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Présidente sans vice

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Mc Cain s’est donc enfin trouvé une vice-présidente digne de ce nom. Hostile à l’avortement, héroïne des conservateurs religieux, membre influent de la National Rifle Association, plaidant pour la construction d’un pipeline et la reprise des forages pétroliers en Alaska. Et dire qu’on passe pour des réacs…

Sale temps pour les junkies

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La production d’opium a baissé de 19 % cette année en Afghanistan, par rapport à 2007, a annoncé l’ONUDC (Office des Nations Unies contre la drogue et le crime). Le responsable ? Ni l’OTAN, ni le « gouvernement » ni même les ONG. Selon Antonio Maria Costa, directeur de l’agence onusienne, la cause principale de cette baisse de rendement, c’est la sécheresse. Comme quoi le réchauffement climatique peut avoir du bon, comme le pensent déjà tous les malheureux qui ont passé le mois d’août à Paris…

Russia on my mind

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Vous je ne sais pas, mais moi je commence à en avoir ras-la-frange de l’avalanche de propagande anti-russe ou plutôt anti-Medvedev, c’est-à-dire anti-Poutine, que nous déversent à pleins flots les démocrates occidentaux tombés brusquement raide dingues de l’exquise petite Géorgie menacée, dit-on, de génocide.

Moi qui étais déjà jeune bien avant la chute du mur de Berlin, je n’ai pas souvenir d’avoir été autant tympanisé avec les crimes de masse – avérés, eux – de feue l’Union soviétique.

Alors, pourquoi ces deux poids et deux mesures ? Lâcheté ? Sans doute. La « gauche morale » a toujours eu une regrettable propension à taper dans le beurre plutôt que dans le fer. « Est-ce par hasard ? », comme disait Dave dans un autre contexte, si Sartre a découvert les vertus de l’engagement en 1945 ?
Lâcheté certes, mais aveuglement surtout : ces singes-là veulent bien parler, mais en aucun cas ni voir ni entendre. Et puis après tout, peu importe : quelle que soit la face par laquelle on gravit la montagne de la connerie, on se retrouve ensemble au sommet !

Rumeurs sur les bancs de la gauche : « Vous n’avez pas le droit de comparer Staline et Hitler au nom du totalitarisme ! » Parce que, figurez-vous, il y a une différence de fond : le communisme, contrairement au nazisme, était pavé de bonnes intentions.

Mais depuis quand l’hypocrisie est-elle une preuve de bonne foi ? Devinette simple : à quoi reconnaît-on infailliblement un intellectuel-de-gauche ? A son étonnante capacité de changer d’erreur sans jamais effleurer la vérité.

En l’occurrence hélas, ce syndrome erroriste semble avoir contaminé les esprits bien au-delà des rangs de la gauche. Parmi les responsables de l’ex-Monde Libre, c’est à qui hurlera le plus fort au viol de la démocratie, depuis Nicolas Sarkozy jusqu’ à Angela Merkel, en passant par le décidément prometteur John Mc Cain – qui croit voir les trois lettres KGB dans les yeux de Poutine (qui ne sont pourtant que deux) avant de conclure logiquement : « Aujourd’hui, nous sommes tous Géorgiens. »

Car la vérité, dans cette affaire, c’est que jamais la Russie n’a été aussi démocratique ! Sans doute pas une démocratie parfaite telle que l’ont rêvée Platon ou Tocqueville. Mais où donc est-elle ? Après soixante-dix ans d’une dictature ubuesque et sadique, puis dix années de chaos où l’Etat désagrégé a démissionné au profit des clans mafieux, « que faire ? », comme disait l’autre ?

S’enfoncer dans le chaos des guerres entre féodalités ploutocratiques (auxquelles Eltsine avait cédé la réalité du pouvoir ) ? Retourner à la dictature communiste par la voie des urnes ? (Encore deux ans du même Eltsine, et on y était !)

En 2000, Poutine a proposé une troisième voie – la seule possible, et donc souhaitable – dans un pays qui revenait de si loin. Sortir la Russie de la crise, faire progresser le niveau de vie sans liquider les acquis sociaux. Et surtout, redonner au pays une fierté nationale et une stature internationale, au risque de fâcher quelques étrangers jaloux…

Que demande le peuple russe ? Ça, apparemment !

Photographie de une : Moscou, 2007, par Panoramas, flickr.

Pas de récession pour le déclin

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Nicolas Baverez donnait le 17 août une interview au Journal du Dimanche : « Il faut dire la vérité aux Français ». Jérôme Leroy n’a pas eu besoin de rencontrer le plus grand économiste français de tous les temps pour lui arracher un entretien. Quand on est écrivain, on sait rédiger soi-même les questions et les réponses.

Nicolas Baverez, votre réaction à la taxation de 1,1 % décidée par Nicolas Sarkozy pour financer le RSA ?
C’est un très mauvais signe envoyé aux forces vives de la nation : patrons du CAC 40, retraités par capitalisation, rentiers, socialistes strauss-kahniens. Ces 1,1 %, nous allons les payer très cher en matière d’emploi, notamment dans l’embauche de personnel de maison (chauffeurs, jardiniers, porteurs de chaise, valets de pieds, cuisinière tamoul pour déniaiser le fils de la maison). Gâcher un tel gisement d’emplois, alors que tant de Français modestes attendent aux portes des hôtels particuliers, me laisse songeur. Quant on pense au modèle anglais et à la domesticité employée par les classes supérieures, on s’aperçoit du gouffre qui nous sépare de cette société moderne, flexible mais où chacun a néanmoins compris quelle était sa place dans le redressement de la nation.

Mais en ce qui concerne le RSA ?
Son montant est scandaleusement élevé. Des couples vont parfois vivre avec 400 euros par mois, ce qui est effrayant quand on pense à la crise financière larvée qui frappe nos riches difficilement protégés par un bouclier fiscal – cette mesure de la dernière chance pour ne pas désespérer Deauville et Chamonix. Donner le goût de la facilité, voire du luxe, aux classes populaires peut avoir des conséquences négatives, et même dangereuses. Si le pauvre, en général alcoolique, achète des alcools de meilleure qualité et commence à consommer du Bushmill malt plutôt que du Label 5, son foie se dégradera moins rapidement et il utilisera davantage sa CMU, aberrante couverture sociale de type soviétique. Et il lèguera, outre son alcoolisme à ses enfants dégénérés, une dette encore aggravée par les débauches budgétaires de gouvernements archéojacobins qui ont décidément bien du mal à se libérer de réflexes honteusement keynésiens.

Aucun avantage, donc, à ce RSA ?
Allons, allons, je ne suis pas non plus un hayekien de stricte observance ! Le RSA pour peu qu’on révise son montant à la baisse, et qu’on le fasse financer non plus par le capital mais par exemple par le Téléthon (il ne faut pas exclure les malades orphelins de l’effort de redressement national, ils le sont déjà assez comme ça) peut avoir un effet incitatif sur l’embauche. Conditionné à une activité, le RSA permettra aux patrons de licencier massivement les smicards afin de réembaucher dans des conditions plus avantageuses, libérant ainsi de la trésorerie et rapprochant le coût du travailleur français de son homologue indien, brésilien et, surtout, chinois.

