinci

Patrick Boucheron, le correspondant historique de Thomas Jolly, enseigne que l’histoire n’est pas rigide et que les sens des événements sont multiples. On peut appliquer cette phrase à tous les épisodes de la cérémonie d’inauguration et notamment à l’épisode dit « Festivité » dont on a dit que c’était la caricature de la Cène de Leonard de Vinci, et par là une attaque directe du christianisme.

Je ne crois pas trop ceux qui prétendent que la seule référence était un tableau à Dijon de van Bijlert, un peintre caravagesque du XVIIe siècle. Ce dernier avait lui aussi certainement pensé à la Cène de Leonard en composant son tableau. Il voulait provoquer le public catholique de sa ville d’Utrecht, mais pas trop et de façon acceptable en son temps, en peignant une bacchanale, avec la structure de la Cène. Pour la petite histoire, c’est à Rome, la ville des Papes, en pleine Contre-Réforme, que van Bijlert avait appris à détourner la représentation des épisodes du christianisme de leur description canonique.
Le spectacle de Dionysos presque nu en face des drag queens ne montre en réalité ni table, ni convives, mais la disposition des personnages immobiles évoque immanquablement la Cène de Leonard. C’est là une façon de montrer que nous réagissons suivant nos références culturelles, mais que celles-ci ne sont pas forcément pertinentes. 

A lire aussi, Aurélien Marq: Blasphème!

En tout cas, le spectacle a entrainé un communiqué de la conférence des évêques de France, une censure dans de nombreux pays, une protestation de Jean-Luc Mélenchon et des excuses du Comité d’organisation, sans compter les critiques nombreuses à droite, ainsi que les invectives des poutiniens de toute obédience. 
Sans compter non plus les menaces à l’égard de la femme qui avait pris la soi-disant place du Christ, et qui se trouve être juive, militante lesbienne et anti-grossophobe, ce dernier combat étant le plus difficile dans la société telle qu’elle est aujourd’hui.
Je n’ai pas aimé cette partie du spectacle, mais je ne parviens pas à en être vraiment choqué. Pasolini en a fait d’autres et l’exigence d’une laïcité qui préserve la liberté s’impose en France, pays de Rabelais et de la loi de 1905. 
Mais ce n’est pas par hasard que Mélenchon et l’institut al-Azhar se retrouvent sur la même longueur d’onde : c’est que derrière une satire – éventuelle – de Jésus, ils voient venir la satire de Mahomet. Les évêques français, eux, constatent qu’il est dans le vent de se moquer des chrétiens, alors que, bien qu’ils ne le disent pas explicitement, la peur impose le silence s’agissant de l’islam. Le spectacle est ambigu, mais ce n’est qu’un spectacle.

Le message de la cérémonie d’inauguration est assumé. Patrick Boucheron l’a explicité. C’est une France de la diversité, de l’inclusivité comme on dit aujourd’hui, que les réalisateurs ont voulu promouvoir. En un sens ces Jeux se présenteraient comme l’absolu inverse des Jeux de Berlin, glorification de la race germanique. 

Conformisme intolérant

C’est sur le papier un magnifique projet, mais il ne faut pas esquiver ses faiblesses. Trop de liberté peut tuer la liberté, l’ode à la diversité a souvent évolué vers le conformisme le plus intolérant. 

A lire aussi, Philippe Bilger: Que sait Patrick Boucheron de nos peurs?

La France d’aujourd’hui est diverse, chacun le sait et on se prend à être surpris que la vedette du rugby à VII porte le nom très bizarre de… Antoine Dupont. Alors existe-t-il quelque chose d’un peu intemporel, ou du moins poli par le temps, qu’on peut appeler la culture française ? Non, répondait Emmanuel Macron au début de son premier mandat, il n’y a pas de culture française, il y a des cultures en France.
Cette vision d’un pays supermarché sans épaisseur historique n’est certainement pas celle des auteurs de la cérémonie d’ouverture dont l’un enseigne l’histoire au Collège de France et un autre a travaillé sur le théâtre de Shakespeare et de l’Antiquité. Mais la connaissance de l’histoire s’est effondrée dans la jeunesse d’aujourd’hui.

J’ai aimé le spectacle de l’inauguration car dans toutes les dérives, clins d’œil et travestissements, je pouvais me remémorer l’histoire de notre pays et replacer au rang d’un humour rafraichissant les libertés prises avec les faits. 
Qu’en est-il pour des générations qui vivent dans un hyperprésent où la connaissance du passé parait un fardeau inutile? Les penseurs postmodernes ont détricoté les a priori cachés de la fabrication de l’histoire, mais on a jeté le bébé avec l’eau du bain. Tout désormais se vaut et ce qui aurait dû stimuler la critique a engendré l’hyperméfiance. Cela s’appelle le woke et le spectacle l’assume. Or, s’il n’y a pas de limite à la destruction des codes, se méfier de tout conduit à s’enticher du pire.
Heureusement, la déconstruction n’a pas empêché le public de vibrer dans la joie, tout ambiguë qu’elle soit à l’analyse psychologique, de la communion sportive, ni de s’unir dans des moments de grâce tels l’allumage de la flamme olympique et le chant de Céline Dion. 
Ce fut une magnifique cérémonie, mais je ne crois pas que le monde dont elle nous préconise l’émergence ne soit que celui des lendemains qui chantent…

Élimination d’Ismaël Haniyeh: pas de trêve olympique au Proche-Orient

0

Alors que le leader du Hamas a été tué mercredi à Téhéran, l’Iran et ses alliés préparent leur riposte contre Israël. Les funérailles du chef du mouvement islamiste palestinien seront présidées par l’ayatollah Ali Khamenei en Iran aujourd’hui.


Un article de Fabrice Balanche paru originellement sur son site.

En moins d’une journée, Israël a abattu deux hauts responsables du Hezbollah et du Hamas. Alors que la situation est figée dans la bande de Gaza, Israël poursuit ses manœuvres pour détruire les capacités d’action de ses adversaires.

Après Fouad Chokr, responsable des opérations armée du Hezbollah, tué le 30 juillet 2024, c’est donc Ismaël Haniyeh, le chef du Hamas à l’étranger, qui a été éliminé, le 31 juillet 2024, par Israël. Le premier a été tué à Beyrouth, dans la banlieue sud chiite. Le second se trouvait à Téhéran pour assister à la prise de fonction du nouveau président iranien. Nous sommes actuellement à un moment charnière où tout peut basculer au Moyen-Orient. Car l’Iran et le Hezbollah ne peuvent rester sans réagir. Le Hamas lui aussi a promis des représailles, mais sa capacité de nuisance est réduite.

Du côté occidental, il semble qu’Israël ait obtenu des garanties de la part des États-Unis. Le bombardement par l’aviation américaine d’une base des milices pro-iraniennes au sud de Bagdad indique que Washington est solidaire d’Israël, dans l’assassinat de Fouad Chokr tout du moins.

Six hommes à abattre

En octobre 2023, le journal israélien Yedioth Ahronoth annonçait que six personnalités du Hamas étaient dans le collimateur de l’État hébreu en tant que responsables du massacre du 7 octobre. Trois d’entre eux ont déjà été tués : Ismaël Haniyeh, le chef du Bureau politique, installé à Doha, Saleh Al-Arouri, numéro 2 du Hamas et en charge des activités de son organisation militaire en Cisjordanie, il était installé à Beyrouth, Marwan Issa, chef adjoint de la branche miliaire à Gaza. Les trois autres cibles sont Yahya Al-Sinwar, le dirigeant du Hamas à Gaza, Khaled Mechaal, responsable des activités à l’étranger, qui réside au Qatar, et enfin Muhammad Al-Deif, le chef de la branche militaire à Gaza. Israël a condamné à mort ces six terroristes et ils seront éliminés où qu’ils se trouvent et quelles que soient les conséquences. Cela rappelle la traque des organisateurs de l’attentat aux jeux olympique de Munich en 1972 qui coûta la vie à 11 athlètes israéliens.

Un soutien américain évident

La frappe contre le numéro 2 du Hezbollah, Fouad Chokr, intervient en représailles au missile sur Majdal al-Shams qui a causé la mort de 12 adolescents. Depuis le 7 octobre 2023, le nord d’Israël vit dans la peur des tirs de roquettes du Hezbollah et près de 100 000 civils ont été évacués de la bordure avec le Liban. Israël exige l’application de la résolution 1701 du conseil de sécurité de l’ONU, en 2006, qui demande le retrait du Hezbollah à 20 km au nord de la frontière israélienne, mais sans succès. Il semble donc que nous nous approchons d’une solution militaire pour restaurer la sécurité du territoire israélien. La diplomatie américaine a échoué à obtenir ce retrait et Joe Biden ne peut que soutenir l’action militaire israélienne en espérant éviter une guerre ouverte avec l’Iran.

L’élimination de Fouad Chokr intervient également au retour du voyage aux États-Unis de Benjamin Netanyahou. Ce dernier a forcément discuté avec le président américain de sa stratégie à l’égard du Liban et récolté des garanties de sa part. Il faut noter que quelques heures après la frappe israélienne dans la banlieue sud de Beyrouth, Washington bombardait une base des milices pro-iraniennes au sud de Bagdad, pour signifier à l’Iran leur solidarité avec l’État hébreu et tenter ainsi de neutraliser sa réaction. Cependant, Joe Biden était-il au courant de l’opération contre Ismaël Haniyeh à Téhéran ? Car elle est d’une tout autre ampleur que celle qui a visé le numéro 2 du Hezbollah au Liban.

