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Il y a une vie après l’Assemblée

Il aura donc fallu plus de deux mois à notre pays pour retrouver un gouvernement qui est loin de faire l’unanimité. Mais il penche plutôt à droite, ce qui n’est déjà pas si mal.


Premier ministre

Ça y est, on les connaît enfin. Non seulement le Premier ministre, Michel Barnier qu’Emmanuel Macron a quand même mis cinquante et un jours à nommer, mais aussi les membres du gouvernement. Je crains que les Français soient déçus. Sûrement trop de macronistes. Nous avions besoin d’une vraie rupture. Difficile dans ces conditions de persuader nos concitoyens que voter sert à quelque chose. Je me surprends à consulter mon téléphone : combien d’entre eux figurent dans mon répertoire ? Vont-ils accepter de m’écouter, de dialoguer, d’entendre les demandes que je voudrais leur soumettre ? Eh oui, c’est cela aussi la vie après l’Assemblée nationale : pouvoir mettre à profit ses contacts – et dans certains cas, ses amitiés – pour faire avancer les choses concrètement à Béziers. Vu sous cet angle, ce gouvernement a quelques avantages…

Incivilités

La vie continue. Et ses incivilités aussi. Parmi ces dernières, un véritable fléau : les dépôts sauvages d’ordures. Je reçois un ami biterrois qui, en promenant son chien, a répertorié pas moins de dix sites où certains indélicats déposent leurs déchets plutôt que les porter à la déchèterie. Photos à l’appui, il me montre un endroit où plus de 80 pneus ont été déposés. Un autre où une caravane taguée a été abandonnée. Et c’est sans compter les gravats laissés par des entreprises pas très scrupuleuses qui n’hésitent pas à faire payer le traitement de leurs déchets à leurs clients avant de les évacuer sur les bords des chemins. Parallèlement, Robert Ménard, le maire de Béziers (je ne vous redis pas qu’il s’agit de mon mari, si ?), a décidé de prendre le taureau par les cornes et de filmer – à l’aide de caméras nomades – les indélicats. Où l’on voit des personnes jeter leurs sacs poubelles depuis la fenêtre de leur voiture ou d’autres abandonner un caddy rempli de déchets avant de repartir tranquillement sur une trottinette électrique. Ces gens seront poursuivis et condamnés. J’essaie simplement de persuader le procureur de la République de laisser la possibilité au maire et à sa police municipale de s’en charger, pour éviter d’encombrer encore un peu plus le commissariat de police nationale. Rien d’illégal à cela, tout est prévu par une loi de 2021. La recette miracle ? Beaucoup de pragmatisme et un peu d’audace. Allons-nous y arriver ? Une impulsion politique de la part du nouveau gouvernement pourrait certainement nous y aider. Je croise les doigts…

Destitution

Quel grand moment de lâcheté ! Le bureau de l’Assemblée nationale a examiné et adopté le 17 septembre dernier la recevabilité de la motion de destitution du président de la République déposée par La France insoumise. La motion n’a pu être adoptée que grâce au vote des trois députés socialistes membres du bureau. Qui ont immédiatement précisé qu’ils voteraient « unanimement » contre la destitution elle-même. Ils ne vont quand même pas se tirer une balle dans le pied et hypothéquer leurs petits calculs électoralistes pour les prochaines échéances locales ou nationales en prenant le risque de se mettre à dos les Insoumis. Chez d’autres, on appelle ça le « en même temps ». Et ce n’est en général guère flatteur.

Jérémy Beier

Il y a des commémorations, il y a des dates anniversaires qu’on préférerait ne pas avoir à honorer. Depuis huit années maintenant, nous nous retrouvons chaque 21 septembre pour nous souvenir de Jérémy Beier, ce jeune pompier de 24 ans mort au feu en 2016. En présence de sa mère, de son père et de ses compagnons d’infortune dont Lucas, rescapé de ce sinistre incendie, mais défiguré et amputé de ses dix doigts. C’est une des cérémonies les plus difficiles à vivre. L’émotion nous saute à la gorge. Je vois sa mère qui essaie de se reconstruire et d’aller de l’avant sans oublier. Qui continue de se battre pour obtenir justice – l’enquête sur les circonstances exactes du drame et ses responsabilités dure depuis plus de huit ans… Je vois son père, qui parle si peu mais qui, tant d’années après, a toujours les larmes au bord des yeux durant le beau discours de Robert qui évoque le souvenir de son fils. Dans ces moments-là, on mesure vite que les paroles ne peuvent pas tout. Et qu’on ne se met jamais vraiment à la place de ceux qui ont vécu la catastrophe dans leur chair. Nous quittons la cérémonie en silence. Le temps n’est plus aux mots.

Refus d’obtempérer

Je croise le commandant de notre police municipale dans les rues de Béziers. Il s’arrête quelques instants pour me raconter la course-poursuite que lui et ses hommes ont menée le matin même alors qu’un véhicule refusait de s’arrêter. Un chauffard coutumier du fait. Chaque fois, les agents de la police municipale ont été contraints d’arrêter la poursuite, car le conducteur mettait en danger la population et les véhicules qu’il croisait sur sa route. Cette fois, pas question d’abandonner. Ils veulent le coincer pour l’empêcher de recommencer. Plus de vingt minutes de poursuite qui se terminent en centre-ville avec quelques dégâts matériels, mais aucun accident corporel. Ouf ! Nos policiers respirent. En cas d’accident grave, ils savent qu’ils risquent gros, aussitôt mis sur le banc des accusés par nos bonnes consciences de gauche. L’affaire Nahel, « ce petit ange parti trop tôt », dixit Kylian Mbappé, est encore dans tous les esprits. C’est aussi à cela que devra s’attaquer Bruno Retailleau, notre nouveau ministre de l’Intérieur. Une cure de réalité.

Identité

J’en suis toujours étonnée. « Espantée », comme on dit à Béziers. Nous sommes en pleine crise politique, mais chez nous, tout va bien. Notre équipe de rugby a remporté brillamment son dernier match à domicile. Fini les râleurs. Exit les jamais-contents. D’un coup, on ne parle plus que de nos sacrés joueurs. Cela ne dure que le temps d’un week-end, mais ça change tout l’état d’esprit de notre ville. Eh oui, comprenne qui pourra mais c’est ça Béziers ! Et c’est tant mieux…

La boîte du bouquiniste

« Paris est la seule ville du monde où coule un fleuve encadré par deux rangées de livres », dixit Blaise Cendras. Causeur peut y dénicher quelques pépites…


En 1866, un certain Frédéric Gaillardet, ex-rédacteur en chef du Courrier des États-Unis, publie un fort volume où, sur la base de « documents authentiques », il entend liquider « l’une des énigmes les plus bizarres et les plus controversées du xviiie siècle », celle concernant le fameux chevalier d’Éon. Était-il un homme ou une femme ? Ou les deux ? Le voilà successivement docteur en droit, avocat au parlement de Paris, censeur pour les belles lettres, secrétaire d’ambassade à Saint-Pétersbourg, capitaine de dragons, chevalier de Saint-Louis. On retient aussi qu’il parvint à se glisser dans l’intimité d’Élisabeth, impératrice de toutes les Russies, devenant sa lectrice attitrée. Élisabeth dite « la Clémente », puisque, accédant au trône, elle promit de ne jamais condamner quiconque à mort. Elle tint parole, nous rappelle Gaillardet, puisque sous son règne, les châtiés n’étaient pas véritablement exécutés, mais pendus par les pieds ou les mains jusqu’à ce qu’ils meurent « d’eux-mêmes », ou encore cloués vivants sur des planches qu’on abandonnait au courant des fleuves. Les souvenirs de la chevalière nous apprennent également que la tsarine pouvait se montrer fort pieuse : « Elle passe des heures entières à genoux devant une image de la Vierge, parlant avec elle, l’interrogeant avec ardeur et lui demandant en grâce dans quelle compagnie des gardes elle doit prendre l’amant dont elle a besoin pour la journée. » Ce qui ne l’empêche nullement d’avoir un goût marqué pour les liqueurs fortes : « Il lui arrive d’en être incommodée. Elle bat alors ses serviteurs et ses femmes. […] Ce sont des misères humaines qui doivent être recouvertes du manteau impérial : on dit quand cela arrive que Sa Majesté à ses vapeurs. » Cent autres « détails secrets de la cour » de Russie et autant d’autres glanés lors des aventures londoniennes de l’espion d’Éon émaillent cet ouvrage qui croule un peu trop sous l’accumulation de pièces d’archives non indispensables. Une profusion dont on se félicite cependant lorsqu’il s’agit de dévoiler le secret des secrets, le sexe véritable de l’individu en question. L’auteur nous livre en effet copie du compte-rendu de l’autopsie. « Je certifie par le présent que j’ai examiné et disséqué le corps du chevalier d’Éon en présence de M. Adair, de M. Wilson, du père Élysée, et que j’ai trouvé les organes mâles de la génération parfaitement formés sous tous les rapports – Willman street, le 23 mai 1810, signé Tho. Copeland, chirurgien. » « Parfaitement formés », fort bien, mais le disséqué a-t-il fait usage de ces attributs sains d’apparence ? Mystère dans le mystère. Il semble que non, si l’on en croit l’intéressé lui-même confessant n’avoir jamais ressenti l’appel de la chair, comme on disait alors. Cela dit, quel crédit peut-on accorder à un individu qui, toute sa vie, sut si bien tromper son monde ?

Mémoires sur la chevalière d’Éon : la vérité sur les mystères de sa vie, de Frédéric Gaillardet, E. Dentu Libraire-Éditeur, 1866.

Patrick Eudeline, la provoc comme on l’aime

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Patrick Eudeline est une sorte de Philippe Manœuvre un peu trop déglingué pour participer à un télé-crochet sur la 6. Notre ami publie Perdu pour la France (Séguier).


Photo de bébé Cadum sur fond rose bonbon, on pourrait prendre l’objet, de loin, pour une réclame pour des savons vintages. Mais non, le dernier livre de Patrick Eudeline, Perdu pour la France, n’est pas la petite chose mignonne qu’il parait être de prime abord. Enjambant les décennies, des années 60 à aujourd’hui, dans un fatras chronologique, le clochard céleste revient sur sa naissance au monde qui coïncide avec la naissance du rock en France.

Journaliste au magazine Best et chanteur et guitariste du groupe Asphalt Jungle, Patrick Eudeline est une sorte de Philippe Manœuvre un peu trop déglingué pour participer à un télé-crochet sur la 6. Dans son récit, on le découvre comme une bizarrerie sociologique. Jeunesse dans le VIème arrondissement, scolarité au Collège Stanislas, Patrick Eudeline nait dans une famille de la France moyenne, avec un père pas très dégourdi pour les affaires (ni pour écrire des chroniques dans la feuille de chou locale du RPR). L’OVNI social décrit son existence, tantôt au bras de telle grande bourgeoise, tantôt à la rue, tantôt dévalant en ski les pistes huppées de Suisse, tantôt escroquant les dentistes à coup de chèques en bois, s’échappant du cabinet avec une demi-dent rafistolée.

Le royaume du linoléum

Musicalement, le père a plutôt des goûts de chiotte (« Ne traînent à la maison qu’un vieux Marcel Amont (« ce vieux Bleu, blanc, blond » que j’ai toujours honni), un affreux François Deguelt (« Marjolaine »), un oublié d’Isabelle Aubret (« La Fanette »), la détestable « Bicyclette » du Montand, un Aznavour mineur et de peu d’intérêt »). Le goût familial pour le linoléum contraste avec les sublimes parquets cirés que l’on trouve chez les petits camarades de classe. La relation père-fils est de toute façon loin d’être mue par l’admiration réciproque. Un peu comme si Sheila (« Tandis que moi, qui ne suis rien/ Qu’une petite fille de Français moyen/ J’apprends chaque jour, en m’amusant,/ Que l’expérience vient avec le temps ») avait enfanté ce snob de Boris Vian (« Je ne fréquente que des baronnes/ Aux noms comme des trombones »). Napoléon se demandait s’il n’était pas plutôt le fils de Pascal Paoli, ou du gouverneur Marbeuf. Eudeline se demande aussi s’il est bien le fils de son père. Pour devenir empereur ou rockeur, il faut avoir des doutes sur la paternité de son paternel.

Eudeline est un enfant des années 60, suffisamment vieux pour avoir connu la messe en latin et la foi dans le progrès. « L’heure est à l’optimisme absolu ». Le garçonnet rêve de mégalopoles robotisés et de moutons électriques. À Stanislas, il met un peu de bazar, mais la sympathie des profs de lettres lui sauve la mise : « Vous m’auriez viré Rimbaud ! Je démissionne ». C’est l’époque où de Gaulle, autre ancien élève de Stan’, refuse d’embastiller Sartre, parce qu’ « on n’emprisonne pas Voltaire ». Plus tard, Patoche découvre les types louches, aux cheveux longs, du jardin du Luxembourg. Notre protagoniste s’en trouve à son tour attifé, de quoi éveiller les doutes du père quant à la possible homosexualité de son rejeton. Doute largement dissipé quand il met en cloque la fille d’un des clients de son père, « héritière d’une grande famille ».

Les cafards anglais et la rue Saint-Denis

On croise dans le livre plusieurs monstres du rock. Il y en a qu’il vaut mieux avoir en poster dans sa chambre que sur le canapé dans son salon. Sid Vicious, des Sex Pistols, et Nancy Spungen, aussi délurés que dans le film qu’Alex Cox leur a consacré, en mal d’argent et d’héroïne, par exemple. La compagne du rocker se lève d’un coup d’un seul et part se prostituer rue de Saint-Denis pour faire rentrer quelques billets. Mauvaise idée ! On ne vient pas disputer comme ça des parts de marché aux maquereaux déjà implantés dans le coin. Il faut la rattraper en taxi. Quant à Sid, il n’est pas long à sortir son cran d’arrêt.

Plusieurs décennies plus tard, Eudeline se retrouve en Angleterre chez Peter Doherty, queue de comète du mouvement rock (« Chanteur pop parmi les plus doués de sa génération. Certes, vu le niveau général, c’est là un compliment tout relatif. L’homme n’est pas un nouveau Ray Davies, mais plutôt un imitateur servile de cette lignée »). Dans l’appartement miteux au « spartiate décor » de l’ex de Kate Moss, les cafards mènent grand train. Eudeline évoque aussi une histoire de jeune homme tombé par la fenêtre, chez Doherty, à la fin des années 2000. Il y a parfois dans les placards des rockers des cadavres encombrants. L’auteur revient ailleurs sur une émission de France Culture, où face à Daniel Cohn-Bendit, il avait déclaré : « Vous aviez les cheveux trop courts pour être crédible. Vous en avez fait moins pour changer le monde et les mœurs qu’Antoine avec ses élucubrations ». On referme l’ouvrage en gardant la même idée que l’on se faisait du personnage : un échalas picaresque et talentueux, doté d’un certain sens de la provocation.

208 pages.

Perdu pour la France

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Deux flics en lévitation

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Monsieur Nostalgie nous parle ce dimanche de l’essence-même des années 1980. Il replonge en septembre 1984, le mois et l’année de diffusion de la série Deux Flics à Miami aux États-Unis. Les enfants de la Mitterrandie ne se réveilleront jamais du choc culturel et esthétique de Sonny Crockett et Ricardo Tubbs sur leur cerveau en formation !


En France, nous nous apprêtions à tourner vers la rigueur. Virage amer après la grande tombola. Espoirs déçus et impasse budgétaire à l’horizon. Le chômage de masse prenait ses aises dans un hexagone en voie de désindustrialisation. Nous l’avons compris beaucoup plus tard, mais déjà, sournoisement s’imposait à nous un nouveau code moral avec ses intouchables et ses tabous. Nous vivions sous emprise idéologique sans le savoir. On nous obligeait à bien penser à l’école et à bien travailler à l’émanation d’un homme nouveau, dépollué, automatisé et terrifiant de certitudes.

Générique punchy

De l’autre côté de l’Atlantique, il y a tout juste quarante ans, deux flics en costard Armani et Versace, conduisant une fausse Ferrari Daytona à moteur Corvette ou une authentique Testarossa allaient réenchanter notre monde en fission. D’abord, nous fûmes saisis par le générique de Jan Hammer, ce synthé entêté et ses envolées puncheuses nous porteraient jusqu’à la cité interdite de Miami, dans une Floride huileuse, chaude, terriblement instable, balayée par des bourrasques de sable, dans les moiteurs d’une marina de carton-pâte entourée de buildings lacustres. La musique de Jan Hammer irréductible, mélodramatique, boucle sans fin, serait le terrain d’expression stylistique de deux flics qui dépoussièreraient nos misérables habitudes.


