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L’ostracisation du RN met notre démocratie sous cloche

Alors que Marine Le Pen profitait depuis deux ans d’une dynamique favorable, le RN n’est pas parvenu à obtenir une majorité à l’Assemblée nationale. Les partis dits de gouvernement ont d’abord fait alliance ou barrage contre lui, puis ils ont organisé sa non-représentation au niveau des postes clés de l’Assemblée nationale… Sonnés par cette récente déconvenue électorale, Jordan Bardella et Marine Le Pen savent que la parole du peuple a été bafouée, que la démocratie n’a pas vraiment été respectée, pour des raisons relevant de la “morale” voire des années 30, mais ils estiment que “pour gagner, il [leur] faut être irréprochables”. M. Bardella doit ainsi opérer un “travail de fond” sur le mouvement et “entamer un processus de déconcentration”1. Analyse.


La séquence politique que nous traversons n’en finit plus de surprendre et de nous enfoncer vers les ténèbres de l’inversion des valeurs, des accusations et de la morale… Celui qui agresse est sanctifié, celui qui se défend ou qui tente de faire valoir ses droits est marqué du sceau de l’infamie, comme en témoigne la récente intervention de Sandrine Rousseau (Ecologistes) à l’attention de François-Xavier Bellamy (LR), mettant en garde contre le harcèlement que subirait… Rima Hassan (LFI), alors que c’est bien cette dernière qui menace le premier qui porte logiquement plainte. Espérons que la justice aura cette logique et ne tombera pas dans le marasme actuel, où ceux qui hurlent et intimident ont raison face à ceux qui dérangent autant par leur bonne tenue que par leurs idées. Car le nœud du problème est bien là ! 

Normalisation jamais achevée

Comment pouvait-on exclure du débat public les politiques, qui par leur respect des institutions et leur constance dans leur posture démocratique, avaient prouvé depuis plusieurs années qu’ils n’étaient pas la bête immonde annonciatrice du désastre à venir si nous leur donnions les clés du pays ? Les élections législatives ont été commentées par de nombreuses personnes et je n’aurai pas la prétention d’avoir de nouvelles analyses meilleures que les précédentes. En revanche, ce qui m’interpelle et me désole pour notre avenir, tant au niveau sociétal que politique, est que les partis dits de gouvernement ont cadenassé le discours et se sont enfermés de fait dans une position qu’ils ne peuvent plus quitter sans pertes et fracas. 

Ainsi, en plaçant la morale au-dessus du fait politique et de la recherche du bien commun, ils se sont tous, des Socialistes aux Républicains, plongés dans une logique de l’inversion qui jusque-là était l’apanage de l’extrême gauche. Là, adoubée dans sa posture incroyablement provocatrice, faite de violences verbales, d’accusations en tout genre et de retournement de la charge, cette gauche jusqu’au-boutiste se voit privilégiée face à l’autre extrémité de l’échiquier politique qui n’a pourtant plus d’extrême que sa place dans l’hémicycle du Palais Bourbon. 

Le peuple a voté et une nouvelle fois, de façon claire et davantage que les précédentes, a décidé de mettre en avant la droite nationale, en tête tant aux élections européennes qu’au premier tour des législatives, cela malgré l’alliance plus qu’improbable de toute la gauche. Des outrances passées à l’Assemblée nationale aux positions scandaleuses sur le conflit entre Israël et le Hamas, rien ne sera retenu contre cette gauche extrême qui préfère l’invective au débat d’idées et sème le trouble en France en accusant le camp d’en face de se défendre et de mettre la pagaille. La bordélisation de la société dans son ensemble est à l’œuvre, et comme cela arrange la majorité sortante, toute la classe politique s’en accommode à l’exception du Rassemblement national.

A lire aussi, Philippe Guibert: «Nous ne sommes pas dans les années 1930»

L’opposition est saine dans notre société ; cela montre une maturité à débattre et à décider ensemble pour l’avenir de notre pays et de notre rapport au monde. Mais cette opposition qui doit s’effectuer sur le terrain des idées a dérivé sur des postures morales, voire moralisatrices, interdisant tout débat s’il n’entre pas dans le champ des possibilités retenues par cette bien-pensance. Aussi, quand nous ajoutons les dérives moralisatrices aux débordements déjà mentionnés, nous ne pouvons plus discuter de notre avenir sans commencer par montrer patte blanche afin d’avoir le droit à la parole. Voilà le vrai problème et l’impasse montée de toutes pièces par notre classe politique, davantage attachée aux postures et aux postes d’élus qu’à l’avenir de notre pays et au discours sur le bien commun. 

Postures

Nous devons absolument retrouver notre capacité à discuter des sujets qui nous concernent tous, à débattre des idées et à décider ensuite des solutions à envisager, loin de toute posture morale et de tout positionnement qui empêchent le traitement des vrais problèmes.

Ceci pour deux raisons essentielles qui se réfèrent à notre État de droit et à notre exercice de la démocratie. Car quand le droit est convoqué, on nous répond très logiquement que ce qui est légal n’est pas forcément moral et que la morale dépend de chacun, alors que nous sommes très attachés à notre égalité devant la justice qui n’a pas à s’en mêler. Si nous jugeons notre exercice de la démocratie de façon morale, alors nous ne sommes plus égaux devant ce droit fondamental qui est de faire porter sa voix avec la même valeur que celle de ceux qui nous entourent. Ainsi, placer le débat politique sur les postures morales voire moralisatrices, accusant les gens qui penseraient différemment d’être de méchants citoyens incapables de comprendre l’évidence, donc idiots en plus d’être méchants, est non seulement contraire à l’esprit de nos lois, mais est (volontairement ?) un appel à les transgresser. Car si les citoyens qui s’expriment légalement dans une élection démocratique pour des partis qui sont légaux, en votant pour des personnalités politiques qui ont déjà démontré leur capacité et leur volonté de respecter les institutions et les décisions prises par la majorité, si ces citoyens sont ostracisés et sommés de se taire, il est évident que les souffrances générées par cette mise à l’écart de la société ne resteront pas silencieuses. Comment peut-on expliquer la veille qu’il faut aller voter, que c’est un droit et même un devoir… et le lendemain placer plus de dix millions de personnes dans les oubliettes des urnes ? Le peuple français est un gentil peuple, il acceptera la sentence et partira en vacances sans rien dire… 

Prenons garde tout de même au réveil douloureux et à la force que confèrent les sentiments d’injustice et d’impuissance trop longtemps intériorisés qui pourraient ressortir de façon explosive. 

La responsabilité de la situation politique bloquée du pays est à porter au crédit (devrais-je dire au discrédit) de la classe politique de gouvernement. Les Français ont mal voté… Nous avons assisté à une confiscation du débat pour cause de « mal pensance » d’un tiers des électeurs auxquels rien ne sera épargné, ni les accusations en fascisme, ni la honte d’être soi-disant contre l’Autre, ni le bannissement de nombreux endroits si ces électeurs venaient à divulguer leur vote. C’est l’exact contraire de la démocratie. 

Discutons des idées, définissons les mots, à commencer par « extrême droite » et fasciste, puis interdisons les partis qui seraient antidémocratiques afin que tous les électeurs puissent s’exprimer dans le respect de notre État de droit, c’est-à-dire avec une voix qui a autant de valeur que celle du voisin. Mais de grâce, qu’on ne nous explique plus qu’il y a des sous-électeurs, que leur parole est malsaine et qu’elle ne doit donc pas compter ! On a organisé l’invisibilité de ces voix, et ensuite, bien sûr, on voudrait que tout se passe bien dans notre beau vivre-ensemble… Attention : s’il y a des sous électeurs qui votent massivement pour des sous députés, il faudra ouvrir les yeux et s’apercevoir que nous sommes devenus une sous-démocratie !


  1. https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/politique/marine-le-pen-pour-gagner-il-nous-faut-etre-irreprochables ↩︎

«Nous ne sommes pas dans les années 1930»

Pour l’ex-directeur du service d’information du gouvernement sous François Hollande, le PS commet une erreur gravissime en se laissant dominer par LFI. « Une rupture dans l’histoire de la gauche depuis l’affaire Dreyfus », selon lui.


Causeur. Au fond, quel est le sens de cette dissolution ? Et en a-t-elle seulement un ? La quasi-unanimité de la classe dirigeante l’a qualifiée d’insensée…

Philippe Guibert. Il est très révélateur que ce retour devant le peuple ait été jugé « insensé ». Cette réaction montre combien notre classe dirigeante s’était accoutumée à l’idée d’un système qui permet de gouverner sinon sans le peuple, du moins avec un peuple contraint. Avant même l’arrivée d’Emmanuel Macron en 2017, le quinquennat et le calendrier électoral aidant, il n’était plus nécessaire de rassembler deux Français sur trois, comme disait Giscard en son temps, pour exercer le pouvoir. Il suffisait de réunir entre 25 % et 30 % des voix au premier tour, d’obtenir une majorité de rejet au second et, les Français déjugeant rarement le président qu’ils viennent d’élire, celui-ci obtenait une majorité absolue ou relative au Parlement.

Ce mécanisme que vous décrivez est en tous points conforme à la Constitution. Pourquoi s’en offusquer ?

Cette gouvernance minoritaire est certes parfaitement légale, mais elle fragilise profondément notre démocratie et son chef, et au fond la légitimité du pouvoir. Jusque-là, les présidents jugeaient qu’ils pouvaient mener la politique qu’ils souhaitaient sans avoir besoin de retourner devant le peuple entre deux scrutins présidentiels. Mais Emmanuel Macron a constaté avec les européennes que ça ne marchait plus, que le budget 2025 était impossible à présenter sans se faire censurer à l’Assemblée, ou faire descendre les Français dans la rue. Le  système était au bout du rouleau.

Vous qui venez de la gauche, du PS en particulier, comment avez-vous réagi à la formation en trois jours du Nouveau Front populaire, cette Nupes 2 ? 

Avec un profond malaise, et même un sentiment de colère. Je n’ignore rien des tractations politiques, des nécessités de sauver des sièges, de la tambouille politique et électorale. Mais il est impossible de cacher sous le tapis ce qui s’est passé depuis deux ans avec LFI ! Sans parler du NPA… Il y a là une rupture dans ce qui a été la gauche depuis l’affaire Dreyfus. C’était sous-jacent avant le 7 octobre, c’est patent depuis le 7 octobre. Cette union de la gauche, après la Nupes, s’est faite sous emprise idéologique de la gauche la plus radicale. C’est la première fois dans l’histoire des unions de la gauche.

Ne peut-on pas entendre ceux qui disent qu’il faut parfois accepter de s’allier avec Staline pour contrer Hitler ?

Ressusciter la mythologie antifasciste face au RN est à mon avis une erreur d’analyse : nous ne sommes pas dans les années 1930 ! Les mouvements dits d’extrême droite ne sont pas fascistes, ils sont populistes, au sein de démocraties qui ont multiplié les contre-pouvoirs ! Ce sont des mouvements souvent identitaires, dont le moteur est le rejet de l’immigration, et qui puisent leurs électorats d’abord dans le socle sociologique de la gauche de jadis : les classes populaires. Cela aurait dû susciter depuis longtemps une réflexion de la part de la gauche. Il n’en a rien été. Qui s’intéressera aux électeurs lepénistes pour les faire revenir vers une gauche républicaine ? C’est là la clef, mais ce sera un travail de très longue haleine…

Philippe Guibert, Gulliver enchaîné : le déclin du chef politique en France, Le Cerf, 2024.

Gulliver enchaîné: Le déclin du chef politique en France

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Chapeau Léon l’empereur !

Toute la presse nationale du jour est dithyrambique au sujet des records de notre nageur Léon Marchand. Même Causeur s’y colle, alors…


Impérial, en effet, ce gamin qui, tel Lucky Luke Colt au poing, nage plus vite que son ombre. La France n’attendait que cela, un événement transcendant, le truc qui fait qu’on passe soudain de l’événement à l’épopée. Dans ce registre, nous ne pouvions espérer mieux que ce qui se produit sous nos yeux ces heures-ci. Sortis des eaux, à la manière d’une divinité antique, voilà que naissent une légende, un héros, une icône qu’on peut acclamer, admirer, aduler sans partage, sans calcul, avec une joie saine, pure, intègre, une joie d’enfant. Je persiste, la France avait grand besoin de cela. Elle était en manque d’admiration. Je veux dire d’objet ou de sujet digne d’admiration. Elle l’a. 

