Le sentiment national, ça sent toujours très mauvais sauf si ce n’est pas français
Céline Pina a – comme toujours au demeurant – magistralement exposé ici même hier ce qu’il convient de penser du festival de lâcheté intellectuelle mis en scène sur France 5 par le service public de télévision autour du sort ignoble, épouvantable, fait à l’écrivain Boualemb Sansal, emprisonné en Algérie pour ne pas partager d’enthousiasme les beautés du régime de corruption, de falsification de l’histoire et d’hystérie anti-française qui sévit dans ce pays depuis des lustres.
Sur le plateau, l’historien de cour – macronienne, la cour – Benjamin Stora, suffisant et goguenard, s’en donne à cœur joie, accablant le prisonnier avec une gourmandise déplacée. « On ne tire pas sur une ambulance », disait fort pertinemment en son temps Françoise Giroud. Dans le nôtre de temps, on peut. C’est même bien vu. En tout cas, personne n’y trouve grand-chose à redire, surtout pas l’atone et servile passeur de plats censé veiller à l’équilibre et à la bonne tenue du débat.
Au détour d’une de ses interventions, d’un de ses doucereux réquisitoires, voilà bien que l’historien charge l’emprisonné d’un crime assez inattendu. Du moins dans sa formulation. Par ses écrits, ses œuvres, ses déclarations, Boualem Sansal aurait blessé « le sentiment national algérien ». Je n’en croyais pas mes oreilles. J’avoue être resté sans voix un bon moment.
Certes, j’espérais fort qu’un jour ou l’autre, proche ou lointain, la notion de « sentiment national » serait réhabilitée, mais je n’attendais pas cela si tôt et surtout pas de ces bouches-là.
Il reste à souhaiter que l’argument assez surprenant de cet émérite historien fasse jurisprudence. Évoquer le sentiment national redeviendrait licite, admis, voire honorable. Ainsi, pour ne prendre qu’un exemple parmi cent autres, nous serions fondés désormais à porter contre M. Macron l’accusation de blesser notre sentiment national lorsqu’il ose affirmer que la colonisation de l’Algérie par la France relève du crime contre l’humanité… Mais voilà que je prends mes rêves pour des réalités. Oublions cela bien vite. Dans l’esprit de M. Stora et de ses compagnons de déroute, il est clair que ce sentiment n’est noble et n’est acceptable que chez les dirigeants de peuples nous ayant en détestation. Chez nous, il ne saurait être qu’ignoblement empuanti de fascisme. On ne connaît que trop bien cette chanson-là, hélas…
En avoir ? Ou pas. Faut-il quitter X-Twitter ? Quoi que vous choisissiez, « la flamme de la Résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas. »
Fight ! Fight ! Fight ! L’heure est grave. En France, après l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, la parole libre refuse de se voir muselée ; on est entré en résistance. Après Ouest-France, le journal Sud-Ouest suspend maintenant sa présence sur le réseau social X, emboitant le pas au quotidien espagnol La Vanguardia et au britannique The Guardian.
Nicolas Sterckx, le directeur du général du groupe Sud-Ouest a annoncé courageusement dans un communiqué que les contenus du quotidien ne seront plus partagés « tant que des garanties sérieuses de lutte contre la désinformation et en faveur de l’équilibre des débats n’auront pas été apportées. » « X a tourné le dos aux médias et n’offre pas les conditions nécessaires à l’exercice serein du journalisme. » C’est entériné.
Les wokes quittent le navire
Dès le rachat de Twitter par Elon Musk, l’alerte avait été lancée ; outre-Atlantique, le dévoiement du réseau social était pointé du doigt. On se le rappelle, plusieurs personnalités du monde libre parmi lesquelles Gigi Hadid, Whoopi Goldberg, Jim Carrey ou Shonda Rhimes n’avaient pas hésité à déserter la plateforme acquise aux suprémacistes blancs, aux climatosceptiques, aux oppresseurs des minorités et autres engeances ennemies de la démocratie. Quelques courageux s’étaient d’emblée désolidarisés d’un réseau qui incitait à la haine et sur lequel on n’hésitait pas à dire que l’homme n’était pas une femme, où l’on invitait même à manger des enfants au petit déjeuner. On avait su, grâce à une étude du Center for Countering Digital Hate qu’un mois après le rachat de Twitter par l’homme de Tesla, les messages d’insultes anti-Noirs Américains avaient bondi de 202%. Le Washington Post avait, lui, résumé un rapport de L’institute for Strategic Dialogue indiquant que le contenu pro-Hitler « atteignait les plus grandes audiences sur X (par rapport aux autres plateformes sociales) et était le plus susceptible d’être recommandé par l’algorithme du site. » On ne s’était pas soulevé en France. On regardait encore ailleurs.
Bien sûr, on savait qu’Elon Musk n’avait racheté Twitter et investi 44 milliards dedans que dans le but de faire la propagande des idées délétères d’un vieux mâle blanc patriarcal désireux de reprendre la Maison-Blanche, mais, on avait détourné la tête. Peut-être, et c’est là un grand tort, avons-nous espéré naïvement le triomphe du Bien ? Toujours est-il qu’autruches que nous sommes, nous n’avons pas voulu voir Satan aux portes de la Maison-Blanche.
Quand Musk a d’emblée viré les employés de Twitter pour y placer ses sbires, on a protesté, un peu, mais mollement. Et puis… la modération des contenus a disparu permettant à l’algorithme de mettre en avant insultes, propos réactionnaires, invectives, menaces et autres incitations à la haine. Les fake news se sont propagées à la vitesse de la lumière. C’en était fait. Le Mâle avait gagné l’Amérique. Maintenant qu’Elon Musk et l’homme aux cheveux jaunes ont racheté les États-Unis, on se réveille, toustes. On marque notre désapprobation et on rallume la lumière.
Pour ceux qui estimeraient que c’est un peu tard, il faut nous pardonner, on n’a pas vraiment vu le truc venir. On est des amateurs, en France. On a juste Vincent Bolloré qui rachète quelques chaînes de télé, un journal et une radio, c’est pas bien méchant. Toujours est-il qu’entre « twittos » (ceux qui restent sur X, anciennement Twitter) et ceux qui abandonnent le réseau, nous les appellerons les « cassos », il y a maintenant débat : « Quitter ou pas X ? » La question se pose. Avant de prendre une décision, on réfléchit. On n’est pas obligé de quitter le navire. Le tout, c’est de combattre le mal.
Les résistants de l’intérieur
Si certains ont déserté X, d’autres, parmi les politiques ou les membres de l’intelligentsia, ont fait le choix difficile d’y rester. C’est donc de l’intérieur qu’ils lutteront. Ainsi Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, et défenderesse incontestée de la liberté d’expression, a appelé les internautes à migrer vers Mastodon ou Bluesky, d’autres réseaux où l’air est encore pur et le débat possible. Elle, toutefois, demeurera sur X pour rester visible, elle l’a précisé sur… X : « Ce réseau social (X/ Twitter) est une souffrance, en tant que politique, en tant que femme, parce que c’est très violent, tout le temps. Il faut le réguler ou le fermer, mais je n’ai pas l’intention de le laisser aux haineux sinon ilsgagnent. » Charline Vanhoenacker, journaliste et humoriste de Radio France a fait un choix identique : « À titre personnel, pour l’instant, j’ai décidé de rester. Aujourd’hui, quand je poste mes chroniques sur X, j’ai l’impression d’injecter une gouttelette de service public dans la vie d’un milliardaire. Un peu comme quand Bernard Arnault contacte la Sécu pour leremboursement de ses frais médicaux. »
En avoir, ou pas ? Partir ? Rester sur X, réseau instrumentalisé à des fins politiques ? La réponse ne va pas de soi et on en débat, abondamment. Mercredi 27 novembre encore, sur France Inter, chez Léa Salamé et Nicolas Demorand, des intellectuels (Frédéric Filloux, responsable numérique aux Échos et Gérald Bronner, professeur de sociologie à Sorbonne Université) nous ont éclairés pour nous aider à trancher. Nous ne sommes pas seuls.
« Certes, nous avons été et nous sommes submergés par la force mécanique, terrestre et aérienne de l’ennemi… Quoi qu’il arrive, la Flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas. »
A la veille de la fin du procès des assistants parlementaires européens du FN, les avocats ont dénoncé un harcèlement judiciaire disproportionné du Parlement européen à l’égard du parti de droite nationale, et un « procès politique, qui [serait] même un procès en sorcellerie »… Me Bosselut devait finalement plaider pour Mme Le Pen, ce mercredi.
Lundi, le public et les journalistes ont déserté les bancs de la salle Victor-Hugo du Tribunal correctionnel de Paris. Même Louise Neyton et Nicolas Barret, les deux procureurs acharnés, sont absents pour écouter les plaidoiries de la défense. Dont acte. Il n’y a plus d’huissier non plus. L’assistance s’autogère et l’ambiance se prête parfois à la détente quand Bénédicte de Perthuis, la magistrate qui préside le tribunal, propose des interruptions de séance. Me Wagner, toujours malicieux, l’œil vif, répond à la volée, non sans charme : « Mais nous sommes tous venus pour cela ! » Les rires parcourent alors la salle d’audience indistinctement liant le temps d’un instant toutes les parties dans un même élan fraternel. Il faut dire que ce procès entre dans sa neuvième et dernière semaine et que chacun commence à trouver le temps long.
Durant trois jours, les avocats de la défense vont se relayer à la barre pour contrer ces réquisitions, disproportionnées et infondées aux dires même de nombreuses personnalités politiques éloignées du Rassemblement national. Ainsi, la veille, François Bayrou – lui-même relaxé dans l’affaire des assistants parlementaires du MoDem – a rappelé dans l’émission C’est pas tous les jours dimanche présentée par Benjamin Duhamel qu’il n’y avait «aucun détournement de fonds publics» dans l’affaire des assistants parlementaires du RN. Et c’est ce que vont de nouveau démontrer, avec talent et justesse, les avocats de la défense.
«Une prévention irrégulièrement étendue »
Me Maxime Delagarde, le conseil de Timothée Houssin qui encourt 10 000 € d’amende, 10 mois de prison avec sursis, 1 an d’inéligibilité avec exécution provisoire pour son contrat d’assistant parlementaire signé avec l’eurodéputé Nicolas Bay du 01/07/2014 au 31/03/2015, rappelle que l’exploitation des « métadonnées démontre qu’il a travaillé même depuis son ordinateur personnel pour Nicolas Bay ». Il y a plus d’un millier d’occurrences en rapport avec le Parlement européen qui apparaissent dans des dizaines de fichiers différents. Ainsi, « Bruxellesapparaît 37 fois dans 15 fichiers différents ; Europarl, 40 fois dans 16 fichiers différents ; Parlement apparaît 291 fois dans 49 fichiers différents, la commission dont fait partie Nicolas Bay apparaît 411 fois dans 9 fichiers différents », etc. À cela s’ajoutent près d’une centaine de communications et SMS qui ont activé les cellules de bornage téléphonique se trouvant à Strasbourg.
Me Delagarde souligne l’irrégularité même de la saisine « aux contours particulièrement mouvants ». En effet, les annexes de l’ordonnance de renvoi (ORTC) présentent de multiples erreurs dont celle sur le montant du salaire de l’assistant qui était alors rémunéré 2300 € net par mois et non 2950 € comme il est écrit dans l’ORTC. L’avocat conteste par ailleurs « la période de prévention irrégulièrement étendue alors que Timothée Houssin n’était pas salarié de Nicolas Bay ». Fort de tous ces arguments, Me Delagarde demande la relaxe de Timothée Houssin, qui, en tant que salarié, ne pouvait avoir connaissance de la réglementation européenne, et ne peut au regard du droit être tenu responsable d’une éventuelle erreur de son employeur.
«Vous n’avez rien. Et rien multiplié par rien, ça fait rien »
Me Tristan Simon, l’avocat de Julien Odoul, enchaîne sur «le cas le plus christique, i. e. symptomatique, selon le Parquet» qui a requis à l’encontre du député de l’Yonne, dix mois de prison avec sursis, 20 000 € d’amende et un an d’inéligibilité avec exécution provisoire. Me Simon conteste la lecture partiale du Parquet qui dit que le dossier ne comporte «pas un document, pas une page, pas un post-it, pas le début du commencement d’une preuve » du travail d’assistant de Julien Odoul. On constate que le Parquet est obsédé par les post-it, que chacun devrait donc conserver, quand la nature même d’un post-it est d’être éphémère ! De son côté, la défense liste les preuves de travail de l’assistant Julien Odoul : la rédaction du journal parlementaire de l’eurodéputé, de communiqués de presse, de notes d’actualité comme par exemple sur l’attentat à Charlie Hebdo, la gestion des réseaux sociaux et du site internet de l’eurodéputé, ou encore des recherches en lien avec la commission “Marché intérieur” dont était membre Mylène Troszczynski. Des SMS échangés entre les deux prévenus appuient également leur travail en commun. Julien Odoul écrit à son eurodéputé : «Pourrais-tu me redonner tes codes Twitter?» ou encore «Peux-tu m’ajouter comme administrateur de ta page Facebook?». Mylène Troszczynski lui envoie entre autres messages : «Peux-tu me prendre une clé USB?» ou encore «je suis en plénière, on se voit à 16H30.»
À l’accusation d’un travail de Julien Odoul pour le parti comme “conseiller spécial” à cette même époque, le Parquet n’a rien démontré, selon Me Simon. «Vous n’avez rien. Et rien multiplié par rien, ça fait rien.» Au siège du parti, Julien Odoul travaillait «dans un bureau où il y avait écrit assistant parlementaire avec un logo du Parlement européen» sur sa porte, rappelle l’avocat. Il y a aussi des badges d’accès à son nom, comme au salon Euromaritime, qui témoignent bien de son activité d’assistant parlementaire européen. C’est la raison pour laquelle, souligne l’avocat, «le Parquet a dit que c’était de l’abus de langage de parler d’emploi fictif mais que c’est l’imputation (du travail) qui pose problème.» Mais il s’avère que le Parquet a toujours tendance à mettre l’accent sur le travail partisan, à partir de seulement un ou deux échanges montés en épingle, même quand il est fait à titre bénévole, et jamais sur le travail parlementaire effectué…
«Quand on est à la tête d’un parti sulfureux, il y a une marge énorme entre l’officiel et l’officieux»
Me Solange Doumic, l’avocate de l’imposant Thierry Légier venu s’asseoir sur un strapontin au plus près du tribunal, déroule une chronologie des faits implacable. De la première embauche de Thierry Légier en tant qu’officier de sécurité sous statut de fonctionnaire du Parlement européen en 1992 au dernier contrat de régularisation, contrat qui est un faux contrat réalisé par le Parlement européen lui-même pour régulariser des erreurs de dotation, chaque époque témoigne du fait qu’au contraire des dires du Parquet, le Parlement européen savait pertinemment les doubles fonctions de Thierry Légier incluant celle d’officier de sécurité, auprès de Jean-Marie Le Pen, puis de Marine Le Pen.
Ancien parachutiste d’un corps d’élite, militaire décoré, Thierry Légier a toujours été l’homme de l’ombre. Plus qu’un simple garde du corps, c’est par lui qu’on passe quand on veut échanger en toute discrétion avec les membres du FN. En effet, «quand on est à la tête d’un parti sulfureux, il y a une marge énorme entre l’officiel et l’officieux», alors les rencontres avec Bernard Tapie, des ambassadeurs, des directeurs de services, des membres d’autres partis, ou même du gouvernement, se font en toute discrétion, et via Thierry Légier, véritable et discrète «courroi de transmission ». Outre que son salaire de 4000 € par mois illustre le fait qu’il était plus qu’un simple garde du corps, de nombreux témoignages attestent de son activité d’assistant au sein même du Parlement européen. De fait, Thierry Légier a toujours exercé ses fonctions d’agent de sécurité en toute transparence. Comment aurait-il pu en être autrement alors qu’il déposait son arme à l’entrée du Parlement ? Sous la férule de la peine demandée par le Parquet de 18 mois de prison avec sursis, l’agent de protection rapprochée armé perdrait immédiatement le droit de travailler. En effet, pour exercer cette fonction, le casier judiciaire doit être vierge. Cette inscription serait donc «sa mort professionnelle immédiate». Quant à la peine de deux ans d’inéligibilité avec exécution provisoire, elle vient encore une fois rappeler la foire de gros pratiquée par des réquisitions non individualisées, sachant que Thierry Légier n’a aucune ambition politique. Comme le résume clairement Me Solange Doumic, dans ce dossier, «on est sorti du raisonnable.»