Néanmoins, on vous sent réticent…
Bien entendu. Comment voulez-vous que je n’aie pas l’impression d’un pas en arrière, alors que j’ai senti le président Sarkozy très ouvert durant la campagne présidentielle à certaine de mes propositions qui sont depuis, hélas, passées à la trappe.

Lesquelles par exemple ?
Le travail des enfants, ce tabou absurde. Nous ne sommes plus au temps de Victor Hugo : « Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit / Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit. » On peut imaginer un travail des enfants à visage humain. Des études de nombreux think tanks anglo-saxons montrent l’utilité pédagogique d’un contact précoce avec le monde de l’entreprise. L’acuité du regard d’une petite fille de onze ans, la finesse de ses doigts peuvent faire merveille dans l’assemblage de l’électronique de précision. Des entreprises de pointe comme MicroTechnics à Rennes auraient été bien inspirées d’employer des enfants plutôt que des ingénieurs syndiqués, surpayés et souvent socio-démocrates. Sans compter que le travail des enfants permettrait aux working poors français d’améliorer leur ordinaire, comme cela est très bien expliqué dans La situation de la classe laborieuse en Angleterre de Engels ou, pour ceux qui sont moins diplômés et cultivés que moi, dans Germinal de Zola. On pourrait également – avec un peu de courage politique et quelques aménagements juridiques proposés simultanément par la France, la Grande-Bretagne, l’Italie et l’Allemagne à la Cour européenne des droits de l’homme – rétablir l’esclavage. Le salariat n’est plus adapté à la mondialisation. L’esclavage garantirait une main d’œuvre efficace pour l’entreprise. Il faudrait bien sûr que l’Etat, en cas de conflit entre l’esclave et le patron, offre la possibilité d’un arbitrage juste et empêche les excès de certains patrons voyous (lapidation, mise à mort, mutilation). Mais seul un Etat dégraissé, un Etat dont les inspecteurs du travail se seraient débarrassés de leur vision cryptomarxiste de l’entreprise et auraient relu Sénèque et La Boétie, pourrait assurer cette mission et assurer à l’esclave les garanties de dignité élémentaires dans une société moderne.

Babylon A.D.

« Il faut se méfier des prévisions, surtout en ce qui concerne l’avenir », disait Winston Churchill – à moins que ce ne fût George Bernard Shaw. Voyez Jules Verne, voyez Cyrano de Bergerac : de leurs Voyage dans la Lune, de leurs fulgurances, il ne reste presque rien – fors la poésie. Adapter au cinéma un roman d’anticipation vieux de dix ans déjà est, dès lors, un pari hautement risqué.

Matthieu Kassovitz a choisi de le relever en portant à l’écran l’un des livres culte de Maurice G. Dantec : Babylon Babies devenu Babylon A.D. au cinéma. Le risque était double : trahir un auteur à l’univers aussi particulier que structuré ; offrir une fiction déjà dépassée par la réalité, quand l’action prend place en 2013. C’est-à-dire dans cinq ans à peine, lorsque débutera le second mandat de Sarkozy.

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Dantec, sans doute lié par son contrat de cession des droits de l’ouvrage, n’a guère commenté le film de Kassovitz. Il s’est contenté d’un vague grognement, dans la dernière livraison du magazine Optimum, laissant entendre que le réalisateur, en « ôtant la pierre angulaire » de sa fiction avait fait, au final, de son roman tout autre chose. Crainte infondée : le film offre le meilleur de Dantec – moins de bavardages scientificoïdes, sans doute, mais qui s’en plaindra ?

Daté, le film ne l’est pas davantage. Il donne à voir le monde qui nous attend, qui approche, et ressemble déjà effroyablement au nôtre, ne serait l’ajout de quelques gadgets, sans doute à l’état de prototypes dans quelques laboratoires coréens ou californiens. Un monde de grandes richesses et de délabrement, un monde de surhommes dopés aux nouvelles molécules et bardés de pseudopodes électroniques ; mais un monde dont l’esprit s’est retiré, et d’où la foi, l’espoir même tendent à disparaître. L’originalité de Dantec, on le sait, tient toute entière dans son anthropologie : quand bien même il serait devenu un hybride mâtiné de puces et génétiquement modifié, l’être humain reste un animal religieux.

Or donc, « Babylon A.D. » raconte la conversion progressive d’un mercenaire post-moderne. Ne croyant qu’en lui-même, en la science et en son flingue (serbe), Toorop (c’est le nom de notre héros, campé par Vin Diesel) va connaître le vertige du Mystère. La religion, depuis les vaticinations de Malraux, nous l’attendons tous au tournant de ce nouveau millénaire. Mais, trop souvent, l’imagination fait défaut, et l’on nous fait bâiller en nous proposant un improbable retour de l’Opus Dei, la découverte d’un manuscrit de la mer Morte « qui va tout changer » ou encore une victoire d’un islamisme madérisé. L’originalité de Dantec est d’avoir mêlé, en alchimiste assez dément, les deux grands traits du monde avenir : l’omniprésence de la technologie et le soupir universel d’une créature mutante qu’on appelait jadis l’Homme.

Dira-t-on assez de ce film qu’il est une impressionnante réussite ? La photo est parfaite, décors et paysages sont superbes, tout comme les héroïnes – Mélanie Thierry, en sublime vierge hasbourgeoise, Michelle Yeoh, vertigineuse en robot top… – et l’action captivante de bout en bout. La lumière revenue, amateurs de blockbusters, fans de Dantec, personne n’échappera à l’avertissement du film : noyé dans le divertissement, éclipsé par les prouesses technos, le désir religieux demeure. Inentamé. Qui finira par tout balayer.

Babylon Babies

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Humour arabe

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Le procureur général du Liban a requis la peine de mort contre Kadhafi et six hauts fonctionnaires libyens, impliqués selon la justice locale dans la mystérieuse disparition, en 1978, de l’imam libanais Mussa el-Sadder, pendant une visite en Libye. Réalistes, les Libanais ajoutent qu’il s’agit d’une démarche essentiellement symbolique et qu’ils estiment peu probable que l’accusé principal se rende à Beyrouth pour y être jugé. Or, le problème, c’est qu’il est peut-être trop tard. Une fois la procédure lancée et publiée, les fonctionnaires libanais ne sont plus maîtres de la situation et Kadhafi, avant même d’avoir été déclaré coupable, risque de mourir de rire.

Fifty cents

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Mickael Jackson a eu cinquante ans, aujourd’hui 29 août ! Nous nous associons à l’ensemble de la presse mondiale qui a superbement feint d’ignorer le demi-siècle de Bamby. Comme nous ne sommes pas bêcheurs, nous voulons témoigner au King of the Pop de notre amical soutien : nous, nous savons qu’il a été blanchi.

