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Hermann Goering veuf trop tôt ?

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Le chef nazi aurait-il pu être détourné du chemin qui le conduisait vers le pire par sa femme qui est décédée prématurément ? Quel peut être l’influence politique de l’époux ou de l’épouse d’un dirigeant au sein d’un couple? Le regard de Philippe Bilger.


Quand l’horreur absolue a eu lieu et que l’Histoire, avec le nazisme, et le communisme dans un autre registre, a été meurtrie à perpétuité, il est vain voire indécent de tenter de faire comme si les tragédies étaient réversibles. Je n’aurai pas cette impudence. Je voudrais seulement m’interroger sur une question qui m’a toujours intéressé : l’influence des femmes, des épouses sur certaines gloires ou malfaisances historiques. Il n’est pas un homme, même le moins dépendant qui soit, qui puisse se dire totalement détaché de l’influence de la personne avec laquelle il vit. Alors est-il permis de se demander si, en certaines périodes, l’horreur aurait pu ne pas détruire telle ou telle personnalité, si le destin ne l’avait pas privée trop tôt d’une sollicitude bienfaisante ?

À la lecture de l’excellente biographie d’Hermann Goering par François Kersaudy, je n’ai pu m’empêcher de me projeter dans une supputation rétrospective sur ce que serait devenu Hermann Goering s’il n’avait pas perdu en 1931 son épouse, une aristocrate suédoise rencontrée en 1920 à 27 ans, et épousée en 1923. Il est essentiel de noter qu’Hitler a été appelé au pouvoir en 1933, par le maréchal Hindenburg longtemps très réticent.

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Entre la baronne Carin Von Kantzow et Hermann Goering, ce fut un véritable coup de foudre. Il fut en totale adoration devant elle jusqu’à sa disparition prématurée. Elle ne cessa de lui rendre au centuple cet amour, tant elle affronta pour lui mille épreuves aussi bien dans les débuts de sa vie politique que sur un plan personnel. Malgré la fragilité de sa propre santé, elle fut infatigable, dévouée, efficace, entreprenante, suscitant l’estime et la considération de tous ceux qui la rencontraient, très écoutée par son mari qui percevait à quel point elle lui était nécessaire pour apaiser un tempérament peu ordinaire : héros aviateur lors de la Première Guerre mondiale, légende allemande puis jeune homme confronté aux difficultés de l’existence après sa démobilisation, avant sa rencontre avec Hitler et la fascination que ce dernier lui a inspirée. La mort de son épouse en 1931 a probablement libéré chez Hermann Goering – il s’est remarié en 1935 avec une actrice qui ne s’intéressait pas à la politique et ils ont eu une fille – des dispositions, des excès, des outrances, des ridicules, une conception vaniteuse et narcissique de l’existence et, le pire, une indifférence à l’égard de la morale qui l’a conduit, aux côtés d’Hitler, à valider, à justifier et à commettre les horreurs qu’on connaît.

Un deuil mortifère

Carin Goering avait une sorte d’admiration naïve pour Hitler qui faisait le galant homme avec elle et lui baisait la main mais beaucoup se sont demandé si, en raison de sa qualité humaine, elle n’aurait pas détourné son mari des ignominies nazies dont il a été un protagoniste essentiel. On n’en sait rien. Hermann Goering s’était mué en un tel clone de Hitler, sombrant dans un mimétisme délétère, qu’il n’est pas certain que la relative normalité de l’épouse aurait eu le moindre effet sur ses dérives criminelles ultérieures condamnées à Nuremberg. Même si pour les diplomates et les gouvernants étrangers, Hermann Goering a été perçu, dans la hiérarchie nazie, comme le plus accessible, familier et sincère. Il en a beaucoup joué.

Il me semble qu’on a le droit cependant de s’abandonner à cette approche hypothétique tant elle apporte un peu d’espérance fictionnelle dans un univers sans rémission. Je le fais d’autant plus volontiers que dans Wikipédia, largement inspiré par le savoir de François Kersaudy, on n’appréhende pas du tout ce point qui d’ailleurs n’aurait pas eu sa place dans une relation factuelle et historique.

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Autant je crois sur un plan général à l’influence même non directement sollicitée d’une épouse ou d’une compagne, autant me perturbent, dans notre monde démocratique où l’élection donne la seule légitimité, ces conseils officieux, ces interventions occultes, ces actions discrètes qui permettent de s’arroger une importance sans l’ombre d’un mandat. Je suis persuadé que pour certaines personnes de notre vie publique, des libertés se sont manifestées, et pas toujours pour le meilleur, quand les vigies tutélaires que sont parfois les femmes ont disparu. Elles n’étaient plus là pour faire barrage, entre l’être aimé et le réel, aux médiocres tentations et possibilités de dérives. C’est tout à fait autre chose que de se livrer à cette interrogation saisissante : Goering aurait-il pu être arrêté à temps ?

Hermann Goering (Tempus)

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Droits TV du football français : un air d’effondrement

La fragmentation et le montant des offres pour visualiser la ligue 1 cette année poussent la plupart des consommateurs du ballon rond à se tourner vers le streaming illégal…


En plein cœur du mois d’août, les fans et supporters ont pu suivre ce week-end la reprise du championnat de football – à condition d’avoir consenti à un nouvel abonnement. Présentée comme le Netflix du sport, la plateforme britannique Dazn débarque. Pour la modique somme de 29,99 par mois, le téléspectateur peut retrouver les matches de Ligue 1. Et encore, pas tous, car BeIn Sports en conserve un sur les neuf affiches de chaque journée. Sans diffuser par ailleurs les Coupes d’Europe, restées sur Canal +. De quoi lasser un public qui se tourne vers le piratage.

Si vous avez compris quelque chose à la querelle des droits TV du football français, c’est qu’on vous l’a mal expliquée. Principale source de revenus des clubs professionnels (avec les revenus des transferts de joueurs), les montants que consentent les droits TV ont été au cœur d’un nouveau feuilleton estival. Cela fait désormais quarante ans que Canal a commencé à diffuser le championnat de France en 1984 mais aussi a proposé une nouvelle façon de filmer le jeu, le tout avec la touche « Canal ». Au fil des décennies, les dirigeants ont cherché à partager le gâteau avec d’autres diffuseurs. TPS, Orange… Tous s’y sont cassé les dents. BeIn Sports, émanation d’Al Jazeera arrivé en 2012, a failli donner le coup de grâce, mais c’était sans compter sur l’intervention de François Hollande, venu à la rescousse de la chaîne, qui a négocié la clémence du groupe auprès du groupe qatari. Depuis 1984, Canal + est le grand argentier du football français mais aussi et plus encore du cinéma français. Laisser perdre à la chaîne de Vincent Bolloré son produit phare, c’est menacer l’avenir du grand écran…

Les présidents de Ligue 1 dans une mare de sang

Au printemps 2018, c’est le drame. Le football français vit en pleine fièvre à la suite du transfert de Neymar au PSG l’année précédente. Les présidents des clubs de football se sentent en mesure de trouver de nouveaux diffuseurs et de dépasser le milliard d’euros. Dehors Canal +, place à l’Espagnol Mediapro et à son président Jaume Roures, qui s’engagent à débourser plus d’un milliard par an pour diffuser la Ligue 1 à partir de 2020. En plein crise du Covid, la chaîne espagnole apparaît (elle est baptisée pour l’occasion Téléfoot). Elle va rapidement s’inscrire dans la lignée des grands flops de l’audiovisuel français. Elle est proposée à un tarif équivalent à la chaîne Canal +, mais sans disposer de la moindre offre en matière de séries, de cinéma, de rugby, de Formule 1. Des matches de Ligue 1, seulement le week-end, dans des stades vides (on est en plein Covid). A l’automne, la mariée cesse de payer sa dot. En janvier 2021, Canal + est rappelé à la rescousse. Bolloré ricane, et glisse en off : « Je veux voir les présidents de L1 à genoux dans une mare de sang ».

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Depuis, entre la Ligue de football professionnel et Canal, les rancœurs sont trop profondes pour que le rabibochage soit possible. Canal + et BeIn Sports se battent même un temps au tribunal, non pas pour diffuser les matches, mais pour ne plus les diffuser ! Au printemps 2024, un nouvel appel d’offre s’annonce. Canal +, qui s’est recentré sur le championnat anglais, les Coupes d’Europe, le rugby, la F1, la moto, n’est plus dans la course. Ça ne se bouscule pas au portillon pour racheter les droits. La Ligue envisage de créer sa propre chaîne, l’hypothèse d’un écran noir au coup d’envoi de la nouvelle saison paraît de moins en moins farfelue. C’est finalement le groupe Dazn qui récupère le lot, officiellement pour 400 millions de droits, peut-être moins en regardant entre les lignes. Le mirage du milliard de 2018 est désormais un vieux rêve. Au même moment, le football anglais vend ses droits pour 2 milliards par an (sans compter l’exportation des droits aux chaines étrangères, qui en rapporte autant).

La Ligue 1 des cheveux gris

Pendant ce temps-là, le championnat perd de son attrait. Sur les Abribus des villes, Dazn affiche les vedettes de la Ligue 1 : Dante, quarante ans, Steve Mandanda, trente-neuf ans, Alexandre Lacazette, trente-trois ans… Avec le départ de sa vedette Kylian Mbappé, la compétition est devenue la Ligue des cheveux gris. C’est dans ce contexte déprimant que l’amateur de football doit débourser autour de 50 euros pour avoir une vue kaléidoscopique sur son sport favori, entre la Ligue 1, le championnat anglais, les compétitions européennes. Beaucoup ont trouvé la parade en faisant l’acquisition d’IPTV, petit boîtier miraculeux importé de Chine qui permet d’avoir accès à toutes les chaînes. Au bar des choses d’à côté, même chose : l’abonnement pro est passé à 200 euros, soit une inflation de 135%. Certains bars ont déjà annoncé qu’ils ne suivraient pas, ce coup-ci.

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Un dénouement équivalent à celui de 2020, avec un diffuseur qui ne paye plus et s’en va au bout de trois mois, n’est pas une vue de l’esprit. Les clubs, qui vivent depuis des années dans l’illusion du milliard, sont au bord du cataclysme financier. La part pour les petits, en bas de classement, sera maigrelette. Un club comme Bordeaux, locomotive historique du championnat, vient d’être relégué administrativement en troisième division. Philippe Seguin, amoureux du jeu mais las du football business, avait déclaré en 2006 : « J’espère qu’un jour tout cela s’effondrera. Que les gens n’iront plus au stade et que les audiences télé chuteront ». Nous n’en sommes peut-être plus très loin.

Bilan des émeutes urbaines de 2023 : le pire est-il devant nous ?

Cet été, la « parenthèse enchantée » des JO ainsi que les scènes de violence outre-Manche ont fait oublier les émeutes de l’année dernière en France consécutives à la mort de Nahel Merzouk. Pourtant, le gouvernement tarde à tirer un vrai bilan de ces événements passés qui risquent de se reproduire à l’avenir si l’Etat ne prend pas de contremesures dès maintenant. Analyse.


Avec les émeutes au Royaume-Uni, nombreux sont ceux qui ont fait le lien avec les émeutes de l’été 2023. Or, une telle comparaison est inopérante. Les émeutiers français sont, pour plus de la moitié, mineurs et surtout n’ont aucune revendication politique, tandis que les émeutiers britanniques justifiaient leur action injustifiable par le choc migratoire. En effet, les 4 164 émeutiers français ont invoqué des motifs divers tels que « l’influence du groupe » (41%) la « curiosité » (29%) ou la « recherche d’adrénaline » (23%). Seulement, ces profils « d’émeutiers enfantins durement punis par la justice » constituent une communication gouvernementale masquant la réalité : le pire est à venir.

Vers des émeutes à caractère insurrectionnel ?

En France, les émeutes tendent de plus en plus vers une logique insurrectionnelle. La différence entre une émeute et une insurrection réside dans le fait que cette dernière est : (1) organisée autour d’un mode opératoire précis ; (2) contre une autorité explicitement nommée (un gouvernement, une administration) ; et (3) en cherchant à renverser cette autorité. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, une insurrection n’est pas liée à une idéologie ou à un projet politique précis, mais résulte souvent d’un fait de société perçu par les futurs participants comme un acte d’autorité abusive pratiqué par le pouvoir en place, comme des « violences policières » dans l’esprit des émeutiers.  