«Si on charge Van Houtte, on les charge tous »
Me Laguay pointe lui aussi les conséquences irréparables de ces réquisitions. « Pour M. Van Houtte, c’est sa vie. Vous avez sa vie entre vos mains » argue l’avocat belge de Charles Van Houtte. En effet, l’ancien assistant parlementaire belge est le seul qui risque de faire réellement un an de prison au vu de l’application des peines en Belgique, et cela «en raison d’une décision d’un tribunal français alors qu’il était assistant parlementaire accrédité belge au Parlement européen situé en Belgique». Celui que le Parquet a qualifié d’«interface» ou «Monsieur vases communicants» en raison «d’une quinzaine de mails analysés, disséqués» sur des milliers d’autres, travaillait pourtant en parfaite collaboration avec les fonctionnaires du Parlement européen, comme en témoignent de multiples courriels échangés. Le chef de service chargé de la délégation française au Parlement européen, M. Antoine-Poirel, évoque ainsi les réunions communes et remercie à plusieurs reprises Charles Van Houtte, ainsi que le tiers-payant, pour leur collaboration efficace dans l’enregistrement des contrats des assistants parlementaires et la gestion des dotations afférentes. Au reste, Me Laguay a démontré lui aussi le manque de rigueur de la prévention, élargie au doigt mouillé à des périodes où Charles Van Houtte n’avait pas la gestion administrative desdits contrats. «Mon sentiment, c’est qu’il faut charger Van Houtte, car si on charge Van Houtte, on les charge tous.»
Un «procès politique, qui est même un procès en sorcellerie»
Me Dassa-Deist, avocat du RN et de son trésorier Wallerand de Saint-Just, dénonce à ce titre la partialité du réquisitoire : «J’ai assisté à un manifeste politique». En effet, quoique produise la défense, «c’est suspect.» Un document présenté comme rédigé par un assistant mais SANS sa signature, «c’est suspect». Un autre document rédigé par un assistant AVEC sa signature, «c’est suspect». Un témoignage présenté en faveur du travail d’un assistant, «c’est suspect». Un courriel échangé entre un assistant et son député, «c’est suspect». Un constat d’huissier constatant la communauté de travail entre un député et son assistant, «c’est suspect». Un badge au nom d’un assistant à un salon européen, «c’est suspect». Quoique présente la défense comme preuves de travail, «c’est suspect» ! Tout est suspect peut-être tout simplement parce que pour l’accusation, être nationaliste et s’opposer à la dérive fédérale de l’Union européenne, «c’est suspect ».
Ainsi «ce procès politique, [serait] même un procès en sorcellerie». Tous au goulag ? De fait, même les opposants à Marine Le Pen sont bien obligés d’en convenir. Le dernier en date, Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre socialiste, en témoigne lui-même dans Le Figaro daté du 25 novembre : « Marine Le Pen subit un harcèlement judiciaire disproportionné ».
Malgré cet acharnement, force est de constater, que plus les européistes veulent bâillonner les élus nationalistes, plus les électeurs leur accordent leur confiance. En démocratie, l’électeur reste in fine le juge suprême.
Censure du gouvernement. Alors que le petit microcosme politico-médiatique s’inquiète des conséquences d’un possible départ de Matignon de Michel Barnier, c’est tout comme s’il feignait d’ignorer la menace russe, autrement plus terrifiante, regrette notre chroniqueur.
Michel Barnier promet « la tempête » s’il devait « tomber ». C’est le message qu’il a fait passer, mardi soir sur TF1, pour mettre en garde contre une motion de censure qui le pousserait à démissionner.
Anomalies
Mais cette perspective est anecdotique à côté de la guerre mondiale contre la Russie et ses alliés qu’attise, dans son coin, Emmanuel Macron. Une politique démente se met en place par le président esseulé, apparemment fasciné par le chaos qu’il a créé depuis le 10 juin et sa dissolution irréfléchie de l’Assemblée nationale. Cette diabolique course à l’abîme, censée replacer le chef de l’État au centre de tout, s’auto-alimente à l’Élysée dans l’indifférence du « microcosme parisien », justement mis en cause par le Premier ministre. Mais lui-même fait partie de cette oligarchie, en dépit de son adresse, hier, au bon sens des Français.
Sa désignation parmi un parti minoritaire (47 députés) a été le résultat d’une anomalie démocratique. Son silence sur l’escalade belliqueuse de Macron confirme son peu d’entrain à « tourner la page » en apportant les « ruptures » qu’il avait promises le 5 septembre. Une excessive prudence a amené Barnier, assurément honnête homme, à assumer une continuité avec le vieux monde politique coupé des gens ordinaires. Son sort est, plus que jamais, entre les mains du RN. Ce parti semble prêt à se joindre notamment à LFI, en dépit de ses outrances pro-djihadistes et antisémites, pour sanctionner le gouvernement sur son budget. Toutefois la question est moins la survie politique de Barnier que celle de Macron. Il est urgent d’empêcher un forcené de continuer à jouer avec des allumettes sur un baril de poudre.
Jean-Noël Barrot mobilisé
Sans aucun débat, ni parlementaire ni médiatique, le président de la République, plus Ubu Roi que jamais, a décidé de mettre les pas de la France dans ceux des néoconservateurs anglo-saxons contre la tyrannie de Vladimir Poutine. Alors que Donald Trump vient de se faire élire sur une promesse de paix entre les deux frères ennemis, Joe Biden et son allié britannique font visiblement tout pour attiser l’irrémédiable avant le 20 janvier, date d’entrée en fonction de Trump. Poutine n’est pas le dernier à jeter de l’huile sur le feu, en menaçant d’une 3ème guerre mondiale nucléaire. Dès à présent, certains pays européens (Allemagne, Suède, Finlande, etc.) s’inquiètent de l’état de leurs abris antiatomiques et des protections civiles à apporter aux populations, en cas de montée en puissance du conflit. La France reste, elle, indifférente à ces inquiétudes. Samedi, sur la BBC, Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, a donné son feu vert à l’Ukraine pour l’usage de missiles français à longue portée afin de frapper le territoire russe. Il a également confirmé la possibilité d’une mobilisation de troupes françaises sur le sol ukrainien. L’ombre de la guerre ne cesse de grandir sur une France désarmée (la défense ne pourrait tenir que quelques jours), qui se laisse de surcroit envahir par l’islam conquérant et le narcotrafic, deux menaces qualifiées d’ « existentielles », ce mercredi matin sur Europe 1, par la magistrate Béatrice Brugère. Un va-t-en-guerre désœuvré et, semble-t-il, psychologiquement fragile est à l’Elysée. La tempête, que redoute Barnier, est déjà là. C’est pourquoi Macron doit partir.
MeToo a libéré la furie des lyncheurs en ligne et des délateurs à carte de presse. Mais la lourde condamnation de Nicolas Bedos en première instance prouve qu’un féminisme révolutionnaire, assoiffé de morts sociales et de bannissements, a désormais investi les palais de justice.
À la fin du réquisitoire, tous les journalistes sont sortis de la salle d’audience du tribunal de Paris. Il était 22 heures, ce 26 septembre, leur religion était faite, leur sentence, prête. L’avocate de Nicolas Bedos a donc plaidé dans une salle désertée par les médias. Il y a là plus qu’un symbole, une métonymie, un détail qui raconte l’ensemble du tableau. À l’âge MeToo, la parole d’un homme accusé ne vaut rien. Pire, le type qui se défend est un salaud. Ainsi quand Julien Bayou, ex-étoile montante des Verts persécuté par une meute d’ex, furieuses d’avoir été quittées, trompées ou négligées, porte plainte contre une de ses accusatrices, Sandrine Rousseau dénonce « un climat très fort d’intimidation ». Quand une femme porte plainte, elle libère sa parole, quand un homme porte plainte, il intimide. La parole des hommes, on l’a entendue des siècles durant. Alors maintenant fermez-là et demandez pardon.
Nicolas BedosJulien BayouJoey StarrGérard DepardieuSYSPEO/SIPA – Jacques Witt/SIPA – Daina Le Lardic/ /SIPA – Laurent Vu/SIPA
À charge et à décharge : c’est le principe cardinal d’une justice équitable. On se demande parfois si la défense intéresse vraiment les magistrats, prompts à balayer, dans l’affaire Bedos et d’autres, tout ce qui pourrait bénéficier au prévenu, singulièrement le doute. De toute façon, cette défense est par avance discréditée, méprisée, ignorée par les véritables juges, ceux qui peuvent condamner à la peine de mort sociale et le font à tour de bras, avec une jubilation suspecte. Avec ses imperfections et ses garanties, la vieille justice démocratique préfère (préférait ?) un coupable en liberté à un innocent embastillé. La justice révolutionnaire de MeToo fonctionne selon des principes strictement inverses : présomption de culpabilité, enquêtes à charge, instruction à ciel ouvert. Or, la justice médiatique contamine celle des prétoires. Les juges ne sont pas connus pour leur anticonformisme. Ils épousent volontiers la cause des femmes, pas seulement parce que la plupart des juges sont des femmes, mais aussi parce que cette cause avance drapée dans des considérations compassionnelles qui promettent des témoignages bouleversants, des salles d’audience où on entend voler les mouches, des récits douloureux, des procès pour série Netflix. Le matin du procès pour agressions sexuelles de Gérard Depardieu (finalement renvoyé), entre autres délicatesses, L’Est républicain publiait un édito titré « Le procès d’un monstrueux malade ». Quel tribunal oserait laisser en liberté un « monstrueux malade » ?
Une petite nébuleuse de journalistes (au féminin pour l’essentiel) qui constituent le commandement invisible et informel de la Révolution néo-féministe se fait un devoir de fouiner, de traquer les petits travers et les grands manquements dans les vies privées d’hommes trop puissants, trop talentueux, trop fanfarons, trop décontractés du gland. Le succès est une insolence, l’errance sexuelle, une insulte aux femmes et un outrage à la morale publique. Elles recourent à la délation, sanctifiée en libération de la parole, de sorte qu’une accusation en suscite dix autres – Moi aussi, je souffre ! Le plaisir évident que ces dames-patronnesses prennent à faire chuter des idoles et détruire des existences, leur absence totale de compassion pour le pécheur à terre, restent un mystère. On pense à ces apparatchiks capables d’envoyer leur voisin ou leur frère au goulag sans sourciller ou aux inquisiteurs convaincus de faire le bien des hérétiques qu’ils torturaient. La souffrance des femmes, réelle, inventée ou exagérée, semble absorber toute leur capacité d’empathie. Tout de même, la sollicitude dégoulinante dont ces meutes justicières accablent les plaignantes, les persuadant qu’elles ont subi un traumatisme irréparable et les condamnant au statut éternel de victime, contraste singulièrement avec leurs babines retroussées devant un homme à terre. Comment pouvez-vous plaindre ces puissants face à de pauvres créatures rescapées du patriarcat, traumatisées par une vie d’humiliation ? Ils ont bonne mine les puissants, à tourner en rond chez eux, désemparés ou terrorisés. D’après un ami qui a assisté à l’audience Bedos, le cinéaste et son entourage paraissaient accablés, pendant que les deux plaignantes et une troisième femme qui témoignait en leur faveur riaient et faisaient les belles, visiblement enchantées d’être le centre de tant d’attentions.
Le 22 octobre, tout ce petit monde, galvanisé par une meute de tricoteuses numériques, ne cache pas sa joie à l’annonce du jugement. Jamais un tribunal n’a eu la main aussi lourde pour des faits aussi dérisoires. Le comédien est condamné à un an de prison, dont six sous bracelet électronique ainsi qu’à une obligation de soin – il a reconnu boire plus que de raison. Preuve qu’on veut vraiment l’humilier, le jugement est exécutoire, ce qui n’arrive jamais pour les primo-délinquants. Quand tous les jours, des petits anges autrement plus dangereux sortent du tribunal libres et vierges de toute condamnation, il y avait urgence à embastiller l’auteur de La Belle Epoque. C’est que c’est grave. Il y a eu un soir de 2023 un baiser non consenti dans le cou à une serveuse et, un autre soir, au cours d’une bousculade dans la même boite de nuit, un attouchement de quelques secondes sur un entrejambe féminin (par-dessus un jean) dont il n’existe pas la moindre preuve. Des incidents qui auraient dû se solder par une paire de baffes et/ou des fleurs et des excuses. Un baiser volé dans une boite de nuit, ça peut être énervant, déplaisant, dégoûtant même. Mais humiliant, terrifiant au point de ne pas en dormir la nuit ? À l’époque, la serveuse avait commencé un mail à Bedos. Elle lui disait que, pour elle, ça allait mais qu’il devait se méfier de ses excès, avec d’autres ça pourrait faire des histoires. Elle voulait qu’il continue à faire du cinéma. Le brouillon de ce mail, qu’elle n’a jamais envoyé, a été lu à l’audience. Aujourd’hui, elle est traumatisée par ce baiser volé. Et tout le monde feint de la croire. On n’a pas fait le procès d’un agresseur sexuel, mais celui d’un « gros con », d’un mufle de compétition, ce qui n’est pas un délit pénal. Ou on finira aussi par créer un délit d’infidélité conjugale. Il boit trop, il parle trop, il touche trop, ça ne fait pas de lui un agresseur sexuel. « Nicolas peut être pathétique mais quand il a bu, si on le touche, il tombe », résume un de ses amis. On attend que le cinéma, l’art et les boites de nuit soient réservés à des premiers prix de vertu, sans fêlure et sans excès. La plupart des êtres humains, heureusement, cachent quelques cadavres dans leurs tiroirs intimes. C’est précisément avec quoi que la Révolution néo-féministe veut en finir. Elle veut nous délivrer du mal et du mâle. Puisque la chair est sale et, pire encore, inégalitaire, finissons-en avec ses tourments. Revenons au paradis perdu, quand les hommes et les femmes n’avaient pas encore découvert qu’ils aimaient faire des cochonneries. D’où la réaction un brin drama queen de certaines femmes, comme si en les touchant, même accidentellement, un homme souillait un temple inviolable.
Pour le chœur des vierges médiatiques, « Femmes, on vous croit ! » signifie « Hommes, vous mentez ! » Certains avocats de la glorieuse libération MeToo, comme Caroline Fourest, dénoncent aujourd’hui ses dérives, et sont pour cela accusés des pires péchés, comme celui d’être de droite (voir l’article de Yannis Ezziadi). Pour ma part, j’attends toujours qu’on me montre les rives riantes que l’on aurait accidentellement quittées. Tout incline plutôt à penser que MeToo est un bloc et que la mutation terroriste actuelle était programmée dès le premier tweet appelant à la délation. Bedos a d’ailleurs écrit en 2017 un texte prémonitoire à ce sujet, sans toutefois en tirer toutes les conséquences puisqu’il a continué à adorer publiquement la grande avancée de la parole libérée[1]. Il raconte dans ce texte qu’une journaliste de sa connaissance lui demande sur Facebook s’il n’aurait pas « en magasin quelques infos croustillantes concernant des agressions sexuelles commises dans le milieu du showbiz ». Il lui répond : « non, des types lourds, il y en a, oui, des producteurs un peu foireux obligés –croient-ils- de faire miroiter des rôles pour draguer les nanas, oui, à la pelle, sans doute, mais des agressions, des tentatives de viols, que je sache, non ». Elle insiste : « Même pas un dérapage? Vous avez plein de copines actrices, y en a bien une qu’un type connu aurait chauffée de façon insistante, un pelotage de nichons, une grosse main au cul, des gestes déplacés, en boîte… ». Il lui faut quelque chose : « Votre nom ne sera pas cité… Réfléchissez, je vous en supplie, un seul nom me suffira. ». Un seul nom suffira. Un nom n’a pas suffi. Les dieux de ce féminisme sinistre et revanchard ont soif. Il leur faut sans cesse du sang neuf. Les charrettes se succèdent, la liste noire s’allonge. Tout épisode de drague peut être remonté en agression sexuelle, tout coup d’un soir, relooké en viol. Toutes les chapelles et toutes les générations du spectacle sont touchées, même les morts. C’est maintenant aux sportifs d’y passer. Deux joueurs de rugby français accusés de viol en Argentine sont immédiatement lâchés par la Fédération et par L’Equipe. On ne connait pas le dossier, il n’y a aucune preuve mais ils sont forcément coupables. Quand il s’avère qu’ils ont été piégés, tout ce beau monde change de pied : tout de même, ce n’est pas bien de se saouler en boite quand on représente la France. Voilà nos gars promus ambassadeurs. Un puritanisme peut en cacher un autre : comme on ne peut sans doute pas inscrire l’interdiction de forniquer dans leur contrat (ce serait contraire à la dignité humaine, non ?), on va leur interdire de picoler. La troisième mi-temps, désormais, ce sera une tisane et au lit. Remarquez, ils ont de la chance, ils pourront rejouer au rugby.