Bertrand, vicomte de Lanoix

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Alors que Mme de La Vallière et Mme de Montespan se disputaient le cœur du roi, le vicomte de Lanoix, un aristocrate rochelais, s’en attachait les faveurs. Homme des Lumières, scientifique et arrière-arrière-grand-père d’Edouard Balladur, le vicomte de Lanoix importa en avril 1715 le libéralisme anglais en France, fondant la première manufacture de chaînes en acier destinées à équiper les navires des armateurs pratiquant le commerce triangulaire. C’est lui qui proposa à Louis XV de raser la « digue de Richelieu » dans la capitale de l’Aunis, afin d’aménager un agréable banc de sable, appelé « La Rochelle Plage ». Homme de goût, le Roi fut séduit par le projet, mais l’éclatement de la guerre de Hollande et le naufrage de la Royale au large des côtes rochelaises n’en permirent pas la réalisation. Dépité, Bertrand de Lanoix s’engagea comme indicateur dans les troupes hollandaises (le fameux indicateur Bertrand), avant de creuser un étang, de le remplir d’eau et de s’y se noyer.

François Boucher, Bertrand, vicomte de Lanoix présentant les plans de fortification de La Rochelle plage, 1735. Huile sur toile, conservée au musée de la Marine à voile, Vesoul.

France-Jordanie : des atomes crochus

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Le Royaume de Jordanie et son roi Abdallah II font irrésistiblement penser à ce mot de Louis-Philippe : « La monarchie est la meilleure des républiques. » Discret, le roi hachémite a conquis une place plus qu’honorable sur la scène moyen-orientale et internationale. Et depuis quelques années, le monarque et son épouse Rania effectuent régulièrement des séjours en France. Le 18 août dernier, la reine de la Jordanie était l’invitée des Sarkozy au Cap-Nègre et neuf jours plus tard, le 27 août, son royal époux était l’hôte d’honneur de la journée d’ouverture de l’université d’été du Medef.

Mais Abdallah II ne s’est pas déplacé uniquement pour fêter la Saint-Patron à Palaiseau avec Parisot, il a profité de sa visite pour parler affaires avec le président de la République. Le dossier de la coopération en matière de nucléaire civil était très officiellement au cœur de cette visite. Un protocole d’accord sur l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire a bel et bien été signé entre les deux pays. Areva semble être intéressé par l’uranium – quelques 130 000 tonnes – que les Jordaniens pourraient extraire de leurs réserves de phosphates. De son côté, la Commission jordanienne de l’énergie atomique envisage l’achat d’un réacteur nucléaire pour la production d’électricité et la désalinisation de l’eau.

Après la Libye, l’Egypte et la Syrie, la Jordanie devient donc l’un des partenaires de la France en matière de nucléaire civil. On dirait que la politique arabe est en train de devenir « la politique Areva ». Certes, la partie arabe est beaucoup plus motivée que la France pour aller de l’avant mais on ne peut nier l’existence d’un intérêt commun. L’Union pour la Méditerranée pourrait bien être propulsée par l’atome.

Le rôle de la Jordanie et de son roi, et même leur pérennité en ce début du XXIe siècle, tiennent du miracle. Fort heureusement pour cette monarchie improbable, le roi Abdallah II semble avoir hérité non seulement du trône de son père Hussein mais surtout de ses exceptionnelles qualités d’homme d’Etat. Après presque une décennie à la tête du royaume hachémite, Abdallah démontre qu’il est le digne fils de son père, et porte haut le nom de son arrière-grand-père, le fondateur du royaume. Interlocuteur écouté du Quai d’Orsay et de l’Elysée, le monarque suit de près la situation dans les pays voisins – l’Irak, la Syrie, Israël, la Palestine et le Liban. Dans cette banlieue dangereuse du monde, l’existence de la Jordanie a été principalement assurée, depuis sa naissance en 1946, par l’intelligence de ses trois rois, Abdallah, Hussein et Abdallah II. La survie de ce petit pays presque dépourvu de ressources est un formidable exploit, quand on songe à sa situation géostratégique au cœur d’un conflit indébrouillable. A quoi il faut ajouter le fait que les « autochtones » (si tant est que ce terme ait un sens dans une région où on a toujours eu la bougeotte) sont minoritaires, la majorité de la population jordanienne étant d’origine palestinienne. Allez fabriquer une nation avec tout ça, à partir d’une entité politique créée de toutes pièces par les Britanniques entre les deux guerres. Ce n’était pas gagné.

Mais comme disait l’autre, ce qui ne tue pas rend plus fort. Forte de ses multiples faiblesses et bien dirigée, le royaume a su trouver un équilibre politique, social et économique impressionnants. Pour donner une idée de l’intégration à la jordanienne, rappelons que la Reine est d’origine palestinienne, de même que Khaled Toukan, le patron de la Commission jordanienne de l’énergie atomique, issu d’une grande famille de notables de Naplouse. Rappelons aussi que l’arrière grand-père de l’actuel roi a été assassiné par un nationaliste palestinien et que son père Hussein n’a pas été très tendres avec eux en 1970-1971.

En conséquence, il est très intéressant et plus encore utile d’écouter Abdallah II, et d’analyser sa politique, surtout sa politique palestinienne. Au Moyen-Orient, personne ne connaît mieux les Palestiniens que les Jordaniens. La récente décision d’Amman de renouer le dialogue avec le Hamas aurait dû faire la « une » des journaux. Car ce changement de cap est un signal.

Les Egyptiens, il est vrai, ont conservé des liens avec Gaza, capitale de la Palestine de l’Ouest, toujours en se prévalant de leur rôle de médiateurs entre Israël et le Hamas. Les Jordaniens vont beaucoup plus loin : ils ont purement et simplement décidé de négocier avec le Hamas une réconciliation qui mettra fin à une décennie de conflit. Or, ils étaient sans doute les plus durs dans la politique du « cordon sanitaire » autour du Hamas. Si eux, experts chevronnés en affaires palestiniennes, jettent l’éponge et renoncent à la logique de l’isolement et du boycott, les jours de cette stratégie sont comptés. La Jordanie va-t-elle appliquer la maxime « If you can’t beat them, join them ! » ? Amman croit au moins à la première partie de l’adage : on ne peut pas les battre.

Après avoir causé énergie renouvelable et cours de bourse avec Nicolas Sarkozy, on peut raisonnablement supposer qu’Abdallah II l’a informé du nouveau cours de sa politique palestinienne : deux Etats pour un peuple. En ouvrant au Hamas les portes d’Amman, le roi sait que, tôt ou tard – et plutôt tôt que tard – l’Autorité palestinienne sera obligée d’accepter un Etat palestinien de fait bicéphale. Reste à savoir le prix que le Hamas a accepté de payer en échange de la levée du boycott, au-delà d’un engagement à ne pas agir contre le régime et de quelques promesses concernant les règles du jeu entre Gaza et Ramallah.