Elle l’a avec ce garçon, Léon Marchand, impérial comme je l’ai dit, souriant, sympathique, sobre dans le triomphe, simple dans sa gloire. Tout s’est arrêté pour le suivre. Les autres épreuves ici ou là ont suspendu leur vol, un match de foot amical a été interrompu. Encore une fois, on est bien au-delà de l’événement proprement dit. Il s’agit du bonheur. Du bonheur dans son acception la plus exceptionnelle : le bonheur national. Dès lors, quoi qu’il advienne au tableau des victoires, des médailles, des échecs, ces Jeux auront été un moment privilégié dans notre France du moment. 

Ils ont leur empereur, disais-je. Ils ont aussi leur reine. Paris et ses beautés, ses monuments admirables. Son patrimoine exceptionnel exposé, offert à la terre entière qui s’en émerveille si l’on se réfère à la presse étrangère. Ce patrimoine rare, unique, peut-être bien sauvé grâce à cela, grâce aux Jeux, de la furie déconstructrice de certains. Je veux y croire… Il faudrait citer tous les sites. L’escrime au Grand Palais devient un peu plus que de l’escrime, comme si cet art de grâce avait trouvé enfin le seul lieu vraiment digne de lui. L’équitation sur fond du sublime Versailles nous est donnée en majesté. Et les courses, à vélo, à pied, à la nage, dans les rues, sur les places, dans le fleuve… Car même la Seine, capricieuse jusqu’à la dernière minute ainsi que le sont volontiers les altesses et les stars, a bien voulu jouer le jeu. 

De surcroît, je n’oublierai pas un autre roi. Le roi Nadal, qui s’en va certes, mais sans rien perdre de sa couronne. Au contraire. Jusqu’au bout il aura honoré de sa présence la terre ocre de Roland Garros. Il y est né voilà longtemps déjà. Il y a grandi. Il la quitte à présent, géant devenu. Grandissime à jamais.

Cela dit, tous ces sportifs, ces athlètes du monde entier sont à féliciter, à remercier. Ils nous réveillent de l’apathie qui nous gagnait, qui nous grignotait peu à peu. Ils nous invitent, mine de rien, à bouger. À se remuer. Ils nous rappellent que, comme disait en son temps Léonard de Vinci, tout est mouvement, la vie est mouvement. Or, comment prouve-t-on le mouvement de manière irréfutable ? Bien évidemment, en marchant. N’est-ce-pas Léon ?

Prestige de l’Iran, Jeux et lendemains qui déchantent

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L’envoi d’une roquette qui a tué douze enfants dans le village druze de Majdal Shams, a été suivi de l’élimination du chef militaire du Hezbollah à Beyrouth. Hier matin, nous avons appris qu’à Téhéran un missile d’une extraordinaire précision avait entrainé la mort d’Ismail Haniyeh dans l’appartement secret que lui avaient aménagé les dirigeants iraniens. 

Mort d’un tyran

Haniyeh, outrageusement présenté par certains comme un dirigeant modéré, avait pu, avant de mourir, faire son plein de chants de mort contre Israël au cours de la cérémonie d’inauguration du nouveau président iranien. On ne peut pas imaginer de coup plus cinglant porté au prestige de l’Iran. 

Alors, c’est par un athlète iranien qui n’y participe pas que je vais entamer cette chronique sur la cérémonie d’inauguration des Jeux Olympiques. L’haltérophile Mostafa Rajaei aurait été un des favoris dans sa catégorie, mais il a commis l’an dernier un crime irréparable aux Championnats du Monde en Pologne : il a serré la main d’un concurrent israélien. De ce fait, il a été banni à vie de son pays. Cela n’empêche pas l’Iran, qui a signé une charte olympique interdisant d’utiliser les athlètes à des fins de propagande, de participer aux Jeux de Paris et de prétendre, évidemment, que la présence israélienne violerait cette charte. 

Je faisais partie des innombrables sceptiques sur ces Jeux et je reconnais avec plaisir que leur organisation est jusqu’à maintenant parfaite.
J’ai été globalement émerveillé par la cérémonie d’ouverture, son originalité, sa qualité visuelle, le professionnalisme des artistes et la minutie de la mise en scène que la pluie a finalement magnifiée, donnant des rives de la Seine une image de rêve.
Le spectacle mêlait le mystère à la parodie, transformait le kitch en grand art et la dérision élaguait du passé ses branches trop… compassées. 

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Meurice me va comme un gland!

Beaucoup de sous-entendus du spectacle m’ont échappé, car leurs références n’étaient pas les miennes, comme celles des mangas ou de Assassin’s creed. Je ne comprenais rien aux paroles de Aya Nakamura (j’ai lu leur traduction en français depuis) mais la voir se trémousser avec les Gardes républicains devant l’Académie française, temple du langage officiel, m’a paru un clin d’œil joyeusement burlesque. 

En revanche, devant Marie-Antoinette portant sa tête coupée, j’ai pensé, référence discutable, mais qu’importe, à Saint Denis, qui avait, dit la légende porté sa tête jusqu’au lieu qui prit son nom et qui devint la nécropole des Rois de France avant de devenir un des foyers d’une nouvelle France qui se moque éperdument de ce passé… 

Beaucoup de gens ont protesté contre la caricature de la Cène, le tableau de Leonard de Vinci

Patrick Boucheron, le correspondant historique de Thomas Jolly, enseigne que l’histoire n’est pas rigide et que les sens des événements sont multiples. On peut appliquer cette phrase à tous les épisodes de la cérémonie d’inauguration et notamment à l’épisode dit « Festivité » dont on a dit que c’était la caricature de la Cène de Leonard de Vinci, et par là une attaque directe du christianisme.

Je ne crois pas trop ceux qui prétendent que la seule référence était un tableau à Dijon de van Bijlert, un peintre caravagesque du XVIIe siècle. Ce dernier avait lui aussi certainement pensé à la Cène de Leonard en composant son tableau. Il voulait provoquer le public catholique de sa ville d’Utrecht, mais pas trop et de façon acceptable en son temps, en peignant une bacchanale, avec la structure de la Cène. Pour la petite histoire, c’est à Rome, la ville des Papes, en pleine Contre-Réforme, que van Bijlert avait appris à détourner la représentation des épisodes du christianisme de leur description canonique.
Le spectacle de Dionysos presque nu en face des drag queens ne montre en réalité ni table, ni convives, mais la disposition des personnages immobiles évoque immanquablement la Cène de Leonard. C’est là une façon de montrer que nous réagissons suivant nos références culturelles, mais que celles-ci ne sont pas forcément pertinentes. 

A lire aussi, Aurélien Marq: Blasphème!

En tout cas, le spectacle a entrainé un communiqué de la conférence des évêques de France, une censure dans de nombreux pays, une protestation de Jean-Luc Mélenchon et des excuses du Comité d’organisation, sans compter les critiques nombreuses à droite, ainsi que les invectives des poutiniens de toute obédience. 
Sans compter non plus les menaces à l’égard de la femme qui avait pris la soi-disant place du Christ, et qui se trouve être juive, militante lesbienne et anti-grossophobe, ce dernier combat étant le plus difficile dans la société telle qu’elle est aujourd’hui.
Je n’ai pas aimé cette partie du spectacle, mais je ne parviens pas à en être vraiment choqué. Pasolini en a fait d’autres et l’exigence d’une laïcité qui préserve la liberté s’impose en France, pays de Rabelais et de la loi de 1905. 
Mais ce n’est pas par hasard que Mélenchon et l’institut al-Azhar se retrouvent sur la même longueur d’onde : c’est que derrière une satire – éventuelle – de Jésus, ils voient venir la satire de Mahomet. Les évêques français, eux, constatent qu’il est dans le vent de se moquer des chrétiens, alors que, bien qu’ils ne le disent pas explicitement, la peur impose le silence s’agissant de l’islam. Le spectacle est ambigu, mais ce n’est qu’un spectacle.

Le message de la cérémonie d’inauguration est assumé. Patrick Boucheron l’a explicité. C’est une France de la diversité, de l’inclusivité comme on dit aujourd’hui, que les réalisateurs ont voulu promouvoir. En un sens ces Jeux se présenteraient comme l’absolu inverse des Jeux de Berlin, glorification de la race germanique. 

Conformisme intolérant

C’est sur le papier un magnifique projet, mais il ne faut pas esquiver ses faiblesses. Trop de liberté peut tuer la liberté, l’ode à la diversité a souvent évolué vers le conformisme le plus intolérant. 

A lire aussi, Philippe Bilger: Que sait Patrick Boucheron de nos peurs?

La France d’aujourd’hui est diverse, chacun le sait et on se prend à être surpris que la vedette du rugby à VII porte le nom très bizarre de… Antoine Dupont. Alors existe-t-il quelque chose d’un peu intemporel, ou du moins poli par le temps, qu’on peut appeler la culture française ? Non, répondait Emmanuel Macron au début de son premier mandat, il n’y a pas de culture française, il y a des cultures en France.
Cette vision d’un pays supermarché sans épaisseur historique n’est certainement pas celle des auteurs de la cérémonie d’ouverture dont l’un enseigne l’histoire au Collège de France et un autre a travaillé sur le théâtre de Shakespeare et de l’Antiquité. Mais la connaissance de l’histoire s’est effondrée dans la jeunesse d’aujourd’hui.

J’ai aimé le spectacle de l’inauguration car dans toutes les dérives, clins d’œil et travestissements, je pouvais me remémorer l’histoire de notre pays et replacer au rang d’un humour rafraichissant les libertés prises avec les faits. 
Qu’en est-il pour des générations qui vivent dans un hyperprésent où la connaissance du passé parait un fardeau inutile? Les penseurs postmodernes ont détricoté les a priori cachés de la fabrication de l’histoire, mais on a jeté le bébé avec l’eau du bain. Tout désormais se vaut et ce qui aurait dû stimuler la critique a engendré l’hyperméfiance. Cela s’appelle le woke et le spectacle l’assume. Or, s’il n’y a pas de limite à la destruction des codes, se méfier de tout conduit à s’enticher du pire.
Heureusement, la déconstruction n’a pas empêché le public de vibrer dans la joie, tout ambiguë qu’elle soit à l’analyse psychologique, de la communion sportive, ni de s’unir dans des moments de grâce tels l’allumage de la flamme olympique et le chant de Céline Dion. 
Ce fut une magnifique cérémonie, mais je ne crois pas que le monde dont elle nous préconise l’émergence ne soit que celui des lendemains qui chantent…

Élimination d’Ismaël Haniyeh: pas de trêve olympique au Proche-Orient

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Alors que le leader du Hamas a été tué mercredi à Téhéran, l’Iran et ses alliés préparent leur riposte contre Israël. Les funérailles du chef du mouvement islamiste palestinien seront présidées par l’ayatollah Ali Khamenei en Iran aujourd’hui.


Un article de Fabrice Balanche paru originellement sur son site.

En moins d’une journée, Israël a abattu deux hauts responsables du Hezbollah et du Hamas. Alors que la situation est figée dans la bande de Gaza, Israël poursuit ses manœuvres pour détruire les capacités d’action de ses adversaires.

Après Fouad Chokr, responsable des opérations armée du Hezbollah, tué le 30 juillet 2024, c’est donc Ismaël Haniyeh, le chef du Hamas à l’étranger, qui a été éliminé, le 31 juillet 2024, par Israël. Le premier a été tué à Beyrouth, dans la banlieue sud chiite. Le second se trouvait à Téhéran pour assister à la prise de fonction du nouveau président iranien. Nous sommes actuellement à un moment charnière où tout peut basculer au Moyen-Orient. Car l’Iran et le Hezbollah ne peuvent rester sans réagir. Le Hamas lui aussi a promis des représailles, mais sa capacité de nuisance est réduite.

Du côté occidental, il semble qu’Israël ait obtenu des garanties de la part des États-Unis. Le bombardement par l’aviation américaine d’une base des milices pro-iraniennes au sud de Bagdad indique que Washington est solidaire d’Israël, dans l’assassinat de Fouad Chokr tout du moins.