Cette frime surexposée et indécente fut notre mamelle nourricière. Car dans une France fossilisée, aux perspectives zébrées par la crise, nous suffoquions. L’Amérique avec son génie tentateur marchand, sa cascade d’images décadentes et son sens de l’emphase visuelle nous apporterait ce qui nous manquait cruellement. Un peu de débord, de « n’importe quoi », de premier degré assumé, de marques commerciales à l’écran totalement assumées et de « guest stars » cachetonnant pour se refaire le nez dans une clinique privée de Beverly Hills ou agrandir leur piscine sur un rooftop de Manhattan. Chez ces deux flics sapés comme jamais, nous reprenions peu à peu pied. Tout n’était pas perdu. La flambe était à nouveau une valeur refuge comme si l’insouciance des sixties n’était pas morte. Plus c’était grandiloquent et aveuglant, plus nous adhérions à ce projet sans issue. Pour apprécier cette débauche mêlée à une certaine langueur, ce romantisme hollywoodien rehaussé à la sauce antique, il faut s’abandonner à cette déambulation balnéaire. Se laisser porter par le flot syncopé des flashs d’hébétude. Il faut aimer les fringues qui se voient, les bagnoles crispantes, la démesure latino-américaine et la scénarisation du crime organisé. Cette atmosphère hors-cadre a encapsulé dans un flacon de cristal, une fragrance trop forte, trop osée pour notre époque du pas militaire.

Débardeur rose et flingue apparent

Chaque séquence de Deux Flics à Miami serait aujourd’hui examinée et condamnée sans procès sur l’autel d’un progressisme propret qui cache si mal son casernement mental. J’aimerais vous faire partager cet exhausteur d’existence qu’a représenté la série de 108 épisodes. De 1984 à 1989, deux flics enquêtaient sur les réseaux de la drogue et de la prostitution en lunettes Ray-Ban Wayfarer et en marcel pastel. Ils allaient au bureau en débardeur rose avec leur holster apparent. L’un avait la mèche mouvante, l’autre des frisottis nourris au Pento. Ils étaient souvent en sueur en raison d’une météo insupportable. Ça ne les empêchait pas de conduire décapoté. Dans leur univers, les filles enfilaient des maillots très échancrés comme sur les couvertures de Sports Illustrated. Avec eux, on pourchassait des voyous qui s’échappaient en Lamborghini Countach blanche. Il arrivait que l’on sorte son gun en plein restaurant devant un homard grillé. On roulait souvent la nuit sur des ponts déserts avec l’air que la vie ne sert à rien et que le mal est inhérent à la race humaine. On appelait un indic d’une cabine téléphonique. Des bastons éclataient dans des boîtes où des barons de la drogue ex-opposants castristes se comportaient mal.

Comme dans toutes les séries de ces années-là, les flics avaient des terreurs nocturnes en repensant à la guerre du Vietnam. Et nous, dans nos salons, les actualités parlaient de cohabitation et de crise de la sidérurgie, nous voulions nous échapper de cet univers carcéral. Nous savions qu’à Miami, deux flics ne maraudaient pas en Renault 18 mais en bateau-cigarette, que l’on verrait Leonard Cohen, Pam Grier, Julia Roberts et même l’épouse de BHL faire une apparition, alors nous étions heureux.

Tendre est la province

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Allumer le feu

Le nouveau roman de Céline Laurens se lit d’une traite, autant parce que l’on veut savoir qui a incendié cette maison de maître dans laquelle les propriétaires ont trouvé la mort, que pour son style.


Céline Laurens nous revient avec un troisième roman, La maison Dieu, aussi magnétique que les deux premiers : Là où la caravane passe (prix Roger Nimier 2022) et Sous un ciel de faïence (2023), publiés aux Éditions Albin Michel. La couverture et le titre du livre font référence à une carte – une lame – du tarot de Marseille. Elle représente une tour moyenâgeuse foudroyée – foudroiement surnaturel ? – de laquelle deux personnages tombent. Ce qui étonne, c’est que leurs regards expriment une certaine sérénité. Le feu détruit, mais il libère également. Comme s’il fallait mourir pour mieux renaître. La carte du tarot est une mise en abîme de l’histoire du roman.

Nous sommes en Ariège, au début du siècle, où la lutte entre le Bien et le Mal n’épargne personne. Chacun s’épie dans ce village si bien décrit par Abel, l’un des habitants de La maison Dieu. Ce dernier refuse de grandir, tandis que sa sœur jumelle, Mallora, ne rêve que de fuite à grandes enjambées vers des contrées inconnues. Il y a également Élise, la domestique, arrivée grâce à une lettre de recommandation du curé de la paroisse. On la soupçonne d’être un peu sorcière. Quant au couple propriétaire de la maison à la funeste destinée, le temps a érodé leur amour. Madame passe ses journées à regarder par la fenêtre les lentes variations de la nature, tandis que Monsieur vit, reclus, dans son bureau. Il ne faut pas oublier Justin, le voisin, ancien amoureux éconduit de la maîtresse de maison. Il pêche et picole. Il raconte à Abel qu’il évite d’attraper le silure millénaire qui se cache dans les eaux de l’Hers. « Ce silure, dit-il, transporte dans son ventre un livre sur lequel est consigné l’histoire du passé et du futur de l’humanité. » Céline Laurens se délecte à narrer, non sans humour, la suite de l’anecdote. Ainsi apprend-on que cette pêche diabolique a déjà déclenché le courroux de sorcières hirsutes qui chevauchaient leur balai dans un ciel de suie.

Le roman s’ouvre sur les décombres de la maison ravagée par un incendie. Madame et Monsieur sont morts. La piste criminelle semble ne faire aucun doute. On accuse le « Mérou », un pyromane qui sévit dans la région. Mais chaque personnage peut avoir fait le coup, et le « Mérou » joue peut-être le rôle du bouc émissaire. Le roman devient polyphonique. Chacun prend la parole pour exprimer sa vérité et révéler sa personnalité névrotique. La prouesse de Céline Laurens est de se glisser dans la tête de chaque protagoniste, tout en adoptant le principe de neutralité. On se rapproche de la méthode Simenon utilisée dans les enquêtes du commissaire Maigret.

Du romanesque pur jus jusqu’à l’immorale chute.

Céline Laurens, La maison Dieu, Albin Michel. 240 pages

La Maison Dieu

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Pourquoi les Israéliens en veulent autant à Emmanuel Macron

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La triple faute du président français


Un an déjà que nous sommes en guerre. On pourrait presque tracer une courbe ou définir une équation toute simple : le cercle des agresseurs contre Israël ne cesse de s’élargir en même temps que s’agrandit celui de nos détracteurs et de nos censeurs. Bref une formule inédite dans l’histoire des relations internationales : plus on nous attaque, plus on nous blâme. Plus on nous bombarde, plus on nous condamne. Plus on nous harcèle, plus on nous accuse. C’est en effet à ce jeu affligeant que s’est prêté le président Macron en commettant trois fautes essentielles.

La première est celle de l’appel à l’embargo. Outre son caractère révoltant qui consiste à tenter de désarmer un pays ami et allié en proie à une lutte de survie avec les pires ennemis qui soient, Emmanuel Macron a enfoncé le clou de la défiance vis-à-vis de la France pour tous ceux qui en Israël n’ont jamais vraiment oublié l’abandon de la France en 1967 lorsque le Général de Gaulle avait décidé l’embargo sur les armes livrées à Israël en pleine guerre de survie. J’ai été diplomate israélien et servi plusieurs fois à notre ambassade à Paris. Je sais combien l’ombre de la défection gaullienne de 1967 continuait d’alimenter des craintes à Jérusalem vis-à-vis de Paris. Emmanuel Macron vient de rallumer la flame de la trahison française et je souhaite beaucoup de courage à mes collègues des deux côtés de la Méditerranée qui devront travailler très dur pour rétablir la confiance dans notre relation bilatérale.

A lire aussi, Jean-Michel Blanquer: Penser le 7-Octobre en exorciste

La seconde faute concerne le Liban qu’il appelle “à ne pas devenir un nouveau Gaza”. Or justement c’est là le cœur du problème car le Liban, dans sa partie sud à tout le moins est Gaza. C’est-à-dire un territoire entièrement contrôlé par une organisation terroriste qui y a installé patiemment et sciemment son infrastructure de terreur en toute impunité au sein de la population civile et de ses institutions : immeubles d’habitation, crèches et écoles, hôpitaux et autres bâtiments publics. Le Hezbollah a creusé au Sud Liban les mêmes tunnels que le Hamas à Gaza, a entreposé les mêmes quantités d’armes, de munitions et de missiles, préparé et mis au point le même plan d’attaque que celui du 7-Octobre pour en amplifier la démesure et massacrer, supplicier et s’apprêtait à “célébrer” le premier anniversaire du 7-Octobre en commettant dans le Nord d’Israël un pogrom qui aurait fait rougir de honte leurs alliés du Hamas tant il aurait été sanglant et abominable. Donc que veut dire le président français ? Quelles sont ses attentes ? Qu’un Israël désarmé et isolé abandonne sa population aux hordes terroristes djihadistes du Hezbollah ? Depuis un an, le Hezbollah a lancé des milliers de missiles contre les populations et localités israéliennes du Nord. Combien de fois la France a-t-elle appelé à un cessez-le-feu ? Combien de fois a-t-elle demandé l’application immédiate des résolutions de l’ONU qui ont exigé le démantèlement du Hezbollah ? Zéro. Pas une seule fois. Mais depuis qu’Israël, après avoir fait preuve d’une retenue sans précédent pendant uneannée entière à avoir été bombardé et harcelé, se lance dans une opération qui pourrait non seulement éliminer la menace au Nord d’Israël mais aussi permettre au Liban ce pays si cher à la France de se débarrasser du Hezbollah, Paris appelle au cessez-le-feu !

A lire aussi, Elisabeth Lévy: 7-Octobre: Macron désarmant

La troisième faute consiste à appeler à une solution politique alors que nous sommes en pleine guerre contre des mouvements terroristes manipulés par l’Iran. Quelle aberration! Les Etats Unis ont-ils proposé une solution politique à Al-Qaïda après le 11 septembre ? Ont-ils envoyé des émissaires pour dialoguer et chercher ensemble une “solution politique” ? Non évidemment. Ils ont bombardé pendant 20 ans l’Afghanistan jusqu’à l’élimination physique de Ben Laden.

La France a-t-elle proposé une “solution politique” à l’Etat islamique après l’attentat du Bataclan? A-t-elle tenté de négocier avec Daesh un accord de cessez-le-feu? Non. La France et ses alliés ont bombardé pendant des années Mossoul, Raqqa, Falloujah et autres villes du Califat pour écraser les terroristes de Daesh. C’est exactement ce que nous faisons Monsieur le président de la République, à une différence près : Daesh était à des milliers de kilomètres de vos frontières. Les djihadistes du Hezbollah et du Hamas sont à nos portes….

Un curieux manège

Habitué aux joutes médiatiques, hier comme dirigeant communiste, aujourd’hui comme chroniqueur politique, Olivier a des tripes et du cœur quand il s’agit de défendre ses idées. «J’aime qu’on me contredise!» pourrait être sa devise.


Tourne. Tourne. Tourne. Depuis plus de soixante jours, le manège politico-médiatique tourne sur lui-même. De la soirée électorale du second tour des élections législatives à aujourd’hui, j’ai participé à ce carrousel. Débats télés, radios, tweets, billets… Un œil rivé sur le fil de l’AFP et sur les réseaux sociaux, l’autre sur la presse, les SMS et les groupes WhatsApp. Deux mois pour trouver un Premier ministre : qui de Castets, Cazeneuve, Bertrand, Beaudet, Baroin ou alors un profil plus techno ? Un grand serviteur de l’État ? ALERTE ! On a vu Larcher sortir discrètement par la grille du Coq de l’Élysée.

Tourne. Tourne. Tourne. Barnier ! Alors le carrousel s’est emballé pour décrire la passation de pouvoirs entre « le plus jeune » et « le plus âgé ». Il y a eu le moment où le Savoyard madré a réglé son compte au jeune marquis courroucé. « Cela laissera des traces », ont dit des petits chevaux du manège. « Après le soutien sans participation de LR, va-t-on sur la participation sans soutien du groupe macroniste ? », ont dit les autres.

Tourne. Tourne. Tourne. Nous venons d’assister, depuis début juillet, à une spectaculaire sécession de la classe politique, quasiment dans son ensemble, ainsi que de la classe médiatique vis-à-vis du pays réel. Certes, quand ils sont consultés, les citoyens continuent de répondre aux instituts de sondage. Ce qui peut donner l’illusion d’une connexion avec le carrousel. Mais rien de tel. L’écrasante majorité a très vite détourné le regard. Après le « a voté » du dernier dimanche électoral, de nouveau, rien n’a changé. Le macronisme est encore plus à droite, sa pente naturelle, quand le pays regarde ailleurs. Il est faux de dire et de répéter que la France est à droite quand un examen sérieux des différentes enquêtes d’opinion au cours des dernières années démontre, à chaque fois, l’exigence de justice sociale et d’égalité. Voyez la réforme des retraites ! Et l’immigration ? La sécurité ? La gauche devrait prendre d’autant plus ces questions à bras-le-corps pour ne pas les laisser à d’autres qui, dans le même temps, encouragent à une nouvelle saignée budgétaire des services publics pourtant indispensables à la mise en œuvre des missions de l’État.

Tourne. Tourne. Tourne. J’ai souvenir du manège lors de la campagne référendaire de 2005 sur le traité constitutionnel européen. Après Maastricht, qui a signé l’abandon de notre souveraineté, le peuple a très nettement dit « NON ». Le carrousel a voulu éjecter ceux qui ont dénoncé le passage en force, le déni de démocratie. À l’aune de cette rupture et du choix majoritaire du peuple souverain, il ne peut y avoir de « cohabitation », ni même de « coexistence exigeante » entre Macronie et LR. Ils sont d’accord sur l’essentiel. Une nouveauté cependant : le RN a décidé d’accepter le jeu, de ne pas s’opposer à Barnier, ancien commissaire européen. Le RN est désormais sur le manège qui tourne.

Kylian: que la lumière (même très noire) soit faite

Les circonstances précises de la mort du jeune Kylian, poignardé dans le Calvados, restent mystérieuses.


Le 29 septembre, à Subles, petite commune du Calvados, un môme de dix-sept ans trouve la mort sur le parking d’une discothèque, l’Octavia. Il meurt saigné à blanc, lardé de coups de couteau. Dans le dos et à hauteur de la nuque. On se souvient du drame de Crépol, dans la Drôme, et de Thomas, seize ans, lui aussi poignardé à mort. À croire que, aujourd’hui, l’accessoire indispensable pour une virée réussie en boîte serait le couteau, le surin comme on disait dans les romans d’Albert Simonin à une époque où l’artifice de conquête au Bal à Jo et au pince-fesses du chef-lieu étaient la Gomina et le simili Perfecto. Avec franges aux manches et clous un peu partout, bien entendu.

Dix-sept ans, la vie devant soi, la mort dans le dos. Qui frappe en traître. Au petit matin, à la sortie de ce qui aurait dû être une fête et qui se termine en bagarre générale – violente – sur le parking. Une soirée spécial célibataires, semble-t-il. Alléchant à l’âge où Cupidon se plaît à titiller les sens en éveil.

L’enfant qui a perdu la vie – car Kylian était un enfant – à dix-sept ans on l’est encore –  a été tué par un gars un peu plus âgé, vingt-quatre ans. Intérimaire dans le bâtiment, précise le procureur de la République. Les gendarmes de Bayeux l’ont trouvé sur place, les mains et les vêtements couverts de sang. D’après des témoins, il aurait ramassé l’arme par terre. C’est dans sa poche que les gendarmes la retrouvent. Tout d’abord, l’interpellé nie toute implication. Puis il reconnaît s’être saisi du couteau, avoir déplié la lame et, voulant s’interposer dans la mêlée, ayant lui-même reçu coups de poing et jet de lacrymogène, il se serait mis à frapper le premier gars qui se trouvait devant lui, à l’aveugle en fait. « Sans intention de tuer » précise aussi le procureur. Poignarder, à plusieurs reprises, sans intention de tuer, on entend déjà l’argumentation passablement frelatée de l’avocat. Cela viendra en son temps.