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Les émeutes urbaines françaises répondent de plus en plus aux codes de l’insurrection. La première vague d’émeutes en 2005 a mis en place un mode opératoire qui sera ensuite toujours appliqué (incendies de voitures, coupe-gorges contre la police dans les quartiers, etc.). Les émeutes de 2007 à Villiers-Le-Bel, moins connues, ont brisé un tabou : les émeutiers sont explicitement prêts à prendre la vie de policiers, puisque pour la première fois ils sont ciblés par des tirs d’armes à feu. Enfin, les émeutes de 2023, ont acté le renversement de l’autorité dans les quartiers. On peut de demander si la police a perdu la guerre des territoires face aux narco-trafiquants puisque même lorsqu’elle peut intervenir, son action n’est pas durable. En effet, après avoir contenu les émeutes, rien n’a structurellement changé dans les quartiers. Exemple emblématique, malgré la gestion des émeutes, l’année 2023 a battu tous les records de 2022 à Marseille : 47 décès sur fond de trafic de stupéfiants, (+42% par rapport à 2022) et 118 blessés, (+174%).

Le pire est devant nous

Si la réponse sécuritaire a assurément été une réussite au regard de l’ampleur et de l’intensité des émeutes de 2023 par rapport à 2005, la réponse judiciaire affiche des premiers résultats positifs. Cela tient en deux raisons. D’abord, la rapidité du jugement, car sur les 4 164 auteurs de violences mis en cause, 3 847 individus ont fait l’objet d’une réponse pénale, soit 92% de jugements, dont 60% en comparution immédiate. Ensuite, le prononcé de la peine, car près de 60 % des majeurs condamnés l’ont été à une peine d’emprisonnement ferme. Un taux bien supérieur au taux de prononcé d’une peine d’emprisonnement ferme par les tribunaux correctionnels, en moyenne à 38 % en 2022.

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Seulement, ce bilan judiciaire est en trompe l’œil. D’une part, il s’inscrit dans la dérive judiciaire actuelle où le prononcé de peine ne vaut pas son application. En effet, la durée moyenne des peines d’emprisonnement prononcées par les juges contre les émeutiers est de 8,9 mois. Il s’agit de peines où les condamnés n’iront pas en prison puisque bénéficiant automatiquement d’aménagements de peine (bracelets électroniques, semi-liberté ou placement extérieur), à la discrétion du juge d’application des peines. Ainsi, comment pouvons-nous vivre dans une société où des émeutiers peuvent dégrader une école sans aller en prison ?

D’autre part, ce bilan relève de la communication du Gouvernement. En insistant sur la jeunesse des émeutiers et leur primo-délinquance, il a donné une image erronée de leur profil, puisque ces caractéristiques ont surtout été constatées les premières semaines suivant les émeutes. Or, le travail d’enquête judiciaire se poursuit et concerne souvent des personnes connues des services de police. Ainsi, la surreprésentation des primo-délinquants parmi les personnes condamnées pourraient être partiellement relativisée à mesure que les enquêtes concernant les faits les plus graves aboutiront. Ainsi, s’il y a des profils plus expérimentés, alors le pire est à venir car il se pourrait que, comme pour le trafic de drogue, les jeunes émeutiers soient utilisés par des profils plus expérimentés pour constituer des galops d’essai.

Gérer les prochaines émeutes : s’y préparer et reconquérir

Si l’on ne reprend pas le contrôle des quartiers, la question n’est pas tant s’il y aura des émeutes, mais quand. Les narco-trafiquants tiennent de nombreux quartiers parmi les 1 515 quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) regroupant 5 millions d’habitants. Ils assurent les fonctions régaliennes d’un État car ils financent par le trafic de drogue (3 milliards de chiffre d’affaires en 2023 selon l’OFDT), mais aussi par d’autres trafics (contrefaçons, armes, êtres humains, etc.), leurs propres dispositifs de sécurité qui leur permettent de décider de qui peut entrer ou non dans le quartier. Ainsi, tant que l’État sera impuissant pour casser ce modèle, les trafiquants pourront utiliser n’importe quel fait divers, tel qu’un refus d’obtempérer, pour favoriser l’embrasement des quartiers.

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Ainsi, il faut se préparer aux prochaines émeutes pour les utiliser comme motif pour reconquérir ces territoires. Or, Emmanuel Macron a commis la même erreur que François Hollande en 2012 sur les quartiers : il a manqué une opportunité pour afficher une volonté politique sans faille. L’ancien président n’avait pas répondu favorablement à l’appel d’élus socialistes et de droite demandant une intervention de l’armée pour restaurer l’ordre après l’explosion des règlements de compte. En refusant, il envoyait le message aux dealers que l’État ne serait pas prêt à tout contre eux. En 2023, Emmanuel Macron aurait pu profiter des émeutes pour déclencher l’état d’urgence territorialisé afin de désarmer les trafiquants via la saisie d’armes, de matériel incendiaire, etc. Désormais, deux priorités doivent être fixées. D’abord, se protéger des prochaines émeutes, en créant une force d’interposition capable de se projeter sur tout ou partie du territoire complémentaire aux forces de sécurité intérieures (FSI), par exemple en mobilisant la réserve opérationnelle. Ensuite, se préparer à la reconquête en décrétant un état d’urgence territorialisé comme en 2005, mais cette fois-ci à titre préventif. Seulement, est-ce que les Français sont prêts aux conséquences collatérales d’un tel programme ? Les habitants des quartiers et les Français ne veulent plus subir la tyrannie des gangs, mais aspirent à un profond changement pour bénéficier à nouveau de l’art de vivre à la française.

JO de Paris et plastique : Revers de la médaille pour des ONG

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Les militants écologiques sont-ils les meilleurs amis de la cause écologique? Il est permis d’en douter. Les associations environnementales ont condamné la distribution de bouteilles en plastique par Coca-Cola au cours des Jeux. Pourtant, la firme américaine s’est engagée à les recycler. D’ailleurs, le vrai problème n’est pas l’utilisation du plastique, matière incontournable, mais le fait que les Etats européens n’ont pas encore suffisamment organisé son recyclage. Tribune de Joseph Tayefeh, Secrétaire général du Syndicat de la plasturgie et des composites Plastalliance, auteur du livre Plastique bashing : L’intox ?


Il faut que tout change, pour que rien ne change, nous disait Alain Delon dans le Guépard (Il Gattopardo, Luchino Visconti, 1963). Mais c’est aussi une des leçons à retenir de ces Jeux Olympiques où les associations environnementalistes ont sorti leurs griffes pour « dénoncer » une mesure novatrice et écologique mise en place pendant ces Jeux. L’abandon de l’idéologie n’est pas pour maintenant. Mais qu’est-ce qui les a donc rendues si vertes de rage ? L’utilisation de bouteilles plastiques à usage unique par l’un des principaux sponsors de ces jeux, Coca-Cola.

Ainsi, le fait que sur 9 millions de boissons vendues au public, 6,4 millions proviendraient de bouteilles en plastique serait du « greenwashing » pur jus selon ces ONG. Et pourtant… Coca-Cola n’a pas distribué à cette occasion des bouteilles à des consommateurs ou touristes indélicats qui les auraient jetées dans la nature mais des gobelets réutilisables, consignés (si le client ne les ramène pas, il perd le montant de la consigne payée), gobelets en plastique soit dit en passant. S’il est vrai que des bouteilles plastiques à usage unique ont été utilisées pour remplir ces gobelets, ces bouteilles, qui représentent un gisement de déchets de grande qualité car très peu souillé, restent dans la main de Coca-Cola qui va les recycler pour une intégration dans de nouvelles bouteilles. Aucun risque de déchet dans la nature (n’est-ce pas, pour les vrais écologistes, le plus important ?) et un pas supplémentaire vers la réduction de l’utilisation des polymères plastiques dits « primaires » « ou vierges » au profit de matières « secondaires » ou recyclées. C’est aussi moins de pétrole car le recyclé se base sur des ressources déjà existantes. C’est même le geste circulaire parfait car nul besoin de faire appel à des poubelles de tri et des camions-bennes pour les ramasser et, peut-être, les recycler car tout est collecté sur place et sera recyclé pour une immense part.

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Pour le bilan carbone transport, on n’a pas vu mieux. Ce type de procédé circulaire pour un emballage totalement recyclable viendra par son recyclage diminuer (ou ne pas augmenter) un tant soit peu la taxe sur les emballages plastiques non recyclés payée par la France à l’UE. Médaille d’or pour la France qui est devenue en 2023 la 1ère contributrice de l’UE à cette taxe (près de 1,5 milliard d’euros) devant l’Allemagne qui produit pourtant deux fois plus de plastique que la France. C’est une nouvelle preuve que c’est non pas la production de plastique qui pose un problème mais l’incapacité de certains États à gérer correctement la fin de vie. Avec un taux de recyclage français des emballages plastiques de près de 23% quand la Slovaquie atteint les 60%, on comprend qu’il y a encore du travail à faire et c’est souvent le privé qui donne l’exemple en la matière. Les futurs et bénéfiques objectifs européens relatifs au recyclage des emballages plastiques et à l’incorporation de recyclé dans ces emballages doivent donner un coup de fouet à cette gestion heureuse des plastiques. L’UE qui bénéficie de cette taxe met ainsi tout en œuvre pour qu’elle puisse diminuer mais il semblerait à ce jour que l’effet escompté pour la France n’a pas encore eu lieu. Le refus du ministre démissionnaire Christophe Béchu de mettre en place une consigne nationale pour les bouteilles plastiques est un des exemples parmi d’autres alors que ce système a fait ses preuves là où il a été mis en place.

Le plastique: antidote au dopage

Les mêmes ONG ont trouvé également scandaleuse la demande du Comité des Jeux Olympiques et Paralympiques (COJOP)de distribuer gratuitement 4 millions de bouteilles en plastique aux athlètes et aux arbitres pendant les jeux. Selon un mémo de ce Comité :

« De nombreux comités olympiques et paralympiques, des fédérations internationales, ainsi que des athlètes de haut niveau, anciens et actuels, ont exprimé leur vive inquiétude si Paris 2024 n’offrait pas l’accès à des bouteilles scellées et individuelles garantissant toutes les conditions de sécurité requises. Or, en raison de la nature des opérations et des conditions spécifiques de sécurité alimentaire et physique, ces contenants ne peuvent être qu’en plastique.

« Nous recommandons aux équipes de Paris 2024 de faire quelques exceptions pour répondre aux besoins spécifiques de certaines exemptions et de certains athlètes, pour lesquels l’utilisation de bouteilles hermétiques reste une priorité pendant la période des jeux. Cette précaution vise à éviter les risques sanitaires liés à la contamination des boissons et garantit une plus grande intégrité des contrôles antidopage ».

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La bouteille en plastique est « le seul moyen d’assurer une sécurité alimentaire optimale et d’éviter les risques de « dopage par sabotage » grâce au bouchon scellé ». Ces arguments de bon sens n’ont visiblement pas convaincu nos très chères ONG dopées aux subventions et qui n’ont pas, factuellement, l’adhésion de la majorité des consommateurs. Malgré le plastique bashing ambiant en France, les chiffres fournis par l’Agence de la transition écologique (ADEME) elle-même en avril 2024 sont cruels pour celles et ceux qui annoncent la fin du plastique à usage unique (hausse de 3,3 % des emballages jetables en plastique entre 2018 et 2021, à comparer aux objectifs franco-français de réduction de 20 % en tonnage fixée pour 2025). Il est temps de changer le logiciel et, tel Coca-Cola ou d’autres acteurs, d’œuvrer non pas pour la décroissance, que sous-entend le slogan simpliste du « zéro déchet » mais pour le « zéro déchet abandonné ou non recyclé ». Ce n’est que de cette manière que la France pourra rattraper son retard et éviter la mise à l’amende.

Plastique Bashing : L'intox ? (Documents)

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En août, lis ce que te goûte (épisode 3)

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Les vacances imposent-elles la vacance de l’esprit ? Autant profiter de ce répit estival pour moissonner les sillons de sa bibliothèque. Sous le soleil d’août, votre serviteur y a passé sa charrue. Lectures par les champs et par les grèves…  3e livraison :  « Plus snob, tu meurs ! » lire la 2e livraison.


Je confesse avoir trop longtemps gardé sous le coude cet essai paru en janvier dernier sous les auspices d’Exils, exigeante maison d’édition qui revendique hautement d’exister – je cite – « afin que la distance qui sépare chacun de lui-même, de l’autre et de la cité s’efface par les livres ».

Notre monde fut, sous son titre original Our Crowd, un best-seller à sa sortie outre-Atlantique, en 1968. S’y était attelé avec patience et passion le romancier et historien Stephen Birmingham (1929-2015), très féru d’ethnicité, particulièrement au sein de la upper class américaine. L’ouvrage est bientôt traduit par le regretté vicomte Pierre de Longuemar (1929-2018), ancien banquier de Paribas qui, détaché à Washington puis à Londres et donc parfaitement anglophone, entame, parvenu à l’âge de la retraite, une seconde carrière d’archiviste puis de traducteur : à ce passionné de généalogie élitaire l’on doit en outre la version française du livre que le fameux historien Robert O. Paxton a consacré à L’armée de Vichy, sous-titré Le corps des officiers français, 1940-1944.

