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Blasphème!

L’épiscopat français a dénoncé une “outrance”! Lors de la cérémonie d’ouverture des JO, la DJ obèse entourée de drag-queens, Leslie Barbara Butch, représentait-elle Jésus, avec son auréole dorée ? La polémique fait rage depuis ce weekend. Thomas Jolly, le metteur en scène, déclare maintenant que son inspiration ne venait pas de la Cène biblique… mais de Dionysos, dieu de la fête et du vin. Quoi qu’il en soit, les chrétiens ont tort de se montrer outrés devant cette fausse transgression woke. Et voici pourquoi.


Il est parfaitement normal de se moquer du christianisme. C’est même banal, pour ne pas dire cliché, ennuyeux, insignifiant. Tout comme il est désormais banal de ne se moquer que du christianisme, mais ça, en revanche, ce n’est pas normal.

Lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques, le monde entier a reconnu une parodie de la Cène de Léonard de Vinci. Et ceux qui nous disent depuis « mais non, ha, ha, c’était le Festin des Dieux de Jan van Bijlert, les gueux et les fachos n’ont rien compris » illustrent à merveille l’un des traits les moins sympathiques de l’esprit français, la suffisance ricanante des petits marquis poudrés tournant un brave valet en ridicule – référence pour référence, je rappelle à ces beaux esprits que dans la tradition du théâtre français, c’est le valet qui finit par gagner.

Polémique sur l’œuvre parodiée

D’ailleurs, même des acteurs de cette scène ont dit avoir joué la Cène, y compris l’actrice principale, et l’un des co-auteurs de la cérémonie au moins semble partager leur avis. Alors très franchement, si vous organisez un spectacle mondial et que personne ne comprend vos références, pas même vos collègues et vos acteurs, c’est que vous vous êtes planté. Ce qui n’est pas un crime, mais autant le reconnaître honnêtement. Le premier demi-habile venu peut taper « tableau évoquant une œuvre célèbre » sur Google pour s’inspirer du résultat, et lorsque tout le monde y reconnaîtra la référence initiale plutôt qu’une référence à une référence à la référence, s’exclamer « ho, ho, ils n’ont pas la ref’, c’est que ces patriotes en carton ignorent tout de la culture française qu’ils prétendent défendre, et toc, je suis vraiment le plus malin. »

Mais qu’importe, au fond. Le monde entier a pensé voir une parodie de la Cène, et a réagi à une parodie de la Cène. Ceux qui ont aimé comme ceux qui n’ont pas aimé, ceux qui en font l’éloge comme ceux qui condamnent. Même si ce n’était pas le but des organisateurs (et il est permis de rester sceptique), c’est donc une bonne occasion pour réfléchir à la question du blasphème.

Le droit de se moquer des religions, des dogmes, des tabous, en somme le droit au blasphème (on me permettra d’épargner au lecteur un long débat théologique sur ce qui est ou n’est pas précisément un blasphème), fait partie de ce dont la France peut être fière. Et qui, référence olympique et olympienne, nous vient de la Grèce Antique : le plus ancien texte connu de la littérature européenne, l’Iliade, se moque d’un dieu (Arès) et l’insulte (la fin du Chant V est un modèle du genre). Alors faire l’éloge du droit au blasphème lors d’une fresque sur la France, sa culture et son histoire, donner aux bigots du monde entier une petite leçon à la manière d’Homère, de François Villon, de Rabelais, des Mousquetaires provoquant Richelieu, de De Funès, d’Astérix, de Coluche et de Le Luron, c’est oui, un très grand oui, mille fois oui. Même si, et j’entends l’argument, il est permis de se dire que ce n’est pas le moment, et qu’inviter toute la planète chez nous à l’occasion des JO pour le plaisir de choquer l’écrasante majorité de nos invités n’est pas forcément faire honneur à notre culture.

Apologie du conformisme

Seulement, et dans tous les cas, ce n’est pas ce qui a été fait vendredi soir. Si telle était l’intention, parodier le christianisme avec des drag queens en apôtres et une femme obèse incarnant Jésus, et parodier seulement le christianisme, dans le Paris des bobos, des surmulots et des QR codes, ce n’est pas un éloge du blasphème mais une apologie du conformisme. Presque une figure imposée, sans originalité et surtout sans courage, servilement soumise aux orientations idéologiques du pouvoir en place. Et c’est encore plus convenu et insipide s’il s’agit d’une représentation post-moderne de l’Olympe : si Dionysos était bleu en référence à Shiva c’est bien vu, mais tout le reste fait pâle figure à côté de l’humour baroque d’Aristophane. Et si, comme l’affirme maintenant le metteur en scène, le but était « une cérémonie qui répare, qui réconcilie » (alors qu’il y a peu il déclarait que c’était un acte de « résistance » face au RN), force est de constater que c’est complètement raté : « réparer » la susceptibilité perpétuellement froissée des wokes n’est pas « réconcilier » les factions irréconciliables de la France, et encore moins du monde. Mais revenons au blasphème, source de la polémique si ce n’est de la scène/Cène/Seine.

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Faire l’éloge du blasphème, en France, en 2024, ce serait au minimum rendre hommage à Charlie Hebdo, à Samuel Paty et à Mila. Et si on veut de la créativité et de l’audace, casser les codes et réellement blasphémer, il faut faire comme Molière et tourner en dérision les idéologies en vogue au moment où on monte son spectacle. Un éloge du blasphème et de la liberté, aujourd’hui, c’est donc se moquer des migrants de François plutôt que du Christ de Léonard (ou de l’Apollon de Bijlert), c’est se moquer des Divines Valeurs de la Très Sainte République, des (néo)féministes, de l’éco-anxiété, de l’antiracisme, des lois mémorielles, de la soif de censure de Thierry Breton, des LGBTQI+, de la diversité et de l’inclusion. C’est OSS 117 et Gaspard Proust, c’est le livre de Dora Moutot et Marguerite Stern, c’est le collectif Némésis trollant les manifestations de gauche, et si on veut bien regarder ailleurs qu’en France, c’est Ricky Gervais et le film Lady Ballers (dont la bande-annonce à elle seule est une pépite). Ça, c’est transgressif.

Et ça peut être beau, la liberté et le blasphème, ça peut être élégant, ciselé, poétique. Ça peut être dans l’esprit des Jeux Olympiques, un élan vers l’excellence et la grandeur. Ici, François Sureau impérial rappelant que « il est des haines justes ». Ailleurs, les Iraniennes magnifiques, cheveux au vent, filles des héroïnes du Shahnameh défiant les hordes de Zahak. Ça peut être simple sans être vulgaire, comme quand des apostats de l’islam partagent de modestes photos de verres de vin et de plateaux de charcuterie, douceur de vivre et dignité des humbles.

Le triomphalisme de la gauche est ridicule : d’accord, vous vous êtes fait plaisir avec un grand spectacle à votre propre gloire financé par les impôts des petites gens. Vous avez exaspéré les réacs, et vous avez de quoi snober tous ces beaufs qui ne connaissaient même pas Bijlert, tu vois, ce célèèèèèbre artiste (dont vous-mêmes ignoriez l’existence), et ces ploucs qui croient encore qu’un plan cul à trois et un triangle amoureux ce n’est pas tout à fait la même chose. Bravo, félicitations, et repassez-vous la séquence « ah, ça ira, ça ira » quand vous ne comprendrez pas pourquoi le RN n’arrête pas de monter : le tiers-état contribuable vit souvent assez mal l’arrogance des privilégiés ultra-subventionnés, voyez-vous.

Mais certaines indignations de droite sont tout aussi ridicules : vous vous attendiez à quoi, franchement ? Critiquez, analysez, mais de grâce ne surjouez pas l’émotion. Et réjouissez-vous, le monde entier a vu qu’un artiste mélenchoniste et un historien déconstructeur disposant d’un budget colossal, malgré quelques moments vraiment réussis, n’arrivent pas à la cheville du Puy du Fou, de ses bénévoles et du roman national.

Et les réactions de l’Église sont un effarant coup contre son camp. Ne se moquer que du christianisme est facile, petit, mesquin, c’est entendu. On a néanmoins le droit, et heureusement, de se moquer du christianisme. Vous avez vu ou cru voir Jésus représenté par une DJ obèse, la belle affaire ! On nous explique maintenant qu’elle était censé incarner Apollon, comme s’il était moins grave de parodier un des dieux de Plutarque plutôt que le dieu de Torquemada. Mais est-ce vraiment l’essentiel ? Qu’il y ait eu un enfant au milieu des drag queens n’est-il pas une question un tantinet plus sérieuse ? L’Église passe son temps à encourager la dislocation de l’Europe dans le multiculturalisme : assumez maintenant, on reconnaît un arbre à ses fruits (Matthieu 7:15-20). N’oubliez pas qu’un peu partout la criminalisation du blasphème est avant tout une arme contre les chrétiens, et visant à faire taire ceux qui osent dénoncer ce au nom de quoi les chrétiens sont persécutés. Pensez à Asia Bibi, et évitez de hurler avec les foules haineuses qui voulaient la mettre à mort en la traitant de blasphématrice. Pensez à ceux qui, aujourd’hui, en France, apostasient l’islam pour se convertir au christianisme et subissent pressions, harcèlement, menaces, violences. Défendre leur liberté de proclamer leur foi alors que cela choque leur communauté d’origine, c’est aussi défendre la liberté de Thomas Jolly et Philippe Katerine de vous choquer avec leur mise en scène de Jésus/Apollon et Dionysos/Shiva.

Et c’est aussi, évidemment, défendre notre liberté de dire que nous n’avons pas aimé ce spectacle, et n’en déplaise à l’Arcom, que nous allons continuer à blasphémer contre la gauche, ses tabous et ses idoles.

Patrick Eudeline, le rock à l’âme

Eudeline est un perfectionniste : ses fans ont attendu près de vingt ans la sortie de son nouvel album. Comme avant est enfin dans les bacs ! Rencontre avec ce dandy inclassable, cet esthète d’un autre temps qui cultive comme personne la réac n’roll attitude.


C’est devant Le Motel (Paris 11e, passage Josset) que je retrouve, ou plutôt rencontre Patrick Eudeline. Un ami est déjà sur les lieux, armé de son appareil photo. Au loin, je les aperçois ensemble. M’approchant, je découvre la petite silhouette désarticulée qui se contorsionne face à l’objectif de Quentin. Accrochées sur ce squelette comme au bout d’une falaise fatiguée : de belles et longues mains expressionnistes.

Un pro !

Je les rejoins, me présente, salue Eudeline : ses cheveux longs et fins sont plaqués en arrière avec du gel, le visage marqué et griffé d’un doux sourire me renvoie à mille souvenirs de papier glacé. L’homme est charmant, immédiatement ; d’une courtoisie et d’une politesse qui détonnent avec l’image que l’on pourrait s’en faire, dans cette tenue toujours impeccable de dandy de cuir portant le foulard comme personne.

Quentin le photographie sous tous les angles, lui demande de bouger une main, de croiser ses jambes, de montrer ses bottes, d’enlever ses Ray-Ban Aviator malgré les réticences du modèle (« Pas trop longtemps non plus ! »). Chaque geste, chaque pose semble juste et personnel : nous avons affaire à un professionnel (« Il faut dire que ça commence à faire longtemps »).

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Nous entrons dans Le Motel, la séance photo se prolonge. « Baissez un peu votre menton plutôt, oui, oui, comme ça, voilà ! Très bien ! » Eudeline a l’air d’un docile enfant de 10 ans aux attitudes précieuses et étudiées. Un enfant de 10 ans qui aurait usé de substances à haute dose pendant quelques décennies. Son arrivée a instantanément changé quelque chose à l’atmosphère du bar ; les regards se tournent vers ce physique extraordinaire et bien connu. Je lui demande ce qu’il veut boire : « Un Coca-Cola ! » me répond-il.

Nous nous installons à une table ronde, face à face. L’entretien commence : « Patrick, ton album s’appelle Comme avant : alors, le rock n’roll, musique réactionnaire ? » La machine se met en marche, sans mal. Il est bavard, ses phrases sont agiles, la passion est là, les souvenirs se déploient, le dégoût du présent le stimule : « Il suffit de regarder la gueule des paquets de cigarettes de nos jours pour être réactionnaire. » Sa voix est faible, cassée. (« J’ai répété hier, il va falloir que je me repose. ») Il regarde dédaigneusement le Breizh Cola posé sur la table : « Je ne suis pas sûr que ça dynamise comme le vrai Coca, mais ce n’est pas grave, passons… » Il boit une gorgée et développe : « Être réactionnaire au temps de Georges Pompidou et l’être aujourd’hui n’a plus le même sens. Aujourd’hui, il y a des choses qui me hérissent politiquement, dans l’art et j’en passe, qui devraient hérisser toute personne normalement constituée. »

Quand je parle, il s’approche de mon visage comme pour attraper les mots qui sortent de ma bouche. Je le regarde, naviguant en moi-même : je pense à ses articles dans les Rock & Folk que je volais à mon frère à 14 ans, à Johnny Thunders, à cet ancien combattant de la guerre des vices qui est là devant moi, se livrant avec plaisir dans une conversation où il a l’extrême grâce d’être aussi attentif à mes propos que je le suis aux siens. Quentin tourne autour de nous comme un danseur qui valserait sans bruit en attrapant des images au vol.