Les conséquences de la double frappe israélienne

Tout d’abord sur le front de Gaza, il est clair que les négociations pour un cessez-le-feu et la libération des derniers otages israéliens sont interrompues. La capacité militaire du Hamas est très réduite désormais et Israël n’a guère à craindre de ce côté, en revanche il faut s’attendre à une escalade sur le front nord. La crédibilité de la République Islamique est gravement atteinte : un invité étranger tué sur son propre territoire à l’occasion de la prise de fonction du nouveau président iranien, c’est beaucoup plus sérieux que la frappe contre le consulat iranien à Damas en avril 2024. L’Iran avait alors envoyé une salve de missiles sur Israël, mais en faisant en sorte que cela ne cause pas de dégâts pour éviter une guerre totale. Le dôme de fer et les alliés occidentaux d’Israël avaient joué leur rôle protecteur.

Qu’en sera-t-il après la mort d’Ismaël Haniyeh ? A minima l’Iran va soutenir les représailles du Hezbollah contre Israël, ce qui va logiquement déclencher une offensive de Tsahal au Liban et des bombardements massifs sur les routes iraniennes en Syrie, par lesquelles provient l’armement de la milice chiite libanaise. Le Proche-Orient n’aura donc pas attendu la fin de la trêve olympique pour s’embraser de nouveau.

Source : Conflits

Les Leçons de la crise syrienne

Price: ---

0 used & new available from

Syrie Liban: Communautarisme et pouvoir

Price: ---

0 used & new available from

Comment une poignée d’idéologues a fait main basse sur la cérémonie des JO

Les Jeux Olympiques ont de tout temps été l’endroit idéal pour promouvoir des idéologies politiques, rappelle notre chroniqueur, qui lui non plus n’a pas aimé la cérémonie d’ouverture préparée par l’équipe infernale Jolly / Boucheron / Slimani / Bürki. De l’autre côté de l’échiquier politico-médiatique, sans surprise, Edwy Plenel salue un super spectacle célébrant « la France de l’émancipation ».


La France d’Emmanuel Macron n’est pas la mienne. Je ne l’ai pas non plus reconnue dans la cérémonie des JO, emplie de stéréotypes sexués et de flatteries à l’air du temps. J’ai vu, dans la mise en scène de Thomas Jolly, une opération politique pour valoriser la nouvelle France diversitaire promue par le chef de l’Etat. 80% des investissements publics ont d’ailleurs bénéficié à la Seine-Saint-Denis, selon Amélie Oudéa-Castera intérrogée sur Europe 1, lundi. Alors que l’article 50-02 de la charte olympique du CIO stipule : « Aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n’est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique », le pouvoir, désavoué depuis par les urnes, a choisi de passer outre cette interdiction en imposant d’autorité sa vision contestée d’une société post-nationale et post-française.

L’historien Patrick Boucheron, un des organisateurs de l’évènement, n’a rien caché de ses desseins consistant à « affirmer crânement, énergiquement que c’est comme ça qu’on va vivre ensemble (…) On a restauré, pour nous, intimement, une fierté pour ce pays. Pas pour son identité, mais pour son projet politique (…) ». De ce point de vue, un parallèle peut être fait entre Leni Riefenstahl, qui filma pour Hitler les JO de Berlin de 1936, et Jolly et ses amis qui ont scénarisé pour Macron les JO 2024. Dans les deux cas, on retrouve une même propagande au service de l’Homme nouveau (aryen ou métissé), une même obsession de la race, un même mépris du catholicisme, un même enthousiasme obligatoire. Ceux qui ont eu l’audace d’avouer n’avoir pas apprécié les génuflexions wokistes face aux minorités sexuelles ou raciales ont été traités d’ « extrême droite ». Ainsi font les nouveaux fascistes grimés en antifascistes.

La nouvelle France de Macron, multiculturelle, n’est pas non plus celle de nombreux compatriotes indigènes. Certes, un sondage a montré que 85% des téléspectateurs avaient estimé la cérémonie réussie. Je ne mésestime pas la technique subversive des déconstructeurs : leur savoir-faire peut amener à ce genre de plébiscite mou. « Quand on sait comment arnaquer les esprits, il n’est pas difficile de devenir le maître du monde », écrit le philosophe Bertrand Vergely1, qui ajoute : « Quand on sait comment rétablir la vérité et l’honnêteté, on devient un libérateur ». Je remarque d’ailleurs que le spectacle a également emballé Edwy Plenel qui a tweeté : « Superbe cérémonie qui a sublimé la France de l’émancipation, celle de l’égalité des droits sans distinction d’origine, de condition, d’apparence, de sexe, de genre. La France née en 1789. « Ah ! Ça ira, Ah ! Ça ira… » (…) ». Or Je doute que Plenel, symbole de l’islamo-gauchiste et du déracinement, se reconnaisse lui-même dans cette autre France méprisée, enracinée et périphérique, qui n’a jamais d’autre droit que celui de se taire. Je défends cette France au nom de l’injustice qui lui est faite.

Les organisateurs n’ont cessé de dire qu’ils voulaient faire un « anti-Puy-du Fou » en tournant le dos à la classe moyenne des oubliés, coupables de mal voter. Mais de quel droit une poignée de militants sans légitimité ont-ils détourné la vocation olympique de la cérémonie des Jeux, imitant en cela ce que furent les JO de Berlin de 36 ?

Le CIO a présenté ses excuses. Les squatteurs propagandistes plastronnent.


  1. Main basse sur la pensée, Salvator ↩︎

Sahara occidental: le soutien au plan marocain marque une réorientation stratégique française bienvenue

0

En cet été 2024, en plein Jeux olympiques, assiste-t-on à la fin du « en même temps » présidentiel ? On peut le penser, et l’espérer, sur le plan intérieur au vu de l’impasse politique dans laquelle la dissolution voulue par Emmanuel Macron a conduit le pays. Ce retour à un peu de modestie et de lucidité trouvera-t-il son pendant en politique étrangère ? Ce serait également souhaitable compte tenu du nombre de dossiers diplomatiques (de l’OTAN à la Russie, en passant par la Chine, l’Afrique, le Liban, l’Algérie, etc.) sur lesquels la « pensée complexe » présidentielle s’est également égarée.

Le 30 juillet, Emmanuel Macron a reconnu le plan d’autonomie marocain comme « la seule base pour une solution politique juste et durable » pour le Sahara occidental, ainsi que la souveraineté du Maroc sur ce territoire. C’est un pas dans la bonne direction, un choix diplomatique conséquent. Cette décision marque une étape importante vers la réconciliation avec le royaume chérifien, en répondant aux principes fondamentaux d’une politique étrangère digne de ce nom : intérêts, vision et durée. Si elle irrite l’Algérie, qui a rappelé son ambassadeur, elle témoigne d’une réorientation stratégique française nécessaire à la lumière des évolutions régionales et internationales.

Depuis son élection en 2017, Emmanuel Macron avait fait ce qu’on peut appeler un « pari algérien », cherchant à réconcilier les deux pays et semblant penser qu’une telle démarche pourrait solder le passé douloureux et ouvrir un nouveau chapitre dans les relations franco-algériennes. Pour ce faire, il a multiplié les gestes de bonne volonté, en particulier sur le plan mémoriel. Il a poussé la repentance très loin, jusqu’à humilier son propre pays, notre pays. Alger n’a répondu à ces initiatives que par des critiques acerbes, des provocations, des exigences sans cesse renouvelées. Cet entêtement a conduit à un raidissement inédit des relations avec le Maroc, délaissé au profit de chimères avec l’Algérie. Ce pari infructueux semble désormais abandonné, Emmanuel Macron semblant juger plus fructueux le renforcement des liens avec Rabat.

Les présidents Macron et Tebboune au G7, Borgo Egnazia, Italie, 14 juin 2024 © Christopher Furlong/AP/SIPA

Reconnaître le plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental n’est pas seulement répondre à une revendication diplomatique ancienne. C’est un moyen habile de reconnaître publiquement le statut de puissance régionale acquis par le pays. En effet, le Maroc est le seul pays stable du Maghreb et des rives de l’immense région sahélo-saharienne. Cette stabilité politique et économique, acquise au fil des vingt-cinq dernières années, lui permet de jouer un rôle crucial dans une zone constamment traversée par des tensions politiques et sécuritaires. Tel n’est pas le cas de ses voisins puisque la Tunisie semble s’enfoncer dans une sorte de lente glaciation autoritaire, tandis que l’Algérie reste figée dans un immobilisme anachronique (s’apprêtant à réélire Abdelmajid Tebboune lors d’élections présidentielles sans surprise qui auront lieu le 9 septembre prochain).