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C’est donc cet aristocrate bien élevé qui, au soir de sa vie, se lance dans la traduction de The Crowd. Voilà donc exhumé sur le tard Notre monde – histoire des grandes familles juives de New-York. C’est à bon escient que la couverture de l’édition française prend soin de préciser qu’il s’agit d’un «récit » – et non d’un ouvrage à prétention scientifique. Si Notre monde n’est pas un livre de fiction, il n’en revêt pas moins le rythme et la saveur du roman historique : « Felix [Warburg] aimait les jolies choses – les belles femmes, la musique, les livres, la peinture, les chevaux, les voiliers, les vêtements, et (le moment venu) les automobiles […] Felix Warburg ne fut pas loin de renoncer à la réception des Dreyfus. […] Donc Felix y alla, quoiqu’avec réticence, et y rencontra Frieda Schiff, qui portait la robe rose pâle dans laquelle Zorn l’avait peinte […] Ce soir- là, Felix rentra chez lui, longtemps après minuit, et cogna à la porte de ses parents pour leur dire : « j’ai rencontré la fille que je vais épouser » ».  Un exemple entre cent de cette prose fluide et grâcieuse, légèrement collet-monté, mâtinée du même snobisme que notre mémorialiste prête si volontiers aux personnages qu’il dépeint.       

D’un bout à l’autre de ce fort copieux volume (400 pages serrées, en très petits caractères) se ressent la fascination de l’auteur pour ce milieu de parvenus israélites – ses élégances et ses préjugés, ses rituels domestiques et mondains, ses alliances politiques et matrimoniales, etc. – dont semblablement, à la Belle Epoque pour le faubourg Saint-Germain, Marcel Proust figure, toutes choses égales par ailleurs, le modèle indépassable.

Vous voulez tout savoir des ambitions, des rivalités, du standing des Sachs, Lehman, Schiff, Guggenheim, Seligman, Goldman, familles d’ancienne souche Allemande ou Suisse, parties de rien (colporteurs, marchands, courtiers…) pour devenir, l’océan franchi et fortune faite, les fondateurs et opulents magnats de Wall Street ? Alors plongez-vous dans cette nébuleuse où la description des mœurs et des usages le dispute aux potins, la saga des multimilliardaires et de leurs clans s’abreuvant aux péripéties de la politique et de l’économie.  

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Vous voulez tout savoir sur les frères Seligman ? Sur Joseph qui « âgé de 17 ans, monta dans un charriot tiré par des chevaux, en compagnie de huit autres garçons de Baiersdorf […] acheta un billet sur le shooner Telegraph […] en troisième classe, réservée aux émigrants », ouvrit à Lancaster une première adresse commerciale en 1841 avec ses frères William et James, fit bientôt venir toute sa famille aux Etats-Unis, laquelle devint propriétaire de magasins à succursales multiples, avant d’être, dès 1852, « l’un des principaux acteurs du marché de l’or » et de fonder l’une des premières banques du pays ?  Tout savoir sur les Guggenheim qui « réussissaient plutôt bien » à Philadelphie, Meyer Guggenheim vendant « pour 150 000 dollars sa société de produits de nettoyage de fourneaux et de lessives » pour « se diversifier d’épices et d’herbes, de dentelles suisses et de broderies » ? Sur « la bataille que se livrèrent les Guggenheim et les Lewinsohn pour prendre le contrôle de l’industrie du cuivre […] bonne blague, s’il faut en croire Birmingham, si on considère tout l’agrément que les belligérants tirèrent par la suite de leurs fortunes respectives » ?  Tout sur les coteries de la haute société new-yorkaise ?

« Si la société des « gentils » aimait jeter de la poudre aux yeux, le monde juif, pour sa part, préférait passer inaperçu », apprend-on. Performance difficile, comme on l’imagine, compte tenu de l’éminente position prise par les acteurs de ce temps-là. Son atmosphère nous est ici rendue avec un certain chic : « le prestige, l’élégance, le sens de la splendeur, y compris au plan international, firent leur apparition dans la société juive de New-York en la personne d’Otto Kahn ».  C’est par cette phrase que s’ouvre par exemple le chapitre 39, carrément intitulé : « Je joins mon chèque de 2 000 000 dollars », et dont les pages décrivent les codes de l’opéra dans la société américaine à l’orée du XXᵉ siècle, au moment de la naissance du Met. Tout est du même acabit – un peu lassant à la longue, avouons-le…

Outre l’arbre généalogique liminaire qui permet de s’y retrouver dans l’écheveau de ces dynasties de haute volée – des Kuhn, Loeb &Co à Goldman, Sachs & Co et j’en passe – le volume s’agrémente de quelques illustrations en noir et blanc – portraits à l’huile, clichés photographiques d’époque, ponctuations propres à restituer cet air du temps de l’opulence corsetée. Ainsi, de Jacob Schiff : « En tant que grand financier des chemins de fer américains, les conditions extravagances dans lesquelles il voyageait ne le tourmentait pas davantage que s’il avait traversé son salon ».            

Leur monde, s’il l’a été jamais, n’est décidément plus du tout le nôtre.

D.R

Stephen Birmingham, Notre monde. Histoire des grandes familles juives de New-York, Exils, 2024, 406pp., 29,00€

Une virilité bien française

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L’acteur incarnait une époque où le cinéma français s’exportait dans le monde entier et n’avait pas besoin de subventions pour exister. Aujourd’hui, à l’époque de la « non-binarité », il représente un idéal masculin – séducteur et viril – malheureusement révolu. Hommage de Philippe David.


Le clan des Siciliens est désormais reconstitué puisqu’Alain Delon a rejoint Jean Gabin et Lino Ventura au paradis des stars de cinéma. Mais plus qu’Alain Delon, c’est une époque bénie du cinéma français et de la culture française qui est en train de s’achever et qui ne tient plus désormais que peu ou prou en trois noms : Brigitte Bardot, Catherine Deneuve et Pierre Richard. Une époque bénie où le cinéma français produisait des bons films, des très bons films et des chefs-d’œuvre, époque malheureusement bel et bien révolue.

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Une époque où les comédies populaires ou les films policiers faisaient se déplacer dans les salles obscures les spectateurs par millions. Il est vrai qu’aller voir Alain Delon et Romy Schneider quasi nus dans La Piscine, Alain Delon et Jean-Paul Belmondo en truands des années folles dans Borsalino ou encore Alain Delon, Anthony Quinn et Claudia Cardinale dans le film de guerre Les Centurions était autrement plus attirant qu’aller voir aujourd’hui une comédie sociale dans laquelle un homme de plus de 50 ans, chômeur de longue durée, passe ses journées à regarder son hamster tourner dans sa roue tout en se plaignant des méfaits de la société capitaliste. Une époque où le cinéma français s’exportait dans le monde entier – la presse des cinq continents a parlé de la disparition d’Alain Delon – et vivait sur ses entrées en salle et pas sur les subventions payées par les films qui marchent.

Masculinité ombrageuse ou virilité classieuse

Une époque où les acteurs étaient des hommes, des vrais, et les actrices des femmes, des vraies également. Le tweet de Libération annonçant la mort de l’acteur est d’ailleurs un modèle de wokisme assumé puisqu’il le qualifie de « symbole d’une masculinité ombrageuse ». Il est vrai que, quand on avait la plastique d’Alain Delon et qu’on avait séduit certaines femmes parmi les plus belles du monde, c’était grâce à cette masculinité, mélange de virilité, de charisme, de puissance physique. Auriez-vous imaginé Alain Delon jouer le rôle d’un personnage non binaire se faisant appeler Rocco le matin et Georgette le soir ? Non car Alain Delon incarnait cette virilité des acteurs de cette époque, étreignant les femmes dans ses bras et toujours prêt à dégainer un flingue, qu’il soit flic ou truand. Une virilité matinée de classe, ses tenues vestimentaires étant toujours parfaites.

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La mort d’Alain Delon a également permis à des charognards de se déchainer sur les réseaux sociaux, s’en prenant à cet homme de droite,  ancien combattant en Indochine, ami de Jean-Marie Le Pen, partisan de la peine de mort et contre le mariage pour tous qui cumulait toutes les tares pour certains qui n’ont pas pu retenir leur bile alors que son corps était encore chaud. Des personnes souvent issues du néant et qui y sont déjà retournées, dont la France ne connait pas le nom pour la plupart, alors que le nom d’Alain Delon est connu dans le monde entier et le sera encore dans cent ans comme Charlie Chaplin ou John Wayne.

Alain Delon représentait la France, celle qu’on aimait tant car, dans le cinéma français comme dans tant d’autres domaines, c’était bien mieux avant. Et si vous pouviez, Monsieur Delon, dire à Jean Gabin, Lino Ventura, Jean-Paul Belmondo, Louis de Funès et les autres combien ils nous manquent, ce serait, après vos films, le plus beau cadeau que vous puissiez nous faire.

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L’Assemblée nationale qui n’aimait pas son pays

Pitié ! « Donnez-nous un Premier ministre » réclament à tue-tête les partis politiques au président de la République ; tout en lui déniant le droit de le choisir, tout en le nommant. Toutefois, il va consulter, et bien sûr parions qu’il sortira une personnalité improbable. Tribune de Sophie de Menthon.


En fait le sort de la France indiffère totalement nos chers élus, qui se comportent comme dans une salle de classe en chahut permanent. Ils veulent régner, non pas vraiment pour appliquer des programmes approximatifs fruits de la démagogie électorale et destinés à changer selon l’humeur du moment, mais pour assouvir des ambitions personnelles et partisanes. Leur profil psychologique est à peu près le suivant, du moins, c’est ainsi que nous le percevons :

1- Ils ont été élus et veulent le rester dans un programme de carrière personnelle.

2- Ils appartiennent à un parti dont il s’agit de déloger tous ceux qui peuvent leur faire de l’ombre et sont des concurrents potentiels aux futures élections présidentielles (ils ne pensent qu’à cela) mais il leur faut toutefois un chef, qui pourrait être élu…

3- L’union fait la force, donc il faut faire semblant de la créer. Grand succès en la matière avec les « fronts » rassemblant le plus grand nombre possible de députés autour de convictions opposées (convictions ?).

4- Le « parti » s’efface désormais devant un « front » populaire ou « front républicain » au choix, c’est-à-dire que l’on n’est POUR rien, mais CONTRE les autres.

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5- A l’Assemblée, au quotidien, le futur programme consiste à réfléchir avec ruse et acharnement à ce qui pourra empêcher une majorité.  Il faut se replonger pour cela dans les ruelles du droit : motions de censure, décrets d’applications, etc. Tiens ! et pourquoi pas l’article 16 un de ces jours ? Le Président doit y penser, on l’avait oublié celui-là : si une chienlit bien établie court les rues, on se réfère à de Gaulle, toujours efficace pour prendre les pleins pouvoirs.

6- Au jour le jour, dans les coulisses au sein du « clan » il faut essayer de se mettre d’accord pour proposer un Premier ministre, ce qui est quasi impossible, donc on travaille à tout ce qui pourra dégommer les candidats potentiellement acceptables des autres.

7- On a trouvé une solution : les Premiers ministres se portent candidats eux-mêmes. Nouveau, on n’avait jamais vu ça, la presse est enchantée : pensez donc en plein mois d’août… Quelle campagne de pub ! « A star is born », jolie, homosexuelle et maman, tueuse de riches, ayant fait ses preuves dans la création de dette à la Mairie de Paris. N’ayant peur de rien, lady LFI les a pris de court mettant même en demeure Emmanuel Macron de se magner un peu pour la nommer, ça traîne !

8- On continue de profiter du grand chambardement « éthique » des élections : on boude le RN, on ne lui serre pas la main, on lui ôte les postes auxquels il aurait droit et tout cela au nom de la démocratie. Cela facilite la division donc c’est bon, pas près de s’allier avec eux, rien à faire des votes des Français.

9- Il faut entretenir le concept des « partis non républicains », les fameux extrêmes, hélas choyés par le peuple mais dont le premier ministre ne devra en aucun cas être issu. A ce propos, une bonne idée : des personnalités respectables se proposent de créer une « charte du Parti républicain » pour savoir ce que doit respecter précisément un Parti républicain ? Faute de quoi il faudrait l’interdire.

10- Personne ne s’inquiète de ce que va devenir la France et comment elle sera gouvernée par ce Premier ministre et ses ministres ? En particulier, L’ENTREPRISE fait l’unanimité de l’indifférence générale et partagée, bien que ce soit le socle sur lequel repose notre avenir, mais qui s’en préoccupe sinon pour les taxer ?

