Suite à l’augmentation de 300 % des droits de douane sur le Roquefort décidé par l’administration américaine, Martin Malvy, président de la région Midi-Pyrénées, a envoyé un « coffret prestige » de ce fromage au futur président américain. Un conseil de crise a été immédiatement réuni autour de Barack Obama qui s’apprête, dès le lendemain de l’investiture, à déposer une demande de résolution à l’ONU. La France, et la région Midi-Pyrénées en particulier, seront obligées de se soumettre des inspections internationales afin de vérifier qu’il n’existe pas d’autres armes chimiques de destruction massive sur notre territoire. En cas de refus, des frappes ciblées seraient envisagées sur plusieurs objectifs stratégiques : Roquefort, bien sûr, mais aussi les principaux centres de collecte du lait de brebis : Sainte-Affrique, Marvejols, voire Rodez.
Noyade dans une fontaine de jouvence
Roméo Montaigu et Juliette Capulet vivaient chez leurs parents, ce qui est tout à fait normal vu que la demoiselle n’avait pas encore 14 ans et que, même si Shakespeare reste discret sur ce point, le jeune homme avait probablement entre 15 et 18 ans. Leonard Kraditor, Sandra Cohen et Michelle Rausch, les trois personnages principaux de Two Lovers, sont deux fois plus âgés que les amoureux de Vérone mais eux non plus ne vivent pas seuls et sont loin d’être indépendants. Avec Tanguy[1. Une comédie d’Etienne Chatiliez. A 28 ans, le brillantissime Tanguy n’a pas la moindre intention de quitter l’appartement de ses parents soixante-huitards – l’emplacement et les prestations sont parfaites, maman et papa trop cools et le monde réel avec ses contraintes quand même chiant en ce début du troisième milliaire…] cette jeunesse à rallonge faisait rire – ou prétendait le faire. L’excellent Two Lovers nous plonge dans l’angoisse. Le nouveau film de James Gray raconte une histoire d’amour, un drame alimenté par le conflit entre raison et passion. Mais il est d’abord une tragédie contemporaine qui nous montre en train de nous noyer dans la fontaine de jouvence dont nous avons tant rêvé.
Oubliez Petit-déjeuner chez Tiffanys ! Leonard et Sandra vivent carrément chez leurs parents. Leonard occupe toujours sa chambre d’enfant et dort dans le même lit. Talentueux et sympathique, Leonard n’arrive pas à grandir et devenir adulte. Une déception amoureuse sur fond de personnalité psychiquement fragile – c’est l’unique explication de son état d’infantilité socio-économique.
On en sait encore moins sur Sandra mais sa situation sociale n’est guère différente : légalement adulte, elle mène l’existence d’une lycéenne de 16 ans. Sa rencontre avec Leonard en dit long : elle a demandé à ses parents de se faire inviter à dîner par les Kraditor. Naturellement, à 25 ou 30 ans elle les accompagne… Tout se passe bien et Leonard l’invite dans sa chambre pour lui montrer ses photos. Comme toute personne n’ayant pas accompagné ces parents à quoi que ce soit depuis l’âge de 15 ans (du moins je le suppose), j’ai éprouvé face à cette scène une tristesse et une angoisse presqu’insupportables.
En 2008, à New York, dans des familles appartenant à la classe moyenne, cette existence signale la faillite d’un monde. Qui aurait pu imaginer un film américain dans lequel les héros vivent à 30 ans chez les parents ? La dernière des serveuses rêvant à 20 ans de devenir une star aurait un petit studio ou vivrait, à la Friends en colocation. Même Michelle, la voisine blonde qui éblouit Leonard n’habite pas vraiment chez elle, son appartement étant payé par un sugar daddy, l’amant qui l’entretient – un vrai adulte, lui.
Sans statut, sans métier, sans vie sociale, ces trois vieux ados flottent dans la vie laissant les parents/adultes – aimants et bien intentionnés, il faut le dire – prendre les décisions les plus importantes pour eux. La famille fonctionne si bien qu’elle empêche ses jeunes membres de sortir de ce cocon. Leonard et Michelle jouent un peu à la rébellion, et semblent, au moins pour un court moment, suivre leurs désirs. Ils planifient même, adolescence oblige, une fugue à San-Francisco pour vivre leur passion. Mais ils ne franchissent pas le pas, l’indépendance est trop lourde à assumer et la rébellion se mue en capitulation complète quand les trois gamins finissent par se conformer aux plans que les adultes ont faits pour eux.
Le dramaturge américain Neil Simon nous avait déjà fait visiter le quartier de Brighton Beach[2. Brighton Beach memoirs (1983)], ce quartier du sud de Brooklyn où habitent les Cohen et les Kraditor. La famille, la communauté et ces quartiers newyorkais des immigrants russophones à majorité juifs sont aussi au centre des trois films précédents de James Gray, metteur en scène de Two Lovers. Reste que même le Portnoy de Philip Roth a physiquement quitté sa famille et son enfance, quitte à les retrouver sur le divan.
Alors, on sait bien que l’enfance, la famille et les origines sont difficiles à assumer, mais jusque-là la vie réelle avec appartement, travail, voiture, argent et tous les autres trucs d’adultes obligeaient à s’en sortir, ou en tout cas à faire avec. Avec la troïka de Two Lovers on apprend qu’on ne peut même plus en sortir, qu’il ne s’agit ni d’une métaphore ni d’une allégorie psychologique : c’est l’âge adulte lui-même qui est hors d’atteinte. À la différence de Peter Pan, ce n’est ni drôle ni charmant.
On arrive là au cœur du problème, celui des héros de James Gray et celui des « vrais jeunes » : les enfants des baby-boomers n’y arrivent pas. Leurs parents sont trop bons, trop compréhensifs et le monde trop dur. Le travail est rare et mal payé, le logement cher. Rien ne pousse ni ne convie ou encourage à grandir. Qui peut se lancer dans la vie aujourd’hui sans un transfert massif de capital entre générations – terme pudique pour désigner le fric que vous donnent vos parents pour votre appartement ou votre voiture ? Et le pire est que, quand ils sont possibles, ces « transferts » sont l’ultime forme de la transmission à laquelle consent une génération qui s’est constituée comme celle de la rupture avec le « vieux monde » (celui devant lequel il fallait courir camarade). Ni dette, ni héritage : faire du passé table rase devait être la preuve absolue de la liberté. Ce que montre James Gray c’est que cette liberté, habillée a posteriori en France du seul étendard de « 68 », est synonyme d’infantilisation généralisée de la société. Refusant d’être fils, les baby boomers ont été incapables de devenir pères. La mode et la culture de masse ont effacé les différences entre générations, ouvrant la voie à une très longue jeunesse qui sépare l’enfance d’une vieillesse de plus en plus tardive. Ils ont consommé jeune pour rester jeunes. Et voilà que la dernière astuce pour arrêter le temps de cette génération qui refuse de vieillir est d’interdire à ses enfants de grandir.
Two Lovers, film américain de James Gray avec Joaquin Phoenix, Gwyneth Paltrow et Isabella Rossellini.
Gaza ou le comble de l’hypocrisie
Ce texte a été publié en arabe sur le site aafaq.org. Nous reproduisons ici les longs extraits traduits par Chawki Freïha sur le site mediarabe.info.
Puisqu’il m’importe peu de satisfaire les uns, de défendre les autres ou d’éviter la colère des troisièmes, je peux dire que le Hamas n’est qu’une sécrétion islamique terroriste dont le comportement irresponsable à l’égard de sa population l’empêche d’atteindre le statut gouvernemental. Mais ceci est conforme à l’habitude, puisque, à travers l’histoire de l’islam, jamais une bande de criminels islamistes n’a respecté ses administrés. (…)
Je ne prétends pas défendre Israël, puisque les juifs ne m’ont pas demandé mon avis quant à leur terre promise. S’ils le faisaient, je leur conseillerais de brûler leurs livres sacrés, de quitter la région et de sauver leur peau. Car les musulmans constituent une nation rigide exempte de cerveau. Et c’est contagieux. Tous ceux qui les fréquentent perdent la cervelle…
Avant la création de l’Etat d’Israël, l’histoire n’a jamais mentionné une guerre impliquant les Juifs, ni qu’un Juif ait commandé une armée ou mené une conquête. Mais les musulmans sont des combattants, des conquérants et leur histoire ne manque pas d’exemples et de récits de conquêtes, de morts, de tueries, de razzias… Pour les musulmans, tuer est un loisir. Et s’ils ne trouvent pas un ennemi à tuer, ils s’entretuent entre eux.