Six hommes à abattre

En octobre 2023, le journal israélien Yedioth Ahronoth annonçait que six personnalités du Hamas étaient dans le collimateur de l’État hébreu en tant que responsables du massacre du 7 octobre. Trois d’entre eux ont déjà été tués : Ismaël Haniyeh, le chef du Bureau politique, installé à Doha, Saleh Al-Arouri, numéro 2 du Hamas et en charge des activités de son organisation militaire en Cisjordanie, il était installé à Beyrouth, Marwan Issa, chef adjoint de la branche miliaire à Gaza. Les trois autres cibles sont Yahya Al-Sinwar, le dirigeant du Hamas à Gaza, Khaled Mechaal, responsable des activités à l’étranger, qui réside au Qatar, et enfin Muhammad Al-Deif, le chef de la branche militaire à Gaza. Israël a condamné à mort ces six terroristes et ils seront éliminés où qu’ils se trouvent et quelles que soient les conséquences. Cela rappelle la traque des organisateurs de l’attentat aux jeux olympique de Munich en 1972 qui coûta la vie à 11 athlètes israéliens.

Un soutien américain évident

La frappe contre le numéro 2 du Hezbollah, Fouad Chokr, intervient en représailles au missile sur Majdal al-Shams qui a causé la mort de 12 adolescents. Depuis le 7 octobre 2023, le nord d’Israël vit dans la peur des tirs de roquettes du Hezbollah et près de 100 000 civils ont été évacués de la bordure avec le Liban. Israël exige l’application de la résolution 1701 du conseil de sécurité de l’ONU, en 2006, qui demande le retrait du Hezbollah à 20 km au nord de la frontière israélienne, mais sans succès. Il semble donc que nous nous approchons d’une solution militaire pour restaurer la sécurité du territoire israélien. La diplomatie américaine a échoué à obtenir ce retrait et Joe Biden ne peut que soutenir l’action militaire israélienne en espérant éviter une guerre ouverte avec l’Iran.

L’élimination de Fouad Chokr intervient également au retour du voyage aux États-Unis de Benjamin Netanyahou. Ce dernier a forcément discuté avec le président américain de sa stratégie à l’égard du Liban et récolté des garanties de sa part. Il faut noter que quelques heures après la frappe israélienne dans la banlieue sud de Beyrouth, Washington bombardait une base des milices pro-iraniennes au sud de Bagdad, pour signifier à l’Iran leur solidarité avec l’État hébreu et tenter ainsi de neutraliser sa réaction. Cependant, Joe Biden était-il au courant de l’opération contre Ismaël Haniyeh à Téhéran ? Car elle est d’une tout autre ampleur que celle qui a visé le numéro 2 du Hezbollah au Liban.

Les conséquences de la double frappe israélienne

Tout d’abord sur le front de Gaza, il est clair que les négociations pour un cessez-le-feu et la libération des derniers otages israéliens sont interrompues. La capacité militaire du Hamas est très réduite désormais et Israël n’a guère à craindre de ce côté, en revanche il faut s’attendre à une escalade sur le front nord. La crédibilité de la République Islamique est gravement atteinte : un invité étranger tué sur son propre territoire à l’occasion de la prise de fonction du nouveau président iranien, c’est beaucoup plus sérieux que la frappe contre le consulat iranien à Damas en avril 2024. L’Iran avait alors envoyé une salve de missiles sur Israël, mais en faisant en sorte que cela ne cause pas de dégâts pour éviter une guerre totale. Le dôme de fer et les alliés occidentaux d’Israël avaient joué leur rôle protecteur.

Qu’en sera-t-il après la mort d’Ismaël Haniyeh ? A minima l’Iran va soutenir les représailles du Hezbollah contre Israël, ce qui va logiquement déclencher une offensive de Tsahal au Liban et des bombardements massifs sur les routes iraniennes en Syrie, par lesquelles provient l’armement de la milice chiite libanaise. Le Proche-Orient n’aura donc pas attendu la fin de la trêve olympique pour s’embraser de nouveau.

Source : Conflits

Les Leçons de la crise syrienne

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Syrie Liban: Communautarisme et pouvoir

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Comment une poignée d’idéologues a fait main basse sur la cérémonie des JO

Les Jeux Olympiques ont de tout temps été l’endroit idéal pour promouvoir des idéologies politiques, rappelle notre chroniqueur, qui lui non plus n’a pas aimé la cérémonie d’ouverture préparée par l’équipe infernale Jolly / Boucheron / Slimani / Bürki. De l’autre côté de l’échiquier politico-médiatique, sans surprise, Edwy Plenel salue un super spectacle célébrant « la France de l’émancipation ».


La France d’Emmanuel Macron n’est pas la mienne. Je ne l’ai pas non plus reconnue dans la cérémonie des JO, emplie de stéréotypes sexués et de flatteries à l’air du temps. J’ai vu, dans la mise en scène de Thomas Jolly, une opération politique pour valoriser la nouvelle France diversitaire promue par le chef de l’Etat. 80% des investissements publics ont d’ailleurs bénéficié à la Seine-Saint-Denis, selon Amélie Oudéa-Castera intérrogée sur Europe 1, lundi. Alors que l’article 50-02 de la charte olympique du CIO stipule : « Aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n’est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique », le pouvoir, désavoué depuis par les urnes, a choisi de passer outre cette interdiction en imposant d’autorité sa vision contestée d’une société post-nationale et post-française.

L’historien Patrick Boucheron, un des organisateurs de l’évènement, n’a rien caché de ses desseins consistant à « affirmer crânement, énergiquement que c’est comme ça qu’on va vivre ensemble (…) On a restauré, pour nous, intimement, une fierté pour ce pays. Pas pour son identité, mais pour son projet politique (…) ». De ce point de vue, un parallèle peut être fait entre Leni Riefenstahl, qui filma pour Hitler les JO de Berlin de 1936, et Jolly et ses amis qui ont scénarisé pour Macron les JO 2024. Dans les deux cas, on retrouve une même propagande au service de l’Homme nouveau (aryen ou métissé), une même obsession de la race, un même mépris du catholicisme, un même enthousiasme obligatoire. Ceux qui ont eu l’audace d’avouer n’avoir pas apprécié les génuflexions wokistes face aux minorités sexuelles ou raciales ont été traités d’ « extrême droite ». Ainsi font les nouveaux fascistes grimés en antifascistes.

La nouvelle France de Macron, multiculturelle, n’est pas non plus celle de nombreux compatriotes indigènes. Certes, un sondage a montré que 85% des téléspectateurs avaient estimé la cérémonie réussie. Je ne mésestime pas la technique subversive des déconstructeurs : leur savoir-faire peut amener à ce genre de plébiscite mou. « Quand on sait comment arnaquer les esprits, il n’est pas difficile de devenir le maître du monde », écrit le philosophe Bertrand Vergely1, qui ajoute : « Quand on sait comment rétablir la vérité et l’honnêteté, on devient un libérateur ». Je remarque d’ailleurs que le spectacle a également emballé Edwy Plenel qui a tweeté : « Superbe cérémonie qui a sublimé la France de l’émancipation, celle de l’égalité des droits sans distinction d’origine, de condition, d’apparence, de sexe, de genre. La France née en 1789. « Ah ! Ça ira, Ah ! Ça ira… » (…) ». Or Je doute que Plenel, symbole de l’islamo-gauchiste et du déracinement, se reconnaisse lui-même dans cette autre France méprisée, enracinée et périphérique, qui n’a jamais d’autre droit que celui de se taire. Je défends cette France au nom de l’injustice qui lui est faite.

Les organisateurs n’ont cessé de dire qu’ils voulaient faire un « anti-Puy-du Fou » en tournant le dos à la classe moyenne des oubliés, coupables de mal voter. Mais de quel droit une poignée de militants sans légitimité ont-ils détourné la vocation olympique de la cérémonie des Jeux, imitant en cela ce que furent les JO de Berlin de 36 ?

Le CIO a présenté ses excuses. Les squatteurs propagandistes plastronnent.


  1. Main basse sur la pensée, Salvator ↩︎

Sahara occidental: le soutien au plan marocain marque une réorientation stratégique française bienvenue

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En cet été 2024, en plein Jeux olympiques, assiste-t-on à la fin du « en même temps » présidentiel ? On peut le penser, et l’espérer, sur le plan intérieur au vu de l’impasse politique dans laquelle la dissolution voulue par Emmanuel Macron a conduit le pays. Ce retour à un peu de modestie et de lucidité trouvera-t-il son pendant en politique étrangère ? Ce serait également souhaitable compte tenu du nombre de dossiers diplomatiques (de l’OTAN à la Russie, en passant par la Chine, l’Afrique, le Liban, l’Algérie, etc.) sur lesquels la « pensée complexe » présidentielle s’est également égarée.

Le 30 juillet, Emmanuel Macron a reconnu le plan d’autonomie marocain comme « la seule base pour une solution politique juste et durable » pour le Sahara occidental, ainsi que la souveraineté du Maroc sur ce territoire. C’est un pas dans la bonne direction, un choix diplomatique conséquent. Cette décision marque une étape importante vers la réconciliation avec le royaume chérifien, en répondant aux principes fondamentaux d’une politique étrangère digne de ce nom : intérêts, vision et durée. Si elle irrite l’Algérie, qui a rappelé son ambassadeur, elle témoigne d’une réorientation stratégique française nécessaire à la lumière des évolutions régionales et internationales.

Depuis son élection en 2017, Emmanuel Macron avait fait ce qu’on peut appeler un « pari algérien », cherchant à réconcilier les deux pays et semblant penser qu’une telle démarche pourrait solder le passé douloureux et ouvrir un nouveau chapitre dans les relations franco-algériennes. Pour ce faire, il a multiplié les gestes de bonne volonté, en particulier sur le plan mémoriel. Il a poussé la repentance très loin, jusqu’à humilier son propre pays, notre pays. Alger n’a répondu à ces initiatives que par des critiques acerbes, des provocations, des exigences sans cesse renouvelées. Cet entêtement a conduit à un raidissement inédit des relations avec le Maroc, délaissé au profit de chimères avec l’Algérie. Ce pari infructueux semble désormais abandonné, Emmanuel Macron semblant juger plus fructueux le renforcement des liens avec Rabat.

Les présidents Macron et Tebboune au G7, Borgo Egnazia, Italie, 14 juin 2024 © Christopher Furlong/AP/SIPA

Reconnaître le plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental n’est pas seulement répondre à une revendication diplomatique ancienne. C’est un moyen habile de reconnaître publiquement le statut de puissance régionale acquis par le pays. En effet, le Maroc est le seul pays stable du Maghreb et des rives de l’immense région sahélo-saharienne. Cette stabilité politique et économique, acquise au fil des vingt-cinq dernières années, lui permet de jouer un rôle crucial dans une zone constamment traversée par des tensions politiques et sécuritaires. Tel n’est pas le cas de ses voisins puisque la Tunisie semble s’enfoncer dans une sorte de lente glaciation autoritaire, tandis que l’Algérie reste figée dans un immobilisme anachronique (s’apprêtant à réélire Abdelmajid Tebboune lors d’élections présidentielles sans surprise qui auront lieu le 9 septembre prochain).

Enfin, ce rapprochement avec le Maroc s’inscrit dans un contexte géopolitique global instable et dangereux. La résurgence des conflits entre États, les ambitions territoriales explicites et le retour de la guerre sur plusieurs fronts exigent que la France, et globalement les Occidentaux, révisent et consolident leur système d’alliances. La Russie, active en Ukraine, bien implantée en Méditerranée orientale et désormais clairement hostile à Israël (elle vient tout de même de qualifier « d’assassinat politique tout à fait inacceptable » la mort d’Ismaïl Haniyeh, chef politique du mouvement terroriste Hamas, à Téhéran !), constitue une menace directe pour la stabilité régionale. En parallèle, l’Algérie, par ses liens étroits avec Moscou et ses achats d’armements russes, renforce cette dynamique préoccupante. En effet, le contexte géopolitique global doit nous conduire à « voir ce que nous voyons » : les théâtres d’opérations de la contestation planétaire contre l’Occident ne sont pas isolés les uns des autres mais tous interconnectés. 