Dans l’industrie du rêve, comme dans la politique, ça ne marche pas comme ça. Toute inconduite, réelle ou supposée, peut valoir perpète. Dans le cas Bayou, le comité d’épuration du Parti ayant fait chou-blanc, les Verts ont confié le dossier à un cabinet privé qui n’a pas trouvé de preuve de « violences psychologiques ». «L’enquête n’a manifestement pas été un cadre permettant de faire avancer suffisamment l’enquête», a bredouillé Rousseau. Mais rien n’est perdu, il y a encore des plaintes en justice, des militantes pas contentes. Elle trouvera autre chose mais elle ne lâchera pas avant de piétiner le cadavre. Pour Bayou, la politique, c’est fini. Tant mieux pour lui.
Dans le cinéma, le bannissement est immédiat et automatique. Avant d’embaucher un comédien, on mène des enquêtes sur son passé, pour être sûr que le souvenir d’une soirée de débauche ne viendra pas gâcher la promotion du film, alors une plainte même classée, on ne peut pas prendre le risque. Dans la liste de proscription, certains ont été condamnés, d’autres relaxés, et d’autres encore, comme Edouard Baer n’ont jamais été poursuivis. Il y a peut-être dans le lot, quelques vrais prédateurs, à l’image de ce prisonnier connu dans toute la Kolyma parce qu’il avait vraiment conspiré contre le Parti. Le féminisme révolutionnaire ne s’embarrasse pas de distinction. Qu’ils aient effleuré un sein ou agressé une stagiaire, le tarif est le même : tous leurs projets s’arrêtent du jour au lendemain, les messages gênés affluent sur leur écran. Leur nom devient radioactif. « Si on avait su, on aurait vraiment violé », ironise l’un deux. On parle de bannissement et de mort sociale. Ces mots peinent à dire ce que ressent un homme en pleine possession de ses moyens quand il n’a plus le droit de faire son métier, soit parce qu’il a commis une peccadille soit parce qu’il a été faussement accusé. Ce sont aussi une famille, des proches, des enfants qui se retrouvent piégés dans une prison invisible. Le plus dur, c’est de ne pas savoir si la peine finira un jour, si on sera un jour réintégré dans le monde des vivants. En d’autres temps, on pouvait fuir le scandale, partir refaire sa vie aux colonies ou ailleurs. Aujourd’hui, il n’y a plus d’ailleurs. Internet réalise un rêve policier : un fichage éternel et planétaire. Cette injustice féroce d’une mise au ban qui peut frapper n’importe qui devrait provoquer une vague de colère et de protestation. Elle prospère sur la lâcheté. Tout le monde savait que le communisme mentait mais il a tenu par la peur. C’est la même chose avec MeToo. La plupart des gens ordinaires savent que la vie n’a rien à voir avec les histoires de petites filles et de vampires qu’affectionnent les vestales militantes. Dans le public et dans le métier, la condamnation de Nicolas Bedos a fait l’effet d’une bombe. Sa compagne Pauline Desmonts et lui ont reçu des centaines de messages de soutien, d’anonymes, de de gens du métier, de politiques. Aucun ou presque n’a osé s’exprimer publiquement. Il est vrai qu’ils ne risquent pas seulement de ne plus être persona grata sur France Inter, mais d’être à leur tour la cible d’accusations, comme l’ont été les signataires de la tribune Depardieu, de froisser les plates-formes (Amazon, Netflix etc) qui financent leurs films ou de voir des comédiens les lâcher. Je suis de ton côté, mais tu comprends, c’est compliqué. Oui, j’ai peur de comprendre. C’est humain. Le totalitarisme aussi, c’est humain.
[1]« Un seul nom me suffira », quand la libération de la parole vire à la guerre des sexes, Huffington Post, 2 novembre 2017.
Le quotidien de gauche se fait l’écho des inquiétudes de clandestins sous OQTF, mais passe sous silence bien d’autres angoisses hexagonales.
Cela ne se sait sans doute pas assez, mais les journalistes de Libération sont des modèles vivants de compassion. Ils en ont récemment administré une preuve supplémentaire dans un papier-enquête intitulé « La vie sous OQTF », article signé Rachid Laïrech, publié le 10 novembre[1]. La vie évoquée est celle de Sylla, Malien sans papiers en France depuis dix ans « qui charbonne dans la restauration, loue une chambre à son oncle en Seine-et-Marne. » Et qui très certainement ne doit son classement OQTF qu’à la malveillance raciste des autorités. « Sylla a peur », écrit le journaliste. Cela sonne à nos oreilles un peu comme le glaçant « La France a peur » de Roger Gicquel ouvrant par ces mots le vingt-heures de TF1 le 18 février 1976 après l’assassinat du petit Philippe Bertrand. Sylla a peur, donc. « Il pose ses deux mains sur son visage. Un geste qui raconte un tas de sentiments ». (Les sentiments, en tas, rien de plus oppressant, faut-il reconnaître). Il est épuisé. Il doute aussi, le commis de cuisine. Lui revient en mémoire une scène qui « a bousillé son quotidien ». Qu’on en juge. Depuis les exactions de la Gestapo on n’avait jamais connu pareille cruauté, semblable arbitraire. « Un soir de printemps, à Paris, après une longue journée de turbin (Serait-il un brin sur-exploité notre travailleur malien ?) le sans-papiers fume une clope devant la gare du Nord. Trois policiers se tiennent devant lui. Contrôle d’identité. » Trois bousilleurs de quotidien d’OQTF ayant probablement aux lèvres l’écume de la haine la plus féroce. L’horreur, la barbarie d’État dans toute sa fureur. Comment se relever d’un tel traumatisme ? Comment surmonter cette agression sans nom : se faire contrôler son identité, à Paris en plein XXIème siècle ? Depuis, nous conte Libération, le longiligne trentenaire « a la trouille au ventre » chaque fois qu’il croise une patrouille de gestapistes – pardon de policiers français, je me suis laissé emporter. « La peur d’être rattrapé par une politique migratoire forcenée ». Forcenée, autrement dit démente, pathologique, obsessionnelle, névrotique. Lisant ces lignes, la gorge se serre, les larmes ne sont pas loin. D’autant plus qu’il s’agirait d’un « bon gars, toujours à l’heure, efficace et qui met une bonne ambiance dans la cuisine », plaide son employeur qui ne comprend décidément pas pourquoi « on fait chier des types comme lui. » C’est vrai, ça ! Pourquoi aller demander des papiers à ceux qui n’en ont pas ? On ne fait pas pire en matière de persécution.
Bouleversé par tant de sollicitude journalistique, je me suis mis à guetter les livraisons suivantes du quotidien. J’attendais une enquête digne de ce nom, une série d’articles sur la peur. Je me disais, demain peut-être, lirai-je un papier lui aussi débordant d’émotion sur la frayeur des étudiantes de l’université Dauphine s’en revenant de leurs cours, tout près du Bois de Boulogne ? Ces jeunes filles, condisciples de Philippine, violée, assassinée par un OQTF récidiviste. Peut-être évoquera-t-on dans un numéro prochain la peur qui étreint désormais le Juif de France se rendant à la synagogue ou vaquant à ses occupations. La peur des parents dont le gamin est de sortie pour une fête, un bal le samedi soir du côté de Crépol ou de Saint-Péray ou partout ailleurs en France. La frayeur de la secrétaire qui quitte son travail à la nuit tombée pour gagner à pied sa station de bus. La peur quotidienne, permanente des désargentés condamnés à affronter des cages d’escalier coupe-gorge pour, tout simplement, rentrer chez soi. La sourde appréhension encore du commerçant qui ne sait pas ce qui va lui tomber dessus quand il ouvre son tiroir-caisse. L’angoisse sourde, elle aussi permanente, des policiers, des gendarmes, de leur famille, de leurs proches, lorsqu’ils bouclent leur ceinturon pour aller assurer – ou tenter d’assurer – notre sécurité.
Ai-je besoin de préciser que je n’ai pas trouvé une ligne, un mot dans Libération sur ces peurs-là, pourtant si largement répandues aujourd’hui chez nous ?! Peurs blanches… Trop blanches, sans doute.
Tout n’est pas clair comme de l’eau de roche chez Leni Riefenstahl, c’est le moins qu’on puisse dire. Un documentaire en salles retrace le singulier parcours de la cinéaste d’Hitler, mais se complait un peu trop à rappeler ses redoutables ambiguïtés – alors que son œuvre artistique mériterait aussi qu’on s’y intéresse.
Qui s’attendrait à un documentaire racontant de façon linéaire la très longue vie de Leni Riefenstahl, ou se risquant à une analyse critique de son esthétique cinématographique sera déçu. Il s’agit ici, globalement, de dresser d’elle le portrait à charge qu’on pouvait attendre, en 2024, d’un documentariste allemand. Portrait délibérément concocté, beaucoup moins sur la base de sa filmographie, qu’ à partir d’une double source : d’une part le fond personnel de l’artiste disparue en 2003 à l’âge de 101 ans, masse de documents considérable, aujourd’hui détenue par la Fondation du patrimoine culturel prussien ; d’autre part la quantité d’archives sonores et audiovisuelles dans lesquelles, dès l’après-guerre et jusque dans son très grand âge, Madame Riefenstahl opiniâtrement se défend contre les journalistes qui l’assaillent toujours des mêmes questions, revenant inlassablement sur ses compromissions avec le régime national-socialiste et ses hiérarques.
Éclairage neuf
Il est vrai que Leni Riefenstahl donne des verges pour se faire battre : coquette, véhémente, furibonde, à ses détracteurs elle renvoie systématiquement le même discours : oui, Hitler l’a fascinée immédiatement, non elle n’a jamais rien su des camps de concentration, non elle n’a jamais été antisémite et encore moins nazie, d’ailleurs elle n’a jamais adhéré au parti, oui la beauté du corps humain, force virile ressaisie par la caméra furent son unique préoccupation, depuis La victoire de la foi, Triomphe de la Volonté et Les Dieux du stade, commandes personnelles de Hitler, jusqu’à ses photos et ses films immortalisant la peuplade « sauvage » des Noubas, déjà en sursis dans les années 60… Si bien qu’on finit par tomber sous le charme de cette vieillarde alerte, blonde pour l’éternité, le visage outrancièrement fardé, inquiète de ce que l’objectif ne jette trop de clarté sur une ride, et qui prend la pose avant de se livrer à la torture de cette ultime interview filmée. Un dernier maquillage ?
Il faut reconnaître à ce long métrage documentaire sous-titré, pour sa sortie en France, La lumière et les ombres, qu’il jette un éclairage neuf, non tant sur l’œuvre proprement dite de Leni Riefenstahl (celle-ci n’est nulle part envisagée ici sur le registre de son esthétique) que sur l’aura polémique dont cette figure incontournable du Septième art reste indéfiniment prisonnière. Certes, narcissique, égocentrique, aveugle à la tragédie et aux horreurs de son temps, cultivant la mauvaise foi avec une fausse candeur retorse, l’ex-danseuse, skieuse, gymnaste devenue cinéaste et égérie du IIIème Reich, puis photographe après-guerre, jette un doute légitime sur ses poses de pure créatrice apolitique, immolée à la cause sacrée de l’Art.
Mais Riefenstahl n’a tué personne. Ambitieuse, héroïque, courageusement indépendante de la gent masculine bien avant l’époque du féminisme revanchard, elle mérite sans doute mieux que l’opprobre de principe où la tient, en 2024, une certaine bien-pensance. Tout n’est pas clair comme de l’eau de roche chez cette femme, c’est le moins qu’on puisse dire. Mais quel exégète prendra le risque, enfin, de la peindre comme ce qu’elle fut avant tout, avec ses redoutables ambiguïtés : une artiste ? Dont on peut déceler les ombres, sans pour autant la priver de toute lumière. Le documentaire sur son œuvre reste à faire.
L’Observatoire européen des fondamentalismes dirigé par Fadila Maaroufi était poursuivi par la députée belge enturbannée Farida Tahar, à la suite de propos polémiques tenus sur Twitter. L’Observatoire avait notamment accusé la députée d’être une militante islamiste. Ses propos ont été jugés de bonne foi par le tribunal. La justice a en effet considéré que si tous les éléments factuels présentés par la défense ne suffisaient pas à établir que Mme Tahar était bien membre du mouvement islamiste des Frères musulmans, il existait une base factuelle suffisante autorisant à soutenir cette thèse, même de façon peu subtile.
Causeur. Éclairez le public français, s’il vous plaît : qui est Farida Tahar? Quel est son parcours, et en quoi cette figure politique est-elle controversée en Belgique?
Aymeric de Lamotte. Farida Tahar est une femme politique belge de premier plan. Elle a été députée bruxelloise et sénatrice de 2019 à 2024. Elle a même été cheffe du groupe parlementaire du parti politique Écolo au Parlement bruxellois. Elle a été réélue en juin 2024 malgré la débâcle électorale d’Écolo. Elle figurait à une place de confiance, la 7e place.
Farida Tahar est une personnalité qui pratique un islam politique et prosélyte. Elle est une zélatrice bien connue du port du voile dans l’espace et l’administration publics, ce qui contrevient au principe de neutralité. Elle a manifesté son soutien à l’ex-députée bruxelloise Mahinur Özdemir — la première député européenne à porter le voile islamique — quand celle-ci a été exclue du parti politique cdH (désormais appelé Les Engagés) en 2015 parce que celle-ci avait refusé de reconnaître le génocide arménien. Mahinur Özdemir a toujours été très proche de Recep Tayyip Erdoğan, le président actuel de la Turquie. Ce dernier a assisté au mariage d’Özdemir lorsqu’il était Premier ministre. Özdemir a été nommée ministre de la Famille et des Services sociaux du gouvernement turc le 3 juin 2023.
Mme Tahar a été vice-présidente de l’association Le Collectif Contre l’Islamophobie en Belgique (CCIB), le pendant belge du CCIF dissous parce que le ministre de l’Intérieur français de l’époque a considéré qu’il était « une officine islamiste œuvrant contre la République ».
Mme Tahar prend actuellement activement part au débat à propos du conflit israélo-palestinien et est pourtant restée totalement silencieuse au lendemain du pogrom du 7-Octobre 2023.
Mais de là à faire de la députée une islamiste, n’est-ce pas y aller un peu fort ?
De 1999 à 2003, Farida Tahar a suivi une formation religieuse au sein de l’association Académie Islamique de Bruxelles. Comme l’explique l’essayiste Mohamed Louizi dans une enquête parue en 2016, cet établissement « flirte sérieusement avec le salafisme et la mouvance des Frères musulmans ».
Par ailleurs, Farida Tahar est je l’ai dit une zélatrice bien connue du port du voile dans l’espace et l’administration publics. Le voile est un des signes patents et incontestables de l’islam politique et Farida Tahar en porte un. Dans un débat à la RTBF qui la confrontait à Richard Miller, elle disait que ce n’est qu’un signe esthétique comme le port d’une cravate. C’est évidemment une manière de dédramatiser, de normaliser l’accoutrement, mais intellectuellement, ça ne tient pas la route une seule seconde. Comparer le port du voile au port de la cravate est une ineptie culturelle et intellectuelle.
On a pu voir Mustapha Chairi, ancien président du CCIB, faire la « rabia », ce geste de ralliement des Frères musulmans, notamment avec le fréro-salafiste Rachid Haddach. Le lien incontestable entre Farida Tahar et Rachid Haddach est une autre raison très valable pour laquelle ma cliente se permettait de qualifier la députée de « sœur » ou de « militante frériste ».
Que réclamait Farida Tahar à votre cliente devant la justice ?
Seul l’Observatoire européen des fondamentalismes (OEUF) est visé par la plainte, dont Mme Maaroufi est la directrice.
Farida Tahar reproche — on ignore encore à ce jour si le jugement est frappé d’appel ou non — à l’association l’OEUF de relever ponctuellement sur les réseaux sociaux une proximité idéologique entre ses positions et l’islamisme et les Frères musulmans. Elle considère que ces analogies constituent des propos diffamatoires ou calomnieux.
Elle lui réclamait 5000 euros à titre de dommage moral, le retrait des publications visées dans la procédure du compte Twitter de L’Observatoire européen des fondamentalismes et la publication de la décision à intervenir sur ce même compte Twitter.
Quels sont les arguments avancés lors de votre plaidoirie, que le tribunal a estimés recevables ?
Le tribunal applique la loi en rappelant qu’un propos ne peut pas être diffamatoire s’il est émis de bonne foi. Un propos est de bonne foi s’il intervient dans le cadre d’un débat d’intérêt général et si celui qui l’émet dispose d’une base factuelle suffisante. La notoriété de la personne visée est aussi un argument crucial pour trancher si c’est la liberté d’expression qui doit être protégée (article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme) ou le droit à la réputation (article 8 CEDH).
