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Peter Stamm: les obsessions d’une jeune cinéaste

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Comment saisir toute la vérité d’un écrivain dont on veut faire le portrait dans un documentaire, quand il refuse de livrer ses secrets ?


La trame de L’Heure bleue de Peter Stamm est assez simple : une jeune cinéaste, Andrea, convoque un romancier sur les lieux de son existence, pour faire de lui un portrait plus ou moins fidèle. Il s’appelle Wechsler et son œuvre est derrière lui, mais il n’a rien perdu de son aura, du moins aux yeux d’Andrea, qui ne peut s’empêcher d’être littéralement obnubilée par lui. Cette fascination, comme elle le verra, n’est pas la garantie d’un film documentaire réussi. De plus, Wechsler finit par se montrer rétif au projet, à partir du moment où il comprend qu’il va se dévoiler dangereusement. Alors, il joue les absents, les grands silencieux, attitude qu’adoptent parfois les écrivains qui estiment avoir tout dit dans leurs livres.

Un flux incoercible

Peter Stamm a habilement choisi Andrea pour narratrice de cette histoire. À défaut d’un film, il y aura au moins un livre, sorte de journal intime dans lequel elle parlera de Wechsler. Andrea a, malgré tout, réussi à rencontrer Wechsler à diverses reprises, et a pu recueillir de lui divers apophtegmes, aussi définitifs que désespérés. Comme si l’écrivain voulait persuader à toute force Andrea de choisir un autre sujet : « Je crois, disait Wechsler, comme l’écrit Andrea, que j’ai imaginé que ce film allait me faire découvrir des choses sur moi-même par votre regard sur moi. Mais c’est absurde. » Parfois, ses propos sont plus radicaux encore : « En une heure vous prétendez obtenir quelque chose d’une personne ? dit-il. De toute ma vie je n’y suis jamais arrivé. » Les propos de Wechsler sont désabusés, remplis d’amertume aussi. Cela n’empêche pas Andrea de grappiller tout ce que Wechsler lui confie. Tout ce qui a trait à l’écrivain, sa vie, son œuvre, revient en elle comme un flux « incoercible », pour utiliser un terme propre aux manuels de psychiatrie. Elle rêve de lui, à défaut de pouvoir le filmer : « Wechsler s’approche par derrière, me prend par la taille. C’était un très beau rêve et j’étais merveilleusement heureuse. »

Les paroles ultimes

À lire avec attention de nombreux passages, on se demande si ce personnage de Wechsler n’est pas, pour Peter Stamm, une sorte de double fictionnel un peu fantasmé. Se décrit-il, à travers Wechsler, de manière peut-être trop belle ? Peter Stamm essaie d’éviter ce piège, sans toujours y parvenir. Quand, par exemple, Wechsler meurt à l’improviste, au milieu du roman, c’est pour mieux continuer à vivre dans la mémoire des autres protagonistes, qui n’ont de cesse d’évoquer entre eux le souvenir du grand homme. Le clou de cette longue cérémonie des adieux intervient lorsque Peter Stamm n’hésite pas à mettre dans la bouche de Wechsler quelques inoubliables mots de la fin, juste avant son trépas. Ce sont ces paroles ultimes, a-t-on l’impression, que Peter Stamm aimerait lui-même lâcher, au moment fatal. Ainsi, il fait dire à son écrivain en manque d’inspiration : « J’ai suffisamment écrit. Des dernières paroles ? Si je devais mourir maintenant, je dirais : C’est tout ? Et : Je n’ai pas vraiment tout compris. Et : C’était un peu bruyant. »

Un cri sans écho

Ce qui m’a également intrigué, dans L’Heure bleue, c’est la proximité, plus ou moins appuyée, avec un autre livre, que j’ai lu récemment : Oh, Canada, de l’écrivain américain Russell Banks. Ce dernier y racontait l’agonie, non d’un écrivain, mais d’un cinéaste, qu’une équipe de télévision vient visiter, alors qu’il va bientôt rendre l’âme. Ses dernières paroles, là aussi, seront dûment enregistrées, comme un bilan de sa vie, un testament-confession lancé à ses proches, et sans doute au public. Le roman de Russell Banks est certes d’une plus grande ampleur que celui, plus allusif, de Peter Stamm. Mais, chez chacun, s’exprime un long cri de désespoir, forcément sans écho, dans le désert spirituel actuel. Je pense que Russell Banks a opté pour une forme plus classique, alors que Peter Stamm s’inscrit davantage dans le postmoderne (« La mort ne signifie rien », écrit-il, phrase typique). Tous les deux offrent des formes complémentaires, pourrait-on dire, pour une conclusion similaire.


Un personnage féminin central

Avec cela, l’un des points forts de L’Heure bleue reste sans conteste la manière dont Peter Stamm se glisse dans le personnage de la jeune Andrea, pour le rendre vivant et touchant, malgré tous ses manques. L’échec de son projet sur Wechsler met la cinéaste dans une situation difficile. Il lui faut trouver un travail alimentaire, qu’elle décrit de manière sarcastique, ne s’y adaptant pas du tout. Au fond, malgré ses très nombreuses aventures amoureuses, elle est malheureuse. Surtout, elle s’ennuie : « Je m’ennuie avec moi-même », avoue-t-elle. Elle ajoute : « j’ai l’impression de me réveiller du néant, comme si toute ma vie jusque-là n’avait été qu’un rêve qui se dissout dans la lumière trouble du jour ». Dans toutes ces pages sur Andrea, Peter Stamm excelle à peindre un désœuvrement malheureux. L’Heure bleue redevient alors le roman du vide et de la détresse.

Il incombe à un personnage secondaire d’apporter quelque espoir salvateur à Andrea. Il s’agit de Judith, femme de foi (elle est pasteure), qui fut la maîtresse de Wechsler. Andrea s’est rapprochée d’elle peu à peu, par affinité élective. C’est avec cette femme désormais qu’elle voudrait vivre ‒ et, peut-être, retravailler. La fin ouverte de L’Heure bleue nous laisse sur cette promesse de sérénité retrouvée.

Peter Stamm, L’Heure bleue. Traduit de l’allemand (Suisse) par Pierre Deshusses. Éd. Christian Bourgois.

L'heure bleue

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Russel Banks, Oh, Canada. Traduit de l’américain par Pierre Furlan. Éd. Actes Sud. Vient de reparaître dans la collection de poche « Babel ». L’adaptation de ce roman au cinéma par Paul Schrader sortira prochainement sur les écrans.

Oh, Canada

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Le député de la Somme et la politique au faciès

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François Ruffin, qui avait rompu avec Jean-Luc Mélenchon durant les législatives, révèle dans son livre que la stratégie électorale communautariste de LFI ne lui convenait pas. Mieux vaut tard que jamais! Mais, il ne va pas jusqu’à dénoncer la dérive islamo-gauchiste de son ancien parti concernant le conflit israélo-palestinien.


« Clientélisme électoral », « mépris de classe », « campagne au faciès », le livre de François Ruffin, député de la Somme, décrit un parti LFI soumis au culte d’un chef, dont le moins qu’on puisse dire est qu’il ne s’empêche pas beaucoup, ne se tient guère et se contrôle à peine. 
Pourtant, si le portrait de Jean-Luc Mélenchon correspond à ce que l’homme montre de lui-même et le décrit en autocrate vain et méprisant, il évite cependant le sujet le plus important : cet homme a ôté toute consistance morale à la gauche. Il est son déshonneur. Il a libéré l’antisémitisme en tant que force politique et puissance mobilisatrice. Depuis Hitler pourtant, on croyait l’Europe protégée de ce type de dérive. Depuis Jean-Luc Mélenchon, en France, je n’en suis plus si sûre.

Nouvelle France

Dans Itinéraire, ma France en entier, pas à moitié, François Ruffin raconte des tracts conçus en fonction du faciès de la clientèle visée. Un tract avec le visuel de Mélenchon dans les quartiers dits difficiles où est regroupée la population arabo-musulmane notamment, et un autre type de tracts pour les « Blancs » et les habitants du monde rural. Derrière cette anecdote, il y a surtout l’histoire d’un leader politique qui fait une distinction entre un peuple ancien à délaisser, les classes populaires et les habitants de la ruralité, et un peuple nouveau à investir : celui issu des quartiers. 

A lire aussi: Sophia Chikirou, le « martyr » du Hamas et la chute de la maison Mélenchon

Le député de la Somme révèle ainsi avoir eu « honte » d’avoir mené une « campagne au faciès » lors des dernières législatives, distribuant des tracts à l’effigie de Jean-Luc Mélenchon aux « Noirs et aux Arabes » d’Amiens-Nord, mais pas aux « Blancs ». Pourquoi ? Parce que Jean-Luc Mélenchon pense que ces deux peuples ont des identités peu compatibles et qu’il faut choisir son camp. Le problème est que dans les quartiers existe déjà une force constituée : l’islam dans sa version politique. Cibler cette clientèle, surtout en investissant les jeunes, c’est miser sur les plus radicalisés, ceux qui font passer l’islam avant les lois de la République. C’est ce choix-là que Jean-Luc Mélenchon a fait en conscience. 
Mais cette analyse-là n’est pas faite jusqu’au bout par ses opposants, car tout le clientélisme de la gauche, y compris non LFI, est bâti sur cette logique-là. Pourquoi croyez-vous qu’EELV a invité Médine à ses journées d’été ? Pourquoi croyez-vous qu’Olivier Faure préfère sacrifier le bon score de Raphaël Glucksmann pour préserver son lien de soumission au leader Insoumis ? Parce que dans nombre des derniers bastions qui leur reste, c’est le clientélisme islamiste ou communautariste qui leur permet de garder leur fief, et ce clientélisme-là est entre les mains de LFI.

Marine Tondelier débattait avec le rappeur Médine, au Havre en aout 2023, malgré un tweet à connotation antisémite adressé à Rachel Kahn quelques jours plus tôt © ISA HARSIN/SIPA

Militants radicaux outrés contre Ruffin

Sur ces critiques, François Ruffin a été défendu par Fabien Roussel, victime en son temps, comme l’est aujourd’hui le député de la Somme, du fanatisme de nombre de militants LFI, lesquels sont puissants sur les réseaux sociaux. Il faut dire que le dirigeant du PC partage probablement le qualificatif de « repoussoir » attribué par Ruffin à Jean-Luc Mélenchon. Mais que pèse encore réellement le patron du PC aujourd’hui? Si on en croit le programme de la fête de l’Humanité, Houria Bouteldja, dont l’ouvrage raciste et antisémite Les Blancs, les Juifs et nous est pourtant passé crème à gauche, devrait participer à une table ronde sur l’antisémitisme. Cela ne manque pas de piquant, à moins qu’elle ne soit là comme spécimen à étudier… Cela démontre surtout que la gauche républicaine est totalement marginalisée, et qu’aujourd’hui c’est bien la stratégie du leader Insoumis qui l’a emporté. La gauche cornaquée par LFI est islamo-gauchiste. Ce sont les islamistes qui apportent leur projet; la gauche, elle, les légitime et est chargée de passer une fine couche de vernis social sur les couches de haine raciale. On peut s’en indigner, mais en politique, choisir sa clientèle peut permettre l’accès au pouvoir ; c’est ce calcul que fait Mélenchon. Et en soi, il n’est pas illégitime.

Nos sociétés politiques actuelles se sont construites sur le souvenir de la Seconde Guerre mondiale

En revanche, ce qui est profondément illégitime, dangereux et inacceptable, ce n’est rien de tout cela. C’est d’avoir rompu avec le principal acquis de la Seconde Guerre mondiale. En faisant du conflit à Gaza un moyen de faire passer la jeunesse à l’action politique, le leader Insoumis a fait de la haine et particulièrement de la haine des Juifs un outil de constitution d’une force électorale et militante. Cela ne s’était plus vu en Europe depuis… Hitler. Là est la rupture impardonnable. 

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Mais cela ne sera dénoncé par personne à gauche, car tous se sont alliés à LFI en pleine connaissance de cause et cela les a salis à jamais. Aujourd’hui, que ce soit dans le camp de Mélenchon ou dans le clan de Ruffin, les militants de gauche continuent à donner des leçons sur les réseaux, mais ils ont perdu leur magistère moral. 
Il faut dire que cautionner le retour de l’antisémitisme au cœur des sociétés européennes, on l’aurait plutôt attendu de l’extrême-droite. Mais non, grâce à LFI, le privilège de cette infamie revient à la gauche. Le pire est que cette forfaiture a, comme je l’ai expliqué, sa forme de rentabilité. S’il y avait une seule chose à dénoncer, c’était celle-là. Le sujet aura pourtant été évité par tout le monde.

Itinéraire: Ma France en entier, pas à moitié !

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De l’abbé Pierre, du concile cadavérique et de la damnatio memoriae

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Notre chroniqueur n’a pas peur d’entrer en conflit avec Elisabeth Lévy, la main qui nous nourrit tous. Quand l’une semble comprendre l’exécration universelle qui frappe désormais l’un des hommes les plus aimés de France, l’abbé Pierre, l’autre s’émeut (comme dit la vache) de ces jugements a posteriori qui lui rappellent diverses sentences post mortem de sinistre mémoire. « Peut-on juger un mort ? » demande la patronne. « On peut — ça s’est fait. Et pas qu’une fois », répond notre érudit, friand d’histoires épouvantables.


En janvier 897, le pape Etienne VI convoqua un synode pour juger l’un de ses prédécesseurs, Formose, décédé en avril 896. Il s’agissait de régler une obscure querelle entre factions rivales.
Le corps de Formose est déterré, revêtu de ses habits pontificaux et installé sur un trône. L’ex-pape se voit attribuer un avocat, et un diacre répond aux questions à sa place.
Je vous la fais courte (tous les détails dans Daniel-Rops, Histoire de l’Eglise du Christ II, L’Église des temps barbares, 1950) : l’élection de Formose est dénoncée et annulée, l’ex-évêque de Rome est dépouillé de ses attributs pontificaux, on lui coupe les deux doigts de la main droite avec lesquels il bénissait, on le balance au peuple qui le jette dans le Tibre.
On récupéra plus tard, miraculeusement, le corps desséché, que l’on ramena à Rome. Les statues, dit la légende, s’inclinaient sur son passage, et il fut définitivement inhumé dans la basilique Saint-Pierre.
Jean-Paul Laurens, un peintre de la IIIème République qui avait fait de l’anti-religion son fonds de commerce, en tira un tableau saisissant.
Evidemment, tout cela se passait durant le Saeculum obscurum (le siècle sombre) de la papauté, qui vit se succéder 12 papes en une soixantaine d’années.

Moyen Age, me direz-vous. Âges obscurs…

Au milieu du XVIIe siècle, Olivier Cromwell renversa en Angleterre le roi Charles Ier, et le fit promptement décapiter (30 janvier 1649) à Whitehall. C’était un génie politique et militaire, et il dirigea le pays avec habileté jusqu’à sa mort en 1658. Trois ans plus tard, le fils de Charles Ier, Charles II (d’où le fait que l’actuel roi soit Charles III), fut réinstallé sur le trône, et l’on s’occupa à juger Cromwell de façon posthume : on le déterra, on le pendit dans une cage à Tyburn, on le décapita et l’on planta son crâne sur un poteau. En fait, il fut grossièrement hanged and quartered, le châtiment ordinaire des criminels d’Etat — voir la fin de Braveheart.

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Ce ne sont là que deux exemples de la longue liste des individus célèbres frappés de damnatio memoriae — dont nombre d’empereurs romains, à commencer par Néron. Leur nom disparaissait des actes et des monuments, leur corps était en général jeté dans le Tibre. En Egypte antique, on en avait fait autant avec Hatchepsout ou Akhenaton — entre autres. Dans le palais des doges, à Venise, on peut admirer les portraits de tous les doges — sauf celui de Marino Falieri, qui fut décapité en 1365 et son portrait recouvert de peinture noire.


Suggérons à Caroline De Haas, inlassable avocate des femmes humiliées par des hommes (ou qui a posteriori, si je puis dire, en ont conçu de l’humeur) d’aller à Esteville (Seine-Maritime) déterrer l’abbé Pierre, et de le précipiter à la Seine, qui n’est pas très loin. Qu’elle se dépêche, le centre Emmaüs dédié à la mémoire de l’abbé fondateur va fermer ses portes pour éviter, sans doute, que des harpies vindicatives ne lacèrent le cadavre frappé de damnatio memoriae.
Effacé, le souvenir des enfants juifs planqués par lui en 1942. Oublié, le fait qu’il ait fait passer en Suisse le plus jeune frère de De Gaulle. Gommée, son action dans les maquis du Vercors et de la Chartreuse. Passées sous silence, ses protestations pour sauver les pauvres durant l’hiver 1956.