Dès lors, le rapprochement avec Rabat et le soutien français au plan marocain pour le Sahara occidental, après ceux de l’Espagne et de l’Allemagne ces deux dernières années, deviennent non seulement stratégiques mais impératifs. Il appartient maintenant aux deux nations de consolider cette alliance et de lui donner portée, pérennité et force.

Attaques contre Jerry Seinfeld: «Ne dites surtout pas qu’on n’est pas drôle!»

Ce n’était pourtant pas la première fois que le comédien à succès américain, Jerry Seinfeld, faisait part de son dégoût pour le politiquement correct et la culture woke. En 2015 déjà, l’humoriste avait décidé de ne plus se rendre sur les campus américains, car les étudiants y étaient devenus trop facilement offensés par ses blagues. Ses derniers propos, tenus dans un podcast du journal The New Yorker1, et son soutien au peuple juif après le 7 octobre, lui valent de nombreuses nouvelles inimitiés.


Décidément, quand il s’agit d’humour, on ne plaisante pas. C’est du moins l’impression que dégage l’étrange affaire suivant les déclarations de l’humoriste américain Jerry Seinfeld, le 28 avril dernier. 

Invité de l’émission The New Yorker Radio Hour, il dressa un sombre portrait des nouvelles séries comiques télévisées, estimant que « l’extrême gauche et ces conneries politiquement correctes », ainsi que « la crainte constante d’offenser quelqu’un » (traductions de l’auteur) menacent l’existence même de l’humour à la télévision. Évoquant les multiples comités et groupes de pression examinant et réécrivant les scénarios avant qu’ils ne soient approuvés, il insinua que les grandes productions hollywoodiennes finiront par condamner le genre comique aux oubliettes, tant les risques de complication sont élevés. 

À moins que l’on se fût cantonné dans son salon ces quinze dernières années sans lire un seul journal, ces propos n’expriment rien de nouveau et ne devraient plus choquer personne. Et bien que venant d’un humoriste avec une connaissance intime du show-business, cette opinion ne diffère pas, au fond, de la philosophie de comptoir.

Et pourtant, quel scandale a-t-elle causé. Réactions enflammées de célébrités bien-pensantes, déferlements sur les réseaux sociaux, articles, podcasts et reportages : du jour au lendemain, Seinfeld est devenu la nouvelle cible – puisqu’il en faut au moins une par mois, on dirait – d’une campagne de « cancel culture ». Mais comment l’expliquer, considérant la banalité relative de ce qu’il avait dit ?

C’est parce que, pour les garants du discours acceptable, ces mots anodins se transforment en menace lorsque proférés par une figure aussi influente que Jerry Seinfeld. Pour rappel, il est l’un des comiques les plus appréciés du monde anglo-saxon, tant grâce à sa série éponyme des années 1990 qu’à ses spectacles de stand-up qui, encore aujourd’hui, remplissent les plus grandes salles. 


La gauche adore scander que « tout est politique ». L’humour, en l’occurrence, a cette capacité unique de combiner la légèreté, le rire et l’insolence avec la dérision, l’ironie et le ridicule. Ainsi, les spectacles de stand-up, les séries et films comiques, allant jusqu’aux blagues qu’on se lance au quotidien, sont autant de champs de bataille où des idéologies, derrière les sourires, visent à s’abattre les unes les autres en quête du grand trophée, c’est-à-dire du rire le plus éclatant. 

D’où la panique du soi-disant camp du Bien, apprenant qu’une légende de l’humour ait démasqué la tentative, et l’échec, de l’extrême gauche d’imposer ses dogmes à la culture populaire. Seinfeld aurait pu tout aussi bien dire : « Ces gens sont si dépourvus de légèreté qu’ils donnent à Hollywood, la religion du divertissement, l’envie d’enterrer le genre tout court ! » 

Et pourtant, avec ces crises de rage, la gauche, sans le vouloir, a réalisé son plus grand exploit comique. Car quoi de plus marrant que de voir quelqu’un se fâcher pour le simple fait d’être traité de pas drôle ?


  1.  Jerry Seinfeld a estimé que le politiquement correct était en train de détruire l’humour. “This is the result of the extreme left and PC crap, and people worrying so much about offending other people. When you write a script and it goes into four or five different hands, committees, groups — ‘Here’s our thought about this joke’ — well, that’s the end of your comedy.”
    ↩︎

Que sait Patrick Boucheron de nos peurs?

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Interrogé par le journal Le Monde, Patrick Boucheron (historien co-auteur de la cérémonie d’ouverture des JO avec le chorégraphe woke Thomas Jolly) assume les messages politiques inclusifs de son spectacle, et estime que seule la fachosphère ne l’a pas aimé.


On en a assez de ces gens qui parlent à notre place. L’historien Patrick Boucheron, inspirateur principal de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques, le 26 juillet, a affirmé qu’il avait voulu en faire « un manifeste contre la peur ». D’abord je ne vois pas en quoi ce qui nous a été montré, admiré par beaucoup, décrié par d’autres, correspondait à cette étrange intention. On a plutôt relevé les justifications, protestations, explications, atténuations ou excuses qui se sont multipliées, une fois l’ouverture proclamée. Surtout – et ceci dépasse très largement le point de vue lié aux JO – l’attitude et les propos de M. Boucheron me paraissent relever de ce savoir empli de condescendance, cultivé par des historiens ou des intellectuels s’autoqualifiant de progressistes, à l’égard d’une multitude ne connaissant que les instincts primaires, les angoisses élémentaires ou la peur selon sa terminologie. On pourrait rétorquer d’emblée que c’est bien là une considération de privilégié qui a tout loisir pour s’abandonner à la noblesse de la pensée quand le bas peuple, lui, se traîne dans la médiocrité. Mais, plus profondément, qui pourrait dénier que cette peur est non seulement compréhensible mais légitime ? Si on met entre parenthèses l’intermède qui se veut magique des JO, où donc pourrait résider, sur le plan national et international, une espérance suffisamment forte pour nous faire entrevoir le meilleur, une réalité assez positive pour ne pas nous faire craindre le futur, une confiance tellement assurée à nos gouvernants, à notre classe politique, aux responsables de nos démocraties qu’elle puisse nous débarrasser du moindre doute sur la conduite du monde, une naïveté tellement béate sur l’état de notre société qu’elle nous rendrait aveugle à ceux qui n’ont pour ambition que de la détruire, de la subvertir ?
Cette peur, dont Patrick Boucheron a prétendu nous guérir avec son surprenant remède, est au contraire la preuve de notre lucidité et de notre humanité. Si nous n’avions pas peur, nous ne saurions pas nous battre pour une France paisible.

Sahara occidental: “Emmanuel Macron s’est émancipé du chantage algérien”

Le président algérien Tebboune rechigne à venir en France et a déjà reporté plusieurs fois sa visite. Et voilà que dans le dossier du Sahara occidental, qui empoisonne les rapports entre le Maroc et l’Algérie depuis des décennies, Paris joue Rabat contre Alger! La lettre adressée par le président Macron au roi du Maroc, assurant que le plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental constitue “la seule base pour aboutir à une solution politique juste, durable et négociée” constitue un camouflet pour les Algériens, lesquels soutiennent les indépendantistes de Front Polisario…


Xavier Driencourt est diplomate et haut-fonctionnaire. Fait rare, il a été ambassadeur de France en Algérie à deux reprises, de 2008 à 2012 et de 2017 à 2020, durant la présence d’Abdelaziz Bouteflika en tant que président. 

Alors qu’Emmanuel Macron a reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara dans un inattendu revirement, cet expert nous livre ses impressions sur le contexte géopolitique qui a présidé à ce changement. 

M. Driencourt a publié L’énigme algérienne (L’observatoire, 2022) et Evian face à l’étranger (Editions du CNRS, 2023).

L'énigme algérienne: Chroniques d’une ambassade à Alger

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Causeur. Comment avez-vous reçu le revirement d’Emmanuel Macron sur le dossier du Sahara et du Maroc ? Est-ce inattendu ?

Xavier Driencourt. Oui et non. Par certains aspects, ce changement de cap était prévisible. Il y a eu plusieurs signaux faibles qui pouvaient mettre la puce à l’oreille. Ainsi, quand Stéphane Séjourné a été désigné ministre des Affaires étrangères, il s’est immédiatement rendu au Maroc où il a tenu un discours assez inédit. Alors que le plan d’autonomie présenté en 2007 a longtemps été jugé « possible » et non comme la seule solution pour le règlement du problème, Monsieur Séjourné a déclaré à Rabat en février dernier qu’il savait que la problématique du Sahara dit occidental avait un caractère « existentiel » pour le royaume. C’était un grand pas en avant.

D’autres indices se sont alors fait jour. L’agence française du développement a notamment invité les entreprises françaises à investir dans la région du Sahara, leur indiquant que l’environnement économique y était sain. Une nouveauté, dans un contexte diplomatique qui a longtemps été difficile sous la présidence d’Emmanuel Macron. Pendant plusieurs années, les relations ont été gelées sinon polaires entre nos deux pays. Nul doute que la lettre envoyée par Emmanuel Macron à sa majesté Mohammed VI va considérablement changer la donne. On avait pu voir d’ailleurs les premiers résultats du réchauffement avec les visites de Bruno Le Maire, Franck Riester ou bien sûr Gérald Darmanin dans le cadre de l’arrestation d’un caïd marseillais qui se cachait au Maroc. Demain, les relations s’approfondiront encore.

A lire aussi, Gabriel Robin: Maroc: le quart de siècle de Mohammed VI

La reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara est la phase ultime de la réconciliation. Nous rejoignons l’Espagne et les États-Unis, mais je pense que la position de la France est plus déterminante que celle de Madrid, sans manquer de respect à nos voisins d’outre-Pyrénées. Par son passé et son statut de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies, la France a un rôle très particulier à jouer dans cette région du monde. Pendant sept ans, Emmanuel Macron a subi le chantage algérien, il s’en est désormais pleinement émancipé.

Comment l’expliquez-vous ?

Le président a vu l’impasse dans laquelle l’inflexibilité algérienne le conduisait en Afrique. Il a pris un tournant qui entrainera sûrement une reconnaissance plus large de la souveraineté marocaine au Sahara. De nombreux pays européens et africains suivront l’exemple français en se disant que si nous l’avons fait, ils devraient peut-être s’y mettre. C’est ce que craignait Alger, désormais isolé. La mauvaise humeur du régime durera sûrement un moment. Le « rappel » de l’ambassadeur en est un signe. Alger avait fait la même chose avec l’Espagne, avant de renvoyer en catimini son ambassadeur. Fait amusant, l’ambassadeur d’Algérie en Espagne était celui qui a aujourd’hui été rappelé de Paris vers Alger aujourd’hui. Il est traité d’incapable dans de nombreux médias algériens…

A lire aussi, Jean Sévillia: «Depuis 40 ans, la France se couche devant le pouvoir algérien»

Ne faut-il pas s’inquiéter de cette crise ouverte entre Paris et Alger ?

Je pense qu’il fallait en passer par là avec Alger qui attend une relation unilatérale et exclusive à son unique bénéfice. Le rapport de force était une nécessité. Les réactions politiques en France témoignent d’ailleurs d’un soulagement. Du PS au RN, à l’exception de l’extrême-gauche, les réactions sont unanimes. Il fallait crever l’abcès.
On l’oublie mais Abdelmadjid Tebboune est actuellement en campagne pour sa réélection. Il désignera à n’en point douter la France et le Maroc à la vindicte populaire comme dérivatifs des errements intérieurs du régime.
La France doit quant à elle avancer avec le royaume chérifien et cultiver une relation qui sera profitable aux deux parties.

L’ostracisation du RN met notre démocratie sous cloche

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Marine Le Pen et Jordan Bardella photographiés à Paris, mars 2023 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Alors que Marine Le Pen profitait depuis deux ans d’une dynamique favorable, le RN n’est pas parvenu à obtenir une majorité à l’Assemblée nationale. Les partis dits de gouvernement ont d’abord fait alliance ou barrage contre lui, puis ils ont organisé sa non-représentation au niveau des postes clés de l’Assemblée nationale… Sonnés par cette récente déconvenue électorale, Jordan Bardella et Marine Le Pen savent que la parole du peuple a été bafouée, que la démocratie n’a pas vraiment été respectée, pour des raisons relevant de la “morale” voire des années 30, mais ils estiment que “pour gagner, il [leur] faut être irréprochables”. M. Bardella doit ainsi opérer un “travail de fond” sur le mouvement et “entamer un processus de déconcentration”1. Analyse.