11- Le pire est à craindre avec lesdites « Universités d’été », rendez-vous incontournables pour réchauffer les troupes déjà bien échauffées par la canicule politicienne, elles commencent le 22 août jusqu’à fin septembre. Cela promet d’être intense avec le sujet de la dissolution ; gageons qu’il s’agira de se rallier son parti à la thèse de chacun et pas de concessions…

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12- Les politiques se désintéressent du devenir d’une France non gouvernée, ils s’apprêtent à jouer avec une loi de finance improbable, et ils se tire de toutes les situations en augmentant la dette que SEULES LES ENTREPRISES ET SES SALARIES finiront par payer.

13- Pour la retraite, cela devrait aller : tout le monde est d’accord, ou presque, pour qu’on travaille moins et moins longtemps, à part des irréductibles minoritaires de droite modérée.

14- Le Premier ministre ? Finalement tout le monde s’en fiche puisque la majorité des Français a estimé qu’il serait là au mieux pour quelques mois, et que rien de ce qu’il proposera ne sera adopté ! De toute façon, paraît-il, on redissout dans un an, en attendant, on glose.

En attendant, on commençait à s’ennuyer à la plage, mais on a maintenant, pour remplacer les Sudokus, le jeu de « qui ça va être tu crois ? » On parle du Premier ministre bien sûr. Les pros penchent l’air mystérieux pour un « Premier ministre technique », votre beau-frère rétorque « de toute façon ce sont tous des technos », tout le monde acquiesce.

La tournure que prennent les évènements est catastrophique et nous mène au chaos, tous en sont conscients sans une lueur d’espoir.

C’est donc un appel à l’Assemblée Nationale qu’il faut lancer, car quels que soient nos convictions et nos votes différents, nous n’avons pas voté pour un désastre national.

Se mettre d’accord est un devoir républicain et le futur Premier ministre devra être suffisamment respectable pour imposer un consensus minimal pour « sauver » la France !    

La France sens dessus dessous !: Les caprices de Marianne

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Quand l’Iran semble servir la cause des démocrates américains

Le régime de Téhéran chercherait-il actuellement à améliorer les relations avec les pays occidentaux, les Etats-Unis en tête? Car si l’Iran déstabilisait encore plus la situation au Moyen-Orient en frappant Israël directement, cela porterait un coup aux efforts diplomatiques américains et aurait un impact négatif sur la campagne présidentielle des démocrates. La conséquence en serait potentiellement le retour au pouvoir du pire ennemi de Téhéran : Donald Trump. Analyse de Sébastien Boussois.


La bombe à retardement qui plane sur le Moyen-Orient depuis plusieurs semaines ressemble de plus en plus à l’Arlésienne. En effet, la mort d’Ismaël Haniyeh il y a deux semaines, n’a toujours pas été vengée par l’Iran, dont les services intérieurs ont été pourtant largement pris en flagrant délit de faiblesse. C’est peut-être que l’Iran n’est plus tout à fait prêt à se mettre en danger pour une de ses « proxis », surtout à un carrefour majeur de l’histoire outre-Atlantique. Il n’est pas non plus aussi puissant que ses ennemis. Quel lien ? Le guide suprême sait qu’en novembre, un retour de Donald Trump aux affaires ne servira pas du tout sa cause. Allié inconditionnel d’Israël qu’il a encouragé à aller jusqu’au bout à Gaza, et grand ordonnateur de la rupture de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien (le Plan d’action global commun ou PAGC) signé par Obama en 2015, Trump sera beaucoup moins conciliant que les démocrates avec le régime de Téhéran.

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Déstabiliser la région un peu plus encore, en engageant l’administration démocrate dans un bourbier dont on doute fort qu’elle sera sortie avant les élections, ce serait donc faire le jeu de l’ennemi juré de l’Iran. Voilà comment depuis quelques jours, malgré une situation interne compliquée avec un nouveau Président déjà critiqué pour avoir largement rogné sur ses promesses de campagne, l’Iran s’est invité au cœur des négociations pour le cessez-le-feu à Gaza que tout le monde attend depuis des mois comme le Messie. Téhéran cherche à « sauver la face » de toute évidence en négociant l’idée de ne pas frapper Israël trop fort en représailles de la mort d’Haniyeh (et pour la forme quelque part). Une déflagration régionale affaiblirait les démocrates américains, qui ont le vent en poupe, dont intimement le régime de Téhéran préfère le maintien à Washington par une élection de Kamala Harris. Provoquer le chaos serait aussi à l’heure actuelle torpiller le nouvel agenda de « prudentes » ouvertures en cours de l’Union européenne et des Etats-Unis. Mais il faudra alors une vraie avancée sur le dossier palestinien pour que le régime iranien accepte de « calibrer » d’éventuelles représailles.  

C’est probablement la première fois que l’Iran chercher à peser de tout son poids diplomatique dans le dossier israélo-palestino-libanais, et non plus en usant uniquement de sa capacité traditionnelle de nuisance. Si les diplomaties américaines et européennes sont lucides, elles ont intérêt, en regard de la sophistication stratégique des Mollahs, à saisir ce « momentum » afin d’encourager une évolution favorable du leadership iranien, au bénéfice avant tout du peuple iranien lui-même, mais aussi des pays arabes du Golfe, du Machrek, de l’Europe et de l’Amérique, sur un large spectre de sujets, dont le dossier du nucléaire bien sûr. 

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Le régime sait que la société est en permanence au bord de l’implosion, et qu’une amélioration des relations avec l’Occident, assortie d’accords dont une contre-partie serait la levée progressive de sanctions, est aujourd’hui le meilleur moyen d’acheter une certaine paix sociale hors répression par l’espoir d’une reprise économique. 90% des Iraniens d’aujourd’hui sont nés après la mort de Khomeiny, le grand ayatollah de la Révolution islamique. C’est une occasion unique, avant un éventuel retour de Trump qui condamnerait ces avancées historiques, pour les Mollahs, les Pasdarans et autres Bassidji de se défossiliser et lâcher enfin du lest. Au nom d’un Iran transhistorique qui a toujours été un pivot majeur de la région mais aussi une bulle de modernité et de civilisation. C’était avant 1979 bien sûr…

Portrait du bourgeois progressiste

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Les rêves universalistes de notre bourgeoisie progressiste sont voués à l’échec. Ni les pays non-occidentaux, ni les minorités communautaires en Europe ne sont ouverts aux leçons de tolérance et d’égalité qu’elle prêche avec tant d’hypocrisie. Et pendant ce temps, les identités nationales auxquelles tiennent les classes populaires s’effritent sous la double action de l’immigration massive non contrôlée et de la propagande idéologique. Tribune de Charles Rojzman.


La bourgeoisie progressiste a adopté les valeurs de tolérance et d’ouverture à l’autre de ses ancêtres des Lumières. Elle a en horreur tous les extrémismes. Elle ne perçoit le danger des guerres que lorsqu’il est accompagné d’agressivité et de violence qu’elle attribue à des individualités (Khadafi, Saddam Hussein, Milosevic, Poutine…) et non à des masses. Elle bénéficie, avec l’immigration, d’une domesticité exotique et mal rémunérée. Elle a des contacts civils et agréables avec des pairs de toutes origines et de toutes couleurs. Elle voit dans le rejet des étrangers des milieux populaires un racisme qu’elle réprouve. Héritière des valeurs du XVIIIe siècle et de la maçonnerie, elle rêve d’un monde régi par la raison et l’intérêt bien compris et se méfie des passions populaires identitaires qu’elle imagine, à tort ou à raison, pouvant conduire au chaos ou à la guerre civile. Ce faisant, elle méconnaît l’importance de l’identité pour donner du sens, particulièrement dans une période caractérisée par la peur d’un futur incertain.

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Sa mise en avant des vertus de tolérance l’amène à considérer avec bienveillance les identités étrangères sans voir le danger qu’elles représentent pour l’identité nationale. D’ailleurs, sa passion pour la raison universelle lui fait croire que le monde lui ressemble dans cette vision universaliste, et elle croit que les idéaux occidentaux seront portés un jour ou l’autre par toute humanité, méconnaissant l’importance des émotions et des passions qui, pour elle, sont la survivance d’une âme primitive. S’identifiant au camp du bien, elle milite pour le rêve d’une immigration raisonnée, pour un développement durable, pour l’écologie sans s’apercevoir que ses luttes ne sont pas partagées par les milieux populaires qui souffrent des conséquences de la globalisation qu’elle met en œuvre. Elle ne voit pas que de nouvelles puissances sont aux aguets, avec leurs propres volontés hégémoniques et impérialistes et vont profiter de cette faiblesse qui est au cœur du rêve irénique occidental, d’autant plus qu’elles connaissent les corruptions et les vices que cache cet idéalisme proclamé.

Alain Delon, le non-vendu

Certes, tout le monde dira que c’était « un monstre sacré », « une légende du cinéma ». Mais il ne faut pas oublier qu’il était aussi un gaulliste et un patriote, fier et amoureux de la France.


Acteur, certes, mais avant tout un homme d’honneur et de fidélité, de parole brève, qui fut, derrière des yeux glaçants de beauté, des yeux de givre bleu, un homme-braise : une braise ardente d’amour, de vérité, de passion, d’engagement filial, un homme-cri, cri muet de l’âme navrée et du souvenir meurtri, cri porté en silence, cri retenu, comme fait le loup de Vigny.

Un homme décent, pudique à l’extrême, un homme soucieux de la dette symbolique, attaché aux liens invisibles et immatériels de la transmission et de la parole donnée ou reçue, de l’affection.

Un nostalgique et un non-commerçant, c’est-à-dire de toute façon déjà un voyou pour notre époque actuelle.

Un homme du respect et de la distance, fuyant la fusion et ses mensonges simulacres, un dangereux aristocrate naturel venu du peuple, un non-transparent, un mystère.

Un homme-mystère, oui et qui emportera toujours du Mystère. Nous n’aimons pas, nous autres, ce qui n’est pas mystérieux. Nous n’aimons pas les bons, les gentils, les objectivables et les objectivés, les gens qui sont rendus, ou se sont rendus, ceci ou cela par désir d’emporter l’adhésion ou de plaire. Delon n’était pas « sympathique ».

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Nous aimons les « monstres indéfinissables » de Pascal, d’autant qu’ils ont le talent, le charisme, la grâce même, dont souvent Delon sut faire preuve dans quelques chefs-d’œuvre.  

Dur, arrogant, imbu de lui-même, lit-on parfois. Sûrement. Et le contraire aussi.

Bourreau des cœurs ? oui mais bourreau, à l’évidence et avant tout, de lui-même, bourreau ombrageux, consumé sans gémir par ses propres démons et son enfance chaotique. Un sale caractère ? Non, du caractère. « Un homme sans défauts est une montagne sans crevasses : il ne nous intéresse pas » dirait René Char.

Nous aimons l’infini de la Question, nous aimons, parmi les êtres, ceux dont nous ne faisons pas le tour. Les escarpés. Les indéfinissables qui rayonnent, les grands déçus et les misanthropes, les solitaires magnifiques.

Alain Delon, l’indéfinissable

Les énigmes à eux-mêmes et aux autres. Ceux qu’on connaît bien et qu’on ne comprendra vraisemblablement jamais : il y aura toujours un reste, un trouble, un possible. Nous aimons ce qui nous échappe et qu’on n’a pas stabilisé bêtement. Delon n’est pas un objet défini.

Un homme imparfait et droit, un homme viril, fort et fragile, un tigre souple avec, à peine passante, la séduction magique et ambiguë du féminin reprise par l’autorité brusque ou belliqueuse du mâle.

Un homme, acteur fascinant, qui brûlera longtemps dans ses films et dans les souvenirs car il incarna la France.

Car, oui, épris profondément de Romy ou Mireille, icônes et fées délicieusement vivantes et proches du cinéma de la France des années 70-80, il fut aussi un amoureux de la France : un vrai gaulliste, un patriote, n’ayant jamais eu honte de faire savoir hautement qu’il aimait son pays et le visage singulier de celui-ci.

Un non-vendu, en somme.

Hermann Goering veuf trop tôt ?

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Hermann Goering au procès de Nuremberg, 1946 © NURNBERGER S.A./SIPA

Le chef nazi aurait-il pu être détourné du chemin qui le conduisait vers le pire par sa femme qui est décédée prématurément ? Quel peut être l’influence politique de l’époux ou de l’épouse d’un dirigeant au sein d’un couple? Le regard de Philippe Bilger.