Pour l’heure, l’auteur présumé des faits est mis en examen et placé en détention provisoire.

Kylian était un jeune sans histoires, amateur de boxe, sport dans lequel il était bon, selon son coach. Un garçon plutôt introverti, qu’on trouvait sympa, discret, qui donnait envie « d’aller vers lui » disent ceux qui le fréquentaient. « Un garçon qui aimait la vie et qui voulait en profiter », confie sa maman. Cela dit, même turbulent, antipathique au dernier degré ou semeur de pagaille, rien ne justifie qu’on meure à dix-sept ans vidé de son sang une fin de nuit sur un parking de discothèque. Rien.

En cela, nous ne sommes pas ici devant un simple, un regrettable mais banal fait divers, mais face à un drame épouvantable, inacceptable qui devrait tous nous concerner : quelle société avons-nous fini par fabriquer pour qu’on en arrive à ce point de violence, où le coup de couteau devient la réponse ordinaire à tout différend, même le plus bénin, le plus idiot ? Quelle société avons-nous engendrée dans laquelle un gars de vingt-quatre ans, avec boulot et sans passé délinquant, semble-t-il, se laisse aller à commettre le pire du pire, gâchant lui aussi sa vie, cela dit en passant ?

Oui, comment en est-on arrivé-là ? D’ailleurs, l’histoire ne se limite peut-être pas à ce qu’on croit en savoir. Elle pourrait être en effet plus complexe. Pour ne pas dire, plus tordue, plus terrifiante encore. Sinon pourquoi les gendarmes de Bayeux, dix jours après les faits, lanceraient-ils un appel à témoins ? Ils souhaitent entendre toutes les personnes présentes à cette soirée. Afin, naturellement, que toute la lumière soit faite. Lumière noire, très noire, peut-être bien. Mais nécessaire. Le temps est venu enfin que nous regardions en face notre monde tel que nous l’avons fait. Ne serait-ce pour que de tels actes soient jugés en parfaite connaissance de cause, et que nous puissions exiger de notre société deux choses primordiales. Premièrement que la justice, en ces matières, passe avec toute la rigueur indispensable. Deuxièmement : que soit enseigné partout, en tout lieu d’éducation, le prix de la vie. La vie qui, dans tant de films, de jeux vidéos, de vomissures haineuses sur les réseaux anti-sociaux, ne semble plus avoir la moindre valeur. Oui, faire la lumière, toute la lumière, pour qu’au moins, Thomas, Kylian, des enfants – nos enfants – ne soient pas morts pour rien.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Procès des assistants parlementaires FN/RN au Parlement européen : «Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage…»

Lors de la deuxième semaine du procès des assistants parlementaires des eurodéputés FN / RN, la défense s’est appliquée à dénoncer une instruction à charge. Récit.


Tant que le FN n’était qu’un acteur folklorique de la vie politique, les instances européennes et la Justice ne trouvaient pas grand-chose à redire sur son mode de fonctionnement au parlement de Strasbourg. Maintenant que c’est un poids lourd de la politique, on lui reproche d’avoir détourné les fonds européens destinés à l’embauche d’assistants parlementaires pour ses activités politiques. Cette semaine, au tribunal, Bruno Gollnisch a tout fait pour démontrer que Guillaume L’Huillier avait bien travaillé pour lui. Par ailleurs, l’ancien garde du corps et la secrétaire de Jean-Marie Le Pen ont également été entendus à la barre. Récit.

L’ancien garde du corps et la secrétaire de Jean-Marie Le Pen à la barre

L’accusation reproche à M. Gollnisch d’avoir signé des contrats d’assistants parlementaires locaux avec Mme Bruna et M. L’Huillier, ayant les fonctions respectives de secrétaire et directeur de cabinet de Jean-Marie Le Pen sur l’organigramme fonctionnel du Front national publié en 2005. Bruno Gollnisch a dénoncé une persécution “ad hominem, voire ad hominibus ». Après les débats techniques autour des contestations juridiques de la défense, les auditions des prévenus ont débuté ce lundi. M. Fernand Le Rachinel est le premier à être appelé à la barre. L’ancien apprenti typographe déroule sa carrière riche d’expériences. Il a créé de nombreuses entreprises, et des milliers d’emplois. Il a été vingt ans conseiller municipal, puis encore vingt ans élu au Conseil régional de Basse-Normandie, avant d’être élu député à deux reprises au Parlement européen. L’industriel normand est mis en cause pour les contrats de ses assistants parlementaires lors de la 6è législature (2004-2009), signés avec Mme Micheline Bruna et M. Thierry Légier. L’octogénaire reconnaît avoir signé lesdits contrats, pour lesquels il n’aurait jamais pu se douter de leur irrégularité. D’autant que, explique-t-il, cela se pratiquait déjà ainsi lors de son précédent mandat durant la 4e législature (1994-1999). Il s’étonne qu’aucun fonctionnaire ne l’ait jamais alerté, alors que tous les contrats étaient validés par l’administration du Parlement européen. Il l’assure : « Tout le monde connaissait le fonctionnement de notre groupe en pool », même si l’ancien eurodéputé, en tant que rapporteur de la commission des transports, aurait préféré avoir plusieurs assistants parlementaires qui lui soient entièrement dédiés. Mais, il a naturellement accepté l’organisation commune de la délégation, même si « M. Légier était plus souvent au service de M. Le Pen parce qu’il était le chef et à ce titre plus exposé ».

Ancien militaire parachutiste, puis garde du corps de princes saoudiens et de stars américaines, Thierry Légier raconte avoir pris la succession de son prédécesseur en signant un contrat d’agent temporaire directement avec le Parlement européen, dès 1992, ce qui faisait de lui un fonctionnaire du Parlement européen engagé « en qualité d’agent de sécurité du président Jean-Marie Le Pen.» En 1995, la législation européenne change, et le colosse d’1m90 signe alors un contrat avec le « groupe des droites européennes » au Parlement européen, contrat qui court jusqu’en 2005. Au 1er janvier 2005, la législation européenne change une nouvelle fois, et le contrat avec le groupe devient alors un contrat d’assistant parlementaire. Me Solange Doumic, sa factuelle avocate, lit à haute voix l’article 1 sur lequel il est écrit : « Il s’agit de la reprise du contrat anciennement conclu entre le salarié, l’association des groupes des droites européennes et le Parlement européen ». Donc toujours en sa qualité d’agent de sécurité du président Jean-Marie Le Pen, conclut-elle. Le Parlement européen ne pouvait donc ignorer les fonctions de sécurité de M. Légier, argument de l’accusation à l’endroit de l’agent de sécurité, d’autant que celui-ci déposait son arme en entrant dans l’enceinte des institutions européennes.

L’accusation pointe le fait que les contrats d’assistants parlementaires de M. Légier, ainsi que celui de Mme Bruna, connue comme la secrétaire du député Jean-Marie Le Pen, étaient signés avec M. Le Rachinel et non avec M. Le Pen. Pour contrer ces objections, la défense se réfère à l’article 14 du règlement FID alors applicable au Parlement européen, qui stipulait que « les députés peuvent engager conjointement un même assistant ». Pour les avocats de la défense, M. Légier et Mme Bruna étaient au service de tout le groupe d’élus sur la liste du Front national qui était un groupement de fait. Le Ministère public s’étonne par ailleurs des augmentations de salaire de l’assistant parlementaire responsable de la sécurité. Thierry Légier justifie l’équivalence de son salaire avec celle d’un député européen « à hauteur des heures et du risque ». Le Parquet s’interroge sur les changements de contrat de M. Légier qui passe de contrat d’assistant parlementaire à un contrat inclus dans les comptes de campagne lors d’une élection. « C’est la loi ! » tempête Marine le Pen, assise au premier rang des prévenus.

Bruno Gollnisch agacé par les questions tatillonnes du tribunal

Les accusations de détournement de fonds public et recel du Tribunal s’appuient sur la publication en 2005 d’un « organigramme fonctionnel du Front National ». Le Tribunal cherche à faire coïncider les fonctions militantes qui y sont mentionnées avec des preuves de salariat caché, même si l’organigramme projeté lors de l’audience porte la mention « fonctionnel ». Bénédicte de Perthuis, la magistrate qui préside l’audience, s’interroge sur le véritable emploi de M. L’Huillier déclaré sur l’organigramme « directeur de cabinet » de Jean-Marie Le Pen, à Montretout, « siège politique et parlementaire » et domicile de M. Le Pen. M. L’Huillier se définit avant tout comme un militant, il a collé ses premières affiches en 1997, il a été candidat à toutes les élections pendant une dizaine d’années, il a aussi été tour à tour responsable du RNJ, secrétaire départemental FN des Hauts-de-Seine. Il déclare s’être occupé des relations avec les médias pour Jean-Marie Le Pen « une à deux heures par jour » en plus de son travail d’assistant parlementaire. « Coller des affiches ou (être) assistant parlementaire, c’est la même chose » estime le militant. Il y a des choses à faire, il les fait. Et comme en 2009, « il n’y avait que trois députés, il fallait travailler pour les trois, on mutualisait le travail entre assistants » explique-t-il. Concernant son contrat d’assistant parlementaire signé avec l’eurodéputé Bruno Gollnisch, M. L’Huillier déclare qu’il s’occupait de rédiger des articles, préparer des notes, faire des recherches, etc. Celui qui est aujourd’hui assistant parlementaire accrédité au Parlement européen explique qu’il collaborait à la rédaction du journal Identité, édité par Bruno Gollnisch, et rédigeait les articles postés sur son blog. Le nom de Guillaume L’Huillier apparaît effectivement dans l’ours dudit “journal”, comme le montre Me Bosselut. « Mais qu’est-ce qui prouve que c’est bien Guillaume L’Huillier qui a écrit les articles ? A-t-il gardé des traces ? », questionne la magistrate qui avoue « ne pas avoir un point de vue différent de l’OLAF (Office européen de lutte antifraude) sur les documents présentés » lors de l’enquête par Bruno Gollnisch pour justifier du travail de son assistant. Le rédacteur des chroniques européennes publiées sur le blog gollnisch.com explique qu’il rédigeait le contenu directement sur l’interface du site. Pour appuyer ses dires, Me Bosselut présente une preuve de cette activité électronique au nom de l’assistant, preuve qui ne semble pas convaincre le tribunal quant à la paternité de ce travail.

Bruno Gollnisch fulmine et remet en cause la procédure même. « Le premier élément de contestation du travail de M. L’Huillier date de 2015 », raconte-t-il, « c’est-à-dire mettant en cause un travail effectué dix ans plus tôt ». L’ancien professeur de droit public dénonce une persécution car « ceci excède la notion de délai raisonnable telle qu’elle est retenue par la jurisprudence du tribunal et de la cour (de justice) de l’Union européenne, et excède aussi les délais de prescription de droit français ». Faisant fi de ces objections juridiques, Bénédicte de Perthuis insiste : « Y-a-t-il des documents qui seraient de nature à établir la participation de M. L’Huillier entre 2005 et 2008 à votre travail de député européen ?» M. Gollnisch le répète, il n’a pas souvenir des dates, mais il peut présenter des cartons entiers de travail de son assistant. Pourquoi n’y-a-t-il alors aucune mention du nom de Guillaume L’Huillier dans tous ces documents ? Si quasiment aucun document contenu dans les tonnes d’archives de l’universitaire et homme politique ne sont signés du nom de M. L’Huillier, c’est que l’assistant est au service du député qui signe de son nom, comme il est d’usage pour tout collaborateur que ce soit dans les cabinets d’avocat ou toute autre profession, explique le candidat malheureux à la présidence du Front national en 2011 face à Marine Le Pen. L’assistant s’efface derrière son chef. M. Gollnisch enrage. Il avait tout le loisir, dit-il, de mettre les initiales de Guillaume Lhuillier sur chaque document, si cela eut pu prouver quoique ce soit. L’aurait-il fait qu’on lui aurait encore retourné que ce n’était pas une preuve que son assistant ait effectué tout ce travail. « Quel document prouve que j’étais le directeur de cabinet de Jean-Marie Le Pen à plein temps ?, renchérit Guillaume L’Huillier. Il n’y en a pas, et pour cause, il n’y avait pas de cabinet de Jean-Marie Le Pen ». Selon le prévenu, l’organigramme était une publication politique destinée aux médias. « De la com’ », initiée du temps de Florian Philippot.

Durant l’enquête de l’OLAF, un constat d’huissier a été établi à la demande de M. Gollnisch afin de certifier que M. L’Huillier connaissait le contenu de ses archives concernant l’Europe parmi plus de 400 cartons. « Mais pourquoi ne trouve-t-on pas même un post-it de l’écriture de L’Huillier ? Pas un mail ? Pas un brouillon ?  Aucune trace ? » insiste le Procureur. Qui garde ses brouillons ? Qui garde ses post-its ? Bruno Gollnisch s’offusque que le Parlement européen réclame des preuves datant de plus de dix ans avant les faits, alors que le contenu des boîtes mails du Parlement européen est écrasé au bout de 90 jours. « Pourquoi M. L’Huillier aurait gardé trace de toutes ses communications, après toutes ces années ? » Qui garde ses mails datant de plus de dix ans ? Guillaume L’Huillier explique avoir changé de fournisseur d’accès à internet et ne plus disposer de la boîte mail de l’époque. La défense renvoie le Tribunal à ses interrogations : « Mais alors si ce n’est lui, qui a fait tout ce travail ?» Guillaume L’Huillier renchérit : « Oui, si ce n’est pas le travail d’un aloc (comprendre : assistant parlementaire local), je me demande de qui c’est le travail alors ? »  Soit, mais alors comment faisait-il pour cumuler la fonction de directeur de cabinet et cet emploi d’assistant parlementaire ? L’Huillier raconte qu’il ne comptait pas ses heures : « Je travaillais de 60 à 70 heures par semaine. » En politique, les militants, qu’ils soient colleurs d’affiches, élus, ou cadres, ne sont pas au service du parti : c’est le parti qui est au service des militants, du colleur d’affiches jusqu’à son leader. Et il n’y a que sous les régimes autoritaires que les membres du Parti sont au service du Parti… En démocratie, militants et sympathisants sont les forces vives de la politique. Ce n’est pas le salaire ou le contrat qui font le militant, c’est son engagement, soirées et week-end compris. Le doute de l’accusation sur la paternité de tout le travail présenté au nom de son assistant rend Bruno Gollnisch furieux. Il dénonce avoir « déjà été racketté par le Parlement européen » qui a ponctionné un pourcentage de son indemnité d’eurodéputé à cette époque. « Quelles preuves vous faut-il ? » s’énerve Bruno Gollnisch qui se voit récuser toutes les preuves apportées. Me Bosselut vient en soutien à l’ancien eurodéputé : « M. Gollnisch, sur les feuilles de vote, y-a-t-il le nom de l’assistant, ou sont-elles anonymisées ? » Les feuilles de vote comme toutes les notes sont anonymes et ne portent que très rarement le nom de l’assistant parlementaire. Bruno Gollnisch s’éclaire : « Il y aurait des preuves incontestables de nos communications de cette période de 2005/2009, je téléphonais régulièrement à Montretout où était le bureau des assistants locaux. Il suffit de demander aux PTT la liste de mes appels. » Rires dans la salle. « Et, sur la période 2011/2016, puisqu’il faut des preuves physiques », Bruno Gollnisch présente un DVD où Guillaume L’Huillier l’interroge sur ses activités parlementaires européennes. N’est-ce pas là une preuve de leur collaboration ? Que nenni, la date de publication n’entre pas dans la case incriminée. Du reste, conclut M. Gollnisch, « Si M. L’Huillier avait été fautif au regard de son travail pour le Parlement européen, aurait-il été aujourd’hui même sous contrat d’assistant parlementaire accrédité par le Parlement européen lui-même ?» Lors des recours, l’administration européenne elle-même n’a-t-elle pas signifié qu’elle n’avait aucun grief contre M. L’Huillier ? Bruno Gollnisch dénonce donc des attaques politiques ad hominem, ou ad hominibus, déclenchées à partir du moment où le Front national était en progression. Car, raconte-t-il, bien d’autres assistants parlementaires de députés européens ont eu eux aussi des fonctions au sein de leur parti, voire de très hautes fonctions, et ils n’ont jamais été inquiétés. « Alors que l’OLAF se permet de reprocher à M. L’Huillier d’avoir été lui-même candidat, comme si le statut d’assistant parlementaire interdisait d’être candidat à des élections ! Il y a même un député polonais, ajoute l’ancien eurodéputé, qui a déclaré vingt-deux assistants sans que l’administration n’y trouve à redire. »

Marine Le Pen cherche la sortie du labyrinthe

Combattante, Marine Le Pen, qui a écouté les arguments de l’accusation, s’avance à la barre pour clore cette seconde semaine de procès assez kafkaïenne à ses yeux. Elle tient à contextualiser les différents changements de contrats en rapport avec des élections, externes ou internes. Elle rappelle les crises de succession à partir de 2011 au sein de son mouvement politique. Comment aurait-elle alors pu accepter que des assistants parlementaires travaillent pour le seul compte de Jean-Marie Le Pen avec qui elle était en conflit ouvert, interroge-t-elle. Concernant les ruptures de contrat et leur bascule sur le mouvement, Marine Le Pen affirme qu’il n’y a rien de suspect à ce qu’un assistant parlementaire signe un contrat de conseiller ou autre dans le cadre d’une campagne électorale – « c’est la loi qui nous y oblige » insiste l’ancienne candidate à l’élection présidentielle de 2012 – puis que ce dernier redevienne assistant parlementaire après la campagne. Marine Le Pen assure que l’administration européenne connaissait tout de la gestion des contrats des assistants parlementaires. Elle en veut pour preuve les nombreux mails échangés entre l’administration du Parlement européen et le tiers payant concernant les déclarations à enregistrer. La présidente du premier groupe à l’Assemblée nationale dénonce « une instruction faite uniquement à charge », et reprend l’adage populaire « qui veut noyer son chien l’accuse de la rage » pour illustrer l’acharnement subi. L’actuelle députée du Pas-de-Calais décrit « un tunnel qui devient de plus en plus un labyrinthe d’où personne ne peut sortir ».