La séquence politique que nous traversons n’en finit plus de surprendre et de nous enfoncer vers les ténèbres de l’inversion des valeurs, des accusations et de la morale… Celui qui agresse est sanctifié, celui qui se défend ou qui tente de faire valoir ses droits est marqué du sceau de l’infamie, comme en témoigne la récente intervention de Sandrine Rousseau (Ecologistes) à l’attention de François-Xavier Bellamy (LR), mettant en garde contre le harcèlement que subirait… Rima Hassan (LFI), alors que c’est bien cette dernière qui menace le premier qui porte logiquement plainte. Espérons que la justice aura cette logique et ne tombera pas dans le marasme actuel, où ceux qui hurlent et intimident ont raison face à ceux qui dérangent autant par leur bonne tenue que par leurs idées. Car le nœud du problème est bien là ! 

Normalisation jamais achevée

Comment pouvait-on exclure du débat public les politiques, qui par leur respect des institutions et leur constance dans leur posture démocratique, avaient prouvé depuis plusieurs années qu’ils n’étaient pas la bête immonde annonciatrice du désastre à venir si nous leur donnions les clés du pays ? Les élections législatives ont été commentées par de nombreuses personnes et je n’aurai pas la prétention d’avoir de nouvelles analyses meilleures que les précédentes. En revanche, ce qui m’interpelle et me désole pour notre avenir, tant au niveau sociétal que politique, est que les partis dits de gouvernement ont cadenassé le discours et se sont enfermés de fait dans une position qu’ils ne peuvent plus quitter sans pertes et fracas. 

Ainsi, en plaçant la morale au-dessus du fait politique et de la recherche du bien commun, ils se sont tous, des Socialistes aux Républicains, plongés dans une logique de l’inversion qui jusque-là était l’apanage de l’extrême gauche. Là, adoubée dans sa posture incroyablement provocatrice, faite de violences verbales, d’accusations en tout genre et de retournement de la charge, cette gauche jusqu’au-boutiste se voit privilégiée face à l’autre extrémité de l’échiquier politique qui n’a pourtant plus d’extrême que sa place dans l’hémicycle du Palais Bourbon. 

Le peuple a voté et une nouvelle fois, de façon claire et davantage que les précédentes, a décidé de mettre en avant la droite nationale, en tête tant aux élections européennes qu’au premier tour des législatives, cela malgré l’alliance plus qu’improbable de toute la gauche. Des outrances passées à l’Assemblée nationale aux positions scandaleuses sur le conflit entre Israël et le Hamas, rien ne sera retenu contre cette gauche extrême qui préfère l’invective au débat d’idées et sème le trouble en France en accusant le camp d’en face de se défendre et de mettre la pagaille. La bordélisation de la société dans son ensemble est à l’œuvre, et comme cela arrange la majorité sortante, toute la classe politique s’en accommode à l’exception du Rassemblement national.

A lire aussi, Philippe Guibert: «Nous ne sommes pas dans les années 1930»

L’opposition est saine dans notre société ; cela montre une maturité à débattre et à décider ensemble pour l’avenir de notre pays et de notre rapport au monde. Mais cette opposition qui doit s’effectuer sur le terrain des idées a dérivé sur des postures morales, voire moralisatrices, interdisant tout débat s’il n’entre pas dans le champ des possibilités retenues par cette bien-pensance. Aussi, quand nous ajoutons les dérives moralisatrices aux débordements déjà mentionnés, nous ne pouvons plus discuter de notre avenir sans commencer par montrer patte blanche afin d’avoir le droit à la parole. Voilà le vrai problème et l’impasse montée de toutes pièces par notre classe politique, davantage attachée aux postures et aux postes d’élus qu’à l’avenir de notre pays et au discours sur le bien commun. 

Postures

Nous devons absolument retrouver notre capacité à discuter des sujets qui nous concernent tous, à débattre des idées et à décider ensuite des solutions à envisager, loin de toute posture morale et de tout positionnement qui empêchent le traitement des vrais problèmes.

Ceci pour deux raisons essentielles qui se réfèrent à notre État de droit et à notre exercice de la démocratie. Car quand le droit est convoqué, on nous répond très logiquement que ce qui est légal n’est pas forcément moral et que la morale dépend de chacun, alors que nous sommes très attachés à notre égalité devant la justice qui n’a pas à s’en mêler. Si nous jugeons notre exercice de la démocratie de façon morale, alors nous ne sommes plus égaux devant ce droit fondamental qui est de faire porter sa voix avec la même valeur que celle de ceux qui nous entourent. Ainsi, placer le débat politique sur les postures morales voire moralisatrices, accusant les gens qui penseraient différemment d’être de méchants citoyens incapables de comprendre l’évidence, donc idiots en plus d’être méchants, est non seulement contraire à l’esprit de nos lois, mais est (volontairement ?) un appel à les transgresser. Car si les citoyens qui s’expriment légalement dans une élection démocratique pour des partis qui sont légaux, en votant pour des personnalités politiques qui ont déjà démontré leur capacité et leur volonté de respecter les institutions et les décisions prises par la majorité, si ces citoyens sont ostracisés et sommés de se taire, il est évident que les souffrances générées par cette mise à l’écart de la société ne resteront pas silencieuses. Comment peut-on expliquer la veille qu’il faut aller voter, que c’est un droit et même un devoir… et le lendemain placer plus de dix millions de personnes dans les oubliettes des urnes ? Le peuple français est un gentil peuple, il acceptera la sentence et partira en vacances sans rien dire… 

Prenons garde tout de même au réveil douloureux et à la force que confèrent les sentiments d’injustice et d’impuissance trop longtemps intériorisés qui pourraient ressortir de façon explosive. 

La responsabilité de la situation politique bloquée du pays est à porter au crédit (devrais-je dire au discrédit) de la classe politique de gouvernement. Les Français ont mal voté… Nous avons assisté à une confiscation du débat pour cause de « mal pensance » d’un tiers des électeurs auxquels rien ne sera épargné, ni les accusations en fascisme, ni la honte d’être soi-disant contre l’Autre, ni le bannissement de nombreux endroits si ces électeurs venaient à divulguer leur vote. C’est l’exact contraire de la démocratie. 

Discutons des idées, définissons les mots, à commencer par « extrême droite » et fasciste, puis interdisons les partis qui seraient antidémocratiques afin que tous les électeurs puissent s’exprimer dans le respect de notre État de droit, c’est-à-dire avec une voix qui a autant de valeur que celle du voisin. Mais de grâce, qu’on ne nous explique plus qu’il y a des sous-électeurs, que leur parole est malsaine et qu’elle ne doit donc pas compter ! On a organisé l’invisibilité de ces voix, et ensuite, bien sûr, on voudrait que tout se passe bien dans notre beau vivre-ensemble… Attention : s’il y a des sous électeurs qui votent massivement pour des sous députés, il faudra ouvrir les yeux et s’apercevoir que nous sommes devenus une sous-démocratie !


  1. https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/politique/marine-le-pen-pour-gagner-il-nous-faut-etre-irreprochables ↩︎

«Nous ne sommes pas dans les années 1930»

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Le leader de LFI Jean-Luc Mélenchon, Paris, 7 juillet 2024 © J.E.E/SIPA

Pour l’ex-directeur du service d’information du gouvernement sous François Hollande, le PS commet une erreur gravissime en se laissant dominer par LFI. « Une rupture dans l’histoire de la gauche depuis l’affaire Dreyfus », selon lui.


Causeur. Au fond, quel est le sens de cette dissolution ? Et en a-t-elle seulement un ? La quasi-unanimité de la classe dirigeante l’a qualifiée d’insensée…

Philippe Guibert. Il est très révélateur que ce retour devant le peuple ait été jugé « insensé ». Cette réaction montre combien notre classe dirigeante s’était accoutumée à l’idée d’un système qui permet de gouverner sinon sans le peuple, du moins avec un peuple contraint. Avant même l’arrivée d’Emmanuel Macron en 2017, le quinquennat et le calendrier électoral aidant, il n’était plus nécessaire de rassembler deux Français sur trois, comme disait Giscard en son temps, pour exercer le pouvoir. Il suffisait de réunir entre 25 % et 30 % des voix au premier tour, d’obtenir une majorité de rejet au second et, les Français déjugeant rarement le président qu’ils viennent d’élire, celui-ci obtenait une majorité absolue ou relative au Parlement.

Ce mécanisme que vous décrivez est en tous points conforme à la Constitution. Pourquoi s’en offusquer ?

Cette gouvernance minoritaire est certes parfaitement légale, mais elle fragilise profondément notre démocratie et son chef, et au fond la légitimité du pouvoir. Jusque-là, les présidents jugeaient qu’ils pouvaient mener la politique qu’ils souhaitaient sans avoir besoin de retourner devant le peuple entre deux scrutins présidentiels. Mais Emmanuel Macron a constaté avec les européennes que ça ne marchait plus, que le budget 2025 était impossible à présenter sans se faire censurer à l’Assemblée, ou faire descendre les Français dans la rue. Le  système était au bout du rouleau.

Vous qui venez de la gauche, du PS en particulier, comment avez-vous réagi à la formation en trois jours du Nouveau Front populaire, cette Nupes 2 ? 

Avec un profond malaise, et même un sentiment de colère. Je n’ignore rien des tractations politiques, des nécessités de sauver des sièges, de la tambouille politique et électorale. Mais il est impossible de cacher sous le tapis ce qui s’est passé depuis deux ans avec LFI ! Sans parler du NPA… Il y a là une rupture dans ce qui a été la gauche depuis l’affaire Dreyfus. C’était sous-jacent avant le 7 octobre, c’est patent depuis le 7 octobre. Cette union de la gauche, après la Nupes, s’est faite sous emprise idéologique de la gauche la plus radicale. C’est la première fois dans l’histoire des unions de la gauche.

Ne peut-on pas entendre ceux qui disent qu’il faut parfois accepter de s’allier avec Staline pour contrer Hitler ?

Ressusciter la mythologie antifasciste face au RN est à mon avis une erreur d’analyse : nous ne sommes pas dans les années 1930 ! Les mouvements dits d’extrême droite ne sont pas fascistes, ils sont populistes, au sein de démocraties qui ont multiplié les contre-pouvoirs ! Ce sont des mouvements souvent identitaires, dont le moteur est le rejet de l’immigration, et qui puisent leurs électorats d’abord dans le socle sociologique de la gauche de jadis : les classes populaires. Cela aurait dû susciter depuis longtemps une réflexion de la part de la gauche. Il n’en a rien été. Qui s’intéressera aux électeurs lepénistes pour les faire revenir vers une gauche républicaine ? C’est là la clef, mais ce sera un travail de très longue haleine…

Philippe Guibert, Gulliver enchaîné : le déclin du chef politique en France, Le Cerf, 2024.

Gulliver enchaîné: Le déclin du chef politique en France

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Chapeau Léon l’empereur !

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Léon Marchand, démi finale 200 m papillon, Nanterre, 31 juillet 2024 Ashley Landis/AP/SIPA

Toute la presse nationale du jour est dithyrambique au sujet des records de notre nageur Léon Marchand. Même Causeur s’y colle, alors…


Impérial, en effet, ce gamin qui, tel Lucky Luke Colt au poing, nage plus vite que son ombre. La France n’attendait que cela, un événement transcendant, le truc qui fait qu’on passe soudain de l’événement à l’épopée. Dans ce registre, nous ne pouvions espérer mieux que ce qui se produit sous nos yeux ces heures-ci. Sortis des eaux, à la manière d’une divinité antique, voilà que naissent une légende, un héros, une icône qu’on peut acclamer, admirer, aduler sans partage, sans calcul, avec une joie saine, pure, intègre, une joie d’enfant. Je persiste, la France avait grand besoin de cela. Elle était en manque d’admiration. Je veux dire d’objet ou de sujet digne d’admiration. Elle l’a. 