Et pourquoi cette réécriture de l’Histoire ? Il a eu des tentations très charnelles auxquelles il n’a pas résisté.

Je reste sidéré par le fait qu’une société laïque — la nôtre — persiste à exiger d’un religieux l’obéissance au vœu de chasteté. Et toutes ces bonnes du curé qui au fil des siècles ont enfanté des « filleuls » qui étaient autant de fils de prêtres ? Et les petits garçons que l’abbé Dubois (1656-1723 — « il court il court, le furet » est la contrepèterie la plus illustre de la chanson française) s’obstinait à lutiner, lui qui fut par ailleurs l’un des plus grands ministres des Affaires étrangères français ?…

Post mortem ! Je n’en reviens pas. Nous sommes dans une époque où des dames en quête de notoriété poursuivent de leur vindicte l’homme qu’elles ont aimé. Il a raison, Hugo : « Toute fille de joie en séchant devient prude » — c’est dans Ruy Blas.

Il a forniqué ? Tant mieux pour lui, c’était un homme de chair et pas uniquement un pur esprit. Vous ne voulez que des saint Ambroise et des Vincent de Paul ? Où les trouverez-vous ?
Et moi qui croyais que la France était justement, au contraire de l’Amérique, un pays où la vie sexuelle, même extravertie, n’était pas un péché mortel… Où des présidents de la République rentraient chez bobonne à l’heure du laitier… 

C’est la seconde fois que je m’intéresse à ce que notre modernité fait à l’abbé Pierre et à sa mémoire. Parce que c’est emblématique d’une société où règne à nouveau le puritanisme anglo-saxon le plus rude. Jugeons les gens sur ce qu’ils font, pesons exactement leurs actes, et rendons justice aux morts — c’est bien tout ce qu’on peut leur rendre, malheureusement.

L'école sous emprise

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Soleil noir

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Antisémitisme : aux grands maux les grands mots

L’attentat contre la synagogue de la Grande-Motte a suscité dans la classe politique les habituelles rodomontades, généralement annonciatrices de renoncements. Certes, la gauche et les macronistes, qui ont pactisé avec LFI et pactiseront encore demain si cela sert leurs intérêts, dénoncent sa responsabilité dans la recrudescence des actes antijuifs. Mais tous refusent avec constance de voir que dans une grande partie de la jeunesse musulmane, l’antisémitisme est devenu tendance.


Pour commencer la saison, j’aurais préféré vous entretenir de ce courriel m’annonçant que septembre est « le mois de la prostate », matière à réflexion sur la rage contemporaine de tout montrer qui se déploie paradoxalement derrière l’étendard de la transparence – paradoxalement, car en théorie ce qui est transparent ne se voit pas. Mais me voilà encore une fois requise par un phénomène aussi récurrent à la une des magazines que la misère de l’hôpital public (ou de l’école, ou de l’armée…) : l’antisémitisme. Que dire encore sur la haine des juifs, qui ne l’ait été d’innombrables fois ? Son transfert de l’extrême droite à une frange significative de la société musulmane, le soutien sans participation de l’extrême gauche, le déni de nos dirigeants, l’alibi palestinien, le silence ou l’euphémisation du Parti des médias, l’entourloupe consistant à sonner le tocsin contre l’extrême droite : tout cela est connu de qui veut connaître.

Bien entendu, nous ne verrons rien

On ne sursaute plus quand Gérald Darmanin indique que les actes antisémites ont augmenté de 200 % depuis le 7-Octobre. On devrait pourtant méditer cette funeste contagion qui fait que, quand un juif est frappé quelque part, cela donne envie à certains d’en frapper d’autres. La plupart des êtres humains, doués d’empathie, s’identifient plus volontiers aux victimes qu’aux tortionnaires. Cette définition simple de l’humanité ne fonctionne plus. Pour pas mal de monde, le pogrom du Hamas a agi comme un encouragement, sinon à molester ou tuer des juifs, à les vomir haut et fort, ceci avant que la première balle israélienne ait été tirée. À cela aussi, on s’habitue.

Après l’attentat (raté) du 24 août contre la synagogue de La Grande-Motte, ce qui enrage presque autant que le crime (par chance sans victime, sinon un policier légèrement blessé), c’est le torrent de mots creux qu’il a déclenché. Ainsi a-t-on pu entendre Gabriel Attal déclarer que « s’attaquer à un juif, c’est s’attaquer à la France » (ou à la République, les deux variantes existent), ritournelle psalmodiée après chaque attentat[1]. Tous ces beaux esprits qui ne peuvent pas se passer des juifs, on en pleurerait.

A lire aussi: Mélenchon n’a rien inventé…

En décembre 1981 après le coup d’État de Jaruzelski en Pologne, notre ministre des Affaires étrangères Claude Cheysson faisait scandale en déclarant « Bien entendu nous ne ferons rien ». Cette sincérité un brin cynique est infiniment plus respectable que les « Nous ne céderons pas » de nos dirigeants, vaines rodomontades qui annoncent rituellement de nouveaux renoncements.

Car bien entendu, nous ne ferons rien. Conformément au théorème de Péguy, avant d’agir, il faudrait nommer et avant de nommer, il faudrait voir. Certes du PS au RN, il y a désormais unanimité contre les Insoumis et leur dégoûtante complaisance. Des hiérarques socialistes, écolos et communistes qui se sont acoquinés avec le parti de Rima Hassan ont leurs vapeurs. Ils prennent leurs distances. Au moins le temps de pleurnicher devant les caméras. Quant aux macronistes, maintenant qu’ils ont sauvé quelques dizaines de sièges grâce à leur carnaval antifasciste, ils prétendent désormais sauver leur âme avec des trémolos. Il y a deux mois, pour les uns comme pour les autres, l’antisémitisme n’était pas un motif de rupture, mais un point de détail. On n’a pas oublié.

L’antisémitisme, tendance dans une large partie de la jeunesse

Tous ont ouvert un œil – qu’ils refermeront dès que leurs intérêts électoraux seront en jeu. L’autre reste désespérément clos. Si les Insoumis instrumentalisent les sentiments antijuifs, c’est bien que ces sentiments existent. Où donc, au fait ? On le sait depuis 2002, le feu antisémite couve dans nos territoires perdus, là où les expressions les plus radicales de l’islam sont devenues la culture dominante. Toutes les enquêtes en attestent : pour une grande partie de notre jeunesse musulmane, l’antisémitisme n’est pas honteux, il est tendance. Seulement, pour l’admettre, nos admirables sauveurs de République devraient renoncer à leurs illusions multi-culti et à l’image flatteuse d’eux-mêmes qui va avec. Bien entendu, nous ne verrons rien. On continuera à se raconter des fadaises sur le vivre-ensemble perturbé par une infime minorité qui n’a rien à voir avec l’islam. Et à importer des antisémites au nom des droits de l’Homme.

Le Parti des médias nous enjoindra encore et toujours de regarder ailleurs. Il accueille en fanfare le « roman » d’Aurélien Bellanger. Le gars a dégoté une niche originale dans l’antifascisme. Pour lui, l’urgence, c’est de combattre la (fantomatique) gauche laïque. L’ennemi, c’est Philippe Val, c’est Manuel Valls, et même (la classe) feu Laurent Bouvet, fondateur du Printemps républicain qui ont, accrochez-vous, « réinventé un racisme à gauche ». Son hypothèse est résumée par Le Nouvel Obs : « Et si c’était au cœur de la gauche qu’était né l’esprit réactionnaire et raciste qui menace notre époque. » Tant de sottise laisse sans voix.

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Le 26, pour sa grande rentrée sur France Inter, Sonia Devillers reçoit ce Bellanger en majesté. Deux jours après qu’une synagogue a été attaquée au nom de l’islamo-palestinisme, cet inutile marquis des lettres ose déclarer : « Une islamophobie extrêmement forte travaille la société française. » Ce n’est pas l’islamisme qui travaille la société française, ce n’est pas l’antisémitisme, c’est l’islamophobie. Ravie de la crèche islamo-gauchiste, son interlocutrice ne songe pas à lui rétorquer que l’islamophobie, comme la critique de toute religion, est un droit. Sa bonne volonté progressiste vaudra à notre duo les félicitations de l’ex-CCIF dissous en France pour propagande islamiste.

Le même jour, un ami me raconte que son fils de 9 ans, scolarisé dans le public à Paris 14e, dans un coin plutôt bobo, a compris spontanément, sans la moindre consigne parentale, qu’il devait taire qu’il était juif. Comme son grand-père est un juif turc, le gamin brode sur ses origines turques. Des ondes nationales aux cours de récré, tout le monde a intégré l’avènement de la nouvelle France dont parle Zemmour.

Je n’aurais pas dû. Je me suis surprise à penser tout haut (sur CNews) que je ne finirai peut-être pas ma vie dans mon pays. Il ne s’agit pas d’un choix, encore moins d’une décision, plutôt d’un constat. L’idée qu’un jour, ce ne sera plus tenable. Pour les juifs et, un peu plus tard, pour les autres Français, ceux qui n’ont pas d’Israël. Alors peut-être qu’à quelques-uns, pour rester ensemble et pas trop loin, on fera notre alyah en Italie.


[1] Manuel Valls l’a aussi appliquée aux catholiques après des attentats contre des églises, ce qui est bien le moins.

British lives matter

Instrumentalisées ou non, les émeutes anti-immigration qui ont éclaté en Angleterre cet été ont révélé la détresse économique et sociale d’une classe populaire blanche « invisibilisée » par les élus et les médias. Dans cette société ethniquement cloisonnée, seules les minorités ont le droit de revendiquer leur identité.


Le 29 juillet à Southport, au nord de Liverpool, un inconnu de 17 ans a fait irruption dans des locaux où se tenait un cours de danse pour petites filles. Armé d’un couteau, il en a tué trois, âgées de 6, 7 et 9 ans, et blessé huit autres ainsi que deux adultes, avant d’être maîtrisé par la police. Le lendemain soir a commencé une série d’émeutes qui, pendant huit jours, ont secoué 22 villes en Angleterre et Irlande du Nord, laissant un bilan de 130 policiers blessés, plus de mille arrestations, et pour 300 millions d’euros de dommages. Quatre hôtels hébergeant des migrants ont été attaqués.

La causalité, selon le philosophe écossais David Hume, est le ciment de l’univers. Ce ciment semble plutôt mou quand il s’agit d’expliquer les causes exactes de ces émeutes. D’après le récit officiel du gouvernement et des principaux médias, tout serait parti de fausses rumeurs concernant l’identité de l’auteur du crime, propagées sur les réseaux sociaux par des internautes islamophobes, voire russes. Ces rumeurs ont fourni un prétexte à des groupes d’extrême droite pour descendre dans la rue afin de terroriser musulmans et migrants et en découdre avec la police. Cette demi-vérité tire un voile commode sur les causes sous-jacentes d’une colère populaire réelle et largement partagée, que des voyous ultranationalistes ont pu accaparer. Les commentateurs français ont proposé une autre explication : les Britanniques auraient choisi pour gérer l’immigration un « modèle » dont le nom serait « multiculturalisme » et qui serait « un échec ». Cette interprétation, malgré les assertions erronées qui l’accompagnent souvent sur le rôle de la charia outre-Manche[1], contient, elle aussi, sa part de vérité, mais reste trop abstraite pour nous permettre de comprendre ce qui s’est passé.

Le multicommunautarisme

Le point de départ est moins un modèle qu’une immigration bien différente de celle qu’a connue la France, qui est dominée par des immigrés musulmans d’origine nord-africaine. L’immigration britannique vient principalement du sous-continent indien et comprend non seulement des musulmans, mais des hindous et des sikhs. Comme en France, il y a aussi une immigration de l’Afrique subsaharienne et une autre des Caraïbes. En arrivant sur le territoire anglais, ces groupes, qui ont des identités et des religions bien distinctes, ont eu tendance à s’établir chacun dans des quartiers précis, non pas parce que l’État les y avait installés, mais parce que la tendance des nouveaux arrivants est de rejoindre des compatriotes qui peuvent les accueillir et les guider dans le nouveau pays. En outre, les quartiers voisins sont souvent occupés par les autres groupes ayant des us et coutumes différents. C’est ainsi que des réseaux claniques, notamment le système « biraderi » qui est très fortement ancré au Pakistan, en sont venus à régir la vie des immigrés dans certaines de ces communautés. La dépendance à ces structures est parfois si grande que les liens claniques sont même resserrés par l’installation à l’étranger. Le résultat, dans certaines villes anglaises, est une mosaïque communautaire, même si ces communautés ne sont pas complètement étanches et que beaucoup de personnes issues de l’immigration n’y résident pas ou plus.

La présence des immigrés n’a pas été accueillie avec équanimité par la population autochtone et les émeutes récentes n’ont rien de nouveau. Entre 1958 et 2011, on peut compter au moins une douzaine d’émeutes violentes qui ont jalonné la montée progressive de l’immigration. En outre, des tensions interethniques bouillonnent sous la surface et peuvent exploser. Pendant quelques semaines en 2022, la ville de Leicester a vu des batailles entre hindous et musulmans, inspirées par l’animosité indo-pakistanaise, mais déclenchées par de fausses rumeurs numériques. À Birmingham en 2005, des violences provoquant deux morts ont éclaté entre Noirs et Pakistanais. Le prétexte était encore une fausse rumeur, mais la cause essentielle était la meilleure réussite économique des « Asiatiques » (« Asian » est le terme en anglais pour les immigrés indiens et pakistanais). Ce même conflit s’est invité dans les émeutes de 2011 qui ont fait cinq morts : une violente protestation antipolice de jeunes Noirs s’est transformée en une orgie de pillages dont beaucoup de commerces asiatiques ont fait les frais. Ces tensions interethniques ont été exacerbées par les municipalités qui, allouant des fonds pour des infrastructures, ont involontairement mis les différents groupes en concurrence[2]. Enfin, l’absence d’une laïcité à la française offre aux différentes identités religieuses de la visibilité dans l’espace public.

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C’est ainsi que, depuis les années 1950, des tensions inhérentes à la situation outre-Manche perdurent. Plutôt qu’un succès relatif suivi d’un échec, l’histoire de l’immigration est un tiraillement permanent entre intégration et désagrégation. La tolérance a produit des cas d’intégration réussie, notamment au niveau du gouvernement, mais la peur d’être accusé de racisme a encouragé un laisser-faire excessif dans certaines villes. Ce qui a empiré la situation, c’est la montée de l’idéologie identitaire de gauche qui conforte les communautés cherchant à affirmer leur singularité. Pendant longtemps, les Blancs croyaient pouvoir se dispenser d’une « identité » : ils étaient la majorité, ils incarnaient la norme. Seules les minorités avaient besoin d’une identité. Aujourd’hui, les classes populaires blanches souffrent de cette absence et quand elles veulent affirmer une identité, elles sont qualifiées de « racistes ». Ce qu’elles cherchent, au fond, c’est une reconnaissance qui leur est systématiquement refusée.

À couteaux tirés

Le symptôme le plus évident de ce refus est le déni. Élus et journalistes nient les problèmes de l’immigration et dénient aux Blancs désavantagés jusqu’à la capacité de juger des choses pour eux-mêmes. À Southport, les signes d’une authentique colère populaire ont précédé les violences. Dans la journée du 30 juillet, lors d’une visite de soutien à la ville, le Premier ministre, Keir Starmer, a été accueilli par des huées : « Combien d’autres [victimes] ? », « Nos enfants sont morts et vous vous en allez déjà ? » Son gouvernement, sans doute pour calmer des spéculations sur la possible nature terroriste de la tuerie, a choisi de la situer dans le contexte de l’épidémie actuelle de criminalité à l’arme blanche. Ce faisant, il a contribué à jeter de l’huile sur le feu. En effet, les attaques à l’arme blanche touchent surtout de petites frappes impliquées dans le trafic de drogue. La tuerie de Southport est de nature très différente et se rapproche beaucoup plus du modèle djihadiste : on poignarde un individu ciblé dans la rue ou on tue le plus de personnes possible avant d’être neutralisé. La Grande-Bretagne en a connu plusieurs dans son histoire récente : assassinat et tentative de décapitation d’un soldat en 2013 ; attentats de Westminster et du pont de Londres en 2017, faisant un total de 13 morts ; en 2019, cinq personnes poignardées par un terroriste dont deux mortellement ; l’année suivante, deux victimes poignardées par un autre.