En l’espèce, les opinions de l’OEUF ou de Fadila Maaroufi à titre personnel s’appuient sur suffisamment de faits probants et interviennent dans le contexte d’un débat d’intérêt général, l’islamisme. Les jugements de valeur (les opinions) contrairement aux jugements de fait ne doivent pas être factuellement exacts. La notoriété et son exposition médiatique de Farida Tahar l’obligent à tolérer plus largement les remarques publiques qui la concernent. En outre, le tribunal fait remarquer à juste titre que la réputation de Farida Tahar n’a pas été « sérieusement écornée ». Dès lors, sanctionner l’OEUF porterait une atteinte disproportionnée à sa liberté d’expression.
La juge confirme l’analyse faite dans un premier jugement, rendu par elle-même, début de l’année, le 17 janvier 2024, qui opposaient l’OEUF et Fadila Maaroufi à Ibrahim Ouassari.
Alors qu’un accord de cessez-le-feu entre Israël et le Liban semble imminent, le Hezbollah reste, malgré de lourdes pertes, la force dominante au Liban. Si les succès militaires israéliens sont indéniables, la mise en œuvre de cet accord et son impact géopolitique soulèvent des questions majeures, notamment sur la capacité à contenir durablement le Hezbollah.
Un accord de cessez-le-feu au Liban semble se profiler, mais il reste difficile de convertir les résultats purement militaires en gains politiques et géostratégiques. Malgré les coups très durs qu’il a subis – tant matériellement que moralement – dans les ruines de l’État libanais, le Hezbollah demeure la force militaire, économique et politique la plus puissante du pays, et surtout la seule à conserver la capacité d’imposer sa volonté par la violence à l’intérieur du pays.
Bien que le projet d’accord de cessez-le-feu entre Israël et le Liban n’ait pas encore été publié, plusieurs informations disponibles permettent d’en connaître les grandes lignes. Ce projet inclut un mandat élargi permettant à Israël de mener des frappes le long de la frontière et à l’intérieur du territoire libanais afin de neutraliser les menaces émanant du Hezbollah ou d’autres organisations. Selon cet accord, Israël serait autorisé à intervenir militairement dans tous les cas où des menaces, y compris en profondeur au Liban (par exemple dans la vallée de la Bekaa), seraient identifiées, telles que la production, le stockage ou le transport d’armes lourdes, de missiles balistiques ou de missiles à moyenne et longue portée. Toutefois, de telles interventions seraient conditionnées à l’échec du gouvernement libanais ou d’un organe de supervision placé sous l’égide des États-Unis à éliminer ces menaces.
Côté libanais, une zone spécifique de « légitime défense immédiate »
Par ailleurs, le texte autorise Israël à poursuivre ses vols militaires dans l’espace aérien libanais à des fins de renseignement et de surveillance. De plus, Israël ne libérera pas les membres du Hezbollah capturés dans le sud du Liban, d’autant qu’aucun civil ou militaire israélien n’est actuellement retenu par le Hezbollah.
Le document précise que l’armée libanaise sera la seule force armée, à l’exception de la FINUL, autorisée à opérer sur le territoire libanais. Ce point établit un lien, bien que modeste, avec la résolution 1559 du Conseil de sécurité des Nations unies adoptée en 2004, considérée comme plus contraignante que la résolution 1701 adoptée en 2006 après la deuxième guerre du Liban. L’armée libanaise sera également responsable d’empêcher l’entrée non autorisée d’armes et de munitions via les points de passage frontaliers, notamment à la frontière avec la Syrie, ainsi que de démanteler les infrastructures de production d’armement établies par diverses organisations sur le territoire libanais. De plus, l’accord délimite une zone spécifique au Liban, le long de la frontière, où les États-Unis reconnaissent à Israël le droit d’« agir en légitime défense immédiate. »
Ce texte, du point de vue israélien, est sans doute préférable à la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU) et reflète clairement que le rapport de force entre le Hezbollah et Israël s’est nettement amélioré en faveur de ce dernier. Sur le plan militaire, les résultats sont indiscutables. Le Hezbollah a perdu une grande partie de ses dirigeants militaires et politiques, plus de 3 000 de ses combattants ont été tués, et plusieurs milliers ont été blessés, dont beaucoup ne pourront plus retourner au combat. Des centres de commandement, des dépôts de matériel de guerre et une large partie de ses roquettes et missiles (entre un et deux tiers) ont été détruits.
Quant aux infrastructures, notamment les tunnels et autres constructions souterraines préparées et déployées le long de la frontière avec Israël pour permettre une attaque surprise comme celle du 7-Octobre, elles ont été largement démantelées. Plusieurs villages frontaliers, transformés depuis 2006 en structures mixtes civiles-militaires au service du Hezbollah, sont aujourd’hui réduits en cendres. Des vergers qui abritaient des bunkers camouflés ont également été systématiquement détruits. La majorité des habitants chiites du sud du Liban ont quitté leurs bourgs et villages, devenant des déplacés souvent sans véritable abri.
Et surtout, tous ces succès israéliens ont été obtenus avec des pertes relativement faibles au front – 70 morts au combat – et des dégâts légers à l’arrière du pays.
Enfin, l’élément le plus marquant est d’ordre psychologique. Après sa victoire de 2006, le Hezbollah et son chef Hassan Nasrallah estimaient avoir instauré un équilibre de dissuasion stratégique avec l’État d’Israël, se percevant en quelque sorte comme ses égaux sur le plan militaire. Victorieux, voire invincibles, ils imposaient leur domination au Liban, au service de la communauté chiite, mais surtout de l’Iran. Ce n’est désormais plus le cas. Infiltré par le renseignement israélien, le Hezbollah n’a pas seulement été militairement affaibli, mais aussi profondément humilié – notamment à travers l’opération des « bippers » et les assassinats ciblés de ses dirigeants, y compris Nasrallah lui-même. Aux yeux de nombreux Libanais, cela a mis en lumière une forme de défaite pour une organisation perçue comme exerçant une occupation de facto sur le pays.
Pour illustrer ce changement, on peut citer Walid Joumblatt, leader druze connu pour ses revirements politiques constants. Celui qui, pas plus tard que l’été dernier, relayait encore la propagande du Hezbollah, critique aujourd’hui ouvertement l’Iran et son allié chiite local, signe d’un basculement significatif dans le paysage politique libanais.
Le Dôme de fer a tenu
En Israël, ces succès étaient inespérés. Pour comprendre l’état d’esprit qui prévalait avant cette guerre, il est essentiel de se pencher sur le « scénario de référence » envisagé par les responsables israéliens. Publiée début février 2024, une étude menée par l’Institut de politique antiterroriste de l’Université Reichman examinait les défis critiques liés à la préparation de Tsahal et de l’arrière à une guerre multi-fronts. Ce travail, conduit sur trois ans par six groupes de réflexion réunissant près de 100 experts en terrorisme, anciens responsables de la sécurité, universitaires et décideurs, avait donné lieu à des conclusions glaçantes.
Selon ce scénario, le conflit devait commencer par des tirs massifs de roquettes du Hezbollah, visant presque l’intégralité du territoire israélien. Ces tirs, estimés à 2 500 à 3 000 projectiles par jour, auraient compris des roquettes non guidées et des missiles précis à longue portée. Les bombardements auraient continué quotidiennement jusqu’à la fin du conflit, prévue environ trois semaines après son déclenchement. Dès les premières phases, des groupes terroristes de toute la région auraient rejoint les hostilités. L’une des principales stratégies du Hezbollah aurait été de saturer les systèmes de défense aérienne israéliens, tels que le Dôme de fer, pour affaiblir la réponse israélienne.
Les réserves de munitions pour le Dôme de fer et la Fronde de David se seraient épuisées en quelques jours, laissant Israël sans défense active contre des milliers de roquettes et de missiles lancés jour et nuit. Parallèlement, le Hezbollah aurait cherché à neutraliser l’armée de l’air israélienne en ciblant ses pistes d’atterrissage et ses hangars, endommageant les avions F-16, F-35 et F-15, qui constituent les piliers de la supériorité aérienne israélienne.
Des missiles précis, équipés de charges explosives lourdes, auraient visé les infrastructures critiques : centrales électriques, installations de dessalement et réseaux de distribution d’eau. Les ports seraient paralysés, bloquant le commerce international.
Des essaims de drones suicides iraniens tenteraient d’atteindre des cibles stratégiques au cœur d’Israël, comme des usines d’armement, des dépôts militaires et des hôpitaux, déjà surchargés par un afflux massif de blessés. Ces attaques auraient provoqué des destructions considérables en Israël, entraînant des milliers de pertes humaines, tant sur le front qu’à l’arrière.
En parallèle, le Hezbollah aurait envoyé des centaines de combattants de sa force d’élite Radwan pour infiltrer le territoire israélien. Ces forces auraient essayé de prendre le contrôle de localités frontalières et de postes militaires, obligeant Tsahal à se battre sur son propre territoire, ce qui aurait retardé ses opérations en profondeur au Liban.
Après environ trois semaines de violence, les destructions sans précédent en Israël et au Liban, combinées aux pressions internationales, auraient mis fin au conflit dans un sentiment frustrant de « match nul », comme en 2006.
La réalité de cette guerre, bien que grave, s’est avérée moins catastrophique que ce scénario, ce qui souligne d’autant plus la portée des succès israéliens.
Néanmoins, des questions cruciales restent en suspens : le Hezbollah parviendra-t-il à contourner les restrictions qui lui seront imposées ? Comment le mécanisme d’application, complexe et lourd, pourra-t-il réellement fonctionner ?
La résolution 1701, adoptée par le Conseil de sécurité de l’ONU à la fin de la guerre du Liban en 2006, était déjà considérée comme une bonne décision du point de vue israélien. Toutefois, elle n’a jamais été appliquée par les acteurs censés la faire respecter, à commencer par la FINUL. Après quelques tentatives initiales pour remplir leur mission, les forces de la FINUL ont reçu un message clair du Hezbollah. En 2007, six soldats de la FINUL ont été tués dans un attentat à la voiture piégée dans le sud du Liban. Puis, en janvier 2008, un affrontement indirect a éclaté entre la FINUL et des militants du Hezbollah dans une zone contrôlée par l’organisation chiite, près de la frontière israélienne. Cet incident aurait été déclenché par une patrouille de la FINUL tentant d’accéder à une zone suspectée d’abriter des infrastructures militaires non déclarées. Le Hezbollah aurait bloqué l’accès, invoquant la sécurité des habitants locaux. Des rapports décrivent une confrontation tendue, sans affrontements armés directs, mais marquée par des menaces implicites. Les Casques bleus ont rapidement compris : leurs supérieurs onusiens et les gouvernements qui les soutenaient préféraient éviter tout conflit. Ils ont donc adopté une posture passive, feignant que tout allait bien.
Face à cette réalité, les gouvernements israéliens successifs – en particulier ceux dirigés depuis 2009 par Benjamin Netanyahou – ont eux aussi adopté une approche prudente et évité de « faire des vagues », observant sans intervenir l’installation progressive du Hezbollah dans le sud du Liban. Même après le 8 octobre 2023, lorsque la milice chiite a commencé à lancer des roquettes et à provoquer des incidents frontaliers, Israël s’est abstenu de répondre fermement et n’a pas non plus imposé l’application de la célèbre résolution 1701.
Le troisième acteur censé faire respecter le cessez-le-feu et la résolution 1701 était l’armée libanaise. Cependant, même lorsque les forces du Hezbollah ont installé des tours d’observation à quelques mètres de ses positions, elle n’a rien fait. En réalité, le Hezbollah a exercé une pression intimidante sur tous les acteurs locaux. Même lorsque les renseignements israéliens ont transmis des informations détaillées sur l’établissement d’infrastructures militaires du Hezbollah sous couvert d’activités civiles, aucune action concrète n’a été entreprise.
Aujourd’hui, un mécanisme international dirigé par un général américain pourrait-il traiter plus efficacement les violations de l’accord ? Il est difficile de l’imaginer, sachant que ce mécanisme devra d’abord s’appuyer sur le gouvernement libanais, son armée, et la FINUL pour réagir aux plaintes et aux informations fournies par Israël. Israël conserve le droit de répondre immédiatement si le Hezbollah viole sa souveraineté, que ce soit par des tirs de roquettes, des obus ou des infiltrations. Cependant, ce droit découle déjà du principe de légitime défense. Ce qui manque – et ce qu’il est difficile d’envisager à ce stade – c’est la volonté politique de réagir avec force et de ne plus tolérer de telles violations.
Ainsi, les véritables défis émergeront lorsque le Hezbollah recommencera à reconstruire ses infrastructures civiles-militaires dans les villages chiites proches de la frontière ou dans les zones boisées environnantes. Dans ces conditions complexes sur le terrain, face à une population civile potentiellement hostile, peut-on réellement croire que la FINUL et l’armée libanaise parviendront à empêcher un retour progressif au statu quo ante du 7-Octobre ?
Bien que cet accord – s’il est effectivement signé, ce qui reste incertain – reflète une victoire militaire israélienne, sa valeur politique demeure pour l’instant incertaine. Seules des actions militaires directes – avec ou sans l’approbation de la commission internationale – pourraient transformer cet accord en un outil politique efficace dans la guerre qu’Israël et une partie des Libanais mènent contre le Hezbollah. Enfin, cet accord présente également l’avantage de mettre fin au conflit actuel et d’isoler le Hamas à Gaza. Selon certains observateurs en Israël, il pourrait servir de modèle pour un accord similaire à Gaza, incluant cette fois la libération des otages et l’établissement d’un mécanisme international ou arabo-international pour remplacer le Hamas.
Alimentation. Il est de plus en plus difficile d’y comprendre quelque chose aux étiquettes quand on va faire ses courses. La Cour des comptes européenne s’est penchée sur la jungle des étiquettes alimentaires. Les consommateurs sont perdus et induits en erreur, déplore l’institution basée au Luxembourg.
Faire ses courses est devenu une science. Un consommateur avisé n’achète pas ce qu’il aime (qui est généralement mauvais pour la santé) mais ce qui est bon pour ses enfants, pour le climat et pour la planète. Les produits alimentaires se vendent désormais avec un manuel d’utilisation (ce qui n’est pas bien rigolo quand on aime lire les paquets de ce qu’on mange au petit-déjeuner). Des labels, des normes, des sigles, des logos et des garanties (produit sans ceci ou sans cela) sont supposés orienter le consommateur…
Un vaste audit
Pour la Cour des comptes européenne, ils ont plutôt tendance à l’égarer. Son audit a été réalisé sur la période 2011-2023[1]. Ils ont dû en voir des étiquettes… Verdict : il n’y a jamais eu autant d’infos sur nos paquets de nourriture. Des centaines de labels, des empilements de normes nationales et européennes, plus d’innombrables allégations sur les vertus nutritionnelles ou sanitaires de tel ou tel composant. Le bidule est bon pour votre mémoire. Le machin excellent pour votre vigueur physique etc. À l’arrivée, le consommateur est perdu, parfois trompé. Par exemple, étonnament, aucune règle ne conditionne l’usage du mot « naturel », propre à déclencher l’impulsion d’achat (qui achèterait une boisson se présentant comme chimique ?).
Pourquoi y en a-t-il autant ? Dans les coulisses, on imagine des bagarres de lobbies agro-industriels autour de toutes ces normes. Ainsi, il y a une guerre du Nutriscore, adopté par trois pays de l’UE dont la France mais auquel l’Italie est très hostile notamment en raison de ses fromages qui seraient mal notés.
La société de défiance n’est pas un progrès
Mais, il y a une véritable raison qui explique cette guerre souterraine des labels et des lobbys: nous sommes des consommateurs soupçonneux et procéduriers. Nous voulons tout savoir sur ce que contient notre assiette: a-t-on parlé gentiment au poulet, quel est son bilan carbone, n’y a-t-il pas eu deux grammes de trop de pesticide sur les aliments qu’il a mangé ? C’est pareil pour nos voitures et nos téléphones (encore qu’on soit moins regardant sur le bilan carbone réel de ces derniers). Toutes ces étiquettes ne nous empêchent pas d’acheter des cochonneries industrielles et de consommer ce qu’on appelle la junk food, mais au moins on sait que c’est mauvais pour nous. Accessoirement (enfin pas tant que ça), cette inflation normative contribue à l’obésité de la Fonction publique. Il faut des gens pour édicter les normes, les appliquer, vérifier leur application, contrôler la vérification, etc. Des armées de fonctionnaires sont ainsi mobilisées pour veiller à la qualité de tout ce qui se fabrique.
C’est ce qu’on appelle la société de défiance. Moi, consommateur, j’ai des droits sacrés. J’exige de tout savoir. Et je me méfie de tous – producteurs, État, supermarché… Certes, on a besoin d’une information minimale et honnête. Mais aujourd’hui, les processus de productions sont standardisés, les normes d’hygiène et de sécurité doivent heureusement être respectés partout. Il me semble qu’on devrait moins s’inquiéter de ce qu’on met dans l’assiette de nos enfants que de ce qu’on leur fourre dans la tête.
Doc : Cour des comptes européenne.
Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud radio
Le sentiment national, ça sent toujours très mauvais sauf si ce n’est pas français
Céline Pina a – comme toujours au demeurant – magistralement exposé ici même hier ce qu’il convient de penser du festival de lâcheté intellectuelle mis en scène sur France 5 par le service public de télévision autour du sort ignoble, épouvantable, fait à l’écrivain Boualemb Sansal, emprisonné en Algérie pour ne pas partager d’enthousiasme les beautés du régime de corruption, de falsification de l’histoire et d’hystérie anti-française qui sévit dans ce pays depuis des lustres.
Sur le plateau, l’historien de cour – macronienne, la cour – Benjamin Stora, suffisant et goguenard, s’en donne à cœur joie, accablant le prisonnier avec une gourmandise déplacée. « On ne tire pas sur une ambulance », disait fort pertinemment en son temps Françoise Giroud. Dans le nôtre de temps, on peut. C’est même bien vu. En tout cas, personne n’y trouve grand-chose à redire, surtout pas l’atone et servile passeur de plats censé veiller à l’équilibre et à la bonne tenue du débat.
Au détour d’une de ses interventions, d’un de ses doucereux réquisitoires, voilà bien que l’historien charge l’emprisonné d’un crime assez inattendu. Du moins dans sa formulation. Par ses écrits, ses œuvres, ses déclarations, Boualem Sansal aurait blessé « le sentiment national algérien ». Je n’en croyais pas mes oreilles. J’avoue être resté sans voix un bon moment.
Certes, j’espérais fort qu’un jour ou l’autre, proche ou lointain, la notion de « sentiment national » serait réhabilitée, mais je n’attendais pas cela si tôt et surtout pas de ces bouches-là.
Il reste à souhaiter que l’argument assez surprenant de cet émérite historien fasse jurisprudence. Évoquer le sentiment national redeviendrait licite, admis, voire honorable. Ainsi, pour ne prendre qu’un exemple parmi cent autres, nous serions fondés désormais à porter contre M. Macron l’accusation de blesser notre sentiment national lorsqu’il ose affirmer que la colonisation de l’Algérie par la France relève du crime contre l’humanité… Mais voilà que je prends mes rêves pour des réalités. Oublions cela bien vite. Dans l’esprit de M. Stora et de ses compagnons de déroute, il est clair que ce sentiment n’est noble et n’est acceptable que chez les dirigeants de peuples nous ayant en détestation. Chez nous, il ne saurait être qu’ignoblement empuanti de fascisme. On ne connaît que trop bien cette chanson-là, hélas…
En avoir ? Ou pas. Faut-il quitter X-Twitter ? Quoi que vous choisissiez, « la flamme de la Résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas. »
Fight ! Fight ! Fight ! L’heure est grave. En France, après l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, la parole libre refuse de se voir muselée ; on est entré en résistance. Après Ouest-France, le journal Sud-Ouest suspend maintenant sa présence sur le réseau social X, emboitant le pas au quotidien espagnol La Vanguardia et au britannique The Guardian.
Nicolas Sterckx, le directeur du général du groupe Sud-Ouest a annoncé courageusement dans un communiqué que les contenus du quotidien ne seront plus partagés « tant que des garanties sérieuses de lutte contre la désinformation et en faveur de l’équilibre des débats n’auront pas été apportées. » « X a tourné le dos aux médias et n’offre pas les conditions nécessaires à l’exercice serein du journalisme. » C’est entériné.
Les wokes quittent le navire
Dès le rachat de Twitter par Elon Musk, l’alerte avait été lancée ; outre-Atlantique, le dévoiement du réseau social était pointé du doigt. On se le rappelle, plusieurs personnalités du monde libre parmi lesquelles Gigi Hadid, Whoopi Goldberg, Jim Carrey ou Shonda Rhimes n’avaient pas hésité à déserter la plateforme acquise aux suprémacistes blancs, aux climatosceptiques, aux oppresseurs des minorités et autres engeances ennemies de la démocratie. Quelques courageux s’étaient d’emblée désolidarisés d’un réseau qui incitait à la haine et sur lequel on n’hésitait pas à dire que l’homme n’était pas une femme, où l’on invitait même à manger des enfants au petit déjeuner. On avait su, grâce à une étude du Center for Countering Digital Hate qu’un mois après le rachat de Twitter par l’homme de Tesla, les messages d’insultes anti-Noirs Américains avaient bondi de 202%. Le Washington Post avait, lui, résumé un rapport de L’institute for Strategic Dialogue indiquant que le contenu pro-Hitler « atteignait les plus grandes audiences sur X (par rapport aux autres plateformes sociales) et était le plus susceptible d’être recommandé par l’algorithme du site. » On ne s’était pas soulevé en France. On regardait encore ailleurs.
Bien sûr, on savait qu’Elon Musk n’avait racheté Twitter et investi 44 milliards dedans que dans le but de faire la propagande des idées délétères d’un vieux mâle blanc patriarcal désireux de reprendre la Maison-Blanche, mais, on avait détourné la tête. Peut-être, et c’est là un grand tort, avons-nous espéré naïvement le triomphe du Bien ? Toujours est-il qu’autruches que nous sommes, nous n’avons pas voulu voir Satan aux portes de la Maison-Blanche.
Quand Musk a d’emblée viré les employés de Twitter pour y placer ses sbires, on a protesté, un peu, mais mollement. Et puis… la modération des contenus a disparu permettant à l’algorithme de mettre en avant insultes, propos réactionnaires, invectives, menaces et autres incitations à la haine. Les fake news se sont propagées à la vitesse de la lumière. C’en était fait. Le Mâle avait gagné l’Amérique. Maintenant qu’Elon Musk et l’homme aux cheveux jaunes ont racheté les États-Unis, on se réveille, toustes. On marque notre désapprobation et on rallume la lumière.
Pour ceux qui estimeraient que c’est un peu tard, il faut nous pardonner, on n’a pas vraiment vu le truc venir. On est des amateurs, en France. On a juste Vincent Bolloré qui rachète quelques chaînes de télé, un journal et une radio, c’est pas bien méchant. Toujours est-il qu’entre « twittos » (ceux qui restent sur X, anciennement Twitter) et ceux qui abandonnent le réseau, nous les appellerons les « cassos », il y a maintenant débat : « Quitter ou pas X ? » La question se pose. Avant de prendre une décision, on réfléchit. On n’est pas obligé de quitter le navire. Le tout, c’est de combattre le mal.
Les résistants de l’intérieur
Si certains ont déserté X, d’autres, parmi les politiques ou les membres de l’intelligentsia, ont fait le choix difficile d’y rester. C’est donc de l’intérieur qu’ils lutteront. Ainsi Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, et défenderesse incontestée de la liberté d’expression, a appelé les internautes à migrer vers Mastodon ou Bluesky, d’autres réseaux où l’air est encore pur et le débat possible. Elle, toutefois, demeurera sur X pour rester visible, elle l’a précisé sur… X : « Ce réseau social (X/ Twitter) est une souffrance, en tant que politique, en tant que femme, parce que c’est très violent, tout le temps. Il faut le réguler ou le fermer, mais je n’ai pas l’intention de le laisser aux haineux sinon ilsgagnent. » Charline Vanhoenacker, journaliste et humoriste de Radio France a fait un choix identique : « À titre personnel, pour l’instant, j’ai décidé de rester. Aujourd’hui, quand je poste mes chroniques sur X, j’ai l’impression d’injecter une gouttelette de service public dans la vie d’un milliardaire. Un peu comme quand Bernard Arnault contacte la Sécu pour leremboursement de ses frais médicaux. »
En avoir, ou pas ? Partir ? Rester sur X, réseau instrumentalisé à des fins politiques ? La réponse ne va pas de soi et on en débat, abondamment. Mercredi 27 novembre encore, sur France Inter, chez Léa Salamé et Nicolas Demorand, des intellectuels (Frédéric Filloux, responsable numérique aux Échos et Gérald Bronner, professeur de sociologie à Sorbonne Université) nous ont éclairés pour nous aider à trancher. Nous ne sommes pas seuls.
« Certes, nous avons été et nous sommes submergés par la force mécanique, terrestre et aérienne de l’ennemi… Quoi qu’il arrive, la Flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas. »
A la veille de la fin du procès des assistants parlementaires européens du FN, les avocats ont dénoncé un harcèlement judiciaire disproportionné du Parlement européen à l’égard du parti de droite nationale, et un « procès politique, qui [serait] même un procès en sorcellerie »… Me Bosselut devait finalement plaider pour Mme Le Pen, ce mercredi.
Lundi, le public et les journalistes ont déserté les bancs de la salle Victor-Hugo du Tribunal correctionnel de Paris. Même Louise Neyton et Nicolas Barret, les deux procureurs acharnés, sont absents pour écouter les plaidoiries de la défense. Dont acte. Il n’y a plus d’huissier non plus. L’assistance s’autogère et l’ambiance se prête parfois à la détente quand Bénédicte de Perthuis, la magistrate qui préside le tribunal, propose des interruptions de séance. Me Wagner, toujours malicieux, l’œil vif, répond à la volée, non sans charme : « Mais nous sommes tous venus pour cela ! » Les rires parcourent alors la salle d’audience indistinctement liant le temps d’un instant toutes les parties dans un même élan fraternel. Il faut dire que ce procès entre dans sa neuvième et dernière semaine et que chacun commence à trouver le temps long.
Durant trois jours, les avocats de la défense vont se relayer à la barre pour contrer ces réquisitions, disproportionnées et infondées aux dires même de nombreuses personnalités politiques éloignées du Rassemblement national. Ainsi, la veille, François Bayrou – lui-même relaxé dans l’affaire des assistants parlementaires du MoDem – a rappelé dans l’émission C’est pas tous les jours dimanche présentée par Benjamin Duhamel qu’il n’y avait «aucun détournement de fonds publics» dans l’affaire des assistants parlementaires du RN. Et c’est ce que vont de nouveau démontrer, avec talent et justesse, les avocats de la défense.
«Une prévention irrégulièrement étendue »
Me Maxime Delagarde, le conseil de Timothée Houssin qui encourt 10 000 € d’amende, 10 mois de prison avec sursis, 1 an d’inéligibilité avec exécution provisoire pour son contrat d’assistant parlementaire signé avec l’eurodéputé Nicolas Bay du 01/07/2014 au 31/03/2015, rappelle que l’exploitation des « métadonnées démontre qu’il a travaillé même depuis son ordinateur personnel pour Nicolas Bay ». Il y a plus d’un millier d’occurrences en rapport avec le Parlement européen qui apparaissent dans des dizaines de fichiers différents. Ainsi, « Bruxellesapparaît 37 fois dans 15 fichiers différents ; Europarl, 40 fois dans 16 fichiers différents ; Parlement apparaît 291 fois dans 49 fichiers différents, la commission dont fait partie Nicolas Bay apparaît 411 fois dans 9 fichiers différents », etc. À cela s’ajoutent près d’une centaine de communications et SMS qui ont activé les cellules de bornage téléphonique se trouvant à Strasbourg.
Me Delagarde souligne l’irrégularité même de la saisine « aux contours particulièrement mouvants ». En effet, les annexes de l’ordonnance de renvoi (ORTC) présentent de multiples erreurs dont celle sur le montant du salaire de l’assistant qui était alors rémunéré 2300 € net par mois et non 2950 € comme il est écrit dans l’ORTC. L’avocat conteste par ailleurs « la période de prévention irrégulièrement étendue alors que Timothée Houssin n’était pas salarié de Nicolas Bay ». Fort de tous ces arguments, Me Delagarde demande la relaxe de Timothée Houssin, qui, en tant que salarié, ne pouvait avoir connaissance de la réglementation européenne, et ne peut au regard du droit être tenu responsable d’une éventuelle erreur de son employeur.
«Vous n’avez rien. Et rien multiplié par rien, ça fait rien »
Me Tristan Simon, l’avocat de Julien Odoul, enchaîne sur «le cas le plus christique, i. e. symptomatique, selon le Parquet» qui a requis à l’encontre du député de l’Yonne, dix mois de prison avec sursis, 20 000 € d’amende et un an d’inéligibilité avec exécution provisoire. Me Simon conteste la lecture partiale du Parquet qui dit que le dossier ne comporte «pas un document, pas une page, pas un post-it, pas le début du commencement d’une preuve » du travail d’assistant de Julien Odoul. On constate que le Parquet est obsédé par les post-it, que chacun devrait donc conserver, quand la nature même d’un post-it est d’être éphémère ! De son côté, la défense liste les preuves de travail de l’assistant Julien Odoul : la rédaction du journal parlementaire de l’eurodéputé, de communiqués de presse, de notes d’actualité comme par exemple sur l’attentat à Charlie Hebdo, la gestion des réseaux sociaux et du site internet de l’eurodéputé, ou encore des recherches en lien avec la commission “Marché intérieur” dont était membre Mylène Troszczynski. Des SMS échangés entre les deux prévenus appuient également leur travail en commun. Julien Odoul écrit à son eurodéputé : «Pourrais-tu me redonner tes codes Twitter?» ou encore «Peux-tu m’ajouter comme administrateur de ta page Facebook?». Mylène Troszczynski lui envoie entre autres messages : «Peux-tu me prendre une clé USB?» ou encore «je suis en plénière, on se voit à 16H30.»
À l’accusation d’un travail de Julien Odoul pour le parti comme “conseiller spécial” à cette même époque, le Parquet n’a rien démontré, selon Me Simon. «Vous n’avez rien. Et rien multiplié par rien, ça fait rien.» Au siège du parti, Julien Odoul travaillait «dans un bureau où il y avait écrit assistant parlementaire avec un logo du Parlement européen» sur sa porte, rappelle l’avocat. Il y a aussi des badges d’accès à son nom, comme au salon Euromaritime, qui témoignent bien de son activité d’assistant parlementaire européen. C’est la raison pour laquelle, souligne l’avocat, «le Parquet a dit que c’était de l’abus de langage de parler d’emploi fictif mais que c’est l’imputation (du travail) qui pose problème.» Mais il s’avère que le Parquet a toujours tendance à mettre l’accent sur le travail partisan, à partir de seulement un ou deux échanges montés en épingle, même quand il est fait à titre bénévole, et jamais sur le travail parlementaire effectué…
«Quand on est à la tête d’un parti sulfureux, il y a une marge énorme entre l’officiel et l’officieux»
Me Solange Doumic, l’avocate de l’imposant Thierry Légier venu s’asseoir sur un strapontin au plus près du tribunal, déroule une chronologie des faits implacable. De la première embauche de Thierry Légier en tant qu’officier de sécurité sous statut de fonctionnaire du Parlement européen en 1992 au dernier contrat de régularisation, contrat qui est un faux contrat réalisé par le Parlement européen lui-même pour régulariser des erreurs de dotation, chaque époque témoigne du fait qu’au contraire des dires du Parquet, le Parlement européen savait pertinemment les doubles fonctions de Thierry Légier incluant celle d’officier de sécurité, auprès de Jean-Marie Le Pen, puis de Marine Le Pen.
Ancien parachutiste d’un corps d’élite, militaire décoré, Thierry Légier a toujours été l’homme de l’ombre. Plus qu’un simple garde du corps, c’est par lui qu’on passe quand on veut échanger en toute discrétion avec les membres du FN. En effet, «quand on est à la tête d’un parti sulfureux, il y a une marge énorme entre l’officiel et l’officieux», alors les rencontres avec Bernard Tapie, des ambassadeurs, des directeurs de services, des membres d’autres partis, ou même du gouvernement, se font en toute discrétion, et via Thierry Légier, véritable et discrète «courroi de transmission ». Outre que son salaire de 4000 € par mois illustre le fait qu’il était plus qu’un simple garde du corps, de nombreux témoignages attestent de son activité d’assistant au sein même du Parlement européen. De fait, Thierry Légier a toujours exercé ses fonctions d’agent de sécurité en toute transparence. Comment aurait-il pu en être autrement alors qu’il déposait son arme à l’entrée du Parlement ? Sous la férule de la peine demandée par le Parquet de 18 mois de prison avec sursis, l’agent de protection rapprochée armé perdrait immédiatement le droit de travailler. En effet, pour exercer cette fonction, le casier judiciaire doit être vierge. Cette inscription serait donc «sa mort professionnelle immédiate». Quant à la peine de deux ans d’inéligibilité avec exécution provisoire, elle vient encore une fois rappeler la foire de gros pratiquée par des réquisitions non individualisées, sachant que Thierry Légier n’a aucune ambition politique. Comme le résume clairement Me Solange Doumic, dans ce dossier, «on est sorti du raisonnable.»
