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Occupation: pour Jérôme Garcin, le talent littéraire n’excuse rien

Dans son dernier ouvrage, Jérôme Garcin ne passe rien à nos écrivains collabos, il les charge. L’amitié et la critique sont-elles compatibles ? se demande notre chroniqueur, après avoir ressenti un léger malaise à la lecture du livre de l’ancien critique du Masque et la Plume.


Jérôme Garcin vient de publier Des mots et des actes – Les Belles-Lettres sous l’Occupation. Cet auteur, qui est un ami, éprouve une passion pour la littérature, il écrit des livres qui sont remarquables et ont toujours bénéficié d’une critique enthousiaste. Son registre est infiniment varié, de l’intime à l’Histoire. À son égard, je n’ai jamais douté de la sincérité de ces louanges, précisément parce que je les approuvais et les partageais. Alors qu’en général, j’ai toujours jugé la critique française (littérature, cinéma et ou théâtre) connivente, clientéliste, excessive et donc fausse, oscillant entre l’hyperbole et la démolition et donnant trop rarement une impression de liberté et d’authenticité. Peut-être ma vision est-elle excessivement pessimiste ; ou dois-je concéder être arrêté, devant beaucoup d’analyses favorables ou non, par cette limite intolérable qu’elles ne rejoignent pas les miennes ?

Dérision malvenue ?

Avec le dernier et court ouvrage de Jérôme Garcin, que j’ai lu d’une traite tant il mêlait la littérature, la période terrifiante et, pour certains, héroïque de l’Occupation, le destin de plusieurs écrivains détestables dans leurs écrits et leur comportement, maudits, rejetés, fusillé pour Robert Brasillach, talentueux mais égarés ou admirables tel Jean Prévost. Je me suis trouvé confronté à une excellence mais aussi à un léger malaise.

Je n’ai pas à discuter le choix de ses hostilités et de ses dilections. Pour ces dernières, on sait que Jean Prévost, auquel il consacre plusieurs chapitres, est un modèle : comme écrivain, comme homme de courage, résistant et héroïque, comme personnalité capable de tout mener de front, homme de réflexion et d’action.

Quand Jérôme Garcin se penche sur les écrivains qu’il honnit parce qu’ils ont écrit des horreurs, qu’ils ont pactisé d’une manière ou d’une autre avec l’occupant et qu’ils n’ont pas correspondu à son idéal de « chevalerie », parfois noblement sacrificielle, il ne perd rien de sa qualité de style, de son art des portraits et de sa fluidité narrative.

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Pour le style, il rapporte ce qu’on reprochait à Paul Morand dans sa correspondance avec Jacques Chardonne : « faire du style dans chaque phrase ». Ce pourrait être, de manière positive, porté au crédit de Jérôme Garcin.

Ce qui m’a perturbé, et qui tranche avec la compréhension profonde dont Jérôme Garcin sait faire preuve même à l’encontre du pire, est le ton de dérision, ou condescendant, ou moralisateur, dont il use souvent. Comme s’il était impossible, en jugeant ces quelques écrivains méprisables, d’expliquer mieux pourquoi ils l’avaient été, dans quelle nasse l’Histoire les avait englués et comment ils n’avaient pas su ou pu en sortir. Un Robert Brasillach a été admirable à partir de son arrestation, durant son procès avec une justice expéditive et lors de son exécution : cela ne compense pas ses écrits indignes mais aurait appelé, de mon point de vue, moins de dogmatisme inquisiteur.

Il ne faut pas avoir été résistant pour bien écrire

J’ajoute que Jérôme Garcin a totalement raison de célébrer les écrivains résistants, mêlant à leur talent le courage d’affronter le nazisme et pour quelques-uns d’y perdre leur existence. Mais j’ai eu parfois l’impression, à le lire, qu’il fallait avoir résisté pour bien écrire, pour être qualifié de grand écrivain. Je n’irais pas jusqu’à placer Céline au-dessus de tous parce qu’il a révolutionné la langue française mais avoir ébloui avec Le Voyage ou Mort à crédit n’est pas à négliger.

Dans ce beau petit livre, je suis touché indirectement par l’autoportrait de Jérôme Garin : la littérature n’est pas tout pour lui, le courage est capital, dire non plutôt que oui, face à l’intolérable, est exemplaire, la vie n’est pas un long fleuve tranquille mais une lutte où il faut savoir se tenir.

J’espère, avec ce billet, n’avoir pas trahi l’honnêteté d’une critique, pas davantage que le bonheur d’une amitié.

Des mots et des actes: Les belles-lettres sous l'Occupation

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Elections américaines: “Keep on trolling in the Free world”…

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Les Américains se rendent aux urnes dans cinq jours. Donald Trump, qui a transformé la vie politique de son pays en arène de catch, pourrait l’emporter face à la guère sympathique Harris, finalement assez mauvaise candidate. Nous devons nous préparer à défendre notre économie, si Trump passe, car l’Union européenne a peut-être plus à craindre encore que la Chine commercialement. Analyses.


Roland Barthes était un passionné de catch. Il a notamment traité le sujet dans ses Mythologies : « ll y a des gens qui croient que le catch est un sport ignoble. Le catch n’est pas un sport, c’est un spectacle, et il n’est pas plus ignoble d’assister à une représentation catchée de la Douleur qu’aux souffrances d’Arnolphe ou d’Andromaque. (…)  Le public se moque complètement de savoir si le combat est truqué ou non, et il a raison; il se confie à la première vertu du spectacle; qui est d’abolir tout mobile et toute conséquence: ce qui lui importe, ce n’est pas ce qu’il croit, c’est ce qu’il voit. »

Ce court extrait pourrait à lui seul résumer le match que se livrent aujourd’hui le Parti démocrate et le Parti républicain entièrement pris en main par la famille Trump. Il n’est d’ailleurs pas véritablement nécessaire d’évoquer les liens amicaux qui ont longtemps uni Donald Trump à Vince McMahon, l’ancien patron de la WWE, et qui l’unissent encore à d’immenses célébrités du ring qui le soutiennent ouvertement dans ses meetings, à commencer par les colosses Hulk Hogan et The Undertaker, pour comprendre que le personnage a tout du catcheur. 

Le heel contre babyface

Donald Trump a une carrure digne d’un bretteur d’arènes, un bagout de bateleur d’estrade et une chevelure qu’il semble avoir chipée à l’inimitable Ric Flair. Il faut l’admettre, il est extrêmement doué et charismatique en meetings. Du moins ne laisse-t-il personne indiffèrent. Il a tout du « heel », le méchant du catch, quand Obama avait tout du « babyface ». Le heel est ce personnage arrogant et narcissique que le public adore détester. Ses facéties amusent. S’il fait parfois rire à son détriment, il est aussi capable de susciter la peur et d’attirer à lui la gente féminine. De l’autre côté, le « babyface » est un héros américain pur et au cœur vaillant, parfois légèrement naïf et ennuyeux. 

Dans les années 1990, au tournant de « l’attitude era »[1], la lutte professionnelle américaine a commencé à s’apercevoir que les « heels » faisaient parfois plus recette que les « faces ». Donald Trump est arrivé en politique avec ça en tête. Il deviendrait le trublion, l’antihéros. Après les deux mandats Obama, les Etats-Unis étaient prêts à un changement de ton. On pouvait penser que ce qui avait fait recette en 2016, avec une équipe plus radicale mais par certains aspects plus traditionnelle pour le camp républicain, n’allait plus marcher en 2024. Surtout avec l’expérience assez traumatisante du 6 janvier et de l’assaut sur le Capitole des supporters désespérés d’un Trump qui les a in fine assez lâchement abandonnés. Pourtant, l’homme a su s’accrocher et ressusciter tel le phénix. 

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Il est extrêmement rare qu’un même homme soit le candidat désigné d’un parti à trois élections différentes d’affilée aux Etats-Unis. Trump a réussi cet exploit. Et il l’a fait en soumettant à sa volonté une formation historique et tous ses cadres. Tous ont plié l’échine, craignant de perdre leurs investitures ou d’être abandonnés par leurs électeurs. Donald Trump a placé tous les hommes et toutes les femmes qu’il souhaitait aux postes-clés d’un Great Old Party transformé en machine à cash et à publicités pour un homme et sa famille. Remarquable. Digne d’un César antique.

Le seul problème de ce beau spectacle mis en scène et interprété par un showman de génie est qu’il n’est qu’un spectacle. Oh ! les démocrates ne sont pas en reste en matière de pantomime. Eux aussi ont leur catcheur, The Rock, leurs rappeurs, leurs outrances et leurs milliards jetés par les fenêtres pour diffuser des messages aussi grandiloquents que bêtes, mais l’outrance affichée continuellement par certains soutiens de Donald Trump ne pourra que laisser coi l’honnête homme. Au Madison Square Garden, lors de son gigantesque meeting sur ses terres new-yorkaises, ses soutiens y sont allés de leurs insultes sur les « low IQ » ou la nature démoniaque de leur adversaire Kamala Harris. Guère sympathique et très mauvaise candidate, il est néanmoins douteux de voir en elle un « antéchrist », même en puissance.

Voilà pour la forme, passons au fond et à ce qui nous intéresse le plus : les conséquences pour la France et l’Europe. Car, que nous le voulions ou non, une poignée d’électeurs du Wisconsin tient une part de l’avenir du monde entre ses mains.

Economie : adversaires ou ennemis ?

L’Union européenne est en conflit de plus en plus ouvert avec les Etats-Unis. Il s’agit pourtant de notre plus gros client (entre 16 et 20% de nos exportations annuelles). Donald Trump a d’ailleurs fait de l’Europe l’une de ses cibles régulières lors de ses allocutions, soit pour se vanter de sa capacité à faire plier ses concurrents soit pour indiquer que l’Amérique perdait trop d’argent avec le vieux continent. Cité par Politico, un diplomate européen n’y va pas par quatre chemins : « Nous riposterons vite et nous riposterons fort ». Chat échaudé craint l’eau froide… Car, la cohabitation avec l’homme d’affaires devenu président ne fut pas de tout repos lors de la période 2016-2020.

La cible de Trump est notamment notre industrie lourde. En 2018, il avait ainsi tenté d’imposer des tarifications douanières importantes sur l’acier et l’aluminium, qui n’avaient pas entraîné de très vives réactions de la part d’une Union effrayée par une « escalade ». Visant régulièrement l’automobile allemande lors de ses discours, Donald Trump avait aussi envisagé une série de taxes assez brutales sur les importations de véhicules européens avant de se raviser. Spécialiste des mesures coercitives et du chantage, Donald Trump impose donc un rythme et un ton qui demandent une certaine préparation. Le candidat républicain a d’ailleurs annoncé qu’il imposerait une taxe « universelle » sur tous les biens importés par les Etats-Unis, allant de 10 à 20%. La mesure serait aussi colossale que contraire aux principes classiques de l’Organisation mondiale du commerce. Déjà, sous Biden, l’Europe a dû affronter l’Inflation Reduction Act dont elle tente aujourd’hui de diminuer la portée, mais cette taxation globale à l’entrée serait un véritable choc pour les marchés mondiaux si d’aventure il allait au bout – ce dont on peut légitimement douter. Elle aurait aussi des conséquences inflationnistes pour les Américains, ce qui ne serait pas neutre non plus pour le reste du monde… Afin de réindustrialiser l’Amérique et de « rendre leurs emplois aux travailleurs américains », Donald Trump a aussi déclaré vouloir purement et simplement « détruire l’industrie européenne ». Un excès de langage, un argument de campagne sûrement exagéré, mais qu’il conviendra de ne pas prendre à la légère. Car, les conséquences d’un passage à l’acte même partiel seraient dramatiques. Des usines pourraient être contraintes de fermer.

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Donald Trump nous a toutefois habitués à négocier. Il commence fort mais peut se laisser tenter par un accord favorable. Ciblera-t-il plus volontiers la Chine ou l’Union européenne ? L’observateur peu attentif sera tenté de penser que la Chine est le véritable antagoniste de l’Amérique, mais les choses sont moins simples qu’elles n’y paraissent. L’Europe agace profondément Donald Trump et son entourage. Elon Musk, particulièrement actif dans cette campagne, possède une usine Tesla à Shanghaï. Elle est celle qui lui rapporte le plus. En 2023, elle a passé la barre symbolique des 2 millions de modèles produits. Colossal.  Tesla est le seul constructeur étranger à produire en Chine sans s’appuyer sur un producteur local, ça n’est pas neutre. 

Au contact des nouvelles fortunes de la Silicon Valley, The Donald s’est aussi converti aux cryptomonnaies… Et à la défense assez acharnée des entreprises du secteur qu’il ne cessait pourtant de critiquer en 2016. Il a vertement critiqué les enquêtes de l’Union sur la concurrence, citant Tim Cook qui a été condamné par la justice irlandaise dans une affaire de redressement fiscal mais aussi par les règles antitrust de l’Union à propos du fonctionnement de l’App Store. 

N’en doutons toutefois pas : il y a continuité entre les politiques menées par les administrations démocrates et républicaines. Les différences portent sur l’intensité des mesures. Nous n’avons pour l’heure jamais été en guerre économique ouverte avec les Etats-Unis. Si une telle chose se produisait, ce serait absolument dévastateur. La difficulté principale que nous aurons avec une administration Trump sera que ce dernier privilégie des deals bilatéraux. Il cherchera donc à tenter de désunir les Européens. Surpassable ? Oui, mais les déclarations de campagne ne rassurent pas. De fait, l’Union et les Etats-Unis ont des économies plutôt complémentaires et auraient intérêt à ne pas se fermer l’une à l’autre.

Des conflits partout

Concernant la politique étrangère, c’est en réalité dès le premier mandat de Barack Obama que les Etats-Unis sont devenus frileux. Ils ont progressivement rompu avec « l’interventionnisme » voire l’agressivité qui leur fut longtemps reprochée, singulièrement sous la période de George Bush Jr. Incapables de respecter les lignes rouges qu’ils avaient eux-mêmes fixés en Syrie, les Américains sont apparus plus faibles aux yeux du monde. La pax americana a fait place à la « multipolarité » et à l’émergence des Brics. Malheureusement, ce monde est aussi soumis à la multiconflictualité et les champs de bataille ne cessent de fleurir. 

Ancienne ambassadrice à l’OTAN, Muriel Domenach s’est confiée au Grand Continent à propos de l’incertitude que les élections américaines font peser tous les quatre ans sur notre sécurité : « Donald Trump avait, au cours des sommets de 2017 et de 2018, traité avec une grande brutalité des alliés de premier plan, comme les Danois et les Allemands. Ensuite, il avait remis en question l’article 5 du traité. Il laissait entendre que les garanties de sécurité américaine étaient transactionnelles, conditionnées à des concessions commerciales ». Elle ajoute qu’il « n’est pas sérieux que l’Europe, avec sa richesse, son héritage et ses responsabilités, se résigne à faire dépendre entièrement sa sécurité des choix américains, qui eux-mêmes sont fonction du vote de certains cantons dans des États clefs, dont les électeurs suivent des logiques valables mais très éloignées des nôtres ».

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Il faut en outre comprendre que Donald Trump est aujourd’hui porteur d’un esprit revanchard et que « MAGA » est assez ouvertement pro-russe. D’aucuns diront qu’il s’agit d’une posture électoraliste, mais les déclarations de son futur vice-président JD Vance sont éloquentes à ce sujet : il ne perçoit pas la Russie comme un ennemi mais comme un « adversaire » et un « concurrent ». L’interview donnée par Poutine à Tucker Carlson ou les tweets de Donald Trump Jr. témoignent du glissement des Républicains. Ajoutons aussi que lors de la période 2016-2020, la Hongrie était le seul interlocuteur réellement amical des Etats-Unis en Europe, ce qui n’aide pas.