Celle qui trône actuellement en tête des sondages politiques aura trois jours la semaine prochaine pour dérouler son fil d’Ariane lorsque le tribunal soumettra à la question les contrats d’assistants parlementaires pour lesquels elle a été elle-même mise en examen en juin 2017 pour « abus de confiance » et « complicité », des poursuites requalifiées plus tard en « détournement de fonds publics ».

Philippe Val: passer à l’offensive

Quoi qu’en disent les médias, nous n’avons peut-être jamais été aussi nombreux, de Paris à Téhéran, à vouloir écraser l’internationale islamiste. À l’avant-garde de la lutte contre les barbus, l’ancien patron de France Inter estime que nous sommes à un point de rupture : le moment n’est plus à l’apaisement, mais à la bataille victorieuse.


Causeur. Qu’avez-vous pensé ou ressenti le 7-Octobre ?

Philippe Val. Ce jour-là, j’ai pensé à l’histoire d’Israël. Quand on connaît un peu l’enchaînement des événements depuis la déclaration Balfour de 1917, on sait bien que ce n’est pas la première fois qu’il y a sur cette terre des populations arabes qui ne veulent pas de la population juive et qui commettent hélas des pogroms. Seulement, entre-temps, un événement universel a eu lieu, la Shoah, qui nous a montré à quelle tragédie absolue peut mener la haine envers les juifs. Le 7 octobre m’a semblé être une réplique de cette tragédie absolue.

Mais n’y a-t-il pas une différence entre le l’antisémitisme des années 1930 et 1940 et l’antisémitisme d’aujourd’hui ?

C’est vrai, l’antisémitisme a muté. Il avait déjà muté au xixe siècle, passant d’un antisémitisme chrétien à un antisémitisme idéologique, notamment sous l’influence paradoxale de Karl Marx. Dans certains textes, ce petit-fils de rabbin dépeint les juifs comme des capitalistes cosmopolites qui ruinent les pauvres. Sa responsabilité est immense. En France, de nombreux théoriciens socialistes et anarchistes, comme Blanqui ou Proudhon, ont repris ses clichés mais aussi, plus tard, des écrivains comme Gide. Cet antisémitisme d’avant le nazisme n’est pas innocent, il est déjà criminel, surtout dans un pays comme le nôtre où on en trouve la trace chez une certaine élite culturelle. Il faut cependant reconnaître que, quand on a découvert les camps de la mort, la totalité des intellectuels français a rompu avec l’antisémitisme, sauf bien sûr une poignée d’anciens collabos qui étaient quand même des animaux exotiques et faisaient l’objet de la réprobation massive de l’opinion. Le répit a été de courte durée, et assez vite l’antisémitisme a fait, sous une autre forme, son retour sur la scène des idées. Des gens de gauche, qui ne s’étaient pas toujours bien comportés sous l’Occupation, se sont trouvé un héroïsme de rechange en s’engageant pour le FLN et en épousant l’antisémitisme masqué du nationalisme algérien. Il est devenu géopolitique : ne pouvant plus s’exprimer de façon religieuse ni idéologique, il s’est manifesté dans la haine d’Israël. Les codes pour formuler la chose ont ainsi changé. Mais la nature de la chose est restée la même. La preuve, c’est l’incroyable vitesse avec laquelle l’horreur de ce qui s’est passé le 7 octobre a été recouverte par une violente propagande antijuive, qui s’est surtout déchaînée à gauche. Heureusement pas dans toute la gauche.

C’est pourtant en France toute la gauche qui vient de s’allier avec LFI, ce mouvement sur lequel il n’est plus possible d’avoir de doutes. Les donneurs de leçons sempiternels, qui s’écrient « vous pactisez avec le diable ! » dès qu’un élu de droite prend un café avec un élu RN, sont allés à la soupe.

J’ai regardé cela avec effarement. Quand Raphaël Glucksmann a fait son bon score aux élections européennes, j’étais content, je pensais que la gauche intelligente et libérale prenait le dessus. Et puis j’ai vu se former le Nouveau Front populaire. Avec par-dessus le marché un François Hollande qui toute honte bue se réconcilie avec la gauche radicale, antisioniste, dont je sais à quel point il la déteste. C’est hallucinant. Heureusement Manuel Valls et Bernard Cazeneuve sont restés à l’écart de cette honte. Ils ont sauvé l’honneur.

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Sans doute, même s’ils continuent à psalmodier que le danger prioritaire est à l’extrême droite, agitant ainsi un fantasme qui occulte les vrais combats.

Je ne suis pas certain que l’extrême droite antisémite soit complètement un fantasme.

Peut-être, mais vous nous parlez de sentiments. Ce n’est pas l’extrême droite qui menace la sécurité des juifs. Or, avec leur baratin sur la tenaille identitaire, surtout destiné à assurer leur estime de soi, vos amis ont favorisé les atermoiements face à l’islamisme. Il y a des priorités. Pour battre Hitler, il a bien fallu s’allier avec Staline.

La condition humaine ne consiste pas à choisir entre le pur et l’impur mais à choisir, au cœur de la tragédie, la meilleure opportunité qui se présente… Je suis un admirateur de Churchill. Il avait Hitler en horreur et il éprouvait une détestation viscérale pour Staline. Il a choisi l’alliance stratégique la plus sûre pour atteindre son but : la défaite de l’Allemagne nazie. Je crois à la politique, qui est affaire de traîtres, et je ne crois nullement à l’idéologie, qui est affaire de crétins.

Reste un fait incontestable : Marine Le Pen a viré son père. Je ne voterai jamais pour elle, car j’ai une aversion philosophique profonde pour les partis radicaux, qu’ils soient de droite ou de gauche. Mais cela ne m’interdit pas de voir que le problème massif de l’antisémitisme n’est plus au RN, mais à gauche. Non seulement pour les raisons historiques que j’ai rappelées, mais aussi parce que l’extrême gauche, par opportunisme, mise sur l’antisémitisme supposé de la communauté musulmane établie dans les pays européens, et notamment en France.

Des figures de La France insoumise participent à une manifestation étudiante en soutien à la Palestine, lors de l’occupation d’un bâtiment de Sciences-Po Paris, 26 avril 2024. JEANNE ACCORSINI/SIPA

Ce n’est pas un « antisémitisme supposé » ! Toutes les études montrent que l’antisémitisme concerne à peu près la moitié des musulmans européens.

Ce qui veut dire que l’autre moitié n’est pas antisémite.

Halleluyah !

N’ironisez pas. Ceux-là existent, et ils sont nombreux. Il ne faut pas les insulter. Je vous dis cela parce que je sais ce que c’est que d’être insulté. À Charlie Hebdo, Cabu et moi avons toujours été très fermes sur la défense de l’existence d’Israël et sur la lutte contre l’antisémitisme, y compris à gauche. Raison pour laquelle nous n’avons pas arrêté de nous faire traiter de fachos.

Par qui ?

Par cette gauche mélenchoniste qui pue et qui sévit notamment dans les écoles de journalisme et à l’Université. Si vous allez dans les provinces, les gens ne sont pas antisémites, ils s’en foutent ; c’est seulement une obsession au sein d’une petite élite enseignante et médiatique. Aujourd’hui, par exemple, je pense que le positionnement du Monde est un gros problème. Si ce n’était pas le journal de référence, je m’en foutrais, mais leur influence est considérable, ils dictent beaucoup de choses au reste de la presse, notamment aux chaînes publiques, or leur positionnement géopolitique est très violemment anti-israélien. Ils n’ont pratiquement rien publié sur les otages juifs retrouvés assassinés après avoir été torturés ! Je pense que le général de Gaulle a bien résumé les choses avec cette formule : « Dans Le Monde, tout est faux, même la date. » C’est tellement vrai… Cela dit, je le lis tous les jours, parce qu’on y trouve aussi des articles de grande qualité, sans doute écrits par des rédacteurs très malheureux.

Au rang des médias anti-israéliens, il y a aussi France Inter, dont vous avez été le directeur. Il s’y est passé pourtant des choses intéressantes cette année, puisqu’ils ont viré Guillaume Meurice, décision qui ne nous a pas enthousiasmés. Et vous ?

Par principe, je ne m’exprime pas au sujet de l’action de mes successeurs. Mais je peux quand même faire un commentaire général. Un directeur ou une directrice d’un média quelconque a le droit de dire « ça me plaît » ou « ça ne me plaît pas », sinon il n’y a pas de direction. Si Adèle Van Reeth, la directrice de France Inter, n’aime pas l’humour de Guillaume Meurice, elle a le droit de ne pas renouveler son contrat.

Vous savez bien que ce n’est pas pour ça qu’il a été limogé…

En tous les cas, je sais qu’il n’a pas été limogé parce qu’il était follement drôle.

Le « roman » d’Aurélien Bellanger qui accuse la gauche laïque et républicaine en général et feu Laurent Bouvet en particulier de crypto-maurassisme, enchante France Inter et toutes les sacristies de la gauche médiatique. L’avez-vous lu ?

Je ne l’ai pas lu, mais on m’en a beaucoup parlé puisqu’il paraît qu’un des personnages me ressemble beaucoup. J’y vois plutôt un bon signe. Cela veut dire que l’extrême gauche panique. On peut les comprendre. Quand Charlie Hebdo a publié les caricatures de Mahomet en 2006, on était très seuls. Aujourd’hui, ce n’est plus du tout vrai. Une très grande partie de la société française, et même de nombreux médias, sont avec nous. Malgré les apparences, j’ai l’impression qu’on approche de la fin d’un cycle. Je pense que les antisionistes qui se prennent pour une avant-garde sont en réalité une arrière-garde vermoulue et conformiste. Alors ce livre sort pour nous défoncer, de même Le Monde publie régulièrement des papiers pour nous défoncer. On a l’habitude, la guerre est ouverte.

Moins seuls, d’accord. Emmanuel Macron est-il de votre, de nôtre côté ?

Dans La Citadelle, le livre de Jean-Michel Blanquer, on comprend comment le logiciel d’Emmanuel Macron fonctionne : se conformer en fin de compte au magistère intellectuel de l’extrême gauche. Quelle déception ! Surtout que la plupart des Français refusent ce magistère. D’où leur défiance vis-à-vis du personnel politique, qui n’ose pas traiter le problème de l’islamisme, non seulement par conformisme intellectuel, mais aussi par affairisme, parce que notre pays fait du commerce avec le monde arabe. Tout cela donne un enrobage anesthésiant, confortable, tiédasse dans lequel les dirigeants se réfugient dès que ça commence à chauffer. Si seulement nos politiques voyageaient un peu plus, ils verraient combien l’esprit européen fait envie au reste du monde. J’ai fait des reportages pendant dix ou quinze ans à travers la planète, et j’ai rencontré partout des gens intelligents qui me suppliaient : « Tenez bon, parce que l’Europe est notre seul espoir. On veut vous ressembler ! » Ils désirent parler librement, avoir les relations sexuelles qu’ils veulent, lire des livres qu’ils aiment, voyager, pouvoir s’exprimer, boire quand ils en ont envie.

L’esprit européen, dites-vous. N’est-ce pas une fiction consolatrice ?

Pour moi, il y a un peuple européen : Mozart, Fellini, Chaplin, Proust, Goethe, Dante, Cervantes, Érasme, Kundera. Je n’ai pas d’état d’âme à proclamer qu’il faut défendre l’esprit européen, qui a à voir avec la façon dont on rit sur notre continent depuis l’Antiquité. C’est pour cela que j’ai écrit un livre sur le sujet.

Suffit-il de grandes déclarations d’amour pour défendre ce qu’on admire ?

Non vous avez raison. Le 7 octobre marque une rupture. Le ton doit changer. On ne doit plus se défendre de la même façon, il faut attaquer. Il faut dire : « On va se battre » – intellectuellement bien sûr. Le moment n’est plus venu d’apaiser, mais de gagner. C’est-à-dire de ne pas perdre notre héritage commun.

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Vous donnez à l’attaque antisémite du 7 octobre une portée européenne, si ce n’est mondiale. Ne faudrait-il pas en finir avec la centralité de la question juive ? Tout ne tourne pas autour des juifs !

Mais elle est centrale ! L’Europe s’est fondée, construite, inventée avec la pensée juive et la pensée grecque. L’antisémitisme est toujours un suicide européen, une forme de haine de soi. C’est central, car c’est par là que ça commence et par là que ça finit.

On approche des dix ans des attentats de 2015 et on va avoir un festival de proclamations. On répétera en boucle que « s’attaquer à un dessinateur de Charlie, à un Parisien qui boit un verre en terrasse, à un fan de rock, à un juif qui fait son marché dans un supermarché casher, c’est s’attaquer à la France ». On en a marre ! Pour mener le combat intellectuel, comme vous dites, commençons par le sujet qui fâche, l’immigration ?

Cela fait partie du combat, je suis d’accord. Il faut ramener tout cela dans le débat, sinon ça ne sert à rien. Je ne peux plus entendre non plus des raisonnements comme : « L’islamisme, ce n’est pas bien, mais ça n’a rien à voir avec l’islam. » L’islamisme a tout à voir avec l’islam. Il y a un problème au sein de cette religion, si on ne le dit pas, on ne dit rien. Je ne dis pas que tous les musulmans sont des terroristes, mais que tous les terroristes sont musulmans.

Vous le dîtes, mais qui veut l’entendre ? Vous ne pensez jamais que c’est foutu ?

Je ne sais pas si c’est foutu ou pas mais de toute façon, on n’a pas le droit de baisser les bras. Et puis je voudrais finir par une note d’espoir. On devrait davantage observer ce qui se passe en Iran. Je pense que si le régime des mollahs, par bonheur, s’effondrait, cela changerait tout, car c’est le vrai bastion des Frères musulmans. Cela semble étrange de dire cela puisque l’Iran est chiite alors que les Frères musulmans sont sunnites. Mais la révolution de Khomeini était en réalité beaucoup plus sunnite qu’on ne le pense. Tandis que le peuple iranien est, lui, culturellement beaucoup plus proche de nous et d’Israël. Si demain l’Iran se débarrassait des mollahs, il y aurait tout un pan de l’antisémitisme qui s’effondrerait, j’en suis certain.

Il y a une vie après l’Assemblée

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© Ville de Béziers

Il aura donc fallu plus de deux mois à notre pays pour retrouver un gouvernement qui est loin de faire l’unanimité. Mais il penche plutôt à droite, ce qui n’est déjà pas si mal.