Enfin, ce rapprochement avec le Maroc s’inscrit dans un contexte géopolitique global instable et dangereux. La résurgence des conflits entre États, les ambitions territoriales explicites et le retour de la guerre sur plusieurs fronts exigent que la France, et globalement les Occidentaux, révisent et consolident leur système d’alliances. La Russie, active en Ukraine, bien implantée en Méditerranée orientale et désormais clairement hostile à Israël (elle vient tout de même de qualifier « d’assassinat politique tout à fait inacceptable » la mort d’Ismaïl Haniyeh, chef politique du mouvement terroriste Hamas, à Téhéran !), constitue une menace directe pour la stabilité régionale. En parallèle, l’Algérie, par ses liens étroits avec Moscou et ses achats d’armements russes, renforce cette dynamique préoccupante. En effet, le contexte géopolitique global doit nous conduire à « voir ce que nous voyons » : les théâtres d’opérations de la contestation planétaire contre l’Occident ne sont pas isolés les uns des autres mais tous interconnectés. 

Dès lors, le rapprochement avec Rabat et le soutien français au plan marocain pour le Sahara occidental, après ceux de l’Espagne et de l’Allemagne ces deux dernières années, deviennent non seulement stratégiques mais impératifs. Il appartient maintenant aux deux nations de consolider cette alliance et de lui donner portée, pérennité et force.

Macron fait compliqué, Attal simple!

0
Le Premier ministre Gabriel Attal sur le camp militaire Alain Mimoun, Jeux olympiques de Paris, 1er août 2024 © Lafargue / POOL/SIPA

Depuis la dissolution de l’Assemblée nationale, décidée par le président Macron, les relations avec le Premier ministre démissionnaire, Gabriel Attal, se sont tendues. Ce dernier semble vouloir de plus en plus s’émanciper…


La parenthèse festive et sportive des Jeux olympiques ne fait oublier à personne que la situation politique de la France est préoccupante, étrange. Nous approchons peu à peu du moment où le président de la République devra choisir le nouveau Premier ministre. Emmanuel Macron se trouve à Brégançon pour y réfléchir et, si les conseils ne lui manquent pas, pour l’heure aucune solution ne se dégage de manière irréfutable.

Drôles d’oiseaux

Ce n’est pas l’arrogance de Lucie Castets qui va le convaincre : il l’a d’ailleurs déjà rejetée et il a bien fait. Son intronisation par le Nouveau Front populaire ne l’a pas entourée comme par magie de légitimité et de compétence. Gérald Darmanin se fait le défenseur de Xavier Bertrand qu’il estime tout à fait adapté au poste. Peut-être le président y songe-t-il ?

Par ailleurs on a Laurent Wauquiez qui, au mieux avec Gabriel Attal, était prêt à s’engager pour la Droite républicaine dans un pacte articulé sur quelques mesures essentielles mais en excluant toute participation gouvernementale. Autrement dit, M. Wauquiez s’arrêtait au milieu du gué : ni indépendance totale ni vrai soutien opératoire comme l’avait souhaité Nicolas Sarkozy. La pire des tactiques à mon sens : Laurent Wauquiez toujours aussi attentiste parce qu’il est encombré de son ambition présidentielle et qu’il a des rivaux de haute volée qui lui dameront le pion.

A lire aussi, Jean-Thomas Lesueur: Sahara occidental: le soutien au plan marocain marque une réorientation stratégique française bienvenue

Du côté de la macronie, et du groupe parlementaire qu’il préside, Gabriel Attal aspire à une coagulation de projets où l’empathie qu’il a suscitée auprès de beaucoup de députés de son camp en les sauvant pourra être exploitée. D’autant plus qu’il est hors de question pour lui de retrouver Matignon.

Comme si le paysage national n’était pas assez compliqué, le président de la République l’a complexifié davantage en rêvant d’un Premier ministre consensuel, apprécié par la droite et la gauche, mais enrichi par « un parfum de cohabitation ». L’oiseau rare donc, pour ne pas dire impossible !

Attal ne veut plus être le petit frère de Macron

Emmanuel Macron se débat dans des difficultés extrêmes – qu’il a lui-même causées en grande partie -, la tête lourde, toute grâce envolée, avec un discrédit à la fois politique (beaucoup de ses soutiens sont déçus) et populaire (une majorité de citoyens lui est hostile).

Pendant ce temps, Gabriel Attal, au contraire, du ministère de l’Éducation nationale à Matignon, de Matignon à ses suites où son courroux l’a incité à prendre son autonomie et à substituer sa formidable activité à l’atonie d’un président incertain, se trouve partout, fait feu de tout bois, a réponse à tout, sourit à tous et fait preuve d’allégresse comme si la France allait bien ou comme si déjà elle n’attendait que lui. De tous les événements qui suscitent la lumière, il n’est jamais éloigné pour en recueillir sa part. On peut l’accuser de tout ce qu’on voudra, blâmer sa superficialité, son approche délibérément séductrice, sa manière de tout appréhender légèrement pour ne jamais se confronter à cette angoissante question, à cette interrogation fondamentale qui, tôt ou tard, pourtant, imposera une réponse : suis-je un homme d’État ?

Pour l’instant, Gabriel Attal me fait songer à un chevau-léger irrésistible, presque trop talentueux pour être honnête, efficace, ambitieux, parfois désinvolte mais tout lui est pardonné (il fait ouvrir le Conseil économique, social et environnemental, place d’Iéna, spécialement pour Stéphane Séjourné et lui, afin de mieux voir le feu d’artifice tiré depuis la Tour Eiffel, selon Mediapart).

Gabriel Attal se remplit au fil des semaines et des mois d’une densité ne rendant plus absurdes ses espérances, d’une volonté et d’une constance le faisant craindre désormais, irrigué par le sentiment qu’il est l’un de ceux que le futur n’abandonnera pas sur le bord de la route. Emmanuel Macron a besoin des autres pour les dominer : n’est-il pas meilleur qu’eux ? Gabriel Attal a besoin des autres pour mieux s’aimer : ne lui donnent-ils pas sans cesse la preuve dont il a besoin ?

Paul de Saint Sernin, un nouveau spécimen d’humoriste

0
Paul de Saint Sernin, Léa Salame et Laurent Luyat, conférence de presse de France télévisions pour les JO, Paris, 11 juin 2024 © JP PARIENTE/SIPA

Didier Desrimais se penche sur cet intéressant cas


Paul de Saint Sernin est un humoriste officiant sur France 2. Comme beaucoup de ses compères du service public, il n’est pas drôle. Son but n’est d’ailleurs pas de faire rire mais de ricaner et de faire ricaner – dans ce cas, rien de mieux que l’entre-soi d’une émission de la télévision publique animée par une dame patronnesse de la bonne gauche culturelle ayant pour invités des sportifs qui ont fait barrage contre qui vous savez. 

À l’antenne chaque soir pendant les JO et la canicule, il fait le plus souvent le choix de la facilité

Dans l’émission “Quels Jeux !” du 27 juillet animée par Léa Salamé, Paul de Saint Sernin s’est attaqué à Marion Maréchal devant une Marie-José Perec resplendissante de bêtise et des rugbymen de l’équipe de France de rugby à VII conformes à l’idée qu’on peut se faire de certains sportifs dès qu’ils sortent de leur domaine de compétence et se prennent pour des redresseurs de conscience politique. Photo à l’appui, l’humoriste a donc imaginé Marion Maréchal devant son écran, le soir de la retransmission de la cérémonie d’ouverture des JO : au fur et à mesure que défilent les vidéos montrant « deux Arabes » (Jamel Debbouze et Zinedine Zidane), des drag-queens se balançant sur des perches ou les « deux Noirs » (Marie-José Pérec et Teddy Riner) allumant la vasque olympique, le visage de Marion Maréchal est déformé, la jolie coquetterie dans l’œil devient un affreux strabisme, du sang coule de son nez. « J’ai des images exclusives de Marion Maréchal après la cérémonie », avertit alors le boute-en-train : un cercueil bringuebalé sur les épaules de danseurs noirs remplit l’écran. Antoine Dupont ricane. Léa Salamé est aux anges. Le public applaudit mécaniquement. Le comique se bave dessus de contentement. Fin du gag pourri. 

A lire aussi, Ivan Rioufol: Comment une poignée d’idéologues a fait main basse sur la cérémonie des JO

Gag pourri reposant d’ailleurs sur un présupposé erroné : Marion Maréchal serait raciste et n’aurait pas apprécié cette cérémonie parce qu’il y avait des « Arabes » et des « Noirs ».  Or, contrairement au bouffon télévisuel visiblement influencé par l’idéologie racialiste et décolonialiste, à aucun moment l’eurodéputée n’a fait allusion à l’origine ou à la couleur de peau des artistes ou sportifs français ayant participé à cette calamité qu’elle juge surtout être « une propagande woke grossière ». Elle précise sur X : « Difficile d’apprécier les rares tableaux réussis entre Marie-Antoinette décapitée, le trouple qui s’embrasse, des drag-queens, l’humiliation de la Garde républicaine obligée de danser sur du Aya Nakamura, la laideur générale des costumes et des chorégraphies. » De nombreuses personnalités ont partagé cet avis ; se moquer d’elles aurait demandé un réel talent comique et un peu de travail – Saint Sernin a préféré la facilité en ciblant Marion Maréchal, laquelle bénéficie d’un traitement de faveur, appelons ça comme ça, sur l’audiovisuel public. Ceci étant dit, imaginons un instant ce qui se serait passé si, sur n’importe quel autre sujet, le même genre de saynète – mais avec, par exemple, les portraits violemment déformés de Marine Tondelier, Sandrine Rousseau ou Danièle Obono, et un texte aussi fielleux et haineux sur ces dames que celui du trublion de France 2 sur Marion Maréchal – avait été diffusé sur CNews ou C8. Pas besoin de faire un dessin ! Les féministes gauchisantes les plus en vue auraient demandé à la Justice, à l’Arcom, au Conseil d’État de s’en mêler et auraient vraisemblablement obtenu gain de cause. Notons au passage que ces mêmes féministes n’ont pas cru bon de relever la présence inopportune et envahissante de JoeyStarr lors de l’entretien en duplex de la judokate Clarisse Agbegnenou par Léa Salamé – le rappeur a pourtant une solide réputation en matière d’agressions sur les femmes, en plus de quelques autres faits violents sur des inconnus ou des animaux. Mais la gauche « anti-bourgeoise » et rebellocrate a toujours été fascinée par les voyous.  