Si les proches de Trump affirment que les Etats-Unis ne comptent pas quitter l’OTAN, l’organisation serait rendue caduque de facto si d’aventure nous n’en respections plus les conditions. Par ailleurs, il est manifeste que ces discours limitent la portée dissuasive des traités, à commencer par l’article 5 portant sur la défense collective… y compris des Etats membres les plus modestes. Y-a-t-il eu des négociations occultes sur la fin de la guerre entre le Kremlin et la possible future administration ? L’Europe doit en tout cas prendre conscience qu’elle ne peut plus laisser sa sécurité entre les mains des électeurs américains, et ce d’autant plus que l’administration démocrate n’est guère plus fiable que celle qui pourrait lui succéder. Les Américains donnent l’impression de jouer contre leurs propres intérêts par ignorance. En feignant se désintéresser de l’Europe au profit de l’Orient ou du Pacifique, qui croient-ils berner ? Laisser Poutine arracher une victoire contre le droit et l’ordre mondial est-il de nature à freiner les ambitions chinoises ou au contraire de les renforcer ? Poser la question, c’est presque déjà y répondre. Personne n’a voulu écouter la France qui a conservé une vive tradition militaire et une appréhension fine de toutes ces questions. Il faut encore une fois ici remercier le Général de Gaulle d’avoir tout fait pour que la France se dote de l’arme atomique… face aux oppositions américaines.

Et la guerre culturelle, alors ?

L’un des arguments avancés ces derniers temps pour soutenir l’idée d’une victoire de Trump serait sa capacité à lutter contre les dérives anthropologiques majeures du néo-progressisme contemporain, ou « wokisme ».

Pourtant, à y regarder de plus près, Trump semble parfois l’envers des excès qu’il dénonce légitimement. Une campagne basée sur la viralité d’une propagande souvent mensongère est-elle vraiment le meilleur moyen de gagner une bataille culturelle visant à élever les gens ou un populisme chimiquement pur qui les enfermera dans des bulles algorithmiques et des biais de confirmation ? Heel et babyface ont besoin l’un de l’autre… Si l’un disparait, l’autre n’a plus de raison de vivre. Certains d’entre nous devraient sûrement y réfléchir.


[1] Dans l’univers du catch, l’ère Attitude est une période qui s’étend de 1997 à 2001, et qui été marquée par un bouleversement des codes de l’époque, ajoutant plus de violence et d’allusions sexuelles au spectacle.

L’Union algérienne exige que la rue Bugeaud à Lyon soit débaptisée

L’Union Algérienne, une association se revendiquant comme représentative de la diaspora algérienne en France, a décidé de porter plainte contre la mairie de Lyon, dénonçant l’apologie de crimes de guerre liée à une rue portant le nom du Maréchal Bugeaud, figure controversée de l’histoire coloniale. Le maire Grégory Doucet cédera-t-il aux pressions ?


Révélée par Lyon Mag’ dans une de ses éditions du 18 octobre 2024, cette affaire pourrait fortement sensibiliser les Lyonnais, attachés à leur patrimoine culturel. L’Union Algérienne a décidé de porter plainte contre le maire écologiste de Lyon, Grégory Doucet, pour «apologie de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité». L’association, représentant la communauté algérienne, cible particulièrement la rue du Maréchal Bugeaud, située dans le VIe arrondissement, non loin du consulat algérien, et exige son retrait immédiat en raison de l’image coloniale que ce nom, lié à un héros de l’histoire française, véhicule.  

Marquis de la Piconnerie et Maréchal de France, Thomas Bugeaud (1784-1849) est une figure clé de la conquête de l’Algérie, devenue plus tard colonie puis départements français. Officier brillant, ayant fait ses armes à la bataille d’Austerlitz, il fut chargé par  le roi Louis-Philippe Ier de réprimer la révolte menée par l’émir Abdelkader. Pour y parvenir, Bugeaud appliqua une politique de la terre brûlée, allant jusqu’à incendier des grottes où se cachaient des civils. Traquant inlassablement l’émir, il envahit le Maroc, qui finit par cesser son soutien à Abdelkader. En 1847, après onze ans de pacification brutale, il fut rappelé en France.

Une sculpture à déboulonner

Nommé duc d’Isly, le maréchal Bugeaud tenta de sauver la monarchie de Juillet durant la révolution de 1848, sans succès. Plus tard, député sous la Seconde République, son influence parmi les conservateurs était telle qu’il fut envisagé comme candidat à la présidence. Bugeaud déclina l’offre et se désista en faveur du futur Napoléon III, peu avant son décès en juin 1849, à 64 ans. Il repose désormais aux Invalides, où de nombreux hommages lui furent rendus. Des villes, comme Lyon, où il vécut, adoptèrent son nom, des statues furent érigées, et des médailles frappées, célébrant sa gloire. Lors du centenaire de la colonisation en Algérie en 1930, civils et militaires algériens commémorèrent ensemble la mémoire de « Bouchou », un surnom donné par ses détracteurs, signifiant presque « croque-mitaine ».

A relire, Jean Sévillia: «Depuis 40 ans, la France se couche devant le pouvoir algérien»

Pour l’Union Algérienne, il est désormais impensable que la France continue d’honorer celui qu’elle considère comme un criminel. Après avoir déjà menacé de déposer plainte contre l’érection de la statue du général Bigeard à Toul, et probablement encouragée par les récentes déclarations du président algérien Abdelmadjid Tebboune, qui a accusé la France d’avoir commis un génocide en Algérie, l’association déplore le manque de collaboration de Grégory Doucet. « Malgré des demandes répétées de plusieurs associations, des pétitions et de nombreuses sollicitations, le maire de Lyon refuse toujours de débaptiser la rue Bugeaud (…). Le maire Grégory Doucet et ses équipes ont rejeté toutes nos propositions de conciliation. En conséquence, notre association n’a d’autre choix que de porter l’affaire devant la justice », peut-on lire dans leur communiqué. « La jurisprudence est claire : présenter des criminels sous un jour favorable équivaut à faire l’apologie de leurs crimes. La communauté franco-algérienne de la région lyonnaise mérite dignité et respect, et nous sommes déterminés à faire valoir leurs droits par tous les moyens nécessaires », conclut l’association.

Ce n’est pas la première fois que le nom du Maréchal Bugeaud suscite la controverse en France. Avec la montée du mouvement woke, il est souvent ciblé par les décoloniaux. Leurs actions, soutenues par une partie de la classe politique française, principalement à gauche, visent à revisiter les chapitres de l’histoire de France liés à la période coloniale, accusant de racisme ou de fascisme ceux qui osent les contester. Périgueux a été la première à céder à cette pression en ajoutant une plaque explicative sur la statue de Bugeaud, mentionnant les « enfumades » en Algérie. Marseille s’est empressé de rebaptiser une école et Paris a été encore plus loin en 2024, retirant le nom de Bugeaud d’une avenue, à l’initiative d’une élue communiste. Ce geste a d’ailleurs été chaleureusement salué par l’Union Algérienne sur ses réseaux sociaux.

Le nom de Camille Blanc proposé

À Lyon, les initiatives pour changer le nom de la rue Maréchal Bugeaud n’ont pas manqué non plus. En 2021, la sénatrice Cécile Cukierman (PCF), petite-fille de résistant, a symboliquement rebaptisé cette rue au nom de Sainte Joséphine Bakhita, pour interpeller la mairie sur l’héritage de celui qui, selon elle, « nous renvoie à un des pires moments de notre histoire ». En octobre 2022, Malika Benarab-Attou, ancienne députée européenne d’Europe Écologie-Les Verts (2011-2014), a lancé une pétition en ligne contre ce « funeste personnage », demandant que la rue soit rebaptisée en l’honneur de personnalités ayant lutté contre la guerre d’Algérie ou ayant eu des liens avec le Front de Libération Nationale (FLN), l’organisation qui a mené la lutte armée contre la France et ses alliés Harkis. À ce jour, la pétition n’a recueilli qu’un millier de signatures. Loin de calmer un débat qui divise toujours, l’Union algérienne a proposé de son côté de renommer la rue en hommage à Camille Blanc, maire d’Évian-les-Bains, assassiné en 1961 par des membres de l’Organisation de l’Armée Secrète (OAS), partisans du maintien de l’Algérie française.

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Faut-il interpréter cette plainte comme un signe sous-jacent de la montée du communautarisme sur le territoire et celui d’une ingérence dans les affaires de la France ? Sur son site, l’Union Algérienne affiche fièrement les couleurs vertes et rouges du drapeau national algérien. Se revendiquant « guidée par une conviction profonde, celle de préserver notre identité et renforcer notre unité en tant que peuple algérien résidant en France », l’association souligne que ses « valeurs reposent sur des fondamentaux tels que la conservation de nos traditions, la solidarité, et la préservation de notre héritage culturel ». Elle précise avoir été fondée dans le but de rassembler la diaspora algérienne en France, qu’elle estime être « cible de divers groupes » (sans les nommer). Plus intriguant encore est le portrait d’Ali la Pointe, que l’association affiche aux côtés de sa profession de foi. Ce jeune homme, petit caïd devenu célèbre, avait été recruté par le Front de Libération Nationale (FLN) pour ses « redoutables qualités de tueur », selon la journaliste Marie-Monique Robin, auteure du livre Escadrons de la mort, l’école française. Considéré comme un héros par de nombreux Algériens, il a trouvé la mort durant la bataille d’Alger en 1957.

Il est difficile de prévoir si l’initiative de l’Union Algérienne contre le Maire de Lyon aboutira, si elle bénéficie d’un quelconque soutien d’Alger en bisbille actuellement avec la France, mais elle soulève une question cruciale : celle de l’utilité de continuer à « poursuivre le travail de mémoire, de vérité et de réconciliation » initié par le président Emmanuel Macron en collaboration avec l’Algérie. Jusqu’à présent, la France a multiplié les gestes de repentance, ce qui a suscité l’agacement d’une partie de la population française, exaspérée par ces excuses répétées, perçues comme un signe de faiblesse et de soumission de la part de l’exécutif. Paris attend toujours que l’Algérie fasse également un acte de contrition et reconnaisse les crimes de guerre commis par le Front de Libération Nationale (FLN) contre les Pieds-Noirs et les Harkis pendant la guerre qui a opposé les deux pays entre 1954 et 1962. En vain ! 

Escadrons de la mort, l'école française

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Tuerie de Southport: les masques tombent enfin

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Lors des émeutes violentes qui ont secoué l’Angleterre et l’Irlande du Nord cet été, le gouvernement britannique a proclamé haut et fort que la responsabilité pour ce désordre était à mettre entièrement sur le compte d’une « extrême-droite » coupable, selon lui, de répandre sur les réseaux sociaux de fausses informations concernant la motivation de l’auteur d’une tuerie dans un atelier de danse pour petites filles. Aujourd’hui, les autorités révèlent la vérité qu’elles nous cachaient dès le début de l’affaire.


Vous souvenez-vous de Southport ? Le passage accéléré du temps médiatique fait que même les événements les plus tragiques s’estompent trop rapidement dans la mémoire collective. C’est sans doute ce sur quoi comptaient les autorités policières et politiques, outre-Manche, quand elles ont décidé de garder pour elles certaines informations qu’elles se voient contraintes de rendre publiques aujourd’hui.

Une attaque sanglante contre des enfants

C’était le 29 juillet qu’un individu alors âgé de 17 ans, Axel Rudakubana, issu de l’immigration rwandaise au Royaume Uni, a fait irruption dans des locaux où se tenait un atelier de danse et de yoga pour enfants de six à onze ans, atelier ayant pour thème la musique et le jeu scénique de Taylor Swift. Personne à Southport, ville balnéaire tranquille à 27 kilomètres au nord de Liverpool dans le nord-ouest de l’Angleterre, ne s’attendait à une attaque d’une telle férocité. Avant d’être neutralisé et arrêté par les forces de l’ordre, le suspect a poignardé neuf enfants et deux adultes qui essayaient en vain de protéger ces dernières. Deux des petites filles ont succombé immédiatement à leurs blessures, la troisième le lendemain.

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Initialement, les autorités ont tu l’identité de l’assassin présumé sous prétexte qu’il était mineur. Mais le 1er août, un magistrat plus avisé a décidé de rendre l’information publique afin de contrer la spéculation générale alimentée jusqu’alors par le silence. Malheureusement, cette décision, saine mais tardive, n’a pas du tout suffi à convaincre le public que les autorités ne leur cachaient rien. Car entre temps, la police avait déclaré formellement que le crime n’était pas considéré comme un acte terroriste. Beaucoup de citoyens et Nigel Farage, le chef du parti Reform UK récemment élu député, y ont soupçonné une tentative hâtive d’exclure toute hypothèse prêtant un caractère religieux ou ethnique à un crime qui pouvait ressembler à un attentat planifié. Le fait que M. Rudakubana avait été diagnostiqué comme autiste a été largement cité dans les médias de manière à focaliser l’attention sur une probable motivation psychopathologique. Flairant déjà une forme de cafouillage, une partie du public a donné libre carrière à ses soupçons.

Breaking news en Angleterre

Or, nous apprenons aujourd’hui que ces soupçons étaient au moins partiellement justifiés. Le 29 octobre, à la veille de la première comparution au tribunal de l’accusé, l’autorité policière de Merseyside, la région de Liverpool, a donné une conférence de presse pour annoncer que les enquêteurs avaient découvert chez M. Rudakubana une quantité de ricine, un poison dangereux, ainsi qu’un manuel de terrorisme islamiste, sous forme de document PDF, intitulé « Military Studies In The Jihad Against The Tyrants. The Al Qaeda Training Manual » (trad. Études militaires pour le Jihad contre les tyrans. Le manuel d’entrainement d’Al-Qaïda). Soulignant le fait qu’aucune trace de ricine n’avait été trouvée sur le lieu du crime, le chef de la police, Serena Kennedy, a insisté sur le fait que les enquêteurs n’avaient toujours pas assez de preuves pour affirmer qu’il s’agit d’un attentat terroriste.

A Bristol, la police en difficulté face aux manifestants nationalistes et aux contre-manifestants, 3 août 2024 (c) Yat Him Wong/Cover Images/SIPA Numéro de photo : sipausa31640932_000051

Première conclusion : quand les autorités ont déclaré dès le 29 juillet qu’elles ne considéraient pas la tuerie comme un acte terroriste (« …not being treated as terror-related »), elles ne se sont pas montrées tout à fait honnêtes. La vérité, c’est qu’elles ne détenaient pas encore assez de preuves pour être certaines du caractère djihadiste de l’attentat, bien qu’elles pussent – et peuvent encore – soupçonner que c’était le cas. A l’époque des émeutes, tous ceux qui ont émis l’hypothèse que le crime avait quelque chose à voir avec l’islamisme étaient traités par le gouvernement et la plupart des médias de racistes islamophobes. Il s’avère maintenant que la méfiance dont ces personnes ont fait preuve à l’égard de l’explication officielle était au moins partiellement fondée.

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Deuxième conclusion : ce sont précisément les cachotteries des autorités qui ont alimenté spéculations et soupçons. Comme l’a observé avec beaucoup de prescience notre confrère Eliott Mamane, dans un article publié dès le 9 août dans Marianne : « Si le gouvernement britannique avait immédiatement donné des précisions sur les éventuelles motivations idéologiques derrière les actions du mis en cause ou sur son état mental, aucun acteur mal intentionné n’aurait pu manipuler le récit des événements ». On a du mal à croire que, une fois mise en possession des informations obtenues par la fouille de la maison familiale du suspect, la police n’en a pas informé le gouvernement.

Troisième conclusion : l’opération de communication du Premier ministre Sir Keir Starmer et de son gouvernement, qui consistait à mettre toute la responsabilité pour les émeutes sur le compte de désinformations propagées sur les réseaux par des acteurs dits d’extrême-droite se retourne aujourd’hui contre eux. La désinformation a commencé avec les autorités.

Maintenant que la mèche a été vendue, la police et le gouvernement, ainsi que leurs serviteurs médiatiques, essaient de se tirer d’affaire en nous rappelant que même aujourd’hui toute spéculation sur la motivation du tueur serait préjudiciable à un procès équitable. Pourtant, quand M. Starmer proclamait à tue-tête cet été que les personnes impliquées dans les violences étaient des « voyous d’extrême-droite » qui méritaient les peines les plus sévères, il n’était pas en train de préjuger du résultat des poursuites que l’État allait engager contre des centaines de citoyens britanniques ? Nos gouvernants ont deux problèmes apparemment : un premier avec la vérité, et un autre avec leurs citoyens. Un des tubes de Taylor Swift s’intitule « Blank Space » (espace blanc) : cela dit bien le vide créé par les atermoiements et la dissimulation des autorités. Un autre s’appelle « Bad Blood » (rancœur) : cette fois, c’est le mélange de ressentiment et de méfiance qui a résulté de l’affaire de Southport et qui durera longtemps.