«Si on charge Van Houtte, on les charge tous »
Me Laguay pointe lui aussi les conséquences irréparables de ces réquisitions. « Pour M. Van Houtte, c’est sa vie. Vous avez sa vie entre vos mains » argue l’avocat belge de Charles Van Houtte. En effet, l’ancien assistant parlementaire belge est le seul qui risque de faire réellement un an de prison au vu de l’application des peines en Belgique, et cela «en raison d’une décision d’un tribunal français alors qu’il était assistant parlementaire accrédité belge au Parlement européen situé en Belgique». Celui que le Parquet a qualifié d’«interface» ou «Monsieur vases communicants» en raison «d’une quinzaine de mails analysés, disséqués» sur des milliers d’autres, travaillait pourtant en parfaite collaboration avec les fonctionnaires du Parlement européen, comme en témoignent de multiples courriels échangés. Le chef de service chargé de la délégation française au Parlement européen, M. Antoine-Poirel, évoque ainsi les réunions communes et remercie à plusieurs reprises Charles Van Houtte, ainsi que le tiers-payant, pour leur collaboration efficace dans l’enregistrement des contrats des assistants parlementaires et la gestion des dotations afférentes. Au reste, Me Laguay a démontré lui aussi le manque de rigueur de la prévention, élargie au doigt mouillé à des périodes où Charles Van Houtte n’avait pas la gestion administrative desdits contrats. «Mon sentiment, c’est qu’il faut charger Van Houtte, car si on charge Van Houtte, on les charge tous.»
Un «procès politique, qui est même un procès en sorcellerie»
Me Dassa-Deist, avocat du RN et de son trésorier Wallerand de Saint-Just, dénonce à ce titre la partialité du réquisitoire : «J’ai assisté à un manifeste politique». En effet, quoique produise la défense, «c’est suspect.» Un document présenté comme rédigé par un assistant mais SANS sa signature, «c’est suspect». Un autre document rédigé par un assistant AVEC sa signature, «c’est suspect». Un témoignage présenté en faveur du travail d’un assistant, «c’est suspect». Un courriel échangé entre un assistant et son député, «c’est suspect». Un constat d’huissier constatant la communauté de travail entre un député et son assistant, «c’est suspect». Un badge au nom d’un assistant à un salon européen, «c’est suspect». Quoique présente la défense comme preuves de travail, «c’est suspect» ! Tout est suspect peut-être tout simplement parce que pour l’accusation, être nationaliste et s’opposer à la dérive fédérale de l’Union européenne, «c’est suspect ».
Ainsi «ce procès politique, [serait] même un procès en sorcellerie». Tous au goulag ? De fait, même les opposants à Marine Le Pen sont bien obligés d’en convenir. Le dernier en date, Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre socialiste, en témoigne lui-même dans Le Figaro daté du 25 novembre : « Marine Le Pen subit un harcèlement judiciaire disproportionné ».
Malgré cet acharnement, force est de constater, que plus les européistes veulent bâillonner les élus nationalistes, plus les électeurs leur accordent leur confiance. En démocratie, l’électeur reste in fine le juge suprême.
Censure du gouvernement. Alors que le petit microcosme politico-médiatique s’inquiète des conséquences d’un possible départ de Matignon de Michel Barnier, c’est tout comme s’il feignait d’ignorer la menace russe, autrement plus terrifiante, regrette notre chroniqueur.
Michel Barnier promet « la tempête » s’il devait « tomber ». C’est le message qu’il a fait passer, mardi soir sur TF1, pour mettre en garde contre une motion de censure qui le pousserait à démissionner.
Anomalies
Mais cette perspective est anecdotique à côté de la guerre mondiale contre la Russie et ses alliés qu’attise, dans son coin, Emmanuel Macron. Une politique démente se met en place par le président esseulé, apparemment fasciné par le chaos qu’il a créé depuis le 10 juin et sa dissolution irréfléchie de l’Assemblée nationale. Cette diabolique course à l’abîme, censée replacer le chef de l’État au centre de tout, s’auto-alimente à l’Élysée dans l’indifférence du « microcosme parisien », justement mis en cause par le Premier ministre. Mais lui-même fait partie de cette oligarchie, en dépit de son adresse, hier, au bon sens des Français.
Sa désignation parmi un parti minoritaire (47 députés) a été le résultat d’une anomalie démocratique. Son silence sur l’escalade belliqueuse de Macron confirme son peu d’entrain à « tourner la page » en apportant les « ruptures » qu’il avait promises le 5 septembre. Une excessive prudence a amené Barnier, assurément honnête homme, à assumer une continuité avec le vieux monde politique coupé des gens ordinaires. Son sort est, plus que jamais, entre les mains du RN. Ce parti semble prêt à se joindre notamment à LFI, en dépit de ses outrances pro-djihadistes et antisémites, pour sanctionner le gouvernement sur son budget. Toutefois la question est moins la survie politique de Barnier que celle de Macron. Il est urgent d’empêcher un forcené de continuer à jouer avec des allumettes sur un baril de poudre.
Jean-Noël Barrot mobilisé
Sans aucun débat, ni parlementaire ni médiatique, le président de la République, plus Ubu Roi que jamais, a décidé de mettre les pas de la France dans ceux des néoconservateurs anglo-saxons contre la tyrannie de Vladimir Poutine. Alors que Donald Trump vient de se faire élire sur une promesse de paix entre les deux frères ennemis, Joe Biden et son allié britannique font visiblement tout pour attiser l’irrémédiable avant le 20 janvier, date d’entrée en fonction de Trump. Poutine n’est pas le dernier à jeter de l’huile sur le feu, en menaçant d’une 3ème guerre mondiale nucléaire. Dès à présent, certains pays européens (Allemagne, Suède, Finlande, etc.) s’inquiètent de l’état de leurs abris antiatomiques et des protections civiles à apporter aux populations, en cas de montée en puissance du conflit. La France reste, elle, indifférente à ces inquiétudes. Samedi, sur la BBC, Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, a donné son feu vert à l’Ukraine pour l’usage de missiles français à longue portée afin de frapper le territoire russe. Il a également confirmé la possibilité d’une mobilisation de troupes françaises sur le sol ukrainien. L’ombre de la guerre ne cesse de grandir sur une France désarmée (la défense ne pourrait tenir que quelques jours), qui se laisse de surcroit envahir par l’islam conquérant et le narcotrafic, deux menaces qualifiées d’ « existentielles », ce mercredi matin sur Europe 1, par la magistrate Béatrice Brugère. Un va-t-en-guerre désœuvré et, semble-t-il, psychologiquement fragile est à l’Elysée. La tempête, que redoute Barnier, est déjà là. C’est pourquoi Macron doit partir.
MeToo a libéré la furie des lyncheurs en ligne et des délateurs à carte de presse. Mais la lourde condamnation de Nicolas Bedos en première instance prouve qu’un féminisme révolutionnaire, assoiffé de morts sociales et de bannissements, a désormais investi les palais de justice.
À la fin du réquisitoire, tous les journalistes sont sortis de la salle d’audience du tribunal de Paris. Il était 22 heures, ce 26 septembre, leur religion était faite, leur sentence, prête. L’avocate de Nicolas Bedos a donc plaidé dans une salle désertée par les médias. Il y a là plus qu’un symbole, une métonymie, un détail qui raconte l’ensemble du tableau. À l’âge MeToo, la parole d’un homme accusé ne vaut rien. Pire, le type qui se défend est un salaud. Ainsi quand Julien Bayou, ex-étoile montante des Verts persécuté par une meute d’ex, furieuses d’avoir été quittées, trompées ou négligées, porte plainte contre une de ses accusatrices, Sandrine Rousseau dénonce « un climat très fort d’intimidation ». Quand une femme porte plainte, elle libère sa parole, quand un homme porte plainte, il intimide. La parole des hommes, on l’a entendue des siècles durant. Alors maintenant fermez-là et demandez pardon.
Nicolas BedosJulien BayouJoey StarrGérard DepardieuSYSPEO/SIPA – Jacques Witt/SIPA – Daina Le Lardic/ /SIPA – Laurent Vu/SIPA
À charge et à décharge : c’est le principe cardinal d’une justice équitable. On se demande parfois si la défense intéresse vraiment les magistrats, prompts à balayer, dans l’affaire Bedos et d’autres, tout ce qui pourrait bénéficier au prévenu, singulièrement le doute. De toute façon, cette défense est par avance discréditée, méprisée, ignorée par les véritables juges, ceux qui peuvent condamner à la peine de mort sociale et le font à tour de bras, avec une jubilation suspecte. Avec ses imperfections et ses garanties, la vieille justice démocratique préfère (préférait ?) un coupable en liberté à un innocent embastillé. La justice révolutionnaire de MeToo fonctionne selon des principes strictement inverses : présomption de culpabilité, enquêtes à charge, instruction à ciel ouvert. Or, la justice médiatique contamine celle des prétoires. Les juges ne sont pas connus pour leur anticonformisme. Ils épousent volontiers la cause des femmes, pas seulement parce que la plupart des juges sont des femmes, mais aussi parce que cette cause avance drapée dans des considérations compassionnelles qui promettent des témoignages bouleversants, des salles d’audience où on entend voler les mouches, des récits douloureux, des procès pour série Netflix. Le matin du procès pour agressions sexuelles de Gérard Depardieu (finalement renvoyé), entre autres délicatesses, L’Est républicain publiait un édito titré « Le procès d’un monstrueux malade ». Quel tribunal oserait laisser en liberté un « monstrueux malade » ?
Une petite nébuleuse de journalistes (au féminin pour l’essentiel) qui constituent le commandement invisible et informel de la Révolution néo-féministe se fait un devoir de fouiner, de traquer les petits travers et les grands manquements dans les vies privées d’hommes trop puissants, trop talentueux, trop fanfarons, trop décontractés du gland. Le succès est une insolence, l’errance sexuelle, une insulte aux femmes et un outrage à la morale publique. Elles recourent à la délation, sanctifiée en libération de la parole, de sorte qu’une accusation en suscite dix autres – Moi aussi, je souffre ! Le plaisir évident que ces dames-patronnesses prennent à faire chuter des idoles et détruire des existences, leur absence totale de compassion pour le pécheur à terre, restent un mystère. On pense à ces apparatchiks capables d’envoyer leur voisin ou leur frère au goulag sans sourciller ou aux inquisiteurs convaincus de faire le bien des hérétiques qu’ils torturaient. La souffrance des femmes, réelle, inventée ou exagérée, semble absorber toute leur capacité d’empathie. Tout de même, la sollicitude dégoulinante dont ces meutes justicières accablent les plaignantes, les persuadant qu’elles ont subi un traumatisme irréparable et les condamnant au statut éternel de victime, contraste singulièrement avec leurs babines retroussées devant un homme à terre. Comment pouvez-vous plaindre ces puissants face à de pauvres créatures rescapées du patriarcat, traumatisées par une vie d’humiliation ? Ils ont bonne mine les puissants, à tourner en rond chez eux, désemparés ou terrorisés. D’après un ami qui a assisté à l’audience Bedos, le cinéaste et son entourage paraissaient accablés, pendant que les deux plaignantes et une troisième femme qui témoignait en leur faveur riaient et faisaient les belles, visiblement enchantées d’être le centre de tant d’attentions.
Le 22 octobre, tout ce petit monde, galvanisé par une meute de tricoteuses numériques, ne cache pas sa joie à l’annonce du jugement. Jamais un tribunal n’a eu la main aussi lourde pour des faits aussi dérisoires. Le comédien est condamné à un an de prison, dont six sous bracelet électronique ainsi qu’à une obligation de soin – il a reconnu boire plus que de raison. Preuve qu’on veut vraiment l’humilier, le jugement est exécutoire, ce qui n’arrive jamais pour les primo-délinquants. Quand tous les jours, des petits anges autrement plus dangereux sortent du tribunal libres et vierges de toute condamnation, il y avait urgence à embastiller l’auteur de La Belle Epoque. C’est que c’est grave. Il y a eu un soir de 2023 un baiser non consenti dans le cou à une serveuse et, un autre soir, au cours d’une bousculade dans la même boite de nuit, un attouchement de quelques secondes sur un entrejambe féminin (par-dessus un jean) dont il n’existe pas la moindre preuve. Des incidents qui auraient dû se solder par une paire de baffes et/ou des fleurs et des excuses. Un baiser volé dans une boite de nuit, ça peut être énervant, déplaisant, dégoûtant même. Mais humiliant, terrifiant au point de ne pas en dormir la nuit ? À l’époque, la serveuse avait commencé un mail à Bedos. Elle lui disait que, pour elle, ça allait mais qu’il devait se méfier de ses excès, avec d’autres ça pourrait faire des histoires. Elle voulait qu’il continue à faire du cinéma. Le brouillon de ce mail, qu’elle n’a jamais envoyé, a été lu à l’audience. Aujourd’hui, elle est traumatisée par ce baiser volé. Et tout le monde feint de la croire. On n’a pas fait le procès d’un agresseur sexuel, mais celui d’un « gros con », d’un mufle de compétition, ce qui n’est pas un délit pénal. Ou on finira aussi par créer un délit d’infidélité conjugale. Il boit trop, il parle trop, il touche trop, ça ne fait pas de lui un agresseur sexuel. « Nicolas peut être pathétique mais quand il a bu, si on le touche, il tombe », résume un de ses amis. On attend que le cinéma, l’art et les boites de nuit soient réservés à des premiers prix de vertu, sans fêlure et sans excès. La plupart des êtres humains, heureusement, cachent quelques cadavres dans leurs tiroirs intimes. C’est précisément avec quoi que la Révolution néo-féministe veut en finir. Elle veut nous délivrer du mal et du mâle. Puisque la chair est sale et, pire encore, inégalitaire, finissons-en avec ses tourments. Revenons au paradis perdu, quand les hommes et les femmes n’avaient pas encore découvert qu’ils aimaient faire des cochonneries. D’où la réaction un brin drama queen de certaines femmes, comme si en les touchant, même accidentellement, un homme souillait un temple inviolable.
Pour le chœur des vierges médiatiques, « Femmes, on vous croit ! » signifie « Hommes, vous mentez ! » Certains avocats de la glorieuse libération MeToo, comme Caroline Fourest, dénoncent aujourd’hui ses dérives, et sont pour cela accusés des pires péchés, comme celui d’être de droite (voir l’article de Yannis Ezziadi). Pour ma part, j’attends toujours qu’on me montre les rives riantes que l’on aurait accidentellement quittées. Tout incline plutôt à penser que MeToo est un bloc et que la mutation terroriste actuelle était programmée dès le premier tweet appelant à la délation. Bedos a d’ailleurs écrit en 2017 un texte prémonitoire à ce sujet, sans toutefois en tirer toutes les conséquences puisqu’il a continué à adorer publiquement la grande avancée de la parole libérée[1]. Il raconte dans ce texte qu’une journaliste de sa connaissance lui demande sur Facebook s’il n’aurait pas « en magasin quelques infos croustillantes concernant des agressions sexuelles commises dans le milieu du showbiz ». Il lui répond : « non, des types lourds, il y en a, oui, des producteurs un peu foireux obligés –croient-ils- de faire miroiter des rôles pour draguer les nanas, oui, à la pelle, sans doute, mais des agressions, des tentatives de viols, que je sache, non ». Elle insiste : « Même pas un dérapage? Vous avez plein de copines actrices, y en a bien une qu’un type connu aurait chauffée de façon insistante, un pelotage de nichons, une grosse main au cul, des gestes déplacés, en boîte… ». Il lui faut quelque chose : « Votre nom ne sera pas cité… Réfléchissez, je vous en supplie, un seul nom me suffira. ». Un seul nom suffira. Un nom n’a pas suffi. Les dieux de ce féminisme sinistre et revanchard ont soif. Il leur faut sans cesse du sang neuf. Les charrettes se succèdent, la liste noire s’allonge. Tout épisode de drague peut être remonté en agression sexuelle, tout coup d’un soir, relooké en viol. Toutes les chapelles et toutes les générations du spectacle sont touchées, même les morts. C’est maintenant aux sportifs d’y passer. Deux joueurs de rugby français accusés de viol en Argentine sont immédiatement lâchés par la Fédération et par L’Equipe. On ne connait pas le dossier, il n’y a aucune preuve mais ils sont forcément coupables. Quand il s’avère qu’ils ont été piégés, tout ce beau monde change de pied : tout de même, ce n’est pas bien de se saouler en boite quand on représente la France. Voilà nos gars promus ambassadeurs. Un puritanisme peut en cacher un autre : comme on ne peut sans doute pas inscrire l’interdiction de forniquer dans leur contrat (ce serait contraire à la dignité humaine, non ?), on va leur interdire de picoler. La troisième mi-temps, désormais, ce sera une tisane et au lit. Remarquez, ils ont de la chance, ils pourront rejouer au rugby.