Il est impossible pour une nation qui éduque ses enfants sur la mort et le martyre pour plaire à son créateur, d’enseigner en même temps l’amour de la vie. La vie a-t-elle une valeur pour une société qui inculque à ses enfants qu’ils doivent tuer ou être tués pour aller au Paradis ?
(…) Depuis le début de l’opération israélienne contre Gaza, je suis bombardée de courriers électroniques venant de lecteurs musulmans qui me demandent mon avis sur ce qui se déroule à Gaza. Je ne suis pas concernée par ce qui s’y passe, mais je suis intéressée par les motivations de ceux qui m’écrivent. Je suis convaincue que ce qui les motive n’est pas la condamnation de l’horreur, ni la condamnation de la mort qui sévit à Gaza. Car, si la motivation était réellement la condamnation de la mort, ces mêmes lecteurs se seraient manifestés à d’autres occasions où la vie était menacée.
Ceux qui condamnent le massacre de Gaza au nom de la défense de la vie comme valeur auraient dû m’interroger à chaque fois que cette vie était menacée. Plus de 200.000 musulmans Algériens ont été massacrés par d’autres musulmans Algériens ces quinze dernières années, sans qu’aucun musulman ne s’en émeuve. Des femmes Algériennes violées par les islamistes ont témoigné et raconté que leurs violeurs priaient Allah et imploraient son Prophète avant de les violer. Mais personne ne m’a demandé mon avis.
Plus de 20.000 citoyens syriens musulmans ont été massacrés par les autorités (Hama en 1983) sans qu’aucun musulman ne réagisse et sans qu’aucun ne me demande mon avis sur ces massacres étatiques.
Des musulmans se sont fait exploser dans des hôtels jordaniens tuant des musulmans innocents qui célébraient des mariages, symboles de la vie-valeur, sans qu’aucune manifestation ne soit organisée à travers le monde, et sans qu’on ne me demande mon avis.
En Egypte, des islamistes ont récemment attaqué un village copte et ont massacré 21 paysans, sans qu’un seul musulman ne dénonce ce crime. Saddam Hussein a enterré vivant plus de 300.000 chiites et kurdes, et en a gazé beaucoup plus, sans qu’un seul musulman n’ose réagir et dénoncer ces crimes.
Au plus fort des bombardements de Gaza, une femme musulmane, fidèle et pieuse, s’est fait exploser en Irak dans une mosquée chiite, tuant une trentaine d’innocents, sans que les médias ou les musulmans ne s’en émeuvent.
Il y a quelques mois, le Hamas a aussi tué onze personnes d’une même famille palestinienne, accusés d’appartenir au Fatah, sans que des manifestations ne soient organisées en Europe ou dans le monde arabe, et sans qu’aucun lecteur ne m’écrive et ne m’envoie ses protestations.
Ainsi, la vie n’a pas de valeur pour le musulman. Sinon, il dénoncerait toute atteinte à la vie, quel qu’en soit l’auteur. Les Palestiniens et leurs soutiens dénoncent les massacres de Gaza, non pas par amour de la vie, mais pour dénoncer l’identité des tueurs. Si le tueur était musulman, appartenant au Hamas ou au Fatah, aucune manifestation n’aurait eu lieu.
(…) CNN a diffusé un documentaire sur Gaza montrant une femme palestinienne qui se lamente et crie : mais qu’ont fait nos enfants pour être tués comme ça ? Mais qui sait, peut-être s’agit-il de la même Palestinienne qui se réjouissait il y a deux ans quand l’un de ses fils s’était fait exploser dans un restaurant de Tel Aviv et qui disait alors souhaiter que ses autres enfants suivent le même exemple et deviennent martyrs.
Quand l’idéologie et l’endoctrinement atteignent une telle bassesse, il devient normal que cette Palestinienne perde toute notion de la valeur de la vie. Sinon, elle pleurerait ses enfants de la même façon, qu’ils soient morts en commettant un attentat-suicide à Tel Aviv ou sous les bombes israéliennes. Car, la mort est la même, quelles qu’en soient les circonstances, et il faut la combattre quand la vie mérite d’être vécue et pleurée.
Comment puis-je me sentir solidaire d’une femme qui lance des youyous de jouissance quand l’un de ses enfants se fait exploser contre les juifs et pleure quand les juifs tuent ses autres enfants ?
L’idéologie enseigne aux musulmans que tuer ou être tué permet au fidèle de gagner le paradis. Dans ce cas, pourquoi pleurer les Gazaouis alors qu’ils n’ont pas bougé le petit doigt pour les Irakiens, les Algériens, les Egyptiens ou les Syriens pourtant musulmans ?
(…)
Après ce qui précède, je suis certaine que ceux qui m’écrivent et me demandent mon avis sur ce qui se passe à Gaza cherchent à me faire prononcer des mots qu’ils pourraient utiliser pour me compromettre et me condamner, ou alors à me faire dire ce qu’ils ne peuvent exprimer eux-mêmes.(…)
Il y a une dizaine d’années, Borhane, un jeune Palestinien de 14 ans, a perdu ses bras, ses jambes et la vue dans l’explosion d’une mine en Cisjordanie. La communauté palestinienne aux Etats-Unis s’est mobilisée pour lui venir en aide et financer son hospitalisation dans l’espoir de sauver ce qui pouvait l’être. Lors d’un diner de bienfaisance organisé à son profit en Californie, la plus riche Palestinienne des Etats-Unis s’est présentée en grande fourrure, et a qualifié Borhane de héros. Elle s’est adressée à ce bout de chair immobile et inerte : « Borhane, tu es notre héros. Le pays a besoin de toi. Tu dois retourner dans le pays pour empêcher les sionistes de le confisquer… » L’hypocrisie de la Palestinienne la plus riche des Etats-Unis l’empêche d’envoyer ses propres enfants défendre la Palestine contre les sionistes. Exactement à l’image des chefs du Hamas qui demandent les sacrifices à Gaza, mais restent à l’abri à Damas et à Beyrouth.(…)
La guerre contre Gaza est certes une horreur. Mais elle a le mérite de dévoiler une hypocrisie inégalée dans l’histoire récente de l’humanité. Hypocrites, les Frères Musulmans syriens qui déclarent abandonner leurs activités d’opposition pour resserrer les rangs contre les sionistes. Ont-ils le droit d’oublier les crimes du régime commis contre les leurs à Hama, Homs et Alep ? Avant de se réconcilier avec le régime pour lutter contre les sionistes, ces Frères musulmans ont-ils dénoncé les crimes commis par leurs alliés et partenaires (dans la confrérie) en Algérie et en Irak ? Ont-ils dénoncé la mort de centaines de milliers de chiites en Irak sur le pont des oulémas à Bagdad, pulvérisé par l’un des vôtres conformément aux enseignements de votre religion de la paix et de la miséricorde ? Avez-vous une seule fois dénoncé les exactions contre les chrétiens en Irak ? Ou contre les coptes en Egypte ? Votre hypocrisie nous empêche de croire en vos sentiments à l’égard des enfants de Gaza, puisque vous êtes responsables du pire. (…)
Essayons d’imaginer ce que le Hamas aurait fait du Fatah, et des autres, s’il possédait la technologie et les armes d’Israël ? Essayons d’imaginer ce que l’Iran aurait fait des sunnites de la région, s’il détenait les armes modernes que possède Israël ? Ce serait sans doute le massacre garanti (…). J’ai récemment rencontré un religieux hindou en marge d’une conférence consacrée à la guerre contre le terrorisme. Il m’a dit : « toutes les guerres se sont déroulées entre le bien et le mal. La prochaine doit opposer le mal au mal ». Je lui ai demandé des explications. Il m’a dit : « Je suis contre la présence américaine en Irak et en Afghanistan. Si les Etats-Unis veulent gagner la guerre contre les islamistes, ils doivent se retirer et laisser les deux pôles du mal s’entretuer. Nourris à la haine, les sunnites et les chiites vont se battre et se neutraliser. »
On peut conclure de ces mots emplis de sagesse qu’Israël contribue aujourd’hui, inconsciemment, au succès de l’islam. En s’attaquant à Gaza, Israël pousse les musulmans à se solidariser et à surmonter leurs divergences. Et le « septembre noir » jordanien est encore dans tous les esprits (…). Les exactions dont sont capables les arabes et les musulmans dépassent toute imagination. Un char jordanien avait écrasé un Palestinien, le conducteur du char est descendu de son blindé et a bourré la bouche de sa victime avec un journal… Un comportement qu’aucun militaire israélien n’a eu à Gaza. Pendant les massacres de Hama en Syrie, des militants des Frères musulmans trempaient leurs mains dans le sang des victimes pour écrire sur les murs : Allah Akhbar, gloire à l’islam. Je n’ai jamais entendu raconter qu’un juif ait écrit avec le sang d’un autre juif des slogans à la gloire du judaïsme. Je le dis avec un pincement au cœur : pour sauver l’humanité du terrorisme, il faut que le monde libre se retire et qu’il laisse les musulmans s’entretuer.