L’électorat musulman américain, allié de circonstance de Trump

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Le candidat républicain devance désormais sa rivale démocrate dans l’électorat arabo-musulman. Vu comme plus crédible que son adversaire pour apporter une paix durable au Proche-Orient, l’ex-président, pourtant très critique de l’islam ces dernières années, bénéficie d’une sorte de vote de vengeance contre une gauche jugée trop proche d’Israël. Dans les États clés, et en particulier dans le Michigan, ces quelques milliers de voix pourraient faire la différence.


Le sujet a disparu de la campagne de Donald Trump. Ou plutôt, disons-le : le candidat républicain n’en parle plus. Finies les tirades sur l’Europe devenue un foyer du terrorisme – sur « Bruxelles devenu un enfer » ou sur les attentats du Bataclan qui auraient pu être réglés « si quelqu’un avait été armé dans le public ». Ou sur le travel ban, cette mesure contestée qui empêchait la délivrance de visas aux ressortissants de certains pays musulmans considérés comme dangereux. Ça, c’était en 2016, quand la frange la plus complotiste des fans de Donald Trump croyait encore dur comme fer que Barack Obama était un musulman et au plus fort des attentats qui touchaient l’Europe, et en particulier la France. Le mot « islamisme » n’intéresse plus le candidat républicain qui, habilement, a su tirer parti de la désaffection des musulmans pour les démocrates quand Biden était encore leur candidat. Désormais, Trump drague ouvertement l’électorat musulman. Une première depuis 2008.

Et ce n’est évidemment pas sans arrière-pensée : c’est dans le Michigan, et notamment autour de Détroit, capitale d’une industrie automobile sinistrée, que vit la communauté musulmane la plus importante du pays, avec 250 000 fidèles. Un État clé que Trump avait remporté en 2016, puis perdu en 2020 et où Harris et lui sont au coude-à-coude dans les sondages…

Dans les rues de Dearborn, Michigan (c) Alexandre Mendel


Les ennemis de mes ennemis sont mes amis. Fondamentalistes proches des Frères musulmans et Républicains évangéliques partisans du Grand Israël forment en ce moment un bien curieux attelage aux États-Unis. Les premiers veulent punir la gauche de Washington de son soutien à l’État hébreu, les seconds sont prêts à quelques concessions lexicales dans leur discours.

A lire aussi, Jean-Baptiste Roques: Un « Monde » sans pitié

Qu’on en juge par l’accueil cordial que lui a réservé, le 18 octobre dernier, Amer Ghalib, maire de Hamtramck, dans le Michigan, seule ville à majorité musulmane des États-Unis et berceau de la marque Cadillac. L’homme d’origine yéménite, et qui a immigré en 1997 en Amérique, a marqué l’histoire en battant en 2023 l’ancienne maire de Hamtramck, Karen Majewski, mettant fin à une série de plus de 100 ans de maires polonais-américains. La ville de 28 000 habitants, enclave ouvrière dans Détroit, est devenue la première du pays à avoir un leadership élu entièrement musulman, les six sièges du conseil municipal ayant été remportés par des candidats de foi islamique. Soupçonné d’être en lien avec les Frères musulmans, Ghalib a adopté des positions qui peuvent être en accord avec la frange la plus conservatrice du Parti républicain. Deux mois après son arrivée au pouvoir, le maire a fait voter une résolution interdisant les drapeaux LGBTQ+ sur les immeubles appartenant à la Ville1. Plus tard, il a refusé de condamner l’un des fonctionnaires de sa ville qui s’était demandé si « l’holocauste commis contre les Juifs n’avait pas été une punition anticipée de Dieu contre ce que les Israéliens étaient en train de faire à Gaza ». Enfin, le conseil municipal a voté une décision qui interdit tout investissement dans des entreprises israéliennes en lien « avec le génocide commis contre les Palestiniens ».

Tant pis si ce personnage, excessif, ne colle pas à l’image de pro-Israélien que Trump a… Après tout, c’est lui, comme président, qui a déplacé l’ambassade des États-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem, lui encore qui a reconnu la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan. Le vote juif, concentré dans des grandes agglomérations telles que New York et Los Angeles, est encore (à 65%) un vote démocrate, du moins chez les juifs laïcs. Ce ne sont pas eux qui feront l’élection. Mais pouvoir basculer quelques milliers de voix en sa faveur dans des Swing States où existe une importante communauté musulmane, ça n’a pas de prix… Y compris celui d’organiser un petit rassemblement avec le maire controversé et antisémite de Hamtramck. Lors de cette réception, Trump a promis qu’il « obtiendrait la paix au Moyen-Orient » cependant que des soutiens du maire brandissaient des pancartes « la paix par la force », version trumpienne de la Pax Americana d’après-guerre. En 2020, les électeurs de Hamtramck et de Dearborn (une autre ville de la banlieue de Détroit en passe de devenir majoritairement musulmane, à en croire les statistiques ethniques et religieuses, légales aux États-Unis) avaient massivement soutenu Biden.

Après le déclenchement de la guerre contre le Hamas à Gaza, un certain nombre de responsables communautaires avaient appelé à boycotter l’élection. Harris n’a semble-t-il pas réussi à reconquérir ces déçus de l’administration américaine. Et surtout la guerre s’éternise. Or, on se souvient que Trump n’a pas engagé les États-Unis dans de nouvelles guerres et que, même s’il le fait rétroactivement, il s’est montré…

> Lire la fin du reportage sur le site de la revue Conflits <

  1. https://www.foxnews.com/media/lgbtq-community-felt-betrayal-muslim-council-voting-remove-pride-flags-city-buildings ↩︎

Au Maroc, Emmanuel Macron ne veut voir que du positif dans l’immigration musulmane

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Quand Macron fait l’éloge de la colonisation musulmane…


Bruno Retailleau ne peut pas compter sur Emmanuel Macron. Le ministre de l’Intérieur veut s’attaquer à l’immigration de masse (plus de 500 000 entrées légales par an) et à l’islamisation du pays par les Frères musulmans. Or le chef de l’État ne partage pas ces deux priorités. Il est même prêt à y faire obstacle, tant ces sujets lui paraissent médiocrement populistes.

Hier, lors de son voyage d’Etat au Maroc, le président n’a voulu aborder, prudemment, que l’immigration illégale, en insistant sur la « nécessité d’une coopération naturelle et fluide en matière consulaire ». « Nous avons besoin de davantage de résultats », a-t-il plaidé. Il a aussi évoqué la « lutte contre les trafics de toute nature », dont le « narcotrafic » qui « gangrène nos territoires [et] nécessite une coopération judiciaire très étroite et encore plus rapide ». Au-delà de ces mots vagues, Macron, qui avait qualifié en 2017 de « crime contre l’humanité » la colonisation française en Algérie, s’est aussi fait le chantre de l’ancienne colonisation musulmane en Espagne et en France.

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S’adressant au roi Mohammed VI, il a dit : « Les années d’Al-Andalus ont fait de l’Espagne et du sud de la France un terreau d’échange avec votre culture ». Déjà, en 2006, Jack Lang, qui accompagne l’importante délégation française (122 personnalités), avait commis un livre (Immigration positive, Odile Jacob) dans lequel, sur la même page, l’actuel président de l’Institut du monde arabe qualifiait d’ « ignominieuse » la valorisation de la colonisation française, tout en tressant des lauriers à la longue occupation maure en Espagne (711-1492) qui imposa aux juifs et aux chrétiens leur condition inférieure de dhimmis. « J’appelle à des Andalousies toujours recommencées ! », pouvait-on lire sous la plume de Lang citant l’orientaliste Jacques Berque. Cette reconquête d’Al-Andalous, et de la France par-dessus le marché, reste le rêve des islamistes.

La présence de l’ « humoriste » batailleur Yassine Belattar dans la délégation française peut être interprétée comme un désaveu public lancé par Macron à Retailleau, qui participe au voyage officiel. Belattar, qui a l’oreille du président de la République, représente tout ce que combat politiquement le ministre de l’Intérieur. Proche du CCIF (collectif contre l’islamophobie en France), aujourd’hui dissous, et des Frères musulmans, Belattar est l’expression quérulente de la contre-société islamique qui entend faire sécession. Il est le porte-voix d’un communautarisme musulman qui s’érige en victime permanente d’un racisme français et qui refuse tout processus d’assimilation. Belattar, qui défend notamment le port du voile, avait participé à la manifestation de novembre 2019 « contre l’islamophobie », qui allait réunir publiquement, pour la première fois, l’extrême gauche aux mouvements islamistes et anti-israéliens.

Invité de dernière minute, l’artiste-militant n’a pu être admis dans la délégation française, en jogging et baskets dans un premier temps, qu’après un feu vert présidentiel. Une manière, pour le chef de l’État, adepte des provocations capricieuses, de dire à nouveau : « Je vous emmerde », à ceux qu’il cherche à indigner. Retailleau est resté silencieux. Pour l’instant.

Journal d'un paria: Bloc-notes 2020-21

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Les non-dits du 7-Octobre

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Le titre du petit essai du philosophe Daniel Sibony nous dit bien que quelque chose – voire plusieurs choses – ne veut pas apparaître au grand jour, et qu’on préfère s’en tenir à l’aspect strictement politique, concernant le conflit actuel au Moyen-Orient…


Comment expliquer la monstruosité du 7-Octobre ? Daniel Sibony s’appuie sur l’histoire et sur les textes bibliques et coraniques, sans compter la charte du Hamas, pour montrer que ce qui se joue, et que l’Occident en particulier ne veut pas voir, concerne une haine vieille de 13 siècles. N’hésitant pas à parler de plagiat pour qualifier le Coran, il dévoile ce qu’on pourrait appeler le complexe du cadet qui veut prendre la place du premier. Ainsi, Isamaël prend celle d’Isaac dans le texte sacré de l’islam, oubliant, par ailleurs, qu’à celui-ci, dans la Bible, est dévolu un grand destin qui fera de lui également le père d’une grande nation. De la même façon, les deux mosquées de l’esplanade du même nom furent construites à l’emplacement exact du premier temple des juifs. Recouvrir l’origine, se substituer à elle jusqu’à effacer le texte premier et ceux qui vont avec. Car il ne suffit pas que les juifs n’existent plus, il faut, de surcroît, qu’ils n’aient jamais existé. Ils ne sont pas le peuple élu, Dieu les a maudits (Allah, peut-être, Yahvé, non, malgré toutes les remontrances). Les juifs ont falsifié leur texte, se seraient donné le beau rôle, alors que le vrai peuple de Dieu était encore à venir… Daniel Sibony souligne les problèmes logiques, voire les aberrations de tels procédés : « L’inversion chronologique et le déni qui l’accompagne sont cautionnés par assez de fidèles pour imposer cette croyance qu’un texte écrit au VIIème siècle de notre ère précède un texte écrit au VIIème siècle avant notre ère. »

Cause et conséquences

C’est cette haine qui empêche, selon l’auteur, la résolution du conflit israélo-palestinien. La cause palestinienne est recouverte depuis longtemps par la guerre sainte, dite encore djihad islamique : «  La cause palestinienne s’exporte au dehors comme un effort de libération nationale ou contre le colonialisme, et se pratique au dedans comme le djihad contre les juifs. » Il faut bien observer que le Hamas n’a pas réclamé un instant, lors du 7-Octobre ou après, le retrait des « colons » de Cisjordanie. Et, à propos de la supposée colonisation, l’auteur pose par ailleurs la question suivante : «  Mais Israël serait la colonie de quel État ? » Les Palestiniens lui semblent pris dans un étau ; comme s’ils devaient, étant géographiquement à l’avant-garde, endosser le rôle de l’éradicateur d’un peuple qui n’aurait aucune raison d’être là. Ce serait-là leur malédiction, laquelle renverrait aux calendes grecques toute espérance d’un État où ils pourraient enfin vivre en paix. Quant à l’argument selon lequel les juifs n’auraient rien à faire dans cette partie du monde, Daniel Sibony rappelle l’histoire qui les y a trouvés depuis des millénaires et la dimension symbolique véhiculée par leur texte. Et, à propos de texte justement, il interroge la situation des musulmans qui disent sincèrement que « ces violences n’ont rien à voir avec l’islam, alors que leur texte regorge d’attaques contre les gens du Livre. Cette contradiction condamne au clivage ou encore au double discours ». Il dénonce également les propos des belles âmes quand il rapporte les propos d’Annie Ernaux : « Ce que je veux [Annie Ernaux], c’est qu’on laisse tranquille la religion musulmane. » Daniel Sibony lui fait remarquer qu’« elle ignore que la religion musulmane ne laisse pas tranquilles les autres puisqu’elle ne cesse de parler d’eux pour les maudire »… Le 7-Octobre apparaît comme l’acmé d’un processus vieux de 13 siècles, le moment où la haine s’est exprimée de manière paroxystique. Les inversions accusatoires, déjà à l’œuvre depuis un bon moment, ont été reprises en chœur à partir de la riposte israélienne, en Occident en particulier : les juifs devenus les nouveaux nazis, les Palestiniens, exposés par le Hamas, les nouveaux juifs, le génocide invoqué pour parfaire la donne… Ce sont toutes ces inversions et distorsions que le philosophe et psychanalyste analyse. Depuis le temps qu’il dit et répète que : « l’origine de la haine, c’est la haine de l’origine »,il serait temps de l’entendre lorsqu’il pose cette question essentielle : comment faire pour « cesser de transmettre la violence envers les autres quand elle est inscrite dans un texte sacré ? »

Les non-dits d’un conflit de Daniel Sibony (Éditions Intervalles, 2024), 203 pages

Bloqueurs de puberté: une étude américaine cachée par militantisme

Johanna Olson-Kennedy est un médecin spécialiste en médecine pédiatrique à Los Angeles. Elle est surtout une militante très engagée dans la médecine de genre. Le genre de militante qui cache les résultats d’une étude si elle ne va pas dans son sens…


DR.

Or c’est justement ce qui vient d’arriver !

À Los Angeles, le docteur Johanna Olson-Kennedy, médecin influent et défenseur des traitements de genre pour les adolescents, a reporté la publication d’une étude sur les bloqueurs de puberté, en raison du climat politique actuel aux États-Unis. Cette recherche, commencée en 2015, financée au niveau fédéral, a impliqué 95 jeunes à qui des bloqueurs de puberté ont été administrés. Les résultats de l’étude n’ont pas révélé d’amélioration de la santé mentale chez les participants. « Je ne voulais pas que notre travail soit utilisé comme une arme », s’est justifiée Mme Johanna Olson-Kennedy, interrogée sur les raisons de sa décision de ne pas publier les résultats.

Le militantisme trans s’appuie sur un dogme qui vise à faire des bloqueurs de puberté et de la mastectomie (ablation des seins), la réponse aux problèmes des enfants qui se pensent nés dans le mauvais corps. Une réponse qui doit être mise en œuvre le plus tôt possible, tant la dysphorie de genre est selon les militants de la cause un problème existentiel. Il s’agirait littéralement d’une question de vie ou de mort, puisque certains médecins mettent en avant leur connaissance de cette pathologie pour prétendre que les interventions précoces empêchent les suicides des adolescents. C’est ainsi qu’ils convainquent des parents souvent dépassés et qui craignent pour la vie de leur enfant d’entrer dans des processus thérapeutiques qui peuvent le rendre stérile ou conduire à la mutilation.

Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?