Elle l’a avec ce garçon, Léon Marchand, impérial comme je l’ai dit, souriant, sympathique, sobre dans le triomphe, simple dans sa gloire. Tout s’est arrêté pour le suivre. Les autres épreuves ici ou là ont suspendu leur vol, un match de foot amical a été interrompu. Encore une fois, on est bien au-delà de l’événement proprement dit. Il s’agit du bonheur. Du bonheur dans son acception la plus exceptionnelle : le bonheur national. Dès lors, quoi qu’il advienne au tableau des victoires, des médailles, des échecs, ces Jeux auront été un moment privilégié dans notre France du moment. 

Ils ont leur empereur, disais-je. Ils ont aussi leur reine. Paris et ses beautés, ses monuments admirables. Son patrimoine exceptionnel exposé, offert à la terre entière qui s’en émerveille si l’on se réfère à la presse étrangère. Ce patrimoine rare, unique, peut-être bien sauvé grâce à cela, grâce aux Jeux, de la furie déconstructrice de certains. Je veux y croire… Il faudrait citer tous les sites. L’escrime au Grand Palais devient un peu plus que de l’escrime, comme si cet art de grâce avait trouvé enfin le seul lieu vraiment digne de lui. L’équitation sur fond du sublime Versailles nous est donnée en majesté. Et les courses, à vélo, à pied, à la nage, dans les rues, sur les places, dans le fleuve… Car même la Seine, capricieuse jusqu’à la dernière minute ainsi que le sont volontiers les altesses et les stars, a bien voulu jouer le jeu. 

De surcroît, je n’oublierai pas un autre roi. Le roi Nadal, qui s’en va certes, mais sans rien perdre de sa couronne. Au contraire. Jusqu’au bout il aura honoré de sa présence la terre ocre de Roland Garros. Il y est né voilà longtemps déjà. Il y a grandi. Il la quitte à présent, géant devenu. Grandissime à jamais.

Cela dit, tous ces sportifs, ces athlètes du monde entier sont à féliciter, à remercier. Ils nous réveillent de l’apathie qui nous gagnait, qui nous grignotait peu à peu. Ils nous invitent, mine de rien, à bouger. À se remuer. Ils nous rappellent que, comme disait en son temps Léonard de Vinci, tout est mouvement, la vie est mouvement. Or, comment prouve-t-on le mouvement de manière irréfutable ? Bien évidemment, en marchant. N’est-ce-pas Léon ?

Prestige de l’Iran, Jeux et lendemains qui déchantent

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Paris, 26 juillet 2024 © Kirsty Wigglesworth/AP/SIPA

L’envoi d’une roquette qui a tué douze enfants dans le village druze de Majdal Shams, a été suivi de l’élimination du chef militaire du Hezbollah à Beyrouth. Hier matin, nous avons appris qu’à Téhéran un missile d’une extraordinaire précision avait entrainé la mort d’Ismail Haniyeh dans l’appartement secret que lui avaient aménagé les dirigeants iraniens. 

Mort d’un tyran

Haniyeh, outrageusement présenté par certains comme un dirigeant modéré, avait pu, avant de mourir, faire son plein de chants de mort contre Israël au cours de la cérémonie d’inauguration du nouveau président iranien. On ne peut pas imaginer de coup plus cinglant porté au prestige de l’Iran. 

Alors, c’est par un athlète iranien qui n’y participe pas que je vais entamer cette chronique sur la cérémonie d’inauguration des Jeux Olympiques. L’haltérophile Mostafa Rajaei aurait été un des favoris dans sa catégorie, mais il a commis l’an dernier un crime irréparable aux Championnats du Monde en Pologne : il a serré la main d’un concurrent israélien. De ce fait, il a été banni à vie de son pays. Cela n’empêche pas l’Iran, qui a signé une charte olympique interdisant d’utiliser les athlètes à des fins de propagande, de participer aux Jeux de Paris et de prétendre, évidemment, que la présence israélienne violerait cette charte. 

Je faisais partie des innombrables sceptiques sur ces Jeux et je reconnais avec plaisir que leur organisation est jusqu’à maintenant parfaite.
J’ai été globalement émerveillé par la cérémonie d’ouverture, son originalité, sa qualité visuelle, le professionnalisme des artistes et la minutie de la mise en scène que la pluie a finalement magnifiée, donnant des rives de la Seine une image de rêve.
Le spectacle mêlait le mystère à la parodie, transformait le kitch en grand art et la dérision élaguait du passé ses branches trop… compassées. 

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Beaucoup de sous-entendus du spectacle m’ont échappé, car leurs références n’étaient pas les miennes, comme celles des mangas ou de Assassin’s creed. Je ne comprenais rien aux paroles de Aya Nakamura (j’ai lu leur traduction en français depuis) mais la voir se trémousser avec les Gardes républicains devant l’Académie française, temple du langage officiel, m’a paru un clin d’œil joyeusement burlesque. 

En revanche, devant Marie-Antoinette portant sa tête coupée, j’ai pensé, référence discutable, mais qu’importe, à Saint Denis, qui avait, dit la légende porté sa tête jusqu’au lieu qui prit son nom et qui devint la nécropole des Rois de France avant de devenir un des foyers d’une nouvelle France qui se moque éperdument de ce passé… 

Beaucoup de gens ont protesté contre la caricature de la Cène, le tableau de Leonard de Vinci

Patrick Boucheron, le correspondant historique de Thomas Jolly, enseigne que l’histoire n’est pas rigide et que les sens des événements sont multiples. On peut appliquer cette phrase à tous les épisodes de la cérémonie d’inauguration et notamment à l’épisode dit « Festivité » dont on a dit que c’était la caricature de la Cène de Leonard de Vinci, et par là une attaque directe du christianisme.

Je ne crois pas trop ceux qui prétendent que la seule référence était un tableau à Dijon de van Bijlert, un peintre caravagesque du XVIIe siècle. Ce dernier avait lui aussi certainement pensé à la Cène de Leonard en composant son tableau. Il voulait provoquer le public catholique de sa ville d’Utrecht, mais pas trop et de façon acceptable en son temps, en peignant une bacchanale, avec la structure de la Cène. Pour la petite histoire, c’est à Rome, la ville des Papes, en pleine Contre-Réforme, que van Bijlert avait appris à détourner la représentation des épisodes du christianisme de leur description canonique.
Le spectacle de Dionysos presque nu en face des drag queens ne montre en réalité ni table, ni convives, mais la disposition des personnages immobiles évoque immanquablement la Cène de Leonard. C’est là une façon de montrer que nous réagissons suivant nos références culturelles, mais que celles-ci ne sont pas forcément pertinentes. 

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En tout cas, le spectacle a entrainé un communiqué de la conférence des évêques de France, une censure dans de nombreux pays, une protestation de Jean-Luc Mélenchon et des excuses du Comité d’organisation, sans compter les critiques nombreuses à droite, ainsi que les invectives des poutiniens de toute obédience. 
Sans compter non plus les menaces à l’égard de la femme qui avait pris la soi-disant place du Christ, et qui se trouve être juive, militante lesbienne et anti-grossophobe, ce dernier combat étant le plus difficile dans la société telle qu’elle est aujourd’hui.
Je n’ai pas aimé cette partie du spectacle, mais je ne parviens pas à en être vraiment choqué. Pasolini en a fait d’autres et l’exigence d’une laïcité qui préserve la liberté s’impose en France, pays de Rabelais et de la loi de 1905. 
Mais ce n’est pas par hasard que Mélenchon et l’institut al-Azhar se retrouvent sur la même longueur d’onde : c’est que derrière une satire – éventuelle – de Jésus, ils voient venir la satire de Mahomet. Les évêques français, eux, constatent qu’il est dans le vent de se moquer des chrétiens, alors que, bien qu’ils ne le disent pas explicitement, la peur impose le silence s’agissant de l’islam. Le spectacle est ambigu, mais ce n’est qu’un spectacle.

Le message de la cérémonie d’inauguration est assumé. Patrick Boucheron l’a explicité. C’est une France de la diversité, de l’inclusivité comme on dit aujourd’hui, que les réalisateurs ont voulu promouvoir. En un sens ces Jeux se présenteraient comme l’absolu inverse des Jeux de Berlin, glorification de la race germanique. 

Conformisme intolérant

C’est sur le papier un magnifique projet, mais il ne faut pas esquiver ses faiblesses. Trop de liberté peut tuer la liberté, l’ode à la diversité a souvent évolué vers le conformisme le plus intolérant. 

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La France d’aujourd’hui est diverse, chacun le sait et on se prend à être surpris que la vedette du rugby à VII porte le nom très bizarre de… Antoine Dupont. Alors existe-t-il quelque chose d’un peu intemporel, ou du moins poli par le temps, qu’on peut appeler la culture française ? Non, répondait Emmanuel Macron au début de son premier mandat, il n’y a pas de culture française, il y a des cultures en France.
Cette vision d’un pays supermarché sans épaisseur historique n’est certainement pas celle des auteurs de la cérémonie d’ouverture dont l’un enseigne l’histoire au Collège de France et un autre a travaillé sur le théâtre de Shakespeare et de l’Antiquité. Mais la connaissance de l’histoire s’est effondrée dans la jeunesse d’aujourd’hui.

J’ai aimé le spectacle de l’inauguration car dans toutes les dérives, clins d’œil et travestissements, je pouvais me remémorer l’histoire de notre pays et replacer au rang d’un humour rafraichissant les libertés prises avec les faits. 
Qu’en est-il pour des générations qui vivent dans un hyperprésent où la connaissance du passé parait un fardeau inutile? Les penseurs postmodernes ont détricoté les a priori cachés de la fabrication de l’histoire, mais on a jeté le bébé avec l’eau du bain. Tout désormais se vaut et ce qui aurait dû stimuler la critique a engendré l’hyperméfiance. Cela s’appelle le woke et le spectacle l’assume. Or, s’il n’y a pas de limite à la destruction des codes, se méfier de tout conduit à s’enticher du pire.
Heureusement, la déconstruction n’a pas empêché le public de vibrer dans la joie, tout ambiguë qu’elle soit à l’analyse psychologique, de la communion sportive, ni de s’unir dans des moments de grâce tels l’allumage de la flamme olympique et le chant de Céline Dion. 
Ce fut une magnifique cérémonie, mais je ne crois pas que le monde dont elle nous préconise l’émergence ne soit que celui des lendemains qui chantent…

Élimination d’Ismaël Haniyeh: pas de trêve olympique au Proche-Orient

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Le dirigeant du Hamas, Ismail Haniyeh, tient un enfant lors d'un rassemblement de protestation contre la publication de caricatures dans des journaux européens représentant le prophète Mahomet, dans le nord de Gaza, le vendredi 3 février 2006 © AP Photo / Hatem Moussa /MIDEAST_ISRAEL_PALESTINIANS_/0602031922

Alors que le leader du Hamas a été tué mercredi à Téhéran, l’Iran et ses alliés préparent leur riposte contre Israël. Les funérailles du chef du mouvement islamiste palestinien seront présidées par l’ayatollah Ali Khamenei en Iran aujourd’hui.


Un article de Fabrice Balanche paru originellement sur son site.

En moins d’une journée, Israël a abattu deux hauts responsables du Hezbollah et du Hamas. Alors que la situation est figée dans la bande de Gaza, Israël poursuit ses manœuvres pour détruire les capacités d’action de ses adversaires.

Après Fouad Chokr, responsable des opérations armée du Hezbollah, tué le 30 juillet 2024, c’est donc Ismaël Haniyeh, le chef du Hamas à l’étranger, qui a été éliminé, le 31 juillet 2024, par Israël. Le premier a été tué à Beyrouth, dans la banlieue sud chiite. Le second se trouvait à Téhéran pour assister à la prise de fonction du nouveau président iranien. Nous sommes actuellement à un moment charnière où tout peut basculer au Moyen-Orient. Car l’Iran et le Hezbollah ne peuvent rester sans réagir. Le Hamas lui aussi a promis des représailles, mais sa capacité de nuisance est réduite.

Du côté occidental, il semble qu’Israël ait obtenu des garanties de la part des États-Unis. Le bombardement par l’aviation américaine d’une base des milices pro-iraniennes au sud de Bagdad indique que Washington est solidaire d’Israël, dans l’assassinat de Fouad Chokr tout du moins.