Quand j’étais étudiante à l’université d’Alep, l’ancien ministre syrien de la Défense Mustapha Tlass était venu nous rencontrer. Dans un élan d’hypocrisie, Tlass nous avait dit : « Israël craint la mort et la perte d’un de ses soldats lui fait peur et mal. Mais nous, nous avons beaucoup d’hommes et nos hommes ne craignent pas la mort. » Là réside la différence entre les deux conceptions et les deux camps, et le témoignage de Tlass semble avoir inspiré les dirigeants du Hamas aujourd’hui.
L’extermination de tous les enfants de Gaza importe peu aux dirigeants islamistes du Hamas, la vie n’ayant aucune valeur pour eux. Ils se réjouissent simplement de la mort de quelques soldats israéliens.
Si le Prophète Mohammed avait su que le juif volerait un jour à bord des F-16, il n’aurait pas commandé à ses disciples de tuer les juifs jusqu’au jour dernier. Par pitié pour les générations futures, pour sauver leur descendance et lui préparer une vie meilleure, loin de l’idéologisation de la mort, ses disciples doivent tourner le dos à cette idéologie.
Les musulmans doivent commencer par changer pour prétendre changer la vie. Ils doivent rejeter la culture de la mort enseignée par leurs livres. C’est seulement quand ils y parviendront qu’ils n’auront plus d’ennemis. Car celui qui apprend à aimer son fils plus qu’à haïr son ennemi saura mieux aimer la vie.
Quand on parle d’explosifs, mieux vaut avoir des munitions
Alors qu’on parle déjà beaucoup des fameuses munitions au phosphore blanc, c’est au tour des bombes dites « DIME » (Dense Inert Metal Explosive) de provoquer la polémique après que deux médecins norvégiens les ont dénoncées comme particulièrement nocives, accusant au passage Israël de se servir de Gaza comme un laboratoire expérimental pour ses nouveaux armements. Des dénonciations répercutées sans l’ombre d’une vérification un peu partout dans la presse, qu’elle soit alter ou sérieuse. Heureusement comme d’hab’, le blog Secret Défense de Libé veille au grain. Jean-Dominique Merchet y donne la parole à un internaute qui n’a pas d’opinions connues sur le conflit, mais qui, lui, semble savoir quelques petites choses sur les munitions en question. Son avis ? Que ce type d’armes évite notamment les dégâts collatéraux : « L’explosif est d’un nouveau type, qui permet de maximiser l’effet létal au point d’impact et le minimiser au delà. » En revanche, l’expert cité par Secret défense corrobore les inquiétudes des médecins norvégiens sur le risque de cancers chez les survivants blessés par ce type de munitions.
Gazaouis, enrichissez-vous
J’ai bien conscience d’être un rien intempestif, voire indécent, mais j’aimerais bien qu’un internaute francophone de Gaza relaie, auprès de ses concitoyens, l’injonction célèbre de François Guizot aux Français de la monarchie de Juillet. Oui, gens de Gaza, enrichissez-vous, par votre travail et par votre épargne, au lieu de vous vautrer dans le malheur, la misère et l’oppression ! Enrichissez-vous, tous, en fonction de votre énergie et de vos capacités au lieu de laisser quelques vautours faire de l’argent sur votre déréliction. Débarrassez-vous des contrebandiers de tunnels, des cameramen qui touchent en dollars leur livre de chair sanguinolente envoyée dans l’espace hertzien, des fonctionnaires des Nations-Unies au per diem grassouillet et 4×4 rutilantes, des ONG dites « bingos » pour leur aptitude à pomper le maximum de subventions et de dons de braves gens en noircissant sans vergogne votre sort. Votre détresse est leur capital, et sa perpétuation leur rente.
Tout ces gens-là, qui disent vous vouloir du bien, soulager votre souffrance, et promouvoir votre cause sacrée à travers le monde ne méritent pas plus de respect que les mafieux roumains qui relèvent régulièrement les compteurs de la mendicité des enfants et des femmes avec bébé drogué dans le métro parisien.
N’en n’avez-vous pas assez de cette situation d’éternels assistés, dépendants de la charité publique pour la nourriture, l’éducation de vos enfants, la santé de vos familles ?
Croyez-vous vraiment que ce sont ces horribles sionistes qui vous empêchent de mener une vie normale, faite de joies et de peines banales, de grands bonheurs et de petites misères ?
Lorsqu’ils sont partis de chez vous, en août 2005, j’étais là, pas loin, du côté de Jérusalem. Je vous assure que l’immense majorité des Israéliens n’avaient qu’un désir : vous oublier, ne plus penser à Gaza. Votre destin, qu’ils avaient pendant quelques années contribué à façonner, sinon à améliorer en vous offrant du travail dans leurs kibboutz ou dans leurs entreprises, ne les concernait plus. Ils n’éprouvaient, à cette époque, ni haine ni amour pour vous : juste de l’indifférence, et, pour certains, un peu de regret que des rapports interpersonnels qui s’étaient établis au fil du temps se soient brisés sur le roc tragique de l’Histoire.
Ils avaient détruit leurs maisons de colons, mais laissé leurs serres. Qu’en avez vous fait ? Un vaste chantier de récupération de matériaux pour vos bricolages personnels, et ces terres sont retournées à leur friche originelle.
Dès que l’armée d’Israël s’est retirée, les clans familiaux ont repris leur mise en coupe réglée de l’économie du territoire. Oh, l’argent ne manque pas à Gaza, comme on a pu le constater lorsque le mur barrant la frontière égyptienne a été forcé pendant quelques jours : les magasins égyptiens ont été dévalisés, payés en liquide avec des liasses de dollars et de shekels israéliens ! Toute une pègre se gave du recyclage de l’argent injecté par millions par les institutions internationales, peu regardantes sur l’usage fait de ces subsides.
La corruption du Fatah vous a poussés dans les bras du Hamas. La section palestinienne des Frères musulmans se préoccupait, certes, de soulager les misères quotidiennes du petit peuple, et semblait moins avide que les buveurs de whisky venus de Tunis via Ramallah. Sauf que le bonheur qu’il vous promettent se situe dans l’autre monde. Les chefs du Hamas vous incitent à vous y rendre le plus rapidement possible, en vous faisant accompagner dans ce grand voyage par quelques ennemis qualifiés de singes et de porcs. Vous avez voté, en majorité, pour la mort, contre la vie, alors que vous pensiez élire les plus purs parmi les « résistants » à l’ennemi sioniste. Aujourd’hui, ces gens-là vous ont emmenés au bout de l’enfer : votre vie, celle de vos enfants, a moins de valeur que la dernière de leurs babouches. Qu’ont-ils prévus pour vous protéger des représailles des Israéliens, qui n’allaient pas manquer de répondre aux tirs quotidiens vers Sdérot et Ashkelon ? Où sont les abris anti-aériens que tout dirigeant doté d’un milligramme d’humanité dans un repli de son cerveau n’aurait pas manqué de faire édifier avant d’aller tirer les moustaches du tigre ?
Bientôt, le calme va revenir. Pour Israël, ce sera le retour à la vie presque normale d’une société prospère, où la recherche du bonheur est un délicat exercice d’équilibre entre l’aspiration au bien-être matériel et le respect de valeurs supérieures, religieuses ou morales. Pour vous, lorsque vous aurez fait le deuil de vos trépassés, rafistolé vos maisons bombardées, il vous restera le choix entre la haine, la vengeance et la misère d’un côté, et, de l’autre, le choix d’une vie meilleure, d’un horizon ouvert, et de guides capables de vous conduire vers l’espoir.