La théorie de ces médecins militants, c’est qu’en remettant les enfants et les ados dans le « bon corps », ils retrouveraient leur équilibre. C’est pourquoi l’étude se focalise sur des enfants de 8 à 15 ans. Le problème, c’est que l’étude ne confirme pas cette théorie. Alors pourquoi ne pas avoir regardé cela en face ? Après tout, ce qui devrait toujours guider les recherches c’est l’intérêt du patient et non l’idéologie du médecin. Il faut croire que non, selon Mme Olson-Kennedy. Il faut aussi dire que, s’il est agréable de passer pour la papesse de la dysphorie quand la médecine de genre est à la mode et vue comme une discipline progressiste, cela devient plus compliqué quand par manque de discernement ou absence de rigueur scientifique, on a mutilé et abimé des enfants qui devront toute leur vie vivre avec des effets secondaires ou un corps incomplet.

Deuxième problème pour le docteur Olson-Kennedy, c’est aussi en présentant la médecine de genre comme une façon de prévenir les suicides chez les enfants et adolescents atteints ou croyant être atteint de dysphorie de genre, que les cliniques spécialisées et la discipline en elle-même ont obtenu des financements. Pour cette étude, dont la médecin-star de la mastectomie a donc dissimulé les résultats, son équipe a touché 9,7 millions de dollars du National Institute of Health (NIH), organisme de santé publique fédéral. En cacher les résultats s’apparente aussi à escroquer les citoyens qui l’ont financée. Dernier point, c’est aussi grâce à cette affirmation que les militants trans ont infusé idéologiquement nombre de responsables politiques et ont influencé les organismes chargés de santé publique (Planning familial en France, notamment) ou luttant contre les discriminations (Dilcrah, par exemple chez nous).

A lire aussi: Enquête sur le lobby trans: l’argent n’a pas de sexe

Pourquoi avoir investi le champ de la lutte contre les discriminations ? Parce que si lutter contre une impossibilité biologique est absurde, transformer cette impossibilité en injustice sociale permet aux militants trans de nier le caractère pathologique de la dysphorie et de se présenter en victimes d’une société intolérante. Et c’est notamment par ce biais-là qu’ils partent à l’assaut des politiques, lesquels doivent prouver qu’ils sont à la fois éclairés, vertueux et épris de justice, en autorisant bloqueurs de puberté et opérations mutilantes. Soutenir la cause trans devient ainsi valorisant.

Le problème est que ces militants ont imposé jusqu’à présent leurs croyances en l’absence de toute étude scientifique valable. Et en laissant faire, politiques et hauts fonctionnaires ont exposé des enfants à des interventions sur leur corps dont ils ne peuvent mesurer les conséquences et qui sont souvent irréversibles. On cautionne le fantasme de pouvoir changer de corps, alors que l’on ne peut que prendre l’apparence de celui du sexe opposé. Et cela au prix d’un traitement médicamenteux à vie.

Dogmatisme trans

Seulement voilà, au fur et à mesure que des études rigoureuses sont menées, le discours et les dogmes des militants trans s’avèrent non seulement faux mais dangereux. Ils nient le fait que la nouvelle mode trans amène en consultation de plus en plus d’enfants et d’adolescents mal dans leur peau et en grande souffrance. Ils peuvent présenter des traits autistiques, dépressifs, présenter des traumatismes importants, de l’anxiété, avoir déjà des tendances suicidaires. Or, le moment de la puberté, par les perturbations qu’il génère, est très déstabilisant pour les enfants : la découverte de la sexualité peut faire peur et il a été noté que parmi les candidats au changement de sexe, certains font ce choix car ils n’assument pas, pour des raisons culturelles, personnelles, sociales ou religieuses, leur homosexualité. Enfin, la transidentité est devenue aussi un moyen pour une certaine jeunesse d’affirmer sa révolte en frappant de ses petits poings serrés les réalités qui la dérangent et auxquelles elle n’échappera pas. Ce n’est souvent qu’une passade, le changement de genre est à la mode, et pour la plupart des jeunes cela passe en grandissant. Sauf si on est allé très loin… Or, il y a chez les médecins comme Johanna Olson-Kennedy, une conviction militante qui les pousse à dissimuler aux enfants la réalité de ce dans quoi ils s’engagent. D’ailleurs si on montre beaucoup de mastectomies réussies, on montre moins de reconstructions de pénis, et pour cause. On ne peut revenir sur certains gestes: une fois le pénis ou les seins tranchés, on ne peut les remettre en place. Ou alors dans le cas des seins, l’allaitement n’est plus possible. Quant aux bloqueurs de puberté et aux hormones, ils peuvent rendre stérile.

Des jeunes en souffrance cherchent dans le geste radical qu’est le changement de sexe, la résolution de tous leurs problèmes mentaux. Or ce type de démarche est voué à l’échec. Que des adultes les poussent alors à prendre une décision sur laquelle ils ne pourront revenir et dont ils n’ont pas les moyens d’évaluer les conséquences est dramatique.

D’ailleurs la réaction de la praticienne mise en cause est édifiante. Interrogée sur les raisons de sa dissimulation, elle explique qu’elle craignait que les mauvais résultats ne soient instrumentalisés politiquement. Or non seulement les résultats de cette étude peuvent réduire à néant les revenus très lucratifs que génère la médecine de genre, mais surtout ils finiront à terme par abîmer l’image de ces médecins démiurges qui préfèrent ignorer la réalité quand elle les dérange dans leurs convictions, que protéger leurs patients. Et c’est cette dimension qui dit qui sont réellement ces profils de thérapeutes. Leurs réactions face aux démentis que leur inflige la réalité dévoile le véritable moteur de leur militantisme : une haine de soi et une volonté de détruire tellement forte qu’elle s’en prend à ce qu’il est impossible de changer, la réalité biologique. Cette rage idéologique les rend imperméables à la multiplication des études qui alertent sur la dangerosité de leurs pratiques et leurs conséquences. Le mal qu’ils font, ont fait ou feront à beaucoup de leurs patients est nié ; plus leurs théories se révèlent fausses, plus leur violence s’accroit. Il y a une dimension totalitaire et folle dans la démarche trans qui ne pouvait qu’aboutir à cet échec scientifique et moral. Il est posé, reste à savoir quand les politiques le regarderont en face.

Dresde: le Maestrobot

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Les musiciens de l’Orchestre symphonique de Dresde ont été dirigés par trois bras de robot. Une première mondiale diversement appréciée.


Véritable réalité postmoderne, ou gadget futile pour faire le buzz ? Pour fêter son 25ème anniversaire, l’Orchestre Symphonique de Dresde (à na pas confondre avec la mythique Staatskapelle de la même ville, vénérable institution fondée au XVIème siècle) a confié la direction du concert à… un robot. Et pas n’importe lequel : un étonnant appareil très large, à trois bras ressemblant à des sabres laser, chacun dirigeant un petit groupe séparé de l’orchestre.

Argument des expérimentateurs : la pièce, composée spécialement pour l’occasion, n’est « pas dirigeable par un humain ». Si l’œuvre en question, de l’Allemand Andreas Gundlach, n’est pas inintéressante en soi, le procédé laisse néanmoins dubitatif – et nous replonge tout droit dans l’éternel sujet « l’homme contre la machine ». Sauf qu’il s’agit ici d’un domaine artistique dont on peut raisonnablement douter qu’il puisse être abordé de cette manière.

Mais, selon le compositeur, l’idée du robot a été inspirée par des scientifiques de l’Université technique de Dresde (pôle d’excellence CeTI – Centre for Tactile Internet with Human-in-the-Loop) qui développent des « cobots », c’est-à-dire « des robots collaboratifs qui ne sont pas destinés à remplacer les êtres humains, mais à travailler avec eux ». Assistance et non remplacement, donc. Dont acte. Qu’il soit toutefois permis à votre serviteur de préférer un Herbert Blomstedt, un Valery Gergiev ou encore un Christian Thielemann « non assisté », pour la beauté de l’art. Réflexe réactionnaire, quand tu nous tiens !

Rabat-joie: comment Macron a basculé en faveur de Mohammed VI

Le président Macron termine une visite d’État historique au Maroc. Analyse.


La visite officielle d’Emmanuel Macron au Maroc est un véritable succès diplomatique pour la France. Alors que les relations avec le royaume chérifien semblaient distendues depuis 2019, ce déplacement marque une nouvelle étape dans les relations franco-marocaines avec la signature d’accords économiques d’envergure.

Le 30 juillet, Emmanuel Macron décidait de reconnaître la souveraineté marocaine au Sahara. La date choisie était symbolique puisqu’elle coïncidait avec le 25ème anniversaire de la Fête du Trône, célébrant l’accession au pouvoir de Mohammed VI. Emmanuel Macron prenait alors un risque calculé vis-à-vis d’Alger, dont l’exécutif, en dépit de mains régulièrement tendues, se montre depuis plusieurs années rétif à un dialogue sain et apaisé. Le risque s’est avéré payant, comme en témoigne cette visite réussie qui a enthousiasmé un peuple marocain visiblement ravi de renouer une relation de bonne intelligence avec Paris. Ainsi, Emmanuel Macron a eu droit à une réception royale sur le tarmac de l’aéroport puis à une parade assez grandiose dans les rues de Rabat. Il s’est aussi exprimé devant le Parlement marocain où il a réaffirmé mardi que « le présent et l’avenir » du Sahara « s’inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine », précisant en outre que cette position n’était « hostile à personne ».

Nous aurions néanmoins tort de voir dans cette visite le signe d’une « réconciliation », puisqu’il s’agit plutôt d’un retour à la normale historique des deux pays depuis deux décennies déjà. Au cours des années 2000 puis 2010, le Maroc s’est transformé en profondeur, tant sur les plans économiques et sociaux qu’institutionnels. C’est du reste la réforme constitutionnelle de 2011 qui a permis au royaume de se protéger de la vague des « printemps arabes ». Reste que la période plus récente fut marquée par la tiédeur et une forme d’incompréhension mutuelle que ce voyage clôt. 

La plus importante délégation officielle sous l’ère Macron

Le président de la République a amené 130 personnes dans son sillage, dont dix ministres parmi lesquels Jean-Noël Barrot (Affaires étrangères), Antoine Armand (économie), Rachida Dati (Culture), Bruno Retailleau (Intérieur) et Sébastien Lecornu (Défense). Le monde des affaires n’était évidemment pas en reste, avec un contingent pléthorique dont on retiendra les noms de Patrick Martin (patron du Medef), Frédéric Arnault (LVMH), Hervé Derrey (Thalès), Rodolphe Saadé (CMA-CGM), Wouter Van Wersch (Airbus), Benoit Piètrement (Intercéréales), Henri Poupart-Lafarge (Alstom) ou encore Patrick Pouyanné (TotalEnergies)… De quoi balayer l’essentiel des sujets chauds entre les deux pays. Un nom a néanmoins fait polémique, celui de Yassine Belattar qui est arrivé en jogging et baskets devant le monarque chérifien. Et ce d’autant plus qu’il n’était pas annoncé sur la liste officielle… Ce détail fâcheux n’aura toutefois pas gâché une visite d’Etat extrêmement productive.

Après la présentation d’une déclaration franco-marocaine portant sur un « partenariat d’exception renforcé », vingt-deux contrats ont été signés dans la résidence des Hôtes Royaux pour un montant total évalué à un peu plus de 10 milliards d’euros. Occasion était donnée aux grand groupes français de pavoiser et de faire la démonstration de leur savoir-faire dans des domaines de pointe. Un contrat était particulièrement attendu des deux côtés : la réalisation du deuxième tronçon de la ligne de train à grande vitesse Tanger-Marrakech par Alstom et Elgis qui étaient jusqu’à présents soumis à une rude concurrence asiatique. Le groupe fournira aussi plus d’une dizaine de rames de TGV. Citons aussi EDF, TotalEnergies et Engie qui ont tous signé d’ambitieux contrats dans le domaine des énergies vertes. Veolia a annoncé de son côté la construction de la plus grande centrale de désalinisation d’eau de mer au monde. Elle aura une capacité de 300 millions de mètres cubes et sera alimentée en électricité issue d’énergies renouvelables.

A lire aussi: L’accusation de barbarie appliquée à Israël est une surenchère verbale insupportable

Se voulant nouvelle puissance maritime dans l’océan Atlantique, Rabat nourrit aussi de grands projets pour ses ports de marchandise. C’est ainsi que le transporteur CMA CGM s’est associé avec Marsa Maroc pour « équiper et exploiter » pendant 25 ans la moitié du terminal à conteneurs de « Nador West Med », dans le nord du Maroc. Cette entreprise équipera 35 hectares du terminal à conteneurs ainsi que 750 mètres de quai pour un investissement total de 280 millions d’euros. Les Toulousains seront aussi heureux de savoir que le domaine aéronautique n’était pas en reste avec la création d’un site de maintenance du moteur LEAP de Safran à Casablanca. Un moteur extrêmement performant qui équipe 3500 avions monocouloirs de dernière génération de l’avionneur Airbus.

Si la notion de « guerre économique » est souvent évoquée en ce moment, à raison concernant la Chine ou les Etats-Unis, nous sommes ici dans le cadre d’une pax economica profitable aux deux pays. Dans un monde en crise, où de grands Empires adoptent des comportements prédateurs, la puissance française offre une alternative intéressante à de nombreux pays. Par son histoire et son présent, elle est membre du Conseil permanent de l’ONU et dotée de l’arme nucléaire, écoutée en Europe et ailleurs, mais elle ne cherche pas à dominer ou asservir. Evidemment, les relations historiques que nous entretenons avec le Maroc et sa population sont d’une grande aide dans ce qui s’apparente au premier grand succès diplomatique d’Emmanuel Macron, mais ces accords sont rendus d’abord et avant tout possibles par les intérêts communs qui unissent les deux pays. La modernisation du Maroc offre un environnement des affaires extrêmement compétitif pour nos entreprises. Surtout, les relations ne sont entachées d’aucune rancœur historique…

Des questions géostratégiques en filigrane

Par son positionnement géopolitique, le Maroc peut incarner un trait d’union et un espace de dialogue entre les pays dits du « Sud » et l’Occident, ce que la signature des accords d’Abraham avait manifesté. On l’a encore constaté avec la déclaration commune d’Emmanuel Macron et Mohammed VI sur le Proche-Orient qui est un appel lancé pour trouver une paix juste et l’arrêt des combats qui ensanglantent la zone. Plus encore, le Maroc est un partenaire indispensable pour la France en Afrique de l’Ouest. Ces dernières années, Rabat a fait de l’intégration panafricaine un de ses piliers stratégiques avec la création du Casablanca Finance City, hub d’investissement et de gestion des flux financiers aux orientations continentales.

L’Afrique de l’ouest est un enjeu majeur en matière de défense, d’économie et évidemment d’immigration. C’est aussi la raison pour laquelle Bruno Retailleau était du voyage, au-delà de la question des OQTF. Le président de la République a pu rappeler au cours de son discours que la lutte contre l’immigration illégale constituait une « attente forte en France » et a appelé à l’obtention de « davantage » de résultats dans le cadre d’une « coopération naturelle et fluide ». Trouver des voies de co-développement est un moyen essentiel pour répondre à cette attente et c’est en partie pour cette raison qu’une telle visite était espérée.

Paradoxalement, il faut aussi croire et espérer que l’apaisement avec l’Algérie passe par une position tranchée en faveur du Maroc. À terme, Alger n’a aucun intérêt à s’exclure des grands partenariats transcontinentaux qui se nouent présentement. La France a eu raison de sortir de l’ambiguïté stratégique et d’assumer de prendre une décision qui va accroitre son influence dans cette région du monde. Nous devons reprendre pied dans un monde chaotique en proie aux guerres par l’affirmation de nos atouts et l’officialisation d’alliances au cas par cas. La politique arabe et africaine d’Emmanuel Macron, longtemps critiquée, semble enfin aller de l’avant. Pourvu que ça dure.

Occupation: pour Jérôme Garcin, le talent littéraire n’excuse rien

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Le critique littéraire et écrivain Jérôme Garcin © SADAKA EDMOND/SIPA

Dans son dernier ouvrage, Jérôme Garcin ne passe rien à nos écrivains collabos, il les charge. L’amitié et la critique sont-elles compatibles ? se demande notre chroniqueur, après avoir ressenti un léger malaise à la lecture du livre de l’ancien critique du Masque et la Plume.