Quand l’horreur absolue a eu lieu et que l’Histoire, avec le nazisme, et le communisme dans un autre registre, a été meurtrie à perpétuité, il est vain voire indécent de tenter de faire comme si les tragédies étaient réversibles. Je n’aurai pas cette impudence. Je voudrais seulement m’interroger sur une question qui m’a toujours intéressé : l’influence des femmes, des épouses sur certaines gloires ou malfaisances historiques. Il n’est pas un homme, même le moins dépendant qui soit, qui puisse se dire totalement détaché de l’influence de la personne avec laquelle il vit. Alors est-il permis de se demander si, en certaines périodes, l’horreur aurait pu ne pas détruire telle ou telle personnalité, si le destin ne l’avait pas privée trop tôt d’une sollicitude bienfaisante ?

À la lecture de l’excellente biographie d’Hermann Goering par François Kersaudy, je n’ai pu m’empêcher de me projeter dans une supputation rétrospective sur ce que serait devenu Hermann Goering s’il n’avait pas perdu en 1931 son épouse, une aristocrate suédoise rencontrée en 1920 à 27 ans, et épousée en 1923. Il est essentiel de noter qu’Hitler a été appelé au pouvoir en 1933, par le maréchal Hindenburg longtemps très réticent.

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Entre la baronne Carin Von Kantzow et Hermann Goering, ce fut un véritable coup de foudre. Il fut en totale adoration devant elle jusqu’à sa disparition prématurée. Elle ne cessa de lui rendre au centuple cet amour, tant elle affronta pour lui mille épreuves aussi bien dans les débuts de sa vie politique que sur un plan personnel. Malgré la fragilité de sa propre santé, elle fut infatigable, dévouée, efficace, entreprenante, suscitant l’estime et la considération de tous ceux qui la rencontraient, très écoutée par son mari qui percevait à quel point elle lui était nécessaire pour apaiser un tempérament peu ordinaire : héros aviateur lors de la Première Guerre mondiale, légende allemande puis jeune homme confronté aux difficultés de l’existence après sa démobilisation, avant sa rencontre avec Hitler et la fascination que ce dernier lui a inspirée. La mort de son épouse en 1931 a probablement libéré chez Hermann Goering – il s’est remarié en 1935 avec une actrice qui ne s’intéressait pas à la politique et ils ont eu une fille – des dispositions, des excès, des outrances, des ridicules, une conception vaniteuse et narcissique de l’existence et, le pire, une indifférence à l’égard de la morale qui l’a conduit, aux côtés d’Hitler, à valider, à justifier et à commettre les horreurs qu’on connaît.

Un deuil mortifère

Carin Goering avait une sorte d’admiration naïve pour Hitler qui faisait le galant homme avec elle et lui baisait la main mais beaucoup se sont demandé si, en raison de sa qualité humaine, elle n’aurait pas détourné son mari des ignominies nazies dont il a été un protagoniste essentiel. On n’en sait rien. Hermann Goering s’était mué en un tel clone de Hitler, sombrant dans un mimétisme délétère, qu’il n’est pas certain que la relative normalité de l’épouse aurait eu le moindre effet sur ses dérives criminelles ultérieures condamnées à Nuremberg. Même si pour les diplomates et les gouvernants étrangers, Hermann Goering a été perçu, dans la hiérarchie nazie, comme le plus accessible, familier et sincère. Il en a beaucoup joué.

Il me semble qu’on a le droit cependant de s’abandonner à cette approche hypothétique tant elle apporte un peu d’espérance fictionnelle dans un univers sans rémission. Je le fais d’autant plus volontiers que dans Wikipédia, largement inspiré par le savoir de François Kersaudy, on n’appréhende pas du tout ce point qui d’ailleurs n’aurait pas eu sa place dans une relation factuelle et historique.

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Autant je crois sur un plan général à l’influence même non directement sollicitée d’une épouse ou d’une compagne, autant me perturbent, dans notre monde démocratique où l’élection donne la seule légitimité, ces conseils officieux, ces interventions occultes, ces actions discrètes qui permettent de s’arroger une importance sans l’ombre d’un mandat. Je suis persuadé que pour certaines personnes de notre vie publique, des libertés se sont manifestées, et pas toujours pour le meilleur, quand les vigies tutélaires que sont parfois les femmes ont disparu. Elles n’étaient plus là pour faire barrage, entre l’être aimé et le réel, aux médiocres tentations et possibilités de dérives. C’est tout à fait autre chose que de se livrer à cette interrogation saisissante : Goering aurait-il pu être arrêté à temps ?

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Droits TV du football français : un air d’effondrement

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© Unsplash

La fragmentation et le montant des offres pour visualiser la ligue 1 cette année poussent la plupart des consommateurs du ballon rond à se tourner vers le streaming illégal…


En plein cœur du mois d’août, les fans et supporters ont pu suivre ce week-end la reprise du championnat de football – à condition d’avoir consenti à un nouvel abonnement. Présentée comme le Netflix du sport, la plateforme britannique Dazn débarque. Pour la modique somme de 29,99 par mois, le téléspectateur peut retrouver les matches de Ligue 1. Et encore, pas tous, car BeIn Sports en conserve un sur les neuf affiches de chaque journée. Sans diffuser par ailleurs les Coupes d’Europe, restées sur Canal +. De quoi lasser un public qui se tourne vers le piratage.

Si vous avez compris quelque chose à la querelle des droits TV du football français, c’est qu’on vous l’a mal expliquée. Principale source de revenus des clubs professionnels (avec les revenus des transferts de joueurs), les montants que consentent les droits TV ont été au cœur d’un nouveau feuilleton estival. Cela fait désormais quarante ans que Canal a commencé à diffuser le championnat de France en 1984 mais aussi a proposé une nouvelle façon de filmer le jeu, le tout avec la touche « Canal ». Au fil des décennies, les dirigeants ont cherché à partager le gâteau avec d’autres diffuseurs. TPS, Orange… Tous s’y sont cassé les dents. BeIn Sports, émanation d’Al Jazeera arrivé en 2012, a failli donner le coup de grâce, mais c’était sans compter sur l’intervention de François Hollande, venu à la rescousse de la chaîne, qui a négocié la clémence du groupe auprès du groupe qatari. Depuis 1984, Canal + est le grand argentier du football français mais aussi et plus encore du cinéma français. Laisser perdre à la chaîne de Vincent Bolloré son produit phare, c’est menacer l’avenir du grand écran…

Les présidents de Ligue 1 dans une mare de sang

Au printemps 2018, c’est le drame. Le football français vit en pleine fièvre à la suite du transfert de Neymar au PSG l’année précédente. Les présidents des clubs de football se sentent en mesure de trouver de nouveaux diffuseurs et de dépasser le milliard d’euros. Dehors Canal +, place à l’Espagnol Mediapro et à son président Jaume Roures, qui s’engagent à débourser plus d’un milliard par an pour diffuser la Ligue 1 à partir de 2020. En plein crise du Covid, la chaîne espagnole apparaît (elle est baptisée pour l’occasion Téléfoot). Elle va rapidement s’inscrire dans la lignée des grands flops de l’audiovisuel français. Elle est proposée à un tarif équivalent à la chaîne Canal +, mais sans disposer de la moindre offre en matière de séries, de cinéma, de rugby, de Formule 1. Des matches de Ligue 1, seulement le week-end, dans des stades vides (on est en plein Covid). A l’automne, la mariée cesse de payer sa dot. En janvier 2021, Canal + est rappelé à la rescousse. Bolloré ricane, et glisse en off : « Je veux voir les présidents de L1 à genoux dans une mare de sang ».

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Depuis, entre la Ligue de football professionnel et Canal, les rancœurs sont trop profondes pour que le rabibochage soit possible. Canal + et BeIn Sports se battent même un temps au tribunal, non pas pour diffuser les matches, mais pour ne plus les diffuser ! Au printemps 2024, un nouvel appel d’offre s’annonce. Canal +, qui s’est recentré sur le championnat anglais, les Coupes d’Europe, le rugby, la F1, la moto, n’est plus dans la course. Ça ne se bouscule pas au portillon pour racheter les droits. La Ligue envisage de créer sa propre chaîne, l’hypothèse d’un écran noir au coup d’envoi de la nouvelle saison paraît de moins en moins farfelue. C’est finalement le groupe Dazn qui récupère le lot, officiellement pour 400 millions de droits, peut-être moins en regardant entre les lignes. Le mirage du milliard de 2018 est désormais un vieux rêve. Au même moment, le football anglais vend ses droits pour 2 milliards par an (sans compter l’exportation des droits aux chaines étrangères, qui en rapporte autant).

La Ligue 1 des cheveux gris

Pendant ce temps-là, le championnat perd de son attrait. Sur les Abribus des villes, Dazn affiche les vedettes de la Ligue 1 : Dante, quarante ans, Steve Mandanda, trente-neuf ans, Alexandre Lacazette, trente-trois ans… Avec le départ de sa vedette Kylian Mbappé, la compétition est devenue la Ligue des cheveux gris. C’est dans ce contexte déprimant que l’amateur de football doit débourser autour de 50 euros pour avoir une vue kaléidoscopique sur son sport favori, entre la Ligue 1, le championnat anglais, les compétitions européennes. Beaucoup ont trouvé la parade en faisant l’acquisition d’IPTV, petit boîtier miraculeux importé de Chine qui permet d’avoir accès à toutes les chaînes. Au bar des choses d’à côté, même chose : l’abonnement pro est passé à 200 euros, soit une inflation de 135%. Certains bars ont déjà annoncé qu’ils ne suivraient pas, ce coup-ci.

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Un dénouement équivalent à celui de 2020, avec un diffuseur qui ne paye plus et s’en va au bout de trois mois, n’est pas une vue de l’esprit. Les clubs, qui vivent depuis des années dans l’illusion du milliard, sont au bord du cataclysme financier. La part pour les petits, en bas de classement, sera maigrelette. Un club comme Bordeaux, locomotive historique du championnat, vient d’être relégué administrativement en troisième division. Philippe Seguin, amoureux du jeu mais las du football business, avait déclaré en 2006 : « J’espère qu’un jour tout cela s’effondrera. Que les gens n’iront plus au stade et que les audiences télé chuteront ». Nous n’en sommes peut-être plus très loin.

Bilan des émeutes urbaines de 2023 : le pire est-il devant nous ?

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Tag après les émeutes à Marseille, le 3 juillet 2023. SOPA Images/SIPA

Cet été, la « parenthèse enchantée » des JO ainsi que les scènes de violence outre-Manche ont fait oublier les émeutes de l’année dernière en France consécutives à la mort de Nahel Merzouk. Pourtant, le gouvernement tarde à tirer un vrai bilan de ces événements passés qui risquent de se reproduire à l’avenir si l’Etat ne prend pas de contremesures dès maintenant. Analyse.


Avec les émeutes au Royaume-Uni, nombreux sont ceux qui ont fait le lien avec les émeutes de l’été 2023. Or, une telle comparaison est inopérante. Les émeutiers français sont, pour plus de la moitié, mineurs et surtout n’ont aucune revendication politique, tandis que les émeutiers britanniques justifiaient leur action injustifiable par le choc migratoire. En effet, les 4 164 émeutiers français ont invoqué des motifs divers tels que « l’influence du groupe » (41%) la « curiosité » (29%) ou la « recherche d’adrénaline » (23%). Seulement, ces profils « d’émeutiers enfantins durement punis par la justice » constituent une communication gouvernementale masquant la réalité : le pire est à venir.

Vers des émeutes à caractère insurrectionnel ?

En France, les émeutes tendent de plus en plus vers une logique insurrectionnelle. La différence entre une émeute et une insurrection réside dans le fait que cette dernière est : (1) organisée autour d’un mode opératoire précis ; (2) contre une autorité explicitement nommée (un gouvernement, une administration) ; et (3) en cherchant à renverser cette autorité. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, une insurrection n’est pas liée à une idéologie ou à un projet politique précis, mais résulte souvent d’un fait de société perçu par les futurs participants comme un acte d’autorité abusive pratiqué par le pouvoir en place, comme des « violences policières » dans l’esprit des émeutiers.  

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Les émeutes urbaines françaises répondent de plus en plus aux codes de l’insurrection. La première vague d’émeutes en 2005 a mis en place un mode opératoire qui sera ensuite toujours appliqué (incendies de voitures, coupe-gorges contre la police dans les quartiers, etc.). Les émeutes de 2007 à Villiers-Le-Bel, moins connues, ont brisé un tabou : les émeutiers sont explicitement prêts à prendre la vie de policiers, puisque pour la première fois ils sont ciblés par des tirs d’armes à feu. Enfin, les émeutes de 2023, ont acté le renversement de l’autorité dans les quartiers. On peut de demander si la police a perdu la guerre des territoires face aux narco-trafiquants puisque même lorsqu’elle peut intervenir, son action n’est pas durable. En effet, après avoir contenu les émeutes, rien n’a structurellement changé dans les quartiers. Exemple emblématique, malgré la gestion des émeutes, l’année 2023 a battu tous les records de 2022 à Marseille : 47 décès sur fond de trafic de stupéfiants, (+42% par rapport à 2022) et 118 blessés, (+174%).