De gauche à droite

Celui qui était le rock critic le plus célèbre de France (avec son ami Philippe Manœuvre) est aujourd’hui black-listé. Il écrit maintenant le plus souvent pour des journaux marqués à droite. « Causeur est le seul magazine que j’achète. C’est excellent, j’y apprends toujours des choses ! » Il continue : « De toute façon, si je voulais de nouveau travailler à Libération, comme je l’ai fait dans les années 1980, ce serait impossible, ils ne voudraient plus de moi : ma réputation, mon image grotesque de Zemmour du rock m’ont condamné à ne plus pouvoir travailler avec ces gens. Mais si je leur dis, citez-moi une seule phrase que j’ai écrite que vous trouvez intolérable, ils ne trouveront rien à dire ! Il n’y a évidemment rien de raciste, d’homophobe, ou de je ne sais quoi chez moi. » Il conclut, imparable : « Tout est mal interprété, mal compris. Les valeurs se sont inversées sans que beaucoup ne le remarquent : la tolérance, la liberté, la haine de la censure, toutes ces idées qui étaient traditionnellement de gauche sont passées à droite. »

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Nous en venons à ce pour quoi nous sommes face à face (du moins, je crois) : son album. Cela fait des années qu’il travaille dessus : peut-on le croire ? Oui, on peut. Doit-on le croire ? Non. Il n’est pas tout à fait certain qu’Eudeline ait travaillé sur ces dix titres depuis presque vingt ans (dix-huit années, pour être précis, nous séparent de son précédent album Mauvaise étoile). Peu importe. Il a tout fait lui-même, de la moindre grosse caisse jusqu’au mastering. (« Ça n’existe pas la création collective. ») Ce disque, à la fois infiniment touchant et superbement inactuel, est un vaisseau fantôme d’une singularité si forte qu’il désarme la moindre envie de reproche (on pourrait dire la même chose d’Eudeline lui-même).

Lorsque l’on tente de parler d’avenir, il est dubitatif : l’idée de futur lui est étrangère. Plus encore à propos du rock n’roll : « Il peut y avoir des personnalités et des artistes intéressants qui émergent mais culturellement, l’énergie n’est plus suffisante pour qu’un tel mouvement d’ampleur perdure : il vivote grâce au capitalisme qui a récupéré le rock, le punk, mais musicalement c’est un mort-vivant. »

Eudeline, lui, au travers d’une vie boiteuse et passionnée, reste une figure culte de cet ouragan qu’a été le rock n’roll. Le voir, le rencontrer, c’est ne pas oublier qu’un monde d’avant a existé ; c’est avoir devant les yeux une relique d’un temps perdu qui devrait faire honte, par sa liberté et sa verve, aux êtres nouveaux qui, si leur santé est fière, sont pour beaucoup séniles par leur crétinisme et leur conformisme. Alors, souhaitons à Eudeline de passer les tempêtes et de continuer comme avant.

À écouter

Patrick Eudeline, Comme avant, Deviation Records, 2024.

La décadence comme identité?

Sur les eaux de la Seine, sur six kilomètres, la France a étalé ses festivités dans une ambiance assez décadente, le premier jour des Jeux olympiques. C’est le constat accablé que fait Driss Ghali, après la cérémonie d’ouverture à Paris.


Il paraît que critiquer la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques fait de vous un facho. Eh bien, moi je dis qu’il vaut mieux se tenir debout que faire allégeance à la laideur et à la subversion ! Qu’il vaut mieux être fidèle à l’identité française que s’agenouiller devant des hommes en slip ou des femmes portant une barbe jaune. Autrement dit, que l’avis de l’opinion majoritaire à Paris intramuros doit nous importer peu. Et qu’avant-hier encore, il a été prouvé qu’il s’agit d’une boussole qui indique le sud.

Allégeance au lobby LGBT

Sur les eaux de la Seine, sur une longueur de six kilomètres, la France a étalé sa décadence. Une décadence devenue identité. Aujourd’hui et aux yeux des élites hexagonales qui ont tellement désiré ces Jeux et voulu cette cérémonie d’ouverture en plein air, aux yeux de ces élites donc, être français en 2024 revient à faire allégeance au lobby LGBT et à la promiscuité sexuelle. Être français à leurs yeux, c’est être un homme qui embrasse un autre homme, un homme qui participe d’un ménage à trois, un transformiste (moche en plus) qui singe le Christ et ses compagnons. Être français, selon les classes dirigeantes, c’est célébrer la décapitation de Marie-Antoinette et profaner son cadavre. 

Totale subversion de l’identité française. La France est une femme, pas un trans. La France est une femme délicate et sophistiquée, pas un Schtroumpf à poil. La France est une femme audacieuse qui aime et qui rend fou ; elle rend fou d’amour, pas de dégoût. Elle sent bon, elle est bien coiffée, elle peut être blanche ou noire, mais elle est belle et harmonieuse.  

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Parlons des noirs justement. Pensez-vous que nos amis du Sahel ont apprécié ce show LGBTQIA+ ? Vont-ils retrouver dans cet étalage de l’inconscient collectif de nos chefs une raison de nous aimer et de nous demander de rester à Bamako, Dakar et Niamey ? Vont-ils croire que notre armée, à l’image de la Garde républicaine réduite vendredi à une troupe dansante, est capable de les protéger contre Al-Qaïda ?

Parlons aussi des noirs qui vivent en France, des Arabes, des Tchétchènes et des Afghans, chéris par la gentille maire de Paris. Vont-ils s’assimiler à une culture où un homme embrasse un autre ? Bien sûr qu’il y a des homos venus d’Afrique et du monde arabe, bien entendu qu’ils méritent respect et dignité, mais ils n’ont jamais demandé à ce que la culture nationale se résume au « cul ». Personne ne veut s’assimiler à un carnaval, personne ne veut vivre dans une maison close. Les gens ont besoin de protection et ils croient la trouver dans les cultures où les valeurs cardinales sont la puissance et le travail. 

On se rapproche de ce qui enchante, pas de ce qui fait honte

Personne ne veut s’assimiler à la laideur. Les gens s’assimilent à ce qui les fascine. On se rapproche de ce qui enchante, pas de ce qui fait honte. Alors, il y a eu des moments de beauté dans cette cérémonie (le ballon dans le Trocadéro, le passage de Céline Dion) mais ils ont été placés sous le haut patronage de la décadence. On a d’abord exhibé le crâne de Marie-Antoinette avant d’entendre Céline Dion. C’est un peu comme si Daesh faisait chanter Oum Kaltoum après avoir brûlé vif un prisonnier chrétien !

Avant-hier sur les bords de la Seine a été criée la vérité de ce pays. Il va mal ! Il va très mal ! et sa crise est d’abord morale, esthétique et mentale ! On comprend pourquoi tout s’effondre – l’économie, la sécurité, la diplomatie, la politique – quand on comprend à quelle source d’eau trouble boivent nos élites !

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Enfin, et pour être tout à fait juste, il faudrait ajouter que les élites ne sont pas les seules coupables de cet empoisonnement collectif. Une partie du peuple leur emboîte le pas. En effet, une partie du peuple français est plus fidèle à la Révolution de 1789 qu’à la France elle-même. Sa patrie c’est Robespierre et seulement Robespierre.

La France est divisée en deux. D’un côté, le parti de la Révolution et de l’autre, le parti de la France. Et ce parti de la Révolution, composé des élites et d’une partie du peuple, a faim de destruction et de chamboulement. Il n’est pas rassasié du sang de Marie-Antoinette. Il veut la peau de la France. Et il fera tout pour l’annuler et l’effacer pour la remplacer par le « monde ». Et cela veut dire la promotion de la diversité poussée jusqu’au remplacement démographique, les emprunts à la culture américaine érigés en culture nationale, la délinquance étrangère instituée en circonstance incontournable de la vie en France. 

La France est malade de cette guerre civile qui n’en finit pas. Elle est malade de Paris. Elle est malade de son universalisme fondé sur le vide.  

Ce n’est pas la France que ma mère m’a fait aimer lorsqu’elle m’enseigna le Français comme on dévoile un secret merveilleux à un être cher. Ce n’est pas la France que Lyautey a incarnée si admirablement au Maroc. Ce n’est pas la France que Léopold Sédar Senghor a assimilé au plus profond de son être. Ce n’est pas la France que l’Emir Abdelkader a chérie après l’avoir longtemps et si héroïquement combattue. Et dire que le Paris de ces années-là était un « bordel » de classe mondiale. La différence avec aujourd’hui est peut-être qu’une fois la braguette remontée, les hommes se consacraient à leur mission véritable : assurer la grandeur de leur pays…

Louis XVIII et les femmes

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Episode 5 : La nièce…


Relire le premier épisode; le 2e épisode; le 3e épisode; le 4e épisode

Jaloux de son aîné, qu’il détestait, « le roi sans royaume ne faisait rien sans raison, ni sans calcul ». C’est sous ces traits cruels que l’historien Matthieu Mensch décrit le comte de Provence, futur monarque de la Restauration, au seuil de l’ouvrage qu’il consacre aux Femmes de Louis XVIII – c’en est le titre. A Louis XVI, le cadet de la dynastie Bourbon enviait aussi son Autrichienne, dont il pensait que lui-même l’aurait mérité davantage : « la haine de Monsieur envers son infortunée belle-sœur avait fini par devenir de notoriété publique », au point que sur le tard, il cherchera à se dédouaner. Instrumentant la mémoire de la reine martyre, il fera même construire, en 1826, une chapelle expiatoire : « Marie-Antoinette semble correspondre parfaitement à la vision cynique de Louis XVIII, pour qui les femmes n’étaient que des outils politiques ou de simples faire-valoir ». Quel garçon sympathique…

Les femmes de Louis XVIII

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Longtemps souverain sans trône, le frère du roi martyr n’offrait pas dans son exil anglais, c’est le moins qu’on puisse dire, une physionomie majestueuse : goutteux au point de ne pouvoir s’asseoir à table et de ne se déplacer qu’en chaise, gras comme un dindon, c’est un homme sur le déclin que retrouve sa nièce Marie-Thérèse Charlotte de France, la seule rescapée du Temple après l’assassinat de ses royaux parents.

Elle ne l’a pas revu depuis 1791. Le futur Louis XVIII avait surveillé de près les grossesses de sa belle-sœur. La naissance, en 1778, de celle qu’on appelle aussitôt « Madame Royale » « n’ôte pas au comte de Provence son statut d’héritier du trône, mais la fécondité du couple royal vient sérieusement amenuiser ses espoirs de régner ». La Révolution bouleverse la vie de cette princesse « pleine de morgue », prise en otage dans la double propagande royaliste et révolutionnaire, bientôt incarcérée au Temple avec ses parents, son frère et sa tante, et devenue « citoyenne Capet » : son journal rendra compte des derniers instants de sa famille, de sa longue captivité, puis de la mort prématurée de son phtisique petit frère (le dauphin Louis XVII), en 1795. Louis XVIII va utiliser les malheurs de sa nièce pour légitimer la dynastie Bourbon : enjeu politique, la survivante libérée par la Convention entame une longue errance de Vienne à Varsovie en passant par Mittau, en Courlande, et jusqu’en Angleterre. Devenue un atout pour Louis XVIII, qui la marie avec le duc d’Angoulême (le fils de son frère et futur Charles X), l’orpheline du Temple, à nouveau exilée sous l’Empire, sera associée par son oncle « friand de mythologue et d’allégories compliquées »  à la tragédie d’Antigone : exit Napoléon, Louis XVIII fait de la duchesse d’Angoulême l’ « éternelle victime expiatoire de la Révolution (…), vestale veillant le feu de la monarchie ». Stérile, la presque reine se voit éclipsée par son mari, devenu dauphin de France en 1824 lorsque s’éteint l’oncle Louis et que Charles X accède au trône à son tour. Nouvel exil en 1830, définitif cette fois, ultime étape d’un long chemin de croix dont Chateaubriand se plaira à rappeler le pathétique.

Elle trépasse en 1851 : « dans la mort, la duchesse d’Angoulême et Madame Royale finissent par se rejoindre (…), ne formant plus qu’une seule somme de malheur ». Pareil à lui-même, Louis XVIII n’aura jamais cessé d’instrumentaliser le prestige conféré par les souffrances de sa famille.

Chasseur de magazines

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Notre chroniqueur ouvre ses boîtes à souvenirs durant tout l’été. Livre, film, pièce de théâtre, journaux, BD, disque, objet, il nous fait partager ses coups de cœur « dissidents ». Pour ce dimanche, il a choisi de nous parler de la presse magazine française. Il a beaucoup fouillé dans ses archives personnelles et déniché quelques pépites (interview, reportage, enquête, etc…) dans 20 ans, l’Echo des Savanes, Lui, Elle ou le mensuel A Suivre


Je suis tombé dans le papier, très tôt. J’en ai même fait mon métier. À vrai dire, j’aime autant la presse en kiosque que la « grande » littérature. La lecture des magazines dit de loisirs aura guidé toute ma jeunesse provinciale. Je suis venu aux Hussards, aux surréalistes et aux futuristes par l’entremise de revues récréatives. J’ai appris à écrire dans Bicross Magazine, Tennis de France et Moto Verte. On ne guérit jamais de cette enfance avec papier glacé, la tête penchée sur la presse spécialisée. 

La politique et la marche du monde ne m’intéressent que si elles sont maquettées entre l’essai d’une voiture de sport et une collection de maillots de bain. J’ai toujours préféré le superficiel à l’existentialisme des rédactions parisiennes. L’actualité est d’un ennui mortel. Par contre, se replonger dans les magazines datant des années 1970/1980 est aussi salutaire qu’épousseter les résidences secondaires au début du printemps. On s’aère l’esprit, on se libère, on apprend mille choses et on s’amuse franchement. 

A ne pas manquer, notre numéro de l’été: Causeur 125: En première ligne dans la guerre des idées, Notre jeunesse

Dans des titres considérés comme ineptes par les gens sérieux, on est fasciné par leur richesse de contenu, la pertinence de leurs interviews et une fraîcheur qui semble avoir disparu de nos médias militarisés. Se divertir n’est pas un crime. Qui pourrait croire que dans 20 ans, entre un reportage sur l’orgasme masculin et une sélection de « pulls tout pulpeux », on tombe sur une interview folle de Véronique Sanson d’octobre 1972 ? La journaliste l’interroge sur les prénoms. La chanteuse répond : « Pour moi, les gens ressemblent à leurs prénoms. Il y a les Martine, par exemple, des garces. Elles se ressemblent toutes. Petites bourgeoises qui ne pensent qu’à se faire épouser et à avoir des gosses. Oh… et puis les Marie-Dominique, pleines de boutons, brunasses et toujours à faire des coups en-dessous. Dans les restaurants, j’imagine le prénom des gens, et leur vie. On se trompe rarement, c’est marrant… ». On aime Véronique pour cette dinguerie-là. Un an auparavant, toujours dans 20 ans (numéro d’août 1971), le regretté Wolinski mettait les points sur les « i » et faisait la leçon aux donneurs de morale qui l’accusaient de récupération politique car le dessinateur officiait en même temps au Journal du Dimanche et à Charlie Hebdo. Sa réponse était sans appel : « Si j’accepte de travailler dans un journal de grande diffusion, c’est d’abord parce que je veux gagner assez d’argent pour vivre correctement en élevant mes enfants, ensuite parce que les dessins qui paraissent dans certaines publications ultra-politisées et confidentielles ne s’adressent qu’à des gens déjà convertis. La « grande presse » touche la masse, et c’est au moins aussi intéressant qu’une prétendue élite intellectuelle de gauche qui se veut pure mais se trouve mal placée pour donner des leçons ». Voilà, c’est envoyé ! 