Rien ne vous empêche de profiter de votre situation géographique, de vous atouts touristiques, de la proximité même d’une société développée comme Israël pour tirer votre épingle du jeu. Gaza, porte du Sinaï, n’a pas un front de mer plus indigne que Tel Aviv ou Ashdod, et n’a pas encore, par bonheur, subi les ravages de l’architecture hôtelière de la fin du siècle dernier. Que Mövenpick, le groupe suisse, vienne construire là un 5 étoiles aussi dément que sur la rive jordanienne de la Mer Morte, et vous verrez affluer les oligarques russes en quête de soleil hivernal. En transvasant de la piquette dans une bouteille étiquetée Château-Pétrus, opération sans risque car la vodka matinale endort les papilles gustatives, vous pourriez, par exemple, améliorer votre ordinaire. Faites de Gaza une oasis fiscale, et les malfrats israéliens viendront planquer leur argent chez vous. Ouvrez des casinos : tant que les rabbins interdisent les bandits manchots en Israël, il y a de quoi se gaver ! Ne tuez plus vos ennemis, arnaquez-les !
« Mon Berri » à moi
« Mon » Claude Berri à moi n’a jamais été producteur. C’est beaucoup trop connoté comme mot. Ca fait trop Hollywood. C’est même un tantinet vulgaire. Avouons-le. D’ailleurs la presse s’est engouffrée très largement dans cette image un peu sinistre du businessman averti qui « a su investir » dans les bons films « quand il fallait » et « prendre des risques » financiers « opportunément » : le Parisien et le Figaro ont fait de lui « le dernier nabab », Libération un « baron du cinéma », le Dauphiné Libéré un « parrain du cinéma » et le patron de Pathé, M. Seydou a estimé qu’il était un « pacha ». La panoplie caricaturale du producteur des années 40 est complète. Il ne manque plus que la robe de chambre en satin rose, le cigare d’importation cubaine, et la villa sur les hauteurs de Los Angeles. On sent poindre l’image de l’exubérant Lipnick, patron du studio Capitol dans le film des frères Cohen, Barton Fink. Comme si « mon » Claude Berri était ce vulgaire bonhomme, rustre et tyrannique, qui investit dans le cinéma, comme on investirait sur le marché des matières premières à la bourse de Chicago… Nabab ? Baron ? Pacha ? Parrain ? Non, certainement pas… « Mon » Claude Berri à moi, n’est pas là. Il n’a jamais été producteur. C’est une illusion d’optique.
Ce fut simplement un très grand cinéaste, qui sut « défendre » occasionnellement le cinéma des autres. « Mon » Claude Berri ressemble davantage à certains de ces grands compositeurs qui furent aussi d’immenses chefs d’orchestres : les Léonard Bernstein, les Gustav Mahler, les Richard Strauss, etc. Ces artistes qui avaient également une passion pour l’art des autres, et vivaient comme une mission de le soutenir. Les british ont un joli mot pour parler de ça, ils disent que ces types d’hommes aiment championner (de to champion) leurs poulains… les « défendre » si je puis me permettre cette approximation, s’en faire les hérauts, si ce n’est même les champions… Et ça, franchement, ce n’est pas simplement être un producteur.
Avec la mort de Claude Berri, la presse est tombée dans le panneau. Non, seulement elle a colporté cette image erronée de producteur-businessman, homme de réseaux, homme d’influences, homme de pognon, friqué au point de lancer sa propre galerie d’art ( pensez donc ! )… mais elle a quelque peu oublié de faire pleinement l’éloge de l’artiste qu’il a toujours été. Libération, échaudé par un contentieux judiciaire avec le réalisateur remontant au début des années 90[1. Suite à un papier très négatif de Serge Daney contre le film Uranus de Claude Berri, les relations entre le réalisateur et le journal se sont significativement altérées. Berri obtint par voie judiciaire un « droit de réponse » dans les pages du quotidien, que Gérard Lefort qualifie encore aujourd’hui, après la mort de Claude Berri, de « calamiteux » et « navrant »…], va même jusqu’à écrire sous la plume d’Olivier Séguret : « En tant que cinéaste, la critique a pu occasionnellement porter sur lui l’attention, mais pas au point de le tenir pour un artiste d’importance. » Ben voyons. Séguret préfère réduire Claude Berri à une abstraite « figure tutélaire » du cinéma hexagonal, dans le panier de crabes des Langlois, Jacob ou Toscan du Plantier, le genre de types que l’on remercie par habitude aux Césars, plutôt que de reconnaître l’originalité réelle de son œuvre de réalisateur (ou de dire carrément sa détestation serait-ce devant une tombe).
Parce que si Claude Berri a effectivement soutenu à bout de bras le cinéma de son temps… depuis les comédies populaires de Claude Zidi (Inspecteur Labavure, Banzaï, etc.) jusqu’à des films aussi ambitieux tels que Tess de Polanski, La Reine Margot de Chéreau ou L’Enfance nue de Pialat… « Mon » Claude Berri est avant tout un grand réalisateur. Je dois bien l’avouer. Pardonnez-moi. C’est celui là que j’aime… Distingué aux Etats-Unis par un Oscar dès son premier court-métrage, au début des années 60, Le poulet, Claude Berri n’a jamais cessé, tout au long de sa vie, de produire son propre cinéma tandis qu’il produira aussi celui des autres. Et ça il ne faudrait pas l’oublier. Ce serait trop bête… Trop con de négliger Le vieil homme et l’enfant, par exemple ; film partiellement autobiographique de 1966, dont Claude Berri est aussi le scénariste, et qui met en scène le dernier, et si bouleversant, Michel Simon en grand père réac, pétainiste et antisémite, qui accueille dans son foyer un gosse juif pour le protéger des rafles de l’occupation. Dès les années 1960, Claude Berri a manifestement le sens de la provocation.
Tiens, son cinéma « personnel » a l’air moins fédérateur que celui qu’il produit pour les autres. Tiens, cela ne ressemble pas trop à L’Ours ou Bienvenue chez les Ch’tis… Et ce n’est pas terminé. Sautons sélectivement les étapes… En 1972, « Mon » Claude Berri produit, dirige et joue dans Sex-Shop. Dévastatrice comédie de mœurs sur les années Pompidou, centrée sur un brave libraire bourgeois, Claude, qui décide de transformer sa boutique déclinante en glorieux « sex shop » plein d’avenir…. C’est évidemment l’occasion pour Claude Berri de donner une décapante satire de la bourgeoisie du début des années 1970, mais de se moquer également des discours enthousiastes de l’époque sur la liberté sexuelle… Claude Berri, en inoubliable patron de sex shop des années 1970, pose un regard à la fois émerveillé et attristé sur ses contemporains… Déjà un regard un peu décalé, distant, cynique, agacé et sarcastique sur le monde…
Fidèle à son ami Claude Berri, Serge Gainsbourg, qui avait déjà écrit la musique de Sex Shop au début des années 1970, écrivit à nouveau celle de Je vous aime, en 1980[2. Vous connaissez évidemment la chanson Dieu fumeur de havanes issue de cette bande originale.]… étrange comédie sentimentale avec Catherine Deneuve, basée sur des épisodes palpitants de la vie sentimentale authentique de… Catherine Deneuve. Nouvel ovni dans la filmographie de « Mon » Claude Berri. Un an plus tard le réalisateur change complètement de registre et offre une comédie populaire au public avec l’humoriste Coluche en instituteur enthousiaste, et un peu anar, confronté à des élèves ingrats et à un système éducatif effrayant, dans Le maître d’école. Le succès est au rendez-vous, et Berri donne là un des films les plus (re)-diffusés de l’histoire récente de la télévision.
Deux ans plus tard, en 1983, le tandem Berri-Coluche remet ça, mais dans un tout autre état d’esprit. « Mon » Claude Berri décide d’adapter Tchao Pantin, polar cafardeux d’Alain Pages. Sombre histoire. Service de nuit. Vengeance au clair de lune. Loi du Talion. Mise en scène en demi-teintes… Coluche, qui est à l’époque dépressif, alcoolique et quelque peu dépendant à la drogue, prête ses traits marqués au triste pompiste Lambert, qui se prend d’amitié – au fil du scénario – pour un petit dealer de quartier, Bensoussan, joué par Richard Anconina, qu’il prend sous son aile, puis entreprend de venger après son assassinat.