Premier ministre

Ça y est, on les connaît enfin. Non seulement le Premier ministre, Michel Barnier qu’Emmanuel Macron a quand même mis cinquante et un jours à nommer, mais aussi les membres du gouvernement. Je crains que les Français soient déçus. Sûrement trop de macronistes. Nous avions besoin d’une vraie rupture. Difficile dans ces conditions de persuader nos concitoyens que voter sert à quelque chose. Je me surprends à consulter mon téléphone : combien d’entre eux figurent dans mon répertoire ? Vont-ils accepter de m’écouter, de dialoguer, d’entendre les demandes que je voudrais leur soumettre ? Eh oui, c’est cela aussi la vie après l’Assemblée nationale : pouvoir mettre à profit ses contacts – et dans certains cas, ses amitiés – pour faire avancer les choses concrètement à Béziers. Vu sous cet angle, ce gouvernement a quelques avantages…

Incivilités

La vie continue. Et ses incivilités aussi. Parmi ces dernières, un véritable fléau : les dépôts sauvages d’ordures. Je reçois un ami biterrois qui, en promenant son chien, a répertorié pas moins de dix sites où certains indélicats déposent leurs déchets plutôt que les porter à la déchèterie. Photos à l’appui, il me montre un endroit où plus de 80 pneus ont été déposés. Un autre où une caravane taguée a été abandonnée. Et c’est sans compter les gravats laissés par des entreprises pas très scrupuleuses qui n’hésitent pas à faire payer le traitement de leurs déchets à leurs clients avant de les évacuer sur les bords des chemins. Parallèlement, Robert Ménard, le maire de Béziers (je ne vous redis pas qu’il s’agit de mon mari, si ?), a décidé de prendre le taureau par les cornes et de filmer – à l’aide de caméras nomades – les indélicats. Où l’on voit des personnes jeter leurs sacs poubelles depuis la fenêtre de leur voiture ou d’autres abandonner un caddy rempli de déchets avant de repartir tranquillement sur une trottinette électrique. Ces gens seront poursuivis et condamnés. J’essaie simplement de persuader le procureur de la République de laisser la possibilité au maire et à sa police municipale de s’en charger, pour éviter d’encombrer encore un peu plus le commissariat de police nationale. Rien d’illégal à cela, tout est prévu par une loi de 2021. La recette miracle ? Beaucoup de pragmatisme et un peu d’audace. Allons-nous y arriver ? Une impulsion politique de la part du nouveau gouvernement pourrait certainement nous y aider. Je croise les doigts…

Destitution

Quel grand moment de lâcheté ! Le bureau de l’Assemblée nationale a examiné et adopté le 17 septembre dernier la recevabilité de la motion de destitution du président de la République déposée par La France insoumise. La motion n’a pu être adoptée que grâce au vote des trois députés socialistes membres du bureau. Qui ont immédiatement précisé qu’ils voteraient « unanimement » contre la destitution elle-même. Ils ne vont quand même pas se tirer une balle dans le pied et hypothéquer leurs petits calculs électoralistes pour les prochaines échéances locales ou nationales en prenant le risque de se mettre à dos les Insoumis. Chez d’autres, on appelle ça le « en même temps ». Et ce n’est en général guère flatteur.

Jérémy Beier

Il y a des commémorations, il y a des dates anniversaires qu’on préférerait ne pas avoir à honorer. Depuis huit années maintenant, nous nous retrouvons chaque 21 septembre pour nous souvenir de Jérémy Beier, ce jeune pompier de 24 ans mort au feu en 2016. En présence de sa mère, de son père et de ses compagnons d’infortune dont Lucas, rescapé de ce sinistre incendie, mais défiguré et amputé de ses dix doigts. C’est une des cérémonies les plus difficiles à vivre. L’émotion nous saute à la gorge. Je vois sa mère qui essaie de se reconstruire et d’aller de l’avant sans oublier. Qui continue de se battre pour obtenir justice – l’enquête sur les circonstances exactes du drame et ses responsabilités dure depuis plus de huit ans… Je vois son père, qui parle si peu mais qui, tant d’années après, a toujours les larmes au bord des yeux durant le beau discours de Robert qui évoque le souvenir de son fils. Dans ces moments-là, on mesure vite que les paroles ne peuvent pas tout. Et qu’on ne se met jamais vraiment à la place de ceux qui ont vécu la catastrophe dans leur chair. Nous quittons la cérémonie en silence. Le temps n’est plus aux mots.

Refus d’obtempérer

Je croise le commandant de notre police municipale dans les rues de Béziers. Il s’arrête quelques instants pour me raconter la course-poursuite que lui et ses hommes ont menée le matin même alors qu’un véhicule refusait de s’arrêter. Un chauffard coutumier du fait. Chaque fois, les agents de la police municipale ont été contraints d’arrêter la poursuite, car le conducteur mettait en danger la population et les véhicules qu’il croisait sur sa route. Cette fois, pas question d’abandonner. Ils veulent le coincer pour l’empêcher de recommencer. Plus de vingt minutes de poursuite qui se terminent en centre-ville avec quelques dégâts matériels, mais aucun accident corporel. Ouf ! Nos policiers respirent. En cas d’accident grave, ils savent qu’ils risquent gros, aussitôt mis sur le banc des accusés par nos bonnes consciences de gauche. L’affaire Nahel, « ce petit ange parti trop tôt », dixit Kylian Mbappé, est encore dans tous les esprits. C’est aussi à cela que devra s’attaquer Bruno Retailleau, notre nouveau ministre de l’Intérieur. Une cure de réalité.

Identité

J’en suis toujours étonnée. « Espantée », comme on dit à Béziers. Nous sommes en pleine crise politique, mais chez nous, tout va bien. Notre équipe de rugby a remporté brillamment son dernier match à domicile. Fini les râleurs. Exit les jamais-contents. D’un coup, on ne parle plus que de nos sacrés joueurs. Cela ne dure que le temps d’un week-end, mais ça change tout l’état d’esprit de notre ville. Eh oui, comprenne qui pourra mais c’est ça Béziers ! Et c’est tant mieux…

La boîte du bouquiniste

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Frédéric Gaillardet. DR.

« Paris est la seule ville du monde où coule un fleuve encadré par deux rangées de livres », dixit Blaise Cendras. Causeur peut y dénicher quelques pépites…


En 1866, un certain Frédéric Gaillardet, ex-rédacteur en chef du Courrier des États-Unis, publie un fort volume où, sur la base de « documents authentiques », il entend liquider « l’une des énigmes les plus bizarres et les plus controversées du xviiie siècle », celle concernant le fameux chevalier d’Éon. Était-il un homme ou une femme ? Ou les deux ? Le voilà successivement docteur en droit, avocat au parlement de Paris, censeur pour les belles lettres, secrétaire d’ambassade à Saint-Pétersbourg, capitaine de dragons, chevalier de Saint-Louis. On retient aussi qu’il parvint à se glisser dans l’intimité d’Élisabeth, impératrice de toutes les Russies, devenant sa lectrice attitrée. Élisabeth dite « la Clémente », puisque, accédant au trône, elle promit de ne jamais condamner quiconque à mort. Elle tint parole, nous rappelle Gaillardet, puisque sous son règne, les châtiés n’étaient pas véritablement exécutés, mais pendus par les pieds ou les mains jusqu’à ce qu’ils meurent « d’eux-mêmes », ou encore cloués vivants sur des planches qu’on abandonnait au courant des fleuves. Les souvenirs de la chevalière nous apprennent également que la tsarine pouvait se montrer fort pieuse : « Elle passe des heures entières à genoux devant une image de la Vierge, parlant avec elle, l’interrogeant avec ardeur et lui demandant en grâce dans quelle compagnie des gardes elle doit prendre l’amant dont elle a besoin pour la journée. » Ce qui ne l’empêche nullement d’avoir un goût marqué pour les liqueurs fortes : « Il lui arrive d’en être incommodée. Elle bat alors ses serviteurs et ses femmes. […] Ce sont des misères humaines qui doivent être recouvertes du manteau impérial : on dit quand cela arrive que Sa Majesté à ses vapeurs. » Cent autres « détails secrets de la cour » de Russie et autant d’autres glanés lors des aventures londoniennes de l’espion d’Éon émaillent cet ouvrage qui croule un peu trop sous l’accumulation de pièces d’archives non indispensables. Une profusion dont on se félicite cependant lorsqu’il s’agit de dévoiler le secret des secrets, le sexe véritable de l’individu en question. L’auteur nous livre en effet copie du compte-rendu de l’autopsie. « Je certifie par le présent que j’ai examiné et disséqué le corps du chevalier d’Éon en présence de M. Adair, de M. Wilson, du père Élysée, et que j’ai trouvé les organes mâles de la génération parfaitement formés sous tous les rapports – Willman street, le 23 mai 1810, signé Tho. Copeland, chirurgien. » « Parfaitement formés », fort bien, mais le disséqué a-t-il fait usage de ces attributs sains d’apparence ? Mystère dans le mystère. Il semble que non, si l’on en croit l’intéressé lui-même confessant n’avoir jamais ressenti l’appel de la chair, comme on disait alors. Cela dit, quel crédit peut-on accorder à un individu qui, toute sa vie, sut si bien tromper son monde ?

Mémoires sur la chevalière d’Éon : la vérité sur les mystères de sa vie, de Frédéric Gaillardet, E. Dentu Libraire-Éditeur, 1866.

Patrick Eudeline, la provoc comme on l’aime

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Patrick Eudeline © Hannah Assouline

Patrick Eudeline est une sorte de Philippe Manœuvre un peu trop déglingué pour participer à un télé-crochet sur la 6. Notre ami publie Perdu pour la France (Séguier).


Photo de bébé Cadum sur fond rose bonbon, on pourrait prendre l’objet, de loin, pour une réclame pour des savons vintages. Mais non, le dernier livre de Patrick Eudeline, Perdu pour la France, n’est pas la petite chose mignonne qu’il parait être de prime abord. Enjambant les décennies, des années 60 à aujourd’hui, dans un fatras chronologique, le clochard céleste revient sur sa naissance au monde qui coïncide avec la naissance du rock en France.

Journaliste au magazine Best et chanteur et guitariste du groupe Asphalt Jungle, Patrick Eudeline est une sorte de Philippe Manœuvre un peu trop déglingué pour participer à un télé-crochet sur la 6. Dans son récit, on le découvre comme une bizarrerie sociologique. Jeunesse dans le VIème arrondissement, scolarité au Collège Stanislas, Patrick Eudeline nait dans une famille de la France moyenne, avec un père pas très dégourdi pour les affaires (ni pour écrire des chroniques dans la feuille de chou locale du RPR). L’OVNI social décrit son existence, tantôt au bras de telle grande bourgeoise, tantôt à la rue, tantôt dévalant en ski les pistes huppées de Suisse, tantôt escroquant les dentistes à coup de chèques en bois, s’échappant du cabinet avec une demi-dent rafistolée.

Le royaume du linoléum

Musicalement, le père a plutôt des goûts de chiotte (« Ne traînent à la maison qu’un vieux Marcel Amont (« ce vieux Bleu, blanc, blond » que j’ai toujours honni), un affreux François Deguelt (« Marjolaine »), un oublié d’Isabelle Aubret (« La Fanette »), la détestable « Bicyclette » du Montand, un Aznavour mineur et de peu d’intérêt »). Le goût familial pour le linoléum contraste avec les sublimes parquets cirés que l’on trouve chez les petits camarades de classe. La relation père-fils est de toute façon loin d’être mue par l’admiration réciproque. Un peu comme si Sheila (« Tandis que moi, qui ne suis rien/ Qu’une petite fille de Français moyen/ J’apprends chaque jour, en m’amusant,/ Que l’expérience vient avec le temps ») avait enfanté ce snob de Boris Vian (« Je ne fréquente que des baronnes/ Aux noms comme des trombones »). Napoléon se demandait s’il n’était pas plutôt le fils de Pascal Paoli, ou du gouverneur Marbeuf. Eudeline se demande aussi s’il est bien le fils de son père. Pour devenir empereur ou rockeur, il faut avoir des doutes sur la paternité de son paternel.

Eudeline est un enfant des années 60, suffisamment vieux pour avoir connu la messe en latin et la foi dans le progrès. « L’heure est à l’optimisme absolu ». Le garçonnet rêve de mégalopoles robotisés et de moutons électriques. À Stanislas, il met un peu de bazar, mais la sympathie des profs de lettres lui sauve la mise : « Vous m’auriez viré Rimbaud ! Je démissionne ». C’est l’époque où de Gaulle, autre ancien élève de Stan’, refuse d’embastiller Sartre, parce qu’ « on n’emprisonne pas Voltaire ». Plus tard, Patoche découvre les types louches, aux cheveux longs, du jardin du Luxembourg. Notre protagoniste s’en trouve à son tour attifé, de quoi éveiller les doutes du père quant à la possible homosexualité de son rejeton. Doute largement dissipé quand il met en cloque la fille d’un des clients de son père, « héritière d’une grande famille ».

Les cafards anglais et la rue Saint-Denis

On croise dans le livre plusieurs monstres du rock. Il y en a qu’il vaut mieux avoir en poster dans sa chambre que sur le canapé dans son salon. Sid Vicious, des Sex Pistols, et Nancy Spungen, aussi délurés que dans le film qu’Alex Cox leur a consacré, en mal d’argent et d’héroïne, par exemple. La compagne du rocker se lève d’un coup d’un seul et part se prostituer rue de Saint-Denis pour faire rentrer quelques billets. Mauvaise idée ! On ne vient pas disputer comme ça des parts de marché aux maquereaux déjà implantés dans le coin. Il faut la rattraper en taxi. Quant à Sid, il n’est pas long à sortir son cran d’arrêt.

Plusieurs décennies plus tard, Eudeline se retrouve en Angleterre chez Peter Doherty, queue de comète du mouvement rock (« Chanteur pop parmi les plus doués de sa génération. Certes, vu le niveau général, c’est là un compliment tout relatif. L’homme n’est pas un nouveau Ray Davies, mais plutôt un imitateur servile de cette lignée »). Dans l’appartement miteux au « spartiate décor » de l’ex de Kate Moss, les cafards mènent grand train. Eudeline évoque aussi une histoire de jeune homme tombé par la fenêtre, chez Doherty, à la fin des années 2000. Il y a parfois dans les placards des rockers des cadavres encombrants. L’auteur revient ailleurs sur une émission de France Culture, où face à Daniel Cohn-Bendit, il avait déclaré : « Vous aviez les cheveux trop courts pour être crédible. Vous en avez fait moins pour changer le monde et les mœurs qu’Antoine avec ses élucubrations ». On referme l’ouvrage en gardant la même idée que l’on se faisait du personnage : un échalas picaresque et talentueux, doté d’un certain sens de la provocation.

208 pages.

Perdu pour la France

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Deux flics en lévitation

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Don Johnson (Sonny Crockett) et Philip Michael Thomas (Ricardo) dans "Deux flics à Miami", 1987 © OXLEY/SIPA

Monsieur Nostalgie nous parle ce dimanche de l’essence-même des années 1980. Il replonge en septembre 1984, le mois et l’année de diffusion de la série Deux Flics à Miami aux États-Unis. Les enfants de la Mitterrandie ne se réveilleront jamais du choc culturel et esthétique de Sonny Crockett et Ricardo Tubbs sur leur cerveau en formation !


En France, nous nous apprêtions à tourner vers la rigueur. Virage amer après la grande tombola. Espoirs déçus et impasse budgétaire à l’horizon. Le chômage de masse prenait ses aises dans un hexagone en voie de désindustrialisation. Nous l’avons compris beaucoup plus tard, mais déjà, sournoisement s’imposait à nous un nouveau code moral avec ses intouchables et ses tabous. Nous vivions sous emprise idéologique sans le savoir. On nous obligeait à bien penser à l’école et à bien travailler à l’émanation d’un homme nouveau, dépollué, automatisé et terrifiant de certitudes.

Générique punchy

De l’autre côté de l’Atlantique, il y a tout juste quarante ans, deux flics en costard Armani et Versace, conduisant une fausse Ferrari Daytona à moteur Corvette ou une authentique Testarossa allaient réenchanter notre monde en fission. D’abord, nous fûmes saisis par le générique de Jan Hammer, ce synthé entêté et ses envolées puncheuses nous porteraient jusqu’à la cité interdite de Miami, dans une Floride huileuse, chaude, terriblement instable, balayée par des bourrasques de sable, dans les moiteurs d’une marina de carton-pâte entourée de buildings lacustres. La musique de Jan Hammer irréductible, mélodramatique, boucle sans fin, serait le terrain d’expression stylistique de deux flics qui dépoussièreraient nos misérables habitudes.