Dans l’industrie du rêve, comme dans la politique, ça ne marche pas comme ça. Toute inconduite, réelle ou supposée, peut valoir perpète. Dans le cas Bayou, le comité d’épuration du Parti ayant fait chou-blanc, les Verts ont confié le dossier à un cabinet privé qui n’a pas trouvé de preuve de « violences psychologiques ». «L’enquête n’a manifestement pas été un cadre permettant de faire avancer suffisamment l’enquête», a bredouillé Rousseau. Mais rien n’est perdu, il y a encore des plaintes en justice, des militantes pas contentes. Elle trouvera autre chose mais elle ne lâchera pas avant de piétiner le cadavre. Pour Bayou, la politique, c’est fini. Tant mieux pour lui.
Dans le cinéma, le bannissement est immédiat et automatique. Avant d’embaucher un comédien, on mène des enquêtes sur son passé, pour être sûr que le souvenir d’une soirée de débauche ne viendra pas gâcher la promotion du film, alors une plainte même classée, on ne peut pas prendre le risque. Dans la liste de proscription, certains ont été condamnés, d’autres relaxés, et d’autres encore, comme Edouard Baer n’ont jamais été poursuivis. Il y a peut-être dans le lot, quelques vrais prédateurs, à l’image de ce prisonnier connu dans toute la Kolyma parce qu’il avait vraiment conspiré contre le Parti. Le féminisme révolutionnaire ne s’embarrasse pas de distinction. Qu’ils aient effleuré un sein ou agressé une stagiaire, le tarif est le même : tous leurs projets s’arrêtent du jour au lendemain, les messages gênés affluent sur leur écran. Leur nom devient radioactif. « Si on avait su, on aurait vraiment violé », ironise l’un deux. On parle de bannissement et de mort sociale. Ces mots peinent à dire ce que ressent un homme en pleine possession de ses moyens quand il n’a plus le droit de faire son métier, soit parce qu’il a commis une peccadille soit parce qu’il a été faussement accusé. Ce sont aussi une famille, des proches, des enfants qui se retrouvent piégés dans une prison invisible. Le plus dur, c’est de ne pas savoir si la peine finira un jour, si on sera un jour réintégré dans le monde des vivants. En d’autres temps, on pouvait fuir le scandale, partir refaire sa vie aux colonies ou ailleurs. Aujourd’hui, il n’y a plus d’ailleurs. Internet réalise un rêve policier : un fichage éternel et planétaire. Cette injustice féroce d’une mise au ban qui peut frapper n’importe qui devrait provoquer une vague de colère et de protestation. Elle prospère sur la lâcheté. Tout le monde savait que le communisme mentait mais il a tenu par la peur. C’est la même chose avec MeToo. La plupart des gens ordinaires savent que la vie n’a rien à voir avec les histoires de petites filles et de vampires qu’affectionnent les vestales militantes. Dans le public et dans le métier, la condamnation de Nicolas Bedos a fait l’effet d’une bombe. Sa compagne Pauline Desmonts et lui ont reçu des centaines de messages de soutien, d’anonymes, de de gens du métier, de politiques. Aucun ou presque n’a osé s’exprimer publiquement. Il est vrai qu’ils ne risquent pas seulement de ne plus être persona grata sur France Inter, mais d’être à leur tour la cible d’accusations, comme l’ont été les signataires de la tribune Depardieu, de froisser les plates-formes (Amazon, Netflix etc) qui financent leurs films ou de voir des comédiens les lâcher. Je suis de ton côté, mais tu comprends, c’est compliqué. Oui, j’ai peur de comprendre. C’est humain. Le totalitarisme aussi, c’est humain.
[1]« Un seul nom me suffira », quand la libération de la parole vire à la guerre des sexes, Huffington Post, 2 novembre 2017.
Le quotidien de gauche se fait l’écho des inquiétudes de clandestins sous OQTF, mais passe sous silence bien d’autres angoisses hexagonales.
Cela ne se sait sans doute pas assez, mais les journalistes de Libération sont des modèles vivants de compassion. Ils en ont récemment administré une preuve supplémentaire dans un papier-enquête intitulé « La vie sous OQTF », article signé Rachid Laïrech, publié le 10 novembre[1]. La vie évoquée est celle de Sylla, Malien sans papiers en France depuis dix ans « qui charbonne dans la restauration, loue une chambre à son oncle en Seine-et-Marne. » Et qui très certainement ne doit son classement OQTF qu’à la malveillance raciste des autorités. « Sylla a peur », écrit le journaliste. Cela sonne à nos oreilles un peu comme le glaçant « La France a peur » de Roger Gicquel ouvrant par ces mots le vingt-heures de TF1 le 18 février 1976 après l’assassinat du petit Philippe Bertrand. Sylla a peur, donc. « Il pose ses deux mains sur son visage. Un geste qui raconte un tas de sentiments ». (Les sentiments, en tas, rien de plus oppressant, faut-il reconnaître). Il est épuisé. Il doute aussi, le commis de cuisine. Lui revient en mémoire une scène qui « a bousillé son quotidien ». Qu’on en juge. Depuis les exactions de la Gestapo on n’avait jamais connu pareille cruauté, semblable arbitraire. « Un soir de printemps, à Paris, après une longue journée de turbin (Serait-il un brin sur-exploité notre travailleur malien ?) le sans-papiers fume une clope devant la gare du Nord. Trois policiers se tiennent devant lui. Contrôle d’identité. » Trois bousilleurs de quotidien d’OQTF ayant probablement aux lèvres l’écume de la haine la plus féroce. L’horreur, la barbarie d’État dans toute sa fureur. Comment se relever d’un tel traumatisme ? Comment surmonter cette agression sans nom : se faire contrôler son identité, à Paris en plein XXIème siècle ? Depuis, nous conte Libération, le longiligne trentenaire « a la trouille au ventre » chaque fois qu’il croise une patrouille de gestapistes – pardon de policiers français, je me suis laissé emporter. « La peur d’être rattrapé par une politique migratoire forcenée ». Forcenée, autrement dit démente, pathologique, obsessionnelle, névrotique. Lisant ces lignes, la gorge se serre, les larmes ne sont pas loin. D’autant plus qu’il s’agirait d’un « bon gars, toujours à l’heure, efficace et qui met une bonne ambiance dans la cuisine », plaide son employeur qui ne comprend décidément pas pourquoi « on fait chier des types comme lui. » C’est vrai, ça ! Pourquoi aller demander des papiers à ceux qui n’en ont pas ? On ne fait pas pire en matière de persécution.
Bouleversé par tant de sollicitude journalistique, je me suis mis à guetter les livraisons suivantes du quotidien. J’attendais une enquête digne de ce nom, une série d’articles sur la peur. Je me disais, demain peut-être, lirai-je un papier lui aussi débordant d’émotion sur la frayeur des étudiantes de l’université Dauphine s’en revenant de leurs cours, tout près du Bois de Boulogne ? Ces jeunes filles, condisciples de Philippine, violée, assassinée par un OQTF récidiviste. Peut-être évoquera-t-on dans un numéro prochain la peur qui étreint désormais le Juif de France se rendant à la synagogue ou vaquant à ses occupations. La peur des parents dont le gamin est de sortie pour une fête, un bal le samedi soir du côté de Crépol ou de Saint-Péray ou partout ailleurs en France. La frayeur de la secrétaire qui quitte son travail à la nuit tombée pour gagner à pied sa station de bus. La peur quotidienne, permanente des désargentés condamnés à affronter des cages d’escalier coupe-gorge pour, tout simplement, rentrer chez soi. La sourde appréhension encore du commerçant qui ne sait pas ce qui va lui tomber dessus quand il ouvre son tiroir-caisse. L’angoisse sourde, elle aussi permanente, des policiers, des gendarmes, de leur famille, de leurs proches, lorsqu’ils bouclent leur ceinturon pour aller assurer – ou tenter d’assurer – notre sécurité.
Ai-je besoin de préciser que je n’ai pas trouvé une ligne, un mot dans Libération sur ces peurs-là, pourtant si largement répandues aujourd’hui chez nous ?! Peurs blanches… Trop blanches, sans doute.
Tout n’est pas clair comme de l’eau de roche chez Leni Riefenstahl, c’est le moins qu’on puisse dire. Un documentaire en salles retrace le singulier parcours de la cinéaste d’Hitler, mais se complait un peu trop à rappeler ses redoutables ambiguïtés – alors que son œuvre artistique mériterait aussi qu’on s’y intéresse.
Qui s’attendrait à un documentaire racontant de façon linéaire la très longue vie de Leni Riefenstahl, ou se risquant à une analyse critique de son esthétique cinématographique sera déçu. Il s’agit ici, globalement, de dresser d’elle le portrait à charge qu’on pouvait attendre, en 2024, d’un documentariste allemand. Portrait délibérément concocté, beaucoup moins sur la base de sa filmographie, qu’ à partir d’une double source : d’une part le fond personnel de l’artiste disparue en 2003 à l’âge de 101 ans, masse de documents considérable, aujourd’hui détenue par la Fondation du patrimoine culturel prussien ; d’autre part la quantité d’archives sonores et audiovisuelles dans lesquelles, dès l’après-guerre et jusque dans son très grand âge, Madame Riefenstahl opiniâtrement se défend contre les journalistes qui l’assaillent toujours des mêmes questions, revenant inlassablement sur ses compromissions avec le régime national-socialiste et ses hiérarques.
Éclairage neuf
Il est vrai que Leni Riefenstahl donne des verges pour se faire battre : coquette, véhémente, furibonde, à ses détracteurs elle renvoie systématiquement le même discours : oui, Hitler l’a fascinée immédiatement, non elle n’a jamais rien su des camps de concentration, non elle n’a jamais été antisémite et encore moins nazie, d’ailleurs elle n’a jamais adhéré au parti, oui la beauté du corps humain, force virile ressaisie par la caméra furent son unique préoccupation, depuis La victoire de la foi, Triomphe de la Volonté et Les Dieux du stade, commandes personnelles de Hitler, jusqu’à ses photos et ses films immortalisant la peuplade « sauvage » des Noubas, déjà en sursis dans les années 60… Si bien qu’on finit par tomber sous le charme de cette vieillarde alerte, blonde pour l’éternité, le visage outrancièrement fardé, inquiète de ce que l’objectif ne jette trop de clarté sur une ride, et qui prend la pose avant de se livrer à la torture de cette ultime interview filmée. Un dernier maquillage ?
Il faut reconnaître à ce long métrage documentaire sous-titré, pour sa sortie en France, La lumière et les ombres, qu’il jette un éclairage neuf, non tant sur l’œuvre proprement dite de Leni Riefenstahl (celle-ci n’est nulle part envisagée ici sur le registre de son esthétique) que sur l’aura polémique dont cette figure incontournable du Septième art reste indéfiniment prisonnière. Certes, narcissique, égocentrique, aveugle à la tragédie et aux horreurs de son temps, cultivant la mauvaise foi avec une fausse candeur retorse, l’ex-danseuse, skieuse, gymnaste devenue cinéaste et égérie du IIIème Reich, puis photographe après-guerre, jette un doute légitime sur ses poses de pure créatrice apolitique, immolée à la cause sacrée de l’Art.
Mais Riefenstahl n’a tué personne. Ambitieuse, héroïque, courageusement indépendante de la gent masculine bien avant l’époque du féminisme revanchard, elle mérite sans doute mieux que l’opprobre de principe où la tient, en 2024, une certaine bien-pensance. Tout n’est pas clair comme de l’eau de roche chez cette femme, c’est le moins qu’on puisse dire. Mais quel exégète prendra le risque, enfin, de la peindre comme ce qu’elle fut avant tout, avec ses redoutables ambiguïtés : une artiste ? Dont on peut déceler les ombres, sans pour autant la priver de toute lumière. Le documentaire sur son œuvre reste à faire.
L'avocat Aymeric de Lamotte et sa cliente Fadila Maaroufi au tribunal, 7 novembre 2024. DR.
L’Observatoire européen des fondamentalismes dirigé par Fadila Maaroufi était poursuivi par la députée belge enturbannée Farida Tahar, à la suite de propos polémiques tenus sur Twitter. L’Observatoire avait notamment accusé la députée d’être une militante islamiste. Ses propos ont été jugés de bonne foi par le tribunal. La justice a en effet considéré que si tous les éléments factuels présentés par la défense ne suffisaient pas à établir que Mme Tahar était bien membre du mouvement islamiste des Frères musulmans, il existait une base factuelle suffisante autorisant à soutenir cette thèse, même de façon peu subtile.
Causeur. Éclairez le public français, s’il vous plaît : qui est Farida Tahar? Quel est son parcours, et en quoi cette figure politique est-elle controversée en Belgique?
Aymeric de Lamotte. Farida Tahar est une femme politique belge de premier plan. Elle a été députée bruxelloise et sénatrice de 2019 à 2024. Elle a même été cheffe du groupe parlementaire du parti politique Écolo au Parlement bruxellois. Elle a été réélue en juin 2024 malgré la débâcle électorale d’Écolo. Elle figurait à une place de confiance, la 7e place.
Farida Tahar est une personnalité qui pratique un islam politique et prosélyte. Elle est une zélatrice bien connue du port du voile dans l’espace et l’administration publics, ce qui contrevient au principe de neutralité. Elle a manifesté son soutien à l’ex-députée bruxelloise Mahinur Özdemir — la première député européenne à porter le voile islamique — quand celle-ci a été exclue du parti politique cdH (désormais appelé Les Engagés) en 2015 parce que celle-ci avait refusé de reconnaître le génocide arménien. Mahinur Özdemir a toujours été très proche de Recep Tayyip Erdoğan, le président actuel de la Turquie. Ce dernier a assisté au mariage d’Özdemir lorsqu’il était Premier ministre. Özdemir a été nommée ministre de la Famille et des Services sociaux du gouvernement turc le 3 juin 2023.
Mme Tahar a été vice-présidente de l’association Le Collectif Contre l’Islamophobie en Belgique (CCIB), le pendant belge du CCIF dissous parce que le ministre de l’Intérieur français de l’époque a considéré qu’il était « une officine islamiste œuvrant contre la République ».
Mme Tahar prend actuellement activement part au débat à propos du conflit israélo-palestinien et est pourtant restée totalement silencieuse au lendemain du pogrom du 7-Octobre 2023.
Mais de là à faire de la députée une islamiste, n’est-ce pas y aller un peu fort ?
De 1999 à 2003, Farida Tahar a suivi une formation religieuse au sein de l’association Académie Islamique de Bruxelles. Comme l’explique l’essayiste Mohamed Louizi dans une enquête parue en 2016, cet établissement « flirte sérieusement avec le salafisme et la mouvance des Frères musulmans ».
Par ailleurs, Farida Tahar est je l’ai dit une zélatrice bien connue du port du voile dans l’espace et l’administration publics. Le voile est un des signes patents et incontestables de l’islam politique et Farida Tahar en porte un. Dans un débat à la RTBF qui la confrontait à Richard Miller, elle disait que ce n’est qu’un signe esthétique comme le port d’une cravate. C’est évidemment une manière de dédramatiser, de normaliser l’accoutrement, mais intellectuellement, ça ne tient pas la route une seule seconde. Comparer le port du voile au port de la cravate est une ineptie culturelle et intellectuelle.
On a pu voir Mustapha Chairi, ancien président du CCIB, faire la « rabia », ce geste de ralliement des Frères musulmans, notamment avec le fréro-salafiste Rachid Haddach. Le lien incontestable entre Farida Tahar et Rachid Haddach est une autre raison très valable pour laquelle ma cliente se permettait de qualifier la députée de « sœur » ou de « militante frériste ».
Que réclamait Farida Tahar à votre cliente devant la justice ?
Seul l’Observatoire européen des fondamentalismes (OEUF) est visé par la plainte, dont Mme Maaroufi est la directrice.
Farida Tahar reproche — on ignore encore à ce jour si le jugement est frappé d’appel ou non — à l’association l’OEUF de relever ponctuellement sur les réseaux sociaux une proximité idéologique entre ses positions et l’islamisme et les Frères musulmans. Elle considère que ces analogies constituent des propos diffamatoires ou calomnieux.
Elle lui réclamait 5000 euros à titre de dommage moral, le retrait des publications visées dans la procédure du compte Twitter de L’Observatoire européen des fondamentalismes et la publication de la décision à intervenir sur ce même compte Twitter.
Quels sont les arguments avancés lors de votre plaidoirie, que le tribunal a estimés recevables ?
Le tribunal applique la loi en rappelant qu’un propos ne peut pas être diffamatoire s’il est émis de bonne foi. Un propos est de bonne foi s’il intervient dans le cadre d’un débat d’intérêt général et si celui qui l’émet dispose d’une base factuelle suffisante. La notoriété de la personne visée est aussi un argument crucial pour trancher si c’est la liberté d’expression qui doit être protégée (article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme) ou le droit à la réputation (article 8 CEDH).