Pas toujours drôle, « Mon » Claude Berri. Evidemment. Mais le film est un chef d’œuvre, et s’en trouve couronné par cinq Césars. On reconnaît – bien entendu – à Claude Berri l’intuition extraordinaire d’avoir proposé à Coluche un rôle tragique (alors que sa femme venait de le quitter, et qu’il n’avait pas franchement envie de rire…), et on salue ses talents de metteur en scène. C’est au milieu des années 1980, avec le succès commercial de ce film, que la critique sera la plus clémente avec son œuvre. On le reconnaît alors comme un metteur en scène… On ne parle pas vraiment de nabab, de parrain, de pacha, de baron… non. Il y a simplement un artiste singulier et l’esthétique dérangeante de son univers sombre comme le désespoir.
Dans la foulée de Tchao Pantin, dans le courrant des années 1980, « Mon » Claude Berri poursuit son œuvre… et s’attaque à l’adaptation de grandes œuvres littéraires françaises du XXe siècle. Il commence par Marcel Pagnol, en 1986, avec le diptyque Jean de Florette et Manon des sources… univers provençal un peu prévisible, étouffant et oppressant. Univers de voisinages incertains. On s’aime – on se déteste ! Et puis tu voudrais pas des fois que je te dise où est la source par hasard ? Et puis quoi encore ! « Mon » Claude Berri donne alors une vision tragique et violente de la campagne française. On dirait le Sud, comme dirait l’autre. Une province française de conflits familiaux entrelacés. Le tout résolu dans l’inoubliable séquence (je parle pour moi, adolescent…) de la si fraîche Emmanuelle Béart, alias Manon des sources, se baignant entièrement nue dans une cascade…
Alors « pas un artiste d’importance », Claude Berri ? « Mon » Berri ? A la fin des années 1990, alors que l’ensemble du bloc communiste s’effondre, à l’Est, Claude Berri a l’intuition d’adapter au cinéma la nouvelle de Marcel Aymé Uranus, revenant sur l’après seconde guerre mondiale. Philippe Noiret, Michel Blanc et Jean-Pierre Marielle sont de la partie. Le résultat est sans appel : chef d’œuvre. Chef d’œuvre vaguement anti-communiste, évidemment. Assez mal pensant. Même très politiquement incorrect. A l’image de l’œuvre de Marcel Aymé. Du coup le résultant est un peu « anar de droite » sur les bords : ça persifle à l’occasion, c’est riche en sarcasmes, c’est vaguement « ni droite ni gauche », c’est désabusé… Claude Autant-Lara n’est pas loin… Noiret campe l’intellectuel Watrin, instituteur détaché, et un peu poète, un peu seulement… incapable de la moindre violence depuis la fin de la « grande guerre patriotique »… et obligé de vivre parmi les décombres de l’après-guerre, entre un grand bourgeois indifférent, un collaborateur notoire, et un ouvrier communiste, dans la promiscuité inévitable d’un appartement collectif imposé.
D’autres films suivent pour « Mon » Claude Berri. Germinal d’après Zola, en 1993, avec le chanteur bourgeois Renaud Séchan. Grande fresque enthousiaste (et plutôt décevante) sur le combat des mineurs pour de meilleures conditions de travail. Bof. Et si « Mon » Claude Berri était moins bon en gauchiste occasionnel, qu’en provocateur apolitique ? À voir.
Plus récemment, Berri a remis ça… revenant à la question de l’occupation avec son controversé Lucie Aubrac (1996), à celle de la sexualité avec La Débandade (1999), ou encore à celle – éternelle – de l’amour avec Une femme de ménage (2002) et L’un reste, l’autre part (2005).
Ce qu’il manquait encore à ce portrait de « Mon » Claude Berri en artiste ? Sa gueule. Qui a déjà vu une gueule pareille dans la vraie vie ? Avec ce regard de cocker neurasthénique et cette calvitie de concours. Franchement. C’est criminel. On dirait qu’il a payé pour ça. Une vraie gueule de cinéma. Une gueule extraordinaire, qu’il a exhibé aussi dans une méconnue carrière d’acteur… Passons sur le fait que « Mon » Claude Berri apparaît en tant que jeune figurant dans des dizaines de films français des années 1950, que j’ai en VHS … il faut retenir à jamais son improbable prestation d’exhibitionniste – mis à nu – dans l’ultime projet de Gainsbourg… Stan the flasher… (1990) où « Mon » Claude Berri se donne corps et âme à la pellicule, exhibitionniste impénitent et comédien fanfaron. Comédien raté, certes. Réalisateur à explorer encore et encore. A travers la plaine. Producteur à laisser décanter en paix quelques années. Quelques décennies. Mais certainement ni nabab, ni parrain, ni pacha, ni baron… mais artiste, simplement artiste ! Et sûrement pas producteur, « Mon » Claude Berri. Surtout pas !
Il est pas frais mon causeur ?

Le mensuel du mois de janvier 2009 vient de paraître. Au sommaire de ce numéro illustré par Caspar David Friedrich (un compatriote de Trudi Kohl, émule de Jeff Koons) : une sélection d’articles de Pierre Jourde, Bruno Maillé, Marc Cohen, Basile de Koch, Elisabeth Lévy, Gil Mihaely, Trudi Kohl, Cyril Bennasar et Jérôme Leroy. Il est encore temps de vous abonner si ce n’est déjà fait.
Gaza : le message est passé, il faut arrêter
L’opération israélienne à Gaza est-elle légitime ?
L’Etat d’Israël a le droit de défendre ses citoyens qui souffrent du terrorisme du Hamas depuis des années. Certes, les roquettes tirées par le Hamas ne causent qu’un dommage limité, mais cela s’explique par une faiblesse des capacités techniques du mouvement islamiste et non pas par un manque de volonté car elles sont sciemment lancées contre des cibles civiles. Même si on pense que le blocus israélien de la bande de Gaza n’est pas justifié, la terreur n’est pas une riposte légitime. Israël a eu donc raison de réagir avec fermeté après que ses avertissements ont été ignorés. Encore faut-il, évidemment, savoir pourquoi on agit.
Justement, quels sont les buts d’Israël ?
Ils doivent être doubles : il s’agit d’abord de faire comprendre aux dirigeants du Hamas que leurs actions ont des conséquences, puis de pousser les acteurs régionaux et internationaux à intervenir pour équilibrer la situation. Ces acteurs, on le sait, ne se mettent en action que dans des situations de crise.
Ne voit-on pas toujours à l’œuvre la même idée selon laquelle « les Arabes ne comprennent que la force » ? Contiendrait-elle selon vous une part de vérité ?
Qui défend cette idée exactement ? Certainement pas moi. Et je ne suis même pas sûr que la politique du gouvernement israélien s’inscrive dans cette perspective. Il est vrai qu’en général il a tendance à recourir à la force quand il est à court d’idées. Mais pour une fois, il n’est pas le premier responsable de la montée aux extrêmes – en dehors du fait qu’il a été incapable de mettre sur la table une proposition sérieuse. Il n’y a rien que le gouvernement Olmert voulait plus qu’une détente avec le Hamas. Malheureusement, en raison de son propre agenda idéologique et politique, le Hamas a pensé que la perpétuation d’un conflit prétendument de « basse intensité » lui serait bénéfique. Or, avec les élections qui approchent, le gouvernement ne pouvait pas se permettre de poursuivre dans la voie de « l’apaisement ». Cela, le Hamas ne l’a pas compris et a préféré ignorer les avertissements israéliens. Malheureusement, la population palestinienne paie la stupidité de ses dirigeants au prix fort.
Près de trois semaines après le déclenchement de l’opération et alors que l’entrée en fonction d’Obama constitue une deadline, que peut faire Israël ?
Israël doit chercher rapidement un cessez-le-feu. Les « messages » les plus importants ont été envoyés au Hamas et le coût de l’opération en vies civiles est bien trop lourd. Ceci étant dit, il faut qu’il soit clair qu’en l’absence d’un accord satisfaisant, Israël fera usage de son droit de réagir si ses citoyens sont visés par une action violente quelconque.
Cette opération ne risque-t-elle pas, au-delà du Hamas, d’avoir radicalisé l’ensemble de la population de Gaza et donc, d’avoir compromis l’avenir ?
Bien sûr que si. Il y a pire encore que le nombre terrible de pertes civiles, c’est le sentiment des Palestiniens qu’Israël emploie un gros bâton sans jamais offrir la moindre carotte. Les Palestiniens veulent savoir ce qu’ils ont à gagner en renonçant à la violence. Jusque-là, ils n’ont obtenu qu’une réponse négative : ils peuvent au mieux espérer échapper à une violence israélienne qui, en retour, peut atteindre un niveau qu’aucune force militaire palestinienne n’est en mesure d’égaler. Cela ne suffit pas. Et cela fait de la violence l’unique mode de communication entre les deux parties. Bien sûr, on peut obliger l’adversaire à accepter tactiquement son infériorité mais à terme, on l’encourage à rechercher les moyens de changer la donne en se dotant de moyens de destruction plus efficaces. Israël doit tenter de briser ce cycle de la violence en offrant aux Palestiniens espoir et dignité. C’est la seule solution, et moralement, et politiquement.