Ce mode opératoire a clairement inspiré d’autres tueurs souffrant plutôt de problèmes mentaux. L’année dernière, à Nottingham, un immigré a poignardé deux étudiants et un homme plus âgé. En juillet cette année, un homme noir a tenté de poignarder un soldat dans la rue pour un motif inconnu. Ces exemples ont poussé le public – et Nigel Farage, le leader de Reform UK – à poser des questions sur la motivation du tueur de Southport ou le modèle qu’il a suivi. La police a annoncé rapidement que ce n’était pas un terroriste, mais la tentative des travaillistes de noyer le poisson islamiste n’a pas berné le public. Une interrogation reste entière : pourquoi l’assassin, d’ascendance rwandaise, a-t-il ciblé un cours de danse fréquenté par des petites filles blanches fans de Taylor Swift ? Quand un député conservateur a été assassiné en 2021 par un djihadiste, les autorités et les médias ont d’abord évoqué les éventuels problèmes psychiatriques du tueur, avant de reconnaître le caractère terroriste du meurtre, pour finalement resituer le crime dans le contexte général de la haine en ligne dirigée contre les élus. Aujourd’hui, les citoyens sont las d’être pris pour des imbéciles.

Manifestation devant le siège du parti de Nigel Farage à Londres, en raison de son rôle présumé dans les émeutes d’extrême droite à travers le Royaume-Uni, 10 août 2024 Tayfun Salci/ZUMA Press Wire/Shutterstock/SIPA

L’impression de déni est renforcée par deux autres éléments. D’abord, les « Asian grooming gangs », ces réseaux d’hommes, majoritairement d’ascendance pakistanaise, qui pratiquent l’exploitation sexuelle de mineures, majoritairement blanches, soumises à des viols collectifs et à des tortures physiques et mentales. La ville de Rotherham, qui a connu des émeutes très violentes après Southport, est aussi celle où, de la fin des années 1980 à 2013, une bande de violeurs a pu opérer en toute impunité, faisant probablement plus de 2 000 victimes. La peur d’être traitées de racistes a paralysé les autorités municipales tandis que la police n’a pas pris l’affaire au sérieux par mépris sexiste envers des filles des classes inférieures. Les procès des coupables sont encore en cours. Mais c’est seulement après la création par le gouvernement d’un groupe de travail spécialisé, en 2023, qu’on a découvert l’ampleur du phénomène. Pourtant, la volonté de le minimiser reste très forte chez certains chercheurs, fonctionnaires, élus et journalistes de gauche. Ensuite, l’action policière durant les émeutes a montré qu’en matière de maintien de l’ordre, il y avait deux poids, deux mesures. En anglais, on dit « two-tier policing » (« à deux niveaux »), ce qui a permis la création d’un surnom qui rime pour Starmer ; « two-tier Keir ». Ainsi, la police semble beaucoup plus indulgente avec les manifestations de minorités (pro-BLM, propalestiniennes…) qu’avec celles qui impliquent majoritairement des Blancs (anticonfinement, anti-immigration…). Bien que justifiée dans une grande mesure, la réponse vigoureuse des autorités cet été ne pourra que renforcer le sentiment d’aliénation qui prévaut dans nombre de quartiers populaires blancs.

Nous voilà bien logés !

Malgré le déni à gauche, de nombreux sondages montrent que pour les Britanniques, l’immigration est la question prioritaire. Le Brexit devait, disait-on, régler ce problème. Or, s’il a arrêté les flux de travailleurs venant de l’UE, ces derniers ont été remplacés, non par des autochtones, mais par une main-d’œuvre importée de pays non européens. Boris Johnson a été élu sur la promesse de réduire considérablement l’immigration d’ouvriers peu ou non qualifiés, aptes à concurrencer les travailleurs britanniques, et de privilégier l’immigration d’ingénieurs ou de chercheurs, capables de contribuer au bien commun. Cette promesse n’a pas été tenue. 83 % de la main-d’œuvre importée continue à être non ou peu qualifiée. La pandémie a renforcé le besoin de salariés sans diplômes (et moins chers que les citoyens britanniques) dans le secteur hospitalier et celui des soins à la personne. Il est clair que les ouvriers britanniques sont défavorisés : 9 % de la force de travail était née à l’étranger en 2004 ; aujourd’hui, le chiffre est monté à 21 %.

On a beaucoup parlé de soldes migratoires record : 745 000 en 2022 et 685 000 en 2023. En réalité, il s’agit pour la vaste majorité de visas temporaires accordés à du personnel soignant non qualifié et aux étudiants, dont l’argent finance le système universitaire d’ailleurs très performant. Des mesures prises par le gouvernement conservateur ont déjà permis de baisser drastiquement (de 80 %) le nombre d’arrivées cette année. Mais le sentiment que les autorités font fi des classes ouvrières britanniques demeure. L’une des cibles principales des émeutes récentes ont été les hôtels où sont logés les migrants illégaux. Il y en a 400 aujourd’hui, tous situés dans des quartiers défavorisés, à un coût de 10 millions d’euros par jour pour le contribuable. Or, le Royaume-Uni souffre actuellement d’une crise du logement très sévère qui est l’une des causes principales de la défaite électorale des conservateurs. La colère dirigée contre les hôtels est inexcusable, mais compréhensible. À sa manière, c’est encore un appel au secours – comme le Brexit – des « déplorables », des « somewhere ». Par leur réponse sécuritaire et répressive, les travaillistes ont réussi à remettre le couvercle sur la cocotte-minute. Il leur faut maintenant convaincre cette population qu’ils ont compris les causes de sa détresse.


[1] « God Save the Charia ? », Causeur, janvier 2017.

[2] « Multiculturalisme britannique : Tea for Too Many », Causeur, janvier 2021.

Le flingueur de la démocratie

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Entre succès populaire des Jeux olympiques et Bérézina politique, les Français sortent d’un étrange été. Le président Macron a crucifié nos institutions, et entame une curieuse cohabitation.


En clôture d’un été olympique, couvercle parfait pour calmer le feu, Michel Barnier a été nommé Premier ministre. Après des européennes remportées par le RN, une dissolution dont on cherche encore les motifs, et des législatives brouillées par la résurrection du front républicain, l’ex-négociateur du Brexit pour l’Union européenne s’est installé à Matignon. Pour combien de temps ? Mystère et boule de gomme, vu que tout dépend de Marine Le Pen. Le jour où son parti censurera la majorité, la confusion repartira de plus belle. Avec son lot de tractations, de bruits de couloir et de têtes d’affiche sorties du chapeau. À l’image de Lucie Castets, étoile filante du Nouveau Front populaire, ou de Thierry Beaudet, président d’un Conseil économique, social et environnemental qui pond des rapports bons à caler les armoires. Pour l’heure, tout le monde s’interroge. Le gouvernement tiendra-t-il ? Le cessez-le-feu acté par Madame Le Pen durera-t-il ? Plombée par son endettement, la France évitera-t-elle la mise sous tutelle du FMI ? Autant de débats qui enflamment les médias tout en épargnant l’artificier en chef du chaos : Emmanuel Macron.

C’est bien connu, quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt. Telle est la leçon de l’été, où la dégringolade politique fut inversement proportionnelle aux médailles raflées par Léon Marchand. D’un côté, un nageur en or accumulant les titres sous les vivats de la foule ; de l’autre, un président jouant la montre au bord de la piscine, s’abritant derrière l’éclat du champion national. Durant des semaines, le pays a vibré au son d’une Marseillaise recouvrant la sombre vérité : Emmanuel Macron a crucifié nos institutions. Jadis, le président battu devait partir. C’est ce que fait de Gaulle en 1969, démissionnant le soir même de son référendum perdu. Un départ annoncé en deux phrases d’une austérité d’ecclésiaste : « Je cesse d’exercer mes fonctions de président de la République. Cette décision prend effet aujourd’hui à midi ». En 1986, Mitterrand est le premier à corrompre l’usage, se maintenant malgré sa défaite aux législatives. Ainsi naît la cohabitation, où Matignon est offert sur un plateau à la majorité contre-présidentielle. Puis cette pratique anti-gaullienne se mue en norme. Par trois fois en onze ans, le président appelle à ses côtés un Premier ministre de l’autre bord – Jacques Chirac, Edouard Balladur et Lionel Jospin. Mieux vaut partager le pouvoir qu’abandonner l’Élysée. Cette année, dans la touffeur de l’été, Emmanuel Macron a inventé une nouvelle pratique : perdre sans cohabiter. Malgré sa déroute aux européennes – dans lesquelles il s’est personnellement engagé –, le fiasco du premier tour des législatives – où son camp était aux abois –, et l’instabilité d’un parlement divisé en trois blocs – avec une Macronie canal historique réduite à peau de chagrin –, il a choisi, non seulement de rester, mais de caster son Premier ministre façon Nouvelle Star. D’Olivier Faure à Bernard Cazeneuve, de Laurent Berger à Xavier Bertrand, tous ont cru poser leurs valises à Matignon. Le chef de l’État, en pleine crise de légitimité, a multiplié les ballons d’essai. Avant d’enchaîner les entretiens tel un banal DRH.

À première vue, les apparences sont sauves. Si les Français ne rêvaient probablement pas de Michel Barnier, son style sans affect, sa sobriété de vieux loup de mer tranchent avec les rodomontades du nouveau monde macronien. Quarante ans après le tournant de la rigueur, place au tournant de la raideur ! Il n’empêche. L’ancien commissaire européen, l’ex-candidat aux primaires de la droite battu par Valérie Pécresse, est le choix d’un président contesté comme jamais. En 1958, de Gaulle voulait une République fondée sur la légitimité du chef. Pas de leader qui tienne sans soutien populaire. En 2024, Emmanuel Macron inaugure une présidence dégagée de cette vieille contrainte du suffrage. Libre de faire comme si les élections n’avaient pas eu lieu. Il n’y a pas si longtemps, on appelait ça pourtant : la démocratie.

On marche sur la tête: La France, l'UE et les mensonges

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Paris d’île en île

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Dans un essai érudit et plein d’esprit, Jacques Damade mène le lecteur à la découverte des îles disparues de Paris. Cette promenade à travers les siècles et l’histoire de notre capitale est un vrai régal.


D’après Jacques Hillairet, fameux historien de Paris, les îles disparues de Paris étaient huit. Fondateur des Éditions La Bibliothèque, Jacques Damade en a exhumé dix – et nous fait le tour du propriétaire. La géographie et l’histoire sont convoquées, la poésie fait des apparitions. L’ensemble est ludique, souriant et plein d’enseignements. Promeneur des deux rives, Damade musarde, guides anciens et cartes oubliées à la main (et caduques, puisque les îles ont disparu).

Souvent, en outre, il adopte le point de vue du piéton de Paris… du XVe, du XVIe, du XVIIe, voire du… XXIe siècle : Damade peut tout faire, il suffit de lui emboîter le pas. Tantôt il s’incarne en tafouilleux (chiffonnier de la Seine), tantôt (entre autres) en « noyé » (Damade peut tout faire).

Dix îles, disions-nous – jusqu’au XVIe siècle pour la plupart. Les voici, nommons-les, c’est un carnet de bal – d’est en ouest, de l’amont à l’aval : l’île Louviers, l’île aux Vaches, l’île Notre-Dame, l’île aux Juifs, l’île à la Gourdaine (rien à voir avec « gourgandine »), l’île du Louvre, l’île aux Treilles, l’île de Seine, l’île Merdeuse, l’île Maquerelle.

Avec l’apparition des ponts et la disparition des îles, l’orientation à Paris se fera de moins en moins d’est en ouest ; de plus en plus en fonction des rives (droite et gauche).

Dix îles qui, pour ne pas arranger notre affaire, ont souvent changé de noms et de formes au gré du temps. Ce qui fait de ce livre rapide, elliptique, une manière d’enquête – ou d’archéologie : où ont-elles disparu ?

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Damade remonte le temps, le cours de la Seine et nous apprend, par exemple, que l’île Merdeuse doit « sans doute » – historien du dimanche (soir), Damade est précautionneux – son nom à un vieil égout « qui longe à ciel ouvert le ruisseau de Ménilmontant » et se jette dans la Seine « à la hauteur de la grille de Chaillot ». Large, « il parcourt la rive droite, recueille les égouts affluents : odeurs aux abords, alluvions à l’embouchure, apparence ocre » – bref, l’île Merdeuse, la plus à l’ouest des îles répertoriées.

Autre exemple où l’onomastique fait signe (et sens) : Maxime du Camp appelle « île des Cygnes » l’île dont le « premier nom était fort irrévérencieux » – « Île Maquerelle » jusqu’au début du règne de Louis XIV. Quant à « l’île aux Juifs » – devenue la place Dauphine – on vous laisse découvrir son lien avec… les Templiers.


Tout au long de cette promenade, l’onomastique joue des tours et un rôle déterminant : les indices sont rares mais existent, alibi et occasion de plonger dans quelques merveilles de bibliophilie, autre tropisme (gourmand) de Damade – tantôt Maxime du Camp, Félix et Louis Lazare, Henri Sauval, tantôt une gravure de Callot, un plan de Jouvin de Rochefort (1674), un paragraphe de Vidal de la Blache (« de Notre-Dame à la place de la Concorde, en passant par le Louvre, se déroulent successivement la gravité du XIIIe siècle, la grâce de la Renaissance, l’élégance du XVIIIe siècle »). L’ensemble est une illustration possible d’un octosyllabe de René Char : « Seules les traces font rêver. »

Les îles disparues de Paris, de Jacques Damade, illustrations d’Angèle Damade, Éditions La Bibliothèque, 2024. 180 pages

Les îles disparues de Paris

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L’épopée d’un poète retrouvé

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La découverte de centaines de milliers de vers d’un poète oublié dans son grenier n’est pas chose fréquente. C’est le trésor que recelait la propriété familiale de Ludovic de Parseval qui a ainsi exhumé la vie et l’œuvre de son aïeul, François-Auguste Parseval-Grandmaison, figure littéraire du XIXe siècle.


Il y a deux ans, Ludovic de Parseval m’écrivait à la suite d’un article publié sur mon blog et consacré à la littérature du Premier Empire. Il avait retrouvé dans un tiroir, fermé depuis sept générations, près de cent mille alexandrins originaux de son aïeul, François-Auguste Parseval-Grandmaison. Quel trésor ! car si l’on a certes oublié cet écrivain précurseur, poète impérial membre de l’Académie française, il participa cependant à la campagne d’Égypte, connut Napoléon, correspondit avec Victor Hugo, Delille, Lamartine et Chateaubriand (excusez du peu !). C’est bien l’une de ces cruelles injustices de l’histoire qu’il soit tombé hors de nos souvenirs.

Le jeune Ludovic de Parseval devant la propriété familiale, en 1964

C’est en vain qu’une maison d’édition à pignon sur rue s’intéresserait aujourd’hui au poète ; on remise les vieux livres au grenier comme les vieux meubles, où ils se déprécient. Cela seul eût suffi à décourager tout autre que mon cher correspondant de partager sa trouvaille au public ; heureusement, il est du parti de ces gardiens discrets de notre mémoire commune qui luttent comme des Poilus sur le front pour la sauvegarder : alors, passant outre les dédains des éditeurs, il poursuivit héroïquement son combat en réhabilitation de son ancêtre prestigieux. Mais peut-être que je noircis un peu trop l’époque ? Car il existe encore, Dieu merci, des organisations d’intérêt public chargées de sauvegarder les multiples méandres de notre histoire : je pense ici à la BnF (Parseval-Grandmaison était académicien) ainsi qu’à la Fondation Napoléon, dirigée par Thierry Lentz et présidée par Victor-André Masséna. C’est Pierre Branda en l’occurrence, directeur scientifique de la Fondation, qui accordait à Ludovic de Parseval l’honneur de quelques pages dans la revue de la Fondation, Napoleonica, afin de présenter son ancêtre retrouvé.