Quotidien, matinale d’Inter, talk-shows de Léa Salamé : partout, la même fausse irrévérence

Paul de Saint Sernin n’est pas un voyou. Ni un humoriste. Mais il s’imagine être drôle et subversif parce qu’il dézingue Marion Maréchal devant un parterre de castors. Pourtant, j’aime trop la liberté d’expression pour me joindre à ceux qui, trouvant « nullissime » ou « consternant » ce triste sire, réclament son renvoi. Je regrette bien sûr que ce fantoche soit rémunéré avec une partie de mes impôts. Je me console en me disant que c’est le prix à payer pour voir jusqu’où sont capables d’aller patauger certains amuseurs publics. Charline Vanhoenacker nous en avait déjà donné une petite idée ; elle va d’ailleurs continuer à barboter sur la radio publique – la direction de France Inter, pas rancunière, a en effet renouvelé son contrat pour la rentrée. Paul de Saint Sernin semble très prometteur. Je devine un plongeur de compétition, capable d’aller remuer la crasse dans des profondeurs de caniveau encore inconnues et d’en extirper quelques idées charognardes pouvant servir de prétextes à des sketchs fastidieux, médiocres et insipides. En plus de France 2, cet athlète du rire faisandé a déjà fait quelques piges sur France Inter. Bref, il fait partie de la grande famille des comiques subventionnés. Dès que j’aurai un peu de temps, je me consacrerai d’ailleurs à l’étude de cette caste – un travail ethnologique s’impose : j’étudierai par conséquent ses mœurs médiatiques, ses coutumes tribales, ses croyances, son influence sur les milieux culturels et politiques, et même son rôle dans l’amélioration du jeu théâtral de Léa Salamé, en particulier lorsqu’elle fait semblant d’être offusquée par certains propos scabreux ou carrément dégueulasses. 

A lire aussi, Elisabeth Lévy: France Télévisions, l’ami progressiste

Je prévois d’ores et déjà d’extraire de ce fastidieux travail des généralités concernant son incapacité à faire rire de bon cœur, sa tendance à militer grossièrement à gauche et à prendre systématiquement les gens de droite pour des abrutis ou des fachos, sa connivence avec la presse bien-pensante, sa prétention à donner des leçons à la terre entière, son allégeance aux idéologies à la mode, son conformisme rebellocratique, etc. Relisant ces lignes, je m’aperçois que le travail est déjà à moitié fait. Que dire de plus ? Sinon que derrière cet humour préfabriqué, c’est bien un esprit de sérieux – le pire, celui qui relève du dogme établi – qui anime cette caste à genoux devant le pouvoir, quel qu’il soit. Saint Sernin sait ce qu’il fait lorsqu’il éreinte Marion Maréchal de la manière la plus avilissante qui soit – la mine réjouie de Léa Salamé, le sourire imbécile de Marie-José Perec, les ricanements des invités sur le plateau lui ont montré qu’il était sur la bonne voie si son ambition est de perdurer dans les médias publics, au service de la rebellocratie institutionnelle. 

Les Gobeurs ne se reposent jamais

Price: ---

0 used & new available from

One, two, three, viva l’hyperandrogénie!

0
© John Locher/AP/SIPA

Deux pains dans la tronche et puis s’en va… Aux Jeux olympiques, la boxeuse italienne Angela Carini a abandonné face à l’Algérienne Imane Khelif au bout de 46 secondes.


Pour l’instant, l’ambiance de bacchanales s’était limitée à la cérémonie d’ouverture. Dionysos bleu et femmes à barbe ont fait de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques parisiens un carnaval dont il a été dit mille choses. Une autre menace pesait sur le rendez-vous sportif : la qualification d’athlètes transgenres dans les compétitions sportives. Ce jeudi 1er août, la performance de la boxeuse algérienne Imane Khelif face à l’Italienne Angela Carini, pose question.

Une bonne paire de claques dans la gueule

C’est un risque et une dérive contre lesquels Julien Odoul, député RN de l’Yonne, nous avait mis en garde il y a un an : l’apparition de transgenres dans les épreuves olympiques. « En favorisant l’inclusion des athlètes transgenres, on accepte de facto l’exclusion des athlètes féminines. C’est injuste et révoltant ! », avait-il rappelé. Pour l’instant, aucune épreuve olympique n’avait semblé entachée de doute. Et puis il y a eu ce combat de boxe. Angela Carini, casque bleu sur le crâne, contre Imane Khelif, avec ses grands bras musclés. La joute ne restera pas comme un monument d’indécision sportive. Sonnée par un marron sévère, l’athlète italienne a dû abandonner la partie au bout de quarante-six secondes. Écœurée, elle répète « Non è giusto. Non è giusto! » (ce n’est pas juste) et tombe en larmes.

Sans contrefaçon je suis un garçon

Mais d’où sort son adversaire du jour ? En mars 2023, Imane Khelif avait été disqualifiée des mondiaux de boxe amateure organisés à New Delhi, pour « non-respect des critères d’éligibilité ». Tout en se refusant à violer le secret médical, la Fédération internationale de boxe avait détecté chez l’athlète un taux de testostérone anormalement élevé. La jolie notion d’ « hyperandrogénie » avait été employée. En mettant les pieds dans le plat, l’athlète serait née avec des chromosomes XY, information confirmée à l’époque par le président de la Fédération internationale, Umar Kremlev. L’athlète avait dénoncé un complot : « Des gens ont conspiré contre l’Algérie pour que notre drapeau ne soit pas hissé et pour que la médaille d’or ne lui revienne pas ».

Le CIO semble disposer de critères bien moins stricts. Dès la naissance de la polémique, il est d’ailleurs monté au créneau pour défendre la sportive : « Toute personne a le droit de pratiquer un sport sans discrimination, a expliqué le CIO dans son communiqué. Tous les athlètes participant au tournoi de boxe des Jeux de Paris respectent les règles d’éligibilité et d’inscription à la compétition, ainsi que toutes les règles médicales applicables établies par l’Unité de Boxe Paris 2024. Comme pour les compétitions de boxe olympiques précédentes, le sexe et l’âge des athlètes sont basés sur leur passeport ». 

Le monde à l’envers

On se demande si le CIO, en cédant aux caprices des idéologies à la mode, ne scie pas la branche sur lequel il est assis. Si la tendance se généralisait, quel intérêt auront les téléspectateurs à s’assoir devant les épreuves féminines, quel intérêt les chaînes auront à acheter les droits de diffusion ? 

De toute façon, depuis la cérémonie d’ouverture controversée, tout est renversé, c’est le monde à l’envers. Au village olympique, la délégation britannique, qui se plaignait de la nourriture servie, a même engagé son propre cuisinier !

L’ostracisation du RN met notre démocratie sous cloche

0
Marine Le Pen et Jordan Bardella photographiés à Paris, mars 2023 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Alors que Marine Le Pen profitait depuis deux ans d’une dynamique favorable, le RN n’est pas parvenu à obtenir une majorité à l’Assemblée nationale. Les partis dits de gouvernement ont d’abord fait alliance ou barrage contre lui, puis ils ont organisé sa non-représentation au niveau des postes clés de l’Assemblée nationale… Sonnés par cette récente déconvenue électorale, Jordan Bardella et Marine Le Pen savent que la parole du peuple a été bafouée, que la démocratie n’a pas vraiment été respectée, pour des raisons relevant de la “morale” voire des années 30, mais ils estiment que “pour gagner, il [leur] faut être irréprochables”. M. Bardella doit ainsi opérer un “travail de fond” sur le mouvement et “entamer un processus de déconcentration”1. Analyse.


La séquence politique que nous traversons n’en finit plus de surprendre et de nous enfoncer vers les ténèbres de l’inversion des valeurs, des accusations et de la morale… Celui qui agresse est sanctifié, celui qui se défend ou qui tente de faire valoir ses droits est marqué du sceau de l’infamie, comme en témoigne la récente intervention de Sandrine Rousseau (Ecologistes) à l’attention de François-Xavier Bellamy (LR), mettant en garde contre le harcèlement que subirait… Rima Hassan (LFI), alors que c’est bien cette dernière qui menace le premier qui porte logiquement plainte. Espérons que la justice aura cette logique et ne tombera pas dans le marasme actuel, où ceux qui hurlent et intimident ont raison face à ceux qui dérangent autant par leur bonne tenue que par leurs idées. Car le nœud du problème est bien là ! 