La presse magazine d’alors, contrairement à celle d’aujourd’hui, cherchait le contre-pied, et non l’asservissement aux mêmes idées. Dans Elle du 6 juillet 1981, Monica Vitti opérait un tournant stratégique dans sa carrière, à 44 ans, se détachant ainsi des rôles sensuels et dramatiques qui lui collaient à la peau. Elle revendiquait le nez rouge comme sa vocation avouant qu’elle avait eu « son premier succès involontaire » au théâtre, à l’adolescence : « Pour un rôle que je croyais profondément dramatique ; eh bien, toute la salle s’est écroulée de rire ! J’étais très vexée. Aujourd’hui, c’est ce que je veux, les rires du public ». On ne sacralisait pas tellement le cinéma comme le prouve l’entretien hilarant accordé à Martin Veyron en 1985 dans L’Echo des Savanes pour l’adaptation de sa BD L’Amour propre au cinéma. L’intervieweur s’étonne que Claude Zidi, le producteur, lui ait confié la réalisation alors qu’il n’avait jamais mis les pieds sur un plateau. « Vous savez, la production payait directement les techniciens, les comédiens, il n’y avait aucun risque que je dépense les sous avec des filles ou au bistrot » rétorquait-il, aussi désabusé que Bernard Lermite, son double de papier. 

A lire aussi, du même auteur: Alors, on lit quoi cet été ?

Dans le mensuel A Suivre dédié à l’illustration en 1978, Hergé, le créateur de Tintin, évoquait ses goûts littéraires à François Rivière. Celui qui fut un grand lecteur de Balzac, Flaubert, Stendhal, Dostoïevski et Dickens avait évolué. En 1978, « il y a quelque chose de décisif, c’est la psychologie des profondeurs de Jung. Lui m’a orienté vers les philosophies qui ne sont pas seulement des idées et des mots, mais que je ressens dans tout mon être » disait-il. De toutes mes collections, j’ai un faible pour les Lui avec Sophie Favier nue en relief mais surtout pour les confidences de star. En 1986, Irène Blanc avait passé trois jours avec Chaban « pressenti » comme Premier ministre de la cohabitation qui donnait une définition (de normand) du gaullisme : « Le gaullisme n’envisage pas la vie sans liberté mais pas non plus la liberté sans justice sociale […] Si le tout-Etat est inacceptable et finalement meurtrier, le sans-Etat est destructeur ». Sardou, en janvier 1983, était plus direct sur son rôle d’homme public : « Je n’aime pas la foule, j’ai même horreur de la foule. Je suis à l’envers de ce que je fais. […] Dans ce métier, on est toujours en représentation, on fait gaffe à ne pas grossir, on fait gaffe à être aimable, on fait gaffe à tout. Et moi, il y a des moments où j’ai pas envie de faire gaffe ! ». Vive les vieux journaux !

Monsieur Nostalgie

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Ouverture des JO: Olympic Lapalissades

Une cérémonie pour le meilleur et pour le pire, où d’indéniables moments de bravoure ont côtoyé la laideur la plus convenue.


Depuis quelques semaines, les “auteurs” de la cérémonie d’ouverture des JO se réjouissaient bruyamment dans la presse des surprises qu’ils nous réservaient. On devinait même, au fil des interviews des uns et des autres, accordées comme il se doit à la crème des médias bobo, que le metteur en scène Thomas Jolly, l’historien Patrick Boucheron, la romancière Leïla Slimani, la scénariste Fanny Herrero et l’animatrice Daphné Bürki – surtout elle d’ailleurs – éprouvaient un indicible plaisir aristocratique à se compter parmi l’élite sachant déjà tout du spectacle qui serait bientôt diffusé en mondiovision.

Vanitas vanitatum ! Au lendemain de l’événement, force est de constater que ce ne sont pas les petits secrets de ces quelques happy fews auto-satisfaits qui resteront gravés dans les mémoires des téléspectateurs. Les moments les plus marquants des quatre heures de show sont totalement étrangers aux travaux de l’équipe artistique. Car l’idée de faire défiler les 200 délégations nationales à bord de bateaux sur la Seine n’est pas la leur. Pas davantage que celle de faire aboutir le parcours de la flamme olympique au pied d’un ballon stationnaire amarré dans le jardin des Tuileries, lieu de décollage historique des premières montgolfières au XVIIIème siècle.

Pour autant, il faut reconnaître que de nombreuses séquences signées par Joly et ses camarades furent très réussies : le french cancan des danseuses du Moulin rouge sur le quai d’Orléans ; le Ah ça ira ! entonné à bord d’une caraque, ce bateau emblématique de Paris, par la mezzo-soprano franco-suisse Marina Viotti accompagnée du groupe de rock metal français Gojira ; la pièce de ballet contemporain, imaginée par la chorégraphe Maud Le Pladec (directrice du Centre chorégraphique national d’Orléans) et interprétée par 420 danseurs venus des quatre coins de la France devant un Hôtel-Dieu paré pour l’occasion de milliers de bandes dorées et argentées ; le show laser, évoquant les meilleures heures de Jean-Michel Jarre dans les années 80, à la tour Eiffel ; et bien sûr, le point final : Céline Dion chantant L’Hymne à l’amour d’Édith Piaf pour clôturer la soirée de la façon la plus classique et humaine qui soit.

Mais pourquoi diable avoir rajouté, entre ces moments de grâce, tant de séquences pathétiques ? Qui a cru subtil de se moquer lourdement, dans un pays qui a aboli la peine de la mort, de la pauvre Marie-Antoinette, en la montrant décapitée à une fenêtre de la Conciergerie, le lieu même de son abominable martyre ? Comment ne pas se croire en Corée du Nord devant la célébration en carton pâte des “femmes inspirantes” dont Olympe de Gouge, Gisèle Halimi et Simone Veil ? Et ne parlons pas de l’interminable show LGBT+ sur la Passerelle Debilly. Une consternante démonstration de conformisme woke, avec femmes à barbe de rigueur.

La ville lumière est sans aucun doute un haut lieu du travestissement et de l’excentricité sexuelle. Seulement, le chevalier d’Eon, George Sand, Rrose Sélavy et Michou ont dû se retourner dans leur tombe durant cette bacchanale sans inventivité, qui aurait pu aussi bien se jouer à Las Vegas, Berlin ou Sydney. Cerise sur le gâteau, son point d’orgue fut une parodie kitsch de la Cène de Léonard de Vinci, manière confortable de gifler sa grand-mère et surtout de confirmer combien les rebelles officiels ont besoin du christianisme honni s’ils veulent donner à leur existence plus d’épaisseur qu’un projet marchand de discothèque à plein temps.

Enfin et surtout, si on porte un regard woke sur la cérémonie d’hier, on ne peut que remarquer une chose : les personnes “racisées”, soit les victimes systémiques de l’Occident à en croire les Insoumis, ont presque toutes été employées hier dans les moments faits d’ordre et de solennité : pendant la Marseillaise (interprétée par la talentueuse Axelle Sait-Cirel, d’origine guadeloupéenne), au cours du relais de la flamme final, avec des légendes du sport telles que Zinédine Zidane, Teddy Riner et Marie-José Pérec, mais aussi bien sûr à chaque fois qu’un athlète du Sud global, en costume national pré-colonial, brandissait fièrement son drapeau.

Pas question pour les auteurs de la cérémonie de demander à des non-blancs de se prêter à quelque orgie décadente… Oh pardon, il y avait certes une drag queen noire, mais qui portait, tel un transfuge de race, une perruque blonde ! Bref le message adressé au reste du monde était limpide : nous avons une capitale superbe et accueillante, des traditions magnifiques et universalisables, et une ouverture aux autres inédite dans l’histoire. Mais la population de souche de la ville est au ras des pâquerettes, ne sachant plus où elle habite. Alors, venez vite la remplacer !

M. Macron et son rêve secret


Une chose est certaine, on ne pourra pas reprocher aux organisateurs de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques labellisés Paris 2024 de ne pas avoir strictement observé les impératifs du moment. Impératifs moraux autant qu’idéologiques, bien entendu. Pour complaire à l’intelligentsia, je veux dire la nôtre, celle de notre Occident allègrement en voie de déconstruction, il fallait absolument que la chose fût inclusive. Or, pour l’être, inclusive, elle l’aura été. Tout a été dûment racisé, transgenré, drag-queenisé, lesbianisé, arc-en-ciélisé. Du rose en abondance. Et de la gesticulation désarticulée à foison. On se disait que la pluie allait finir par rafraîchir tant d’ardeurs. Nullement. Le pays, la France, dans tout ça ? Ce n’était probablement pas là sa place. « Cachons cette France que nous ne saurions voir ». 

Ce qu’il s’agit de montrer désormais est l’adhésion supposée de la nation à l’internationale wokisée, cela en donnant à voir à la planète entière une cérémonie qui aurait pu avoir lieu à l’identique à peu près partout dans le monde où le travail de sape évoqué ci-dessus est en cours. En gros, pour simplifier, partout en Occident mais aussi dans quelques autres contrées par-ci par-là. C’est d’ailleurs le but recherché. L’inversion radicale du principe de l’olympisme. À l’origine, ce rendez-vous quadriennal devait donner lieu à l’expression du génie de chaque nation dans le cadre pacifié d’une confrontation sportive les réunissant toutes. Désormais le principe même se trouve totalement détourné. Ce qui doit être absolument mis en avant n’est autre que le degré d’immersion, de dilution de ces mêmes nations dans un universalisme apatride, aculturé, véritable fosse commune de leurs identités, de leurs spécificités, de leurs richesses civilisationnelles. 

Paradoxalement, on ne songe pas encore à supprimer les drapeaux nationaux. Qu’on se rassure ! S’ils sont – pour l’heure – épargnés, ce n’est pas en raison du sens qu’ils portent, du symbole qu’ils représentent, mais tout simplement parce que ça fait joli, avec toutes ces couleurs, n’est-ce pas. Ça apporte du clinquant au décorum. On a donc eu tout cela. En longueur. Car c’était long, en effet. Quand la scène a les dimensions de la Seine, évidemment l’occuper en entier, la traverser de cour à jardin, ça prend du temps.

Et puis Céline vint. Enfin. Dion chantant Piaf. L’émotion vraie. La sublime Céline, ressuscitée. Reparaissant à la face du monde, elle ne pouvait rêver meilleur moment, meilleur lieu. On s’en réjouit pour elle, évidemment. De la Tour Eiffel, elles deux – Céline et Piaf – ont rayonné quelques instants à travers le monde. Et donc, nous la France, avec elles. Un peu au moins. C’est déjà cela.

M. Macron s’est dit très content de sa cérémonie d’ouverture. Personnellement, je le comprends. Lorsque j’ai vu ces délégations de tous les pays embarquées sur des péniches, je me suis dit immédiatement : « Belle satisfaction pour le président : après nous avoir emmenés si longtemps en bateau nous autres Français, voilà qu’il s’offre à présent le plaisir d’y emmener le monde entier! »

Voile à visière et œillères sur le voile

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Une solution a été bricolée à la dernière minute par les instances sportives françaises pour que l’athlète Sounkamba Sylla, qui porte un voile islamique, puisse participer à la cérémonie d’ouverture des JO… La sprinteuse arborait une casquette agrémentée d’une bande de tissu cousue main, afin de dissimuler entièrement sa chevelure.


Éclipsée par les commentaires sur la dimension carnavalesque de la cérémonie d’ouverture, l’athlète Sounkamba Sylla a donc pu y participer avec une « casquette » au lieu d’un voile islamique – disons plutôt, pour être honnêtes : avec un voile à visière. Accommodement raisonnable…. ou pas ? L’avenir le dira. Mais ce qui est immédiatement frappant, c’est la constance avec laquelle la plupart des arguments avancés à ce sujet évitent soigneusement l’essentiel, et rivalisent de mauvaise foi.

L’hypocrisie du CIO

Ainsi, Sounkamba Sylla elle-même avait déclaré : « Tu es sélectionnée aux JO, organisés dans ton pays, mais tu ne peux pas participer à la cérémonie d’ouverture parce que tu portes un foulard sur la tête », ce qui est évidemment faux. Il n’a jamais été question de l’empêcher de participer à la cérémonie d’ouverture parce que dans sa vie de tous les jours elle porte un foulard sur la tête, il lui a seulement été imposé d’enlever ce foulard le temps de la cérémonie d’ouverture.

Le Comité International Olympique interdit toute « propagande politique, religieuse ou raciale », mais considère le voile islamique comme culturel et non cultuel. Hypocrisie absurde, tant les défenseurs du voile eux-mêmes revendiquent sa dimension religieuse – le simple fait de traiter « d’islamophobes » ceux qui rejettent le voile étant, de facto, une affirmation de la dimension islamique de ce symbole.

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Amnesty International qualifie sur ce point la politique française de « deux poids, deux mesures discriminatoire. » Là encore, c’est un non-sens : la règle est identique pour tous et pour toutes les religions, mais il se trouve que seuls certains athlètes musulmans (de loin pas tous) ont autant de mal à accepter de ne pas pouvoir afficher ostensiblement leur adhésion à un culte.

Au demeurant, si la France pratique un « deux poids, deux mesures discriminatoire » c’est plutôt en faveur de l’islam. Et là, ce sont les arguments des défenseurs de la laïcité qui ont soudain des pudeurs de gazelle.