Ce travail titanesque pour un novice de non seulement présenter le poète, mais encore de le rétablir dans son contexte – celui du Premier Empire, pris entre l’enclume du classicisme et le marteau du romantisme –, pour le moins difficile en matière de littérature, mon correspondant, humaniste et curieux de tout, l’entreprenait aussitôt. Je l’appuyais de mon aide fort modestement, et, finalement, l’article paraissait au mois de juillet (consultable sur le site en accès libre).

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J’invite chaque passionné d’histoire et de littérature à lire ce grand article disponible en accès libre sur le site de la revue. Ludovic de Parseval décrit avec brio l’aventure qui le poussa à exhumer des vieux tiroirs du château familial les manuscrits inédits de l’académicien ; le lecteur y trouvera que le temps qui nous sépare de Napoléon n’est pas si lointain : le père de Ludovic a connu la petite-fille du poète ! Le lecteur découvrira aussi la vie épique de François-Auguste, né en 1759, rescapé de la Révolution (Le crime en uniforme, en bonnet, en moustache / Moissonnant les humains changeait la faux en hache), qui écrivit sur la chute de Robespierre, Philippe Auguste et la campagne d’Égypte (Et moi qui l’ai suivi, moi qui suis son poète…), passa par Suez, Londres et Paris, bien Français dans son genre se fit tenant du classicisme et conspua le romantisme, tout en composant des merveilles poétiques aux accents irrésistiblement… romantiques (Dans l’océan des airs au milieu des orages, / Nos âmes flotteront vers ces divins rivages / Et peut-être, à jamais unissant notre sort, / Sur le même vaisseau nous surgirons au port). Mais Lamartine n’avait-il pas reconnu lui-même dans Parseval un « précurseur » ? Le jeune Hugo, vainqueur futur d’Hernani, l’écoutait avidement, entouré de Vigny et de Lacretelle ! Le curieux lecteur enfin lira quelques vers inédits des chants sur la campagne d’Égypte : « Mais contre les mutins justement irrités, / Quel Français des tombeaux traverse la cité ? / C’est le vaillant Dupuy ! sa voix commande au Caire, / Intrépide au-devant de la horde sicaire ! », — puis pénétrera dans l’intimité du poète, en découvrant des extraits des mémoires de son fils aîné.


Si la publication de ce long article dans Napoleonica contribue à la réhabilitation de Parseval-Grandmaison dans notre mémoire collective, la quête en ressouvenance de l’Immortel est loin d’être achevée ; le Graal, bien entendu, serait une édition pour le grand public de ses œuvres dans une collection classique. Je sais que son descendant a déjà commencé à transcrire les vers : le travail est titanesque ! J’ai pu moi-même consulter les manuscrits : dans ces brouillons la ponctuation est inexistante, et les ratures anéantissent les pattes de mouche ; mais je connais maintenant la saine opiniâtreté de l’héritier du poète, son caractère infatigable et décidément curieux, et je ne doute plus que bientôt paraîtront des éditions salutaires des poésies parsevaliennes, venues de maisons mécènes consentant à bien vouloir faire perdurer la mémoire d’un temps glorieux pour la France.

« Le temps a passé, écrit dans son article Ludovic de Parseval ; sous une épaisse couche de sable, les mois, les années ont enseveli une œuvre complète, qui aurait mérité une édition de son temps. Le Poème de Bonaparte n’est qu’un aperçu. Tel un grand cru parmi les vieilles bouteilles qu’on exhume de la cave, dont on espère déguster la saveur bonifiée par les ans, tels ressurgissent les poèmes de Parseval-Grandmaison qu’on appréciera avec la même curiosité. Il faut pour s’en convaincre inciter le lecteur à leur redécouverte et rabattre un instant le faisceau lumineux sur ce pan méconnu de la littérature. »

Bruno Le Maire, l’Indéboulonnable

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Le ministre de l’Économie et des Finances a prononcé ce jeudi son discours d’adieu aux fonctionnaires de Bercy. Son bilan après sept ans aux cordons de la bourse du pays est dramatique, mais selon lui, ce n’est pas de sa faute.


Bruno Le Maire, surnommé l’« Indéboulonnable » comme on surnommait Robespierre l’« Incorruptible », pour le plus grand malheur des Français, quitte donc enfin le ministère de l’Économie : l’heure est à la jubilation ! « Je vous aime mais je pars », a déclaré le romancier devant ses troupes, se prenant pour Napoléon à Fontainebleau, avant de citer Michel Sardou (ce doit être le en même temps macronien ; et dire que la Cinquième a connu André Malraux !). On ne s’étendra pas sur ces paroles de politique : le ministre, s’il nous avait aimés un peu plus sincèrement, serait parti un peu plus tôt — « je vous aime, donc je pars », eût été pour le coup une vraie preuve de sa dévotion.

Le vrai Mozart de la finance

Ministre de l’Économie, donc, de 2017 à 2024, l’Indéboulonnable a bien de quoi se rengorger : on a rarement fait pire ; vraiment, il y a quelque chose d’admirable, à se maintenir en poste pendant sept années avec de tels résultats. L’économie n’est pas une science exacte, loin s’en faut, et c’est d’autant plus triste pour notre ministre démissionnaire, qui face à l’évidence en est réduit à expliquer son bilan déplorable par le Covid ou les gilets jaunes, comme un criminel cherche à fléchir le tribunal avec son enfance difficile. Hélas pour lui, les chiffres sont sans appel : la dette publique (brute), qui s’élevait à 2.100 milliards en 2018, soit 89,5% du PIB, monte à 3.160 milliards d’euros au deuxième trimestre 2024 (presque 111% du PIB, soit une augmentation de plus de mille milliards !)1 Pire : le déficit public, entre 2018 et 2023, est passé de 2,5 à 5,5%2 du PIB, et devrait franchir cette année la barre des 5,6%3 ; pour mémoire, l’Union Européenne a fixé à 3% le seuil à ne pas dépasser (!) — d’ailleurs, la Commission a d’ores et déjà engagé contre la France une procédure de déficit excessif… Et ce n’est pas tout : une note de Raul Sampognaro, Mathieu Plane et Xavier Ragot, publiée à l’OFCE le 24 mai 20244, révèle un écart dans le déficit de 40 milliards d’euros chaque année depuis 2017 par rapport à la trajectoire prévue, soit l’équivalent de 1,4 point du PIB !
Le ministère lui-même, c’est dire, a prévenu que le déficit pourrait atteindre 6,2% l’an prochain au lieu des 4,1% rêvés ; et noté ingénument, comme s’il n’y était pour rien, la hausse « extrêmement rapide » des dépenses des collectivités territoriales, dépenses qui « pourraient dégrader les comptes 2024 de 16 milliards d’euros » par rapport à la trajectoire de déficit adressée à la Commission5 : c’est du Mozart dans la gabegie.

A lire aussi, Stéphane Germain: On va dans le mur, tu viens?

Une politique un peu socialiste, un peu libérale

Même Pierre Moscovici (!) juge « inquiétante » la situation des finances publiques6. Et pour cause ! Le déficit public se trouve six points au-dessus des prévisions, malgré une année 2023 marquée par la fin du « quoi qu’il en coûte ». Le premier président de la Cour des comptes, pas de gauche pour rien, reproche évidemment au ministre d’avoir baissé les impôts, au lieu de les avoir augmentés ; il a tort : même là-dessus, Bruno Le Maire aura eu tout faux. Si en effet certaines recettes ont été « ralenties » en 2023-2024, notamment en matière de TVA et d’impôts sur les sociétés, les impôts sur le capital ont en revanche fortement augmenté, au moins en 2023 (+ 12,8% !), sans parler de la taxe foncière qui « reste dynamique » — pour reprendre la litote magnifique du service public7. En parallèle (car décidément, Bruno Le Maire aura eu vraiment tout faux), les dépenses publiques ont battu des records entre 2018 et 2023 : 100 milliards au total, une bagatelle ! La faute aux prestations sociales (+ 3,3%) et à la hausse des rémunérations des fonctionnaires (+ 4,6%)8 : on s’en serait douté.

Bruno Le Maire a été l’incarnation de la politique socialo-démocrate de la macronie, la plus pure quintessence de cette idéologie qui n’en est pas une, un peu socialiste, un peu libérale, ni l’une ni l’autre, en même temps l’une et l’autre. Toute son économie se sera résumée à une augmentation timide des impôts et des taxes, suivie d’une baisse plus timide encore d’autres impôts et d’autres taxes, mesures prétendument « fortes » devant servir à réguler l’explosion brutale de la dette et du déficit. Le résultat est catastrophique : cinq années de plus et c’était la banqueroute. Bon vent, Monsieur le ministre !


  1. https://www.insee.fr/fr/statistiques/8210074 ↩︎
  2. https://www.insee.fr/fr/statistiques/8061907 ↩︎
  3. https://lcp.fr/actualites/deficit-bruno-le-maire-alerte-les-parlementaires-sur-un-derapage-de-16-milliards-d-euros ↩︎
  4. https://www.ofce.sciences-po.fr/blog/les-crises-expliquent-elles-la-hausse-de-la-dette-publique-en-france/ ↩︎
  5. https://departements.fr/budget-2025-conference-de-presse-de-la-commission-des-finances-du-senat/ ↩︎
  6. https://www.ccomptes.fr/fr/documents/70837 ↩︎
  7. https://www.vie-publique.fr/en-bref/293530-deficit-public-de-la-france-55-du-pib-en-2023 ↩︎
  8. Même lien que le précédent ↩︎

Mélenchon n’a rien inventé…

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Jean-Luc Mélenchon assume et accélère sa stratégie électorale communautariste à destination des « quartiers populaires » (les cités islamisées). François Ruffin, isolé, fait des révélations troublantes. Mais pour l’instant la gauche continue d’avoir peur du chef des Insoumis.


« Sachant que la force de l’affirmation impressionne toujours les têtes molles, il commence par célébrer sa victoire électorale relative comme une victoire totale et définitive ». Considérant le flot de rodomontades dont nous abreuvent M. Mélenchon et ses affidés LFI-NFP depuis le second tour des dernières élections législatives, on pourrait penser que ce commentaire porte effectivement sur la stratégie de communication politique que ceux-là ont adoptée dans la foulée. Dès le soir du scrutin, le chef des chefs, Mélenchon, criait victoire, proclamait être le grand vainqueur de ces élections, le seul, exigeant sans vergogne que soit mis en place immédiatement « le programme, rien que le programme, tout le programme ». Le sien, évidemment. Depuis, cet accommodement plutôt culotté avec la réalité nous est asséné à chaque prise de parole des uns et des autres de ce camp-là. Or, dans une large partie de l’opinion, l’enfumage opère, tant il est vrai que les têtes molles y sont nombreuses. Passons.

Discours durs et têtes molles

On serait tenté de voir dans la citation rapportée plus-haut, disais-je, un commentaire de la vantardise post-électorale du grand faiseur Mélenchon. Il n’en est rien. Son ego dût-il en souffrir, il n’a rien inventé. Il ne fait même que mettre ses pas dans ceux d’un illustre prédécesseur. Illustre mais ô combien haïssable.

Ce prédécesseur n’est autre, mesdames, messieurs (ici, un roulement de tambour serait bien venu) que l’abject Adolf Hitler en personne, qui usa du même faux semblant, de la même imposture à la suite des élections législatives de novembre 1932. Le commentaire que je cite est d’André François-Poncet qui fut ambassadeur de France à Berlin de septembre 1931 à octobre 1938. (Cf. Son remarquable livre Souvenirs d’une ambassade à Berlin, Flammarion, 1946.)

A lire aussi: Sophia Chikirou, le « martyr » du Hamas et la chute de la maison Mélenchon

Les grandes têtes molles auxquelles il est fait référence désigne ici, évidemment, la pléthorique cohorte des fausses élites et vrais lâches qui ont avalé la couleuvre sans s’opposer, sans se révolter, sans même vraiment sourciller, laissant ainsi l’Adolf accéder au pouvoir.

Aujourd’hui comme hier, les têtes molles ne manquent pas. Parmi les élites comme ailleurs. Chaque jour nous les trouvons à l’œuvre. Nous les voyons ramper, embarquées qu’elles sont dans une fangeuse soumission. Les preuves ne manquent pas au dossier, hélas. Un seul exemple, récent, affligeant : en plein Paris, hauts parleurs à fond, on peut aujourd’hui prêcher l’intifada sans être jeté sur le champ en prison. Juste une question pour rire (ou pas) : pourrait-on prêcher la Croisade en plein Téhéran, au cœur de Kaboul, tout aussi impunément ? Certes non. Il est vrai que chez les ennemis de notre civilisation – car ils sont bel et bien nos ennemis jurés – ceux qu’on pourrait qualifier de têtes molles[1] n’ont guère droit de cité.

François Ruffin désormais comparé à Doriot par LFI

Les mots droit et cité m’étant venus, l’enchaînement est tout trouvé avec les révélations de François Ruffin, lui-même LFI (on n’est jamais trahi que par les siens) portant sur la scandaleuse stratégie électoraliste mélenchonienne mise en pratique dans les quartiers, les cités, où tous n’auraient pas droit au même traitement. Il y aurait les bons profils et les moins bons profils. Bref, on procéderait au gré d’une sélection au faciès. Rien que cela ! Le sacro-saint principe d’égalité citoyenne foulé au pied, jeté à la poubelle. Le droit à la bonne parole sous condition d’éligibilité au faciès. Et probablement suspicion de « délit de sale gueule » pour les autres ? Ignoble ! Pourquoi ne pas préconiser pour ces autres-là, les exclus, les discriminés, les ostracisés le port d’un signe distinctif, je vous laisse imaginer lequel ? Voilà qui faciliterait grandement le racolage. Là encore, on attend la révolte, la condamnation sans atermoiement, le rejet sans appel des têtes molles, ces égarés du pot-pourri NFP, transfuges d’un PS en coma dépassé, écologistes en phase terminale de pollution dogmatique. On les attend, on guette leur réaction. Rupture or not rupture ? Courage or not courage ? Dignité or not dignité ?

A lire aussi: LFI: une seule solution, la dissolution!

Donc, sélection au faciès ! là encore Mélenchon n’a rien inventé. On le sait. Il n’empêche, une ligne rouge est franchie. Une sacrée ligne rouge ! Le masque tombe, d’autant qu’un aveu – tout aussi sidérant – vient en rajouter. Lors de la manifestation – plutôt faiblarde – du week-end dernier, on a pu entendre l’Insoumis en chef donner ses directives à quelques ouailles ébahies : « Il faut mobiliser la jeunesse et les quartiers populaires. Là se trouve la masse des gens qui ont intérêt à une politique de gauche. Tout le reste on perd son temps. » Oui, les mots sont bien ceux-là : «  Tout le reste on perd son temps. » En d’autres termes, les sans dents d’ailleurs, ceux des bourgs et des campagnes peuvent bien crever ! Qu’en pense M. Hollande, élu des terroirs corréziens ? Que disent les prétendus héritiers des Jaurès, des Blum face à une politique si clairement, si éhontément revendiquée communautariste ! On espère une saine révolte. Quelque chose comme une tribune dans leurs médias de révérence, Libération, Le Monde…. Pour l’instant, rien. Mais peut-être n’ont-ils pas entendu cette énormité ?

Tête molle et dure d’oreille. Décidément, la gauche française est fort mal en point.  


Elisabeth Lévy, ce matin sur Sud Radio : « LFI fait du racialisme »

Retrouvez Elisabeth dans la matinale de Jean-Jacques Bourdin.

[1] L’expression Têtes Molles est due au poète Lautréamont : « Depuis Racine la poésie n’a pas progressé d’un millimètre, écrit-il. Elle a reculé. Grâce à qui ? Aux Grandes Têtes Molles de notre époque. » Et de classer parmi celles-ci : Lamartine, Hugo, Musset « métamorphosés volontairement en femmelettes. »

Peter Stamm: les obsessions d’une jeune cinéaste

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L'écrivain allemand Peter Stamm © Anita Affentranger

Comment saisir toute la vérité d’un écrivain dont on veut faire le portrait dans un documentaire, quand il refuse de livrer ses secrets ?