Normalisation jamais achevée

Comment pouvait-on exclure du débat public les politiques, qui par leur respect des institutions et leur constance dans leur posture démocratique, avaient prouvé depuis plusieurs années qu’ils n’étaient pas la bête immonde annonciatrice du désastre à venir si nous leur donnions les clés du pays ? Les élections législatives ont été commentées par de nombreuses personnes et je n’aurai pas la prétention d’avoir de nouvelles analyses meilleures que les précédentes. En revanche, ce qui m’interpelle et me désole pour notre avenir, tant au niveau sociétal que politique, est que les partis dits de gouvernement ont cadenassé le discours et se sont enfermés de fait dans une position qu’ils ne peuvent plus quitter sans pertes et fracas. 

Ainsi, en plaçant la morale au-dessus du fait politique et de la recherche du bien commun, ils se sont tous, des Socialistes aux Républicains, plongés dans une logique de l’inversion qui jusque-là était l’apanage de l’extrême gauche. Là, adoubée dans sa posture incroyablement provocatrice, faite de violences verbales, d’accusations en tout genre et de retournement de la charge, cette gauche jusqu’au-boutiste se voit privilégiée face à l’autre extrémité de l’échiquier politique qui n’a pourtant plus d’extrême que sa place dans l’hémicycle du Palais Bourbon. 

Le peuple a voté et une nouvelle fois, de façon claire et davantage que les précédentes, a décidé de mettre en avant la droite nationale, en tête tant aux élections européennes qu’au premier tour des législatives, cela malgré l’alliance plus qu’improbable de toute la gauche. Des outrances passées à l’Assemblée nationale aux positions scandaleuses sur le conflit entre Israël et le Hamas, rien ne sera retenu contre cette gauche extrême qui préfère l’invective au débat d’idées et sème le trouble en France en accusant le camp d’en face de se défendre et de mettre la pagaille. La bordélisation de la société dans son ensemble est à l’œuvre, et comme cela arrange la majorité sortante, toute la classe politique s’en accommode à l’exception du Rassemblement national.

A lire aussi, Philippe Guibert: «Nous ne sommes pas dans les années 1930»

L’opposition est saine dans notre société ; cela montre une maturité à débattre et à décider ensemble pour l’avenir de notre pays et de notre rapport au monde. Mais cette opposition qui doit s’effectuer sur le terrain des idées a dérivé sur des postures morales, voire moralisatrices, interdisant tout débat s’il n’entre pas dans le champ des possibilités retenues par cette bien-pensance. Aussi, quand nous ajoutons les dérives moralisatrices aux débordements déjà mentionnés, nous ne pouvons plus discuter de notre avenir sans commencer par montrer patte blanche afin d’avoir le droit à la parole. Voilà le vrai problème et l’impasse montée de toutes pièces par notre classe politique, davantage attachée aux postures et aux postes d’élus qu’à l’avenir de notre pays et au discours sur le bien commun. 

Postures

Nous devons absolument retrouver notre capacité à discuter des sujets qui nous concernent tous, à débattre des idées et à décider ensuite des solutions à envisager, loin de toute posture morale et de tout positionnement qui empêchent le traitement des vrais problèmes.

Ceci pour deux raisons essentielles qui se réfèrent à notre État de droit et à notre exercice de la démocratie. Car quand le droit est convoqué, on nous répond très logiquement que ce qui est légal n’est pas forcément moral et que la morale dépend de chacun, alors que nous sommes très attachés à notre égalité devant la justice qui n’a pas à s’en mêler. Si nous jugeons notre exercice de la démocratie de façon morale, alors nous ne sommes plus égaux devant ce droit fondamental qui est de faire porter sa voix avec la même valeur que celle de ceux qui nous entourent. Ainsi, placer le débat politique sur les postures morales voire moralisatrices, accusant les gens qui penseraient différemment d’être de méchants citoyens incapables de comprendre l’évidence, donc idiots en plus d’être méchants, est non seulement contraire à l’esprit de nos lois, mais est (volontairement ?) un appel à les transgresser. Car si les citoyens qui s’expriment légalement dans une élection démocratique pour des partis qui sont légaux, en votant pour des personnalités politiques qui ont déjà démontré leur capacité et leur volonté de respecter les institutions et les décisions prises par la majorité, si ces citoyens sont ostracisés et sommés de se taire, il est évident que les souffrances générées par cette mise à l’écart de la société ne resteront pas silencieuses. Comment peut-on expliquer la veille qu’il faut aller voter, que c’est un droit et même un devoir… et le lendemain placer plus de dix millions de personnes dans les oubliettes des urnes ? Le peuple français est un gentil peuple, il acceptera la sentence et partira en vacances sans rien dire… 

Prenons garde tout de même au réveil douloureux et à la force que confèrent les sentiments d’injustice et d’impuissance trop longtemps intériorisés qui pourraient ressortir de façon explosive. 

La responsabilité de la situation politique bloquée du pays est à porter au crédit (devrais-je dire au discrédit) de la classe politique de gouvernement. Les Français ont mal voté… Nous avons assisté à une confiscation du débat pour cause de « mal pensance » d’un tiers des électeurs auxquels rien ne sera épargné, ni les accusations en fascisme, ni la honte d’être soi-disant contre l’Autre, ni le bannissement de nombreux endroits si ces électeurs venaient à divulguer leur vote. C’est l’exact contraire de la démocratie. 

Discutons des idées, définissons les mots, à commencer par « extrême droite » et fasciste, puis interdisons les partis qui seraient antidémocratiques afin que tous les électeurs puissent s’exprimer dans le respect de notre État de droit, c’est-à-dire avec une voix qui a autant de valeur que celle du voisin. Mais de grâce, qu’on ne nous explique plus qu’il y a des sous-électeurs, que leur parole est malsaine et qu’elle ne doit donc pas compter ! On a organisé l’invisibilité de ces voix, et ensuite, bien sûr, on voudrait que tout se passe bien dans notre beau vivre-ensemble… Attention : s’il y a des sous électeurs qui votent massivement pour des sous députés, il faudra ouvrir les yeux et s’apercevoir que nous sommes devenus une sous-démocratie !


  1. https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/politique/marine-le-pen-pour-gagner-il-nous-faut-etre-irreprochables ↩︎

«Nous ne sommes pas dans les années 1930»

0
Le leader de LFI Jean-Luc Mélenchon, Paris, 7 juillet 2024 © J.E.E/SIPA

Pour l’ex-directeur du service d’information du gouvernement sous François Hollande, le PS commet une erreur gravissime en se laissant dominer par LFI. « Une rupture dans l’histoire de la gauche depuis l’affaire Dreyfus », selon lui.


Causeur. Au fond, quel est le sens de cette dissolution ? Et en a-t-elle seulement un ? La quasi-unanimité de la classe dirigeante l’a qualifiée d’insensée…

Philippe Guibert. Il est très révélateur que ce retour devant le peuple ait été jugé « insensé ». Cette réaction montre combien notre classe dirigeante s’était accoutumée à l’idée d’un système qui permet de gouverner sinon sans le peuple, du moins avec un peuple contraint. Avant même l’arrivée d’Emmanuel Macron en 2017, le quinquennat et le calendrier électoral aidant, il n’était plus nécessaire de rassembler deux Français sur trois, comme disait Giscard en son temps, pour exercer le pouvoir. Il suffisait de réunir entre 25 % et 30 % des voix au premier tour, d’obtenir une majorité de rejet au second et, les Français déjugeant rarement le président qu’ils viennent d’élire, celui-ci obtenait une majorité absolue ou relative au Parlement.

Ce mécanisme que vous décrivez est en tous points conforme à la Constitution. Pourquoi s’en offusquer ?

Cette gouvernance minoritaire est certes parfaitement légale, mais elle fragilise profondément notre démocratie et son chef, et au fond la légitimité du pouvoir. Jusque-là, les présidents jugeaient qu’ils pouvaient mener la politique qu’ils souhaitaient sans avoir besoin de retourner devant le peuple entre deux scrutins présidentiels. Mais Emmanuel Macron a constaté avec les européennes que ça ne marchait plus, que le budget 2025 était impossible à présenter sans se faire censurer à l’Assemblée, ou faire descendre les Français dans la rue. Le  système était au bout du rouleau.

Vous qui venez de la gauche, du PS en particulier, comment avez-vous réagi à la formation en trois jours du Nouveau Front populaire, cette Nupes 2 ? 

Avec un profond malaise, et même un sentiment de colère. Je n’ignore rien des tractations politiques, des nécessités de sauver des sièges, de la tambouille politique et électorale. Mais il est impossible de cacher sous le tapis ce qui s’est passé depuis deux ans avec LFI ! Sans parler du NPA… Il y a là une rupture dans ce qui a été la gauche depuis l’affaire Dreyfus. C’était sous-jacent avant le 7 octobre, c’est patent depuis le 7 octobre. Cette union de la gauche, après la Nupes, s’est faite sous emprise idéologique de la gauche la plus radicale. C’est la première fois dans l’histoire des unions de la gauche.