Six hommes à abattre

En octobre 2023, le journal israélien Yedioth Ahronoth annonçait que six personnalités du Hamas étaient dans le collimateur de l’État hébreu en tant que responsables du massacre du 7 octobre. Trois d’entre eux ont déjà été tués : Ismaël Haniyeh, le chef du Bureau politique, installé à Doha, Saleh Al-Arouri, numéro 2 du Hamas et en charge des activités de son organisation militaire en Cisjordanie, il était installé à Beyrouth, Marwan Issa, chef adjoint de la branche miliaire à Gaza. Les trois autres cibles sont Yahya Al-Sinwar, le dirigeant du Hamas à Gaza, Khaled Mechaal, responsable des activités à l’étranger, qui réside au Qatar, et enfin Muhammad Al-Deif, le chef de la branche militaire à Gaza. Israël a condamné à mort ces six terroristes et ils seront éliminés où qu’ils se trouvent et quelles que soient les conséquences. Cela rappelle la traque des organisateurs de l’attentat aux jeux olympique de Munich en 1972 qui coûta la vie à 11 athlètes israéliens.

Un soutien américain évident

La frappe contre le numéro 2 du Hezbollah, Fouad Chokr, intervient en représailles au missile sur Majdal al-Shams qui a causé la mort de 12 adolescents. Depuis le 7 octobre 2023, le nord d’Israël vit dans la peur des tirs de roquettes du Hezbollah et près de 100 000 civils ont été évacués de la bordure avec le Liban. Israël exige l’application de la résolution 1701 du conseil de sécurité de l’ONU, en 2006, qui demande le retrait du Hezbollah à 20 km au nord de la frontière israélienne, mais sans succès. Il semble donc que nous nous approchons d’une solution militaire pour restaurer la sécurité du territoire israélien. La diplomatie américaine a échoué à obtenir ce retrait et Joe Biden ne peut que soutenir l’action militaire israélienne en espérant éviter une guerre ouverte avec l’Iran.

L’élimination de Fouad Chokr intervient également au retour du voyage aux États-Unis de Benjamin Netanyahou. Ce dernier a forcément discuté avec le président américain de sa stratégie à l’égard du Liban et récolté des garanties de sa part. Il faut noter que quelques heures après la frappe israélienne dans la banlieue sud de Beyrouth, Washington bombardait une base des milices pro-iraniennes au sud de Bagdad, pour signifier à l’Iran leur solidarité avec l’État hébreu et tenter ainsi de neutraliser sa réaction. Cependant, Joe Biden était-il au courant de l’opération contre Ismaël Haniyeh à Téhéran ? Car elle est d’une tout autre ampleur que celle qui a visé le numéro 2 du Hezbollah au Liban.

Les conséquences de la double frappe israélienne

Tout d’abord sur le front de Gaza, il est clair que les négociations pour un cessez-le-feu et la libération des derniers otages israéliens sont interrompues. La capacité militaire du Hamas est très réduite désormais et Israël n’a guère à craindre de ce côté, en revanche il faut s’attendre à une escalade sur le front nord. La crédibilité de la République Islamique est gravement atteinte : un invité étranger tué sur son propre territoire à l’occasion de la prise de fonction du nouveau président iranien, c’est beaucoup plus sérieux que la frappe contre le consulat iranien à Damas en avril 2024. L’Iran avait alors envoyé une salve de missiles sur Israël, mais en faisant en sorte que cela ne cause pas de dégâts pour éviter une guerre totale. Le dôme de fer et les alliés occidentaux d’Israël avaient joué leur rôle protecteur.

Qu’en sera-t-il après la mort d’Ismaël Haniyeh ? A minima l’Iran va soutenir les représailles du Hezbollah contre Israël, ce qui va logiquement déclencher une offensive de Tsahal au Liban et des bombardements massifs sur les routes iraniennes en Syrie, par lesquelles provient l’armement de la milice chiite libanaise. Le Proche-Orient n’aura donc pas attendu la fin de la trêve olympique pour s’embraser de nouveau.

Source : Conflits

Les Leçons de la crise syrienne

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Syrie Liban: Communautarisme et pouvoir

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Comment une poignée d’idéologues a fait main basse sur la cérémonie des JO

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La ministre des Sports et des Jeux olympiques Mme Oudéa Castera au "Club France" à Paris, après la cérémonie d'ouverture, 26 juillet 2024 © Gabrielle CEZARD/SIPA

Les Jeux Olympiques ont de tout temps été l’endroit idéal pour promouvoir des idéologies politiques, rappelle notre chroniqueur, qui lui non plus n’a pas aimé la cérémonie d’ouverture préparée par l’équipe infernale Jolly / Boucheron / Slimani / Bürki. De l’autre côté de l’échiquier politico-médiatique, sans surprise, Edwy Plenel salue un super spectacle célébrant « la France de l’émancipation ».


La France d’Emmanuel Macron n’est pas la mienne. Je ne l’ai pas non plus reconnue dans la cérémonie des JO, emplie de stéréotypes sexués et de flatteries à l’air du temps. J’ai vu, dans la mise en scène de Thomas Jolly, une opération politique pour valoriser la nouvelle France diversitaire promue par le chef de l’Etat. 80% des investissements publics ont d’ailleurs bénéficié à la Seine-Saint-Denis, selon Amélie Oudéa-Castera intérrogée sur Europe 1, lundi. Alors que l’article 50-02 de la charte olympique du CIO stipule : « Aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n’est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique », le pouvoir, désavoué depuis par les urnes, a choisi de passer outre cette interdiction en imposant d’autorité sa vision contestée d’une société post-nationale et post-française.

L’historien Patrick Boucheron, un des organisateurs de l’évènement, n’a rien caché de ses desseins consistant à « affirmer crânement, énergiquement que c’est comme ça qu’on va vivre ensemble (…) On a restauré, pour nous, intimement, une fierté pour ce pays. Pas pour son identité, mais pour son projet politique (…) ». De ce point de vue, un parallèle peut être fait entre Leni Riefenstahl, qui filma pour Hitler les JO de Berlin de 1936, et Jolly et ses amis qui ont scénarisé pour Macron les JO 2024. Dans les deux cas, on retrouve une même propagande au service de l’Homme nouveau (aryen ou métissé), une même obsession de la race, un même mépris du catholicisme, un même enthousiasme obligatoire. Ceux qui ont eu l’audace d’avouer n’avoir pas apprécié les génuflexions wokistes face aux minorités sexuelles ou raciales ont été traités d’ « extrême droite ». Ainsi font les nouveaux fascistes grimés en antifascistes.

La nouvelle France de Macron, multiculturelle, n’est pas non plus celle de nombreux compatriotes indigènes. Certes, un sondage a montré que 85% des téléspectateurs avaient estimé la cérémonie réussie. Je ne mésestime pas la technique subversive des déconstructeurs : leur savoir-faire peut amener à ce genre de plébiscite mou. « Quand on sait comment arnaquer les esprits, il n’est pas difficile de devenir le maître du monde », écrit le philosophe Bertrand Vergely1, qui ajoute : « Quand on sait comment rétablir la vérité et l’honnêteté, on devient un libérateur ». Je remarque d’ailleurs que le spectacle a également emballé Edwy Plenel qui a tweeté : « Superbe cérémonie qui a sublimé la France de l’émancipation, celle de l’égalité des droits sans distinction d’origine, de condition, d’apparence, de sexe, de genre. La France née en 1789. « Ah ! Ça ira, Ah ! Ça ira… » (…) ». Or Je doute que Plenel, symbole de l’islamo-gauchiste et du déracinement, se reconnaisse lui-même dans cette autre France méprisée, enracinée et périphérique, qui n’a jamais d’autre droit que celui de se taire. Je défends cette France au nom de l’injustice qui lui est faite.

Les organisateurs n’ont cessé de dire qu’ils voulaient faire un « anti-Puy-du Fou » en tournant le dos à la classe moyenne des oubliés, coupables de mal voter. Mais de quel droit une poignée de militants sans légitimité ont-ils détourné la vocation olympique de la cérémonie des Jeux, imitant en cela ce que furent les JO de Berlin de 36 ?

Le CIO a présenté ses excuses. Les squatteurs propagandistes plastronnent.


  1. Main basse sur la pensée, Salvator ↩︎

Sahara occidental: le soutien au plan marocain marque une réorientation stratégique française bienvenue

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Le président Macron et le roi du Maroc discutent à Rabat, après l'inauguration d'une ligne de train à grande vitesse, 15 novembre 2018 © Christophe Archambault/AP/SIPA

En cet été 2024, en plein Jeux olympiques, assiste-t-on à la fin du « en même temps » présidentiel ? On peut le penser, et l’espérer, sur le plan intérieur au vu de l’impasse politique dans laquelle la dissolution voulue par Emmanuel Macron a conduit le pays. Ce retour à un peu de modestie et de lucidité trouvera-t-il son pendant en politique étrangère ? Ce serait également souhaitable compte tenu du nombre de dossiers diplomatiques (de l’OTAN à la Russie, en passant par la Chine, l’Afrique, le Liban, l’Algérie, etc.) sur lesquels la « pensée complexe » présidentielle s’est également égarée.

Le 30 juillet, Emmanuel Macron a reconnu le plan d’autonomie marocain comme « la seule base pour une solution politique juste et durable » pour le Sahara occidental, ainsi que la souveraineté du Maroc sur ce territoire. C’est un pas dans la bonne direction, un choix diplomatique conséquent. Cette décision marque une étape importante vers la réconciliation avec le royaume chérifien, en répondant aux principes fondamentaux d’une politique étrangère digne de ce nom : intérêts, vision et durée. Si elle irrite l’Algérie, qui a rappelé son ambassadeur, elle témoigne d’une réorientation stratégique française nécessaire à la lumière des évolutions régionales et internationales.

Depuis son élection en 2017, Emmanuel Macron avait fait ce qu’on peut appeler un « pari algérien », cherchant à réconcilier les deux pays et semblant penser qu’une telle démarche pourrait solder le passé douloureux et ouvrir un nouveau chapitre dans les relations franco-algériennes. Pour ce faire, il a multiplié les gestes de bonne volonté, en particulier sur le plan mémoriel. Il a poussé la repentance très loin, jusqu’à humilier son propre pays, notre pays. Alger n’a répondu à ces initiatives que par des critiques acerbes, des provocations, des exigences sans cesse renouvelées. Cet entêtement a conduit à un raidissement inédit des relations avec le Maroc, délaissé au profit de chimères avec l’Algérie. Ce pari infructueux semble désormais abandonné, Emmanuel Macron semblant juger plus fructueux le renforcement des liens avec Rabat.

Les présidents Macron et Tebboune au G7, Borgo Egnazia, Italie, 14 juin 2024 © Christopher Furlong/AP/SIPA

Reconnaître le plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental n’est pas seulement répondre à une revendication diplomatique ancienne. C’est un moyen habile de reconnaître publiquement le statut de puissance régionale acquis par le pays. En effet, le Maroc est le seul pays stable du Maghreb et des rives de l’immense région sahélo-saharienne. Cette stabilité politique et économique, acquise au fil des vingt-cinq dernières années, lui permet de jouer un rôle crucial dans une zone constamment traversée par des tensions politiques et sécuritaires. Tel n’est pas le cas de ses voisins puisque la Tunisie semble s’enfoncer dans une sorte de lente glaciation autoritaire, tandis que l’Algérie reste figée dans un immobilisme anachronique (s’apprêtant à réélire Abdelmajid Tebboune lors d’élections présidentielles sans surprise qui auront lieu le 9 septembre prochain).

Enfin, ce rapprochement avec le Maroc s’inscrit dans un contexte géopolitique global instable et dangereux. La résurgence des conflits entre États, les ambitions territoriales explicites et le retour de la guerre sur plusieurs fronts exigent que la France, et globalement les Occidentaux, révisent et consolident leur système d’alliances. La Russie, active en Ukraine, bien implantée en Méditerranée orientale et désormais clairement hostile à Israël (elle vient tout de même de qualifier « d’assassinat politique tout à fait inacceptable » la mort d’Ismaïl Haniyeh, chef politique du mouvement terroriste Hamas, à Téhéran !), constitue une menace directe pour la stabilité régionale. En parallèle, l’Algérie, par ses liens étroits avec Moscou et ses achats d’armements russes, renforce cette dynamique préoccupante. En effet, le contexte géopolitique global doit nous conduire à « voir ce que nous voyons » : les théâtres d’opérations de la contestation planétaire contre l’Occident ne sont pas isolés les uns des autres mais tous interconnectés. 