Cette frime surexposée et indécente fut notre mamelle nourricière. Car dans une France fossilisée, aux perspectives zébrées par la crise, nous suffoquions. L’Amérique avec son génie tentateur marchand, sa cascade d’images décadentes et son sens de l’emphase visuelle nous apporterait ce qui nous manquait cruellement. Un peu de débord, de « n’importe quoi », de premier degré assumé, de marques commerciales à l’écran totalement assumées et de « guest stars » cachetonnant pour se refaire le nez dans une clinique privée de Beverly Hills ou agrandir leur piscine sur un rooftop de Manhattan. Chez ces deux flics sapés comme jamais, nous reprenions peu à peu pied. Tout n’était pas perdu. La flambe était à nouveau une valeur refuge comme si l’insouciance des sixties n’était pas morte. Plus c’était grandiloquent et aveuglant, plus nous adhérions à ce projet sans issue. Pour apprécier cette débauche mêlée à une certaine langueur, ce romantisme hollywoodien rehaussé à la sauce antique, il faut s’abandonner à cette déambulation balnéaire. Se laisser porter par le flot syncopé des flashs d’hébétude. Il faut aimer les fringues qui se voient, les bagnoles crispantes, la démesure latino-américaine et la scénarisation du crime organisé. Cette atmosphère hors-cadre a encapsulé dans un flacon de cristal, une fragrance trop forte, trop osée pour notre époque du pas militaire.

Débardeur rose et flingue apparent

Chaque séquence de Deux Flics à Miami serait aujourd’hui examinée et condamnée sans procès sur l’autel d’un progressisme propret qui cache si mal son casernement mental. J’aimerais vous faire partager cet exhausteur d’existence qu’a représenté la série de 108 épisodes. De 1984 à 1989, deux flics enquêtaient sur les réseaux de la drogue et de la prostitution en lunettes Ray-Ban Wayfarer et en marcel pastel. Ils allaient au bureau en débardeur rose avec leur holster apparent. L’un avait la mèche mouvante, l’autre des frisottis nourris au Pento. Ils étaient souvent en sueur en raison d’une météo insupportable. Ça ne les empêchait pas de conduire décapoté. Dans leur univers, les filles enfilaient des maillots très échancrés comme sur les couvertures de Sports Illustrated. Avec eux, on pourchassait des voyous qui s’échappaient en Lamborghini Countach blanche. Il arrivait que l’on sorte son gun en plein restaurant devant un homard grillé. On roulait souvent la nuit sur des ponts déserts avec l’air que la vie ne sert à rien et que le mal est inhérent à la race humaine. On appelait un indic d’une cabine téléphonique. Des bastons éclataient dans des boîtes où des barons de la drogue ex-opposants castristes se comportaient mal.

Comme dans toutes les séries de ces années-là, les flics avaient des terreurs nocturnes en repensant à la guerre du Vietnam. Et nous, dans nos salons, les actualités parlaient de cohabitation et de crise de la sidérurgie, nous voulions nous échapper de cet univers carcéral. Nous savions qu’à Miami, deux flics ne maraudaient pas en Renault 18 mais en bateau-cigarette, que l’on verrait Leonard Cohen, Pam Grier, Julia Roberts et même l’épouse de BHL faire une apparition, alors nous étions heureux.

Tendre est la province

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Allumer le feu

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La romancière Céline Laurens, août 2021 © Jean-Michel Nossant/SIPA

Le nouveau roman de Céline Laurens se lit d’une traite, autant parce que l’on veut savoir qui a incendié cette maison de maître dans laquelle les propriétaires ont trouvé la mort, que pour son style.


Céline Laurens nous revient avec un troisième roman, La maison Dieu, aussi magnétique que les deux premiers : Là où la caravane passe (prix Roger Nimier 2022) et Sous un ciel de faïence (2023), publiés aux Éditions Albin Michel. La couverture et le titre du livre font référence à une carte – une lame – du tarot de Marseille. Elle représente une tour moyenâgeuse foudroyée – foudroiement surnaturel ? – de laquelle deux personnages tombent. Ce qui étonne, c’est que leurs regards expriment une certaine sérénité. Le feu détruit, mais il libère également. Comme s’il fallait mourir pour mieux renaître. La carte du tarot est une mise en abîme de l’histoire du roman.

Nous sommes en Ariège, au début du siècle, où la lutte entre le Bien et le Mal n’épargne personne. Chacun s’épie dans ce village si bien décrit par Abel, l’un des habitants de La maison Dieu. Ce dernier refuse de grandir, tandis que sa sœur jumelle, Mallora, ne rêve que de fuite à grandes enjambées vers des contrées inconnues. Il y a également Élise, la domestique, arrivée grâce à une lettre de recommandation du curé de la paroisse. On la soupçonne d’être un peu sorcière. Quant au couple propriétaire de la maison à la funeste destinée, le temps a érodé leur amour. Madame passe ses journées à regarder par la fenêtre les lentes variations de la nature, tandis que Monsieur vit, reclus, dans son bureau. Il ne faut pas oublier Justin, le voisin, ancien amoureux éconduit de la maîtresse de maison. Il pêche et picole. Il raconte à Abel qu’il évite d’attraper le silure millénaire qui se cache dans les eaux de l’Hers. « Ce silure, dit-il, transporte dans son ventre un livre sur lequel est consigné l’histoire du passé et du futur de l’humanité. » Céline Laurens se délecte à narrer, non sans humour, la suite de l’anecdote. Ainsi apprend-on que cette pêche diabolique a déjà déclenché le courroux de sorcières hirsutes qui chevauchaient leur balai dans un ciel de suie.

Le roman s’ouvre sur les décombres de la maison ravagée par un incendie. Madame et Monsieur sont morts. La piste criminelle semble ne faire aucun doute. On accuse le « Mérou », un pyromane qui sévit dans la région. Mais chaque personnage peut avoir fait le coup, et le « Mérou » joue peut-être le rôle du bouc émissaire. Le roman devient polyphonique. Chacun prend la parole pour exprimer sa vérité et révéler sa personnalité névrotique. La prouesse de Céline Laurens est de se glisser dans la tête de chaque protagoniste, tout en adoptant le principe de neutralité. On se rapproche de la méthode Simenon utilisée dans les enquêtes du commissaire Maigret.

Du romanesque pur jus jusqu’à l’immorale chute.

Céline Laurens, La maison Dieu, Albin Michel. 240 pages

La Maison Dieu

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Pourquoi les Israéliens en veulent autant à Emmanuel Macron

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Un soldat israélien près d'un feu provoqué par l'envoi d'une roquette du Hezbollah libanais à Hatzor Haglilit, nord d'Israël, 9 octobre 2024 © Leo Correa/AP/SIPA

La triple faute du président français


Un an déjà que nous sommes en guerre. On pourrait presque tracer une courbe ou définir une équation toute simple : le cercle des agresseurs contre Israël ne cesse de s’élargir en même temps que s’agrandit celui de nos détracteurs et de nos censeurs. Bref une formule inédite dans l’histoire des relations internationales : plus on nous attaque, plus on nous blâme. Plus on nous bombarde, plus on nous condamne. Plus on nous harcèle, plus on nous accuse. C’est en effet à ce jeu affligeant que s’est prêté le président Macron en commettant trois fautes essentielles.

La première est celle de l’appel à l’embargo. Outre son caractère révoltant qui consiste à tenter de désarmer un pays ami et allié en proie à une lutte de survie avec les pires ennemis qui soient, Emmanuel Macron a enfoncé le clou de la défiance vis-à-vis de la France pour tous ceux qui en Israël n’ont jamais vraiment oublié l’abandon de la France en 1967 lorsque le Général de Gaulle avait décidé l’embargo sur les armes livrées à Israël en pleine guerre de survie. J’ai été diplomate israélien et servi plusieurs fois à notre ambassade à Paris. Je sais combien l’ombre de la défection gaullienne de 1967 continuait d’alimenter des craintes à Jérusalem vis-à-vis de Paris. Emmanuel Macron vient de rallumer la flame de la trahison française et je souhaite beaucoup de courage à mes collègues des deux côtés de la Méditerranée qui devront travailler très dur pour rétablir la confiance dans notre relation bilatérale.

A lire aussi, Jean-Michel Blanquer: Penser le 7-Octobre en exorciste

La seconde faute concerne le Liban qu’il appelle “à ne pas devenir un nouveau Gaza”. Or justement c’est là le cœur du problème car le Liban, dans sa partie sud à tout le moins est Gaza. C’est-à-dire un territoire entièrement contrôlé par une organisation terroriste qui y a installé patiemment et sciemment son infrastructure de terreur en toute impunité au sein de la population civile et de ses institutions : immeubles d’habitation, crèches et écoles, hôpitaux et autres bâtiments publics. Le Hezbollah a creusé au Sud Liban les mêmes tunnels que le Hamas à Gaza, a entreposé les mêmes quantités d’armes, de munitions et de missiles, préparé et mis au point le même plan d’attaque que celui du 7-Octobre pour en amplifier la démesure et massacrer, supplicier et s’apprêtait à “célébrer” le premier anniversaire du 7-Octobre en commettant dans le Nord d’Israël un pogrom qui aurait fait rougir de honte leurs alliés du Hamas tant il aurait été sanglant et abominable. Donc que veut dire le président français ? Quelles sont ses attentes ? Qu’un Israël désarmé et isolé abandonne sa population aux hordes terroristes djihadistes du Hezbollah ? Depuis un an, le Hezbollah a lancé des milliers de missiles contre les populations et localités israéliennes du Nord. Combien de fois la France a-t-elle appelé à un cessez-le-feu ? Combien de fois a-t-elle demandé l’application immédiate des résolutions de l’ONU qui ont exigé le démantèlement du Hezbollah ? Zéro. Pas une seule fois. Mais depuis qu’Israël, après avoir fait preuve d’une retenue sans précédent pendant uneannée entière à avoir été bombardé et harcelé, se lance dans une opération qui pourrait non seulement éliminer la menace au Nord d’Israël mais aussi permettre au Liban ce pays si cher à la France de se débarrasser du Hezbollah, Paris appelle au cessez-le-feu !

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La troisième faute consiste à appeler à une solution politique alors que nous sommes en pleine guerre contre des mouvements terroristes manipulés par l’Iran. Quelle aberration! Les Etats Unis ont-ils proposé une solution politique à Al-Qaïda après le 11 septembre ? Ont-ils envoyé des émissaires pour dialoguer et chercher ensemble une “solution politique” ? Non évidemment. Ils ont bombardé pendant 20 ans l’Afghanistan jusqu’à l’élimination physique de Ben Laden.

La France a-t-elle proposé une “solution politique” à l’Etat islamique après l’attentat du Bataclan? A-t-elle tenté de négocier avec Daesh un accord de cessez-le-feu? Non. La France et ses alliés ont bombardé pendant des années Mossoul, Raqqa, Falloujah et autres villes du Califat pour écraser les terroristes de Daesh. C’est exactement ce que nous faisons Monsieur le président de la République, à une différence près : Daesh était à des milliers de kilomètres de vos frontières. Les djihadistes du Hezbollah et du Hamas sont à nos portes….

Un curieux manège

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Paris, 5 septembre 2024 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Habitué aux joutes médiatiques, hier comme dirigeant communiste, aujourd’hui comme chroniqueur politique, Olivier a des tripes et du cœur quand il s’agit de défendre ses idées. «J’aime qu’on me contredise!» pourrait être sa devise.


Tourne. Tourne. Tourne. Depuis plus de soixante jours, le manège politico-médiatique tourne sur lui-même. De la soirée électorale du second tour des élections législatives à aujourd’hui, j’ai participé à ce carrousel. Débats télés, radios, tweets, billets… Un œil rivé sur le fil de l’AFP et sur les réseaux sociaux, l’autre sur la presse, les SMS et les groupes WhatsApp. Deux mois pour trouver un Premier ministre : qui de Castets, Cazeneuve, Bertrand, Beaudet, Baroin ou alors un profil plus techno ? Un grand serviteur de l’État ? ALERTE ! On a vu Larcher sortir discrètement par la grille du Coq de l’Élysée.

Tourne. Tourne. Tourne. Barnier ! Alors le carrousel s’est emballé pour décrire la passation de pouvoirs entre « le plus jeune » et « le plus âgé ». Il y a eu le moment où le Savoyard madré a réglé son compte au jeune marquis courroucé. « Cela laissera des traces », ont dit des petits chevaux du manège. « Après le soutien sans participation de LR, va-t-on sur la participation sans soutien du groupe macroniste ? », ont dit les autres.

Tourne. Tourne. Tourne. Nous venons d’assister, depuis début juillet, à une spectaculaire sécession de la classe politique, quasiment dans son ensemble, ainsi que de la classe médiatique vis-à-vis du pays réel. Certes, quand ils sont consultés, les citoyens continuent de répondre aux instituts de sondage. Ce qui peut donner l’illusion d’une connexion avec le carrousel. Mais rien de tel. L’écrasante majorité a très vite détourné le regard. Après le « a voté » du dernier dimanche électoral, de nouveau, rien n’a changé. Le macronisme est encore plus à droite, sa pente naturelle, quand le pays regarde ailleurs. Il est faux de dire et de répéter que la France est à droite quand un examen sérieux des différentes enquêtes d’opinion au cours des dernières années démontre, à chaque fois, l’exigence de justice sociale et d’égalité. Voyez la réforme des retraites ! Et l’immigration ? La sécurité ? La gauche devrait prendre d’autant plus ces questions à bras-le-corps pour ne pas les laisser à d’autres qui, dans le même temps, encouragent à une nouvelle saignée budgétaire des services publics pourtant indispensables à la mise en œuvre des missions de l’État.

Tourne. Tourne. Tourne. J’ai souvenir du manège lors de la campagne référendaire de 2005 sur le traité constitutionnel européen. Après Maastricht, qui a signé l’abandon de notre souveraineté, le peuple a très nettement dit « NON ». Le carrousel a voulu éjecter ceux qui ont dénoncé le passage en force, le déni de démocratie. À l’aune de cette rupture et du choix majoritaire du peuple souverain, il ne peut y avoir de « cohabitation », ni même de « coexistence exigeante » entre Macronie et LR. Ils sont d’accord sur l’essentiel. Une nouveauté cependant : le RN a décidé d’accepter le jeu, de ne pas s’opposer à Barnier, ancien commissaire européen. Le RN est désormais sur le manège qui tourne.

Kylian: que la lumière (même très noire) soit faite

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DR.

Les circonstances précises de la mort du jeune Kylian, poignardé dans le Calvados, restent mystérieuses.


Le 29 septembre, à Subles, petite commune du Calvados, un môme de dix-sept ans trouve la mort sur le parking d’une discothèque, l’Octavia. Il meurt saigné à blanc, lardé de coups de couteau. Dans le dos et à hauteur de la nuque. On se souvient du drame de Crépol, dans la Drôme, et de Thomas, seize ans, lui aussi poignardé à mort. À croire que, aujourd’hui, l’accessoire indispensable pour une virée réussie en boîte serait le couteau, le surin comme on disait dans les romans d’Albert Simonin à une époque où l’artifice de conquête au Bal à Jo et au pince-fesses du chef-lieu étaient la Gomina et le simili Perfecto. Avec franges aux manches et clous un peu partout, bien entendu.

Dix-sept ans, la vie devant soi, la mort dans le dos. Qui frappe en traître. Au petit matin, à la sortie de ce qui aurait dû être une fête et qui se termine en bagarre générale – violente – sur le parking. Une soirée spécial célibataires, semble-t-il. Alléchant à l’âge où Cupidon se plaît à titiller les sens en éveil.

L’enfant qui a perdu la vie – car Kylian était un enfant – à dix-sept ans on l’est encore –  a été tué par un gars un peu plus âgé, vingt-quatre ans. Intérimaire dans le bâtiment, précise le procureur de la République. Les gendarmes de Bayeux l’ont trouvé sur place, les mains et les vêtements couverts de sang. D’après des témoins, il aurait ramassé l’arme par terre. C’est dans sa poche que les gendarmes la retrouvent. Tout d’abord, l’interpellé nie toute implication. Puis il reconnaît s’être saisi du couteau, avoir déplié la lame et, voulant s’interposer dans la mêlée, ayant lui-même reçu coups de poing et jet de lacrymogène, il se serait mis à frapper le premier gars qui se trouvait devant lui, à l’aveugle en fait. « Sans intention de tuer » précise aussi le procureur. Poignarder, à plusieurs reprises, sans intention de tuer, on entend déjà l’argumentation passablement frelatée de l’avocat. Cela viendra en son temps.