La trame de L’Heure bleue de Peter Stamm est assez simple : une jeune cinéaste, Andrea, convoque un romancier sur les lieux de son existence, pour faire de lui un portrait plus ou moins fidèle. Il s’appelle Wechsler et son œuvre est derrière lui, mais il n’a rien perdu de son aura, du moins aux yeux d’Andrea, qui ne peut s’empêcher d’être littéralement obnubilée par lui. Cette fascination, comme elle le verra, n’est pas la garantie d’un film documentaire réussi. De plus, Wechsler finit par se montrer rétif au projet, à partir du moment où il comprend qu’il va se dévoiler dangereusement. Alors, il joue les absents, les grands silencieux, attitude qu’adoptent parfois les écrivains qui estiment avoir tout dit dans leurs livres.

Un flux incoercible

Peter Stamm a habilement choisi Andrea pour narratrice de cette histoire. À défaut d’un film, il y aura au moins un livre, sorte de journal intime dans lequel elle parlera de Wechsler. Andrea a, malgré tout, réussi à rencontrer Wechsler à diverses reprises, et a pu recueillir de lui divers apophtegmes, aussi définitifs que désespérés. Comme si l’écrivain voulait persuader à toute force Andrea de choisir un autre sujet : « Je crois, disait Wechsler, comme l’écrit Andrea, que j’ai imaginé que ce film allait me faire découvrir des choses sur moi-même par votre regard sur moi. Mais c’est absurde. » Parfois, ses propos sont plus radicaux encore : « En une heure vous prétendez obtenir quelque chose d’une personne ? dit-il. De toute ma vie je n’y suis jamais arrivé. » Les propos de Wechsler sont désabusés, remplis d’amertume aussi. Cela n’empêche pas Andrea de grappiller tout ce que Wechsler lui confie. Tout ce qui a trait à l’écrivain, sa vie, son œuvre, revient en elle comme un flux « incoercible », pour utiliser un terme propre aux manuels de psychiatrie. Elle rêve de lui, à défaut de pouvoir le filmer : « Wechsler s’approche par derrière, me prend par la taille. C’était un très beau rêve et j’étais merveilleusement heureuse. »

Les paroles ultimes

À lire avec attention de nombreux passages, on se demande si ce personnage de Wechsler n’est pas, pour Peter Stamm, une sorte de double fictionnel un peu fantasmé. Se décrit-il, à travers Wechsler, de manière peut-être trop belle ? Peter Stamm essaie d’éviter ce piège, sans toujours y parvenir. Quand, par exemple, Wechsler meurt à l’improviste, au milieu du roman, c’est pour mieux continuer à vivre dans la mémoire des autres protagonistes, qui n’ont de cesse d’évoquer entre eux le souvenir du grand homme. Le clou de cette longue cérémonie des adieux intervient lorsque Peter Stamm n’hésite pas à mettre dans la bouche de Wechsler quelques inoubliables mots de la fin, juste avant son trépas. Ce sont ces paroles ultimes, a-t-on l’impression, que Peter Stamm aimerait lui-même lâcher, au moment fatal. Ainsi, il fait dire à son écrivain en manque d’inspiration : « J’ai suffisamment écrit. Des dernières paroles ? Si je devais mourir maintenant, je dirais : C’est tout ? Et : Je n’ai pas vraiment tout compris. Et : C’était un peu bruyant. »

Un cri sans écho

Ce qui m’a également intrigué, dans L’Heure bleue, c’est la proximité, plus ou moins appuyée, avec un autre livre, que j’ai lu récemment : Oh, Canada, de l’écrivain américain Russell Banks. Ce dernier y racontait l’agonie, non d’un écrivain, mais d’un cinéaste, qu’une équipe de télévision vient visiter, alors qu’il va bientôt rendre l’âme. Ses dernières paroles, là aussi, seront dûment enregistrées, comme un bilan de sa vie, un testament-confession lancé à ses proches, et sans doute au public. Le roman de Russell Banks est certes d’une plus grande ampleur que celui, plus allusif, de Peter Stamm. Mais, chez chacun, s’exprime un long cri de désespoir, forcément sans écho, dans le désert spirituel actuel. Je pense que Russell Banks a opté pour une forme plus classique, alors que Peter Stamm s’inscrit davantage dans le postmoderne (« La mort ne signifie rien », écrit-il, phrase typique). Tous les deux offrent des formes complémentaires, pourrait-on dire, pour une conclusion similaire.


Un personnage féminin central

Avec cela, l’un des points forts de L’Heure bleue reste sans conteste la manière dont Peter Stamm se glisse dans le personnage de la jeune Andrea, pour le rendre vivant et touchant, malgré tous ses manques. L’échec de son projet sur Wechsler met la cinéaste dans une situation difficile. Il lui faut trouver un travail alimentaire, qu’elle décrit de manière sarcastique, ne s’y adaptant pas du tout. Au fond, malgré ses très nombreuses aventures amoureuses, elle est malheureuse. Surtout, elle s’ennuie : « Je m’ennuie avec moi-même », avoue-t-elle. Elle ajoute : « j’ai l’impression de me réveiller du néant, comme si toute ma vie jusque-là n’avait été qu’un rêve qui se dissout dans la lumière trouble du jour ». Dans toutes ces pages sur Andrea, Peter Stamm excelle à peindre un désœuvrement malheureux. L’Heure bleue redevient alors le roman du vide et de la détresse.

Il incombe à un personnage secondaire d’apporter quelque espoir salvateur à Andrea. Il s’agit de Judith, femme de foi (elle est pasteure), qui fut la maîtresse de Wechsler. Andrea s’est rapprochée d’elle peu à peu, par affinité élective. C’est avec cette femme désormais qu’elle voudrait vivre ‒ et, peut-être, retravailler. La fin ouverte de L’Heure bleue nous laisse sur cette promesse de sérénité retrouvée.

Peter Stamm, L’Heure bleue. Traduit de l’allemand (Suisse) par Pierre Deshusses. Éd. Christian Bourgois.

L'heure bleue

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Russel Banks, Oh, Canada. Traduit de l’américain par Pierre Furlan. Éd. Actes Sud. Vient de reparaître dans la collection de poche « Babel ». L’adaptation de ce roman au cinéma par Paul Schrader sortira prochainement sur les écrans.

Oh, Canada

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Le député de la Somme et la politique au faciès

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Le député d'extrème gauche François Ruffin, Assemblée nationale, 18 juillet © J.E.E/SIPA

François Ruffin, qui avait rompu avec Jean-Luc Mélenchon durant les législatives, révèle dans son livre que la stratégie électorale communautariste de LFI ne lui convenait pas. Mieux vaut tard que jamais! Mais, il ne va pas jusqu’à dénoncer la dérive islamo-gauchiste de son ancien parti concernant le conflit israélo-palestinien.


« Clientélisme électoral », « mépris de classe », « campagne au faciès », le livre de François Ruffin, député de la Somme, décrit un parti LFI soumis au culte d’un chef, dont le moins qu’on puisse dire est qu’il ne s’empêche pas beaucoup, ne se tient guère et se contrôle à peine. 
Pourtant, si le portrait de Jean-Luc Mélenchon correspond à ce que l’homme montre de lui-même et le décrit en autocrate vain et méprisant, il évite cependant le sujet le plus important : cet homme a ôté toute consistance morale à la gauche. Il est son déshonneur. Il a libéré l’antisémitisme en tant que force politique et puissance mobilisatrice. Depuis Hitler pourtant, on croyait l’Europe protégée de ce type de dérive. Depuis Jean-Luc Mélenchon, en France, je n’en suis plus si sûre.

Nouvelle France

Dans Itinéraire, ma France en entier, pas à moitié, François Ruffin raconte des tracts conçus en fonction du faciès de la clientèle visée. Un tract avec le visuel de Mélenchon dans les quartiers dits difficiles où est regroupée la population arabo-musulmane notamment, et un autre type de tracts pour les « Blancs » et les habitants du monde rural. Derrière cette anecdote, il y a surtout l’histoire d’un leader politique qui fait une distinction entre un peuple ancien à délaisser, les classes populaires et les habitants de la ruralité, et un peuple nouveau à investir : celui issu des quartiers. 

A lire aussi: Sophia Chikirou, le « martyr » du Hamas et la chute de la maison Mélenchon

Le député de la Somme révèle ainsi avoir eu « honte » d’avoir mené une « campagne au faciès » lors des dernières législatives, distribuant des tracts à l’effigie de Jean-Luc Mélenchon aux « Noirs et aux Arabes » d’Amiens-Nord, mais pas aux « Blancs ». Pourquoi ? Parce que Jean-Luc Mélenchon pense que ces deux peuples ont des identités peu compatibles et qu’il faut choisir son camp. Le problème est que dans les quartiers existe déjà une force constituée : l’islam dans sa version politique. Cibler cette clientèle, surtout en investissant les jeunes, c’est miser sur les plus radicalisés, ceux qui font passer l’islam avant les lois de la République. C’est ce choix-là que Jean-Luc Mélenchon a fait en conscience. 
Mais cette analyse-là n’est pas faite jusqu’au bout par ses opposants, car tout le clientélisme de la gauche, y compris non LFI, est bâti sur cette logique-là. Pourquoi croyez-vous qu’EELV a invité Médine à ses journées d’été ? Pourquoi croyez-vous qu’Olivier Faure préfère sacrifier le bon score de Raphaël Glucksmann pour préserver son lien de soumission au leader Insoumis ? Parce que dans nombre des derniers bastions qui leur reste, c’est le clientélisme islamiste ou communautariste qui leur permet de garder leur fief, et ce clientélisme-là est entre les mains de LFI.

Marine Tondelier débattait avec le rappeur Médine, au Havre en aout 2023, malgré un tweet à connotation antisémite adressé à Rachel Kahn quelques jours plus tôt © ISA HARSIN/SIPA

Militants radicaux outrés contre Ruffin

Sur ces critiques, François Ruffin a été défendu par Fabien Roussel, victime en son temps, comme l’est aujourd’hui le député de la Somme, du fanatisme de nombre de militants LFI, lesquels sont puissants sur les réseaux sociaux. Il faut dire que le dirigeant du PC partage probablement le qualificatif de « repoussoir » attribué par Ruffin à Jean-Luc Mélenchon. Mais que pèse encore réellement le patron du PC aujourd’hui? Si on en croit le programme de la fête de l’Humanité, Houria Bouteldja, dont l’ouvrage raciste et antisémite Les Blancs, les Juifs et nous est pourtant passé crème à gauche, devrait participer à une table ronde sur l’antisémitisme. Cela ne manque pas de piquant, à moins qu’elle ne soit là comme spécimen à étudier… Cela démontre surtout que la gauche républicaine est totalement marginalisée, et qu’aujourd’hui c’est bien la stratégie du leader Insoumis qui l’a emporté. La gauche cornaquée par LFI est islamo-gauchiste. Ce sont les islamistes qui apportent leur projet; la gauche, elle, les légitime et est chargée de passer une fine couche de vernis social sur les couches de haine raciale. On peut s’en indigner, mais en politique, choisir sa clientèle peut permettre l’accès au pouvoir ; c’est ce calcul que fait Mélenchon. Et en soi, il n’est pas illégitime.

Nos sociétés politiques actuelles se sont construites sur le souvenir de la Seconde Guerre mondiale

En revanche, ce qui est profondément illégitime, dangereux et inacceptable, ce n’est rien de tout cela. C’est d’avoir rompu avec le principal acquis de la Seconde Guerre mondiale. En faisant du conflit à Gaza un moyen de faire passer la jeunesse à l’action politique, le leader Insoumis a fait de la haine et particulièrement de la haine des Juifs un outil de constitution d’une force électorale et militante. Cela ne s’était plus vu en Europe depuis… Hitler. Là est la rupture impardonnable. 

A lire aussi: Antisémitisme : aux grands maux les grands mots

Mais cela ne sera dénoncé par personne à gauche, car tous se sont alliés à LFI en pleine connaissance de cause et cela les a salis à jamais. Aujourd’hui, que ce soit dans le camp de Mélenchon ou dans le clan de Ruffin, les militants de gauche continuent à donner des leçons sur les réseaux, mais ils ont perdu leur magistère moral. 
Il faut dire que cautionner le retour de l’antisémitisme au cœur des sociétés européennes, on l’aurait plutôt attendu de l’extrême-droite. Mais non, grâce à LFI, le privilège de cette infamie revient à la gauche. Le pire est que cette forfaiture a, comme je l’ai expliqué, sa forme de rentabilité. S’il y avait une seule chose à dénoncer, c’était celle-là. Le sujet aura pourtant été évité par tout le monde.

Itinéraire: Ma France en entier, pas à moitié !

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De l’abbé Pierre, du concile cadavérique et de la damnatio memoriae

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"Le Pape Formose et Etienne VI" de Jean-Paul Laurens, 1870. Musée de Nantes. DR.

Notre chroniqueur n’a pas peur d’entrer en conflit avec Elisabeth Lévy, la main qui nous nourrit tous. Quand l’une semble comprendre l’exécration universelle qui frappe désormais l’un des hommes les plus aimés de France, l’abbé Pierre, l’autre s’émeut (comme dit la vache) de ces jugements a posteriori qui lui rappellent diverses sentences post mortem de sinistre mémoire. « Peut-on juger un mort ? » demande la patronne. « On peut — ça s’est fait. Et pas qu’une fois », répond notre érudit, friand d’histoires épouvantables.


En janvier 897, le pape Etienne VI convoqua un synode pour juger l’un de ses prédécesseurs, Formose, décédé en avril 896. Il s’agissait de régler une obscure querelle entre factions rivales.
Le corps de Formose est déterré, revêtu de ses habits pontificaux et installé sur un trône. L’ex-pape se voit attribuer un avocat, et un diacre répond aux questions à sa place.
Je vous la fais courte (tous les détails dans Daniel-Rops, Histoire de l’Eglise du Christ II, L’Église des temps barbares, 1950) : l’élection de Formose est dénoncée et annulée, l’ex-évêque de Rome est dépouillé de ses attributs pontificaux, on lui coupe les deux doigts de la main droite avec lesquels il bénissait, on le balance au peuple qui le jette dans le Tibre.
On récupéra plus tard, miraculeusement, le corps desséché, que l’on ramena à Rome. Les statues, dit la légende, s’inclinaient sur son passage, et il fut définitivement inhumé dans la basilique Saint-Pierre.
Jean-Paul Laurens, un peintre de la IIIème République qui avait fait de l’anti-religion son fonds de commerce, en tira un tableau saisissant.
Evidemment, tout cela se passait durant le Saeculum obscurum (le siècle sombre) de la papauté, qui vit se succéder 12 papes en une soixantaine d’années.

Moyen Age, me direz-vous. Âges obscurs…

Au milieu du XVIIe siècle, Olivier Cromwell renversa en Angleterre le roi Charles Ier, et le fit promptement décapiter (30 janvier 1649) à Whitehall. C’était un génie politique et militaire, et il dirigea le pays avec habileté jusqu’à sa mort en 1658. Trois ans plus tard, le fils de Charles Ier, Charles II (d’où le fait que l’actuel roi soit Charles III), fut réinstallé sur le trône, et l’on s’occupa à juger Cromwell de façon posthume : on le déterra, on le pendit dans une cage à Tyburn, on le décapita et l’on planta son crâne sur un poteau. En fait, il fut grossièrement hanged and quartered, le châtiment ordinaire des criminels d’Etat — voir la fin de Braveheart.

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Ce ne sont là que deux exemples de la longue liste des individus célèbres frappés de damnatio memoriae — dont nombre d’empereurs romains, à commencer par Néron. Leur nom disparaissait des actes et des monuments, leur corps était en général jeté dans le Tibre. En Egypte antique, on en avait fait autant avec Hatchepsout ou Akhenaton — entre autres. Dans le palais des doges, à Venise, on peut admirer les portraits de tous les doges — sauf celui de Marino Falieri, qui fut décapité en 1365 et son portrait recouvert de peinture noire.


Suggérons à Caroline De Haas, inlassable avocate des femmes humiliées par des hommes (ou qui a posteriori, si je puis dire, en ont conçu de l’humeur) d’aller à Esteville (Seine-Maritime) déterrer l’abbé Pierre, et de le précipiter à la Seine, qui n’est pas très loin. Qu’elle se dépêche, le centre Emmaüs dédié à la mémoire de l’abbé fondateur va fermer ses portes pour éviter, sans doute, que des harpies vindicatives ne lacèrent le cadavre frappé de damnatio memoriae.
Effacé, le souvenir des enfants juifs planqués par lui en 1942. Oublié, le fait qu’il ait fait passer en Suisse le plus jeune frère de De Gaulle. Gommée, son action dans les maquis du Vercors et de la Chartreuse. Passées sous silence, ses protestations pour sauver les pauvres durant l’hiver 1956.