La visite d’Abdallah II à Paris quelques jours avant que Sarkozy ne prenne le chemin de Damas, et sa nouvelle ligne vis-à-vis du Hamas laissent penser que la démarche jordanienne s’inscrit dans une grande manœuvre en cours au Moyen-Orient pour couper l’Iran de ses alliés méditerranéens en Syrie, au Liban et en « Palestine de l’ouest ». Abdallah pourrait obtenir des islamistes gazaouis, dont certains envoient leurs mails depuis Damas et flirtent avec Téhéran, qu’ils ne sabotent pas ces efforts de la diplomatie occidentale dans lesquels Paris joue un rôle actif. Le grand marchandage en cours avec la Syrie appellent d’autres tractations, avec Israël, le Liban et le Hezbollah, et le Hamas. Si le roi de Jordanie est dans le coup, c’est peut-être sérieux.

Bové fait son oedipe

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J’adore José Bové. Et c’est peu de chose de le dire. Je l’aime d’un amour fou et passionné. Quelle femme, d’ailleurs, pourrait résister à cet être d’exception, dont la virilité s’exacerbe dans le geste auguste du faucheur et des bacchantes pleines de promesses ? Excusez du peu : nous autres Allemands sommes, pour ainsi dire, devenus spécialistes en matière de moustaches. Certes, au cours de la pénible deutsche Vergangenheit, il nous est arrivé de croire en l’innocuité de certaines touffes. Mais aujourd’hui – on ne nous y reprendra plus[1. Angela Merkel se rase trois fois par jour.] –, nous savons reconnaître les qualités morales d’un homme à sa pilosité subnasale. Dans le panthéon capillaire, José Bové ne dépareillerait pas à côté d’un Nietzsche, d’un Sloterdijk et même d’un Albert Schweitzer. Le poil ne ment pas : Bové n’est pas simplement un grand esprit, c’est un bienfaiteur du genre humain.

Pour les Français, il est encore bien plus que cela. Avec José Bové, sa résistance aux grandes puissances mondiales, son courage et son capital pileux, c’est Vercingétorix qui fait son come back dans la glorieuse histoire nationale. Un Vercingétorix qui aurait viré tocard, mais un Vercingétorix quand même. Ainsi la France tout entière devrait-elle être occupée aujourd’hui à célébrer les vertus rédemptrices de José Bové, à lui élever des statues et des autels votifs. Les têtes chenues devraient s’incliner sur son passage. Les enfants des écoles devraient réciter de petits compliments, maladroitement écrits mais d’une sincérité poignante, pour chanter humblement la gloire du grand homme. Au jour de la Saint José, on irait en famille faucher des champs à perte de vue, la Beauce et la Brie, les Champs-Elysées et les champs d’honneur. Il n’en est rien. L’ingratitude est maîtresse de France. On vient de conduire José Bové devant un tribunal.

Pire encore, du haut d’une estrade qui le place au-dessus du commun des mortels[2. Dans les tribunaux français, une erreur de menuiserie a placé le parquet plus haut que le siège.], un procureur de la République a requis huit mois de prison ferme et la privation des droits civiques à l’encontre de la Vénus de Millau. Depuis le procès de Jeanne d’Arc, aucun magistrat français n’avait prononcé de réquisitoire aussi sévère : « Il est temps pour José Bové, a déclaré le procureur de la République de Bordeaux, de mettre fin à des agissements compulsifs qui résultent d’un Œdipe mal négocié. »

Face à une telle diatribe, qui vous ferait passer Cicéron pour un dyslexique et Laure Manaudou pour une hystérique, l’élan du cœur et la passion débordante que je porte à l’homme aux moustaches m’obligent à prendre sa défense et à plaider sa cause devant le tribunal :

Monsieur le Président,

De toutes les vertus intangibles qui, dans une cour, devraient nous inspirer et guider chacun vers l’unique but que nous poursuivons – la recherche de la vérité –, la mansuétude est la sœur préférée de la justice. Or, au cours des réquisitions que nous venons d’entendre, Monsieur le Procureur n’a fait preuve ni de l’une ni de l’autre. Cela lui aurait pourtant permis de retenir au moins une circonstance atténuante : il est si banal d’être fauché aujourd’hui en France que nul être censé ne pourrait y trouver matière à procès.

De deux choses l’une. Soit j’ai mal lu Freud, soit le ministère public a étudié l’œuvre du bon docteur Sigmund dans les pages « psychologie » de la Gazette du Palais, mais cela m’étonnerait que huit mois de prison ferme puissent soigner un complexe d’Œdipe – sauf à penser que la figure maternelle soit représentée par le codétenu qui s’active derrière vous à l’heure où les pas lourds des gardiens martèlent d’un bruit sonore le corridor. C’est le drame du système carcéral français : il n’y a pas suffisamment de psychanalystes en prison et il faudra bien qu’un jour la France se résolve à en enfermer quelques-uns.

Cela dit, on ne crèvera pas les yeux de Monsieur le Procureur pour autant. Il doit déjà maîtriser le Code civil, le Code pénal et le Code de la route, on ne lui demandera pas de potasser le corpus freudien. Oui, comme il le dit, avec un humour qui est propre à sa profession et qui fait bien rire la défense depuis l’abolition de la peine capitale, José Bové n’a pas réglé tous ses problèmes avec son paternel, Joseph-Marie, ancien directeur de l’Institut national de recherches agronomiques – Institut sous la tutelle duquel se pratiquent aujourd’hui les expérimentations OGM à ciel ouvert.

Tout petit déjà, quand sa mère apportait à table un plat de brocolis ou de salsifis, qu’il supposait être génétiquement modifiés par son agronome de père, le petit José s’empressait de démonter la table en formica de la cuisine, les chaises, la gazinière, les placards et le frigo. Ses parents ne l’auraient pas retenu qu’on aurait vu le pauvre enfant démonter les pneus et même la mer. Pauvre famille Bové qui devait acheter de nouveaux meubles chaque semaine et qu’on retrouvait fauchée chaque 15 du mois. Privé en de telles circonstances d’argent de poche, le jeune Bové souffrait à un point tel qu’il était déjà obligé de faucher tout ce qui passait à sa portée. Cela a commencé innocemment par deux ou trois carambars chez la boulangère de Talence, une bicyclette un jour d’été à Lacanau et même son prénom, Joseph, que, faute de moyen, il raccourcit en José.

Selon l’interprétation psychanalytique de Monsieur le Procureur, lorsque José Bové fauche aujourd’hui du maïs, ce sont les roubignoles à papa qu’il coupe. Quand une vingtaine de faucheurs se retrouvent avec lui au petit matin au milieu d’un champ, non sans avoir au préalable prévenu ces messieurs de la Presse, ce n’est donc pas d’une action anti-OGM qu’il s’agit, c’est une partouze psychanalytique. Cela requalifie le délit de destruction de propriété privée en atteinte aux bonnes mœurs. Mieux encore, cela place mon client parmi les plus grands pervers de l’histoire judiciaire récente : jamais on n’aura vu un homme couper autant de couilles à la fois, ni en casser avec une telle intensité.

Ce n’est donc pas en prison que l’on doit enfermer José Bové, mais chez les frapadingues. C’est la raison pour laquelle, Monsieur le Président, j’ai l’honneur de demander au tribunal que José Bové bénéficie du droit d’asile.