Jérôme Garcin vient de publier Des mots et des actes – Les Belles-Lettres sous l’Occupation. Cet auteur, qui est un ami, éprouve une passion pour la littérature, il écrit des livres qui sont remarquables et ont toujours bénéficié d’une critique enthousiaste. Son registre est infiniment varié, de l’intime à l’Histoire. À son égard, je n’ai jamais douté de la sincérité de ces louanges, précisément parce que je les approuvais et les partageais. Alors qu’en général, j’ai toujours jugé la critique française (littérature, cinéma et ou théâtre) connivente, clientéliste, excessive et donc fausse, oscillant entre l’hyperbole et la démolition et donnant trop rarement une impression de liberté et d’authenticité. Peut-être ma vision est-elle excessivement pessimiste ; ou dois-je concéder être arrêté, devant beaucoup d’analyses favorables ou non, par cette limite intolérable qu’elles ne rejoignent pas les miennes ?

Dérision malvenue ?

Avec le dernier et court ouvrage de Jérôme Garcin, que j’ai lu d’une traite tant il mêlait la littérature, la période terrifiante et, pour certains, héroïque de l’Occupation, le destin de plusieurs écrivains détestables dans leurs écrits et leur comportement, maudits, rejetés, fusillé pour Robert Brasillach, talentueux mais égarés ou admirables tel Jean Prévost. Je me suis trouvé confronté à une excellence mais aussi à un léger malaise.

Je n’ai pas à discuter le choix de ses hostilités et de ses dilections. Pour ces dernières, on sait que Jean Prévost, auquel il consacre plusieurs chapitres, est un modèle : comme écrivain, comme homme de courage, résistant et héroïque, comme personnalité capable de tout mener de front, homme de réflexion et d’action.

Quand Jérôme Garcin se penche sur les écrivains qu’il honnit parce qu’ils ont écrit des horreurs, qu’ils ont pactisé d’une manière ou d’une autre avec l’occupant et qu’ils n’ont pas correspondu à son idéal de « chevalerie », parfois noblement sacrificielle, il ne perd rien de sa qualité de style, de son art des portraits et de sa fluidité narrative.

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Pour le style, il rapporte ce qu’on reprochait à Paul Morand dans sa correspondance avec Jacques Chardonne : « faire du style dans chaque phrase ». Ce pourrait être, de manière positive, porté au crédit de Jérôme Garcin.

Ce qui m’a perturbé, et qui tranche avec la compréhension profonde dont Jérôme Garcin sait faire preuve même à l’encontre du pire, est le ton de dérision, ou condescendant, ou moralisateur, dont il use souvent. Comme s’il était impossible, en jugeant ces quelques écrivains méprisables, d’expliquer mieux pourquoi ils l’avaient été, dans quelle nasse l’Histoire les avait englués et comment ils n’avaient pas su ou pu en sortir. Un Robert Brasillach a été admirable à partir de son arrestation, durant son procès avec une justice expéditive et lors de son exécution : cela ne compense pas ses écrits indignes mais aurait appelé, de mon point de vue, moins de dogmatisme inquisiteur.

Il ne faut pas avoir été résistant pour bien écrire

J’ajoute que Jérôme Garcin a totalement raison de célébrer les écrivains résistants, mêlant à leur talent le courage d’affronter le nazisme et pour quelques-uns d’y perdre leur existence. Mais j’ai eu parfois l’impression, à le lire, qu’il fallait avoir résisté pour bien écrire, pour être qualifié de grand écrivain. Je n’irais pas jusqu’à placer Céline au-dessus de tous parce qu’il a révolutionné la langue française mais avoir ébloui avec Le Voyage ou Mort à crédit n’est pas à négliger.

Dans ce beau petit livre, je suis touché indirectement par l’autoportrait de Jérôme Garin : la littérature n’est pas tout pour lui, le courage est capital, dire non plutôt que oui, face à l’intolérable, est exemplaire, la vie n’est pas un long fleuve tranquille mais une lutte où il faut savoir se tenir.

J’espère, avec ce billet, n’avoir pas trahi l’honnêteté d’une critique, pas davantage que le bonheur d’une amitié.

Des mots et des actes: Les belles-lettres sous l'Occupation

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Elections américaines: “Keep on trolling in the Free world”…

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Donald Trump en meeting au Madison Square Garden, New York, 27 octobre 2024 © Evan Vucci/AP/SIPA

Les Américains se rendent aux urnes dans cinq jours. Donald Trump, qui a transformé la vie politique de son pays en arène de catch, pourrait l’emporter face à la guère sympathique Harris, finalement assez mauvaise candidate. Nous devons nous préparer à défendre notre économie, si Trump passe, car l’Union européenne a peut-être plus à craindre encore que la Chine commercialement. Analyses.


Roland Barthes était un passionné de catch. Il a notamment traité le sujet dans ses Mythologies : « ll y a des gens qui croient que le catch est un sport ignoble. Le catch n’est pas un sport, c’est un spectacle, et il n’est pas plus ignoble d’assister à une représentation catchée de la Douleur qu’aux souffrances d’Arnolphe ou d’Andromaque. (…)  Le public se moque complètement de savoir si le combat est truqué ou non, et il a raison; il se confie à la première vertu du spectacle; qui est d’abolir tout mobile et toute conséquence: ce qui lui importe, ce n’est pas ce qu’il croit, c’est ce qu’il voit. »

Ce court extrait pourrait à lui seul résumer le match que se livrent aujourd’hui le Parti démocrate et le Parti républicain entièrement pris en main par la famille Trump. Il n’est d’ailleurs pas véritablement nécessaire d’évoquer les liens amicaux qui ont longtemps uni Donald Trump à Vince McMahon, l’ancien patron de la WWE, et qui l’unissent encore à d’immenses célébrités du ring qui le soutiennent ouvertement dans ses meetings, à commencer par les colosses Hulk Hogan et The Undertaker, pour comprendre que le personnage a tout du catcheur. 

Le heel contre babyface

Donald Trump a une carrure digne d’un bretteur d’arènes, un bagout de bateleur d’estrade et une chevelure qu’il semble avoir chipée à l’inimitable Ric Flair. Il faut l’admettre, il est extrêmement doué et charismatique en meetings. Du moins ne laisse-t-il personne indiffèrent. Il a tout du « heel », le méchant du catch, quand Obama avait tout du « babyface ». Le heel est ce personnage arrogant et narcissique que le public adore détester. Ses facéties amusent. S’il fait parfois rire à son détriment, il est aussi capable de susciter la peur et d’attirer à lui la gente féminine. De l’autre côté, le « babyface » est un héros américain pur et au cœur vaillant, parfois légèrement naïf et ennuyeux. 

Dans les années 1990, au tournant de « l’attitude era »[1], la lutte professionnelle américaine a commencé à s’apercevoir que les « heels » faisaient parfois plus recette que les « faces ». Donald Trump est arrivé en politique avec ça en tête. Il deviendrait le trublion, l’antihéros. Après les deux mandats Obama, les Etats-Unis étaient prêts à un changement de ton. On pouvait penser que ce qui avait fait recette en 2016, avec une équipe plus radicale mais par certains aspects plus traditionnelle pour le camp républicain, n’allait plus marcher en 2024. Surtout avec l’expérience assez traumatisante du 6 janvier et de l’assaut sur le Capitole des supporters désespérés d’un Trump qui les a in fine assez lâchement abandonnés. Pourtant, l’homme a su s’accrocher et ressusciter tel le phénix. 

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Il est extrêmement rare qu’un même homme soit le candidat désigné d’un parti à trois élections différentes d’affilée aux Etats-Unis. Trump a réussi cet exploit. Et il l’a fait en soumettant à sa volonté une formation historique et tous ses cadres. Tous ont plié l’échine, craignant de perdre leurs investitures ou d’être abandonnés par leurs électeurs. Donald Trump a placé tous les hommes et toutes les femmes qu’il souhaitait aux postes-clés d’un Great Old Party transformé en machine à cash et à publicités pour un homme et sa famille. Remarquable. Digne d’un César antique.

Le seul problème de ce beau spectacle mis en scène et interprété par un showman de génie est qu’il n’est qu’un spectacle. Oh ! les démocrates ne sont pas en reste en matière de pantomime. Eux aussi ont leur catcheur, The Rock, leurs rappeurs, leurs outrances et leurs milliards jetés par les fenêtres pour diffuser des messages aussi grandiloquents que bêtes, mais l’outrance affichée continuellement par certains soutiens de Donald Trump ne pourra que laisser coi l’honnête homme. Au Madison Square Garden, lors de son gigantesque meeting sur ses terres new-yorkaises, ses soutiens y sont allés de leurs insultes sur les « low IQ » ou la nature démoniaque de leur adversaire Kamala Harris. Guère sympathique et très mauvaise candidate, il est néanmoins douteux de voir en elle un « antéchrist », même en puissance.

Voilà pour la forme, passons au fond et à ce qui nous intéresse le plus : les conséquences pour la France et l’Europe. Car, que nous le voulions ou non, une poignée d’électeurs du Wisconsin tient une part de l’avenir du monde entre ses mains.

Economie : adversaires ou ennemis ?

L’Union européenne est en conflit de plus en plus ouvert avec les Etats-Unis. Il s’agit pourtant de notre plus gros client (entre 16 et 20% de nos exportations annuelles). Donald Trump a d’ailleurs fait de l’Europe l’une de ses cibles régulières lors de ses allocutions, soit pour se vanter de sa capacité à faire plier ses concurrents soit pour indiquer que l’Amérique perdait trop d’argent avec le vieux continent. Cité par Politico, un diplomate européen n’y va pas par quatre chemins : « Nous riposterons vite et nous riposterons fort ». Chat échaudé craint l’eau froide… Car, la cohabitation avec l’homme d’affaires devenu président ne fut pas de tout repos lors de la période 2016-2020.

La cible de Trump est notamment notre industrie lourde. En 2018, il avait ainsi tenté d’imposer des tarifications douanières importantes sur l’acier et l’aluminium, qui n’avaient pas entraîné de très vives réactions de la part d’une Union effrayée par une « escalade ». Visant régulièrement l’automobile allemande lors de ses discours, Donald Trump avait aussi envisagé une série de taxes assez brutales sur les importations de véhicules européens avant de se raviser. Spécialiste des mesures coercitives et du chantage, Donald Trump impose donc un rythme et un ton qui demandent une certaine préparation. Le candidat républicain a d’ailleurs annoncé qu’il imposerait une taxe « universelle » sur tous les biens importés par les Etats-Unis, allant de 10 à 20%. La mesure serait aussi colossale que contraire aux principes classiques de l’Organisation mondiale du commerce. Déjà, sous Biden, l’Europe a dû affronter l’Inflation Reduction Act dont elle tente aujourd’hui de diminuer la portée, mais cette taxation globale à l’entrée serait un véritable choc pour les marchés mondiaux si d’aventure il allait au bout – ce dont on peut légitimement douter. Elle aurait aussi des conséquences inflationnistes pour les Américains, ce qui ne serait pas neutre non plus pour le reste du monde… Afin de réindustrialiser l’Amérique et de « rendre leurs emplois aux travailleurs américains », Donald Trump a aussi déclaré vouloir purement et simplement « détruire l’industrie européenne ». Un excès de langage, un argument de campagne sûrement exagéré, mais qu’il conviendra de ne pas prendre à la légère. Car, les conséquences d’un passage à l’acte même partiel seraient dramatiques. Des usines pourraient être contraintes de fermer.

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Donald Trump nous a toutefois habitués à négocier. Il commence fort mais peut se laisser tenter par un accord favorable. Ciblera-t-il plus volontiers la Chine ou l’Union européenne ? L’observateur peu attentif sera tenté de penser que la Chine est le véritable antagoniste de l’Amérique, mais les choses sont moins simples qu’elles n’y paraissent. L’Europe agace profondément Donald Trump et son entourage. Elon Musk, particulièrement actif dans cette campagne, possède une usine Tesla à Shanghaï. Elle est celle qui lui rapporte le plus. En 2023, elle a passé la barre symbolique des 2 millions de modèles produits. Colossal.  Tesla est le seul constructeur étranger à produire en Chine sans s’appuyer sur un producteur local, ça n’est pas neutre. 

Au contact des nouvelles fortunes de la Silicon Valley, The Donald s’est aussi converti aux cryptomonnaies… Et à la défense assez acharnée des entreprises du secteur qu’il ne cessait pourtant de critiquer en 2016. Il a vertement critiqué les enquêtes de l’Union sur la concurrence, citant Tim Cook qui a été condamné par la justice irlandaise dans une affaire de redressement fiscal mais aussi par les règles antitrust de l’Union à propos du fonctionnement de l’App Store. 

N’en doutons toutefois pas : il y a continuité entre les politiques menées par les administrations démocrates et républicaines. Les différences portent sur l’intensité des mesures. Nous n’avons pour l’heure jamais été en guerre économique ouverte avec les Etats-Unis. Si une telle chose se produisait, ce serait absolument dévastateur. La difficulté principale que nous aurons avec une administration Trump sera que ce dernier privilégie des deals bilatéraux. Il cherchera donc à tenter de désunir les Européens. Surpassable ? Oui, mais les déclarations de campagne ne rassurent pas. De fait, l’Union et les Etats-Unis ont des économies plutôt complémentaires et auraient intérêt à ne pas se fermer l’une à l’autre.

Des conflits partout

Concernant la politique étrangère, c’est en réalité dès le premier mandat de Barack Obama que les Etats-Unis sont devenus frileux. Ils ont progressivement rompu avec « l’interventionnisme » voire l’agressivité qui leur fut longtemps reprochée, singulièrement sous la période de George Bush Jr. Incapables de respecter les lignes rouges qu’ils avaient eux-mêmes fixés en Syrie, les Américains sont apparus plus faibles aux yeux du monde. La pax americana a fait place à la « multipolarité » et à l’émergence des Brics. Malheureusement, ce monde est aussi soumis à la multiconflictualité et les champs de bataille ne cessent de fleurir. 

Ancienne ambassadrice à l’OTAN, Muriel Domenach s’est confiée au Grand Continent à propos de l’incertitude que les élections américaines font peser tous les quatre ans sur notre sécurité : « Donald Trump avait, au cours des sommets de 2017 et de 2018, traité avec une grande brutalité des alliés de premier plan, comme les Danois et les Allemands. Ensuite, il avait remis en question l’article 5 du traité. Il laissait entendre que les garanties de sécurité américaine étaient transactionnelles, conditionnées à des concessions commerciales ». Elle ajoute qu’il « n’est pas sérieux que l’Europe, avec sa richesse, son héritage et ses responsabilités, se résigne à faire dépendre entièrement sa sécurité des choix américains, qui eux-mêmes sont fonction du vote de certains cantons dans des États clefs, dont les électeurs suivent des logiques valables mais très éloignées des nôtres ».

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Il faut en outre comprendre que Donald Trump est aujourd’hui porteur d’un esprit revanchard et que « MAGA » est assez ouvertement pro-russe. D’aucuns diront qu’il s’agit d’une posture électoraliste, mais les déclarations de son futur vice-président JD Vance sont éloquentes à ce sujet : il ne perçoit pas la Russie comme un ennemi mais comme un « adversaire » et un « concurrent ». L’interview donnée par Poutine à Tucker Carlson ou les tweets de Donald Trump Jr. témoignent du glissement des Républicains. Ajoutons aussi que lors de la période 2016-2020, la Hongrie était le seul interlocuteur réellement amical des Etats-Unis en Europe, ce qui n’aide pas.