Le pire est devant nous

Si la réponse sécuritaire a assurément été une réussite au regard de l’ampleur et de l’intensité des émeutes de 2023 par rapport à 2005, la réponse judiciaire affiche des premiers résultats positifs. Cela tient en deux raisons. D’abord, la rapidité du jugement, car sur les 4 164 auteurs de violences mis en cause, 3 847 individus ont fait l’objet d’une réponse pénale, soit 92% de jugements, dont 60% en comparution immédiate. Ensuite, le prononcé de la peine, car près de 60 % des majeurs condamnés l’ont été à une peine d’emprisonnement ferme. Un taux bien supérieur au taux de prononcé d’une peine d’emprisonnement ferme par les tribunaux correctionnels, en moyenne à 38 % en 2022.

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Seulement, ce bilan judiciaire est en trompe l’œil. D’une part, il s’inscrit dans la dérive judiciaire actuelle où le prononcé de peine ne vaut pas son application. En effet, la durée moyenne des peines d’emprisonnement prononcées par les juges contre les émeutiers est de 8,9 mois. Il s’agit de peines où les condamnés n’iront pas en prison puisque bénéficiant automatiquement d’aménagements de peine (bracelets électroniques, semi-liberté ou placement extérieur), à la discrétion du juge d’application des peines. Ainsi, comment pouvons-nous vivre dans une société où des émeutiers peuvent dégrader une école sans aller en prison ?

D’autre part, ce bilan relève de la communication du Gouvernement. En insistant sur la jeunesse des émeutiers et leur primo-délinquance, il a donné une image erronée de leur profil, puisque ces caractéristiques ont surtout été constatées les premières semaines suivant les émeutes. Or, le travail d’enquête judiciaire se poursuit et concerne souvent des personnes connues des services de police. Ainsi, la surreprésentation des primo-délinquants parmi les personnes condamnées pourraient être partiellement relativisée à mesure que les enquêtes concernant les faits les plus graves aboutiront. Ainsi, s’il y a des profils plus expérimentés, alors le pire est à venir car il se pourrait que, comme pour le trafic de drogue, les jeunes émeutiers soient utilisés par des profils plus expérimentés pour constituer des galops d’essai.

Gérer les prochaines émeutes : s’y préparer et reconquérir

Si l’on ne reprend pas le contrôle des quartiers, la question n’est pas tant s’il y aura des émeutes, mais quand. Les narco-trafiquants tiennent de nombreux quartiers parmi les 1 515 quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) regroupant 5 millions d’habitants. Ils assurent les fonctions régaliennes d’un État car ils financent par le trafic de drogue (3 milliards de chiffre d’affaires en 2023 selon l’OFDT), mais aussi par d’autres trafics (contrefaçons, armes, êtres humains, etc.), leurs propres dispositifs de sécurité qui leur permettent de décider de qui peut entrer ou non dans le quartier. Ainsi, tant que l’État sera impuissant pour casser ce modèle, les trafiquants pourront utiliser n’importe quel fait divers, tel qu’un refus d’obtempérer, pour favoriser l’embrasement des quartiers.

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Ainsi, il faut se préparer aux prochaines émeutes pour les utiliser comme motif pour reconquérir ces territoires. Or, Emmanuel Macron a commis la même erreur que François Hollande en 2012 sur les quartiers : il a manqué une opportunité pour afficher une volonté politique sans faille. L’ancien président n’avait pas répondu favorablement à l’appel d’élus socialistes et de droite demandant une intervention de l’armée pour restaurer l’ordre après l’explosion des règlements de compte. En refusant, il envoyait le message aux dealers que l’État ne serait pas prêt à tout contre eux. En 2023, Emmanuel Macron aurait pu profiter des émeutes pour déclencher l’état d’urgence territorialisé afin de désarmer les trafiquants via la saisie d’armes, de matériel incendiaire, etc. Désormais, deux priorités doivent être fixées. D’abord, se protéger des prochaines émeutes, en créant une force d’interposition capable de se projeter sur tout ou partie du territoire complémentaire aux forces de sécurité intérieures (FSI), par exemple en mobilisant la réserve opérationnelle. Ensuite, se préparer à la reconquête en décrétant un état d’urgence territorialisé comme en 2005, mais cette fois-ci à titre préventif. Seulement, est-ce que les Français sont prêts aux conséquences collatérales d’un tel programme ? Les habitants des quartiers et les Français ne veulent plus subir la tyrannie des gangs, mais aspirent à un profond changement pour bénéficier à nouveau de l’art de vivre à la française.

JO de Paris et plastique : Revers de la médaille pour des ONG

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Bouteille en plastique a usage unique, le 30 décembre, Gacé, France. RAPHAEL BLOCH/SIPA

Les militants écologiques sont-ils les meilleurs amis de la cause écologique? Il est permis d’en douter. Les associations environnementales ont condamné la distribution de bouteilles en plastique par Coca-Cola au cours des Jeux. Pourtant, la firme américaine s’est engagée à les recycler. D’ailleurs, le vrai problème n’est pas l’utilisation du plastique, matière incontournable, mais le fait que les Etats européens n’ont pas encore suffisamment organisé son recyclage. Tribune de Joseph Tayefeh, Secrétaire général du Syndicat de la plasturgie et des composites Plastalliance, auteur du livre Plastique bashing : L’intox ?


Il faut que tout change, pour que rien ne change, nous disait Alain Delon dans le Guépard (Il Gattopardo, Luchino Visconti, 1963). Mais c’est aussi une des leçons à retenir de ces Jeux Olympiques où les associations environnementalistes ont sorti leurs griffes pour « dénoncer » une mesure novatrice et écologique mise en place pendant ces Jeux. L’abandon de l’idéologie n’est pas pour maintenant. Mais qu’est-ce qui les a donc rendues si vertes de rage ? L’utilisation de bouteilles plastiques à usage unique par l’un des principaux sponsors de ces jeux, Coca-Cola.

Ainsi, le fait que sur 9 millions de boissons vendues au public, 6,4 millions proviendraient de bouteilles en plastique serait du « greenwashing » pur jus selon ces ONG. Et pourtant… Coca-Cola n’a pas distribué à cette occasion des bouteilles à des consommateurs ou touristes indélicats qui les auraient jetées dans la nature mais des gobelets réutilisables, consignés (si le client ne les ramène pas, il perd le montant de la consigne payée), gobelets en plastique soit dit en passant. S’il est vrai que des bouteilles plastiques à usage unique ont été utilisées pour remplir ces gobelets, ces bouteilles, qui représentent un gisement de déchets de grande qualité car très peu souillé, restent dans la main de Coca-Cola qui va les recycler pour une intégration dans de nouvelles bouteilles. Aucun risque de déchet dans la nature (n’est-ce pas, pour les vrais écologistes, le plus important ?) et un pas supplémentaire vers la réduction de l’utilisation des polymères plastiques dits « primaires » « ou vierges » au profit de matières « secondaires » ou recyclées. C’est aussi moins de pétrole car le recyclé se base sur des ressources déjà existantes. C’est même le geste circulaire parfait car nul besoin de faire appel à des poubelles de tri et des camions-bennes pour les ramasser et, peut-être, les recycler car tout est collecté sur place et sera recyclé pour une immense part.

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Pour le bilan carbone transport, on n’a pas vu mieux. Ce type de procédé circulaire pour un emballage totalement recyclable viendra par son recyclage diminuer (ou ne pas augmenter) un tant soit peu la taxe sur les emballages plastiques non recyclés payée par la France à l’UE. Médaille d’or pour la France qui est devenue en 2023 la 1ère contributrice de l’UE à cette taxe (près de 1,5 milliard d’euros) devant l’Allemagne qui produit pourtant deux fois plus de plastique que la France. C’est une nouvelle preuve que c’est non pas la production de plastique qui pose un problème mais l’incapacité de certains États à gérer correctement la fin de vie. Avec un taux de recyclage français des emballages plastiques de près de 23% quand la Slovaquie atteint les 60%, on comprend qu’il y a encore du travail à faire et c’est souvent le privé qui donne l’exemple en la matière. Les futurs et bénéfiques objectifs européens relatifs au recyclage des emballages plastiques et à l’incorporation de recyclé dans ces emballages doivent donner un coup de fouet à cette gestion heureuse des plastiques. L’UE qui bénéficie de cette taxe met ainsi tout en œuvre pour qu’elle puisse diminuer mais il semblerait à ce jour que l’effet escompté pour la France n’a pas encore eu lieu. Le refus du ministre démissionnaire Christophe Béchu de mettre en place une consigne nationale pour les bouteilles plastiques est un des exemples parmi d’autres alors que ce système a fait ses preuves là où il a été mis en place.

Le plastique: antidote au dopage

Les mêmes ONG ont trouvé également scandaleuse la demande du Comité des Jeux Olympiques et Paralympiques (COJOP)de distribuer gratuitement 4 millions de bouteilles en plastique aux athlètes et aux arbitres pendant les jeux. Selon un mémo de ce Comité :

« De nombreux comités olympiques et paralympiques, des fédérations internationales, ainsi que des athlètes de haut niveau, anciens et actuels, ont exprimé leur vive inquiétude si Paris 2024 n’offrait pas l’accès à des bouteilles scellées et individuelles garantissant toutes les conditions de sécurité requises. Or, en raison de la nature des opérations et des conditions spécifiques de sécurité alimentaire et physique, ces contenants ne peuvent être qu’en plastique.

« Nous recommandons aux équipes de Paris 2024 de faire quelques exceptions pour répondre aux besoins spécifiques de certaines exemptions et de certains athlètes, pour lesquels l’utilisation de bouteilles hermétiques reste une priorité pendant la période des jeux. Cette précaution vise à éviter les risques sanitaires liés à la contamination des boissons et garantit une plus grande intégrité des contrôles antidopage ».

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La bouteille en plastique est « le seul moyen d’assurer une sécurité alimentaire optimale et d’éviter les risques de « dopage par sabotage » grâce au bouchon scellé ». Ces arguments de bon sens n’ont visiblement pas convaincu nos très chères ONG dopées aux subventions et qui n’ont pas, factuellement, l’adhésion de la majorité des consommateurs. Malgré le plastique bashing ambiant en France, les chiffres fournis par l’Agence de la transition écologique (ADEME) elle-même en avril 2024 sont cruels pour celles et ceux qui annoncent la fin du plastique à usage unique (hausse de 3,3 % des emballages jetables en plastique entre 2018 et 2021, à comparer aux objectifs franco-français de réduction de 20 % en tonnage fixée pour 2025). Il est temps de changer le logiciel et, tel Coca-Cola ou d’autres acteurs, d’œuvrer non pas pour la décroissance, que sous-entend le slogan simpliste du « zéro déchet » mais pour le « zéro déchet abandonné ou non recyclé ». Ce n’est que de cette manière que la France pourra rattraper son retard et éviter la mise à l’amende.

Plastique Bashing : L'intox ? (Documents)

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En août, lis ce que te goûte (épisode 3)

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L'architecte Frank Lloyd Wright avec le mécène Solomon R. Guggenheim, et la baronne Hilla Rebay, devant la maquette du musée Guggenheim, New York, le 29 septembre 1945. AP/SIPA

Les vacances imposent-elles la vacance de l’esprit ? Autant profiter de ce répit estival pour moissonner les sillons de sa bibliothèque. Sous le soleil d’août, votre serviteur y a passé sa charrue. Lectures par les champs et par les grèves…  3e livraison :  « Plus snob, tu meurs ! » lire la 2e livraison.


Je confesse avoir trop longtemps gardé sous le coude cet essai paru en janvier dernier sous les auspices d’Exils, exigeante maison d’édition qui revendique hautement d’exister – je cite – « afin que la distance qui sépare chacun de lui-même, de l’autre et de la cité s’efface par les livres ».

Notre monde fut, sous son titre original Our Crowd, un best-seller à sa sortie outre-Atlantique, en 1968. S’y était attelé avec patience et passion le romancier et historien Stephen Birmingham (1929-2015), très féru d’ethnicité, particulièrement au sein de la upper class américaine. L’ouvrage est bientôt traduit par le regretté vicomte Pierre de Longuemar (1929-2018), ancien banquier de Paribas qui, détaché à Washington puis à Londres et donc parfaitement anglophone, entame, parvenu à l’âge de la retraite, une seconde carrière d’archiviste puis de traducteur : à ce passionné de généalogie élitaire l’on doit en outre la version française du livre que le fameux historien Robert O. Paxton a consacré à L’armée de Vichy, sous-titré Le corps des officiers français, 1940-1944.