Présidente sans vice

8

Mc Cain s’est donc enfin trouvé une vice-présidente digne de ce nom. Hostile à l’avortement, héroïne des conservateurs religieux, membre influent de la National Rifle Association, plaidant pour la construction d’un pipeline et la reprise des forages pétroliers en Alaska. Et dire qu’on passe pour des réacs…

Sale temps pour les junkies

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La production d’opium a baissé de 19 % cette année en Afghanistan, par rapport à 2007, a annoncé l’ONUDC (Office des Nations Unies contre la drogue et le crime). Le responsable ? Ni l’OTAN, ni le « gouvernement » ni même les ONG. Selon Antonio Maria Costa, directeur de l’agence onusienne, la cause principale de cette baisse de rendement, c’est la sécheresse. Comme quoi le réchauffement climatique peut avoir du bon, comme le pensent déjà tous les malheureux qui ont passé le mois d’août à Paris…

Russia on my mind

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Vous je ne sais pas, mais moi je commence à en avoir ras-la-frange de l’avalanche de propagande anti-russe ou plutôt anti-Medvedev, c’est-à-dire anti-Poutine, que nous déversent à pleins flots les démocrates occidentaux tombés brusquement raide dingues de l’exquise petite Géorgie menacée, dit-on, de génocide.

Moi qui étais déjà jeune bien avant la chute du mur de Berlin, je n’ai pas souvenir d’avoir été autant tympanisé avec les crimes de masse – avérés, eux – de feue l’Union soviétique.

Alors, pourquoi ces deux poids et deux mesures ? Lâcheté ? Sans doute. La « gauche morale » a toujours eu une regrettable propension à taper dans le beurre plutôt que dans le fer. « Est-ce par hasard ? », comme disait Dave dans un autre contexte, si Sartre a découvert les vertus de l’engagement en 1945 ?
Lâcheté certes, mais aveuglement surtout : ces singes-là veulent bien parler, mais en aucun cas ni voir ni entendre. Et puis après tout, peu importe : quelle que soit la face par laquelle on gravit la montagne de la connerie, on se retrouve ensemble au sommet !

Rumeurs sur les bancs de la gauche : « Vous n’avez pas le droit de comparer Staline et Hitler au nom du totalitarisme ! » Parce que, figurez-vous, il y a une différence de fond : le communisme, contrairement au nazisme, était pavé de bonnes intentions.

Mais depuis quand l’hypocrisie est-elle une preuve de bonne foi ? Devinette simple : à quoi reconnaît-on infailliblement un intellectuel-de-gauche ? A son étonnante capacité de changer d’erreur sans jamais effleurer la vérité.

En l’occurrence hélas, ce syndrome erroriste semble avoir contaminé les esprits bien au-delà des rangs de la gauche. Parmi les responsables de l’ex-Monde Libre, c’est à qui hurlera le plus fort au viol de la démocratie, depuis Nicolas Sarkozy jusqu’ à Angela Merkel, en passant par le décidément prometteur John Mc Cain – qui croit voir les trois lettres KGB dans les yeux de Poutine (qui ne sont pourtant que deux) avant de conclure logiquement : « Aujourd’hui, nous sommes tous Géorgiens. »

Car la vérité, dans cette affaire, c’est que jamais la Russie n’a été aussi démocratique ! Sans doute pas une démocratie parfaite telle que l’ont rêvée Platon ou Tocqueville. Mais où donc est-elle ? Après soixante-dix ans d’une dictature ubuesque et sadique, puis dix années de chaos où l’Etat désagrégé a démissionné au profit des clans mafieux, « que faire ? », comme disait l’autre ?

S’enfoncer dans le chaos des guerres entre féodalités ploutocratiques (auxquelles Eltsine avait cédé la réalité du pouvoir ) ? Retourner à la dictature communiste par la voie des urnes ? (Encore deux ans du même Eltsine, et on y était !)

En 2000, Poutine a proposé une troisième voie – la seule possible, et donc souhaitable – dans un pays qui revenait de si loin. Sortir la Russie de la crise, faire progresser le niveau de vie sans liquider les acquis sociaux. Et surtout, redonner au pays une fierté nationale et une stature internationale, au risque de fâcher quelques étrangers jaloux…

Que demande le peuple russe ? Ça, apparemment !

Photographie de une : Moscou, 2007, par Panoramas, flickr.

Pas de récession pour le déclin

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Nicolas Baverez donnait le 17 août une interview au Journal du Dimanche : « Il faut dire la vérité aux Français ». Jérôme Leroy n’a pas eu besoin de rencontrer le plus grand économiste français de tous les temps pour lui arracher un entretien. Quand on est écrivain, on sait rédiger soi-même les questions et les réponses.

Nicolas Baverez, votre réaction à la taxation de 1,1 % décidée par Nicolas Sarkozy pour financer le RSA ?
C’est un très mauvais signe envoyé aux forces vives de la nation : patrons du CAC 40, retraités par capitalisation, rentiers, socialistes strauss-kahniens. Ces 1,1 %, nous allons les payer très cher en matière d’emploi, notamment dans l’embauche de personnel de maison (chauffeurs, jardiniers, porteurs de chaise, valets de pieds, cuisinière tamoul pour déniaiser le fils de la maison). Gâcher un tel gisement d’emplois, alors que tant de Français modestes attendent aux portes des hôtels particuliers, me laisse songeur. Quant on pense au modèle anglais et à la domesticité employée par les classes supérieures, on s’aperçoit du gouffre qui nous sépare de cette société moderne, flexible mais où chacun a néanmoins compris quelle était sa place dans le redressement de la nation.

Mais en ce qui concerne le RSA ?
Son montant est scandaleusement élevé. Des couples vont parfois vivre avec 400 euros par mois, ce qui est effrayant quand on pense à la crise financière larvée qui frappe nos riches difficilement protégés par un bouclier fiscal – cette mesure de la dernière chance pour ne pas désespérer Deauville et Chamonix. Donner le goût de la facilité, voire du luxe, aux classes populaires peut avoir des conséquences négatives, et même dangereuses. Si le pauvre, en général alcoolique, achète des alcools de meilleure qualité et commence à consommer du Bushmill malt plutôt que du Label 5, son foie se dégradera moins rapidement et il utilisera davantage sa CMU, aberrante couverture sociale de type soviétique. Et il lèguera, outre son alcoolisme à ses enfants dégénérés, une dette encore aggravée par les débauches budgétaires de gouvernements archéojacobins qui ont décidément bien du mal à se libérer de réflexes honteusement keynésiens.

Aucun avantage, donc, à ce RSA ?
Allons, allons, je ne suis pas non plus un hayekien de stricte observance ! Le RSA pour peu qu’on révise son montant à la baisse, et qu’on le fasse financer non plus par le capital mais par exemple par le Téléthon (il ne faut pas exclure les malades orphelins de l’effort de redressement national, ils le sont déjà assez comme ça) peut avoir un effet incitatif sur l’embauche. Conditionné à une activité, le RSA permettra aux patrons de licencier massivement les smicards afin de réembaucher dans des conditions plus avantageuses, libérant ainsi de la trésorerie et rapprochant le coût du travailleur français de son homologue indien, brésilien et, surtout, chinois.