Si les proches de Trump affirment que les Etats-Unis ne comptent pas quitter l’OTAN, l’organisation serait rendue caduque de facto si d’aventure nous n’en respections plus les conditions. Par ailleurs, il est manifeste que ces discours limitent la portée dissuasive des traités, à commencer par l’article 5 portant sur la défense collective… y compris des Etats membres les plus modestes. Y-a-t-il eu des négociations occultes sur la fin de la guerre entre le Kremlin et la possible future administration ? L’Europe doit en tout cas prendre conscience qu’elle ne peut plus laisser sa sécurité entre les mains des électeurs américains, et ce d’autant plus que l’administration démocrate n’est guère plus fiable que celle qui pourrait lui succéder. Les Américains donnent l’impression de jouer contre leurs propres intérêts par ignorance. En feignant se désintéresser de l’Europe au profit de l’Orient ou du Pacifique, qui croient-ils berner ? Laisser Poutine arracher une victoire contre le droit et l’ordre mondial est-il de nature à freiner les ambitions chinoises ou au contraire de les renforcer ? Poser la question, c’est presque déjà y répondre. Personne n’a voulu écouter la France qui a conservé une vive tradition militaire et une appréhension fine de toutes ces questions. Il faut encore une fois ici remercier le Général de Gaulle d’avoir tout fait pour que la France se dote de l’arme atomique… face aux oppositions américaines.

Et la guerre culturelle, alors ?

L’un des arguments avancés ces derniers temps pour soutenir l’idée d’une victoire de Trump serait sa capacité à lutter contre les dérives anthropologiques majeures du néo-progressisme contemporain, ou « wokisme ».

Pourtant, à y regarder de plus près, Trump semble parfois l’envers des excès qu’il dénonce légitimement. Une campagne basée sur la viralité d’une propagande souvent mensongère est-elle vraiment le meilleur moyen de gagner une bataille culturelle visant à élever les gens ou un populisme chimiquement pur qui les enfermera dans des bulles algorithmiques et des biais de confirmation ? Heel et babyface ont besoin l’un de l’autre… Si l’un disparait, l’autre n’a plus de raison de vivre. Certains d’entre nous devraient sûrement y réfléchir.


[1] Dans l’univers du catch, l’ère Attitude est une période qui s’étend de 1997 à 2001, et qui été marquée par un bouleversement des codes de l’époque, ajoutant plus de violence et d’allusions sexuelles au spectacle.

L’Union algérienne exige que la rue Bugeaud à Lyon soit débaptisée

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Le maire de gauche de Lyon, Grégory Doucet © Bony/SIPA

L’Union Algérienne, une association se revendiquant comme représentative de la diaspora algérienne en France, a décidé de porter plainte contre la mairie de Lyon, dénonçant l’apologie de crimes de guerre liée à une rue portant le nom du Maréchal Bugeaud, figure controversée de l’histoire coloniale. Le maire Grégory Doucet cédera-t-il aux pressions ?


Révélée par Lyon Mag’ dans une de ses éditions du 18 octobre 2024, cette affaire pourrait fortement sensibiliser les Lyonnais, attachés à leur patrimoine culturel. L’Union Algérienne a décidé de porter plainte contre le maire écologiste de Lyon, Grégory Doucet, pour «apologie de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité». L’association, représentant la communauté algérienne, cible particulièrement la rue du Maréchal Bugeaud, située dans le VIe arrondissement, non loin du consulat algérien, et exige son retrait immédiat en raison de l’image coloniale que ce nom, lié à un héros de l’histoire française, véhicule.  

Marquis de la Piconnerie et Maréchal de France, Thomas Bugeaud (1784-1849) est une figure clé de la conquête de l’Algérie, devenue plus tard colonie puis départements français. Officier brillant, ayant fait ses armes à la bataille d’Austerlitz, il fut chargé par  le roi Louis-Philippe Ier de réprimer la révolte menée par l’émir Abdelkader. Pour y parvenir, Bugeaud appliqua une politique de la terre brûlée, allant jusqu’à incendier des grottes où se cachaient des civils. Traquant inlassablement l’émir, il envahit le Maroc, qui finit par cesser son soutien à Abdelkader. En 1847, après onze ans de pacification brutale, il fut rappelé en France.

Une sculpture à déboulonner

Nommé duc d’Isly, le maréchal Bugeaud tenta de sauver la monarchie de Juillet durant la révolution de 1848, sans succès. Plus tard, député sous la Seconde République, son influence parmi les conservateurs était telle qu’il fut envisagé comme candidat à la présidence. Bugeaud déclina l’offre et se désista en faveur du futur Napoléon III, peu avant son décès en juin 1849, à 64 ans. Il repose désormais aux Invalides, où de nombreux hommages lui furent rendus. Des villes, comme Lyon, où il vécut, adoptèrent son nom, des statues furent érigées, et des médailles frappées, célébrant sa gloire. Lors du centenaire de la colonisation en Algérie en 1930, civils et militaires algériens commémorèrent ensemble la mémoire de « Bouchou », un surnom donné par ses détracteurs, signifiant presque « croque-mitaine ».

A relire, Jean Sévillia: «Depuis 40 ans, la France se couche devant le pouvoir algérien»

Pour l’Union Algérienne, il est désormais impensable que la France continue d’honorer celui qu’elle considère comme un criminel. Après avoir déjà menacé de déposer plainte contre l’érection de la statue du général Bigeard à Toul, et probablement encouragée par les récentes déclarations du président algérien Abdelmadjid Tebboune, qui a accusé la France d’avoir commis un génocide en Algérie, l’association déplore le manque de collaboration de Grégory Doucet. « Malgré des demandes répétées de plusieurs associations, des pétitions et de nombreuses sollicitations, le maire de Lyon refuse toujours de débaptiser la rue Bugeaud (…). Le maire Grégory Doucet et ses équipes ont rejeté toutes nos propositions de conciliation. En conséquence, notre association n’a d’autre choix que de porter l’affaire devant la justice », peut-on lire dans leur communiqué. « La jurisprudence est claire : présenter des criminels sous un jour favorable équivaut à faire l’apologie de leurs crimes. La communauté franco-algérienne de la région lyonnaise mérite dignité et respect, et nous sommes déterminés à faire valoir leurs droits par tous les moyens nécessaires », conclut l’association.

Ce n’est pas la première fois que le nom du Maréchal Bugeaud suscite la controverse en France. Avec la montée du mouvement woke, il est souvent ciblé par les décoloniaux. Leurs actions, soutenues par une partie de la classe politique française, principalement à gauche, visent à revisiter les chapitres de l’histoire de France liés à la période coloniale, accusant de racisme ou de fascisme ceux qui osent les contester. Périgueux a été la première à céder à cette pression en ajoutant une plaque explicative sur la statue de Bugeaud, mentionnant les « enfumades » en Algérie. Marseille s’est empressé de rebaptiser une école et Paris a été encore plus loin en 2024, retirant le nom de Bugeaud d’une avenue, à l’initiative d’une élue communiste. Ce geste a d’ailleurs été chaleureusement salué par l’Union Algérienne sur ses réseaux sociaux.

Le nom de Camille Blanc proposé

À Lyon, les initiatives pour changer le nom de la rue Maréchal Bugeaud n’ont pas manqué non plus. En 2021, la sénatrice Cécile Cukierman (PCF), petite-fille de résistant, a symboliquement rebaptisé cette rue au nom de Sainte Joséphine Bakhita, pour interpeller la mairie sur l’héritage de celui qui, selon elle, « nous renvoie à un des pires moments de notre histoire ». En octobre 2022, Malika Benarab-Attou, ancienne députée européenne d’Europe Écologie-Les Verts (2011-2014), a lancé une pétition en ligne contre ce « funeste personnage », demandant que la rue soit rebaptisée en l’honneur de personnalités ayant lutté contre la guerre d’Algérie ou ayant eu des liens avec le Front de Libération Nationale (FLN), l’organisation qui a mené la lutte armée contre la France et ses alliés Harkis. À ce jour, la pétition n’a recueilli qu’un millier de signatures. Loin de calmer un débat qui divise toujours, l’Union algérienne a proposé de son côté de renommer la rue en hommage à Camille Blanc, maire d’Évian-les-Bains, assassiné en 1961 par des membres de l’Organisation de l’Armée Secrète (OAS), partisans du maintien de l’Algérie française.

A lire aussi, Jeremy Stubbs: Tuerie de Southport: les masques tombent enfin

Faut-il interpréter cette plainte comme un signe sous-jacent de la montée du communautarisme sur le territoire et celui d’une ingérence dans les affaires de la France ? Sur son site, l’Union Algérienne affiche fièrement les couleurs vertes et rouges du drapeau national algérien. Se revendiquant « guidée par une conviction profonde, celle de préserver notre identité et renforcer notre unité en tant que peuple algérien résidant en France », l’association souligne que ses « valeurs reposent sur des fondamentaux tels que la conservation de nos traditions, la solidarité, et la préservation de notre héritage culturel ». Elle précise avoir été fondée dans le but de rassembler la diaspora algérienne en France, qu’elle estime être « cible de divers groupes » (sans les nommer). Plus intriguant encore est le portrait d’Ali la Pointe, que l’association affiche aux côtés de sa profession de foi. Ce jeune homme, petit caïd devenu célèbre, avait été recruté par le Front de Libération Nationale (FLN) pour ses « redoutables qualités de tueur », selon la journaliste Marie-Monique Robin, auteure du livre Escadrons de la mort, l’école française. Considéré comme un héros par de nombreux Algériens, il a trouvé la mort durant la bataille d’Alger en 1957.

Il est difficile de prévoir si l’initiative de l’Union Algérienne contre le Maire de Lyon aboutira, si elle bénéficie d’un quelconque soutien d’Alger en bisbille actuellement avec la France, mais elle soulève une question cruciale : celle de l’utilité de continuer à « poursuivre le travail de mémoire, de vérité et de réconciliation » initié par le président Emmanuel Macron en collaboration avec l’Algérie. Jusqu’à présent, la France a multiplié les gestes de repentance, ce qui a suscité l’agacement d’une partie de la population française, exaspérée par ces excuses répétées, perçues comme un signe de faiblesse et de soumission de la part de l’exécutif. Paris attend toujours que l’Algérie fasse également un acte de contrition et reconnaisse les crimes de guerre commis par le Front de Libération Nationale (FLN) contre les Pieds-Noirs et les Harkis pendant la guerre qui a opposé les deux pays entre 1954 et 1962. En vain ! 

Escadrons de la mort, l'école française

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Tuerie de Southport: les masques tombent enfin

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Recueillement après la tuerie, Southport, 20 août 2024 © Victoria Jones/Shutterstock/SIPA

Lors des émeutes violentes qui ont secoué l’Angleterre et l’Irlande du Nord cet été, le gouvernement britannique a proclamé haut et fort que la responsabilité pour ce désordre était à mettre entièrement sur le compte d’une « extrême-droite » coupable, selon lui, de répandre sur les réseaux sociaux de fausses informations concernant la motivation de l’auteur d’une tuerie dans un atelier de danse pour petites filles. Aujourd’hui, les autorités révèlent la vérité qu’elles nous cachaient dès le début de l’affaire.


Vous souvenez-vous de Southport ? Le passage accéléré du temps médiatique fait que même les événements les plus tragiques s’estompent trop rapidement dans la mémoire collective. C’est sans doute ce sur quoi comptaient les autorités policières et politiques, outre-Manche, quand elles ont décidé de garder pour elles certaines informations qu’elles se voient contraintes de rendre publiques aujourd’hui.

Une attaque sanglante contre des enfants

C’était le 29 juillet qu’un individu alors âgé de 17 ans, Axel Rudakubana, issu de l’immigration rwandaise au Royaume Uni, a fait irruption dans des locaux où se tenait un atelier de danse et de yoga pour enfants de six à onze ans, atelier ayant pour thème la musique et le jeu scénique de Taylor Swift. Personne à Southport, ville balnéaire tranquille à 27 kilomètres au nord de Liverpool dans le nord-ouest de l’Angleterre, ne s’attendait à une attaque d’une telle férocité. Avant d’être neutralisé et arrêté par les forces de l’ordre, le suspect a poignardé neuf enfants et deux adultes qui essayaient en vain de protéger ces dernières. Deux des petites filles ont succombé immédiatement à leurs blessures, la troisième le lendemain.

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Initialement, les autorités ont tu l’identité de l’assassin présumé sous prétexte qu’il était mineur. Mais le 1er août, un magistrat plus avisé a décidé de rendre l’information publique afin de contrer la spéculation générale alimentée jusqu’alors par le silence. Malheureusement, cette décision, saine mais tardive, n’a pas du tout suffi à convaincre le public que les autorités ne leur cachaient rien. Car entre temps, la police avait déclaré formellement que le crime n’était pas considéré comme un acte terroriste. Beaucoup de citoyens et Nigel Farage, le chef du parti Reform UK récemment élu député, y ont soupçonné une tentative hâtive d’exclure toute hypothèse prêtant un caractère religieux ou ethnique à un crime qui pouvait ressembler à un attentat planifié. Le fait que M. Rudakubana avait été diagnostiqué comme autiste a été largement cité dans les médias de manière à focaliser l’attention sur une probable motivation psychopathologique. Flairant déjà une forme de cafouillage, une partie du public a donné libre carrière à ses soupçons.

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Or, nous apprenons aujourd’hui que ces soupçons étaient au moins partiellement justifiés. Le 29 octobre, à la veille de la première comparution au tribunal de l’accusé, l’autorité policière de Merseyside, la région de Liverpool, a donné une conférence de presse pour annoncer que les enquêteurs avaient découvert chez M. Rudakubana une quantité de ricine, un poison dangereux, ainsi qu’un manuel de terrorisme islamiste, sous forme de document PDF, intitulé « Military Studies In The Jihad Against The Tyrants. The Al Qaeda Training Manual » (trad. Études militaires pour le Jihad contre les tyrans. Le manuel d’entrainement d’Al-Qaïda). Soulignant le fait qu’aucune trace de ricine n’avait été trouvée sur le lieu du crime, le chef de la police, Serena Kennedy, a insisté sur le fait que les enquêteurs n’avaient toujours pas assez de preuves pour affirmer qu’il s’agit d’un attentat terroriste.

A Bristol, la police en difficulté face aux manifestants nationalistes et aux contre-manifestants, 3 août 2024 (c) Yat Him Wong/Cover Images/SIPA Numéro de photo : sipausa31640932_000051

Première conclusion : quand les autorités ont déclaré dès le 29 juillet qu’elles ne considéraient pas la tuerie comme un acte terroriste (« …not being treated as terror-related »), elles ne se sont pas montrées tout à fait honnêtes. La vérité, c’est qu’elles ne détenaient pas encore assez de preuves pour être certaines du caractère djihadiste de l’attentat, bien qu’elles pussent – et peuvent encore – soupçonner que c’était le cas. A l’époque des émeutes, tous ceux qui ont émis l’hypothèse que le crime avait quelque chose à voir avec l’islamisme étaient traités par le gouvernement et la plupart des médias de racistes islamophobes. Il s’avère maintenant que la méfiance dont ces personnes ont fait preuve à l’égard de l’explication officielle était au moins partiellement fondée.

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Deuxième conclusion : ce sont précisément les cachotteries des autorités qui ont alimenté spéculations et soupçons. Comme l’a observé avec beaucoup de prescience notre confrère Eliott Mamane, dans un article publié dès le 9 août dans Marianne : « Si le gouvernement britannique avait immédiatement donné des précisions sur les éventuelles motivations idéologiques derrière les actions du mis en cause ou sur son état mental, aucun acteur mal intentionné n’aurait pu manipuler le récit des événements ». On a du mal à croire que, une fois mise en possession des informations obtenues par la fouille de la maison familiale du suspect, la police n’en a pas informé le gouvernement.

Troisième conclusion : l’opération de communication du Premier ministre Sir Keir Starmer et de son gouvernement, qui consistait à mettre toute la responsabilité pour les émeutes sur le compte de désinformations propagées sur les réseaux par des acteurs dits d’extrême-droite se retourne aujourd’hui contre eux. La désinformation a commencé avec les autorités.

Maintenant que la mèche a été vendue, la police et le gouvernement, ainsi que leurs serviteurs médiatiques, essaient de se tirer d’affaire en nous rappelant que même aujourd’hui toute spéculation sur la motivation du tueur serait préjudiciable à un procès équitable. Pourtant, quand M. Starmer proclamait à tue-tête cet été que les personnes impliquées dans les violences étaient des « voyous d’extrême-droite » qui méritaient les peines les plus sévères, il n’était pas en train de préjuger du résultat des poursuites que l’État allait engager contre des centaines de citoyens britanniques ? Nos gouvernants ont deux problèmes apparemment : un premier avec la vérité, et un autre avec leurs citoyens. Un des tubes de Taylor Swift s’intitule « Blank Space » (espace blanc) : cela dit bien le vide créé par les atermoiements et la dissimulation des autorités. Un autre s’appelle « Bad Blood » (rancœur) : cette fois, c’est le mélange de ressentiment et de méfiance qui a résulté de l’affaire de Southport et qui durera longtemps.