Et pourquoi cette réécriture de l’Histoire ? Il a eu des tentations très charnelles auxquelles il n’a pas résisté.

Je reste sidéré par le fait qu’une société laïque — la nôtre — persiste à exiger d’un religieux l’obéissance au vœu de chasteté. Et toutes ces bonnes du curé qui au fil des siècles ont enfanté des « filleuls » qui étaient autant de fils de prêtres ? Et les petits garçons que l’abbé Dubois (1656-1723 — « il court il court, le furet » est la contrepèterie la plus illustre de la chanson française) s’obstinait à lutiner, lui qui fut par ailleurs l’un des plus grands ministres des Affaires étrangères français ?…

Post mortem ! Je n’en reviens pas. Nous sommes dans une époque où des dames en quête de notoriété poursuivent de leur vindicte l’homme qu’elles ont aimé. Il a raison, Hugo : « Toute fille de joie en séchant devient prude » — c’est dans Ruy Blas.

Il a forniqué ? Tant mieux pour lui, c’était un homme de chair et pas uniquement un pur esprit. Vous ne voulez que des saint Ambroise et des Vincent de Paul ? Où les trouverez-vous ?
Et moi qui croyais que la France était justement, au contraire de l’Amérique, un pays où la vie sexuelle, même extravertie, n’était pas un péché mortel… Où des présidents de la République rentraient chez bobonne à l’heure du laitier… 

C’est la seconde fois que je m’intéresse à ce que notre modernité fait à l’abbé Pierre et à sa mémoire. Parce que c’est emblématique d’une société où règne à nouveau le puritanisme anglo-saxon le plus rude. Jugeons les gens sur ce qu’ils font, pesons exactement leurs actes, et rendons justice aux morts — c’est bien tout ce qu’on peut leur rendre, malheureusement.

L'école sous emprise

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Soleil noir

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Antisémitisme : aux grands maux les grands mots

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Gabriel Attal et Gérald Darmanin à La Grande-Motte, après l'attaque terroriste contre la synagogue de la ville, 24 août 2024 © ville de La Grande Motte

L’attentat contre la synagogue de la Grande-Motte a suscité dans la classe politique les habituelles rodomontades, généralement annonciatrices de renoncements. Certes, la gauche et les macronistes, qui ont pactisé avec LFI et pactiseront encore demain si cela sert leurs intérêts, dénoncent sa responsabilité dans la recrudescence des actes antijuifs. Mais tous refusent avec constance de voir que dans une grande partie de la jeunesse musulmane, l’antisémitisme est devenu tendance.


Pour commencer la saison, j’aurais préféré vous entretenir de ce courriel m’annonçant que septembre est « le mois de la prostate », matière à réflexion sur la rage contemporaine de tout montrer qui se déploie paradoxalement derrière l’étendard de la transparence – paradoxalement, car en théorie ce qui est transparent ne se voit pas. Mais me voilà encore une fois requise par un phénomène aussi récurrent à la une des magazines que la misère de l’hôpital public (ou de l’école, ou de l’armée…) : l’antisémitisme. Que dire encore sur la haine des juifs, qui ne l’ait été d’innombrables fois ? Son transfert de l’extrême droite à une frange significative de la société musulmane, le soutien sans participation de l’extrême gauche, le déni de nos dirigeants, l’alibi palestinien, le silence ou l’euphémisation du Parti des médias, l’entourloupe consistant à sonner le tocsin contre l’extrême droite : tout cela est connu de qui veut connaître.

Bien entendu, nous ne verrons rien

On ne sursaute plus quand Gérald Darmanin indique que les actes antisémites ont augmenté de 200 % depuis le 7-Octobre. On devrait pourtant méditer cette funeste contagion qui fait que, quand un juif est frappé quelque part, cela donne envie à certains d’en frapper d’autres. La plupart des êtres humains, doués d’empathie, s’identifient plus volontiers aux victimes qu’aux tortionnaires. Cette définition simple de l’humanité ne fonctionne plus. Pour pas mal de monde, le pogrom du Hamas a agi comme un encouragement, sinon à molester ou tuer des juifs, à les vomir haut et fort, ceci avant que la première balle israélienne ait été tirée. À cela aussi, on s’habitue.

Après l’attentat (raté) du 24 août contre la synagogue de La Grande-Motte, ce qui enrage presque autant que le crime (par chance sans victime, sinon un policier légèrement blessé), c’est le torrent de mots creux qu’il a déclenché. Ainsi a-t-on pu entendre Gabriel Attal déclarer que « s’attaquer à un juif, c’est s’attaquer à la France » (ou à la République, les deux variantes existent), ritournelle psalmodiée après chaque attentat[1]. Tous ces beaux esprits qui ne peuvent pas se passer des juifs, on en pleurerait.

A lire aussi: Mélenchon n’a rien inventé…

En décembre 1981 après le coup d’État de Jaruzelski en Pologne, notre ministre des Affaires étrangères Claude Cheysson faisait scandale en déclarant « Bien entendu nous ne ferons rien ». Cette sincérité un brin cynique est infiniment plus respectable que les « Nous ne céderons pas » de nos dirigeants, vaines rodomontades qui annoncent rituellement de nouveaux renoncements.

Car bien entendu, nous ne ferons rien. Conformément au théorème de Péguy, avant d’agir, il faudrait nommer et avant de nommer, il faudrait voir. Certes du PS au RN, il y a désormais unanimité contre les Insoumis et leur dégoûtante complaisance. Des hiérarques socialistes, écolos et communistes qui se sont acoquinés avec le parti de Rima Hassan ont leurs vapeurs. Ils prennent leurs distances. Au moins le temps de pleurnicher devant les caméras. Quant aux macronistes, maintenant qu’ils ont sauvé quelques dizaines de sièges grâce à leur carnaval antifasciste, ils prétendent désormais sauver leur âme avec des trémolos. Il y a deux mois, pour les uns comme pour les autres, l’antisémitisme n’était pas un motif de rupture, mais un point de détail. On n’a pas oublié.

L’antisémitisme, tendance dans une large partie de la jeunesse

Tous ont ouvert un œil – qu’ils refermeront dès que leurs intérêts électoraux seront en jeu. L’autre reste désespérément clos. Si les Insoumis instrumentalisent les sentiments antijuifs, c’est bien que ces sentiments existent. Où donc, au fait ? On le sait depuis 2002, le feu antisémite couve dans nos territoires perdus, là où les expressions les plus radicales de l’islam sont devenues la culture dominante. Toutes les enquêtes en attestent : pour une grande partie de notre jeunesse musulmane, l’antisémitisme n’est pas honteux, il est tendance. Seulement, pour l’admettre, nos admirables sauveurs de République devraient renoncer à leurs illusions multi-culti et à l’image flatteuse d’eux-mêmes qui va avec. Bien entendu, nous ne verrons rien. On continuera à se raconter des fadaises sur le vivre-ensemble perturbé par une infime minorité qui n’a rien à voir avec l’islam. Et à importer des antisémites au nom des droits de l’Homme.

Le Parti des médias nous enjoindra encore et toujours de regarder ailleurs. Il accueille en fanfare le « roman » d’Aurélien Bellanger. Le gars a dégoté une niche originale dans l’antifascisme. Pour lui, l’urgence, c’est de combattre la (fantomatique) gauche laïque. L’ennemi, c’est Philippe Val, c’est Manuel Valls, et même (la classe) feu Laurent Bouvet, fondateur du Printemps républicain qui ont, accrochez-vous, « réinventé un racisme à gauche ». Son hypothèse est résumée par Le Nouvel Obs : « Et si c’était au cœur de la gauche qu’était né l’esprit réactionnaire et raciste qui menace notre époque. » Tant de sottise laisse sans voix.

A lire aussi : Test : quel fasciste êtes-vous ?

Le 26, pour sa grande rentrée sur France Inter, Sonia Devillers reçoit ce Bellanger en majesté. Deux jours après qu’une synagogue a été attaquée au nom de l’islamo-palestinisme, cet inutile marquis des lettres ose déclarer : « Une islamophobie extrêmement forte travaille la société française. » Ce n’est pas l’islamisme qui travaille la société française, ce n’est pas l’antisémitisme, c’est l’islamophobie. Ravie de la crèche islamo-gauchiste, son interlocutrice ne songe pas à lui rétorquer que l’islamophobie, comme la critique de toute religion, est un droit. Sa bonne volonté progressiste vaudra à notre duo les félicitations de l’ex-CCIF dissous en France pour propagande islamiste.

Le même jour, un ami me raconte que son fils de 9 ans, scolarisé dans le public à Paris 14e, dans un coin plutôt bobo, a compris spontanément, sans la moindre consigne parentale, qu’il devait taire qu’il était juif. Comme son grand-père est un juif turc, le gamin brode sur ses origines turques. Des ondes nationales aux cours de récré, tout le monde a intégré l’avènement de la nouvelle France dont parle Zemmour.

Je n’aurais pas dû. Je me suis surprise à penser tout haut (sur CNews) que je ne finirai peut-être pas ma vie dans mon pays. Il ne s’agit pas d’un choix, encore moins d’une décision, plutôt d’un constat. L’idée qu’un jour, ce ne sera plus tenable. Pour les juifs et, un peu plus tard, pour les autres Français, ceux qui n’ont pas d’Israël. Alors peut-être qu’à quelques-uns, pour rester ensemble et pas trop loin, on fera notre alyah en Italie.


[1] Manuel Valls l’a aussi appliquée aux catholiques après des attentats contre des églises, ce qui est bien le moins.

British lives matter

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Heurts entre des manifestants nationalistes et des manifestants antifascistes à Finchley, après une semaine d'émeutes à travers le Royaume-Uni, 7 août 2024 © Vuk Valcic/ZUMA Press Wire/Shutterstock/SIPA

Instrumentalisées ou non, les émeutes anti-immigration qui ont éclaté en Angleterre cet été ont révélé la détresse économique et sociale d’une classe populaire blanche « invisibilisée » par les élus et les médias. Dans cette société ethniquement cloisonnée, seules les minorités ont le droit de revendiquer leur identité.


Le 29 juillet à Southport, au nord de Liverpool, un inconnu de 17 ans a fait irruption dans des locaux où se tenait un cours de danse pour petites filles. Armé d’un couteau, il en a tué trois, âgées de 6, 7 et 9 ans, et blessé huit autres ainsi que deux adultes, avant d’être maîtrisé par la police. Le lendemain soir a commencé une série d’émeutes qui, pendant huit jours, ont secoué 22 villes en Angleterre et Irlande du Nord, laissant un bilan de 130 policiers blessés, plus de mille arrestations, et pour 300 millions d’euros de dommages. Quatre hôtels hébergeant des migrants ont été attaqués.

La causalité, selon le philosophe écossais David Hume, est le ciment de l’univers. Ce ciment semble plutôt mou quand il s’agit d’expliquer les causes exactes de ces émeutes. D’après le récit officiel du gouvernement et des principaux médias, tout serait parti de fausses rumeurs concernant l’identité de l’auteur du crime, propagées sur les réseaux sociaux par des internautes islamophobes, voire russes. Ces rumeurs ont fourni un prétexte à des groupes d’extrême droite pour descendre dans la rue afin de terroriser musulmans et migrants et en découdre avec la police. Cette demi-vérité tire un voile commode sur les causes sous-jacentes d’une colère populaire réelle et largement partagée, que des voyous ultranationalistes ont pu accaparer. Les commentateurs français ont proposé une autre explication : les Britanniques auraient choisi pour gérer l’immigration un « modèle » dont le nom serait « multiculturalisme » et qui serait « un échec ». Cette interprétation, malgré les assertions erronées qui l’accompagnent souvent sur le rôle de la charia outre-Manche[1], contient, elle aussi, sa part de vérité, mais reste trop abstraite pour nous permettre de comprendre ce qui s’est passé.

Le multicommunautarisme

Le point de départ est moins un modèle qu’une immigration bien différente de celle qu’a connue la France, qui est dominée par des immigrés musulmans d’origine nord-africaine. L’immigration britannique vient principalement du sous-continent indien et comprend non seulement des musulmans, mais des hindous et des sikhs. Comme en France, il y a aussi une immigration de l’Afrique subsaharienne et une autre des Caraïbes. En arrivant sur le territoire anglais, ces groupes, qui ont des identités et des religions bien distinctes, ont eu tendance à s’établir chacun dans des quartiers précis, non pas parce que l’État les y avait installés, mais parce que la tendance des nouveaux arrivants est de rejoindre des compatriotes qui peuvent les accueillir et les guider dans le nouveau pays. En outre, les quartiers voisins sont souvent occupés par les autres groupes ayant des us et coutumes différents. C’est ainsi que des réseaux claniques, notamment le système « biraderi » qui est très fortement ancré au Pakistan, en sont venus à régir la vie des immigrés dans certaines de ces communautés. La dépendance à ces structures est parfois si grande que les liens claniques sont même resserrés par l’installation à l’étranger. Le résultat, dans certaines villes anglaises, est une mosaïque communautaire, même si ces communautés ne sont pas complètement étanches et que beaucoup de personnes issues de l’immigration n’y résident pas ou plus.

La présence des immigrés n’a pas été accueillie avec équanimité par la population autochtone et les émeutes récentes n’ont rien de nouveau. Entre 1958 et 2011, on peut compter au moins une douzaine d’émeutes violentes qui ont jalonné la montée progressive de l’immigration. En outre, des tensions interethniques bouillonnent sous la surface et peuvent exploser. Pendant quelques semaines en 2022, la ville de Leicester a vu des batailles entre hindous et musulmans, inspirées par l’animosité indo-pakistanaise, mais déclenchées par de fausses rumeurs numériques. À Birmingham en 2005, des violences provoquant deux morts ont éclaté entre Noirs et Pakistanais. Le prétexte était encore une fausse rumeur, mais la cause essentielle était la meilleure réussite économique des « Asiatiques » (« Asian » est le terme en anglais pour les immigrés indiens et pakistanais). Ce même conflit s’est invité dans les émeutes de 2011 qui ont fait cinq morts : une violente protestation antipolice de jeunes Noirs s’est transformée en une orgie de pillages dont beaucoup de commerces asiatiques ont fait les frais. Ces tensions interethniques ont été exacerbées par les municipalités qui, allouant des fonds pour des infrastructures, ont involontairement mis les différents groupes en concurrence[2]. Enfin, l’absence d’une laïcité à la française offre aux différentes identités religieuses de la visibilité dans l’espace public.

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C’est ainsi que, depuis les années 1950, des tensions inhérentes à la situation outre-Manche perdurent. Plutôt qu’un succès relatif suivi d’un échec, l’histoire de l’immigration est un tiraillement permanent entre intégration et désagrégation. La tolérance a produit des cas d’intégration réussie, notamment au niveau du gouvernement, mais la peur d’être accusé de racisme a encouragé un laisser-faire excessif dans certaines villes. Ce qui a empiré la situation, c’est la montée de l’idéologie identitaire de gauche qui conforte les communautés cherchant à affirmer leur singularité. Pendant longtemps, les Blancs croyaient pouvoir se dispenser d’une « identité » : ils étaient la majorité, ils incarnaient la norme. Seules les minorités avaient besoin d’une identité. Aujourd’hui, les classes populaires blanches souffrent de cette absence et quand elles veulent affirmer une identité, elles sont qualifiées de « racistes ». Ce qu’elles cherchent, au fond, c’est une reconnaissance qui leur est systématiquement refusée.