En effet, la grande qualité de la laïcité est de soumettre les religions à la loi commune, du moins en théorie. J’aurai beau expliquer que je vénère Bacchus et qu’à ce titre la dégustation de bons vins est pour moi un acte religieux et une action de grâces, cela ne me donnera pas le droit de conduire avec plus d’alcool que de sang dans les veines ! Irais-je prétendre qu’on m’interdit de conduire à cause de ma foi, on saurait (je l’espère) me rétorquer que non, la loi ne me discrimine pas, elle refuse au contraire que ma religion me serve de passe-droit, ce qui constituerait une discrimination au détriment de tous les autres citoyens. Autrement dit, ce qui est interdit à tous (par exemple conduire en état d’ivresse) n’est pas non plus permis aux adeptes d’une religion qui le prescrit.

Accommodements déraisonnables

Or, la République tolère aujourd’hui bien des choses, lorsqu’elles sont faites au nom de l’islam, qui seraient unanimement condamnées si elles étaient faites au nom de n’importe quelle autre idéologie : sexisme, homophobie, refus de la liberté de conscience, et j’en passe. Voilà un véritable « deux poids, deux mesures discriminatoire », d’ailleurs contraire tant à l’esprit de la laïcité qu’à la loi, en particulier à la loi de 1905 et à son titre V relatif à la police des cultes.

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Ce que l’on ose rarement dire, c’est que le problème du voile islamique, et plus largement du hijab, du burqini, etc, n’est pas leur dimension religieuse mais le projet de société dont ces oripeaux sont les étendards. Il ne s’agit évidemment pas de présumer des convictions intimes et des motivations personnelles de telle ou telle femme portant le voile (bien que lorsque celle-ci insiste sur son voile mais ne voit aucun problème à se montrer bras nus et jambes largement visibles, on s’interroge nécessairement) mais simplement de constater l’évidence : la signification d’un symbole arboré dans l’espace public n’est pas déterminée par le for intérieur de la personne qui arbore ce symbole, mais par le sens de celui-ci dans la vie collective. Le salut nazi est interdit (fort heureusement) et affirmer que « oui mais pour moi ce n’est pas un salut nazi mais un salut romain » ne permet pas de contourner cette interdiction. Le voile est le seul « bout de tissu » au monde au nom duquel des États (et non des moindres) persécutent, harcèlent, emprisonnent, torturent et tuent des femmes, tout comme l’islam est la seule religion au monde au nom de laquelle des États (et non des moindres) punissent de mort le blasphème (donc la liberté d’expression), l’apostasie (donc la liberté de conscience), l’homosexualité. La promotion du voile emporte avec elle un dédain non dissimulé pour celles qui ne le portent pas – le terme même de « mode pudique » très utilisé dans le monde anglo-saxon (« modest fashion ») sous-entend que les femmes non-voilées seraient impudiques – et simultanément une vision méprisante des hommes réputés incapables de freiner les pulsions que leur inspirerait la vue de la moindre mèche de cheveux.

La France passe son temps à expliquer au monde la laïcité

La laïcité permet simplement, ou devrait permettre, de dire que le projet de société que véhicule cette vision du monde et des rapports humains est incompatible avec la décence commune de la France et avec les fondements mêmes de ses mœurs et de ses lois, et ce peu importe que l’idéologie qui porte ce projet de société soit religieuse ou non.

Faut-il, dans le cadre des Jeux Olympiques comme dans d’autres (milieu scolaire notamment), n’interdire que les symboles manifestant une adhésion ostentatoire à une idéologie contraire aux règles élémentaires de la société, ou exiger une neutralité plus large ?

Officiellement, le choix qui est fait, et qui est généralement celui des défenseurs autoproclamés de la « laïcité républicaine », est celui de la neutralité. Je dis bien « officiellement » : la promotion insistante de ce que l’on regroupe sous le terme de wokisme lors de la cérémonie d’ouverture n’avait rien de neutre, politiquement parlant. Et même ceux qui ont apprécié cette cérémonie le reconnaissent, comme Sandrine Rousseau tweetant : « Meilleure réponse à la montée du fascisme et de l’extrême-droite cette cérémonie ». Notons que l’inverse est vrai aussi : une cérémonie d’ouverture évoquant la cinéscénie du Puy du Fou aurait évidemment eu ma préférence, mais aurait également été l’expression d’une certaine idée de la France, donc d’une vision politique (pas forcément politicienne, mais assurément politique).

Pour en revenir au voile, fut-il à visière, le choix de la neutralité est en apparence le plus facile voire le plus sage dans une situation comme la nôtre, où coexistent sur un même territoire des idéologies aussi incompatibles qu’irréconciliables. Mais c’est un choix de court terme, qui ne fait que remettre à plus tard l’inévitable confrontation politique avec des projets de société inacceptables.

Le démon farceur

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Mark Twain, “Le chien télégraphiste & autres textes rares”, lecture d’été savoureuse


Mark Twain (1835-1910), écrivain autodidacte né dans le Missouri, nous revient avec Le chien télégraphiste et quelques autres textes inédits en français ou qui ne parurent pas de son vivant. On le connaît surtout pour être l’auteur des Aventures de Tom Sawyer et d’Huckleberry Finn ; moins pour ses écrits courts, drôles, subversifs, absurdes, publiés dans divers journaux.

Présentée par Thierry Beauchamp, spécialiste de littérature américaine, cette édition de poche (Le Passeur) réjouira les amateurs qui refusent l’esprit de sérieux. Elle couvre une période de plus d’un demi-siècle, de 1852 à 1907, soit presque la totalité de la carrière littéraire de Marc Twain. Ce dernier, précise Beauchamp, « était un génie prolifique dont la méthode de travail consistait à faire feu de tout bois ». Twain écrivait plusieurs livres à la fois ; il en interrompait deux, finissait le troisième, tout en reprenant le quatrième. Sa table de travail était un vaste chantier naval. Un point commun à tous ces bateaux en cale sèche : la fluidité du récit. C’est vrai qu’on ne s’ennuie jamais à le lire ; c’est donc une lecture d’été, agréable et divertissante, dont il ne faut surtout pas se priver. C’est énergique, ça provoque le rire, même si parfois le démon farceur cède à la tentation du pessimisme. On le constate en particulier avec « Le chien télégraphiste », datée de 1907, soit trois ans avant sa mort. La vie n’a pas épargné l’écrivain : il a perdu sa fille Susy et son épouse Olivia, sa plus fidèle conseillère littéraire. Sans verser dans le cynisme, la nouvelle en question est une sorte de western crépusculaire, un peu comme les trois derniers films de John Wayne. On ne croit plus aux idéaux, le septième de cavalerie n’est pas composé que de braves, des renégats blancs renseignent les guerriers peaux-rouges qui se font trucider par dizaines. C’est assez désabusé. Quant au petit chien Billy, il va subir la méchanceté des hommes.

Mais je rassure le lecteur : tous les textes ne présentent pas la même tonalité. L’ensemble est plutôt drolatique, à l’image de « L’interviewer interviewé ».

Mark Twain, Le chien télégraphiste & autres textes rares et savoureux, Le Passeur Poche. 213 pages

Le chien télégraphiste - & autres textes rares et savoureux

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Quand Liane de Pougy tombait dans les bras de Natalie Clifford Barney

Parce que nous avons lu Nana, nous pensons tout savoir des grandes cocottes qui enchantèrent la France du Second Empire et de la IIIe République. La lecture de leurs œuvres — parce que ces dames écrivaient, elles ne se contentaient pas de vendre deux jambons pour une andouille aux plus hautes altesses et aux grandes fortunes — jette un jour magique sur une époque bien révolue, où une femme ne hurlait pas au harcèlement quand on lui disait qu’on l’aimait, surtout si on lui proposait quelques centaines de milliers de francs-or et des bijoux de rêve en échange d’une heure de son temps. Notre chroniqueur est revenu émerveillé de ce voyage en érotologie.


Liane de Pougy (1869-1950) fut, avec Emilienne d’Alençon (1870-1945) et la belle Otero (1868-1965), l’une des trois merveilleuses de la Belle Epoque. De bonne extraction, elle savait aussi écrire, et a laissé des œuvres que les éditions Bartillat éditent ou rééditent avec une constance admirable.

Autre constance : ces dames qui fréquentaient tant de beaux messieurs étaient souvent plus portées sur les femmes. Liane de Pougy entretient ainsi une liaison quelque peu orageuse avec le bourreau des cœurs féminins des années 1890-1920, la délicieuse Amazone Natalie Clifford Barney — dite Moon Beam, dite Fleur-de-Lin, à cause de sa chevelure d’une blondeur presque excessive. Bartillat édite pour compléter la chronique — parue en feuilleton — de Liane de Pougy un roman refusé à l’époque, Lettres à une connue, où la sublime Américaine narre dans le détail sa passion pour la belle horizontale. 


Dix ans de fête égrène les aventures successives de Liane, dite Line, aussi bien dans les bras de butors qui la couvrent d’or que sur scène : c’est l’époque où Jean Lorrain, fantasque écrivain et grande folle de l’époque, lui fait jouer un rôle dans une pantomime de son invention — un genre fort goûté dans cette avant-guerre où l’on s’étourdit en attendant le pire. Sarah Bernhardt lui avait donné quelques cours, et en désespoir de cause, lui conseilla de « n’ouvrir la bouche que pour sourire ». Ce qu’elle fit, trente ans durant, avec talent.

Elle vécut, comme on dit, de ses charmes. Mais une demi-mondaine n’est pas une pierreuse (qui faisaient le tapin pour quelques pièces sur les tas de cailloux au bas des « fortifs ») ni une prostituée en maison — même si Liane s’amusa à amener Natalie dans l’un des bordels chics de l’époque. Une call girl actuelle se loue pour 3 ou 400 euros de l’heure, tarif de base. Liane de Pougy demandait au minimum 5000 francs / or, soit aux alentours de 25 000 €. Sans compter les cadeaux : elle se constitua ainsi un collier de plusieurs centaines de perles à une époque où l’on ignorait les perles de culture, qui sont inventées à cette époque au Japon par Kokuchi Mikimoto.

Princes, ducs, banquiers (Maurice de Rothschild), fils de famille défilent dans son salon et halètent à la porte de sa chambre : ils meurent tous du désir de l’avoir à leur bras, alors qu’elle n’accorde que rarement ses faveurs, et, de son propre aveu, répugne à la fellation et au coït vaginal. Va comprendre, Charles…

Des hommes de Lettres aussi : pendant que son amie Valtesse de la Bigne fait transpirer d’amour le pauvre Zola, Liane séduit Henri Meilhac, qui avec Halévy avait écrit les livrets des opérettes d’Offenbach. Et Goncourt, qui en avait pourtant connu d’autres, la décrète « plus jolie femme du siècle ». Et Cocteau, dans Reines de la France, la décrira ainsi : « Le poing sur la hanche, harnachée de perles, cuirassée de diamants, Liane de Pougy avançait parmi les tables de Maxim’s avec l’indifférence des astres. Les hommes se levaient, la saluaient. Elle continuait sa route ». La séduction par l’indifférence. Prenez-en de la graine, gourgandines !

Enter Natalie Clifford Barney, héritière américaine richissime, poétesse de talent, et séductrice irrésistible : elle s’est présentée chez Liane habillée en page florentin, « page de l’Amour », dit-elle. Liane lui offrira, en gage de cet amour, une bague signée Lalique en argent, émail bleu et opales, ornée d’une chauve-souris (symbole d’homosexualité, qu’on se le dise). Elle est aujourd’hui au Musée des Arts décoratifs — où est exposé aussi le lit de parade de Valtesse de la Bigne, ce fameux lit que Zola mourait de voir et que la célèbre courtisane lui refusa toujours de contempler.

Liane fut ainsi la première des Parisiennes à tomber dans les bras de l’Américaine. Suivront Renée Vivien, Lucie Delarue-Mardrus, la duchesse de Clermont-Tonnerre, Colette ou Romaine Brooks. Écrivaines de grand talent ou peintres tout aussi célèbres, le 1900 lesbien tout entier est dans le carnet d’adresses de Natalie, qui fut le vrai génie lesbien de son siècle — et du nôtre : ce n’est pas Marie-Jo Bonnet, vraie féministe et autrice de la somme incontournable sur Les Relations amoureuses entre les femmes du XVIe au XXe siècle, qui me démentira.

Deux livres qui en un sens se complètent. Celui de Liane de Pougy est une chronique intelligemment scandaleuse, écrite avec une indifférence exemplaire. Celui de Clifford Barney (à paraître au mois d’août) est un vrai roman par lettres — même s’il n’y a qu’une seule rédactrice, comme dans les Lettres de la religieuse portugaise. Elle décrit tour à tour l’anticipation sensuelle de la fête à venir, et le souvenir langoureux du plaisir passé, dans une langue incroyablement charnelle. Un livre écrit de la main gauche, si je puis dire.

À noter que son titre, Lettres à une connue, se réfère à un ouvrage posthume de Mérimée, Lettres à une inconnue (1873) — et inspirera sans doute le très beau roman de Stefan Zweig, Lettre d’une inconnue (1922). Il ne s’agit pas là de femmes qui par hasard écrivent, mais d’écrivains de talent, férus de littérature, qui se trouvent être des femmes — et, souvent, des lesbiennes : tirez-en la conclusion que vous voulez.

Un point encore ; Liane de Pougy entra finalement dans les ordres, chez les Dominicaines, pendant la Seconde Guerre mondiale, et devint Sœur Anne-Marie de la Pénitence. Après la mort de son second mari en 1945, elle loua une chambre au Carlton de Genève, et la transforma en cellule de nonne. C’est là qu’elle est morte. Mais selon ses vœux, elle fut enterrée dans l’enclos des sœurs au cimetière de Saint-Martin-le-Vinoux, en Isère. Elle a su ce qu’était le péché, et ce qu’était la Grâce.

Liane de Pougy, Dix ans de fête, Mémoires d’une demi-mondaine, Bartillat, septembre 2022, 232 p.

Dix ans de fête - Mémoires d'une demi-mondaine

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Natalie Clifford Barney, Lettres à une connue, Bartillat, août 2024, 193 p.

Lettres à une connue

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Blasphème!

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DR.

L’épiscopat français a dénoncé une “outrance”! Lors de la cérémonie d’ouverture des JO, la DJ obèse entourée de drag-queens, Leslie Barbara Butch, représentait-elle Jésus, avec son auréole dorée ? La polémique fait rage depuis ce weekend. Thomas Jolly, le metteur en scène, déclare maintenant que son inspiration ne venait pas de la Cène biblique… mais de Dionysos, dieu de la fête et du vin. Quoi qu’il en soit, les chrétiens ont tort de se montrer outrés devant cette fausse transgression woke. Et voici pourquoi.