L’électorat musulman américain, allié de circonstance de Trump

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Manifestation à Dearborn, Michigan, Etats-Unis © Alexandre Mendel / Conflits

Le candidat républicain devance désormais sa rivale démocrate dans l’électorat arabo-musulman. Vu comme plus crédible que son adversaire pour apporter une paix durable au Proche-Orient, l’ex-président, pourtant très critique de l’islam ces dernières années, bénéficie d’une sorte de vote de vengeance contre une gauche jugée trop proche d’Israël. Dans les États clés, et en particulier dans le Michigan, ces quelques milliers de voix pourraient faire la différence.


Le sujet a disparu de la campagne de Donald Trump. Ou plutôt, disons-le : le candidat républicain n’en parle plus. Finies les tirades sur l’Europe devenue un foyer du terrorisme – sur « Bruxelles devenu un enfer » ou sur les attentats du Bataclan qui auraient pu être réglés « si quelqu’un avait été armé dans le public ». Ou sur le travel ban, cette mesure contestée qui empêchait la délivrance de visas aux ressortissants de certains pays musulmans considérés comme dangereux. Ça, c’était en 2016, quand la frange la plus complotiste des fans de Donald Trump croyait encore dur comme fer que Barack Obama était un musulman et au plus fort des attentats qui touchaient l’Europe, et en particulier la France. Le mot « islamisme » n’intéresse plus le candidat républicain qui, habilement, a su tirer parti de la désaffection des musulmans pour les démocrates quand Biden était encore leur candidat. Désormais, Trump drague ouvertement l’électorat musulman. Une première depuis 2008.

Et ce n’est évidemment pas sans arrière-pensée : c’est dans le Michigan, et notamment autour de Détroit, capitale d’une industrie automobile sinistrée, que vit la communauté musulmane la plus importante du pays, avec 250 000 fidèles. Un État clé que Trump avait remporté en 2016, puis perdu en 2020 et où Harris et lui sont au coude-à-coude dans les sondages…

Dans les rues de Dearborn, Michigan (c) Alexandre Mendel


Les ennemis de mes ennemis sont mes amis. Fondamentalistes proches des Frères musulmans et Républicains évangéliques partisans du Grand Israël forment en ce moment un bien curieux attelage aux États-Unis. Les premiers veulent punir la gauche de Washington de son soutien à l’État hébreu, les seconds sont prêts à quelques concessions lexicales dans leur discours.

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Qu’on en juge par l’accueil cordial que lui a réservé, le 18 octobre dernier, Amer Ghalib, maire de Hamtramck, dans le Michigan, seule ville à majorité musulmane des États-Unis et berceau de la marque Cadillac. L’homme d’origine yéménite, et qui a immigré en 1997 en Amérique, a marqué l’histoire en battant en 2023 l’ancienne maire de Hamtramck, Karen Majewski, mettant fin à une série de plus de 100 ans de maires polonais-américains. La ville de 28 000 habitants, enclave ouvrière dans Détroit, est devenue la première du pays à avoir un leadership élu entièrement musulman, les six sièges du conseil municipal ayant été remportés par des candidats de foi islamique. Soupçonné d’être en lien avec les Frères musulmans, Ghalib a adopté des positions qui peuvent être en accord avec la frange la plus conservatrice du Parti républicain. Deux mois après son arrivée au pouvoir, le maire a fait voter une résolution interdisant les drapeaux LGBTQ+ sur les immeubles appartenant à la Ville1. Plus tard, il a refusé de condamner l’un des fonctionnaires de sa ville qui s’était demandé si « l’holocauste commis contre les Juifs n’avait pas été une punition anticipée de Dieu contre ce que les Israéliens étaient en train de faire à Gaza ». Enfin, le conseil municipal a voté une décision qui interdit tout investissement dans des entreprises israéliennes en lien « avec le génocide commis contre les Palestiniens ».

Tant pis si ce personnage, excessif, ne colle pas à l’image de pro-Israélien que Trump a… Après tout, c’est lui, comme président, qui a déplacé l’ambassade des États-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem, lui encore qui a reconnu la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan. Le vote juif, concentré dans des grandes agglomérations telles que New York et Los Angeles, est encore (à 65%) un vote démocrate, du moins chez les juifs laïcs. Ce ne sont pas eux qui feront l’élection. Mais pouvoir basculer quelques milliers de voix en sa faveur dans des Swing States où existe une importante communauté musulmane, ça n’a pas de prix… Y compris celui d’organiser un petit rassemblement avec le maire controversé et antisémite de Hamtramck. Lors de cette réception, Trump a promis qu’il « obtiendrait la paix au Moyen-Orient » cependant que des soutiens du maire brandissaient des pancartes « la paix par la force », version trumpienne de la Pax Americana d’après-guerre. En 2020, les électeurs de Hamtramck et de Dearborn (une autre ville de la banlieue de Détroit en passe de devenir majoritairement musulmane, à en croire les statistiques ethniques et religieuses, légales aux États-Unis) avaient massivement soutenu Biden.

Après le déclenchement de la guerre contre le Hamas à Gaza, un certain nombre de responsables communautaires avaient appelé à boycotter l’élection. Harris n’a semble-t-il pas réussi à reconquérir ces déçus de l’administration américaine. Et surtout la guerre s’éternise. Or, on se souvient que Trump n’a pas engagé les États-Unis dans de nouvelles guerres et que, même s’il le fait rétroactivement, il s’est montré…

> Lire la fin du reportage sur le site de la revue Conflits <

  1. https://www.foxnews.com/media/lgbtq-community-felt-betrayal-muslim-council-voting-remove-pride-flags-city-buildings ↩︎

Au Maroc, Emmanuel Macron ne veut voir que du positif dans l’immigration musulmane

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L'humoriste franco-marocain controversé Yassine Belattar à Rabat, Maroc, dîner d'Etat officiel, 29 octobre 2024 © LUDOVIC MARIN-POOL/SIPA

Quand Macron fait l’éloge de la colonisation musulmane…


Bruno Retailleau ne peut pas compter sur Emmanuel Macron. Le ministre de l’Intérieur veut s’attaquer à l’immigration de masse (plus de 500 000 entrées légales par an) et à l’islamisation du pays par les Frères musulmans. Or le chef de l’État ne partage pas ces deux priorités. Il est même prêt à y faire obstacle, tant ces sujets lui paraissent médiocrement populistes.

Hier, lors de son voyage d’Etat au Maroc, le président n’a voulu aborder, prudemment, que l’immigration illégale, en insistant sur la « nécessité d’une coopération naturelle et fluide en matière consulaire ». « Nous avons besoin de davantage de résultats », a-t-il plaidé. Il a aussi évoqué la « lutte contre les trafics de toute nature », dont le « narcotrafic » qui « gangrène nos territoires [et] nécessite une coopération judiciaire très étroite et encore plus rapide ». Au-delà de ces mots vagues, Macron, qui avait qualifié en 2017 de « crime contre l’humanité » la colonisation française en Algérie, s’est aussi fait le chantre de l’ancienne colonisation musulmane en Espagne et en France.

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S’adressant au roi Mohammed VI, il a dit : « Les années d’Al-Andalus ont fait de l’Espagne et du sud de la France un terreau d’échange avec votre culture ». Déjà, en 2006, Jack Lang, qui accompagne l’importante délégation française (122 personnalités), avait commis un livre (Immigration positive, Odile Jacob) dans lequel, sur la même page, l’actuel président de l’Institut du monde arabe qualifiait d’ « ignominieuse » la valorisation de la colonisation française, tout en tressant des lauriers à la longue occupation maure en Espagne (711-1492) qui imposa aux juifs et aux chrétiens leur condition inférieure de dhimmis. « J’appelle à des Andalousies toujours recommencées ! », pouvait-on lire sous la plume de Lang citant l’orientaliste Jacques Berque. Cette reconquête d’Al-Andalous, et de la France par-dessus le marché, reste le rêve des islamistes.

La présence de l’ « humoriste » batailleur Yassine Belattar dans la délégation française peut être interprétée comme un désaveu public lancé par Macron à Retailleau, qui participe au voyage officiel. Belattar, qui a l’oreille du président de la République, représente tout ce que combat politiquement le ministre de l’Intérieur. Proche du CCIF (collectif contre l’islamophobie en France), aujourd’hui dissous, et des Frères musulmans, Belattar est l’expression quérulente de la contre-société islamique qui entend faire sécession. Il est le porte-voix d’un communautarisme musulman qui s’érige en victime permanente d’un racisme français et qui refuse tout processus d’assimilation. Belattar, qui défend notamment le port du voile, avait participé à la manifestation de novembre 2019 « contre l’islamophobie », qui allait réunir publiquement, pour la première fois, l’extrême gauche aux mouvements islamistes et anti-israéliens.

Invité de dernière minute, l’artiste-militant n’a pu être admis dans la délégation française, en jogging et baskets dans un premier temps, qu’après un feu vert présidentiel. Une manière, pour le chef de l’État, adepte des provocations capricieuses, de dire à nouveau : « Je vous emmerde », à ceux qu’il cherche à indigner. Retailleau est resté silencieux. Pour l’instant.

Journal d'un paria: Bloc-notes 2020-21

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Les non-dits du 7-Octobre

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DR.

Le titre du petit essai du philosophe Daniel Sibony nous dit bien que quelque chose – voire plusieurs choses – ne veut pas apparaître au grand jour, et qu’on préfère s’en tenir à l’aspect strictement politique, concernant le conflit actuel au Moyen-Orient…


Comment expliquer la monstruosité du 7-Octobre ? Daniel Sibony s’appuie sur l’histoire et sur les textes bibliques et coraniques, sans compter la charte du Hamas, pour montrer que ce qui se joue, et que l’Occident en particulier ne veut pas voir, concerne une haine vieille de 13 siècles. N’hésitant pas à parler de plagiat pour qualifier le Coran, il dévoile ce qu’on pourrait appeler le complexe du cadet qui veut prendre la place du premier. Ainsi, Isamaël prend celle d’Isaac dans le texte sacré de l’islam, oubliant, par ailleurs, qu’à celui-ci, dans la Bible, est dévolu un grand destin qui fera de lui également le père d’une grande nation. De la même façon, les deux mosquées de l’esplanade du même nom furent construites à l’emplacement exact du premier temple des juifs. Recouvrir l’origine, se substituer à elle jusqu’à effacer le texte premier et ceux qui vont avec. Car il ne suffit pas que les juifs n’existent plus, il faut, de surcroît, qu’ils n’aient jamais existé. Ils ne sont pas le peuple élu, Dieu les a maudits (Allah, peut-être, Yahvé, non, malgré toutes les remontrances). Les juifs ont falsifié leur texte, se seraient donné le beau rôle, alors que le vrai peuple de Dieu était encore à venir… Daniel Sibony souligne les problèmes logiques, voire les aberrations de tels procédés : « L’inversion chronologique et le déni qui l’accompagne sont cautionnés par assez de fidèles pour imposer cette croyance qu’un texte écrit au VIIème siècle de notre ère précède un texte écrit au VIIème siècle avant notre ère. »

Cause et conséquences

C’est cette haine qui empêche, selon l’auteur, la résolution du conflit israélo-palestinien. La cause palestinienne est recouverte depuis longtemps par la guerre sainte, dite encore djihad islamique : «  La cause palestinienne s’exporte au dehors comme un effort de libération nationale ou contre le colonialisme, et se pratique au dedans comme le djihad contre les juifs. » Il faut bien observer que le Hamas n’a pas réclamé un instant, lors du 7-Octobre ou après, le retrait des « colons » de Cisjordanie. Et, à propos de la supposée colonisation, l’auteur pose par ailleurs la question suivante : «  Mais Israël serait la colonie de quel État ? » Les Palestiniens lui semblent pris dans un étau ; comme s’ils devaient, étant géographiquement à l’avant-garde, endosser le rôle de l’éradicateur d’un peuple qui n’aurait aucune raison d’être là. Ce serait-là leur malédiction, laquelle renverrait aux calendes grecques toute espérance d’un État où ils pourraient enfin vivre en paix. Quant à l’argument selon lequel les juifs n’auraient rien à faire dans cette partie du monde, Daniel Sibony rappelle l’histoire qui les y a trouvés depuis des millénaires et la dimension symbolique véhiculée par leur texte. Et, à propos de texte justement, il interroge la situation des musulmans qui disent sincèrement que « ces violences n’ont rien à voir avec l’islam, alors que leur texte regorge d’attaques contre les gens du Livre. Cette contradiction condamne au clivage ou encore au double discours ». Il dénonce également les propos des belles âmes quand il rapporte les propos d’Annie Ernaux : « Ce que je veux [Annie Ernaux], c’est qu’on laisse tranquille la religion musulmane. » Daniel Sibony lui fait remarquer qu’« elle ignore que la religion musulmane ne laisse pas tranquilles les autres puisqu’elle ne cesse de parler d’eux pour les maudire »… Le 7-Octobre apparaît comme l’acmé d’un processus vieux de 13 siècles, le moment où la haine s’est exprimée de manière paroxystique. Les inversions accusatoires, déjà à l’œuvre depuis un bon moment, ont été reprises en chœur à partir de la riposte israélienne, en Occident en particulier : les juifs devenus les nouveaux nazis, les Palestiniens, exposés par le Hamas, les nouveaux juifs, le génocide invoqué pour parfaire la donne… Ce sont toutes ces inversions et distorsions que le philosophe et psychanalyste analyse. Depuis le temps qu’il dit et répète que : « l’origine de la haine, c’est la haine de l’origine »,il serait temps de l’entendre lorsqu’il pose cette question essentielle : comment faire pour « cesser de transmettre la violence envers les autres quand elle est inscrite dans un texte sacré ? »

Les non-dits d’un conflit de Daniel Sibony (Éditions Intervalles, 2024), 203 pages

Bloqueurs de puberté: une étude américaine cachée par militantisme

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Des militants déploient une bannière avec le message "Laissez les enfants trans grandir", protestation contre le projet de loi SB14 au Texas. Le SB14 interdirait les soins médicaux d'affirmation de genre pour les enfants transgenres. Austin, Capitole du Texas, 2 mai 2023 Austin © American-Statesman-USA TODAY NETWORK/Sipa USA/SIPA

Johanna Olson-Kennedy est un médecin spécialiste en médecine pédiatrique à Los Angeles. Elle est surtout une militante très engagée dans la médecine de genre. Le genre de militante qui cache les résultats d’une étude si elle ne va pas dans son sens…


DR.

Or c’est justement ce qui vient d’arriver !

À Los Angeles, le docteur Johanna Olson-Kennedy, médecin influent et défenseur des traitements de genre pour les adolescents, a reporté la publication d’une étude sur les bloqueurs de puberté, en raison du climat politique actuel aux États-Unis. Cette recherche, commencée en 2015, financée au niveau fédéral, a impliqué 95 jeunes à qui des bloqueurs de puberté ont été administrés. Les résultats de l’étude n’ont pas révélé d’amélioration de la santé mentale chez les participants. « Je ne voulais pas que notre travail soit utilisé comme une arme », s’est justifiée Mme Johanna Olson-Kennedy, interrogée sur les raisons de sa décision de ne pas publier les résultats.

Le militantisme trans s’appuie sur un dogme qui vise à faire des bloqueurs de puberté et de la mastectomie (ablation des seins), la réponse aux problèmes des enfants qui se pensent nés dans le mauvais corps. Une réponse qui doit être mise en œuvre le plus tôt possible, tant la dysphorie de genre est selon les militants de la cause un problème existentiel. Il s’agirait littéralement d’une question de vie ou de mort, puisque certains médecins mettent en avant leur connaissance de cette pathologie pour prétendre que les interventions précoces empêchent les suicides des adolescents. C’est ainsi qu’ils convainquent des parents souvent dépassés et qui craignent pour la vie de leur enfant d’entrer dans des processus thérapeutiques qui peuvent le rendre stérile ou conduire à la mutilation.

Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?

La théorie de ces médecins militants, c’est qu’en remettant les enfants et les ados dans le « bon corps », ils retrouveraient leur équilibre. C’est pourquoi l’étude se focalise sur des enfants de 8 à 15 ans. Le problème, c’est que l’étude ne confirme pas cette théorie. Alors pourquoi ne pas avoir regardé cela en face ? Après tout, ce qui devrait toujours guider les recherches c’est l’intérêt du patient et non l’idéologie du médecin. Il faut croire que non, selon Mme Olson-Kennedy. Il faut aussi dire que, s’il est agréable de passer pour la papesse de la dysphorie quand la médecine de genre est à la mode et vue comme une discipline progressiste, cela devient plus compliqué quand par manque de discernement ou absence de rigueur scientifique, on a mutilé et abimé des enfants qui devront toute leur vie vivre avec des effets secondaires ou un corps incomplet.

Deuxième problème pour le docteur Olson-Kennedy, c’est aussi en présentant la médecine de genre comme une façon de prévenir les suicides chez les enfants et adolescents atteints ou croyant être atteint de dysphorie de genre, que les cliniques spécialisées et la discipline en elle-même ont obtenu des financements. Pour cette étude, dont la médecin-star de la mastectomie a donc dissimulé les résultats, son équipe a touché 9,7 millions de dollars du National Institute of Health (NIH), organisme de santé publique fédéral. En cacher les résultats s’apparente aussi à escroquer les citoyens qui l’ont financée. Dernier point, c’est aussi grâce à cette affirmation que les militants trans ont infusé idéologiquement nombre de responsables politiques et ont influencé les organismes chargés de santé publique (Planning familial en France, notamment) ou luttant contre les discriminations (Dilcrah, par exemple chez nous).

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Pourquoi avoir investi le champ de la lutte contre les discriminations ? Parce que si lutter contre une impossibilité biologique est absurde, transformer cette impossibilité en injustice sociale permet aux militants trans de nier le caractère pathologique de la dysphorie et de se présenter en victimes d’une société intolérante. Et c’est notamment par ce biais-là qu’ils partent à l’assaut des politiques, lesquels doivent prouver qu’ils sont à la fois éclairés, vertueux et épris de justice, en autorisant bloqueurs de puberté et opérations mutilantes. Soutenir la cause trans devient ainsi valorisant.

Le problème est que ces militants ont imposé jusqu’à présent leurs croyances en l’absence de toute étude scientifique valable. Et en laissant faire, politiques et hauts fonctionnaires ont exposé des enfants à des interventions sur leur corps dont ils ne peuvent mesurer les conséquences et qui sont souvent irréversibles. On cautionne le fantasme de pouvoir changer de corps, alors que l’on ne peut que prendre l’apparence de celui du sexe opposé. Et cela au prix d’un traitement médicamenteux à vie.

Dogmatisme trans

Seulement voilà, au fur et à mesure que des études rigoureuses sont menées, le discours et les dogmes des militants trans s’avèrent non seulement faux mais dangereux. Ils nient le fait que la nouvelle mode trans amène en consultation de plus en plus d’enfants et d’adolescents mal dans leur peau et en grande souffrance. Ils peuvent présenter des traits autistiques, dépressifs, présenter des traumatismes importants, de l’anxiété, avoir déjà des tendances suicidaires. Or, le moment de la puberté, par les perturbations qu’il génère, est très déstabilisant pour les enfants : la découverte de la sexualité peut faire peur et il a été noté que parmi les candidats au changement de sexe, certains font ce choix car ils n’assument pas, pour des raisons culturelles, personnelles, sociales ou religieuses, leur homosexualité. Enfin, la transidentité est devenue aussi un moyen pour une certaine jeunesse d’affirmer sa révolte en frappant de ses petits poings serrés les réalités qui la dérangent et auxquelles elle n’échappera pas. Ce n’est souvent qu’une passade, le changement de genre est à la mode, et pour la plupart des jeunes cela passe en grandissant. Sauf si on est allé très loin… Or, il y a chez les médecins comme Johanna Olson-Kennedy, une conviction militante qui les pousse à dissimuler aux enfants la réalité de ce dans quoi ils s’engagent. D’ailleurs si on montre beaucoup de mastectomies réussies, on montre moins de reconstructions de pénis, et pour cause. On ne peut revenir sur certains gestes: une fois le pénis ou les seins tranchés, on ne peut les remettre en place. Ou alors dans le cas des seins, l’allaitement n’est plus possible. Quant aux bloqueurs de puberté et aux hormones, ils peuvent rendre stérile.

Des jeunes en souffrance cherchent dans le geste radical qu’est le changement de sexe, la résolution de tous leurs problèmes mentaux. Or ce type de démarche est voué à l’échec. Que des adultes les poussent alors à prendre une décision sur laquelle ils ne pourront revenir et dont ils n’ont pas les moyens d’évaluer les conséquences est dramatique.

D’ailleurs la réaction de la praticienne mise en cause est édifiante. Interrogée sur les raisons de sa dissimulation, elle explique qu’elle craignait que les mauvais résultats ne soient instrumentalisés politiquement. Or non seulement les résultats de cette étude peuvent réduire à néant les revenus très lucratifs que génère la médecine de genre, mais surtout ils finiront à terme par abîmer l’image de ces médecins démiurges qui préfèrent ignorer la réalité quand elle les dérange dans leurs convictions, que protéger leurs patients. Et c’est cette dimension qui dit qui sont réellement ces profils de thérapeutes. Leurs réactions face aux démentis que leur inflige la réalité dévoile le véritable moteur de leur militantisme : une haine de soi et une volonté de détruire tellement forte qu’elle s’en prend à ce qu’il est impossible de changer, la réalité biologique. Cette rage idéologique les rend imperméables à la multiplication des études qui alertent sur la dangerosité de leurs pratiques et leurs conséquences. Le mal qu’ils font, ont fait ou feront à beaucoup de leurs patients est nié ; plus leurs théories se révèlent fausses, plus leur violence s’accroit. Il y a une dimension totalitaire et folle dans la démarche trans qui ne pouvait qu’aboutir à cet échec scientifique et moral. Il est posé, reste à savoir quand les politiques le regarderont en face.

Dresde: le Maestrobot

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Capture Deutsche Welle.

Les musiciens de l’Orchestre symphonique de Dresde ont été dirigés par trois bras de robot. Une première mondiale diversement appréciée.


Véritable réalité postmoderne, ou gadget futile pour faire le buzz ? Pour fêter son 25ème anniversaire, l’Orchestre Symphonique de Dresde (à na pas confondre avec la mythique Staatskapelle de la même ville, vénérable institution fondée au XVIème siècle) a confié la direction du concert à… un robot. Et pas n’importe lequel : un étonnant appareil très large, à trois bras ressemblant à des sabres laser, chacun dirigeant un petit groupe séparé de l’orchestre.

Argument des expérimentateurs : la pièce, composée spécialement pour l’occasion, n’est « pas dirigeable par un humain ». Si l’œuvre en question, de l’Allemand Andreas Gundlach, n’est pas inintéressante en soi, le procédé laisse néanmoins dubitatif – et nous replonge tout droit dans l’éternel sujet « l’homme contre la machine ». Sauf qu’il s’agit ici d’un domaine artistique dont on peut raisonnablement douter qu’il puisse être abordé de cette manière.

Mais, selon le compositeur, l’idée du robot a été inspirée par des scientifiques de l’Université technique de Dresde (pôle d’excellence CeTI – Centre for Tactile Internet with Human-in-the-Loop) qui développent des « cobots », c’est-à-dire « des robots collaboratifs qui ne sont pas destinés à remplacer les êtres humains, mais à travailler avec eux ». Assistance et non remplacement, donc. Dont acte. Qu’il soit toutefois permis à votre serviteur de préférer un Herbert Blomstedt, un Valery Gergiev ou encore un Christian Thielemann « non assisté », pour la beauté de l’art. Réflexe réactionnaire, quand tu nous tiens !

Rabat-joie: comment Macron a basculé en faveur de Mohammed VI

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Rabat, 28 octobre 2024 © Mosa'ab Elshamy/AP/SIPA

Le président Macron termine une visite d’État historique au Maroc. Analyse.


La visite officielle d’Emmanuel Macron au Maroc est un véritable succès diplomatique pour la France. Alors que les relations avec le royaume chérifien semblaient distendues depuis 2019, ce déplacement marque une nouvelle étape dans les relations franco-marocaines avec la signature d’accords économiques d’envergure.

Le 30 juillet, Emmanuel Macron décidait de reconnaître la souveraineté marocaine au Sahara. La date choisie était symbolique puisqu’elle coïncidait avec le 25ème anniversaire de la Fête du Trône, célébrant l’accession au pouvoir de Mohammed VI. Emmanuel Macron prenait alors un risque calculé vis-à-vis d’Alger, dont l’exécutif, en dépit de mains régulièrement tendues, se montre depuis plusieurs années rétif à un dialogue sain et apaisé. Le risque s’est avéré payant, comme en témoigne cette visite réussie qui a enthousiasmé un peuple marocain visiblement ravi de renouer une relation de bonne intelligence avec Paris. Ainsi, Emmanuel Macron a eu droit à une réception royale sur le tarmac de l’aéroport puis à une parade assez grandiose dans les rues de Rabat. Il s’est aussi exprimé devant le Parlement marocain où il a réaffirmé mardi que « le présent et l’avenir » du Sahara « s’inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine », précisant en outre que cette position n’était « hostile à personne ».

Nous aurions néanmoins tort de voir dans cette visite le signe d’une « réconciliation », puisqu’il s’agit plutôt d’un retour à la normale historique des deux pays depuis deux décennies déjà. Au cours des années 2000 puis 2010, le Maroc s’est transformé en profondeur, tant sur les plans économiques et sociaux qu’institutionnels. C’est du reste la réforme constitutionnelle de 2011 qui a permis au royaume de se protéger de la vague des « printemps arabes ». Reste que la période plus récente fut marquée par la tiédeur et une forme d’incompréhension mutuelle que ce voyage clôt. 

La plus importante délégation officielle sous l’ère Macron

Le président de la République a amené 130 personnes dans son sillage, dont dix ministres parmi lesquels Jean-Noël Barrot (Affaires étrangères), Antoine Armand (économie), Rachida Dati (Culture), Bruno Retailleau (Intérieur) et Sébastien Lecornu (Défense). Le monde des affaires n’était évidemment pas en reste, avec un contingent pléthorique dont on retiendra les noms de Patrick Martin (patron du Medef), Frédéric Arnault (LVMH), Hervé Derrey (Thalès), Rodolphe Saadé (CMA-CGM), Wouter Van Wersch (Airbus), Benoit Piètrement (Intercéréales), Henri Poupart-Lafarge (Alstom) ou encore Patrick Pouyanné (TotalEnergies)… De quoi balayer l’essentiel des sujets chauds entre les deux pays. Un nom a néanmoins fait polémique, celui de Yassine Belattar qui est arrivé en jogging et baskets devant le monarque chérifien. Et ce d’autant plus qu’il n’était pas annoncé sur la liste officielle… Ce détail fâcheux n’aura toutefois pas gâché une visite d’Etat extrêmement productive.

Après la présentation d’une déclaration franco-marocaine portant sur un « partenariat d’exception renforcé », vingt-deux contrats ont été signés dans la résidence des Hôtes Royaux pour un montant total évalué à un peu plus de 10 milliards d’euros. Occasion était donnée aux grand groupes français de pavoiser et de faire la démonstration de leur savoir-faire dans des domaines de pointe. Un contrat était particulièrement attendu des deux côtés : la réalisation du deuxième tronçon de la ligne de train à grande vitesse Tanger-Marrakech par Alstom et Elgis qui étaient jusqu’à présents soumis à une rude concurrence asiatique. Le groupe fournira aussi plus d’une dizaine de rames de TGV. Citons aussi EDF, TotalEnergies et Engie qui ont tous signé d’ambitieux contrats dans le domaine des énergies vertes. Veolia a annoncé de son côté la construction de la plus grande centrale de désalinisation d’eau de mer au monde. Elle aura une capacité de 300 millions de mètres cubes et sera alimentée en électricité issue d’énergies renouvelables.

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Se voulant nouvelle puissance maritime dans l’océan Atlantique, Rabat nourrit aussi de grands projets pour ses ports de marchandise. C’est ainsi que le transporteur CMA CGM s’est associé avec Marsa Maroc pour « équiper et exploiter » pendant 25 ans la moitié du terminal à conteneurs de « Nador West Med », dans le nord du Maroc. Cette entreprise équipera 35 hectares du terminal à conteneurs ainsi que 750 mètres de quai pour un investissement total de 280 millions d’euros. Les Toulousains seront aussi heureux de savoir que le domaine aéronautique n’était pas en reste avec la création d’un site de maintenance du moteur LEAP de Safran à Casablanca. Un moteur extrêmement performant qui équipe 3500 avions monocouloirs de dernière génération de l’avionneur Airbus.

Si la notion de « guerre économique » est souvent évoquée en ce moment, à raison concernant la Chine ou les Etats-Unis, nous sommes ici dans le cadre d’une pax economica profitable aux deux pays. Dans un monde en crise, où de grands Empires adoptent des comportements prédateurs, la puissance française offre une alternative intéressante à de nombreux pays. Par son histoire et son présent, elle est membre du Conseil permanent de l’ONU et dotée de l’arme nucléaire, écoutée en Europe et ailleurs, mais elle ne cherche pas à dominer ou asservir. Evidemment, les relations historiques que nous entretenons avec le Maroc et sa population sont d’une grande aide dans ce qui s’apparente au premier grand succès diplomatique d’Emmanuel Macron, mais ces accords sont rendus d’abord et avant tout possibles par les intérêts communs qui unissent les deux pays. La modernisation du Maroc offre un environnement des affaires extrêmement compétitif pour nos entreprises. Surtout, les relations ne sont entachées d’aucune rancœur historique…

Des questions géostratégiques en filigrane

Par son positionnement géopolitique, le Maroc peut incarner un trait d’union et un espace de dialogue entre les pays dits du « Sud » et l’Occident, ce que la signature des accords d’Abraham avait manifesté. On l’a encore constaté avec la déclaration commune d’Emmanuel Macron et Mohammed VI sur le Proche-Orient qui est un appel lancé pour trouver une paix juste et l’arrêt des combats qui ensanglantent la zone. Plus encore, le Maroc est un partenaire indispensable pour la France en Afrique de l’Ouest. Ces dernières années, Rabat a fait de l’intégration panafricaine un de ses piliers stratégiques avec la création du Casablanca Finance City, hub d’investissement et de gestion des flux financiers aux orientations continentales.

L’Afrique de l’ouest est un enjeu majeur en matière de défense, d’économie et évidemment d’immigration. C’est aussi la raison pour laquelle Bruno Retailleau était du voyage, au-delà de la question des OQTF. Le président de la République a pu rappeler au cours de son discours que la lutte contre l’immigration illégale constituait une « attente forte en France » et a appelé à l’obtention de « davantage » de résultats dans le cadre d’une « coopération naturelle et fluide ». Trouver des voies de co-développement est un moyen essentiel pour répondre à cette attente et c’est en partie pour cette raison qu’une telle visite était espérée.

Paradoxalement, il faut aussi croire et espérer que l’apaisement avec l’Algérie passe par une position tranchée en faveur du Maroc. À terme, Alger n’a aucun intérêt à s’exclure des grands partenariats transcontinentaux qui se nouent présentement. La France a eu raison de sortir de l’ambiguïté stratégique et d’assumer de prendre une décision qui va accroitre son influence dans cette région du monde. Nous devons reprendre pied dans un monde chaotique en proie aux guerres par l’affirmation de nos atouts et l’officialisation d’alliances au cas par cas. La politique arabe et africaine d’Emmanuel Macron, longtemps critiquée, semble enfin aller de l’avant. Pourvu que ça dure.