À couteaux tirés

Le symptôme le plus évident de ce refus est le déni. Élus et journalistes nient les problèmes de l’immigration et dénient aux Blancs désavantagés jusqu’à la capacité de juger des choses pour eux-mêmes. À Southport, les signes d’une authentique colère populaire ont précédé les violences. Dans la journée du 30 juillet, lors d’une visite de soutien à la ville, le Premier ministre, Keir Starmer, a été accueilli par des huées : « Combien d’autres [victimes] ? », « Nos enfants sont morts et vous vous en allez déjà ? » Son gouvernement, sans doute pour calmer des spéculations sur la possible nature terroriste de la tuerie, a choisi de la situer dans le contexte de l’épidémie actuelle de criminalité à l’arme blanche. Ce faisant, il a contribué à jeter de l’huile sur le feu. En effet, les attaques à l’arme blanche touchent surtout de petites frappes impliquées dans le trafic de drogue. La tuerie de Southport est de nature très différente et se rapproche beaucoup plus du modèle djihadiste : on poignarde un individu ciblé dans la rue ou on tue le plus de personnes possible avant d’être neutralisé. La Grande-Bretagne en a connu plusieurs dans son histoire récente : assassinat et tentative de décapitation d’un soldat en 2013 ; attentats de Westminster et du pont de Londres en 2017, faisant un total de 13 morts ; en 2019, cinq personnes poignardées par un terroriste dont deux mortellement ; l’année suivante, deux victimes poignardées par un autre.

Ce mode opératoire a clairement inspiré d’autres tueurs souffrant plutôt de problèmes mentaux. L’année dernière, à Nottingham, un immigré a poignardé deux étudiants et un homme plus âgé. En juillet cette année, un homme noir a tenté de poignarder un soldat dans la rue pour un motif inconnu. Ces exemples ont poussé le public – et Nigel Farage, le leader de Reform UK – à poser des questions sur la motivation du tueur de Southport ou le modèle qu’il a suivi. La police a annoncé rapidement que ce n’était pas un terroriste, mais la tentative des travaillistes de noyer le poisson islamiste n’a pas berné le public. Une interrogation reste entière : pourquoi l’assassin, d’ascendance rwandaise, a-t-il ciblé un cours de danse fréquenté par des petites filles blanches fans de Taylor Swift ? Quand un député conservateur a été assassiné en 2021 par un djihadiste, les autorités et les médias ont d’abord évoqué les éventuels problèmes psychiatriques du tueur, avant de reconnaître le caractère terroriste du meurtre, pour finalement resituer le crime dans le contexte général de la haine en ligne dirigée contre les élus. Aujourd’hui, les citoyens sont las d’être pris pour des imbéciles.

Manifestation devant le siège du parti de Nigel Farage à Londres, en raison de son rôle présumé dans les émeutes d’extrême droite à travers le Royaume-Uni, 10 août 2024 Tayfun Salci/ZUMA Press Wire/Shutterstock/SIPA

L’impression de déni est renforcée par deux autres éléments. D’abord, les « Asian grooming gangs », ces réseaux d’hommes, majoritairement d’ascendance pakistanaise, qui pratiquent l’exploitation sexuelle de mineures, majoritairement blanches, soumises à des viols collectifs et à des tortures physiques et mentales. La ville de Rotherham, qui a connu des émeutes très violentes après Southport, est aussi celle où, de la fin des années 1980 à 2013, une bande de violeurs a pu opérer en toute impunité, faisant probablement plus de 2 000 victimes. La peur d’être traitées de racistes a paralysé les autorités municipales tandis que la police n’a pas pris l’affaire au sérieux par mépris sexiste envers des filles des classes inférieures. Les procès des coupables sont encore en cours. Mais c’est seulement après la création par le gouvernement d’un groupe de travail spécialisé, en 2023, qu’on a découvert l’ampleur du phénomène. Pourtant, la volonté de le minimiser reste très forte chez certains chercheurs, fonctionnaires, élus et journalistes de gauche. Ensuite, l’action policière durant les émeutes a montré qu’en matière de maintien de l’ordre, il y avait deux poids, deux mesures. En anglais, on dit « two-tier policing » (« à deux niveaux »), ce qui a permis la création d’un surnom qui rime pour Starmer ; « two-tier Keir ». Ainsi, la police semble beaucoup plus indulgente avec les manifestations de minorités (pro-BLM, propalestiniennes…) qu’avec celles qui impliquent majoritairement des Blancs (anticonfinement, anti-immigration…). Bien que justifiée dans une grande mesure, la réponse vigoureuse des autorités cet été ne pourra que renforcer le sentiment d’aliénation qui prévaut dans nombre de quartiers populaires blancs.

Nous voilà bien logés !

Malgré le déni à gauche, de nombreux sondages montrent que pour les Britanniques, l’immigration est la question prioritaire. Le Brexit devait, disait-on, régler ce problème. Or, s’il a arrêté les flux de travailleurs venant de l’UE, ces derniers ont été remplacés, non par des autochtones, mais par une main-d’œuvre importée de pays non européens. Boris Johnson a été élu sur la promesse de réduire considérablement l’immigration d’ouvriers peu ou non qualifiés, aptes à concurrencer les travailleurs britanniques, et de privilégier l’immigration d’ingénieurs ou de chercheurs, capables de contribuer au bien commun. Cette promesse n’a pas été tenue. 83 % de la main-d’œuvre importée continue à être non ou peu qualifiée. La pandémie a renforcé le besoin de salariés sans diplômes (et moins chers que les citoyens britanniques) dans le secteur hospitalier et celui des soins à la personne. Il est clair que les ouvriers britanniques sont défavorisés : 9 % de la force de travail était née à l’étranger en 2004 ; aujourd’hui, le chiffre est monté à 21 %.

On a beaucoup parlé de soldes migratoires record : 745 000 en 2022 et 685 000 en 2023. En réalité, il s’agit pour la vaste majorité de visas temporaires accordés à du personnel soignant non qualifié et aux étudiants, dont l’argent finance le système universitaire d’ailleurs très performant. Des mesures prises par le gouvernement conservateur ont déjà permis de baisser drastiquement (de 80 %) le nombre d’arrivées cette année. Mais le sentiment que les autorités font fi des classes ouvrières britanniques demeure. L’une des cibles principales des émeutes récentes ont été les hôtels où sont logés les migrants illégaux. Il y en a 400 aujourd’hui, tous situés dans des quartiers défavorisés, à un coût de 10 millions d’euros par jour pour le contribuable. Or, le Royaume-Uni souffre actuellement d’une crise du logement très sévère qui est l’une des causes principales de la défaite électorale des conservateurs. La colère dirigée contre les hôtels est inexcusable, mais compréhensible. À sa manière, c’est encore un appel au secours – comme le Brexit – des « déplorables », des « somewhere ». Par leur réponse sécuritaire et répressive, les travaillistes ont réussi à remettre le couvercle sur la cocotte-minute. Il leur faut maintenant convaincre cette population qu’ils ont compris les causes de sa détresse.


[1] « God Save the Charia ? », Causeur, janvier 2017.

[2] « Multiculturalisme britannique : Tea for Too Many », Causeur, janvier 2021.

Le flingueur de la démocratie

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Le président Macron à Neuville-sur-Saône (69), 10 septembre 2024 © Blondet Eliot-Pool/SIPA

Entre succès populaire des Jeux olympiques et Bérézina politique, les Français sortent d’un étrange été. Le président Macron a crucifié nos institutions, et entame une curieuse cohabitation.


En clôture d’un été olympique, couvercle parfait pour calmer le feu, Michel Barnier a été nommé Premier ministre. Après des européennes remportées par le RN, une dissolution dont on cherche encore les motifs, et des législatives brouillées par la résurrection du front républicain, l’ex-négociateur du Brexit pour l’Union européenne s’est installé à Matignon. Pour combien de temps ? Mystère et boule de gomme, vu que tout dépend de Marine Le Pen. Le jour où son parti censurera la majorité, la confusion repartira de plus belle. Avec son lot de tractations, de bruits de couloir et de têtes d’affiche sorties du chapeau. À l’image de Lucie Castets, étoile filante du Nouveau Front populaire, ou de Thierry Beaudet, président d’un Conseil économique, social et environnemental qui pond des rapports bons à caler les armoires. Pour l’heure, tout le monde s’interroge. Le gouvernement tiendra-t-il ? Le cessez-le-feu acté par Madame Le Pen durera-t-il ? Plombée par son endettement, la France évitera-t-elle la mise sous tutelle du FMI ? Autant de débats qui enflamment les médias tout en épargnant l’artificier en chef du chaos : Emmanuel Macron.

C’est bien connu, quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt. Telle est la leçon de l’été, où la dégringolade politique fut inversement proportionnelle aux médailles raflées par Léon Marchand. D’un côté, un nageur en or accumulant les titres sous les vivats de la foule ; de l’autre, un président jouant la montre au bord de la piscine, s’abritant derrière l’éclat du champion national. Durant des semaines, le pays a vibré au son d’une Marseillaise recouvrant la sombre vérité : Emmanuel Macron a crucifié nos institutions. Jadis, le président battu devait partir. C’est ce que fait de Gaulle en 1969, démissionnant le soir même de son référendum perdu. Un départ annoncé en deux phrases d’une austérité d’ecclésiaste : « Je cesse d’exercer mes fonctions de président de la République. Cette décision prend effet aujourd’hui à midi ». En 1986, Mitterrand est le premier à corrompre l’usage, se maintenant malgré sa défaite aux législatives. Ainsi naît la cohabitation, où Matignon est offert sur un plateau à la majorité contre-présidentielle. Puis cette pratique anti-gaullienne se mue en norme. Par trois fois en onze ans, le président appelle à ses côtés un Premier ministre de l’autre bord – Jacques Chirac, Edouard Balladur et Lionel Jospin. Mieux vaut partager le pouvoir qu’abandonner l’Élysée. Cette année, dans la touffeur de l’été, Emmanuel Macron a inventé une nouvelle pratique : perdre sans cohabiter. Malgré sa déroute aux européennes – dans lesquelles il s’est personnellement engagé –, le fiasco du premier tour des législatives – où son camp était aux abois –, et l’instabilité d’un parlement divisé en trois blocs – avec une Macronie canal historique réduite à peau de chagrin –, il a choisi, non seulement de rester, mais de caster son Premier ministre façon Nouvelle Star. D’Olivier Faure à Bernard Cazeneuve, de Laurent Berger à Xavier Bertrand, tous ont cru poser leurs valises à Matignon. Le chef de l’État, en pleine crise de légitimité, a multiplié les ballons d’essai. Avant d’enchaîner les entretiens tel un banal DRH.

À première vue, les apparences sont sauves. Si les Français ne rêvaient probablement pas de Michel Barnier, son style sans affect, sa sobriété de vieux loup de mer tranchent avec les rodomontades du nouveau monde macronien. Quarante ans après le tournant de la rigueur, place au tournant de la raideur ! Il n’empêche. L’ancien commissaire européen, l’ex-candidat aux primaires de la droite battu par Valérie Pécresse, est le choix d’un président contesté comme jamais. En 1958, de Gaulle voulait une République fondée sur la légitimité du chef. Pas de leader qui tienne sans soutien populaire. En 2024, Emmanuel Macron inaugure une présidence dégagée de cette vieille contrainte du suffrage. Libre de faire comme si les élections n’avaient pas eu lieu. Il n’y a pas si longtemps, on appelait ça pourtant : la démocratie.

On marche sur la tête: La France, l'UE et les mensonges

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Paris d’île en île

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© Angèle Damade

Dans un essai érudit et plein d’esprit, Jacques Damade mène le lecteur à la découverte des îles disparues de Paris. Cette promenade à travers les siècles et l’histoire de notre capitale est un vrai régal.


D’après Jacques Hillairet, fameux historien de Paris, les îles disparues de Paris étaient huit. Fondateur des Éditions La Bibliothèque, Jacques Damade en a exhumé dix – et nous fait le tour du propriétaire. La géographie et l’histoire sont convoquées, la poésie fait des apparitions. L’ensemble est ludique, souriant et plein d’enseignements. Promeneur des deux rives, Damade musarde, guides anciens et cartes oubliées à la main (et caduques, puisque les îles ont disparu).

Souvent, en outre, il adopte le point de vue du piéton de Paris… du XVe, du XVIe, du XVIIe, voire du… XXIe siècle : Damade peut tout faire, il suffit de lui emboîter le pas. Tantôt il s’incarne en tafouilleux (chiffonnier de la Seine), tantôt (entre autres) en « noyé » (Damade peut tout faire).

Dix îles, disions-nous – jusqu’au XVIe siècle pour la plupart. Les voici, nommons-les, c’est un carnet de bal – d’est en ouest, de l’amont à l’aval : l’île Louviers, l’île aux Vaches, l’île Notre-Dame, l’île aux Juifs, l’île à la Gourdaine (rien à voir avec « gourgandine »), l’île du Louvre, l’île aux Treilles, l’île de Seine, l’île Merdeuse, l’île Maquerelle.

Avec l’apparition des ponts et la disparition des îles, l’orientation à Paris se fera de moins en moins d’est en ouest ; de plus en plus en fonction des rives (droite et gauche).

Dix îles qui, pour ne pas arranger notre affaire, ont souvent changé de noms et de formes au gré du temps. Ce qui fait de ce livre rapide, elliptique, une manière d’enquête – ou d’archéologie : où ont-elles disparu ?

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Damade remonte le temps, le cours de la Seine et nous apprend, par exemple, que l’île Merdeuse doit « sans doute » – historien du dimanche (soir), Damade est précautionneux – son nom à un vieil égout « qui longe à ciel ouvert le ruisseau de Ménilmontant » et se jette dans la Seine « à la hauteur de la grille de Chaillot ». Large, « il parcourt la rive droite, recueille les égouts affluents : odeurs aux abords, alluvions à l’embouchure, apparence ocre » – bref, l’île Merdeuse, la plus à l’ouest des îles répertoriées.

Autre exemple où l’onomastique fait signe (et sens) : Maxime du Camp appelle « île des Cygnes » l’île dont le « premier nom était fort irrévérencieux » – « Île Maquerelle » jusqu’au début du règne de Louis XIV. Quant à « l’île aux Juifs » – devenue la place Dauphine – on vous laisse découvrir son lien avec… les Templiers.


Tout au long de cette promenade, l’onomastique joue des tours et un rôle déterminant : les indices sont rares mais existent, alibi et occasion de plonger dans quelques merveilles de bibliophilie, autre tropisme (gourmand) de Damade – tantôt Maxime du Camp, Félix et Louis Lazare, Henri Sauval, tantôt une gravure de Callot, un plan de Jouvin de Rochefort (1674), un paragraphe de Vidal de la Blache (« de Notre-Dame à la place de la Concorde, en passant par le Louvre, se déroulent successivement la gravité du XIIIe siècle, la grâce de la Renaissance, l’élégance du XVIIIe siècle »). L’ensemble est une illustration possible d’un octosyllabe de René Char : « Seules les traces font rêver. »

Les îles disparues de Paris, de Jacques Damade, illustrations d’Angèle Damade, Éditions La Bibliothèque, 2024. 180 pages

Les îles disparues de Paris

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L’épopée d’un poète retrouvé

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Parseval-Grandmaison dessiné par Dutertre © Tous visuels Ludovic de Parseval

La découverte de centaines de milliers de vers d’un poète oublié dans son grenier n’est pas chose fréquente. C’est le trésor que recelait la propriété familiale de Ludovic de Parseval qui a ainsi exhumé la vie et l’œuvre de son aïeul, François-Auguste Parseval-Grandmaison, figure littéraire du XIXe siècle.


Il y a deux ans, Ludovic de Parseval m’écrivait à la suite d’un article publié sur mon blog et consacré à la littérature du Premier Empire. Il avait retrouvé dans un tiroir, fermé depuis sept générations, près de cent mille alexandrins originaux de son aïeul, François-Auguste Parseval-Grandmaison. Quel trésor ! car si l’on a certes oublié cet écrivain précurseur, poète impérial membre de l’Académie française, il participa cependant à la campagne d’Égypte, connut Napoléon, correspondit avec Victor Hugo, Delille, Lamartine et Chateaubriand (excusez du peu !). C’est bien l’une de ces cruelles injustices de l’histoire qu’il soit tombé hors de nos souvenirs.

Le jeune Ludovic de Parseval devant la propriété familiale, en 1964

C’est en vain qu’une maison d’édition à pignon sur rue s’intéresserait aujourd’hui au poète ; on remise les vieux livres au grenier comme les vieux meubles, où ils se déprécient. Cela seul eût suffi à décourager tout autre que mon cher correspondant de partager sa trouvaille au public ; heureusement, il est du parti de ces gardiens discrets de notre mémoire commune qui luttent comme des Poilus sur le front pour la sauvegarder : alors, passant outre les dédains des éditeurs, il poursuivit héroïquement son combat en réhabilitation de son ancêtre prestigieux. Mais peut-être que je noircis un peu trop l’époque ? Car il existe encore, Dieu merci, des organisations d’intérêt public chargées de sauvegarder les multiples méandres de notre histoire : je pense ici à la BnF (Parseval-Grandmaison était académicien) ainsi qu’à la Fondation Napoléon, dirigée par Thierry Lentz et présidée par Victor-André Masséna. C’est Pierre Branda en l’occurrence, directeur scientifique de la Fondation, qui accordait à Ludovic de Parseval l’honneur de quelques pages dans la revue de la Fondation, Napoleonica, afin de présenter son ancêtre retrouvé.