Il est parfaitement normal de se moquer du christianisme. C’est même banal, pour ne pas dire cliché, ennuyeux, insignifiant. Tout comme il est désormais banal de ne se moquer que du christianisme, mais ça, en revanche, ce n’est pas normal.

Lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques, le monde entier a reconnu une parodie de la Cène de Léonard de Vinci. Et ceux qui nous disent depuis « mais non, ha, ha, c’était le Festin des Dieux de Jan van Bijlert, les gueux et les fachos n’ont rien compris » illustrent à merveille l’un des traits les moins sympathiques de l’esprit français, la suffisance ricanante des petits marquis poudrés tournant un brave valet en ridicule – référence pour référence, je rappelle à ces beaux esprits que dans la tradition du théâtre français, c’est le valet qui finit par gagner.

Polémique sur l’œuvre parodiée

D’ailleurs, même des acteurs de cette scène ont dit avoir joué la Cène, y compris l’actrice principale, et l’un des co-auteurs de la cérémonie au moins semble partager leur avis. Alors très franchement, si vous organisez un spectacle mondial et que personne ne comprend vos références, pas même vos collègues et vos acteurs, c’est que vous vous êtes planté. Ce qui n’est pas un crime, mais autant le reconnaître honnêtement. Le premier demi-habile venu peut taper « tableau évoquant une œuvre célèbre » sur Google pour s’inspirer du résultat, et lorsque tout le monde y reconnaîtra la référence initiale plutôt qu’une référence à une référence à la référence, s’exclamer « ho, ho, ils n’ont pas la ref’, c’est que ces patriotes en carton ignorent tout de la culture française qu’ils prétendent défendre, et toc, je suis vraiment le plus malin. »

Mais qu’importe, au fond. Le monde entier a pensé voir une parodie de la Cène, et a réagi à une parodie de la Cène. Ceux qui ont aimé comme ceux qui n’ont pas aimé, ceux qui en font l’éloge comme ceux qui condamnent. Même si ce n’était pas le but des organisateurs (et il est permis de rester sceptique), c’est donc une bonne occasion pour réfléchir à la question du blasphème.

Le droit de se moquer des religions, des dogmes, des tabous, en somme le droit au blasphème (on me permettra d’épargner au lecteur un long débat théologique sur ce qui est ou n’est pas précisément un blasphème), fait partie de ce dont la France peut être fière. Et qui, référence olympique et olympienne, nous vient de la Grèce Antique : le plus ancien texte connu de la littérature européenne, l’Iliade, se moque d’un dieu (Arès) et l’insulte (la fin du Chant V est un modèle du genre). Alors faire l’éloge du droit au blasphème lors d’une fresque sur la France, sa culture et son histoire, donner aux bigots du monde entier une petite leçon à la manière d’Homère, de François Villon, de Rabelais, des Mousquetaires provoquant Richelieu, de De Funès, d’Astérix, de Coluche et de Le Luron, c’est oui, un très grand oui, mille fois oui. Même si, et j’entends l’argument, il est permis de se dire que ce n’est pas le moment, et qu’inviter toute la planète chez nous à l’occasion des JO pour le plaisir de choquer l’écrasante majorité de nos invités n’est pas forcément faire honneur à notre culture.

Apologie du conformisme

Seulement, et dans tous les cas, ce n’est pas ce qui a été fait vendredi soir. Si telle était l’intention, parodier le christianisme avec des drag queens en apôtres et une femme obèse incarnant Jésus, et parodier seulement le christianisme, dans le Paris des bobos, des surmulots et des QR codes, ce n’est pas un éloge du blasphème mais une apologie du conformisme. Presque une figure imposée, sans originalité et surtout sans courage, servilement soumise aux orientations idéologiques du pouvoir en place. Et c’est encore plus convenu et insipide s’il s’agit d’une représentation post-moderne de l’Olympe : si Dionysos était bleu en référence à Shiva c’est bien vu, mais tout le reste fait pâle figure à côté de l’humour baroque d’Aristophane. Et si, comme l’affirme maintenant le metteur en scène, le but était « une cérémonie qui répare, qui réconcilie » (alors qu’il y a peu il déclarait que c’était un acte de « résistance » face au RN), force est de constater que c’est complètement raté : « réparer » la susceptibilité perpétuellement froissée des wokes n’est pas « réconcilier » les factions irréconciliables de la France, et encore moins du monde. Mais revenons au blasphème, source de la polémique si ce n’est de la scène/Cène/Seine.

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Faire l’éloge du blasphème, en France, en 2024, ce serait au minimum rendre hommage à Charlie Hebdo, à Samuel Paty et à Mila. Et si on veut de la créativité et de l’audace, casser les codes et réellement blasphémer, il faut faire comme Molière et tourner en dérision les idéologies en vogue au moment où on monte son spectacle. Un éloge du blasphème et de la liberté, aujourd’hui, c’est donc se moquer des migrants de François plutôt que du Christ de Léonard (ou de l’Apollon de Bijlert), c’est se moquer des Divines Valeurs de la Très Sainte République, des (néo)féministes, de l’éco-anxiété, de l’antiracisme, des lois mémorielles, de la soif de censure de Thierry Breton, des LGBTQI+, de la diversité et de l’inclusion. C’est OSS 117 et Gaspard Proust, c’est le livre de Dora Moutot et Marguerite Stern, c’est le collectif Némésis trollant les manifestations de gauche, et si on veut bien regarder ailleurs qu’en France, c’est Ricky Gervais et le film Lady Ballers (dont la bande-annonce à elle seule est une pépite). Ça, c’est transgressif.

Et ça peut être beau, la liberté et le blasphème, ça peut être élégant, ciselé, poétique. Ça peut être dans l’esprit des Jeux Olympiques, un élan vers l’excellence et la grandeur. Ici, François Sureau impérial rappelant que « il est des haines justes ». Ailleurs, les Iraniennes magnifiques, cheveux au vent, filles des héroïnes du Shahnameh défiant les hordes de Zahak. Ça peut être simple sans être vulgaire, comme quand des apostats de l’islam partagent de modestes photos de verres de vin et de plateaux de charcuterie, douceur de vivre et dignité des humbles.

Le triomphalisme de la gauche est ridicule : d’accord, vous vous êtes fait plaisir avec un grand spectacle à votre propre gloire financé par les impôts des petites gens. Vous avez exaspéré les réacs, et vous avez de quoi snober tous ces beaufs qui ne connaissaient même pas Bijlert, tu vois, ce célèèèèèbre artiste (dont vous-mêmes ignoriez l’existence), et ces ploucs qui croient encore qu’un plan cul à trois et un triangle amoureux ce n’est pas tout à fait la même chose. Bravo, félicitations, et repassez-vous la séquence « ah, ça ira, ça ira » quand vous ne comprendrez pas pourquoi le RN n’arrête pas de monter : le tiers-état contribuable vit souvent assez mal l’arrogance des privilégiés ultra-subventionnés, voyez-vous.

Mais certaines indignations de droite sont tout aussi ridicules : vous vous attendiez à quoi, franchement ? Critiquez, analysez, mais de grâce ne surjouez pas l’émotion. Et réjouissez-vous, le monde entier a vu qu’un artiste mélenchoniste et un historien déconstructeur disposant d’un budget colossal, malgré quelques moments vraiment réussis, n’arrivent pas à la cheville du Puy du Fou, de ses bénévoles et du roman national.

Et les réactions de l’Église sont un effarant coup contre son camp. Ne se moquer que du christianisme est facile, petit, mesquin, c’est entendu. On a néanmoins le droit, et heureusement, de se moquer du christianisme. Vous avez vu ou cru voir Jésus représenté par une DJ obèse, la belle affaire ! On nous explique maintenant qu’elle était censé incarner Apollon, comme s’il était moins grave de parodier un des dieux de Plutarque plutôt que le dieu de Torquemada. Mais est-ce vraiment l’essentiel ? Qu’il y ait eu un enfant au milieu des drag queens n’est-il pas une question un tantinet plus sérieuse ? L’Église passe son temps à encourager la dislocation de l’Europe dans le multiculturalisme : assumez maintenant, on reconnaît un arbre à ses fruits (Matthieu 7:15-20). N’oubliez pas qu’un peu partout la criminalisation du blasphème est avant tout une arme contre les chrétiens, et visant à faire taire ceux qui osent dénoncer ce au nom de quoi les chrétiens sont persécutés. Pensez à Asia Bibi, et évitez de hurler avec les foules haineuses qui voulaient la mettre à mort en la traitant de blasphématrice. Pensez à ceux qui, aujourd’hui, en France, apostasient l’islam pour se convertir au christianisme et subissent pressions, harcèlement, menaces, violences. Défendre leur liberté de proclamer leur foi alors que cela choque leur communauté d’origine, c’est aussi défendre la liberté de Thomas Jolly et Philippe Katerine de vous choquer avec leur mise en scène de Jésus/Apollon et Dionysos/Shiva.

Et c’est aussi, évidemment, défendre notre liberté de dire que nous n’avons pas aimé ce spectacle, et n’en déplaise à l’Arcom, que nous allons continuer à blasphémer contre la gauche, ses tabous et ses idoles.

Patrick Eudeline, le rock à l’âme

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Patrick Eudeline © Quentin Verwaerde

Eudeline est un perfectionniste : ses fans ont attendu près de vingt ans la sortie de son nouvel album. Comme avant est enfin dans les bacs ! Rencontre avec ce dandy inclassable, cet esthète d’un autre temps qui cultive comme personne la réac n’roll attitude.


C’est devant Le Motel (Paris 11e, passage Josset) que je retrouve, ou plutôt rencontre Patrick Eudeline. Un ami est déjà sur les lieux, armé de son appareil photo. Au loin, je les aperçois ensemble. M’approchant, je découvre la petite silhouette désarticulée qui se contorsionne face à l’objectif de Quentin. Accrochées sur ce squelette comme au bout d’une falaise fatiguée : de belles et longues mains expressionnistes.

Un pro !

Je les rejoins, me présente, salue Eudeline : ses cheveux longs et fins sont plaqués en arrière avec du gel, le visage marqué et griffé d’un doux sourire me renvoie à mille souvenirs de papier glacé. L’homme est charmant, immédiatement ; d’une courtoisie et d’une politesse qui détonnent avec l’image que l’on pourrait s’en faire, dans cette tenue toujours impeccable de dandy de cuir portant le foulard comme personne.

Quentin le photographie sous tous les angles, lui demande de bouger une main, de croiser ses jambes, de montrer ses bottes, d’enlever ses Ray-Ban Aviator malgré les réticences du modèle (« Pas trop longtemps non plus ! »). Chaque geste, chaque pose semble juste et personnel : nous avons affaire à un professionnel (« Il faut dire que ça commence à faire longtemps »).

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Nous entrons dans Le Motel, la séance photo se prolonge. « Baissez un peu votre menton plutôt, oui, oui, comme ça, voilà ! Très bien ! » Eudeline a l’air d’un docile enfant de 10 ans aux attitudes précieuses et étudiées. Un enfant de 10 ans qui aurait usé de substances à haute dose pendant quelques décennies. Son arrivée a instantanément changé quelque chose à l’atmosphère du bar ; les regards se tournent vers ce physique extraordinaire et bien connu. Je lui demande ce qu’il veut boire : « Un Coca-Cola ! » me répond-il.

Nous nous installons à une table ronde, face à face. L’entretien commence : « Patrick, ton album s’appelle Comme avant : alors, le rock n’roll, musique réactionnaire ? » La machine se met en marche, sans mal. Il est bavard, ses phrases sont agiles, la passion est là, les souvenirs se déploient, le dégoût du présent le stimule : « Il suffit de regarder la gueule des paquets de cigarettes de nos jours pour être réactionnaire. » Sa voix est faible, cassée. (« J’ai répété hier, il va falloir que je me repose. ») Il regarde dédaigneusement le Breizh Cola posé sur la table : « Je ne suis pas sûr que ça dynamise comme le vrai Coca, mais ce n’est pas grave, passons… » Il boit une gorgée et développe : « Être réactionnaire au temps de Georges Pompidou et l’être aujourd’hui n’a plus le même sens. Aujourd’hui, il y a des choses qui me hérissent politiquement, dans l’art et j’en passe, qui devraient hérisser toute personne normalement constituée. »

Quand je parle, il s’approche de mon visage comme pour attraper les mots qui sortent de ma bouche. Je le regarde, naviguant en moi-même : je pense à ses articles dans les Rock & Folk que je volais à mon frère à 14 ans, à Johnny Thunders, à cet ancien combattant de la guerre des vices qui est là devant moi, se livrant avec plaisir dans une conversation où il a l’extrême grâce d’être aussi attentif à mes propos que je le suis aux siens. Quentin tourne autour de nous comme un danseur qui valserait sans bruit en attrapant des images au vol.

De gauche à droite

Celui qui était le rock critic le plus célèbre de France (avec son ami Philippe Manœuvre) est aujourd’hui black-listé. Il écrit maintenant le plus souvent pour des journaux marqués à droite. « Causeur est le seul magazine que j’achète. C’est excellent, j’y apprends toujours des choses ! » Il continue : « De toute façon, si je voulais de nouveau travailler à Libération, comme je l’ai fait dans les années 1980, ce serait impossible, ils ne voudraient plus de moi : ma réputation, mon image grotesque de Zemmour du rock m’ont condamné à ne plus pouvoir travailler avec ces gens. Mais si je leur dis, citez-moi une seule phrase que j’ai écrite que vous trouvez intolérable, ils ne trouveront rien à dire ! Il n’y a évidemment rien de raciste, d’homophobe, ou de je ne sais quoi chez moi. » Il conclut, imparable : « Tout est mal interprété, mal compris. Les valeurs se sont inversées sans que beaucoup ne le remarquent : la tolérance, la liberté, la haine de la censure, toutes ces idées qui étaient traditionnellement de gauche sont passées à droite. »

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Nous en venons à ce pour quoi nous sommes face à face (du moins, je crois) : son album. Cela fait des années qu’il travaille dessus : peut-on le croire ? Oui, on peut. Doit-on le croire ? Non. Il n’est pas tout à fait certain qu’Eudeline ait travaillé sur ces dix titres depuis presque vingt ans (dix-huit années, pour être précis, nous séparent de son précédent album Mauvaise étoile). Peu importe. Il a tout fait lui-même, de la moindre grosse caisse jusqu’au mastering. (« Ça n’existe pas la création collective. ») Ce disque, à la fois infiniment touchant et superbement inactuel, est un vaisseau fantôme d’une singularité si forte qu’il désarme la moindre envie de reproche (on pourrait dire la même chose d’Eudeline lui-même).