A lire aussi, l’épisode 1 : En août, lis ce que te goûte

C’est donc cet aristocrate bien élevé qui, au soir de sa vie, se lance dans la traduction de The Crowd. Voilà donc exhumé sur le tard Notre monde – histoire des grandes familles juives de New-York. C’est à bon escient que la couverture de l’édition française prend soin de préciser qu’il s’agit d’un «récit » – et non d’un ouvrage à prétention scientifique. Si Notre monde n’est pas un livre de fiction, il n’en revêt pas moins le rythme et la saveur du roman historique : « Felix [Warburg] aimait les jolies choses – les belles femmes, la musique, les livres, la peinture, les chevaux, les voiliers, les vêtements, et (le moment venu) les automobiles […] Felix Warburg ne fut pas loin de renoncer à la réception des Dreyfus. […] Donc Felix y alla, quoiqu’avec réticence, et y rencontra Frieda Schiff, qui portait la robe rose pâle dans laquelle Zorn l’avait peinte […] Ce soir- là, Felix rentra chez lui, longtemps après minuit, et cogna à la porte de ses parents pour leur dire : « j’ai rencontré la fille que je vais épouser » ».  Un exemple entre cent de cette prose fluide et grâcieuse, légèrement collet-monté, mâtinée du même snobisme que notre mémorialiste prête si volontiers aux personnages qu’il dépeint.       

D’un bout à l’autre de ce fort copieux volume (400 pages serrées, en très petits caractères) se ressent la fascination de l’auteur pour ce milieu de parvenus israélites – ses élégances et ses préjugés, ses rituels domestiques et mondains, ses alliances politiques et matrimoniales, etc. – dont semblablement, à la Belle Epoque pour le faubourg Saint-Germain, Marcel Proust figure, toutes choses égales par ailleurs, le modèle indépassable.

Vous voulez tout savoir des ambitions, des rivalités, du standing des Sachs, Lehman, Schiff, Guggenheim, Seligman, Goldman, familles d’ancienne souche Allemande ou Suisse, parties de rien (colporteurs, marchands, courtiers…) pour devenir, l’océan franchi et fortune faite, les fondateurs et opulents magnats de Wall Street ? Alors plongez-vous dans cette nébuleuse où la description des mœurs et des usages le dispute aux potins, la saga des multimilliardaires et de leurs clans s’abreuvant aux péripéties de la politique et de l’économie.  

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Vous voulez tout savoir sur les frères Seligman ? Sur Joseph qui « âgé de 17 ans, monta dans un charriot tiré par des chevaux, en compagnie de huit autres garçons de Baiersdorf […] acheta un billet sur le shooner Telegraph […] en troisième classe, réservée aux émigrants », ouvrit à Lancaster une première adresse commerciale en 1841 avec ses frères William et James, fit bientôt venir toute sa famille aux Etats-Unis, laquelle devint propriétaire de magasins à succursales multiples, avant d’être, dès 1852, « l’un des principaux acteurs du marché de l’or » et de fonder l’une des premières banques du pays ?  Tout savoir sur les Guggenheim qui « réussissaient plutôt bien » à Philadelphie, Meyer Guggenheim vendant « pour 150 000 dollars sa société de produits de nettoyage de fourneaux et de lessives » pour « se diversifier d’épices et d’herbes, de dentelles suisses et de broderies » ? Sur « la bataille que se livrèrent les Guggenheim et les Lewinsohn pour prendre le contrôle de l’industrie du cuivre […] bonne blague, s’il faut en croire Birmingham, si on considère tout l’agrément que les belligérants tirèrent par la suite de leurs fortunes respectives » ?  Tout sur les coteries de la haute société new-yorkaise ?

« Si la société des « gentils » aimait jeter de la poudre aux yeux, le monde juif, pour sa part, préférait passer inaperçu », apprend-on. Performance difficile, comme on l’imagine, compte tenu de l’éminente position prise par les acteurs de ce temps-là. Son atmosphère nous est ici rendue avec un certain chic : « le prestige, l’élégance, le sens de la splendeur, y compris au plan international, firent leur apparition dans la société juive de New-York en la personne d’Otto Kahn ».  C’est par cette phrase que s’ouvre par exemple le chapitre 39, carrément intitulé : « Je joins mon chèque de 2 000 000 dollars », et dont les pages décrivent les codes de l’opéra dans la société américaine à l’orée du XXᵉ siècle, au moment de la naissance du Met. Tout est du même acabit – un peu lassant à la longue, avouons-le…

Outre l’arbre généalogique liminaire qui permet de s’y retrouver dans l’écheveau de ces dynasties de haute volée – des Kuhn, Loeb &Co à Goldman, Sachs & Co et j’en passe – le volume s’agrémente de quelques illustrations en noir et blanc – portraits à l’huile, clichés photographiques d’époque, ponctuations propres à restituer cet air du temps de l’opulence corsetée. Ainsi, de Jacob Schiff : « En tant que grand financier des chemins de fer américains, les conditions extravagances dans lesquelles il voyageait ne le tourmentait pas davantage que s’il avait traversé son salon ».            

Leur monde, s’il l’a été jamais, n’est décidément plus du tout le nôtre.

D.R

Stephen Birmingham, Notre monde. Histoire des grandes familles juives de New-York, Exils, 2024, 406pp., 29,00€

Une virilité bien française

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Romy Schneider et Alain Delon, dans "La piscine", 1968 © NANA PRODUCTIONS/SIPA

L’acteur incarnait une époque où le cinéma français s’exportait dans le monde entier et n’avait pas besoin de subventions pour exister. Aujourd’hui, à l’époque de la « non-binarité », il représente un idéal masculin – séducteur et viril – malheureusement révolu. Hommage de Philippe David.


Le clan des Siciliens est désormais reconstitué puisqu’Alain Delon a rejoint Jean Gabin et Lino Ventura au paradis des stars de cinéma. Mais plus qu’Alain Delon, c’est une époque bénie du cinéma français et de la culture française qui est en train de s’achever et qui ne tient plus désormais que peu ou prou en trois noms : Brigitte Bardot, Catherine Deneuve et Pierre Richard. Une époque bénie où le cinéma français produisait des bons films, des très bons films et des chefs-d’œuvre, époque malheureusement bel et bien révolue.

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Une époque où les comédies populaires ou les films policiers faisaient se déplacer dans les salles obscures les spectateurs par millions. Il est vrai qu’aller voir Alain Delon et Romy Schneider quasi nus dans La Piscine, Alain Delon et Jean-Paul Belmondo en truands des années folles dans Borsalino ou encore Alain Delon, Anthony Quinn et Claudia Cardinale dans le film de guerre Les Centurions était autrement plus attirant qu’aller voir aujourd’hui une comédie sociale dans laquelle un homme de plus de 50 ans, chômeur de longue durée, passe ses journées à regarder son hamster tourner dans sa roue tout en se plaignant des méfaits de la société capitaliste. Une époque où le cinéma français s’exportait dans le monde entier – la presse des cinq continents a parlé de la disparition d’Alain Delon – et vivait sur ses entrées en salle et pas sur les subventions payées par les films qui marchent.

Masculinité ombrageuse ou virilité classieuse

Une époque où les acteurs étaient des hommes, des vrais, et les actrices des femmes, des vraies également. Le tweet de Libération annonçant la mort de l’acteur est d’ailleurs un modèle de wokisme assumé puisqu’il le qualifie de « symbole d’une masculinité ombrageuse ». Il est vrai que, quand on avait la plastique d’Alain Delon et qu’on avait séduit certaines femmes parmi les plus belles du monde, c’était grâce à cette masculinité, mélange de virilité, de charisme, de puissance physique. Auriez-vous imaginé Alain Delon jouer le rôle d’un personnage non binaire se faisant appeler Rocco le matin et Georgette le soir ? Non car Alain Delon incarnait cette virilité des acteurs de cette époque, étreignant les femmes dans ses bras et toujours prêt à dégainer un flingue, qu’il soit flic ou truand. Une virilité matinée de classe, ses tenues vestimentaires étant toujours parfaites.

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La mort d’Alain Delon a également permis à des charognards de se déchainer sur les réseaux sociaux, s’en prenant à cet homme de droite,  ancien combattant en Indochine, ami de Jean-Marie Le Pen, partisan de la peine de mort et contre le mariage pour tous qui cumulait toutes les tares pour certains qui n’ont pas pu retenir leur bile alors que son corps était encore chaud. Des personnes souvent issues du néant et qui y sont déjà retournées, dont la France ne connait pas le nom pour la plupart, alors que le nom d’Alain Delon est connu dans le monde entier et le sera encore dans cent ans comme Charlie Chaplin ou John Wayne.

Alain Delon représentait la France, celle qu’on aimait tant car, dans le cinéma français comme dans tant d’autres domaines, c’était bien mieux avant. Et si vous pouviez, Monsieur Delon, dire à Jean Gabin, Lino Ventura, Jean-Paul Belmondo, Louis de Funès et les autres combien ils nous manquent, ce serait, après vos films, le plus beau cadeau que vous puissiez nous faire.

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L’Assemblée nationale qui n’aimait pas son pays

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Mathilde Panot, et les membres du parti LFI à l'Assemblée nationale le 9 juillet 2024 © Michel Euler/AP/SIPA

Pitié ! « Donnez-nous un Premier ministre » réclament à tue-tête les partis politiques au président de la République ; tout en lui déniant le droit de le choisir, tout en le nommant. Toutefois, il va consulter, et bien sûr parions qu’il sortira une personnalité improbable. Tribune de Sophie de Menthon.


En fait le sort de la France indiffère totalement nos chers élus, qui se comportent comme dans une salle de classe en chahut permanent. Ils veulent régner, non pas vraiment pour appliquer des programmes approximatifs fruits de la démagogie électorale et destinés à changer selon l’humeur du moment, mais pour assouvir des ambitions personnelles et partisanes. Leur profil psychologique est à peu près le suivant, du moins, c’est ainsi que nous le percevons :

1- Ils ont été élus et veulent le rester dans un programme de carrière personnelle.

2- Ils appartiennent à un parti dont il s’agit de déloger tous ceux qui peuvent leur faire de l’ombre et sont des concurrents potentiels aux futures élections présidentielles (ils ne pensent qu’à cela) mais il leur faut toutefois un chef, qui pourrait être élu…

3- L’union fait la force, donc il faut faire semblant de la créer. Grand succès en la matière avec les « fronts » rassemblant le plus grand nombre possible de députés autour de convictions opposées (convictions ?).

4- Le « parti » s’efface désormais devant un « front » populaire ou « front républicain » au choix, c’est-à-dire que l’on n’est POUR rien, mais CONTRE les autres.

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5- A l’Assemblée, au quotidien, le futur programme consiste à réfléchir avec ruse et acharnement à ce qui pourra empêcher une majorité.  Il faut se replonger pour cela dans les ruelles du droit : motions de censure, décrets d’applications, etc. Tiens ! et pourquoi pas l’article 16 un de ces jours ? Le Président doit y penser, on l’avait oublié celui-là : si une chienlit bien établie court les rues, on se réfère à de Gaulle, toujours efficace pour prendre les pleins pouvoirs.

6- Au jour le jour, dans les coulisses au sein du « clan » il faut essayer de se mettre d’accord pour proposer un Premier ministre, ce qui est quasi impossible, donc on travaille à tout ce qui pourra dégommer les candidats potentiellement acceptables des autres.

7- On a trouvé une solution : les Premiers ministres se portent candidats eux-mêmes. Nouveau, on n’avait jamais vu ça, la presse est enchantée : pensez donc en plein mois d’août… Quelle campagne de pub ! « A star is born », jolie, homosexuelle et maman, tueuse de riches, ayant fait ses preuves dans la création de dette à la Mairie de Paris. N’ayant peur de rien, lady LFI les a pris de court mettant même en demeure Emmanuel Macron de se magner un peu pour la nommer, ça traîne !

8- On continue de profiter du grand chambardement « éthique » des élections : on boude le RN, on ne lui serre pas la main, on lui ôte les postes auxquels il aurait droit et tout cela au nom de la démocratie. Cela facilite la division donc c’est bon, pas près de s’allier avec eux, rien à faire des votes des Français.

9- Il faut entretenir le concept des « partis non républicains », les fameux extrêmes, hélas choyés par le peuple mais dont le premier ministre ne devra en aucun cas être issu. A ce propos, une bonne idée : des personnalités respectables se proposent de créer une « charte du Parti républicain » pour savoir ce que doit respecter précisément un Parti républicain ? Faute de quoi il faudrait l’interdire.