Pour l’heure, l’auteur présumé des faits est mis en examen et placé en détention provisoire.

Kylian était un jeune sans histoires, amateur de boxe, sport dans lequel il était bon, selon son coach. Un garçon plutôt introverti, qu’on trouvait sympa, discret, qui donnait envie « d’aller vers lui » disent ceux qui le fréquentaient. « Un garçon qui aimait la vie et qui voulait en profiter », confie sa maman. Cela dit, même turbulent, antipathique au dernier degré ou semeur de pagaille, rien ne justifie qu’on meure à dix-sept ans vidé de son sang une fin de nuit sur un parking de discothèque. Rien.

En cela, nous ne sommes pas ici devant un simple, un regrettable mais banal fait divers, mais face à un drame épouvantable, inacceptable qui devrait tous nous concerner : quelle société avons-nous fini par fabriquer pour qu’on en arrive à ce point de violence, où le coup de couteau devient la réponse ordinaire à tout différend, même le plus bénin, le plus idiot ? Quelle société avons-nous engendrée dans laquelle un gars de vingt-quatre ans, avec boulot et sans passé délinquant, semble-t-il, se laisse aller à commettre le pire du pire, gâchant lui aussi sa vie, cela dit en passant ?

Oui, comment en est-on arrivé-là ? D’ailleurs, l’histoire ne se limite peut-être pas à ce qu’on croit en savoir. Elle pourrait être en effet plus complexe. Pour ne pas dire, plus tordue, plus terrifiante encore. Sinon pourquoi les gendarmes de Bayeux, dix jours après les faits, lanceraient-ils un appel à témoins ? Ils souhaitent entendre toutes les personnes présentes à cette soirée. Afin, naturellement, que toute la lumière soit faite. Lumière noire, très noire, peut-être bien. Mais nécessaire. Le temps est venu enfin que nous regardions en face notre monde tel que nous l’avons fait. Ne serait-ce pour que de tels actes soient jugés en parfaite connaissance de cause, et que nous puissions exiger de notre société deux choses primordiales. Premièrement que la justice, en ces matières, passe avec toute la rigueur indispensable. Deuxièmement : que soit enseigné partout, en tout lieu d’éducation, le prix de la vie. La vie qui, dans tant de films, de jeux vidéos, de vomissures haineuses sur les réseaux anti-sociaux, ne semble plus avoir la moindre valeur. Oui, faire la lumière, toute la lumière, pour qu’au moins, Thomas, Kylian, des enfants – nos enfants – ne soient pas morts pour rien.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Procès des assistants parlementaires FN/RN au Parlement européen : «Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage…»

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Bruno Gollnisch arrive au tribunal, Paris, 30 septembre 2024 © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Lors de la deuxième semaine du procès des assistants parlementaires des eurodéputés FN / RN, la défense s’est appliquée à dénoncer une instruction à charge. Récit.


Tant que le FN n’était qu’un acteur folklorique de la vie politique, les instances européennes et la Justice ne trouvaient pas grand-chose à redire sur son mode de fonctionnement au parlement de Strasbourg. Maintenant que c’est un poids lourd de la politique, on lui reproche d’avoir détourné les fonds européens destinés à l’embauche d’assistants parlementaires pour ses activités politiques. Cette semaine, au tribunal, Bruno Gollnisch a tout fait pour démontrer que Guillaume L’Huillier avait bien travaillé pour lui. Par ailleurs, l’ancien garde du corps et la secrétaire de Jean-Marie Le Pen ont également été entendus à la barre. Récit.

L’ancien garde du corps et la secrétaire de Jean-Marie Le Pen à la barre

L’accusation reproche à M. Gollnisch d’avoir signé des contrats d’assistants parlementaires locaux avec Mme Bruna et M. L’Huillier, ayant les fonctions respectives de secrétaire et directeur de cabinet de Jean-Marie Le Pen sur l’organigramme fonctionnel du Front national publié en 2005. Bruno Gollnisch a dénoncé une persécution “ad hominem, voire ad hominibus ». Après les débats techniques autour des contestations juridiques de la défense, les auditions des prévenus ont débuté ce lundi. M. Fernand Le Rachinel est le premier à être appelé à la barre. L’ancien apprenti typographe déroule sa carrière riche d’expériences. Il a créé de nombreuses entreprises, et des milliers d’emplois. Il a été vingt ans conseiller municipal, puis encore vingt ans élu au Conseil régional de Basse-Normandie, avant d’être élu député à deux reprises au Parlement européen. L’industriel normand est mis en cause pour les contrats de ses assistants parlementaires lors de la 6è législature (2004-2009), signés avec Mme Micheline Bruna et M. Thierry Légier. L’octogénaire reconnaît avoir signé lesdits contrats, pour lesquels il n’aurait jamais pu se douter de leur irrégularité. D’autant que, explique-t-il, cela se pratiquait déjà ainsi lors de son précédent mandat durant la 4e législature (1994-1999). Il s’étonne qu’aucun fonctionnaire ne l’ait jamais alerté, alors que tous les contrats étaient validés par l’administration du Parlement européen. Il l’assure : « Tout le monde connaissait le fonctionnement de notre groupe en pool », même si l’ancien eurodéputé, en tant que rapporteur de la commission des transports, aurait préféré avoir plusieurs assistants parlementaires qui lui soient entièrement dédiés. Mais, il a naturellement accepté l’organisation commune de la délégation, même si « M. Légier était plus souvent au service de M. Le Pen parce qu’il était le chef et à ce titre plus exposé ».

Ancien militaire parachutiste, puis garde du corps de princes saoudiens et de stars américaines, Thierry Légier raconte avoir pris la succession de son prédécesseur en signant un contrat d’agent temporaire directement avec le Parlement européen, dès 1992, ce qui faisait de lui un fonctionnaire du Parlement européen engagé « en qualité d’agent de sécurité du président Jean-Marie Le Pen.» En 1995, la législation européenne change, et le colosse d’1m90 signe alors un contrat avec le « groupe des droites européennes » au Parlement européen, contrat qui court jusqu’en 2005. Au 1er janvier 2005, la législation européenne change une nouvelle fois, et le contrat avec le groupe devient alors un contrat d’assistant parlementaire. Me Solange Doumic, sa factuelle avocate, lit à haute voix l’article 1 sur lequel il est écrit : « Il s’agit de la reprise du contrat anciennement conclu entre le salarié, l’association des groupes des droites européennes et le Parlement européen ». Donc toujours en sa qualité d’agent de sécurité du président Jean-Marie Le Pen, conclut-elle. Le Parlement européen ne pouvait donc ignorer les fonctions de sécurité de M. Légier, argument de l’accusation à l’endroit de l’agent de sécurité, d’autant que celui-ci déposait son arme en entrant dans l’enceinte des institutions européennes.

L’accusation pointe le fait que les contrats d’assistants parlementaires de M. Légier, ainsi que celui de Mme Bruna, connue comme la secrétaire du député Jean-Marie Le Pen, étaient signés avec M. Le Rachinel et non avec M. Le Pen. Pour contrer ces objections, la défense se réfère à l’article 14 du règlement FID alors applicable au Parlement européen, qui stipulait que « les députés peuvent engager conjointement un même assistant ». Pour les avocats de la défense, M. Légier et Mme Bruna étaient au service de tout le groupe d’élus sur la liste du Front national qui était un groupement de fait. Le Ministère public s’étonne par ailleurs des augmentations de salaire de l’assistant parlementaire responsable de la sécurité. Thierry Légier justifie l’équivalence de son salaire avec celle d’un député européen « à hauteur des heures et du risque ». Le Parquet s’interroge sur les changements de contrat de M. Légier qui passe de contrat d’assistant parlementaire à un contrat inclus dans les comptes de campagne lors d’une élection. « C’est la loi ! » tempête Marine le Pen, assise au premier rang des prévenus.

Bruno Gollnisch agacé par les questions tatillonnes du tribunal

Les accusations de détournement de fonds public et recel du Tribunal s’appuient sur la publication en 2005 d’un « organigramme fonctionnel du Front National ». Le Tribunal cherche à faire coïncider les fonctions militantes qui y sont mentionnées avec des preuves de salariat caché, même si l’organigramme projeté lors de l’audience porte la mention « fonctionnel ». Bénédicte de Perthuis, la magistrate qui préside l’audience, s’interroge sur le véritable emploi de M. L’Huillier déclaré sur l’organigramme « directeur de cabinet » de Jean-Marie Le Pen, à Montretout, « siège politique et parlementaire » et domicile de M. Le Pen. M. L’Huillier se définit avant tout comme un militant, il a collé ses premières affiches en 1997, il a été candidat à toutes les élections pendant une dizaine d’années, il a aussi été tour à tour responsable du RNJ, secrétaire départemental FN des Hauts-de-Seine. Il déclare s’être occupé des relations avec les médias pour Jean-Marie Le Pen « une à deux heures par jour » en plus de son travail d’assistant parlementaire. « Coller des affiches ou (être) assistant parlementaire, c’est la même chose » estime le militant. Il y a des choses à faire, il les fait. Et comme en 2009, « il n’y avait que trois députés, il fallait travailler pour les trois, on mutualisait le travail entre assistants » explique-t-il. Concernant son contrat d’assistant parlementaire signé avec l’eurodéputé Bruno Gollnisch, M. L’Huillier déclare qu’il s’occupait de rédiger des articles, préparer des notes, faire des recherches, etc. Celui qui est aujourd’hui assistant parlementaire accrédité au Parlement européen explique qu’il collaborait à la rédaction du journal Identité, édité par Bruno Gollnisch, et rédigeait les articles postés sur son blog. Le nom de Guillaume L’Huillier apparaît effectivement dans l’ours dudit “journal”, comme le montre Me Bosselut. « Mais qu’est-ce qui prouve que c’est bien Guillaume L’Huillier qui a écrit les articles ? A-t-il gardé des traces ? », questionne la magistrate qui avoue « ne pas avoir un point de vue différent de l’OLAF (Office européen de lutte antifraude) sur les documents présentés » lors de l’enquête par Bruno Gollnisch pour justifier du travail de son assistant. Le rédacteur des chroniques européennes publiées sur le blog gollnisch.com explique qu’il rédigeait le contenu directement sur l’interface du site. Pour appuyer ses dires, Me Bosselut présente une preuve de cette activité électronique au nom de l’assistant, preuve qui ne semble pas convaincre le tribunal quant à la paternité de ce travail.

Bruno Gollnisch fulmine et remet en cause la procédure même. « Le premier élément de contestation du travail de M. L’Huillier date de 2015 », raconte-t-il, « c’est-à-dire mettant en cause un travail effectué dix ans plus tôt ». L’ancien professeur de droit public dénonce une persécution car « ceci excède la notion de délai raisonnable telle qu’elle est retenue par la jurisprudence du tribunal et de la cour (de justice) de l’Union européenne, et excède aussi les délais de prescription de droit français ». Faisant fi de ces objections juridiques, Bénédicte de Perthuis insiste : « Y-a-t-il des documents qui seraient de nature à établir la participation de M. L’Huillier entre 2005 et 2008 à votre travail de député européen ?» M. Gollnisch le répète, il n’a pas souvenir des dates, mais il peut présenter des cartons entiers de travail de son assistant. Pourquoi n’y-a-t-il alors aucune mention du nom de Guillaume L’Huillier dans tous ces documents ? Si quasiment aucun document contenu dans les tonnes d’archives de l’universitaire et homme politique ne sont signés du nom de M. L’Huillier, c’est que l’assistant est au service du député qui signe de son nom, comme il est d’usage pour tout collaborateur que ce soit dans les cabinets d’avocat ou toute autre profession, explique le candidat malheureux à la présidence du Front national en 2011 face à Marine Le Pen. L’assistant s’efface derrière son chef. M. Gollnisch enrage. Il avait tout le loisir, dit-il, de mettre les initiales de Guillaume Lhuillier sur chaque document, si cela eut pu prouver quoique ce soit. L’aurait-il fait qu’on lui aurait encore retourné que ce n’était pas une preuve que son assistant ait effectué tout ce travail. « Quel document prouve que j’étais le directeur de cabinet de Jean-Marie Le Pen à plein temps ?, renchérit Guillaume L’Huillier. Il n’y en a pas, et pour cause, il n’y avait pas de cabinet de Jean-Marie Le Pen ». Selon le prévenu, l’organigramme était une publication politique destinée aux médias. « De la com’ », initiée du temps de Florian Philippot.

Durant l’enquête de l’OLAF, un constat d’huissier a été établi à la demande de M. Gollnisch afin de certifier que M. L’Huillier connaissait le contenu de ses archives concernant l’Europe parmi plus de 400 cartons. « Mais pourquoi ne trouve-t-on pas même un post-it de l’écriture de L’Huillier ? Pas un mail ? Pas un brouillon ?  Aucune trace ? » insiste le Procureur. Qui garde ses brouillons ? Qui garde ses post-its ? Bruno Gollnisch s’offusque que le Parlement européen réclame des preuves datant de plus de dix ans avant les faits, alors que le contenu des boîtes mails du Parlement européen est écrasé au bout de 90 jours. « Pourquoi M. L’Huillier aurait gardé trace de toutes ses communications, après toutes ces années ? » Qui garde ses mails datant de plus de dix ans ? Guillaume L’Huillier explique avoir changé de fournisseur d’accès à internet et ne plus disposer de la boîte mail de l’époque. La défense renvoie le Tribunal à ses interrogations : « Mais alors si ce n’est lui, qui a fait tout ce travail ?» Guillaume L’Huillier renchérit : « Oui, si ce n’est pas le travail d’un aloc (comprendre : assistant parlementaire local), je me demande de qui c’est le travail alors ? »  Soit, mais alors comment faisait-il pour cumuler la fonction de directeur de cabinet et cet emploi d’assistant parlementaire ? L’Huillier raconte qu’il ne comptait pas ses heures : « Je travaillais de 60 à 70 heures par semaine. » En politique, les militants, qu’ils soient colleurs d’affiches, élus, ou cadres, ne sont pas au service du parti : c’est le parti qui est au service des militants, du colleur d’affiches jusqu’à son leader. Et il n’y a que sous les régimes autoritaires que les membres du Parti sont au service du Parti… En démocratie, militants et sympathisants sont les forces vives de la politique. Ce n’est pas le salaire ou le contrat qui font le militant, c’est son engagement, soirées et week-end compris. Le doute de l’accusation sur la paternité de tout le travail présenté au nom de son assistant rend Bruno Gollnisch furieux. Il dénonce avoir « déjà été racketté par le Parlement européen » qui a ponctionné un pourcentage de son indemnité d’eurodéputé à cette époque. « Quelles preuves vous faut-il ? » s’énerve Bruno Gollnisch qui se voit récuser toutes les preuves apportées. Me Bosselut vient en soutien à l’ancien eurodéputé : « M. Gollnisch, sur les feuilles de vote, y-a-t-il le nom de l’assistant, ou sont-elles anonymisées ? » Les feuilles de vote comme toutes les notes sont anonymes et ne portent que très rarement le nom de l’assistant parlementaire. Bruno Gollnisch s’éclaire : « Il y aurait des preuves incontestables de nos communications de cette période de 2005/2009, je téléphonais régulièrement à Montretout où était le bureau des assistants locaux. Il suffit de demander aux PTT la liste de mes appels. » Rires dans la salle. « Et, sur la période 2011/2016, puisqu’il faut des preuves physiques », Bruno Gollnisch présente un DVD où Guillaume L’Huillier l’interroge sur ses activités parlementaires européennes. N’est-ce pas là une preuve de leur collaboration ? Que nenni, la date de publication n’entre pas dans la case incriminée. Du reste, conclut M. Gollnisch, « Si M. L’Huillier avait été fautif au regard de son travail pour le Parlement européen, aurait-il été aujourd’hui même sous contrat d’assistant parlementaire accrédité par le Parlement européen lui-même ?» Lors des recours, l’administration européenne elle-même n’a-t-elle pas signifié qu’elle n’avait aucun grief contre M. L’Huillier ? Bruno Gollnisch dénonce donc des attaques politiques ad hominem, ou ad hominibus, déclenchées à partir du moment où le Front national était en progression. Car, raconte-t-il, bien d’autres assistants parlementaires de députés européens ont eu eux aussi des fonctions au sein de leur parti, voire de très hautes fonctions, et ils n’ont jamais été inquiétés. « Alors que l’OLAF se permet de reprocher à M. L’Huillier d’avoir été lui-même candidat, comme si le statut d’assistant parlementaire interdisait d’être candidat à des élections ! Il y a même un député polonais, ajoute l’ancien eurodéputé, qui a déclaré vingt-deux assistants sans que l’administration n’y trouve à redire. »

Marine Le Pen cherche la sortie du labyrinthe

Combattante, Marine Le Pen, qui a écouté les arguments de l’accusation, s’avance à la barre pour clore cette seconde semaine de procès assez kafkaïenne à ses yeux. Elle tient à contextualiser les différents changements de contrats en rapport avec des élections, externes ou internes. Elle rappelle les crises de succession à partir de 2011 au sein de son mouvement politique. Comment aurait-elle alors pu accepter que des assistants parlementaires travaillent pour le seul compte de Jean-Marie Le Pen avec qui elle était en conflit ouvert, interroge-t-elle. Concernant les ruptures de contrat et leur bascule sur le mouvement, Marine Le Pen affirme qu’il n’y a rien de suspect à ce qu’un assistant parlementaire signe un contrat de conseiller ou autre dans le cadre d’une campagne électorale – « c’est la loi qui nous y oblige » insiste l’ancienne candidate à l’élection présidentielle de 2012 – puis que ce dernier redevienne assistant parlementaire après la campagne. Marine Le Pen assure que l’administration européenne connaissait tout de la gestion des contrats des assistants parlementaires. Elle en veut pour preuve les nombreux mails échangés entre l’administration du Parlement européen et le tiers payant concernant les déclarations à enregistrer. La présidente du premier groupe à l’Assemblée nationale dénonce « une instruction faite uniquement à charge », et reprend l’adage populaire « qui veut noyer son chien l’accuse de la rage » pour illustrer l’acharnement subi. L’actuelle députée du Pas-de-Calais décrit « un tunnel qui devient de plus en plus un labyrinthe d’où personne ne peut sortir ».