Ce travail titanesque pour un novice de non seulement présenter le poète, mais encore de le rétablir dans son contexte – celui du Premier Empire, pris entre l’enclume du classicisme et le marteau du romantisme –, pour le moins difficile en matière de littérature, mon correspondant, humaniste et curieux de tout, l’entreprenait aussitôt. Je l’appuyais de mon aide fort modestement, et, finalement, l’article paraissait au mois de juillet (consultable sur le site en accès libre).

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J’invite chaque passionné d’histoire et de littérature à lire ce grand article disponible en accès libre sur le site de la revue. Ludovic de Parseval décrit avec brio l’aventure qui le poussa à exhumer des vieux tiroirs du château familial les manuscrits inédits de l’académicien ; le lecteur y trouvera que le temps qui nous sépare de Napoléon n’est pas si lointain : le père de Ludovic a connu la petite-fille du poète ! Le lecteur découvrira aussi la vie épique de François-Auguste, né en 1759, rescapé de la Révolution (Le crime en uniforme, en bonnet, en moustache / Moissonnant les humains changeait la faux en hache), qui écrivit sur la chute de Robespierre, Philippe Auguste et la campagne d’Égypte (Et moi qui l’ai suivi, moi qui suis son poète…), passa par Suez, Londres et Paris, bien Français dans son genre se fit tenant du classicisme et conspua le romantisme, tout en composant des merveilles poétiques aux accents irrésistiblement… romantiques (Dans l’océan des airs au milieu des orages, / Nos âmes flotteront vers ces divins rivages / Et peut-être, à jamais unissant notre sort, / Sur le même vaisseau nous surgirons au port). Mais Lamartine n’avait-il pas reconnu lui-même dans Parseval un « précurseur » ? Le jeune Hugo, vainqueur futur d’Hernani, l’écoutait avidement, entouré de Vigny et de Lacretelle ! Le curieux lecteur enfin lira quelques vers inédits des chants sur la campagne d’Égypte : « Mais contre les mutins justement irrités, / Quel Français des tombeaux traverse la cité ? / C’est le vaillant Dupuy ! sa voix commande au Caire, / Intrépide au-devant de la horde sicaire ! », — puis pénétrera dans l’intimité du poète, en découvrant des extraits des mémoires de son fils aîné.


Si la publication de ce long article dans Napoleonica contribue à la réhabilitation de Parseval-Grandmaison dans notre mémoire collective, la quête en ressouvenance de l’Immortel est loin d’être achevée ; le Graal, bien entendu, serait une édition pour le grand public de ses œuvres dans une collection classique. Je sais que son descendant a déjà commencé à transcrire les vers : le travail est titanesque ! J’ai pu moi-même consulter les manuscrits : dans ces brouillons la ponctuation est inexistante, et les ratures anéantissent les pattes de mouche ; mais je connais maintenant la saine opiniâtreté de l’héritier du poète, son caractère infatigable et décidément curieux, et je ne doute plus que bientôt paraîtront des éditions salutaires des poésies parsevaliennes, venues de maisons mécènes consentant à bien vouloir faire perdurer la mémoire d’un temps glorieux pour la France.

« Le temps a passé, écrit dans son article Ludovic de Parseval ; sous une épaisse couche de sable, les mois, les années ont enseveli une œuvre complète, qui aurait mérité une édition de son temps. Le Poème de Bonaparte n’est qu’un aperçu. Tel un grand cru parmi les vieilles bouteilles qu’on exhume de la cave, dont on espère déguster la saveur bonifiée par les ans, tels ressurgissent les poèmes de Parseval-Grandmaison qu’on appréciera avec la même curiosité. Il faut pour s’en convaincre inciter le lecteur à leur redécouverte et rabattre un instant le faisceau lumineux sur ce pan méconnu de la littérature. »

Bruno Le Maire, l’Indéboulonnable

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Pot de départ de Bruno Le Maire à Bercy, 12 septembre 2024 © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Le ministre de l’Économie et des Finances a prononcé ce jeudi son discours d’adieu aux fonctionnaires de Bercy. Son bilan après sept ans aux cordons de la bourse du pays est dramatique, mais selon lui, ce n’est pas de sa faute.


Bruno Le Maire, surnommé l’« Indéboulonnable » comme on surnommait Robespierre l’« Incorruptible », pour le plus grand malheur des Français, quitte donc enfin le ministère de l’Économie : l’heure est à la jubilation ! « Je vous aime mais je pars », a déclaré le romancier devant ses troupes, se prenant pour Napoléon à Fontainebleau, avant de citer Michel Sardou (ce doit être le en même temps macronien ; et dire que la Cinquième a connu André Malraux !). On ne s’étendra pas sur ces paroles de politique : le ministre, s’il nous avait aimés un peu plus sincèrement, serait parti un peu plus tôt — « je vous aime, donc je pars », eût été pour le coup une vraie preuve de sa dévotion.

Le vrai Mozart de la finance

Ministre de l’Économie, donc, de 2017 à 2024, l’Indéboulonnable a bien de quoi se rengorger : on a rarement fait pire ; vraiment, il y a quelque chose d’admirable, à se maintenir en poste pendant sept années avec de tels résultats. L’économie n’est pas une science exacte, loin s’en faut, et c’est d’autant plus triste pour notre ministre démissionnaire, qui face à l’évidence en est réduit à expliquer son bilan déplorable par le Covid ou les gilets jaunes, comme un criminel cherche à fléchir le tribunal avec son enfance difficile. Hélas pour lui, les chiffres sont sans appel : la dette publique (brute), qui s’élevait à 2.100 milliards en 2018, soit 89,5% du PIB, monte à 3.160 milliards d’euros au deuxième trimestre 2024 (presque 111% du PIB, soit une augmentation de plus de mille milliards !)1 Pire : le déficit public, entre 2018 et 2023, est passé de 2,5 à 5,5%2 du PIB, et devrait franchir cette année la barre des 5,6%3 ; pour mémoire, l’Union Européenne a fixé à 3% le seuil à ne pas dépasser (!) — d’ailleurs, la Commission a d’ores et déjà engagé contre la France une procédure de déficit excessif… Et ce n’est pas tout : une note de Raul Sampognaro, Mathieu Plane et Xavier Ragot, publiée à l’OFCE le 24 mai 20244, révèle un écart dans le déficit de 40 milliards d’euros chaque année depuis 2017 par rapport à la trajectoire prévue, soit l’équivalent de 1,4 point du PIB !
Le ministère lui-même, c’est dire, a prévenu que le déficit pourrait atteindre 6,2% l’an prochain au lieu des 4,1% rêvés ; et noté ingénument, comme s’il n’y était pour rien, la hausse « extrêmement rapide » des dépenses des collectivités territoriales, dépenses qui « pourraient dégrader les comptes 2024 de 16 milliards d’euros » par rapport à la trajectoire de déficit adressée à la Commission5 : c’est du Mozart dans la gabegie.

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Une politique un peu socialiste, un peu libérale

Même Pierre Moscovici (!) juge « inquiétante » la situation des finances publiques6. Et pour cause ! Le déficit public se trouve six points au-dessus des prévisions, malgré une année 2023 marquée par la fin du « quoi qu’il en coûte ». Le premier président de la Cour des comptes, pas de gauche pour rien, reproche évidemment au ministre d’avoir baissé les impôts, au lieu de les avoir augmentés ; il a tort : même là-dessus, Bruno Le Maire aura eu tout faux. Si en effet certaines recettes ont été « ralenties » en 2023-2024, notamment en matière de TVA et d’impôts sur les sociétés, les impôts sur le capital ont en revanche fortement augmenté, au moins en 2023 (+ 12,8% !), sans parler de la taxe foncière qui « reste dynamique » — pour reprendre la litote magnifique du service public7. En parallèle (car décidément, Bruno Le Maire aura eu vraiment tout faux), les dépenses publiques ont battu des records entre 2018 et 2023 : 100 milliards au total, une bagatelle ! La faute aux prestations sociales (+ 3,3%) et à la hausse des rémunérations des fonctionnaires (+ 4,6%)8 : on s’en serait douté.

Bruno Le Maire a été l’incarnation de la politique socialo-démocrate de la macronie, la plus pure quintessence de cette idéologie qui n’en est pas une, un peu socialiste, un peu libérale, ni l’une ni l’autre, en même temps l’une et l’autre. Toute son économie se sera résumée à une augmentation timide des impôts et des taxes, suivie d’une baisse plus timide encore d’autres impôts et d’autres taxes, mesures prétendument « fortes » devant servir à réguler l’explosion brutale de la dette et du déficit. Le résultat est catastrophique : cinq années de plus et c’était la banqueroute. Bon vent, Monsieur le ministre !


  1. https://www.insee.fr/fr/statistiques/8210074 ↩︎
  2. https://www.insee.fr/fr/statistiques/8061907 ↩︎
  3. https://lcp.fr/actualites/deficit-bruno-le-maire-alerte-les-parlementaires-sur-un-derapage-de-16-milliards-d-euros ↩︎
  4. https://www.ofce.sciences-po.fr/blog/les-crises-expliquent-elles-la-hausse-de-la-dette-publique-en-france/ ↩︎
  5. https://departements.fr/budget-2025-conference-de-presse-de-la-commission-des-finances-du-senat/ ↩︎
  6. https://www.ccomptes.fr/fr/documents/70837 ↩︎
  7. https://www.vie-publique.fr/en-bref/293530-deficit-public-de-la-france-55-du-pib-en-2023 ↩︎
  8. Même lien que le précédent ↩︎

Mélenchon n’a rien inventé…

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Paris, 7 septembre 2024 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Jean-Luc Mélenchon assume et accélère sa stratégie électorale communautariste à destination des « quartiers populaires » (les cités islamisées). François Ruffin, isolé, fait des révélations troublantes. Mais pour l’instant la gauche continue d’avoir peur du chef des Insoumis.


« Sachant que la force de l’affirmation impressionne toujours les têtes molles, il commence par célébrer sa victoire électorale relative comme une victoire totale et définitive ». Considérant le flot de rodomontades dont nous abreuvent M. Mélenchon et ses affidés LFI-NFP depuis le second tour des dernières élections législatives, on pourrait penser que ce commentaire porte effectivement sur la stratégie de communication politique que ceux-là ont adoptée dans la foulée. Dès le soir du scrutin, le chef des chefs, Mélenchon, criait victoire, proclamait être le grand vainqueur de ces élections, le seul, exigeant sans vergogne que soit mis en place immédiatement « le programme, rien que le programme, tout le programme ». Le sien, évidemment. Depuis, cet accommodement plutôt culotté avec la réalité nous est asséné à chaque prise de parole des uns et des autres de ce camp-là. Or, dans une large partie de l’opinion, l’enfumage opère, tant il est vrai que les têtes molles y sont nombreuses. Passons.

Discours durs et têtes molles

On serait tenté de voir dans la citation rapportée plus-haut, disais-je, un commentaire de la vantardise post-électorale du grand faiseur Mélenchon. Il n’en est rien. Son ego dût-il en souffrir, il n’a rien inventé. Il ne fait même que mettre ses pas dans ceux d’un illustre prédécesseur. Illustre mais ô combien haïssable.

Ce prédécesseur n’est autre, mesdames, messieurs (ici, un roulement de tambour serait bien venu) que l’abject Adolf Hitler en personne, qui usa du même faux semblant, de la même imposture à la suite des élections législatives de novembre 1932. Le commentaire que je cite est d’André François-Poncet qui fut ambassadeur de France à Berlin de septembre 1931 à octobre 1938. (Cf. Son remarquable livre Souvenirs d’une ambassade à Berlin, Flammarion, 1946.)

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Les grandes têtes molles auxquelles il est fait référence désigne ici, évidemment, la pléthorique cohorte des fausses élites et vrais lâches qui ont avalé la couleuvre sans s’opposer, sans se révolter, sans même vraiment sourciller, laissant ainsi l’Adolf accéder au pouvoir.

Aujourd’hui comme hier, les têtes molles ne manquent pas. Parmi les élites comme ailleurs. Chaque jour nous les trouvons à l’œuvre. Nous les voyons ramper, embarquées qu’elles sont dans une fangeuse soumission. Les preuves ne manquent pas au dossier, hélas. Un seul exemple, récent, affligeant : en plein Paris, hauts parleurs à fond, on peut aujourd’hui prêcher l’intifada sans être jeté sur le champ en prison. Juste une question pour rire (ou pas) : pourrait-on prêcher la Croisade en plein Téhéran, au cœur de Kaboul, tout aussi impunément ? Certes non. Il est vrai que chez les ennemis de notre civilisation – car ils sont bel et bien nos ennemis jurés – ceux qu’on pourrait qualifier de têtes molles[1] n’ont guère droit de cité.

François Ruffin désormais comparé à Doriot par LFI

Les mots droit et cité m’étant venus, l’enchaînement est tout trouvé avec les révélations de François Ruffin, lui-même LFI (on n’est jamais trahi que par les siens) portant sur la scandaleuse stratégie électoraliste mélenchonienne mise en pratique dans les quartiers, les cités, où tous n’auraient pas droit au même traitement. Il y aurait les bons profils et les moins bons profils. Bref, on procéderait au gré d’une sélection au faciès. Rien que cela ! Le sacro-saint principe d’égalité citoyenne foulé au pied, jeté à la poubelle. Le droit à la bonne parole sous condition d’éligibilité au faciès. Et probablement suspicion de « délit de sale gueule » pour les autres ? Ignoble ! Pourquoi ne pas préconiser pour ces autres-là, les exclus, les discriminés, les ostracisés le port d’un signe distinctif, je vous laisse imaginer lequel ? Voilà qui faciliterait grandement le racolage. Là encore, on attend la révolte, la condamnation sans atermoiement, le rejet sans appel des têtes molles, ces égarés du pot-pourri NFP, transfuges d’un PS en coma dépassé, écologistes en phase terminale de pollution dogmatique. On les attend, on guette leur réaction. Rupture or not rupture ? Courage or not courage ? Dignité or not dignité ?

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Donc, sélection au faciès ! là encore Mélenchon n’a rien inventé. On le sait. Il n’empêche, une ligne rouge est franchie. Une sacrée ligne rouge ! Le masque tombe, d’autant qu’un aveu – tout aussi sidérant – vient en rajouter. Lors de la manifestation – plutôt faiblarde – du week-end dernier, on a pu entendre l’Insoumis en chef donner ses directives à quelques ouailles ébahies : « Il faut mobiliser la jeunesse et les quartiers populaires. Là se trouve la masse des gens qui ont intérêt à une politique de gauche. Tout le reste on perd son temps. » Oui, les mots sont bien ceux-là : «  Tout le reste on perd son temps. » En d’autres termes, les sans dents d’ailleurs, ceux des bourgs et des campagnes peuvent bien crever ! Qu’en pense M. Hollande, élu des terroirs corréziens ? Que disent les prétendus héritiers des Jaurès, des Blum face à une politique si clairement, si éhontément revendiquée communautariste ! On espère une saine révolte. Quelque chose comme une tribune dans leurs médias de révérence, Libération, Le Monde…. Pour l’instant, rien. Mais peut-être n’ont-ils pas entendu cette énormité ?

Tête molle et dure d’oreille. Décidément, la gauche française est fort mal en point.  


Elisabeth Lévy, ce matin sur Sud Radio : « LFI fait du racialisme »

Retrouvez Elisabeth dans la matinale de Jean-Jacques Bourdin.

[1] L’expression Têtes Molles est due au poète Lautréamont : « Depuis Racine la poésie n’a pas progressé d’un millimètre, écrit-il. Elle a reculé. Grâce à qui ? Aux Grandes Têtes Molles de notre époque. » Et de classer parmi celles-ci : Lamartine, Hugo, Musset « métamorphosés volontairement en femmelettes. »