Lorsque l’on tente de parler d’avenir, il est dubitatif : l’idée de futur lui est étrangère. Plus encore à propos du rock n’roll : « Il peut y avoir des personnalités et des artistes intéressants qui émergent mais culturellement, l’énergie n’est plus suffisante pour qu’un tel mouvement d’ampleur perdure : il vivote grâce au capitalisme qui a récupéré le rock, le punk, mais musicalement c’est un mort-vivant. »

Eudeline, lui, au travers d’une vie boiteuse et passionnée, reste une figure culte de cet ouragan qu’a été le rock n’roll. Le voir, le rencontrer, c’est ne pas oublier qu’un monde d’avant a existé ; c’est avoir devant les yeux une relique d’un temps perdu qui devrait faire honte, par sa liberté et sa verve, aux êtres nouveaux qui, si leur santé est fière, sont pour beaucoup séniles par leur crétinisme et leur conformisme. Alors, souhaitons à Eudeline de passer les tempêtes et de continuer comme avant.

À écouter

Patrick Eudeline, Comme avant, Deviation Records, 2024.

La décadence comme identité?

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Paris, Cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques, 26 juillet 2024 © MAXIM THORE/BILDBYRÅN/Shuttersto/SIPA

Sur les eaux de la Seine, sur six kilomètres, la France a étalé ses festivités dans une ambiance assez décadente, le premier jour des Jeux olympiques. C’est le constat accablé que fait Driss Ghali, après la cérémonie d’ouverture à Paris.


Il paraît que critiquer la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques fait de vous un facho. Eh bien, moi je dis qu’il vaut mieux se tenir debout que faire allégeance à la laideur et à la subversion ! Qu’il vaut mieux être fidèle à l’identité française que s’agenouiller devant des hommes en slip ou des femmes portant une barbe jaune. Autrement dit, que l’avis de l’opinion majoritaire à Paris intramuros doit nous importer peu. Et qu’avant-hier encore, il a été prouvé qu’il s’agit d’une boussole qui indique le sud.

Allégeance au lobby LGBT

Sur les eaux de la Seine, sur une longueur de six kilomètres, la France a étalé sa décadence. Une décadence devenue identité. Aujourd’hui et aux yeux des élites hexagonales qui ont tellement désiré ces Jeux et voulu cette cérémonie d’ouverture en plein air, aux yeux de ces élites donc, être français en 2024 revient à faire allégeance au lobby LGBT et à la promiscuité sexuelle. Être français à leurs yeux, c’est être un homme qui embrasse un autre homme, un homme qui participe d’un ménage à trois, un transformiste (moche en plus) qui singe le Christ et ses compagnons. Être français, selon les classes dirigeantes, c’est célébrer la décapitation de Marie-Antoinette et profaner son cadavre. 

Totale subversion de l’identité française. La France est une femme, pas un trans. La France est une femme délicate et sophistiquée, pas un Schtroumpf à poil. La France est une femme audacieuse qui aime et qui rend fou ; elle rend fou d’amour, pas de dégoût. Elle sent bon, elle est bien coiffée, elle peut être blanche ou noire, mais elle est belle et harmonieuse.  

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Parlons des noirs justement. Pensez-vous que nos amis du Sahel ont apprécié ce show LGBTQIA+ ? Vont-ils retrouver dans cet étalage de l’inconscient collectif de nos chefs une raison de nous aimer et de nous demander de rester à Bamako, Dakar et Niamey ? Vont-ils croire que notre armée, à l’image de la Garde républicaine réduite vendredi à une troupe dansante, est capable de les protéger contre Al-Qaïda ?

Parlons aussi des noirs qui vivent en France, des Arabes, des Tchétchènes et des Afghans, chéris par la gentille maire de Paris. Vont-ils s’assimiler à une culture où un homme embrasse un autre ? Bien sûr qu’il y a des homos venus d’Afrique et du monde arabe, bien entendu qu’ils méritent respect et dignité, mais ils n’ont jamais demandé à ce que la culture nationale se résume au « cul ». Personne ne veut s’assimiler à un carnaval, personne ne veut vivre dans une maison close. Les gens ont besoin de protection et ils croient la trouver dans les cultures où les valeurs cardinales sont la puissance et le travail. 

On se rapproche de ce qui enchante, pas de ce qui fait honte

Personne ne veut s’assimiler à la laideur. Les gens s’assimilent à ce qui les fascine. On se rapproche de ce qui enchante, pas de ce qui fait honte. Alors, il y a eu des moments de beauté dans cette cérémonie (le ballon dans le Trocadéro, le passage de Céline Dion) mais ils ont été placés sous le haut patronage de la décadence. On a d’abord exhibé le crâne de Marie-Antoinette avant d’entendre Céline Dion. C’est un peu comme si Daesh faisait chanter Oum Kaltoum après avoir brûlé vif un prisonnier chrétien !

Avant-hier sur les bords de la Seine a été criée la vérité de ce pays. Il va mal ! Il va très mal ! et sa crise est d’abord morale, esthétique et mentale ! On comprend pourquoi tout s’effondre – l’économie, la sécurité, la diplomatie, la politique – quand on comprend à quelle source d’eau trouble boivent nos élites !

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Enfin, et pour être tout à fait juste, il faudrait ajouter que les élites ne sont pas les seules coupables de cet empoisonnement collectif. Une partie du peuple leur emboîte le pas. En effet, une partie du peuple français est plus fidèle à la Révolution de 1789 qu’à la France elle-même. Sa patrie c’est Robespierre et seulement Robespierre.

La France est divisée en deux. D’un côté, le parti de la Révolution et de l’autre, le parti de la France. Et ce parti de la Révolution, composé des élites et d’une partie du peuple, a faim de destruction et de chamboulement. Il n’est pas rassasié du sang de Marie-Antoinette. Il veut la peau de la France. Et il fera tout pour l’annuler et l’effacer pour la remplacer par le « monde ». Et cela veut dire la promotion de la diversité poussée jusqu’au remplacement démographique, les emprunts à la culture américaine érigés en culture nationale, la délinquance étrangère instituée en circonstance incontournable de la vie en France. 

La France est malade de cette guerre civile qui n’en finit pas. Elle est malade de Paris. Elle est malade de son universalisme fondé sur le vide.  

Ce n’est pas la France que ma mère m’a fait aimer lorsqu’elle m’enseigna le Français comme on dévoile un secret merveilleux à un être cher. Ce n’est pas la France que Lyautey a incarnée si admirablement au Maroc. Ce n’est pas la France que Léopold Sédar Senghor a assimilé au plus profond de son être. Ce n’est pas la France que l’Emir Abdelkader a chérie après l’avoir longtemps et si héroïquement combattue. Et dire que le Paris de ces années-là était un « bordel » de classe mondiale. La différence avec aujourd’hui est peut-être qu’une fois la braguette remontée, les hommes se consacraient à leur mission véritable : assurer la grandeur de leur pays…

Louis XVIII et les femmes

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Marie-Thérèse Charlotte de France © Wikipédia

Episode 5 : La nièce…


Relire le premier épisode; le 2e épisode; le 3e épisode; le 4e épisode

Jaloux de son aîné, qu’il détestait, « le roi sans royaume ne faisait rien sans raison, ni sans calcul ». C’est sous ces traits cruels que l’historien Matthieu Mensch décrit le comte de Provence, futur monarque de la Restauration, au seuil de l’ouvrage qu’il consacre aux Femmes de Louis XVIII – c’en est le titre. A Louis XVI, le cadet de la dynastie Bourbon enviait aussi son Autrichienne, dont il pensait que lui-même l’aurait mérité davantage : « la haine de Monsieur envers son infortunée belle-sœur avait fini par devenir de notoriété publique », au point que sur le tard, il cherchera à se dédouaner. Instrumentant la mémoire de la reine martyre, il fera même construire, en 1826, une chapelle expiatoire : « Marie-Antoinette semble correspondre parfaitement à la vision cynique de Louis XVIII, pour qui les femmes n’étaient que des outils politiques ou de simples faire-valoir ». Quel garçon sympathique…

Les femmes de Louis XVIII

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Longtemps souverain sans trône, le frère du roi martyr n’offrait pas dans son exil anglais, c’est le moins qu’on puisse dire, une physionomie majestueuse : goutteux au point de ne pouvoir s’asseoir à table et de ne se déplacer qu’en chaise, gras comme un dindon, c’est un homme sur le déclin que retrouve sa nièce Marie-Thérèse Charlotte de France, la seule rescapée du Temple après l’assassinat de ses royaux parents.

Elle ne l’a pas revu depuis 1791. Le futur Louis XVIII avait surveillé de près les grossesses de sa belle-sœur. La naissance, en 1778, de celle qu’on appelle aussitôt « Madame Royale » « n’ôte pas au comte de Provence son statut d’héritier du trône, mais la fécondité du couple royal vient sérieusement amenuiser ses espoirs de régner ». La Révolution bouleverse la vie de cette princesse « pleine de morgue », prise en otage dans la double propagande royaliste et révolutionnaire, bientôt incarcérée au Temple avec ses parents, son frère et sa tante, et devenue « citoyenne Capet » : son journal rendra compte des derniers instants de sa famille, de sa longue captivité, puis de la mort prématurée de son phtisique petit frère (le dauphin Louis XVII), en 1795. Louis XVIII va utiliser les malheurs de sa nièce pour légitimer la dynastie Bourbon : enjeu politique, la survivante libérée par la Convention entame une longue errance de Vienne à Varsovie en passant par Mittau, en Courlande, et jusqu’en Angleterre. Devenue un atout pour Louis XVIII, qui la marie avec le duc d’Angoulême (le fils de son frère et futur Charles X), l’orpheline du Temple, à nouveau exilée sous l’Empire, sera associée par son oncle « friand de mythologue et d’allégories compliquées »  à la tragédie d’Antigone : exit Napoléon, Louis XVIII fait de la duchesse d’Angoulême l’ « éternelle victime expiatoire de la Révolution (…), vestale veillant le feu de la monarchie ». Stérile, la presque reine se voit éclipsée par son mari, devenu dauphin de France en 1824 lorsque s’éteint l’oncle Louis et que Charles X accède au trône à son tour. Nouvel exil en 1830, définitif cette fois, ultime étape d’un long chemin de croix dont Chateaubriand se plaira à rappeler le pathétique.

Elle trépasse en 1851 : « dans la mort, la duchesse d’Angoulême et Madame Royale finissent par se rejoindre (…), ne formant plus qu’une seule somme de malheur ». Pareil à lui-même, Louis XVIII n’aura jamais cessé d’instrumentaliser le prestige conféré par les souffrances de sa famille.

Chasseur de magazines

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Vieux numéros de "20 ans" et "Lui". DR.

Notre chroniqueur ouvre ses boîtes à souvenirs durant tout l’été. Livre, film, pièce de théâtre, journaux, BD, disque, objet, il nous fait partager ses coups de cœur « dissidents ». Pour ce dimanche, il a choisi de nous parler de la presse magazine française. Il a beaucoup fouillé dans ses archives personnelles et déniché quelques pépites (interview, reportage, enquête, etc…) dans 20 ans, l’Echo des Savanes, Lui, Elle ou le mensuel A Suivre


Je suis tombé dans le papier, très tôt. J’en ai même fait mon métier. À vrai dire, j’aime autant la presse en kiosque que la « grande » littérature. La lecture des magazines dit de loisirs aura guidé toute ma jeunesse provinciale. Je suis venu aux Hussards, aux surréalistes et aux futuristes par l’entremise de revues récréatives. J’ai appris à écrire dans Bicross Magazine, Tennis de France et Moto Verte. On ne guérit jamais de cette enfance avec papier glacé, la tête penchée sur la presse spécialisée. 

La politique et la marche du monde ne m’intéressent que si elles sont maquettées entre l’essai d’une voiture de sport et une collection de maillots de bain. J’ai toujours préféré le superficiel à l’existentialisme des rédactions parisiennes. L’actualité est d’un ennui mortel. Par contre, se replonger dans les magazines datant des années 1970/1980 est aussi salutaire qu’épousseter les résidences secondaires au début du printemps. On s’aère l’esprit, on se libère, on apprend mille choses et on s’amuse franchement. 

A ne pas manquer, notre numéro de l’été: Causeur 125: En première ligne dans la guerre des idées, Notre jeunesse

Dans des titres considérés comme ineptes par les gens sérieux, on est fasciné par leur richesse de contenu, la pertinence de leurs interviews et une fraîcheur qui semble avoir disparu de nos médias militarisés. Se divertir n’est pas un crime. Qui pourrait croire que dans 20 ans, entre un reportage sur l’orgasme masculin et une sélection de « pulls tout pulpeux », on tombe sur une interview folle de Véronique Sanson d’octobre 1972 ? La journaliste l’interroge sur les prénoms. La chanteuse répond : « Pour moi, les gens ressemblent à leurs prénoms. Il y a les Martine, par exemple, des garces. Elles se ressemblent toutes. Petites bourgeoises qui ne pensent qu’à se faire épouser et à avoir des gosses. Oh… et puis les Marie-Dominique, pleines de boutons, brunasses et toujours à faire des coups en-dessous. Dans les restaurants, j’imagine le prénom des gens, et leur vie. On se trompe rarement, c’est marrant… ». On aime Véronique pour cette dinguerie-là. Un an auparavant, toujours dans 20 ans (numéro d’août 1971), le regretté Wolinski mettait les points sur les « i » et faisait la leçon aux donneurs de morale qui l’accusaient de récupération politique car le dessinateur officiait en même temps au Journal du Dimanche et à Charlie Hebdo. Sa réponse était sans appel : « Si j’accepte de travailler dans un journal de grande diffusion, c’est d’abord parce que je veux gagner assez d’argent pour vivre correctement en élevant mes enfants, ensuite parce que les dessins qui paraissent dans certaines publications ultra-politisées et confidentielles ne s’adressent qu’à des gens déjà convertis. La « grande presse » touche la masse, et c’est au moins aussi intéressant qu’une prétendue élite intellectuelle de gauche qui se veut pure mais se trouve mal placée pour donner des leçons ». Voilà, c’est envoyé ! 