Ne peut-on pas entendre ceux qui disent qu’il faut parfois accepter de s’allier avec Staline pour contrer Hitler ?

Ressusciter la mythologie antifasciste face au RN est à mon avis une erreur d’analyse : nous ne sommes pas dans les années 1930 ! Les mouvements dits d’extrême droite ne sont pas fascistes, ils sont populistes, au sein de démocraties qui ont multiplié les contre-pouvoirs ! Ce sont des mouvements souvent identitaires, dont le moteur est le rejet de l’immigration, et qui puisent leurs électorats d’abord dans le socle sociologique de la gauche de jadis : les classes populaires. Cela aurait dû susciter depuis longtemps une réflexion de la part de la gauche. Il n’en a rien été. Qui s’intéressera aux électeurs lepénistes pour les faire revenir vers une gauche républicaine ? C’est là la clef, mais ce sera un travail de très longue haleine…

Philippe Guibert, Gulliver enchaîné : le déclin du chef politique en France, Le Cerf, 2024.

Gulliver enchaîné: Le déclin du chef politique en France

Price: ---

0 used & new available from

Chapeau Léon l’empereur !

0
Léon Marchand, démi finale 200 m papillon, Nanterre, 31 juillet 2024 Ashley Landis/AP/SIPA

Toute la presse nationale du jour est dithyrambique au sujet des records de notre nageur Léon Marchand. Même Causeur s’y colle, alors…


Impérial, en effet, ce gamin qui, tel Lucky Luke Colt au poing, nage plus vite que son ombre. La France n’attendait que cela, un événement transcendant, le truc qui fait qu’on passe soudain de l’événement à l’épopée. Dans ce registre, nous ne pouvions espérer mieux que ce qui se produit sous nos yeux ces heures-ci. Sortis des eaux, à la manière d’une divinité antique, voilà que naissent une légende, un héros, une icône qu’on peut acclamer, admirer, aduler sans partage, sans calcul, avec une joie saine, pure, intègre, une joie d’enfant. Je persiste, la France avait grand besoin de cela. Elle était en manque d’admiration. Je veux dire d’objet ou de sujet digne d’admiration. Elle l’a. 

Elle l’a avec ce garçon, Léon Marchand, impérial comme je l’ai dit, souriant, sympathique, sobre dans le triomphe, simple dans sa gloire. Tout s’est arrêté pour le suivre. Les autres épreuves ici ou là ont suspendu leur vol, un match de foot amical a été interrompu. Encore une fois, on est bien au-delà de l’événement proprement dit. Il s’agit du bonheur. Du bonheur dans son acception la plus exceptionnelle : le bonheur national. Dès lors, quoi qu’il advienne au tableau des victoires, des médailles, des échecs, ces Jeux auront été un moment privilégié dans notre France du moment. 

Ils ont leur empereur, disais-je. Ils ont aussi leur reine. Paris et ses beautés, ses monuments admirables. Son patrimoine exceptionnel exposé, offert à la terre entière qui s’en émerveille si l’on se réfère à la presse étrangère. Ce patrimoine rare, unique, peut-être bien sauvé grâce à cela, grâce aux Jeux, de la furie déconstructrice de certains. Je veux y croire… Il faudrait citer tous les sites. L’escrime au Grand Palais devient un peu plus que de l’escrime, comme si cet art de grâce avait trouvé enfin le seul lieu vraiment digne de lui. L’équitation sur fond du sublime Versailles nous est donnée en majesté. Et les courses, à vélo, à pied, à la nage, dans les rues, sur les places, dans le fleuve… Car même la Seine, capricieuse jusqu’à la dernière minute ainsi que le sont volontiers les altesses et les stars, a bien voulu jouer le jeu. 

De surcroît, je n’oublierai pas un autre roi. Le roi Nadal, qui s’en va certes, mais sans rien perdre de sa couronne. Au contraire. Jusqu’au bout il aura honoré de sa présence la terre ocre de Roland Garros. Il y est né voilà longtemps déjà. Il y a grandi. Il la quitte à présent, géant devenu. Grandissime à jamais.

Cela dit, tous ces sportifs, ces athlètes du monde entier sont à féliciter, à remercier. Ils nous réveillent de l’apathie qui nous gagnait, qui nous grignotait peu à peu. Ils nous invitent, mine de rien, à bouger. À se remuer. Ils nous rappellent que, comme disait en son temps Léonard de Vinci, tout est mouvement, la vie est mouvement. Or, comment prouve-t-on le mouvement de manière irréfutable ? Bien évidemment, en marchant. N’est-ce-pas Léon ?

Prestige de l’Iran, Jeux et lendemains qui déchantent

0
Paris, 26 juillet 2024 © Kirsty Wigglesworth/AP/SIPA

L’envoi d’une roquette qui a tué douze enfants dans le village druze de Majdal Shams, a été suivi de l’élimination du chef militaire du Hezbollah à Beyrouth. Hier matin, nous avons appris qu’à Téhéran un missile d’une extraordinaire précision avait entrainé la mort d’Ismail Haniyeh dans l’appartement secret que lui avaient aménagé les dirigeants iraniens. 

Mort d’un tyran

Haniyeh, outrageusement présenté par certains comme un dirigeant modéré, avait pu, avant de mourir, faire son plein de chants de mort contre Israël au cours de la cérémonie d’inauguration du nouveau président iranien. On ne peut pas imaginer de coup plus cinglant porté au prestige de l’Iran. 

Alors, c’est par un athlète iranien qui n’y participe pas que je vais entamer cette chronique sur la cérémonie d’inauguration des Jeux Olympiques. L’haltérophile Mostafa Rajaei aurait été un des favoris dans sa catégorie, mais il a commis l’an dernier un crime irréparable aux Championnats du Monde en Pologne : il a serré la main d’un concurrent israélien. De ce fait, il a été banni à vie de son pays. Cela n’empêche pas l’Iran, qui a signé une charte olympique interdisant d’utiliser les athlètes à des fins de propagande, de participer aux Jeux de Paris et de prétendre, évidemment, que la présence israélienne violerait cette charte. 

Je faisais partie des innombrables sceptiques sur ces Jeux et je reconnais avec plaisir que leur organisation est jusqu’à maintenant parfaite.
J’ai été globalement émerveillé par la cérémonie d’ouverture, son originalité, sa qualité visuelle, le professionnalisme des artistes et la minutie de la mise en scène que la pluie a finalement magnifiée, donnant des rives de la Seine une image de rêve.
Le spectacle mêlait le mystère à la parodie, transformait le kitch en grand art et la dérision élaguait du passé ses branches trop… compassées. 

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Meurice me va comme un gland!

Beaucoup de sous-entendus du spectacle m’ont échappé, car leurs références n’étaient pas les miennes, comme celles des mangas ou de Assassin’s creed. Je ne comprenais rien aux paroles de Aya Nakamura (j’ai lu leur traduction en français depuis) mais la voir se trémousser avec les Gardes républicains devant l’Académie française, temple du langage officiel, m’a paru un clin d’œil joyeusement burlesque. 

En revanche, devant Marie-Antoinette portant sa tête coupée, j’ai pensé, référence discutable, mais qu’importe, à Saint Denis, qui avait, dit la légende porté sa tête jusqu’au lieu qui prit son nom et qui devint la nécropole des Rois de France avant de devenir un des foyers d’une nouvelle France qui se moque éperdument de ce passé… 

Beaucoup de gens ont protesté contre la caricature de la Cène, le tableau de Leonard de Vinci

Patrick Boucheron, le correspondant historique de Thomas Jolly, enseigne que l’histoire n’est pas rigide et que les sens des événements sont multiples. On peut appliquer cette phrase à tous les épisodes de la cérémonie d’inauguration et notamment à l’épisode dit « Festivité » dont on a dit que c’était la caricature de la Cène de Leonard de Vinci, et par là une attaque directe du christianisme.

Je ne crois pas trop ceux qui prétendent que la seule référence était un tableau à Dijon de van Bijlert, un peintre caravagesque du XVIIe siècle. Ce dernier avait lui aussi certainement pensé à la Cène de Leonard en composant son tableau. Il voulait provoquer le public catholique de sa ville d’Utrecht, mais pas trop et de façon acceptable en son temps, en peignant une bacchanale, avec la structure de la Cène. Pour la petite histoire, c’est à Rome, la ville des Papes, en pleine Contre-Réforme, que van Bijlert avait appris à détourner la représentation des épisodes du christianisme de leur description canonique.
Le spectacle de Dionysos presque nu en face des drag queens ne montre en réalité ni table, ni convives, mais la disposition des personnages immobiles évoque immanquablement la Cène de Leonard. C’est là une façon de montrer que nous réagissons suivant nos références culturelles, mais que celles-ci ne sont pas forcément pertinentes. 

A lire aussi, Aurélien Marq: Blasphème!