10- Personne ne s’inquiète de ce que va devenir la France et comment elle sera gouvernée par ce Premier ministre et ses ministres ? En particulier, L’ENTREPRISE fait l’unanimité de l’indifférence générale et partagée, bien que ce soit le socle sur lequel repose notre avenir, mais qui s’en préoccupe sinon pour les taxer ?

11- Le pire est à craindre avec lesdites « Universités d’été », rendez-vous incontournables pour réchauffer les troupes déjà bien échauffées par la canicule politicienne, elles commencent le 22 août jusqu’à fin septembre. Cela promet d’être intense avec le sujet de la dissolution ; gageons qu’il s’agira de se rallier son parti à la thèse de chacun et pas de concessions…

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12- Les politiques se désintéressent du devenir d’une France non gouvernée, ils s’apprêtent à jouer avec une loi de finance improbable, et ils se tire de toutes les situations en augmentant la dette que SEULES LES ENTREPRISES ET SES SALARIES finiront par payer.

13- Pour la retraite, cela devrait aller : tout le monde est d’accord, ou presque, pour qu’on travaille moins et moins longtemps, à part des irréductibles minoritaires de droite modérée.

14- Le Premier ministre ? Finalement tout le monde s’en fiche puisque la majorité des Français a estimé qu’il serait là au mieux pour quelques mois, et que rien de ce qu’il proposera ne sera adopté ! De toute façon, paraît-il, on redissout dans un an, en attendant, on glose.

En attendant, on commençait à s’ennuyer à la plage, mais on a maintenant, pour remplacer les Sudokus, le jeu de « qui ça va être tu crois ? » On parle du Premier ministre bien sûr. Les pros penchent l’air mystérieux pour un « Premier ministre technique », votre beau-frère rétorque « de toute façon ce sont tous des technos », tout le monde acquiesce.

La tournure que prennent les évènements est catastrophique et nous mène au chaos, tous en sont conscients sans une lueur d’espoir.

C’est donc un appel à l’Assemblée Nationale qu’il faut lancer, car quels que soient nos convictions et nos votes différents, nous n’avons pas voté pour un désastre national.

Se mettre d’accord est un devoir républicain et le futur Premier ministre devra être suffisamment respectable pour imposer un consensus minimal pour « sauver » la France !    

La France sens dessus dessous !: Les caprices de Marianne

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Quand l’Iran semble servir la cause des démocrates américains

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Le président iranian, Masoud Pezeshkian, présente ses ministres au Parlement de Tehran, le 17 août 2024. Icana News Agency/ZUMA Press Wir/SIPA

Le régime de Téhéran chercherait-il actuellement à améliorer les relations avec les pays occidentaux, les Etats-Unis en tête? Car si l’Iran déstabilisait encore plus la situation au Moyen-Orient en frappant Israël directement, cela porterait un coup aux efforts diplomatiques américains et aurait un impact négatif sur la campagne présidentielle des démocrates. La conséquence en serait potentiellement le retour au pouvoir du pire ennemi de Téhéran : Donald Trump. Analyse de Sébastien Boussois.


La bombe à retardement qui plane sur le Moyen-Orient depuis plusieurs semaines ressemble de plus en plus à l’Arlésienne. En effet, la mort d’Ismaël Haniyeh il y a deux semaines, n’a toujours pas été vengée par l’Iran, dont les services intérieurs ont été pourtant largement pris en flagrant délit de faiblesse. C’est peut-être que l’Iran n’est plus tout à fait prêt à se mettre en danger pour une de ses « proxis », surtout à un carrefour majeur de l’histoire outre-Atlantique. Il n’est pas non plus aussi puissant que ses ennemis. Quel lien ? Le guide suprême sait qu’en novembre, un retour de Donald Trump aux affaires ne servira pas du tout sa cause. Allié inconditionnel d’Israël qu’il a encouragé à aller jusqu’au bout à Gaza, et grand ordonnateur de la rupture de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien (le Plan d’action global commun ou PAGC) signé par Obama en 2015, Trump sera beaucoup moins conciliant que les démocrates avec le régime de Téhéran.

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Déstabiliser la région un peu plus encore, en engageant l’administration démocrate dans un bourbier dont on doute fort qu’elle sera sortie avant les élections, ce serait donc faire le jeu de l’ennemi juré de l’Iran. Voilà comment depuis quelques jours, malgré une situation interne compliquée avec un nouveau Président déjà critiqué pour avoir largement rogné sur ses promesses de campagne, l’Iran s’est invité au cœur des négociations pour le cessez-le-feu à Gaza que tout le monde attend depuis des mois comme le Messie. Téhéran cherche à « sauver la face » de toute évidence en négociant l’idée de ne pas frapper Israël trop fort en représailles de la mort d’Haniyeh (et pour la forme quelque part). Une déflagration régionale affaiblirait les démocrates américains, qui ont le vent en poupe, dont intimement le régime de Téhéran préfère le maintien à Washington par une élection de Kamala Harris. Provoquer le chaos serait aussi à l’heure actuelle torpiller le nouvel agenda de « prudentes » ouvertures en cours de l’Union européenne et des Etats-Unis. Mais il faudra alors une vraie avancée sur le dossier palestinien pour que le régime iranien accepte de « calibrer » d’éventuelles représailles.  

C’est probablement la première fois que l’Iran chercher à peser de tout son poids diplomatique dans le dossier israélo-palestino-libanais, et non plus en usant uniquement de sa capacité traditionnelle de nuisance. Si les diplomaties américaines et européennes sont lucides, elles ont intérêt, en regard de la sophistication stratégique des Mollahs, à saisir ce « momentum » afin d’encourager une évolution favorable du leadership iranien, au bénéfice avant tout du peuple iranien lui-même, mais aussi des pays arabes du Golfe, du Machrek, de l’Europe et de l’Amérique, sur un large spectre de sujets, dont le dossier du nucléaire bien sûr. 

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Le régime sait que la société est en permanence au bord de l’implosion, et qu’une amélioration des relations avec l’Occident, assortie d’accords dont une contre-partie serait la levée progressive de sanctions, est aujourd’hui le meilleur moyen d’acheter une certaine paix sociale hors répression par l’espoir d’une reprise économique. 90% des Iraniens d’aujourd’hui sont nés après la mort de Khomeiny, le grand ayatollah de la Révolution islamique. C’est une occasion unique, avant un éventuel retour de Trump qui condamnerait ces avancées historiques, pour les Mollahs, les Pasdarans et autres Bassidji de se défossiliser et lâcher enfin du lest. Au nom d’un Iran transhistorique qui a toujours été un pivot majeur de la région mais aussi une bulle de modernité et de civilisation. C’était avant 1979 bien sûr…

Portrait du bourgeois progressiste

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Des collectifs féministes à une manifestation contre l'extrême droite, le 23 juin 2024 à Paris © JEANNE ACCORSINI/SIPA


Les rêves universalistes de notre bourgeoisie progressiste sont voués à l’échec. Ni les pays non-occidentaux, ni les minorités communautaires en Europe ne sont ouverts aux leçons de tolérance et d’égalité qu’elle prêche avec tant d’hypocrisie. Et pendant ce temps, les identités nationales auxquelles tiennent les classes populaires s’effritent sous la double action de l’immigration massive non contrôlée et de la propagande idéologique. Tribune de Charles Rojzman.


La bourgeoisie progressiste a adopté les valeurs de tolérance et d’ouverture à l’autre de ses ancêtres des Lumières. Elle a en horreur tous les extrémismes. Elle ne perçoit le danger des guerres que lorsqu’il est accompagné d’agressivité et de violence qu’elle attribue à des individualités (Khadafi, Saddam Hussein, Milosevic, Poutine…) et non à des masses. Elle bénéficie, avec l’immigration, d’une domesticité exotique et mal rémunérée. Elle a des contacts civils et agréables avec des pairs de toutes origines et de toutes couleurs. Elle voit dans le rejet des étrangers des milieux populaires un racisme qu’elle réprouve. Héritière des valeurs du XVIIIe siècle et de la maçonnerie, elle rêve d’un monde régi par la raison et l’intérêt bien compris et se méfie des passions populaires identitaires qu’elle imagine, à tort ou à raison, pouvant conduire au chaos ou à la guerre civile. Ce faisant, elle méconnaît l’importance de l’identité pour donner du sens, particulièrement dans une période caractérisée par la peur d’un futur incertain.

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Sa mise en avant des vertus de tolérance l’amène à considérer avec bienveillance les identités étrangères sans voir le danger qu’elles représentent pour l’identité nationale. D’ailleurs, sa passion pour la raison universelle lui fait croire que le monde lui ressemble dans cette vision universaliste, et elle croit que les idéaux occidentaux seront portés un jour ou l’autre par toute humanité, méconnaissant l’importance des émotions et des passions qui, pour elle, sont la survivance d’une âme primitive. S’identifiant au camp du bien, elle milite pour le rêve d’une immigration raisonnée, pour un développement durable, pour l’écologie sans s’apercevoir que ses luttes ne sont pas partagées par les milieux populaires qui souffrent des conséquences de la globalisation qu’elle met en œuvre. Elle ne voit pas que de nouvelles puissances sont aux aguets, avec leurs propres volontés hégémoniques et impérialistes et vont profiter de cette faiblesse qui est au cœur du rêve irénique occidental, d’autant plus qu’elles connaissent les corruptions et les vices que cache cet idéalisme proclamé.

Alain Delon, le non-vendu

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Alain Delon, dans "Le cercle rouge", 1970. © NANA PRODUCTIONS/SIPA

Certes, tout le monde dira que c’était « un monstre sacré », « une légende du cinéma ». Mais il ne faut pas oublier qu’il était aussi un gaulliste et un patriote, fier et amoureux de la France.


Acteur, certes, mais avant tout un homme d’honneur et de fidélité, de parole brève, qui fut, derrière des yeux glaçants de beauté, des yeux de givre bleu, un homme-braise : une braise ardente d’amour, de vérité, de passion, d’engagement filial, un homme-cri, cri muet de l’âme navrée et du souvenir meurtri, cri porté en silence, cri retenu, comme fait le loup de Vigny.

Un homme décent, pudique à l’extrême, un homme soucieux de la dette symbolique, attaché aux liens invisibles et immatériels de la transmission et de la parole donnée ou reçue, de l’affection.

Un nostalgique et un non-commerçant, c’est-à-dire de toute façon déjà un voyou pour notre époque actuelle.

Un homme du respect et de la distance, fuyant la fusion et ses mensonges simulacres, un dangereux aristocrate naturel venu du peuple, un non-transparent, un mystère.

Un homme-mystère, oui et qui emportera toujours du Mystère. Nous n’aimons pas, nous autres, ce qui n’est pas mystérieux. Nous n’aimons pas les bons, les gentils, les objectivables et les objectivés, les gens qui sont rendus, ou se sont rendus, ceci ou cela par désir d’emporter l’adhésion ou de plaire. Delon n’était pas « sympathique ».

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Nous aimons les « monstres indéfinissables » de Pascal, d’autant qu’ils ont le talent, le charisme, la grâce même, dont souvent Delon sut faire preuve dans quelques chefs-d’œuvre.  

Dur, arrogant, imbu de lui-même, lit-on parfois. Sûrement. Et le contraire aussi.

Bourreau des cœurs ? oui mais bourreau, à l’évidence et avant tout, de lui-même, bourreau ombrageux, consumé sans gémir par ses propres démons et son enfance chaotique. Un sale caractère ? Non, du caractère. « Un homme sans défauts est une montagne sans crevasses : il ne nous intéresse pas » dirait René Char.

Nous aimons l’infini de la Question, nous aimons, parmi les êtres, ceux dont nous ne faisons pas le tour. Les escarpés. Les indéfinissables qui rayonnent, les grands déçus et les misanthropes, les solitaires magnifiques.

Alain Delon, l’indéfinissable

Les énigmes à eux-mêmes et aux autres. Ceux qu’on connaît bien et qu’on ne comprendra vraisemblablement jamais : il y aura toujours un reste, un trouble, un possible. Nous aimons ce qui nous échappe et qu’on n’a pas stabilisé bêtement. Delon n’est pas un objet défini.

Un homme imparfait et droit, un homme viril, fort et fragile, un tigre souple avec, à peine passante, la séduction magique et ambiguë du féminin reprise par l’autorité brusque ou belliqueuse du mâle.

Un homme, acteur fascinant, qui brûlera longtemps dans ses films et dans les souvenirs car il incarna la France.

Car, oui, épris profondément de Romy ou Mireille, icônes et fées délicieusement vivantes et proches du cinéma de la France des années 70-80, il fut aussi un amoureux de la France : un vrai gaulliste, un patriote, n’ayant jamais eu honte de faire savoir hautement qu’il aimait son pays et le visage singulier de celui-ci.

Un non-vendu, en somme.