Celle qui trône actuellement en tête des sondages politiques aura trois jours la semaine prochaine pour dérouler son fil d’Ariane lorsque le tribunal soumettra à la question les contrats d’assistants parlementaires pour lesquels elle a été elle-même mise en examen en juin 2017 pour « abus de confiance » et « complicité », des poursuites requalifiées plus tard en « détournement de fonds publics ».

Philippe Val: passer à l’offensive

Philippe Val © Hannah Assouline

Quoi qu’en disent les médias, nous n’avons peut-être jamais été aussi nombreux, de Paris à Téhéran, à vouloir écraser l’internationale islamiste. À l’avant-garde de la lutte contre les barbus, l’ancien patron de France Inter estime que nous sommes à un point de rupture : le moment n’est plus à l’apaisement, mais à la bataille victorieuse.


Causeur. Qu’avez-vous pensé ou ressenti le 7-Octobre ?

Philippe Val. Ce jour-là, j’ai pensé à l’histoire d’Israël. Quand on connaît un peu l’enchaînement des événements depuis la déclaration Balfour de 1917, on sait bien que ce n’est pas la première fois qu’il y a sur cette terre des populations arabes qui ne veulent pas de la population juive et qui commettent hélas des pogroms. Seulement, entre-temps, un événement universel a eu lieu, la Shoah, qui nous a montré à quelle tragédie absolue peut mener la haine envers les juifs. Le 7 octobre m’a semblé être une réplique de cette tragédie absolue.

Mais n’y a-t-il pas une différence entre le l’antisémitisme des années 1930 et 1940 et l’antisémitisme d’aujourd’hui ?

C’est vrai, l’antisémitisme a muté. Il avait déjà muté au xixe siècle, passant d’un antisémitisme chrétien à un antisémitisme idéologique, notamment sous l’influence paradoxale de Karl Marx. Dans certains textes, ce petit-fils de rabbin dépeint les juifs comme des capitalistes cosmopolites qui ruinent les pauvres. Sa responsabilité est immense. En France, de nombreux théoriciens socialistes et anarchistes, comme Blanqui ou Proudhon, ont repris ses clichés mais aussi, plus tard, des écrivains comme Gide. Cet antisémitisme d’avant le nazisme n’est pas innocent, il est déjà criminel, surtout dans un pays comme le nôtre où on en trouve la trace chez une certaine élite culturelle. Il faut cependant reconnaître que, quand on a découvert les camps de la mort, la totalité des intellectuels français a rompu avec l’antisémitisme, sauf bien sûr une poignée d’anciens collabos qui étaient quand même des animaux exotiques et faisaient l’objet de la réprobation massive de l’opinion. Le répit a été de courte durée, et assez vite l’antisémitisme a fait, sous une autre forme, son retour sur la scène des idées. Des gens de gauche, qui ne s’étaient pas toujours bien comportés sous l’Occupation, se sont trouvé un héroïsme de rechange en s’engageant pour le FLN et en épousant l’antisémitisme masqué du nationalisme algérien. Il est devenu géopolitique : ne pouvant plus s’exprimer de façon religieuse ni idéologique, il s’est manifesté dans la haine d’Israël. Les codes pour formuler la chose ont ainsi changé. Mais la nature de la chose est restée la même. La preuve, c’est l’incroyable vitesse avec laquelle l’horreur de ce qui s’est passé le 7 octobre a été recouverte par une violente propagande antijuive, qui s’est surtout déchaînée à gauche. Heureusement pas dans toute la gauche.

C’est pourtant en France toute la gauche qui vient de s’allier avec LFI, ce mouvement sur lequel il n’est plus possible d’avoir de doutes. Les donneurs de leçons sempiternels, qui s’écrient « vous pactisez avec le diable ! » dès qu’un élu de droite prend un café avec un élu RN, sont allés à la soupe.

J’ai regardé cela avec effarement. Quand Raphaël Glucksmann a fait son bon score aux élections européennes, j’étais content, je pensais que la gauche intelligente et libérale prenait le dessus. Et puis j’ai vu se former le Nouveau Front populaire. Avec par-dessus le marché un François Hollande qui toute honte bue se réconcilie avec la gauche radicale, antisioniste, dont je sais à quel point il la déteste. C’est hallucinant. Heureusement Manuel Valls et Bernard Cazeneuve sont restés à l’écart de cette honte. Ils ont sauvé l’honneur.

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Sans doute, même s’ils continuent à psalmodier que le danger prioritaire est à l’extrême droite, agitant ainsi un fantasme qui occulte les vrais combats.

Je ne suis pas certain que l’extrême droite antisémite soit complètement un fantasme.

Peut-être, mais vous nous parlez de sentiments. Ce n’est pas l’extrême droite qui menace la sécurité des juifs. Or, avec leur baratin sur la tenaille identitaire, surtout destiné à assurer leur estime de soi, vos amis ont favorisé les atermoiements face à l’islamisme. Il y a des priorités. Pour battre Hitler, il a bien fallu s’allier avec Staline.

La condition humaine ne consiste pas à choisir entre le pur et l’impur mais à choisir, au cœur de la tragédie, la meilleure opportunité qui se présente… Je suis un admirateur de Churchill. Il avait Hitler en horreur et il éprouvait une détestation viscérale pour Staline. Il a choisi l’alliance stratégique la plus sûre pour atteindre son but : la défaite de l’Allemagne nazie. Je crois à la politique, qui est affaire de traîtres, et je ne crois nullement à l’idéologie, qui est affaire de crétins.

Reste un fait incontestable : Marine Le Pen a viré son père. Je ne voterai jamais pour elle, car j’ai une aversion philosophique profonde pour les partis radicaux, qu’ils soient de droite ou de gauche. Mais cela ne m’interdit pas de voir que le problème massif de l’antisémitisme n’est plus au RN, mais à gauche. Non seulement pour les raisons historiques que j’ai rappelées, mais aussi parce que l’extrême gauche, par opportunisme, mise sur l’antisémitisme supposé de la communauté musulmane établie dans les pays européens, et notamment en France.

Des figures de La France insoumise participent à une manifestation étudiante en soutien à la Palestine, lors de l’occupation d’un bâtiment de Sciences-Po Paris, 26 avril 2024. JEANNE ACCORSINI/SIPA

Ce n’est pas un « antisémitisme supposé » ! Toutes les études montrent que l’antisémitisme concerne à peu près la moitié des musulmans européens.

Ce qui veut dire que l’autre moitié n’est pas antisémite.

Halleluyah !

N’ironisez pas. Ceux-là existent, et ils sont nombreux. Il ne faut pas les insulter. Je vous dis cela parce que je sais ce que c’est que d’être insulté. À Charlie Hebdo, Cabu et moi avons toujours été très fermes sur la défense de l’existence d’Israël et sur la lutte contre l’antisémitisme, y compris à gauche. Raison pour laquelle nous n’avons pas arrêté de nous faire traiter de fachos.

Par qui ?

Par cette gauche mélenchoniste qui pue et qui sévit notamment dans les écoles de journalisme et à l’Université. Si vous allez dans les provinces, les gens ne sont pas antisémites, ils s’en foutent ; c’est seulement une obsession au sein d’une petite élite enseignante et médiatique. Aujourd’hui, par exemple, je pense que le positionnement du Monde est un gros problème. Si ce n’était pas le journal de référence, je m’en foutrais, mais leur influence est considérable, ils dictent beaucoup de choses au reste de la presse, notamment aux chaînes publiques, or leur positionnement géopolitique est très violemment anti-israélien. Ils n’ont pratiquement rien publié sur les otages juifs retrouvés assassinés après avoir été torturés ! Je pense que le général de Gaulle a bien résumé les choses avec cette formule : « Dans Le Monde, tout est faux, même la date. » C’est tellement vrai… Cela dit, je le lis tous les jours, parce qu’on y trouve aussi des articles de grande qualité, sans doute écrits par des rédacteurs très malheureux.

Au rang des médias anti-israéliens, il y a aussi France Inter, dont vous avez été le directeur. Il s’y est passé pourtant des choses intéressantes cette année, puisqu’ils ont viré Guillaume Meurice, décision qui ne nous a pas enthousiasmés. Et vous ?

Par principe, je ne m’exprime pas au sujet de l’action de mes successeurs. Mais je peux quand même faire un commentaire général. Un directeur ou une directrice d’un média quelconque a le droit de dire « ça me plaît » ou « ça ne me plaît pas », sinon il n’y a pas de direction. Si Adèle Van Reeth, la directrice de France Inter, n’aime pas l’humour de Guillaume Meurice, elle a le droit de ne pas renouveler son contrat.

Vous savez bien que ce n’est pas pour ça qu’il a été limogé…

En tous les cas, je sais qu’il n’a pas été limogé parce qu’il était follement drôle.

Le « roman » d’Aurélien Bellanger qui accuse la gauche laïque et républicaine en général et feu Laurent Bouvet en particulier de crypto-maurassisme, enchante France Inter et toutes les sacristies de la gauche médiatique. L’avez-vous lu ?

Je ne l’ai pas lu, mais on m’en a beaucoup parlé puisqu’il paraît qu’un des personnages me ressemble beaucoup. J’y vois plutôt un bon signe. Cela veut dire que l’extrême gauche panique. On peut les comprendre. Quand Charlie Hebdo a publié les caricatures de Mahomet en 2006, on était très seuls. Aujourd’hui, ce n’est plus du tout vrai. Une très grande partie de la société française, et même de nombreux médias, sont avec nous. Malgré les apparences, j’ai l’impression qu’on approche de la fin d’un cycle. Je pense que les antisionistes qui se prennent pour une avant-garde sont en réalité une arrière-garde vermoulue et conformiste. Alors ce livre sort pour nous défoncer, de même Le Monde publie régulièrement des papiers pour nous défoncer. On a l’habitude, la guerre est ouverte.

Moins seuls, d’accord. Emmanuel Macron est-il de votre, de nôtre côté ?

Dans La Citadelle, le livre de Jean-Michel Blanquer, on comprend comment le logiciel d’Emmanuel Macron fonctionne : se conformer en fin de compte au magistère intellectuel de l’extrême gauche. Quelle déception ! Surtout que la plupart des Français refusent ce magistère. D’où leur défiance vis-à-vis du personnel politique, qui n’ose pas traiter le problème de l’islamisme, non seulement par conformisme intellectuel, mais aussi par affairisme, parce que notre pays fait du commerce avec le monde arabe. Tout cela donne un enrobage anesthésiant, confortable, tiédasse dans lequel les dirigeants se réfugient dès que ça commence à chauffer. Si seulement nos politiques voyageaient un peu plus, ils verraient combien l’esprit européen fait envie au reste du monde. J’ai fait des reportages pendant dix ou quinze ans à travers la planète, et j’ai rencontré partout des gens intelligents qui me suppliaient : « Tenez bon, parce que l’Europe est notre seul espoir. On veut vous ressembler ! » Ils désirent parler librement, avoir les relations sexuelles qu’ils veulent, lire des livres qu’ils aiment, voyager, pouvoir s’exprimer, boire quand ils en ont envie.

L’esprit européen, dites-vous. N’est-ce pas une fiction consolatrice ?

Pour moi, il y a un peuple européen : Mozart, Fellini, Chaplin, Proust, Goethe, Dante, Cervantes, Érasme, Kundera. Je n’ai pas d’état d’âme à proclamer qu’il faut défendre l’esprit européen, qui a à voir avec la façon dont on rit sur notre continent depuis l’Antiquité. C’est pour cela que j’ai écrit un livre sur le sujet.

Suffit-il de grandes déclarations d’amour pour défendre ce qu’on admire ?

Non vous avez raison. Le 7 octobre marque une rupture. Le ton doit changer. On ne doit plus se défendre de la même façon, il faut attaquer. Il faut dire : « On va se battre » – intellectuellement bien sûr. Le moment n’est plus venu d’apaiser, mais de gagner. C’est-à-dire de ne pas perdre notre héritage commun.

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Vous donnez à l’attaque antisémite du 7 octobre une portée européenne, si ce n’est mondiale. Ne faudrait-il pas en finir avec la centralité de la question juive ? Tout ne tourne pas autour des juifs !

Mais elle est centrale ! L’Europe s’est fondée, construite, inventée avec la pensée juive et la pensée grecque. L’antisémitisme est toujours un suicide européen, une forme de haine de soi. C’est central, car c’est par là que ça commence et par là que ça finit.

On approche des dix ans des attentats de 2015 et on va avoir un festival de proclamations. On répétera en boucle que « s’attaquer à un dessinateur de Charlie, à un Parisien qui boit un verre en terrasse, à un fan de rock, à un juif qui fait son marché dans un supermarché casher, c’est s’attaquer à la France ». On en a marre ! Pour mener le combat intellectuel, comme vous dites, commençons par le sujet qui fâche, l’immigration ?

Cela fait partie du combat, je suis d’accord. Il faut ramener tout cela dans le débat, sinon ça ne sert à rien. Je ne peux plus entendre non plus des raisonnements comme : « L’islamisme, ce n’est pas bien, mais ça n’a rien à voir avec l’islam. » L’islamisme a tout à voir avec l’islam. Il y a un problème au sein de cette religion, si on ne le dit pas, on ne dit rien. Je ne dis pas que tous les musulmans sont des terroristes, mais que tous les terroristes sont musulmans.

Vous le dîtes, mais qui veut l’entendre ? Vous ne pensez jamais que c’est foutu ?

Je ne sais pas si c’est foutu ou pas mais de toute façon, on n’a pas le droit de baisser les bras. Et puis je voudrais finir par une note d’espoir. On devrait davantage observer ce qui se passe en Iran. Je pense que si le régime des mollahs, par bonheur, s’effondrait, cela changerait tout, car c’est le vrai bastion des Frères musulmans. Cela semble étrange de dire cela puisque l’Iran est chiite alors que les Frères musulmans sont sunnites. Mais la révolution de Khomeini était en réalité beaucoup plus sunnite qu’on ne le pense. Tandis que le peuple iranien est, lui, culturellement beaucoup plus proche de nous et d’Israël. Si demain l’Iran se débarrassait des mollahs, il y aurait tout un pan de l’antisémitisme qui s’effondrerait, j’en suis certain.