En tout cas, le spectacle a entrainé un communiqué de la conférence des évêques de France, une censure dans de nombreux pays, une protestation de Jean-Luc Mélenchon et des excuses du Comité d’organisation, sans compter les critiques nombreuses à droite, ainsi que les invectives des poutiniens de toute obédience. 
Sans compter non plus les menaces à l’égard de la femme qui avait pris la soi-disant place du Christ, et qui se trouve être juive, militante lesbienne et anti-grossophobe, ce dernier combat étant le plus difficile dans la société telle qu’elle est aujourd’hui.
Je n’ai pas aimé cette partie du spectacle, mais je ne parviens pas à en être vraiment choqué. Pasolini en a fait d’autres et l’exigence d’une laïcité qui préserve la liberté s’impose en France, pays de Rabelais et de la loi de 1905. 
Mais ce n’est pas par hasard que Mélenchon et l’institut al-Azhar se retrouvent sur la même longueur d’onde : c’est que derrière une satire – éventuelle – de Jésus, ils voient venir la satire de Mahomet. Les évêques français, eux, constatent qu’il est dans le vent de se moquer des chrétiens, alors que, bien qu’ils ne le disent pas explicitement, la peur impose le silence s’agissant de l’islam. Le spectacle est ambigu, mais ce n’est qu’un spectacle.

Le message de la cérémonie d’inauguration est assumé. Patrick Boucheron l’a explicité. C’est une France de la diversité, de l’inclusivité comme on dit aujourd’hui, que les réalisateurs ont voulu promouvoir. En un sens ces Jeux se présenteraient comme l’absolu inverse des Jeux de Berlin, glorification de la race germanique. 

Conformisme intolérant

C’est sur le papier un magnifique projet, mais il ne faut pas esquiver ses faiblesses. Trop de liberté peut tuer la liberté, l’ode à la diversité a souvent évolué vers le conformisme le plus intolérant. 

A lire aussi, Philippe Bilger: Que sait Patrick Boucheron de nos peurs?

La France d’aujourd’hui est diverse, chacun le sait et on se prend à être surpris que la vedette du rugby à VII porte le nom très bizarre de… Antoine Dupont. Alors existe-t-il quelque chose d’un peu intemporel, ou du moins poli par le temps, qu’on peut appeler la culture française ? Non, répondait Emmanuel Macron au début de son premier mandat, il n’y a pas de culture française, il y a des cultures en France.
Cette vision d’un pays supermarché sans épaisseur historique n’est certainement pas celle des auteurs de la cérémonie d’ouverture dont l’un enseigne l’histoire au Collège de France et un autre a travaillé sur le théâtre de Shakespeare et de l’Antiquité. Mais la connaissance de l’histoire s’est effondrée dans la jeunesse d’aujourd’hui.

J’ai aimé le spectacle de l’inauguration car dans toutes les dérives, clins d’œil et travestissements, je pouvais me remémorer l’histoire de notre pays et replacer au rang d’un humour rafraichissant les libertés prises avec les faits. 
Qu’en est-il pour des générations qui vivent dans un hyperprésent où la connaissance du passé parait un fardeau inutile? Les penseurs postmodernes ont détricoté les a priori cachés de la fabrication de l’histoire, mais on a jeté le bébé avec l’eau du bain. Tout désormais se vaut et ce qui aurait dû stimuler la critique a engendré l’hyperméfiance. Cela s’appelle le woke et le spectacle l’assume. Or, s’il n’y a pas de limite à la destruction des codes, se méfier de tout conduit à s’enticher du pire.
Heureusement, la déconstruction n’a pas empêché le public de vibrer dans la joie, tout ambiguë qu’elle soit à l’analyse psychologique, de la communion sportive, ni de s’unir dans des moments de grâce tels l’allumage de la flamme olympique et le chant de Céline Dion. 
Ce fut une magnifique cérémonie, mais je ne crois pas que le monde dont elle nous préconise l’émergence ne soit que celui des lendemains qui chantent…

Élimination d’Ismaël Haniyeh: pas de trêve olympique au Proche-Orient

0
Le dirigeant du Hamas, Ismail Haniyeh, tient un enfant lors d'un rassemblement de protestation contre la publication de caricatures dans des journaux européens représentant le prophète Mahomet, dans le nord de Gaza, le vendredi 3 février 2006 © AP Photo / Hatem Moussa /MIDEAST_ISRAEL_PALESTINIANS_/0602031922

Alors que le leader du Hamas a été tué mercredi à Téhéran, l’Iran et ses alliés préparent leur riposte contre Israël. Les funérailles du chef du mouvement islamiste palestinien seront présidées par l’ayatollah Ali Khamenei en Iran aujourd’hui.


Un article de Fabrice Balanche paru originellement sur son site.

En moins d’une journée, Israël a abattu deux hauts responsables du Hezbollah et du Hamas. Alors que la situation est figée dans la bande de Gaza, Israël poursuit ses manœuvres pour détruire les capacités d’action de ses adversaires.

Après Fouad Chokr, responsable des opérations armée du Hezbollah, tué le 30 juillet 2024, c’est donc Ismaël Haniyeh, le chef du Hamas à l’étranger, qui a été éliminé, le 31 juillet 2024, par Israël. Le premier a été tué à Beyrouth, dans la banlieue sud chiite. Le second se trouvait à Téhéran pour assister à la prise de fonction du nouveau président iranien. Nous sommes actuellement à un moment charnière où tout peut basculer au Moyen-Orient. Car l’Iran et le Hezbollah ne peuvent rester sans réagir. Le Hamas lui aussi a promis des représailles, mais sa capacité de nuisance est réduite.

Du côté occidental, il semble qu’Israël ait obtenu des garanties de la part des États-Unis. Le bombardement par l’aviation américaine d’une base des milices pro-iraniennes au sud de Bagdad indique que Washington est solidaire d’Israël, dans l’assassinat de Fouad Chokr tout du moins.

Six hommes à abattre

En octobre 2023, le journal israélien Yedioth Ahronoth annonçait que six personnalités du Hamas étaient dans le collimateur de l’État hébreu en tant que responsables du massacre du 7 octobre. Trois d’entre eux ont déjà été tués : Ismaël Haniyeh, le chef du Bureau politique, installé à Doha, Saleh Al-Arouri, numéro 2 du Hamas et en charge des activités de son organisation militaire en Cisjordanie, il était installé à Beyrouth, Marwan Issa, chef adjoint de la branche miliaire à Gaza. Les trois autres cibles sont Yahya Al-Sinwar, le dirigeant du Hamas à Gaza, Khaled Mechaal, responsable des activités à l’étranger, qui réside au Qatar, et enfin Muhammad Al-Deif, le chef de la branche militaire à Gaza. Israël a condamné à mort ces six terroristes et ils seront éliminés où qu’ils se trouvent et quelles que soient les conséquences. Cela rappelle la traque des organisateurs de l’attentat aux jeux olympique de Munich en 1972 qui coûta la vie à 11 athlètes israéliens.

Un soutien américain évident

La frappe contre le numéro 2 du Hezbollah, Fouad Chokr, intervient en représailles au missile sur Majdal al-Shams qui a causé la mort de 12 adolescents. Depuis le 7 octobre 2023, le nord d’Israël vit dans la peur des tirs de roquettes du Hezbollah et près de 100 000 civils ont été évacués de la bordure avec le Liban. Israël exige l’application de la résolution 1701 du conseil de sécurité de l’ONU, en 2006, qui demande le retrait du Hezbollah à 20 km au nord de la frontière israélienne, mais sans succès. Il semble donc que nous nous approchons d’une solution militaire pour restaurer la sécurité du territoire israélien. La diplomatie américaine a échoué à obtenir ce retrait et Joe Biden ne peut que soutenir l’action militaire israélienne en espérant éviter une guerre ouverte avec l’Iran.

L’élimination de Fouad Chokr intervient également au retour du voyage aux États-Unis de Benjamin Netanyahou. Ce dernier a forcément discuté avec le président américain de sa stratégie à l’égard du Liban et récolté des garanties de sa part. Il faut noter que quelques heures après la frappe israélienne dans la banlieue sud de Beyrouth, Washington bombardait une base des milices pro-iraniennes au sud de Bagdad, pour signifier à l’Iran leur solidarité avec l’État hébreu et tenter ainsi de neutraliser sa réaction. Cependant, Joe Biden était-il au courant de l’opération contre Ismaël Haniyeh à Téhéran ? Car elle est d’une tout autre ampleur que celle qui a visé le numéro 2 du Hezbollah au Liban.

Les conséquences de la double frappe israélienne

Tout d’abord sur le front de Gaza, il est clair que les négociations pour un cessez-le-feu et la libération des derniers otages israéliens sont interrompues. La capacité militaire du Hamas est très réduite désormais et Israël n’a guère à craindre de ce côté, en revanche il faut s’attendre à une escalade sur le front nord. La crédibilité de la République Islamique est gravement atteinte : un invité étranger tué sur son propre territoire à l’occasion de la prise de fonction du nouveau président iranien, c’est beaucoup plus sérieux que la frappe contre le consulat iranien à Damas en avril 2024. L’Iran avait alors envoyé une salve de missiles sur Israël, mais en faisant en sorte que cela ne cause pas de dégâts pour éviter une guerre totale. Le dôme de fer et les alliés occidentaux d’Israël avaient joué leur rôle protecteur.

Qu’en sera-t-il après la mort d’Ismaël Haniyeh ? A minima l’Iran va soutenir les représailles du Hezbollah contre Israël, ce qui va logiquement déclencher une offensive de Tsahal au Liban et des bombardements massifs sur les routes iraniennes en Syrie, par lesquelles provient l’armement de la milice chiite libanaise. Le Proche-Orient n’aura donc pas attendu la fin de la trêve olympique pour s’embraser de nouveau.