Dès lors, le rapprochement avec Rabat et le soutien français au plan marocain pour le Sahara occidental, après ceux de l’Espagne et de l’Allemagne ces deux dernières années, deviennent non seulement stratégiques mais impératifs. Il appartient maintenant aux deux nations de consolider cette alliance et de lui donner portée, pérennité et force.

Attaques contre Jerry Seinfeld: «Ne dites surtout pas qu’on n’est pas drôle!»

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Jerry Seinfeld photographié à l'US Open en 2022, New York © UPI/Newscom/SIPA

Ce n’était pourtant pas la première fois que le comédien à succès américain, Jerry Seinfeld, faisait part de son dégoût pour le politiquement correct et la culture woke. En 2015 déjà, l’humoriste avait décidé de ne plus se rendre sur les campus américains, car les étudiants y étaient devenus trop facilement offensés par ses blagues. Ses derniers propos, tenus dans un podcast du journal The New Yorker1, et son soutien au peuple juif après le 7 octobre, lui valent de nombreuses nouvelles inimitiés.


Décidément, quand il s’agit d’humour, on ne plaisante pas. C’est du moins l’impression que dégage l’étrange affaire suivant les déclarations de l’humoriste américain Jerry Seinfeld, le 28 avril dernier. 

Invité de l’émission The New Yorker Radio Hour, il dressa un sombre portrait des nouvelles séries comiques télévisées, estimant que « l’extrême gauche et ces conneries politiquement correctes », ainsi que « la crainte constante d’offenser quelqu’un » (traductions de l’auteur) menacent l’existence même de l’humour à la télévision. Évoquant les multiples comités et groupes de pression examinant et réécrivant les scénarios avant qu’ils ne soient approuvés, il insinua que les grandes productions hollywoodiennes finiront par condamner le genre comique aux oubliettes, tant les risques de complication sont élevés. 

À moins que l’on se fût cantonné dans son salon ces quinze dernières années sans lire un seul journal, ces propos n’expriment rien de nouveau et ne devraient plus choquer personne. Et bien que venant d’un humoriste avec une connaissance intime du show-business, cette opinion ne diffère pas, au fond, de la philosophie de comptoir.

Et pourtant, quel scandale a-t-elle causé. Réactions enflammées de célébrités bien-pensantes, déferlements sur les réseaux sociaux, articles, podcasts et reportages : du jour au lendemain, Seinfeld est devenu la nouvelle cible – puisqu’il en faut au moins une par mois, on dirait – d’une campagne de « cancel culture ». Mais comment l’expliquer, considérant la banalité relative de ce qu’il avait dit ?

C’est parce que, pour les garants du discours acceptable, ces mots anodins se transforment en menace lorsque proférés par une figure aussi influente que Jerry Seinfeld. Pour rappel, il est l’un des comiques les plus appréciés du monde anglo-saxon, tant grâce à sa série éponyme des années 1990 qu’à ses spectacles de stand-up qui, encore aujourd’hui, remplissent les plus grandes salles. 


La gauche adore scander que « tout est politique ». L’humour, en l’occurrence, a cette capacité unique de combiner la légèreté, le rire et l’insolence avec la dérision, l’ironie et le ridicule. Ainsi, les spectacles de stand-up, les séries et films comiques, allant jusqu’aux blagues qu’on se lance au quotidien, sont autant de champs de bataille où des idéologies, derrière les sourires, visent à s’abattre les unes les autres en quête du grand trophée, c’est-à-dire du rire le plus éclatant. 

D’où la panique du soi-disant camp du Bien, apprenant qu’une légende de l’humour ait démasqué la tentative, et l’échec, de l’extrême gauche d’imposer ses dogmes à la culture populaire. Seinfeld aurait pu tout aussi bien dire : « Ces gens sont si dépourvus de légèreté qu’ils donnent à Hollywood, la religion du divertissement, l’envie d’enterrer le genre tout court ! » 

Et pourtant, avec ces crises de rage, la gauche, sans le vouloir, a réalisé son plus grand exploit comique. Car quoi de plus marrant que de voir quelqu’un se fâcher pour le simple fait d’être traité de pas drôle ?


  1.  Jerry Seinfeld a estimé que le politiquement correct était en train de détruire l’humour. “This is the result of the extreme left and PC crap, and people worrying so much about offending other people. When you write a script and it goes into four or five different hands, committees, groups — ‘Here’s our thought about this joke’ — well, that’s the end of your comedy.”
    ↩︎

Que sait Patrick Boucheron de nos peurs?

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L'histoirien Patrick Boucheron

Interrogé par le journal Le Monde, Patrick Boucheron (historien co-auteur de la cérémonie d’ouverture des JO avec le chorégraphe woke Thomas Jolly) assume les messages politiques inclusifs de son spectacle, et estime que seule la fachosphère ne l’a pas aimé.


On en a assez de ces gens qui parlent à notre place. L’historien Patrick Boucheron, inspirateur principal de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques, le 26 juillet, a affirmé qu’il avait voulu en faire « un manifeste contre la peur ». D’abord je ne vois pas en quoi ce qui nous a été montré, admiré par beaucoup, décrié par d’autres, correspondait à cette étrange intention. On a plutôt relevé les justifications, protestations, explications, atténuations ou excuses qui se sont multipliées, une fois l’ouverture proclamée. Surtout – et ceci dépasse très largement le point de vue lié aux JO – l’attitude et les propos de M. Boucheron me paraissent relever de ce savoir empli de condescendance, cultivé par des historiens ou des intellectuels s’autoqualifiant de progressistes, à l’égard d’une multitude ne connaissant que les instincts primaires, les angoisses élémentaires ou la peur selon sa terminologie. On pourrait rétorquer d’emblée que c’est bien là une considération de privilégié qui a tout loisir pour s’abandonner à la noblesse de la pensée quand le bas peuple, lui, se traîne dans la médiocrité. Mais, plus profondément, qui pourrait dénier que cette peur est non seulement compréhensible mais légitime ? Si on met entre parenthèses l’intermède qui se veut magique des JO, où donc pourrait résider, sur le plan national et international, une espérance suffisamment forte pour nous faire entrevoir le meilleur, une réalité assez positive pour ne pas nous faire craindre le futur, une confiance tellement assurée à nos gouvernants, à notre classe politique, aux responsables de nos démocraties qu’elle puisse nous débarrasser du moindre doute sur la conduite du monde, une naïveté tellement béate sur l’état de notre société qu’elle nous rendrait aveugle à ceux qui n’ont pour ambition que de la détruire, de la subvertir ?
Cette peur, dont Patrick Boucheron a prétendu nous guérir avec son surprenant remède, est au contraire la preuve de notre lucidité et de notre humanité. Si nous n’avions pas peur, nous ne saurions pas nous battre pour une France paisible.

Sahara occidental: “Emmanuel Macron s’est émancipé du chantage algérien”

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Les présidents Macron et Tebboune au G7, Borgo Egnazia, Italie, 14 juin 2024 © Christopher Furlong/AP/SIPA

Le président algérien Tebboune rechigne à venir en France et a déjà reporté plusieurs fois sa visite. Et voilà que dans le dossier du Sahara occidental, qui empoisonne les rapports entre le Maroc et l’Algérie depuis des décennies, Paris joue Rabat contre Alger! La lettre adressée par le président Macron au roi du Maroc, assurant que le plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental constitue “la seule base pour aboutir à une solution politique juste, durable et négociée” constitue un camouflet pour les Algériens, lesquels soutiennent les indépendantistes de Front Polisario…


Xavier Driencourt est diplomate et haut-fonctionnaire. Fait rare, il a été ambassadeur de France en Algérie à deux reprises, de 2008 à 2012 et de 2017 à 2020, durant la présence d’Abdelaziz Bouteflika en tant que président. 

Alors qu’Emmanuel Macron a reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara dans un inattendu revirement, cet expert nous livre ses impressions sur le contexte géopolitique qui a présidé à ce changement. 

M. Driencourt a publié L’énigme algérienne (L’observatoire, 2022) et Evian face à l’étranger (Editions du CNRS, 2023).

L'énigme algérienne: Chroniques d’une ambassade à Alger

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Causeur. Comment avez-vous reçu le revirement d’Emmanuel Macron sur le dossier du Sahara et du Maroc ? Est-ce inattendu ?

Xavier Driencourt. Oui et non. Par certains aspects, ce changement de cap était prévisible. Il y a eu plusieurs signaux faibles qui pouvaient mettre la puce à l’oreille. Ainsi, quand Stéphane Séjourné a été désigné ministre des Affaires étrangères, il s’est immédiatement rendu au Maroc où il a tenu un discours assez inédit. Alors que le plan d’autonomie présenté en 2007 a longtemps été jugé « possible » et non comme la seule solution pour le règlement du problème, Monsieur Séjourné a déclaré à Rabat en février dernier qu’il savait que la problématique du Sahara dit occidental avait un caractère « existentiel » pour le royaume. C’était un grand pas en avant.

D’autres indices se sont alors fait jour. L’agence française du développement a notamment invité les entreprises françaises à investir dans la région du Sahara, leur indiquant que l’environnement économique y était sain. Une nouveauté, dans un contexte diplomatique qui a longtemps été difficile sous la présidence d’Emmanuel Macron. Pendant plusieurs années, les relations ont été gelées sinon polaires entre nos deux pays. Nul doute que la lettre envoyée par Emmanuel Macron à sa majesté Mohammed VI va considérablement changer la donne. On avait pu voir d’ailleurs les premiers résultats du réchauffement avec les visites de Bruno Le Maire, Franck Riester ou bien sûr Gérald Darmanin dans le cadre de l’arrestation d’un caïd marseillais qui se cachait au Maroc. Demain, les relations s’approfondiront encore.

A lire aussi, Gabriel Robin: Maroc: le quart de siècle de Mohammed VI

La reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara est la phase ultime de la réconciliation. Nous rejoignons l’Espagne et les États-Unis, mais je pense que la position de la France est plus déterminante que celle de Madrid, sans manquer de respect à nos voisins d’outre-Pyrénées. Par son passé et son statut de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies, la France a un rôle très particulier à jouer dans cette région du monde. Pendant sept ans, Emmanuel Macron a subi le chantage algérien, il s’en est désormais pleinement émancipé.

Comment l’expliquez-vous ?

Le président a vu l’impasse dans laquelle l’inflexibilité algérienne le conduisait en Afrique. Il a pris un tournant qui entrainera sûrement une reconnaissance plus large de la souveraineté marocaine au Sahara. De nombreux pays européens et africains suivront l’exemple français en se disant que si nous l’avons fait, ils devraient peut-être s’y mettre. C’est ce que craignait Alger, désormais isolé. La mauvaise humeur du régime durera sûrement un moment. Le « rappel » de l’ambassadeur en est un signe. Alger avait fait la même chose avec l’Espagne, avant de renvoyer en catimini son ambassadeur. Fait amusant, l’ambassadeur d’Algérie en Espagne était celui qui a aujourd’hui été rappelé de Paris vers Alger aujourd’hui. Il est traité d’incapable dans de nombreux médias algériens…

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Ne faut-il pas s’inquiéter de cette crise ouverte entre Paris et Alger ?

Je pense qu’il fallait en passer par là avec Alger qui attend une relation unilatérale et exclusive à son unique bénéfice. Le rapport de force était une nécessité. Les réactions politiques en France témoignent d’ailleurs d’un soulagement. Du PS au RN, à l’exception de l’extrême-gauche, les réactions sont unanimes. Il fallait crever l’abcès.
On l’oublie mais Abdelmadjid Tebboune est actuellement en campagne pour sa réélection. Il désignera à n’en point douter la France et le Maroc à la vindicte populaire comme dérivatifs des errements intérieurs du régime.
La France doit quant à elle avancer avec le royaume chérifien et cultiver une relation qui sera profitable aux deux parties.