En l’espèce, les opinions de l’OEUF ou de Fadila Maaroufi à titre personnel s’appuient sur suffisamment de faits probants et interviennent dans le contexte d’un débat d’intérêt général, l’islamisme. Les jugements de valeur (les opinions) contrairement aux jugements de fait ne doivent pas être factuellement exacts. La notoriété et son exposition médiatique de Farida Tahar l’obligent à tolérer plus largement les remarques publiques qui la concernent. En outre, le tribunal fait remarquer à juste titre que la réputation de Farida Tahar n’a pas été « sérieusement écornée ». Dès lors, sanctionner l’OEUF porterait une atteinte disproportionnée à sa liberté d’expression.
La juge confirme l’analyse faite dans un premier jugement, rendu par elle-même, début de l’année, le 17 janvier 2024, qui opposaient l’OEUF et Fadila Maaroufi à Ibrahim Ouassari.
Alors qu’un accord de cessez-le-feu entre Israël et le Liban semble imminent, le Hezbollah reste, malgré de lourdes pertes, la force dominante au Liban. Si les succès militaires israéliens sont indéniables, la mise en œuvre de cet accord et son impact géopolitique soulèvent des questions majeures, notamment sur la capacité à contenir durablement le Hezbollah.
Un accord de cessez-le-feu au Liban semble se profiler, mais il reste difficile de convertir les résultats purement militaires en gains politiques et géostratégiques. Malgré les coups très durs qu’il a subis – tant matériellement que moralement – dans les ruines de l’État libanais, le Hezbollah demeure la force militaire, économique et politique la plus puissante du pays, et surtout la seule à conserver la capacité d’imposer sa volonté par la violence à l’intérieur du pays.
Bien que le projet d’accord de cessez-le-feu entre Israël et le Liban n’ait pas encore été publié, plusieurs informations disponibles permettent d’en connaître les grandes lignes. Ce projet inclut un mandat élargi permettant à Israël de mener des frappes le long de la frontière et à l’intérieur du territoire libanais afin de neutraliser les menaces émanant du Hezbollah ou d’autres organisations. Selon cet accord, Israël serait autorisé à intervenir militairement dans tous les cas où des menaces, y compris en profondeur au Liban (par exemple dans la vallée de la Bekaa), seraient identifiées, telles que la production, le stockage ou le transport d’armes lourdes, de missiles balistiques ou de missiles à moyenne et longue portée. Toutefois, de telles interventions seraient conditionnées à l’échec du gouvernement libanais ou d’un organe de supervision placé sous l’égide des États-Unis à éliminer ces menaces.
Côté libanais, une zone spécifique de « légitime défense immédiate »
Par ailleurs, le texte autorise Israël à poursuivre ses vols militaires dans l’espace aérien libanais à des fins de renseignement et de surveillance. De plus, Israël ne libérera pas les membres du Hezbollah capturés dans le sud du Liban, d’autant qu’aucun civil ou militaire israélien n’est actuellement retenu par le Hezbollah.
Le document précise que l’armée libanaise sera la seule force armée, à l’exception de la FINUL, autorisée à opérer sur le territoire libanais. Ce point établit un lien, bien que modeste, avec la résolution 1559 du Conseil de sécurité des Nations unies adoptée en 2004, considérée comme plus contraignante que la résolution 1701 adoptée en 2006 après la deuxième guerre du Liban. L’armée libanaise sera également responsable d’empêcher l’entrée non autorisée d’armes et de munitions via les points de passage frontaliers, notamment à la frontière avec la Syrie, ainsi que de démanteler les infrastructures de production d’armement établies par diverses organisations sur le territoire libanais. De plus, l’accord délimite une zone spécifique au Liban, le long de la frontière, où les États-Unis reconnaissent à Israël le droit d’« agir en légitime défense immédiate. »
Ce texte, du point de vue israélien, est sans doute préférable à la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU) et reflète clairement que le rapport de force entre le Hezbollah et Israël s’est nettement amélioré en faveur de ce dernier. Sur le plan militaire, les résultats sont indiscutables. Le Hezbollah a perdu une grande partie de ses dirigeants militaires et politiques, plus de 3 000 de ses combattants ont été tués, et plusieurs milliers ont été blessés, dont beaucoup ne pourront plus retourner au combat. Des centres de commandement, des dépôts de matériel de guerre et une large partie de ses roquettes et missiles (entre un et deux tiers) ont été détruits.
Quant aux infrastructures, notamment les tunnels et autres constructions souterraines préparées et déployées le long de la frontière avec Israël pour permettre une attaque surprise comme celle du 7-Octobre, elles ont été largement démantelées. Plusieurs villages frontaliers, transformés depuis 2006 en structures mixtes civiles-militaires au service du Hezbollah, sont aujourd’hui réduits en cendres. Des vergers qui abritaient des bunkers camouflés ont également été systématiquement détruits. La majorité des habitants chiites du sud du Liban ont quitté leurs bourgs et villages, devenant des déplacés souvent sans véritable abri.
Et surtout, tous ces succès israéliens ont été obtenus avec des pertes relativement faibles au front – 70 morts au combat – et des dégâts légers à l’arrière du pays.
Enfin, l’élément le plus marquant est d’ordre psychologique. Après sa victoire de 2006, le Hezbollah et son chef Hassan Nasrallah estimaient avoir instauré un équilibre de dissuasion stratégique avec l’État d’Israël, se percevant en quelque sorte comme ses égaux sur le plan militaire. Victorieux, voire invincibles, ils imposaient leur domination au Liban, au service de la communauté chiite, mais surtout de l’Iran. Ce n’est désormais plus le cas. Infiltré par le renseignement israélien, le Hezbollah n’a pas seulement été militairement affaibli, mais aussi profondément humilié – notamment à travers l’opération des « bippers » et les assassinats ciblés de ses dirigeants, y compris Nasrallah lui-même. Aux yeux de nombreux Libanais, cela a mis en lumière une forme de défaite pour une organisation perçue comme exerçant une occupation de facto sur le pays.
Pour illustrer ce changement, on peut citer Walid Joumblatt, leader druze connu pour ses revirements politiques constants. Celui qui, pas plus tard que l’été dernier, relayait encore la propagande du Hezbollah, critique aujourd’hui ouvertement l’Iran et son allié chiite local, signe d’un basculement significatif dans le paysage politique libanais.
Le Dôme de fer a tenu
En Israël, ces succès étaient inespérés. Pour comprendre l’état d’esprit qui prévalait avant cette guerre, il est essentiel de se pencher sur le « scénario de référence » envisagé par les responsables israéliens. Publiée début février 2024, une étude menée par l’Institut de politique antiterroriste de l’Université Reichman examinait les défis critiques liés à la préparation de Tsahal et de l’arrière à une guerre multi-fronts. Ce travail, conduit sur trois ans par six groupes de réflexion réunissant près de 100 experts en terrorisme, anciens responsables de la sécurité, universitaires et décideurs, avait donné lieu à des conclusions glaçantes.
Selon ce scénario, le conflit devait commencer par des tirs massifs de roquettes du Hezbollah, visant presque l’intégralité du territoire israélien. Ces tirs, estimés à 2 500 à 3 000 projectiles par jour, auraient compris des roquettes non guidées et des missiles précis à longue portée. Les bombardements auraient continué quotidiennement jusqu’à la fin du conflit, prévue environ trois semaines après son déclenchement. Dès les premières phases, des groupes terroristes de toute la région auraient rejoint les hostilités. L’une des principales stratégies du Hezbollah aurait été de saturer les systèmes de défense aérienne israéliens, tels que le Dôme de fer, pour affaiblir la réponse israélienne.
Les réserves de munitions pour le Dôme de fer et la Fronde de David se seraient épuisées en quelques jours, laissant Israël sans défense active contre des milliers de roquettes et de missiles lancés jour et nuit. Parallèlement, le Hezbollah aurait cherché à neutraliser l’armée de l’air israélienne en ciblant ses pistes d’atterrissage et ses hangars, endommageant les avions F-16, F-35 et F-15, qui constituent les piliers de la supériorité aérienne israélienne.
Des missiles précis, équipés de charges explosives lourdes, auraient visé les infrastructures critiques : centrales électriques, installations de dessalement et réseaux de distribution d’eau. Les ports seraient paralysés, bloquant le commerce international.
Des essaims de drones suicides iraniens tenteraient d’atteindre des cibles stratégiques au cœur d’Israël, comme des usines d’armement, des dépôts militaires et des hôpitaux, déjà surchargés par un afflux massif de blessés. Ces attaques auraient provoqué des destructions considérables en Israël, entraînant des milliers de pertes humaines, tant sur le front qu’à l’arrière.
En parallèle, le Hezbollah aurait envoyé des centaines de combattants de sa force d’élite Radwan pour infiltrer le territoire israélien. Ces forces auraient essayé de prendre le contrôle de localités frontalières et de postes militaires, obligeant Tsahal à se battre sur son propre territoire, ce qui aurait retardé ses opérations en profondeur au Liban.
Après environ trois semaines de violence, les destructions sans précédent en Israël et au Liban, combinées aux pressions internationales, auraient mis fin au conflit dans un sentiment frustrant de « match nul », comme en 2006.
La réalité de cette guerre, bien que grave, s’est avérée moins catastrophique que ce scénario, ce qui souligne d’autant plus la portée des succès israéliens.
Néanmoins, des questions cruciales restent en suspens : le Hezbollah parviendra-t-il à contourner les restrictions qui lui seront imposées ? Comment le mécanisme d’application, complexe et lourd, pourra-t-il réellement fonctionner ?
La résolution 1701, adoptée par le Conseil de sécurité de l’ONU à la fin de la guerre du Liban en 2006, était déjà considérée comme une bonne décision du point de vue israélien. Toutefois, elle n’a jamais été appliquée par les acteurs censés la faire respecter, à commencer par la FINUL. Après quelques tentatives initiales pour remplir leur mission, les forces de la FINUL ont reçu un message clair du Hezbollah. En 2007, six soldats de la FINUL ont été tués dans un attentat à la voiture piégée dans le sud du Liban. Puis, en janvier 2008, un affrontement indirect a éclaté entre la FINUL et des militants du Hezbollah dans une zone contrôlée par l’organisation chiite, près de la frontière israélienne. Cet incident aurait été déclenché par une patrouille de la FINUL tentant d’accéder à une zone suspectée d’abriter des infrastructures militaires non déclarées. Le Hezbollah aurait bloqué l’accès, invoquant la sécurité des habitants locaux. Des rapports décrivent une confrontation tendue, sans affrontements armés directs, mais marquée par des menaces implicites. Les Casques bleus ont rapidement compris : leurs supérieurs onusiens et les gouvernements qui les soutenaient préféraient éviter tout conflit. Ils ont donc adopté une posture passive, feignant que tout allait bien.
Face à cette réalité, les gouvernements israéliens successifs – en particulier ceux dirigés depuis 2009 par Benjamin Netanyahou – ont eux aussi adopté une approche prudente et évité de « faire des vagues », observant sans intervenir l’installation progressive du Hezbollah dans le sud du Liban. Même après le 8 octobre 2023, lorsque la milice chiite a commencé à lancer des roquettes et à provoquer des incidents frontaliers, Israël s’est abstenu de répondre fermement et n’a pas non plus imposé l’application de la célèbre résolution 1701.
Le troisième acteur censé faire respecter le cessez-le-feu et la résolution 1701 était l’armée libanaise. Cependant, même lorsque les forces du Hezbollah ont installé des tours d’observation à quelques mètres de ses positions, elle n’a rien fait. En réalité, le Hezbollah a exercé une pression intimidante sur tous les acteurs locaux. Même lorsque les renseignements israéliens ont transmis des informations détaillées sur l’établissement d’infrastructures militaires du Hezbollah sous couvert d’activités civiles, aucune action concrète n’a été entreprise.
Aujourd’hui, un mécanisme international dirigé par un général américain pourrait-il traiter plus efficacement les violations de l’accord ? Il est difficile de l’imaginer, sachant que ce mécanisme devra d’abord s’appuyer sur le gouvernement libanais, son armée, et la FINUL pour réagir aux plaintes et aux informations fournies par Israël. Israël conserve le droit de répondre immédiatement si le Hezbollah viole sa souveraineté, que ce soit par des tirs de roquettes, des obus ou des infiltrations. Cependant, ce droit découle déjà du principe de légitime défense. Ce qui manque – et ce qu’il est difficile d’envisager à ce stade – c’est la volonté politique de réagir avec force et de ne plus tolérer de telles violations.
Ainsi, les véritables défis émergeront lorsque le Hezbollah recommencera à reconstruire ses infrastructures civiles-militaires dans les villages chiites proches de la frontière ou dans les zones boisées environnantes. Dans ces conditions complexes sur le terrain, face à une population civile potentiellement hostile, peut-on réellement croire que la FINUL et l’armée libanaise parviendront à empêcher un retour progressif au statu quo ante du 7-Octobre ?
Bien que cet accord – s’il est effectivement signé, ce qui reste incertain – reflète une victoire militaire israélienne, sa valeur politique demeure pour l’instant incertaine. Seules des actions militaires directes – avec ou sans l’approbation de la commission internationale – pourraient transformer cet accord en un outil politique efficace dans la guerre qu’Israël et une partie des Libanais mènent contre le Hezbollah. Enfin, cet accord présente également l’avantage de mettre fin au conflit actuel et d’isoler le Hamas à Gaza. Selon certains observateurs en Israël, il pourrait servir de modèle pour un accord similaire à Gaza, incluant cette fois la libération des otages et l’établissement d’un mécanisme international ou arabo-international pour remplacer le Hamas.
Alimentation. Il est de plus en plus difficile d’y comprendre quelque chose aux étiquettes quand on va faire ses courses. La Cour des comptes européenne s’est penchée sur la jungle des étiquettes alimentaires. Les consommateurs sont perdus et induits en erreur, déplore l’institution basée au Luxembourg.
Faire ses courses est devenu une science. Un consommateur avisé n’achète pas ce qu’il aime (qui est généralement mauvais pour la santé) mais ce qui est bon pour ses enfants, pour le climat et pour la planète. Les produits alimentaires se vendent désormais avec un manuel d’utilisation (ce qui n’est pas bien rigolo quand on aime lire les paquets de ce qu’on mange au petit-déjeuner). Des labels, des normes, des sigles, des logos et des garanties (produit sans ceci ou sans cela) sont supposés orienter le consommateur…
Un vaste audit
Pour la Cour des comptes européenne, ils ont plutôt tendance à l’égarer. Son audit a été réalisé sur la période 2011-2023[1]. Ils ont dû en voir des étiquettes… Verdict : il n’y a jamais eu autant d’infos sur nos paquets de nourriture. Des centaines de labels, des empilements de normes nationales et européennes, plus d’innombrables allégations sur les vertus nutritionnelles ou sanitaires de tel ou tel composant. Le bidule est bon pour votre mémoire. Le machin excellent pour votre vigueur physique etc. À l’arrivée, le consommateur est perdu, parfois trompé. Par exemple, étonnament, aucune règle ne conditionne l’usage du mot « naturel », propre à déclencher l’impulsion d’achat (qui achèterait une boisson se présentant comme chimique ?).
Pourquoi y en a-t-il autant ? Dans les coulisses, on imagine des bagarres de lobbies agro-industriels autour de toutes ces normes. Ainsi, il y a une guerre du Nutriscore, adopté par trois pays de l’UE dont la France mais auquel l’Italie est très hostile notamment en raison de ses fromages qui seraient mal notés.
La société de défiance n’est pas un progrès
Mais, il y a une véritable raison qui explique cette guerre souterraine des labels et des lobbys: nous sommes des consommateurs soupçonneux et procéduriers. Nous voulons tout savoir sur ce que contient notre assiette: a-t-on parlé gentiment au poulet, quel est son bilan carbone, n’y a-t-il pas eu deux grammes de trop de pesticide sur les aliments qu’il a mangé ? C’est pareil pour nos voitures et nos téléphones (encore qu’on soit moins regardant sur le bilan carbone réel de ces derniers). Toutes ces étiquettes ne nous empêchent pas d’acheter des cochonneries industrielles et de consommer ce qu’on appelle la junk food, mais au moins on sait que c’est mauvais pour nous. Accessoirement (enfin pas tant que ça), cette inflation normative contribue à l’obésité de la Fonction publique. Il faut des gens pour édicter les normes, les appliquer, vérifier leur application, contrôler la vérification, etc. Des armées de fonctionnaires sont ainsi mobilisées pour veiller à la qualité de tout ce qui se fabrique.
C’est ce qu’on appelle la société de défiance. Moi, consommateur, j’ai des droits sacrés. J’exige de tout savoir. Et je me méfie de tous – producteurs, État, supermarché… Certes, on a besoin d’une information minimale et honnête. Mais aujourd’hui, les processus de productions sont standardisés, les normes d’hygiène et de sécurité doivent heureusement être respectés partout. Il me semble qu’on devrait moins s’inquiéter de ce qu’on met dans l’assiette de nos enfants que de ce qu’on leur fourre dans la tête.
Doc : Cour des comptes européenne.
Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud radio