Quels seraient les critères, militaires et politiques, d’une victoire ou d’une défaite israélienne ?
Israël ne gagnera pas cette guerre militairement, dès lors qu’aucune victoire sur le champ de bataille ne brisera le cycle de la violence et de la contre-violence. Il n’est pas certain, et c’est un euphémisme, que le renversement du Hamas ouvrirait aujourd’hui la voie à un leadership plus modéré. Le Fatah peut-il tenir son pouvoir des chars israéliens ? J’en doute. Dans ces conditions, la seule victoire réelle pour Israël serait de parvenir à une situation dans laquelle les deux camps peuvent apprendre la confiance mutuelle. La meilleure garantie pour la sécurité d’Israël, ce sera l’existence d’un Etat palestinien prospère, avec une classe moyenne plus préoccupée de son avenir dans ce bas-monde que de sa place dans l’autre.
Quel comportement devrait, selon vous, avoir Israël vis-à-vis du Hamas ?
Le Hamas, rappelons-le, est une organisation terroriste, une partie du Jihad mondial dont le but déclaré est l’élimination de l’Etat d’Israël. En même temps, dès lors qu’il a le soutien de la population palestinienne, Israël ne peut pas l’ignorer. La seule solution est donc d’arriver à un accord de facto et de mener parallèlement une action qui permette de changer les conditions qui lui ont permis de se développer.
Certes, mais plus précisément, que pourrait être cette action ? Comment détacher la population palestinienne du Hamas ?
À partir du moment où, aujourd’hui, personne ne fait confiance à personne, nous avons besoin de nounous internationales pour nous surveiller. Israël doit renoncer à exercer un contrôle total sur la sécurité en Palestine car cela revient en fait à maintenir celle-ci sous blocus permanent. Nous devons de surcroît participer activement et généreusement à la reconstruction de Gaza. Les Palestiniens, y compris le Hamas, doivent renoncer à leur rêve de se débarrasser de nous. Cela ne va pas être simple. Etablir la confiance demandera du temps de la patience. Le signal le plus fort qu’Israël puisse envoyer serait le démantèlement rapide de la plupart de colonies d’implantation. Il lui faudra aussi répondre positivement à l’initiative arabe et œuvrer à la création d’une coalition régionale, garante de la stabilité au Proche-Orient.
Très bien mais au-delà de ces slogans auxquels peuvent adhérer tous les gens raisonnables ? Y a-t-il une majorité d’Israéliens pour soutenir cette politique et surtout, existe-t-il quelque part un homme ou une femme capable de la mener à terme et d’évacuer les implantations et a-t-il la moindre chance de sortir des urnes le 10 février ?
Vous avez évidemment raison. Notre prochain gouvernement sera composé des usual suspects – probablement une grande coalition comprenant le Likoud, Kadima et le Parti travailliste. On peut compter sur eux pour ne rien faire. Et comme ne rien faire a des conséquences, nous continuerons à vivre dans le même cercle vicieux pendant quelques années encore. La realpolitik est souvent politiquement irréaliste.
On décrit souvent Meretz comme « la gauche pacifiste ». Le nouveau Meretz auquel vous appartenez a soutenu cette guerre – sans enthousiasme excessif. Resterez-vous ensuite une force crédible capable de soutenir une paix durable ?
Meretz n’a jamais été un mouvement pacifiste. D’un point de vue idéologique, le pacifisme est soit hypocrite, soit naïf et Meretz n’est ni l’un ni l’autre. Dans le monde réel, l’usage de la violence est parfois nécessaire. Ce que Meretz tente de dire depuis pas mal de temps, c’est que la violence n’est pas le remède miracle que ses adversaires pensent qu’elle est. Elle a beaucoup d’effets secondaires. La paix véritable n’est pas un roman à l’eau de rose. Elle doit prendre corps dans le réel. Le symbole de Tsahal est formé d’un glaive et d’une branche d’olivier. Nous avons trop fait usage du premier et pas assez de la seconde.
Aviad Kleinberg, historien, professeur à l’Université de Tel Aviv, joue un rôle important dans le nouveau Meretz.
Punk is dead, vraiment dead !
Récemment, Arte a diffusé une rétrospective sur le mouvement punk, sans doute pour fêter les 31 ans et 10 mois de son apparition. Oui : sur Arte, ils aiment beaucoup le punk-rock. Depuis toujours ou, au minimum, depuis plusieurs mois. En vertu de quoi, donc, on a pu revoir, entre deux clips vidéo, la tête sympathique de Captain Sensible (ex-guitariste des Damned) ou le masque botoxé du pathétique Billy Idol (ex-chanteur de Generation X), venus nous narrer quelques anecdotes du bon vieux temps.
Parce que le punk-rock n’aura jamais été autant à la mode qu’aujourd’hui. Maintenant, tout le monde est punk, tout le monde est fan des Sex Pistols, tout le monde porte un T-shirt des Ramones, excepté ma concierge qui préfère Graham Parker et Dave Edmunds.
Bon, après tout, pourquoi pas ? On trouve bien des trentenaires bac+6 qui se retrouvent régulièrement le vendredi soir pour des pyjama-parties, à se goinfrer de fraises Tagada devant des épisodes de l’Ile aux Enfants. Nous sommes à l’époque du vintage : certains achètent à prix d’or les affreux blousons à cols pelle à tarte que nous portions au collège, et que nous pensions légitimement disparus dans les poubelles de l’Histoire; manque de pot : ils nous reviennent à la gueule, via Guerrisold ou Hedi Slimane.
Mais la fascination occasionnée par le mouvement punk ne relève pas de ce type de nostalgie : « Punk’s not Dead ! » disait le philosophe grec. « Enlève ta main de ma cuisse ! » lui répondait l’éphèbe impénétrable au concept d’immortalité. Car au nom de quoi ce courant musical devrait-il voir le temps suspendre son vol et les heures propices suspendre leur cours ? Serait-il donné éternellement à des teenagers sur le retour d’être destroy ? Voilà la question.
Les archéologues sont quasiment unanimes pour affirmer que le premier disque punk fut New Rose des Damned, sorti en 1976. D’autres groupes furent illico de la fête. De cette première époque, on retiendra principalement The Sex Pistols, The Clash, Stiff Little Fingers, The Buzzcocks, Angelic Upstarts, Sham 69, ou encore Generation X. Ces précurseurs furent bientôt suivis par une seconde vague, au tout début des années 80 : GBH, The Exploited, Peter and The Test Tube Babies, The Toy Dolls, etc. Désormais, on jouait plus fort et plus vite. A la joyeuse créativité vestimentaire du début (pensons aux tenues loufoques de Captain Sensible ou aux chemises peintes des Clash) avait succédé un style qui virait à l’uniforme : la panoplie Doc Martens/Perfecto/crête d’iroquois était la tenue camouflage idéale pour passer inaperçu au milieu de cette faune. Jean-Paul Sartre aurait finalement pu s’inspirer de ce punk des années 80 pour expliquer l’existentialisme, au lieu de prendre le stupide exemple du garçon de café. Lorsqu’on lui fit cette remarque, il répondit que c’était trop tard puisqu’il venait de mourir.
Maintenant, on est en 2008 ou 2009, je ne sais plus trop, et il m’arrive encore d’entendre des rebelz’ qui fuckent la society. J’ose rarement les prévenir que Jack Lang a quitté le pouvoir : ça pourrait créer chez eux un choc émotionnel. De même, j’hésite à leur expliquer que les groupes qu’ils voient sur MTV – Rancid, Less Than Jake, Sum 41, Good Charlotte ou Blink 182 , c’est pour « faire genre ». Mais ce n’est plus du punk-rock. Même si ça en a le goût. Au contraire, ces amuse-bouches mal décongelés sont le signe incontestable que c’est bien fini.