Néanmoins, on vous sent réticent…
Bien entendu. Comment voulez-vous que je n’aie pas l’impression d’un pas en arrière, alors que j’ai senti le président Sarkozy très ouvert durant la campagne présidentielle à certaine de mes propositions qui sont depuis, hélas, passées à la trappe.

Lesquelles par exemple ?
Le travail des enfants, ce tabou absurde. Nous ne sommes plus au temps de Victor Hugo : « Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit / Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit. » On peut imaginer un travail des enfants à visage humain. Des études de nombreux think tanks anglo-saxons montrent l’utilité pédagogique d’un contact précoce avec le monde de l’entreprise. L’acuité du regard d’une petite fille de onze ans, la finesse de ses doigts peuvent faire merveille dans l’assemblage de l’électronique de précision. Des entreprises de pointe comme MicroTechnics à Rennes auraient été bien inspirées d’employer des enfants plutôt que des ingénieurs syndiqués, surpayés et souvent socio-démocrates. Sans compter que le travail des enfants permettrait aux working poors français d’améliorer leur ordinaire, comme cela est très bien expliqué dans La situation de la classe laborieuse en Angleterre de Engels ou, pour ceux qui sont moins diplômés et cultivés que moi, dans Germinal de Zola. On pourrait également – avec un peu de courage politique et quelques aménagements juridiques proposés simultanément par la France, la Grande-Bretagne, l’Italie et l’Allemagne à la Cour européenne des droits de l’homme – rétablir l’esclavage. Le salariat n’est plus adapté à la mondialisation. L’esclavage garantirait une main d’œuvre efficace pour l’entreprise. Il faudrait bien sûr que l’Etat, en cas de conflit entre l’esclave et le patron, offre la possibilité d’un arbitrage juste et empêche les excès de certains patrons voyous (lapidation, mise à mort, mutilation). Mais seul un Etat dégraissé, un Etat dont les inspecteurs du travail se seraient débarrassés de leur vision cryptomarxiste de l’entreprise et auraient relu Sénèque et La Boétie, pourrait assurer cette mission et assurer à l’esclave les garanties de dignité élémentaires dans une société moderne.

Babylon A.D.

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« Il faut se méfier des prévisions, surtout en ce qui concerne l’avenir », disait Winston Churchill – à moins que ce ne fût George Bernard Shaw. Voyez Jules Verne, voyez Cyrano de Bergerac : de leurs Voyage dans la Lune, de leurs fulgurances, il ne reste presque rien – fors la poésie. Adapter au cinéma un roman d’anticipation vieux de dix ans déjà est, dès lors, un pari hautement risqué.

Matthieu Kassovitz a choisi de le relever en portant à l’écran l’un des livres culte de Maurice G. Dantec : Babylon Babies devenu Babylon A.D. au cinéma. Le risque était double : trahir un auteur à l’univers aussi particulier que structuré ; offrir une fiction déjà dépassée par la réalité, quand l’action prend place en 2013. C’est-à-dire dans cinq ans à peine, lorsque débutera le second mandat de Sarkozy.

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Dantec, sans doute lié par son contrat de cession des droits de l’ouvrage, n’a guère commenté le film de Kassovitz. Il s’est contenté d’un vague grognement, dans la dernière livraison du magazine Optimum, laissant entendre que le réalisateur, en « ôtant la pierre angulaire » de sa fiction avait fait, au final, de son roman tout autre chose. Crainte infondée : le film offre le meilleur de Dantec – moins de bavardages scientificoïdes, sans doute, mais qui s’en plaindra ?

Daté, le film ne l’est pas davantage. Il donne à voir le monde qui nous attend, qui approche, et ressemble déjà effroyablement au nôtre, ne serait l’ajout de quelques gadgets, sans doute à l’état de prototypes dans quelques laboratoires coréens ou californiens. Un monde de grandes richesses et de délabrement, un monde de surhommes dopés aux nouvelles molécules et bardés de pseudopodes électroniques ; mais un monde dont l’esprit s’est retiré, et d’où la foi, l’espoir même tendent à disparaître. L’originalité de Dantec, on le sait, tient toute entière dans son anthropologie : quand bien même il serait devenu un hybride mâtiné de puces et génétiquement modifié, l’être humain reste un animal religieux.

Or donc, « Babylon A.D. » raconte la conversion progressive d’un mercenaire post-moderne. Ne croyant qu’en lui-même, en la science et en son flingue (serbe), Toorop (c’est le nom de notre héros, campé par Vin Diesel) va connaître le vertige du Mystère. La religion, depuis les vaticinations de Malraux, nous l’attendons tous au tournant de ce nouveau millénaire. Mais, trop souvent, l’imagination fait défaut, et l’on nous fait bâiller en nous proposant un improbable retour de l’Opus Dei, la découverte d’un manuscrit de la mer Morte « qui va tout changer » ou encore une victoire d’un islamisme madérisé. L’originalité de Dantec est d’avoir mêlé, en alchimiste assez dément, les deux grands traits du monde avenir : l’omniprésence de la technologie et le soupir universel d’une créature mutante qu’on appelait jadis l’Homme.

Dira-t-on assez de ce film qu’il est une impressionnante réussite ? La photo est parfaite, décors et paysages sont superbes, tout comme les héroïnes – Mélanie Thierry, en sublime vierge hasbourgeoise, Michelle Yeoh, vertigineuse en robot top… – et l’action captivante de bout en bout. La lumière revenue, amateurs de blockbusters, fans de Dantec, personne n’échappera à l’avertissement du film : noyé dans le divertissement, éclipsé par les prouesses technos, le désir religieux demeure. Inentamé. Qui finira par tout balayer.

Babylon Babies

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Humour arabe

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Le procureur général du Liban a requis la peine de mort contre Kadhafi et six hauts fonctionnaires libyens, impliqués selon la justice locale dans la mystérieuse disparition, en 1978, de l’imam libanais Mussa el-Sadder, pendant une visite en Libye. Réalistes, les Libanais ajoutent qu’il s’agit d’une démarche essentiellement symbolique et qu’ils estiment peu probable que l’accusé principal se rende à Beyrouth pour y être jugé. Or, le problème, c’est qu’il est peut-être trop tard. Une fois la procédure lancée et publiée, les fonctionnaires libanais ne sont plus maîtres de la situation et Kadhafi, avant même d’avoir été déclaré coupable, risque de mourir de rire.

Fifty cents

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Mickael Jackson a eu cinquante ans, aujourd’hui 29 août ! Nous nous associons à l’ensemble de la presse mondiale qui a superbement feint d’ignorer le demi-siècle de Bamby. Comme nous ne sommes pas bêcheurs, nous voulons témoigner au King of the Pop de notre amical soutien : nous, nous savons qu’il a été blanchi.