La presse magazine d’alors, contrairement à celle d’aujourd’hui, cherchait le contre-pied, et non l’asservissement aux mêmes idées. Dans Elle du 6 juillet 1981, Monica Vitti opérait un tournant stratégique dans sa carrière, à 44 ans, se détachant ainsi des rôles sensuels et dramatiques qui lui collaient à la peau. Elle revendiquait le nez rouge comme sa vocation avouant qu’elle avait eu « son premier succès involontaire » au théâtre, à l’adolescence : « Pour un rôle que je croyais profondément dramatique ; eh bien, toute la salle s’est écroulée de rire ! J’étais très vexée. Aujourd’hui, c’est ce que je veux, les rires du public ». On ne sacralisait pas tellement le cinéma comme le prouve l’entretien hilarant accordé à Martin Veyron en 1985 dans L’Echo des Savanes pour l’adaptation de sa BD L’Amour propre au cinéma. L’intervieweur s’étonne que Claude Zidi, le producteur, lui ait confié la réalisation alors qu’il n’avait jamais mis les pieds sur un plateau. « Vous savez, la production payait directement les techniciens, les comédiens, il n’y avait aucun risque que je dépense les sous avec des filles ou au bistrot » rétorquait-il, aussi désabusé que Bernard Lermite, son double de papier. 

A lire aussi, du même auteur: Alors, on lit quoi cet été ?

Dans le mensuel A Suivre dédié à l’illustration en 1978, Hergé, le créateur de Tintin, évoquait ses goûts littéraires à François Rivière. Celui qui fut un grand lecteur de Balzac, Flaubert, Stendhal, Dostoïevski et Dickens avait évolué. En 1978, « il y a quelque chose de décisif, c’est la psychologie des profondeurs de Jung. Lui m’a orienté vers les philosophies qui ne sont pas seulement des idées et des mots, mais que je ressens dans tout mon être » disait-il. De toutes mes collections, j’ai un faible pour les Lui avec Sophie Favier nue en relief mais surtout pour les confidences de star. En 1986, Irène Blanc avait passé trois jours avec Chaban « pressenti » comme Premier ministre de la cohabitation qui donnait une définition (de normand) du gaullisme : « Le gaullisme n’envisage pas la vie sans liberté mais pas non plus la liberté sans justice sociale […] Si le tout-Etat est inacceptable et finalement meurtrier, le sans-Etat est destructeur ». Sardou, en janvier 1983, était plus direct sur son rôle d’homme public : « Je n’aime pas la foule, j’ai même horreur de la foule. Je suis à l’envers de ce que je fais. […] Dans ce métier, on est toujours en représentation, on fait gaffe à ne pas grossir, on fait gaffe à être aimable, on fait gaffe à tout. Et moi, il y a des moments où j’ai pas envie de faire gaffe ! ». Vive les vieux journaux !

Monsieur Nostalgie

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Ouverture des JO: Olympic Lapalissades

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Paris, Cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques, 26 juillet 2024 © Matthias Schrader/AP/SIPA

Une cérémonie pour le meilleur et pour le pire, où d’indéniables moments de bravoure ont côtoyé la laideur la plus convenue.


Depuis quelques semaines, les “auteurs” de la cérémonie d’ouverture des JO se réjouissaient bruyamment dans la presse des surprises qu’ils nous réservaient. On devinait même, au fil des interviews des uns et des autres, accordées comme il se doit à la crème des médias bobo, que le metteur en scène Thomas Jolly, l’historien Patrick Boucheron, la romancière Leïla Slimani, la scénariste Fanny Herrero et l’animatrice Daphné Bürki – surtout elle d’ailleurs – éprouvaient un indicible plaisir aristocratique à se compter parmi l’élite sachant déjà tout du spectacle qui serait bientôt diffusé en mondiovision.

Vanitas vanitatum ! Au lendemain de l’événement, force est de constater que ce ne sont pas les petits secrets de ces quelques happy fews auto-satisfaits qui resteront gravés dans les mémoires des téléspectateurs. Les moments les plus marquants des quatre heures de show sont totalement étrangers aux travaux de l’équipe artistique. Car l’idée de faire défiler les 200 délégations nationales à bord de bateaux sur la Seine n’est pas la leur. Pas davantage que celle de faire aboutir le parcours de la flamme olympique au pied d’un ballon stationnaire amarré dans le jardin des Tuileries, lieu de décollage historique des premières montgolfières au XVIIIème siècle.

Pour autant, il faut reconnaître que de nombreuses séquences signées par Joly et ses camarades furent très réussies : le french cancan des danseuses du Moulin rouge sur le quai d’Orléans ; le Ah ça ira ! entonné à bord d’une caraque, ce bateau emblématique de Paris, par la mezzo-soprano franco-suisse Marina Viotti accompagnée du groupe de rock metal français Gojira ; la pièce de ballet contemporain, imaginée par la chorégraphe Maud Le Pladec (directrice du Centre chorégraphique national d’Orléans) et interprétée par 420 danseurs venus des quatre coins de la France devant un Hôtel-Dieu paré pour l’occasion de milliers de bandes dorées et argentées ; le show laser, évoquant les meilleures heures de Jean-Michel Jarre dans les années 80, à la tour Eiffel ; et bien sûr, le point final : Céline Dion chantant L’Hymne à l’amour d’Édith Piaf pour clôturer la soirée de la façon la plus classique et humaine qui soit.

Mais pourquoi diable avoir rajouté, entre ces moments de grâce, tant de séquences pathétiques ? Qui a cru subtil de se moquer lourdement, dans un pays qui a aboli la peine de la mort, de la pauvre Marie-Antoinette, en la montrant décapitée à une fenêtre de la Conciergerie, le lieu même de son abominable martyre ? Comment ne pas se croire en Corée du Nord devant la célébration en carton pâte des “femmes inspirantes” dont Olympe de Gouge, Gisèle Halimi et Simone Veil ? Et ne parlons pas de l’interminable show LGBT+ sur la Passerelle Debilly. Une consternante démonstration de conformisme woke, avec femmes à barbe de rigueur.

La ville lumière est sans aucun doute un haut lieu du travestissement et de l’excentricité sexuelle. Seulement, le chevalier d’Eon, George Sand, Rrose Sélavy et Michou ont dû se retourner dans leur tombe durant cette bacchanale sans inventivité, qui aurait pu aussi bien se jouer à Las Vegas, Berlin ou Sydney. Cerise sur le gâteau, son point d’orgue fut une parodie kitsch de la Cène de Léonard de Vinci, manière confortable de gifler sa grand-mère et surtout de confirmer combien les rebelles officiels ont besoin du christianisme honni s’ils veulent donner à leur existence plus d’épaisseur qu’un projet marchand de discothèque à plein temps.

Enfin et surtout, si on porte un regard woke sur la cérémonie d’hier, on ne peut que remarquer une chose : les personnes “racisées”, soit les victimes systémiques de l’Occident à en croire les Insoumis, ont presque toutes été employées hier dans les moments faits d’ordre et de solennité : pendant la Marseillaise (interprétée par la talentueuse Axelle Sait-Cirel, d’origine guadeloupéenne), au cours du relais de la flamme final, avec des légendes du sport telles que Zinédine Zidane, Teddy Riner et Marie-José Pérec, mais aussi bien sûr à chaque fois qu’un athlète du Sud global, en costume national pré-colonial, brandissait fièrement son drapeau.

Pas question pour les auteurs de la cérémonie de demander à des non-blancs de se prêter à quelque orgie décadente… Oh pardon, il y avait certes une drag queen noire, mais qui portait, tel un transfuge de race, une perruque blonde ! Bref le message adressé au reste du monde était limpide : nous avons une capitale superbe et accueillante, des traditions magnifiques et universalisables, et une ouverture aux autres inédite dans l’histoire. Mais la population de souche de la ville est au ras des pâquerettes, ne sachant plus où elle habite. Alors, venez vite la remplacer !

M. Macron et son rêve secret

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Le président Macron et son épouse Brigitte, dîner de gala du CIO au Louvre, Paris, 25 juillet 2024 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Une chose est certaine, on ne pourra pas reprocher aux organisateurs de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques labellisés Paris 2024 de ne pas avoir strictement observé les impératifs du moment. Impératifs moraux autant qu’idéologiques, bien entendu. Pour complaire à l’intelligentsia, je veux dire la nôtre, celle de notre Occident allègrement en voie de déconstruction, il fallait absolument que la chose fût inclusive. Or, pour l’être, inclusive, elle l’aura été. Tout a été dûment racisé, transgenré, drag-queenisé, lesbianisé, arc-en-ciélisé. Du rose en abondance. Et de la gesticulation désarticulée à foison. On se disait que la pluie allait finir par rafraîchir tant d’ardeurs. Nullement. Le pays, la France, dans tout ça ? Ce n’était probablement pas là sa place. « Cachons cette France que nous ne saurions voir ». 

Ce qu’il s’agit de montrer désormais est l’adhésion supposée de la nation à l’internationale wokisée, cela en donnant à voir à la planète entière une cérémonie qui aurait pu avoir lieu à l’identique à peu près partout dans le monde où le travail de sape évoqué ci-dessus est en cours. En gros, pour simplifier, partout en Occident mais aussi dans quelques autres contrées par-ci par-là. C’est d’ailleurs le but recherché. L’inversion radicale du principe de l’olympisme. À l’origine, ce rendez-vous quadriennal devait donner lieu à l’expression du génie de chaque nation dans le cadre pacifié d’une confrontation sportive les réunissant toutes. Désormais le principe même se trouve totalement détourné. Ce qui doit être absolument mis en avant n’est autre que le degré d’immersion, de dilution de ces mêmes nations dans un universalisme apatride, aculturé, véritable fosse commune de leurs identités, de leurs spécificités, de leurs richesses civilisationnelles. 

Paradoxalement, on ne songe pas encore à supprimer les drapeaux nationaux. Qu’on se rassure ! S’ils sont – pour l’heure – épargnés, ce n’est pas en raison du sens qu’ils portent, du symbole qu’ils représentent, mais tout simplement parce que ça fait joli, avec toutes ces couleurs, n’est-ce pas. Ça apporte du clinquant au décorum. On a donc eu tout cela. En longueur. Car c’était long, en effet. Quand la scène a les dimensions de la Seine, évidemment l’occuper en entier, la traverser de cour à jardin, ça prend du temps.

Et puis Céline vint. Enfin. Dion chantant Piaf. L’émotion vraie. La sublime Céline, ressuscitée. Reparaissant à la face du monde, elle ne pouvait rêver meilleur moment, meilleur lieu. On s’en réjouit pour elle, évidemment. De la Tour Eiffel, elles deux – Céline et Piaf – ont rayonné quelques instants à travers le monde. Et donc, nous la France, avec elles. Un peu au moins. C’est déjà cela.

M. Macron s’est dit très content de sa cérémonie d’ouverture. Personnellement, je le comprends. Lorsque j’ai vu ces délégations de tous les pays embarquées sur des péniches, je me suis dit immédiatement : « Belle satisfaction pour le président : après nous avoir emmenés si longtemps en bateau nous autres Français, voilà qu’il s’offre à présent le plaisir d’y emmener le monde entier! »

Voile à visière et œillères sur le voile

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Sounkamba Sylla. Capture YouTube / Brico Man.

Une solution a été bricolée à la dernière minute par les instances sportives françaises pour que l’athlète Sounkamba Sylla, qui porte un voile islamique, puisse participer à la cérémonie d’ouverture des JO… La sprinteuse arborait une casquette agrémentée d’une bande de tissu cousue main, afin de dissimuler entièrement sa chevelure.


Éclipsée par les commentaires sur la dimension carnavalesque de la cérémonie d’ouverture, l’athlète Sounkamba Sylla a donc pu y participer avec une « casquette » au lieu d’un voile islamique – disons plutôt, pour être honnêtes : avec un voile à visière. Accommodement raisonnable…. ou pas ? L’avenir le dira. Mais ce qui est immédiatement frappant, c’est la constance avec laquelle la plupart des arguments avancés à ce sujet évitent soigneusement l’essentiel, et rivalisent de mauvaise foi.

L’hypocrisie du CIO

Ainsi, Sounkamba Sylla elle-même avait déclaré : « Tu es sélectionnée aux JO, organisés dans ton pays, mais tu ne peux pas participer à la cérémonie d’ouverture parce que tu portes un foulard sur la tête », ce qui est évidemment faux. Il n’a jamais été question de l’empêcher de participer à la cérémonie d’ouverture parce que dans sa vie de tous les jours elle porte un foulard sur la tête, il lui a seulement été imposé d’enlever ce foulard le temps de la cérémonie d’ouverture.

Le Comité International Olympique interdit toute « propagande politique, religieuse ou raciale », mais considère le voile islamique comme culturel et non cultuel. Hypocrisie absurde, tant les défenseurs du voile eux-mêmes revendiquent sa dimension religieuse – le simple fait de traiter « d’islamophobes » ceux qui rejettent le voile étant, de facto, une affirmation de la dimension islamique de ce symbole.

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Amnesty International qualifie sur ce point la politique française de « deux poids, deux mesures discriminatoire. » Là encore, c’est un non-sens : la règle est identique pour tous et pour toutes les religions, mais il se trouve que seuls certains athlètes musulmans (de loin pas tous) ont autant de mal à accepter de ne pas pouvoir afficher ostensiblement leur adhésion à un culte.

Au demeurant, si la France pratique un « deux poids, deux mesures discriminatoire » c’est plutôt en faveur de l’islam. Et là, ce sont les arguments des défenseurs de la laïcité qui ont soudain des pudeurs de gazelle.