C’est fini, mais pas parce que MTV diffuse ces groupes entre un clip vidéo de Britney Spears et un de Madonna, que non ! Car, à son époque, la célèbre émission anglaise Top of the Pops avait elle-même accueilli la plupart des groupes phares du mouvement punk naissant. Aussi, ce qui nous envoie le signe fort d’une fin réalisée, puisque inéluctable, c’est justement la dégaine des membres de ces actuels boys-bands à la rebellitude marketing : ils sont déguisés. Sous les kilomètres carrés de tatouages qu’ils portent comme une armure, on reconnaît bien les minets qu’ils sont restés. Ils grimacent et gesticulent comme une meute de chihuahuas sortant d’un institut de beauté canine. Et dans leurs vidéos, ils vont même jusqu’à poser leurs chaussures sur les banquettes du wagon de métro – qu’ils ont loué – afin qu’on comprenne bien que… ouais. Ouais, mais non. Ils en font trop. La crédibilité ne s’achète pas…
Remarquons qu’il est encore possible de voir tourner quelques uns des groupes old-school, à l’heure actuelle. Trente kilos de plus et une calvitie qui aura eu raison de leurs fantaisies capillaires passées, mais toujours là. Car la réinsertion est moins facile pour eux que pour un footballeur qui marque un but contre le Brésil. Alors, ils reviennent pour des rappels qui semblent n’en plus finir. Au fond, toutes ces années de bons et loyaux services peuvent leur donner quelques privilèges. Les nostalgiques de l’âge d’or viennent, eux, y vivre les derniers moments d’une époque qui appartient déjà à l’Histoire. Il n’y aura ni résurrection ni réincarnation. Que des souvenirs et des disques…
Punk is dead. Définitivement et méchamment dead.
Non au Center Park !
Un « collectif des perplexes » ? Je ne sais pas. Des « types déterminés dans le doute, l’hésitation, le désarroi et l’incertitude » ? On n’en manque pas. Des « gens un peu tièdes, légèrement timorés, juste un poil raisonnables » ? Il y a foule, cher David Abiker, et ça ne date pas d’hier. Pas besoin de remonter loin dans l’histoire pour se souvenir que de Budapest au Cambodge en passant par le Biafra, l’Occident des « tièdes » et des « timorés » ne s’est pas toujours couvert de gloire en optant pour la neutralité. Plus récemment, les gouvernements européens qui n’ont pas su empêcher Srebrenica, bien « déterminés dans le doute, l’hésitation, le désarroi et l’incertitude », je les aurais préférés un peu tiraillés par les exigences de l’honneur et de la morale, vous savez, ces trucs qui donnent des repères pour distinguer le bien du mal.
Peut-être votre morale vous commande-t-elle de rester perplexe. OK, ça peut se défendre, dans certaines situations. On n’est pas tous obligés de s’intéresser à tout et encore moins d’avoir un avis sur tout. On a même le droit de limiter son horizon à la pêche, au football ou à la Patagonie, de se fermer aux sujets trop compliqués, trop douloureux ou qui risquent de rétrécir le cercle de ses amis. Moi-même, il y a des tas de choses dont je ne pense rien. Si vous me demandez un pronostic sur un match de foot, ça me laissera perplexe mais si vous insistez, je vous répondrai qu’une bande de pédés qui jouent encore à la baballe à leur âge je n’en pense rien. Ce qui est déjà un avis, vous voyez nous avons tous nos défauts, gardons-nous d’en faire l’éloge, la discrétion me semblerait plus indiquée.
Vous appelez de vos vœux une manifestation des modérés. Le problème, c’est qu’elle finirait en « couilles-molles pride » et vous ne vous y sentiriez pas bien du tout. Défileriez-vous sans la moindre gêne au coté de « gens un peu tièdes, légèrement timorés, juste un poil raisonnables » qui se plongent dans leur lecture quand une fille se fait violer dans le train ? Je suis certain que non. Bien sûr, ce n’est pas tout-à-fait la même chose que les gens qui assistent aux guerres en refusant « radicalement » de se prononcer. Mais ce n’est pas tout-à-fait autre chose non plus. À la place que vous occupez, si vous avez pour la curiosité un goût aussi définitif que pour la perplexité, vous devez bien avoir quelques éléments d’histoire et d’information pour pouvoir analyser comparer, discerner, répartir les légitimités et les responsabilités, bref, vous atteler à cette tâche intellectuelle qui s’appelle le jugement critique et qui produit une opinion – ce qui n’est pas encore un engagement.
Soit dit en passant, la réflexion est aussi un sérieux atout pour entrer dans le champ de l’action. Si nos gouvernants affichaient la glorieuse perplexité qui est la vôtre, ils ne prendraient jamais de décision et ne feraient jamais la guerre. Mais peut-être, cher David, êtes-vous contre la guerre ?
On peut aussi, après avoir entendu les argumentations les plus divergentes, si on accorde par principe le même crédit aux unes et aux autres, se placer quelque part au centre en se disant qu’on doit être dans le vrai. Rien, vraiment, dans ce que vous voyez et entendez, rien de ce que vous savez sur ce conflit et sur les méthodes de communication des deux camps, ne vous permet de vous forger un point de vue ? Aucun moyen, quand on entend ce qui se dit dans les manifestations, de s’en sortir autrement qu’en renvoyant dos à dos « pro-pal » et « pro-is » ? Pas ça, pas vous. Le journalisme qui ferait de cette perplexité vertu ne pourrait que me laisser sur ma faim. Ne pas avoir d’opinion, soit. De là à en faire une opinion ?
Paralysé par le relativisme et la religion de l’objectivité, le journaliste finit par compter les morts et les coups comme un observateur onusien dont la mission paraît inspirée par « le doute, l’hésitation, le désarroi et l’incertitude ». Moi, le journalisme, je le préfère guerrier, et même guerrière tant qu’à faire. Vous comprendrez combien je regrette la décision d’un maître en matière de tiédeur, un orfèvre en hésitation, qui nous priva de l’une des rares voix viriles de France Culture en remerciant notre maîtresse de maison pour la remplacer par un robinet d’eau tiède comme vous semblez les aimer[1. Pour ceux qui n’ont pas vu le film, il s’agit de David Kessler, ancien directeur de France Culture.]. Nous lui devons encore la non-décision sur le port du voile à l’école, qui, sous le gouvernement Jospin, a abouti à refiler la patate chaude aux chefs d’établissements : sans doute était-il trop « perplexe » pour trancher. C’est pourquoi j’ai plutôt envie de le maudire doublement que de le suivre dans son admirable exercice de « doute, hésitation, désarroi et incertitude » appliqués.
Et puis ces types « un peu tièdes, légèrement timorés, juste un poil raisonnables » que vous cherchez du regard, moi, j’en vois partout. Je me souviens d’une info entendue il y a quelques années : de jeunes Français musulmans partis de Belleville pour combattre en Afghanistan dans les rangs d’Al Qaeda avaient été retrouvés morts de froid dans la montagne. J’en parlai à des amis qui revenaient d’Eurodisney et que « toutes ces guerres » laissaient « perplexes ». J’ai fait alors cette découverte troublante que parfois, on peut avoir plus d’estime pour ses ennemis que pour ses amis.
Just say cheese !
Suite à l’augmentation de 300 % des droits de douane sur le Roquefort décidé par l’administration américaine, Martin Malvy, président de la région Midi-Pyrénées, a envoyé un « coffret prestige » de ce fromage au futur président américain. Un conseil de crise a été immédiatement réuni autour de Barack Obama qui s’apprête, dès le lendemain de l’investiture, à déposer une demande de résolution à l’ONU. La France, et la région Midi-Pyrénées en particulier, seront obligées de se soumettre des inspections internationales afin de vérifier qu’il n’existe pas d’autres armes chimiques de destruction massive sur notre territoire. En cas de refus, des frappes ciblées seraient envisagées sur plusieurs objectifs stratégiques : Roquefort, bien sûr, mais aussi les principaux centres de collecte du lait de brebis : Sainte-Affrique, Marvejols, voire Rodez.
Noyade dans une fontaine de jouvence
Roméo Montaigu et Juliette Capulet vivaient chez leurs parents, ce qui est tout à fait normal vu que la demoiselle n’avait pas encore 14 ans et que, même si Shakespeare reste discret sur ce point, le jeune homme avait probablement entre 15 et 18 ans. Leonard Kraditor, Sandra Cohen et Michelle Rausch, les trois personnages principaux de Two Lovers, sont deux fois plus âgés que les amoureux de Vérone mais eux non plus ne vivent pas seuls et sont loin d’être indépendants. Avec Tanguy[1. Une comédie d’Etienne Chatiliez. A 28 ans, le brillantissime Tanguy n’a pas la moindre intention de quitter l’appartement de ses parents soixante-huitards – l’emplacement et les prestations sont parfaites, maman et papa trop cools et le monde réel avec ses contraintes quand même chiant en ce début du troisième milliaire…] cette jeunesse à rallonge faisait rire – ou prétendait le faire. L’excellent Two Lovers nous plonge dans l’angoisse. Le nouveau film de James Gray raconte une histoire d’amour, un drame alimenté par le conflit entre raison et passion. Mais il est d’abord une tragédie contemporaine qui nous montre en train de nous noyer dans la fontaine de jouvence dont nous avons tant rêvé.