Source : Conflits

Les Leçons de la crise syrienne

Price: ---

0 used & new available from

Syrie Liban: Communautarisme et pouvoir

Price: ---

0 used & new available from

Comment une poignée d’idéologues a fait main basse sur la cérémonie des JO

0
La ministre des Sports et des Jeux olympiques Mme Oudéa Castera au "Club France" à Paris, après la cérémonie d'ouverture, 26 juillet 2024 © Gabrielle CEZARD/SIPA

Les Jeux Olympiques ont de tout temps été l’endroit idéal pour promouvoir des idéologies politiques, rappelle notre chroniqueur, qui lui non plus n’a pas aimé la cérémonie d’ouverture préparée par l’équipe infernale Jolly / Boucheron / Slimani / Bürki. De l’autre côté de l’échiquier politico-médiatique, sans surprise, Edwy Plenel salue un super spectacle célébrant « la France de l’émancipation ».


La France d’Emmanuel Macron n’est pas la mienne. Je ne l’ai pas non plus reconnue dans la cérémonie des JO, emplie de stéréotypes sexués et de flatteries à l’air du temps. J’ai vu, dans la mise en scène de Thomas Jolly, une opération politique pour valoriser la nouvelle France diversitaire promue par le chef de l’Etat. 80% des investissements publics ont d’ailleurs bénéficié à la Seine-Saint-Denis, selon Amélie Oudéa-Castera intérrogée sur Europe 1, lundi. Alors que l’article 50-02 de la charte olympique du CIO stipule : « Aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n’est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique », le pouvoir, désavoué depuis par les urnes, a choisi de passer outre cette interdiction en imposant d’autorité sa vision contestée d’une société post-nationale et post-française.

L’historien Patrick Boucheron, un des organisateurs de l’évènement, n’a rien caché de ses desseins consistant à « affirmer crânement, énergiquement que c’est comme ça qu’on va vivre ensemble (…) On a restauré, pour nous, intimement, une fierté pour ce pays. Pas pour son identité, mais pour son projet politique (…) ». De ce point de vue, un parallèle peut être fait entre Leni Riefenstahl, qui filma pour Hitler les JO de Berlin de 1936, et Jolly et ses amis qui ont scénarisé pour Macron les JO 2024. Dans les deux cas, on retrouve une même propagande au service de l’Homme nouveau (aryen ou métissé), une même obsession de la race, un même mépris du catholicisme, un même enthousiasme obligatoire. Ceux qui ont eu l’audace d’avouer n’avoir pas apprécié les génuflexions wokistes face aux minorités sexuelles ou raciales ont été traités d’ « extrême droite ». Ainsi font les nouveaux fascistes grimés en antifascistes.

La nouvelle France de Macron, multiculturelle, n’est pas non plus celle de nombreux compatriotes indigènes. Certes, un sondage a montré que 85% des téléspectateurs avaient estimé la cérémonie réussie. Je ne mésestime pas la technique subversive des déconstructeurs : leur savoir-faire peut amener à ce genre de plébiscite mou. « Quand on sait comment arnaquer les esprits, il n’est pas difficile de devenir le maître du monde », écrit le philosophe Bertrand Vergely1, qui ajoute : « Quand on sait comment rétablir la vérité et l’honnêteté, on devient un libérateur ». Je remarque d’ailleurs que le spectacle a également emballé Edwy Plenel qui a tweeté : « Superbe cérémonie qui a sublimé la France de l’émancipation, celle de l’égalité des droits sans distinction d’origine, de condition, d’apparence, de sexe, de genre. La France née en 1789. « Ah ! Ça ira, Ah ! Ça ira… » (…) ». Or Je doute que Plenel, symbole de l’islamo-gauchiste et du déracinement, se reconnaisse lui-même dans cette autre France méprisée, enracinée et périphérique, qui n’a jamais d’autre droit que celui de se taire. Je défends cette France au nom de l’injustice qui lui est faite.

Les organisateurs n’ont cessé de dire qu’ils voulaient faire un « anti-Puy-du Fou » en tournant le dos à la classe moyenne des oubliés, coupables de mal voter. Mais de quel droit une poignée de militants sans légitimité ont-ils détourné la vocation olympique de la cérémonie des Jeux, imitant en cela ce que furent les JO de Berlin de 36 ?

Le CIO a présenté ses excuses. Les squatteurs propagandistes plastronnent.


  1. Main basse sur la pensée, Salvator ↩︎

Sahara occidental: le soutien au plan marocain marque une réorientation stratégique française bienvenue

0
Le président Macron et le roi du Maroc discutent à Rabat, après l'inauguration d'une ligne de train à grande vitesse, 15 novembre 2018 © Christophe Archambault/AP/SIPA

En cet été 2024, en plein Jeux olympiques, assiste-t-on à la fin du « en même temps » présidentiel ? On peut le penser, et l’espérer, sur le plan intérieur au vu de l’impasse politique dans laquelle la dissolution voulue par Emmanuel Macron a conduit le pays. Ce retour à un peu de modestie et de lucidité trouvera-t-il son pendant en politique étrangère ? Ce serait également souhaitable compte tenu du nombre de dossiers diplomatiques (de l’OTAN à la Russie, en passant par la Chine, l’Afrique, le Liban, l’Algérie, etc.) sur lesquels la « pensée complexe » présidentielle s’est également égarée.

Le 30 juillet, Emmanuel Macron a reconnu le plan d’autonomie marocain comme « la seule base pour une solution politique juste et durable » pour le Sahara occidental, ainsi que la souveraineté du Maroc sur ce territoire. C’est un pas dans la bonne direction, un choix diplomatique conséquent. Cette décision marque une étape importante vers la réconciliation avec le royaume chérifien, en répondant aux principes fondamentaux d’une politique étrangère digne de ce nom : intérêts, vision et durée. Si elle irrite l’Algérie, qui a rappelé son ambassadeur, elle témoigne d’une réorientation stratégique française nécessaire à la lumière des évolutions régionales et internationales.

Depuis son élection en 2017, Emmanuel Macron avait fait ce qu’on peut appeler un « pari algérien », cherchant à réconcilier les deux pays et semblant penser qu’une telle démarche pourrait solder le passé douloureux et ouvrir un nouveau chapitre dans les relations franco-algériennes. Pour ce faire, il a multiplié les gestes de bonne volonté, en particulier sur le plan mémoriel. Il a poussé la repentance très loin, jusqu’à humilier son propre pays, notre pays. Alger n’a répondu à ces initiatives que par des critiques acerbes, des provocations, des exigences sans cesse renouvelées. Cet entêtement a conduit à un raidissement inédit des relations avec le Maroc, délaissé au profit de chimères avec l’Algérie. Ce pari infructueux semble désormais abandonné, Emmanuel Macron semblant juger plus fructueux le renforcement des liens avec Rabat.

Les présidents Macron et Tebboune au G7, Borgo Egnazia, Italie, 14 juin 2024 © Christopher Furlong/AP/SIPA

Reconnaître le plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental n’est pas seulement répondre à une revendication diplomatique ancienne. C’est un moyen habile de reconnaître publiquement le statut de puissance régionale acquis par le pays. En effet, le Maroc est le seul pays stable du Maghreb et des rives de l’immense région sahélo-saharienne. Cette stabilité politique et économique, acquise au fil des vingt-cinq dernières années, lui permet de jouer un rôle crucial dans une zone constamment traversée par des tensions politiques et sécuritaires. Tel n’est pas le cas de ses voisins puisque la Tunisie semble s’enfoncer dans une sorte de lente glaciation autoritaire, tandis que l’Algérie reste figée dans un immobilisme anachronique (s’apprêtant à réélire Abdelmajid Tebboune lors d’élections présidentielles sans surprise qui auront lieu le 9 septembre prochain).

Enfin, ce rapprochement avec le Maroc s’inscrit dans un contexte géopolitique global instable et dangereux. La résurgence des conflits entre États, les ambitions territoriales explicites et le retour de la guerre sur plusieurs fronts exigent que la France, et globalement les Occidentaux, révisent et consolident leur système d’alliances. La Russie, active en Ukraine, bien implantée en Méditerranée orientale et désormais clairement hostile à Israël (elle vient tout de même de qualifier « d’assassinat politique tout à fait inacceptable » la mort d’Ismaïl Haniyeh, chef politique du mouvement terroriste Hamas, à Téhéran !), constitue une menace directe pour la stabilité régionale. En parallèle, l’Algérie, par ses liens étroits avec Moscou et ses achats d’armements russes, renforce cette dynamique préoccupante. En effet, le contexte géopolitique global doit nous conduire à « voir ce que nous voyons » : les théâtres d’opérations de la contestation planétaire contre l’Occident ne sont pas isolés les uns des autres mais tous interconnectés. 

Dès lors, le rapprochement avec Rabat et le soutien français au plan marocain pour le Sahara occidental, après ceux de l’Espagne et de l’Allemagne ces deux dernières années, deviennent non seulement stratégiques mais impératifs. Il appartient maintenant aux deux nations de consolider cette alliance et de lui donner portée, pérennité et force.