Bertrand, vicomte de Lanoix

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Alors que Mme de La Vallière et Mme de Montespan se disputaient le cœur du roi, le vicomte de Lanoix, un aristocrate rochelais, s’en attachait les faveurs. Homme des Lumières, scientifique et arrière-arrière-grand-père d’Edouard Balladur, le vicomte de Lanoix importa en avril 1715 le libéralisme anglais en France, fondant la première manufacture de chaînes en acier destinées à équiper les navires des armateurs pratiquant le commerce triangulaire. C’est lui qui proposa à Louis XV de raser la « digue de Richelieu » dans la capitale de l’Aunis, afin d’aménager un agréable banc de sable, appelé « La Rochelle Plage ». Homme de goût, le Roi fut séduit par le projet, mais l’éclatement de la guerre de Hollande et le naufrage de la Royale au large des côtes rochelaises n’en permirent pas la réalisation. Dépité, Bertrand de Lanoix s’engagea comme indicateur dans les troupes hollandaises (le fameux indicateur Bertrand), avant de creuser un étang, de le remplir d’eau et de s’y se noyer.

François Boucher, Bertrand, vicomte de Lanoix présentant les plans de fortification de La Rochelle plage, 1735. Huile sur toile, conservée au musée de la Marine à voile, Vesoul.

France-Jordanie : des atomes crochus

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Le Royaume de Jordanie et son roi Abdallah II font irrésistiblement penser à ce mot de Louis-Philippe : « La monarchie est la meilleure des républiques. » Discret, le roi hachémite a conquis une place plus qu’honorable sur la scène moyen-orientale et internationale. Et depuis quelques années, le monarque et son épouse Rania effectuent régulièrement des séjours en France. Le 18 août dernier, la reine de la Jordanie était l’invitée des Sarkozy au Cap-Nègre et neuf jours plus tard, le 27 août, son royal époux était l’hôte d’honneur de la journée d’ouverture de l’université d’été du Medef.

Mais Abdallah II ne s’est pas déplacé uniquement pour fêter la Saint-Patron à Palaiseau avec Parisot, il a profité de sa visite pour parler affaires avec le président de la République. Le dossier de la coopération en matière de nucléaire civil était très officiellement au cœur de cette visite. Un protocole d’accord sur l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire a bel et bien été signé entre les deux pays. Areva semble être intéressé par l’uranium – quelques 130 000 tonnes – que les Jordaniens pourraient extraire de leurs réserves de phosphates. De son côté, la Commission jordanienne de l’énergie atomique envisage l’achat d’un réacteur nucléaire pour la production d’électricité et la désalinisation de l’eau.

Après la Libye, l’Egypte et la Syrie, la Jordanie devient donc l’un des partenaires de la France en matière de nucléaire civil. On dirait que la politique arabe est en train de devenir « la politique Areva ». Certes, la partie arabe est beaucoup plus motivée que la France pour aller de l’avant mais on ne peut nier l’existence d’un intérêt commun. L’Union pour la Méditerranée pourrait bien être propulsée par l’atome.

Le rôle de la Jordanie et de son roi, et même leur pérennité en ce début du XXIe siècle, tiennent du miracle. Fort heureusement pour cette monarchie improbable, le roi Abdallah II semble avoir hérité non seulement du trône de son père Hussein mais surtout de ses exceptionnelles qualités d’homme d’Etat. Après presque une décennie à la tête du royaume hachémite, Abdallah démontre qu’il est le digne fils de son père, et porte haut le nom de son arrière-grand-père, le fondateur du royaume. Interlocuteur écouté du Quai d’Orsay et de l’Elysée, le monarque suit de près la situation dans les pays voisins – l’Irak, la Syrie, Israël, la Palestine et le Liban. Dans cette banlieue dangereuse du monde, l’existence de la Jordanie a été principalement assurée, depuis sa naissance en 1946, par l’intelligence de ses trois rois, Abdallah, Hussein et Abdallah II. La survie de ce petit pays presque dépourvu de ressources est un formidable exploit, quand on songe à sa situation géostratégique au cœur d’un conflit indébrouillable. A quoi il faut ajouter le fait que les « autochtones » (si tant est que ce terme ait un sens dans une région où on a toujours eu la bougeotte) sont minoritaires, la majorité de la population jordanienne étant d’origine palestinienne. Allez fabriquer une nation avec tout ça, à partir d’une entité politique créée de toutes pièces par les Britanniques entre les deux guerres. Ce n’était pas gagné.

Mais comme disait l’autre, ce qui ne tue pas rend plus fort. Forte de ses multiples faiblesses et bien dirigée, le royaume a su trouver un équilibre politique, social et économique impressionnants. Pour donner une idée de l’intégration à la jordanienne, rappelons que la Reine est d’origine palestinienne, de même que Khaled Toukan, le patron de la Commission jordanienne de l’énergie atomique, issu d’une grande famille de notables de Naplouse. Rappelons aussi que l’arrière grand-père de l’actuel roi a été assassiné par un nationaliste palestinien et que son père Hussein n’a pas été très tendres avec eux en 1970-1971.

En conséquence, il est très intéressant et plus encore utile d’écouter Abdallah II, et d’analyser sa politique, surtout sa politique palestinienne. Au Moyen-Orient, personne ne connaît mieux les Palestiniens que les Jordaniens. La récente décision d’Amman de renouer le dialogue avec le Hamas aurait dû faire la « une » des journaux. Car ce changement de cap est un signal.

Les Egyptiens, il est vrai, ont conservé des liens avec Gaza, capitale de la Palestine de l’Ouest, toujours en se prévalant de leur rôle de médiateurs entre Israël et le Hamas. Les Jordaniens vont beaucoup plus loin : ils ont purement et simplement décidé de négocier avec le Hamas une réconciliation qui mettra fin à une décennie de conflit. Or, ils étaient sans doute les plus durs dans la politique du « cordon sanitaire » autour du Hamas. Si eux, experts chevronnés en affaires palestiniennes, jettent l’éponge et renoncent à la logique de l’isolement et du boycott, les jours de cette stratégie sont comptés. La Jordanie va-t-elle appliquer la maxime « If you can’t beat them, join them ! » ? Amman croit au moins à la première partie de l’adage : on ne peut pas les battre.

Après avoir causé énergie renouvelable et cours de bourse avec Nicolas Sarkozy, on peut raisonnablement supposer qu’Abdallah II l’a informé du nouveau cours de sa politique palestinienne : deux Etats pour un peuple. En ouvrant au Hamas les portes d’Amman, le roi sait que, tôt ou tard – et plutôt tôt que tard – l’Autorité palestinienne sera obligée d’accepter un Etat palestinien de fait bicéphale. Reste à savoir le prix que le Hamas a accepté de payer en échange de la levée du boycott, au-delà d’un engagement à ne pas agir contre le régime et de quelques promesses concernant les règles du jeu entre Gaza et Ramallah.