En effet, la grande qualité de la laïcité est de soumettre les religions à la loi commune, du moins en théorie. J’aurai beau expliquer que je vénère Bacchus et qu’à ce titre la dégustation de bons vins est pour moi un acte religieux et une action de grâces, cela ne me donnera pas le droit de conduire avec plus d’alcool que de sang dans les veines ! Irais-je prétendre qu’on m’interdit de conduire à cause de ma foi, on saurait (je l’espère) me rétorquer que non, la loi ne me discrimine pas, elle refuse au contraire que ma religion me serve de passe-droit, ce qui constituerait une discrimination au détriment de tous les autres citoyens. Autrement dit, ce qui est interdit à tous (par exemple conduire en état d’ivresse) n’est pas non plus permis aux adeptes d’une religion qui le prescrit.

Accommodements déraisonnables

Or, la République tolère aujourd’hui bien des choses, lorsqu’elles sont faites au nom de l’islam, qui seraient unanimement condamnées si elles étaient faites au nom de n’importe quelle autre idéologie : sexisme, homophobie, refus de la liberté de conscience, et j’en passe. Voilà un véritable « deux poids, deux mesures discriminatoire », d’ailleurs contraire tant à l’esprit de la laïcité qu’à la loi, en particulier à la loi de 1905 et à son titre V relatif à la police des cultes.

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Ce que l’on ose rarement dire, c’est que le problème du voile islamique, et plus largement du hijab, du burqini, etc, n’est pas leur dimension religieuse mais le projet de société dont ces oripeaux sont les étendards. Il ne s’agit évidemment pas de présumer des convictions intimes et des motivations personnelles de telle ou telle femme portant le voile (bien que lorsque celle-ci insiste sur son voile mais ne voit aucun problème à se montrer bras nus et jambes largement visibles, on s’interroge nécessairement) mais simplement de constater l’évidence : la signification d’un symbole arboré dans l’espace public n’est pas déterminée par le for intérieur de la personne qui arbore ce symbole, mais par le sens de celui-ci dans la vie collective. Le salut nazi est interdit (fort heureusement) et affirmer que « oui mais pour moi ce n’est pas un salut nazi mais un salut romain » ne permet pas de contourner cette interdiction. Le voile est le seul « bout de tissu » au monde au nom duquel des États (et non des moindres) persécutent, harcèlent, emprisonnent, torturent et tuent des femmes, tout comme l’islam est la seule religion au monde au nom de laquelle des États (et non des moindres) punissent de mort le blasphème (donc la liberté d’expression), l’apostasie (donc la liberté de conscience), l’homosexualité. La promotion du voile emporte avec elle un dédain non dissimulé pour celles qui ne le portent pas – le terme même de « mode pudique » très utilisé dans le monde anglo-saxon (« modest fashion ») sous-entend que les femmes non-voilées seraient impudiques – et simultanément une vision méprisante des hommes réputés incapables de freiner les pulsions que leur inspirerait la vue de la moindre mèche de cheveux.

La France passe son temps à expliquer au monde la laïcité

La laïcité permet simplement, ou devrait permettre, de dire que le projet de société que véhicule cette vision du monde et des rapports humains est incompatible avec la décence commune de la France et avec les fondements mêmes de ses mœurs et de ses lois, et ce peu importe que l’idéologie qui porte ce projet de société soit religieuse ou non.

Faut-il, dans le cadre des Jeux Olympiques comme dans d’autres (milieu scolaire notamment), n’interdire que les symboles manifestant une adhésion ostentatoire à une idéologie contraire aux règles élémentaires de la société, ou exiger une neutralité plus large ?

Officiellement, le choix qui est fait, et qui est généralement celui des défenseurs autoproclamés de la « laïcité républicaine », est celui de la neutralité. Je dis bien « officiellement » : la promotion insistante de ce que l’on regroupe sous le terme de wokisme lors de la cérémonie d’ouverture n’avait rien de neutre, politiquement parlant. Et même ceux qui ont apprécié cette cérémonie le reconnaissent, comme Sandrine Rousseau tweetant : « Meilleure réponse à la montée du fascisme et de l’extrême-droite cette cérémonie ». Notons que l’inverse est vrai aussi : une cérémonie d’ouverture évoquant la cinéscénie du Puy du Fou aurait évidemment eu ma préférence, mais aurait également été l’expression d’une certaine idée de la France, donc d’une vision politique (pas forcément politicienne, mais assurément politique).

Pour en revenir au voile, fut-il à visière, le choix de la neutralité est en apparence le plus facile voire le plus sage dans une situation comme la nôtre, où coexistent sur un même territoire des idéologies aussi incompatibles qu’irréconciliables. Mais c’est un choix de court terme, qui ne fait que remettre à plus tard l’inévitable confrontation politique avec des projets de société inacceptables.

Le démon farceur

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L'écrivain américain Mark Twain (1835-1910) © Mary Evans / AF Archive / Sipa

Mark Twain, “Le chien télégraphiste & autres textes rares”, lecture d’été savoureuse


Mark Twain (1835-1910), écrivain autodidacte né dans le Missouri, nous revient avec Le chien télégraphiste et quelques autres textes inédits en français ou qui ne parurent pas de son vivant. On le connaît surtout pour être l’auteur des Aventures de Tom Sawyer et d’Huckleberry Finn ; moins pour ses écrits courts, drôles, subversifs, absurdes, publiés dans divers journaux.

Présentée par Thierry Beauchamp, spécialiste de littérature américaine, cette édition de poche (Le Passeur) réjouira les amateurs qui refusent l’esprit de sérieux. Elle couvre une période de plus d’un demi-siècle, de 1852 à 1907, soit presque la totalité de la carrière littéraire de Marc Twain. Ce dernier, précise Beauchamp, « était un génie prolifique dont la méthode de travail consistait à faire feu de tout bois ». Twain écrivait plusieurs livres à la fois ; il en interrompait deux, finissait le troisième, tout en reprenant le quatrième. Sa table de travail était un vaste chantier naval. Un point commun à tous ces bateaux en cale sèche : la fluidité du récit. C’est vrai qu’on ne s’ennuie jamais à le lire ; c’est donc une lecture d’été, agréable et divertissante, dont il ne faut surtout pas se priver. C’est énergique, ça provoque le rire, même si parfois le démon farceur cède à la tentation du pessimisme. On le constate en particulier avec « Le chien télégraphiste », datée de 1907, soit trois ans avant sa mort. La vie n’a pas épargné l’écrivain : il a perdu sa fille Susy et son épouse Olivia, sa plus fidèle conseillère littéraire. Sans verser dans le cynisme, la nouvelle en question est une sorte de western crépusculaire, un peu comme les trois derniers films de John Wayne. On ne croit plus aux idéaux, le septième de cavalerie n’est pas composé que de braves, des renégats blancs renseignent les guerriers peaux-rouges qui se font trucider par dizaines. C’est assez désabusé. Quant au petit chien Billy, il va subir la méchanceté des hommes.

Mais je rassure le lecteur : tous les textes ne présentent pas la même tonalité. L’ensemble est plutôt drolatique, à l’image de « L’interviewer interviewé ».

Mark Twain, Le chien télégraphiste & autres textes rares et savoureux, Le Passeur Poche. 213 pages

Le chien télégraphiste - & autres textes rares et savoureux

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Quand Liane de Pougy tombait dans les bras de Natalie Clifford Barney

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Liane de Pougy (1869 - 1950). DR

Parce que nous avons lu Nana, nous pensons tout savoir des grandes cocottes qui enchantèrent la France du Second Empire et de la IIIe République. La lecture de leurs œuvres — parce que ces dames écrivaient, elles ne se contentaient pas de vendre deux jambons pour une andouille aux plus hautes altesses et aux grandes fortunes — jette un jour magique sur une époque bien révolue, où une femme ne hurlait pas au harcèlement quand on lui disait qu’on l’aimait, surtout si on lui proposait quelques centaines de milliers de francs-or et des bijoux de rêve en échange d’une heure de son temps. Notre chroniqueur est revenu émerveillé de ce voyage en érotologie.


Liane de Pougy (1869-1950) fut, avec Emilienne d’Alençon (1870-1945) et la belle Otero (1868-1965), l’une des trois merveilleuses de la Belle Epoque. De bonne extraction, elle savait aussi écrire, et a laissé des œuvres que les éditions Bartillat éditent ou rééditent avec une constance admirable.

Autre constance : ces dames qui fréquentaient tant de beaux messieurs étaient souvent plus portées sur les femmes. Liane de Pougy entretient ainsi une liaison quelque peu orageuse avec le bourreau des cœurs féminins des années 1890-1920, la délicieuse Amazone Natalie Clifford Barney — dite Moon Beam, dite Fleur-de-Lin, à cause de sa chevelure d’une blondeur presque excessive. Bartillat édite pour compléter la chronique — parue en feuilleton — de Liane de Pougy un roman refusé à l’époque, Lettres à une connue, où la sublime Américaine narre dans le détail sa passion pour la belle horizontale. 


Dix ans de fête égrène les aventures successives de Liane, dite Line, aussi bien dans les bras de butors qui la couvrent d’or que sur scène : c’est l’époque où Jean Lorrain, fantasque écrivain et grande folle de l’époque, lui fait jouer un rôle dans une pantomime de son invention — un genre fort goûté dans cette avant-guerre où l’on s’étourdit en attendant le pire. Sarah Bernhardt lui avait donné quelques cours, et en désespoir de cause, lui conseilla de « n’ouvrir la bouche que pour sourire ». Ce qu’elle fit, trente ans durant, avec talent.

Elle vécut, comme on dit, de ses charmes. Mais une demi-mondaine n’est pas une pierreuse (qui faisaient le tapin pour quelques pièces sur les tas de cailloux au bas des « fortifs ») ni une prostituée en maison — même si Liane s’amusa à amener Natalie dans l’un des bordels chics de l’époque. Une call girl actuelle se loue pour 3 ou 400 euros de l’heure, tarif de base. Liane de Pougy demandait au minimum 5000 francs / or, soit aux alentours de 25 000 €. Sans compter les cadeaux : elle se constitua ainsi un collier de plusieurs centaines de perles à une époque où l’on ignorait les perles de culture, qui sont inventées à cette époque au Japon par Kokuchi Mikimoto.

Princes, ducs, banquiers (Maurice de Rothschild), fils de famille défilent dans son salon et halètent à la porte de sa chambre : ils meurent tous du désir de l’avoir à leur bras, alors qu’elle n’accorde que rarement ses faveurs, et, de son propre aveu, répugne à la fellation et au coït vaginal. Va comprendre, Charles…

Des hommes de Lettres aussi : pendant que son amie Valtesse de la Bigne fait transpirer d’amour le pauvre Zola, Liane séduit Henri Meilhac, qui avec Halévy avait écrit les livrets des opérettes d’Offenbach. Et Goncourt, qui en avait pourtant connu d’autres, la décrète « plus jolie femme du siècle ». Et Cocteau, dans Reines de la France, la décrira ainsi : « Le poing sur la hanche, harnachée de perles, cuirassée de diamants, Liane de Pougy avançait parmi les tables de Maxim’s avec l’indifférence des astres. Les hommes se levaient, la saluaient. Elle continuait sa route ». La séduction par l’indifférence. Prenez-en de la graine, gourgandines !

Enter Natalie Clifford Barney, héritière américaine richissime, poétesse de talent, et séductrice irrésistible : elle s’est présentée chez Liane habillée en page florentin, « page de l’Amour », dit-elle. Liane lui offrira, en gage de cet amour, une bague signée Lalique en argent, émail bleu et opales, ornée d’une chauve-souris (symbole d’homosexualité, qu’on se le dise). Elle est aujourd’hui au Musée des Arts décoratifs — où est exposé aussi le lit de parade de Valtesse de la Bigne, ce fameux lit que Zola mourait de voir et que la célèbre courtisane lui refusa toujours de contempler.

Liane fut ainsi la première des Parisiennes à tomber dans les bras de l’Américaine. Suivront Renée Vivien, Lucie Delarue-Mardrus, la duchesse de Clermont-Tonnerre, Colette ou Romaine Brooks. Écrivaines de grand talent ou peintres tout aussi célèbres, le 1900 lesbien tout entier est dans le carnet d’adresses de Natalie, qui fut le vrai génie lesbien de son siècle — et du nôtre : ce n’est pas Marie-Jo Bonnet, vraie féministe et autrice de la somme incontournable sur Les Relations amoureuses entre les femmes du XVIe au XXe siècle, qui me démentira.

Deux livres qui en un sens se complètent. Celui de Liane de Pougy est une chronique intelligemment scandaleuse, écrite avec une indifférence exemplaire. Celui de Clifford Barney (à paraître au mois d’août) est un vrai roman par lettres — même s’il n’y a qu’une seule rédactrice, comme dans les Lettres de la religieuse portugaise. Elle décrit tour à tour l’anticipation sensuelle de la fête à venir, et le souvenir langoureux du plaisir passé, dans une langue incroyablement charnelle. Un livre écrit de la main gauche, si je puis dire.

À noter que son titre, Lettres à une connue, se réfère à un ouvrage posthume de Mérimée, Lettres à une inconnue (1873) — et inspirera sans doute le très beau roman de Stefan Zweig, Lettre d’une inconnue (1922). Il ne s’agit pas là de femmes qui par hasard écrivent, mais d’écrivains de talent, férus de littérature, qui se trouvent être des femmes — et, souvent, des lesbiennes : tirez-en la conclusion que vous voulez.

Un point encore ; Liane de Pougy entra finalement dans les ordres, chez les Dominicaines, pendant la Seconde Guerre mondiale, et devint Sœur Anne-Marie de la Pénitence. Après la mort de son second mari en 1945, elle loua une chambre au Carlton de Genève, et la transforma en cellule de nonne. C’est là qu’elle est morte. Mais selon ses vœux, elle fut enterrée dans l’enclos des sœurs au cimetière de Saint-Martin-le-Vinoux, en Isère. Elle a su ce qu’était le péché, et ce qu’était la Grâce.

Liane de Pougy, Dix ans de fête, Mémoires d’une demi-mondaine, Bartillat, septembre 2022, 232 p.

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Natalie Clifford Barney, Lettres à une connue, Bartillat, août 2024, 193 p.

Lettres à une connue

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