La visite d’Abdallah II à Paris quelques jours avant que Sarkozy ne prenne le chemin de Damas, et sa nouvelle ligne vis-à-vis du Hamas laissent penser que la démarche jordanienne s’inscrit dans une grande manœuvre en cours au Moyen-Orient pour couper l’Iran de ses alliés méditerranéens en Syrie, au Liban et en « Palestine de l’ouest ». Abdallah pourrait obtenir des islamistes gazaouis, dont certains envoient leurs mails depuis Damas et flirtent avec Téhéran, qu’ils ne sabotent pas ces efforts de la diplomatie occidentale dans lesquels Paris joue un rôle actif. Le grand marchandage en cours avec la Syrie appellent d’autres tractations, avec Israël, le Liban et le Hezbollah, et le Hamas. Si le roi de Jordanie est dans le coup, c’est peut-être sérieux.

Bové fait son oedipe

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J’adore José Bové. Et c’est peu de chose de le dire. Je l’aime d’un amour fou et passionné. Quelle femme, d’ailleurs, pourrait résister à cet être d’exception, dont la virilité s’exacerbe dans le geste auguste du faucheur et des bacchantes pleines de promesses ? Excusez du peu : nous autres Allemands sommes, pour ainsi dire, devenus spécialistes en matière de moustaches. Certes, au cours de la pénible deutsche Vergangenheit, il nous est arrivé de croire en l’innocuité de certaines touffes. Mais aujourd’hui – on ne nous y reprendra plus[1. Angela Merkel se rase trois fois par jour.] –, nous savons reconnaître les qualités morales d’un homme à sa pilosité subnasale. Dans le panthéon capillaire, José Bové ne dépareillerait pas à côté d’un Nietzsche, d’un Sloterdijk et même d’un Albert Schweitzer. Le poil ne ment pas : Bové n’est pas simplement un grand esprit, c’est un bienfaiteur du genre humain.

Pour les Français, il est encore bien plus que cela. Avec José Bové, sa résistance aux grandes puissances mondiales, son courage et son capital pileux, c’est Vercingétorix qui fait son come back dans la glorieuse histoire nationale. Un Vercingétorix qui aurait viré tocard, mais un Vercingétorix quand même. Ainsi la France tout entière devrait-elle être occupée aujourd’hui à célébrer les vertus rédemptrices de José Bové, à lui élever des statues et des autels votifs. Les têtes chenues devraient s’incliner sur son passage. Les enfants des écoles devraient réciter de petits compliments, maladroitement écrits mais d’une sincérité poignante, pour chanter humblement la gloire du grand homme. Au jour de la Saint José, on irait en famille faucher des champs à perte de vue, la Beauce et la Brie, les Champs-Elysées et les champs d’honneur. Il n’en est rien. L’ingratitude est maîtresse de France. On vient de conduire José Bové devant un tribunal.

Pire encore, du haut d’une estrade qui le place au-dessus du commun des mortels[2. Dans les tribunaux français, une erreur de menuiserie a placé le parquet plus haut que le siège.], un procureur de la République a requis huit mois de prison ferme et la privation des droits civiques à l’encontre de la Vénus de Millau. Depuis le procès de Jeanne d’Arc, aucun magistrat français n’avait prononcé de réquisitoire aussi sévère : « Il est temps pour José Bové, a déclaré le procureur de la République de Bordeaux, de mettre fin à des agissements compulsifs qui résultent d’un Œdipe mal négocié. »

Face à une telle diatribe, qui vous ferait passer Cicéron pour un dyslexique et Laure Manaudou pour une hystérique, l’élan du cœur et la passion débordante que je porte à l’homme aux moustaches m’obligent à prendre sa défense et à plaider sa cause devant le tribunal :

Monsieur le Président,

De toutes les vertus intangibles qui, dans une cour, devraient nous inspirer et guider chacun vers l’unique but que nous poursuivons – la recherche de la vérité –, la mansuétude est la sœur préférée de la justice. Or, au cours des réquisitions que nous venons d’entendre, Monsieur le Procureur n’a fait preuve ni de l’une ni de l’autre. Cela lui aurait pourtant permis de retenir au moins une circonstance atténuante : il est si banal d’être fauché aujourd’hui en France que nul être censé ne pourrait y trouver matière à procès.

De deux choses l’une. Soit j’ai mal lu Freud, soit le ministère public a étudié l’œuvre du bon docteur Sigmund dans les pages « psychologie » de la Gazette du Palais, mais cela m’étonnerait que huit mois de prison ferme puissent soigner un complexe d’Œdipe – sauf à penser que la figure maternelle soit représentée par le codétenu qui s’active derrière vous à l’heure où les pas lourds des gardiens martèlent d’un bruit sonore le corridor. C’est le drame du système carcéral français : il n’y a pas suffisamment de psychanalystes en prison et il faudra bien qu’un jour la France se résolve à en enfermer quelques-uns.

Cela dit, on ne crèvera pas les yeux de Monsieur le Procureur pour autant. Il doit déjà maîtriser le Code civil, le Code pénal et le Code de la route, on ne lui demandera pas de potasser le corpus freudien. Oui, comme il le dit, avec un humour qui est propre à sa profession et qui fait bien rire la défense depuis l’abolition de la peine capitale, José Bové n’a pas réglé tous ses problèmes avec son paternel, Joseph-Marie, ancien directeur de l’Institut national de recherches agronomiques – Institut sous la tutelle duquel se pratiquent aujourd’hui les expérimentations OGM à ciel ouvert.

Tout petit déjà, quand sa mère apportait à table un plat de brocolis ou de salsifis, qu’il supposait être génétiquement modifiés par son agronome de père, le petit José s’empressait de démonter la table en formica de la cuisine, les chaises, la gazinière, les placards et le frigo. Ses parents ne l’auraient pas retenu qu’on aurait vu le pauvre enfant démonter les pneus et même la mer. Pauvre famille Bové qui devait acheter de nouveaux meubles chaque semaine et qu’on retrouvait fauchée chaque 15 du mois. Privé en de telles circonstances d’argent de poche, le jeune Bové souffrait à un point tel qu’il était déjà obligé de faucher tout ce qui passait à sa portée. Cela a commencé innocemment par deux ou trois carambars chez la boulangère de Talence, une bicyclette un jour d’été à Lacanau et même son prénom, Joseph, que, faute de moyen, il raccourcit en José.

Selon l’interprétation psychanalytique de Monsieur le Procureur, lorsque José Bové fauche aujourd’hui du maïs, ce sont les roubignoles à papa qu’il coupe. Quand une vingtaine de faucheurs se retrouvent avec lui au petit matin au milieu d’un champ, non sans avoir au préalable prévenu ces messieurs de la Presse, ce n’est donc pas d’une action anti-OGM qu’il s’agit, c’est une partouze psychanalytique. Cela requalifie le délit de destruction de propriété privée en atteinte aux bonnes mœurs. Mieux encore, cela place mon client parmi les plus grands pervers de l’histoire judiciaire récente : jamais on n’aura vu un homme couper autant de couilles à la fois, ni en casser avec une telle intensité.

Ce n’est donc pas en prison que l’on doit enfermer José Bové, mais chez les frapadingues. C’est la raison pour laquelle, Monsieur le Président, j’ai l’honneur de demander au tribunal que José Bové bénéficie du droit d’asile.