Oubliez Petit-déjeuner chez Tiffanys ! Leonard et Sandra vivent carrément chez leurs parents. Leonard occupe toujours sa chambre d’enfant et dort dans le même lit. Talentueux et sympathique, Leonard n’arrive pas à grandir et devenir adulte. Une déception amoureuse sur fond de personnalité psychiquement fragile – c’est l’unique explication de son état d’infantilité socio-économique.
On en sait encore moins sur Sandra mais sa situation sociale n’est guère différente : légalement adulte, elle mène l’existence d’une lycéenne de 16 ans. Sa rencontre avec Leonard en dit long : elle a demandé à ses parents de se faire inviter à dîner par les Kraditor. Naturellement, à 25 ou 30 ans elle les accompagne… Tout se passe bien et Leonard l’invite dans sa chambre pour lui montrer ses photos. Comme toute personne n’ayant pas accompagné ces parents à quoi que ce soit depuis l’âge de 15 ans (du moins je le suppose), j’ai éprouvé face à cette scène une tristesse et une angoisse presqu’insupportables.
En 2008, à New York, dans des familles appartenant à la classe moyenne, cette existence signale la faillite d’un monde. Qui aurait pu imaginer un film américain dans lequel les héros vivent à 30 ans chez les parents ? La dernière des serveuses rêvant à 20 ans de devenir une star aurait un petit studio ou vivrait, à la Friends en colocation. Même Michelle, la voisine blonde qui éblouit Leonard n’habite pas vraiment chez elle, son appartement étant payé par un sugar daddy, l’amant qui l’entretient – un vrai adulte, lui.
Sans statut, sans métier, sans vie sociale, ces trois vieux ados flottent dans la vie laissant les parents/adultes – aimants et bien intentionnés, il faut le dire – prendre les décisions les plus importantes pour eux. La famille fonctionne si bien qu’elle empêche ses jeunes membres de sortir de ce cocon. Leonard et Michelle jouent un peu à la rébellion, et semblent, au moins pour un court moment, suivre leurs désirs. Ils planifient même, adolescence oblige, une fugue à San-Francisco pour vivre leur passion. Mais ils ne franchissent pas le pas, l’indépendance est trop lourde à assumer et la rébellion se mue en capitulation complète quand les trois gamins finissent par se conformer aux plans que les adultes ont faits pour eux.
Le dramaturge américain Neil Simon nous avait déjà fait visiter le quartier de Brighton Beach[2. Brighton Beach memoirs (1983)], ce quartier du sud de Brooklyn où habitent les Cohen et les Kraditor. La famille, la communauté et ces quartiers newyorkais des immigrants russophones à majorité juifs sont aussi au centre des trois films précédents de James Gray, metteur en scène de Two Lovers. Reste que même le Portnoy de Philip Roth a physiquement quitté sa famille et son enfance, quitte à les retrouver sur le divan.
Alors, on sait bien que l’enfance, la famille et les origines sont difficiles à assumer, mais jusque-là la vie réelle avec appartement, travail, voiture, argent et tous les autres trucs d’adultes obligeaient à s’en sortir, ou en tout cas à faire avec. Avec la troïka de Two Lovers on apprend qu’on ne peut même plus en sortir, qu’il ne s’agit ni d’une métaphore ni d’une allégorie psychologique : c’est l’âge adulte lui-même qui est hors d’atteinte. À la différence de Peter Pan, ce n’est ni drôle ni charmant.
On arrive là au cœur du problème, celui des héros de James Gray et celui des « vrais jeunes » : les enfants des baby-boomers n’y arrivent pas. Leurs parents sont trop bons, trop compréhensifs et le monde trop dur. Le travail est rare et mal payé, le logement cher. Rien ne pousse ni ne convie ou encourage à grandir. Qui peut se lancer dans la vie aujourd’hui sans un transfert massif de capital entre générations – terme pudique pour désigner le fric que vous donnent vos parents pour votre appartement ou votre voiture ? Et le pire est que, quand ils sont possibles, ces « transferts » sont l’ultime forme de la transmission à laquelle consent une génération qui s’est constituée comme celle de la rupture avec le « vieux monde » (celui devant lequel il fallait courir camarade). Ni dette, ni héritage : faire du passé table rase devait être la preuve absolue de la liberté. Ce que montre James Gray c’est que cette liberté, habillée a posteriori en France du seul étendard de « 68 », est synonyme d’infantilisation généralisée de la société. Refusant d’être fils, les baby boomers ont été incapables de devenir pères. La mode et la culture de masse ont effacé les différences entre générations, ouvrant la voie à une très longue jeunesse qui sépare l’enfance d’une vieillesse de plus en plus tardive. Ils ont consommé jeune pour rester jeunes. Et voilà que la dernière astuce pour arrêter le temps de cette génération qui refuse de vieillir est d’interdire à ses enfants de grandir.
Two Lovers, film américain de James Gray avec Joaquin Phoenix, Gwyneth Paltrow et Isabella Rossellini.
Gaza ou le comble de l’hypocrisie
Ce texte a été publié en arabe sur le site aafaq.org. Nous reproduisons ici les longs extraits traduits par Chawki Freïha sur le site mediarabe.info.
Puisqu’il m’importe peu de satisfaire les uns, de défendre les autres ou d’éviter la colère des troisièmes, je peux dire que le Hamas n’est qu’une sécrétion islamique terroriste dont le comportement irresponsable à l’égard de sa population l’empêche d’atteindre le statut gouvernemental. Mais ceci est conforme à l’habitude, puisque, à travers l’histoire de l’islam, jamais une bande de criminels islamistes n’a respecté ses administrés. (…)
Je ne prétends pas défendre Israël, puisque les juifs ne m’ont pas demandé mon avis quant à leur terre promise. S’ils le faisaient, je leur conseillerais de brûler leurs livres sacrés, de quitter la région et de sauver leur peau. Car les musulmans constituent une nation rigide exempte de cerveau. Et c’est contagieux. Tous ceux qui les fréquentent perdent la cervelle…
Avant la création de l’Etat d’Israël, l’histoire n’a jamais mentionné une guerre impliquant les Juifs, ni qu’un Juif ait commandé une armée ou mené une conquête. Mais les musulmans sont des combattants, des conquérants et leur histoire ne manque pas d’exemples et de récits de conquêtes, de morts, de tueries, de razzias… Pour les musulmans, tuer est un loisir. Et s’ils ne trouvent pas un ennemi à tuer, ils s’entretuent entre eux.
Il est impossible pour une nation qui éduque ses enfants sur la mort et le martyre pour plaire à son créateur, d’enseigner en même temps l’amour de la vie. La vie a-t-elle une valeur pour une société qui inculque à ses enfants qu’ils doivent tuer ou être tués pour aller au Paradis ?
(…) Depuis le début de l’opération israélienne contre Gaza, je suis bombardée de courriers électroniques venant de lecteurs musulmans qui me demandent mon avis sur ce qui se déroule à Gaza. Je ne suis pas concernée par ce qui s’y passe, mais je suis intéressée par les motivations de ceux qui m’écrivent. Je suis convaincue que ce qui les motive n’est pas la condamnation de l’horreur, ni la condamnation de la mort qui sévit à Gaza. Car, si la motivation était réellement la condamnation de la mort, ces mêmes lecteurs se seraient manifestés à d’autres occasions où la vie était menacée.
Ceux qui condamnent le massacre de Gaza au nom de la défense de la vie comme valeur auraient dû m’interroger à chaque fois que cette vie était menacée. Plus de 200.000 musulmans Algériens ont été massacrés par d’autres musulmans Algériens ces quinze dernières années, sans qu’aucun musulman ne s’en émeuve. Des femmes Algériennes violées par les islamistes ont témoigné et raconté que leurs violeurs priaient Allah et imploraient son Prophète avant de les violer. Mais personne ne m’a demandé mon avis.
Plus de 20.000 citoyens syriens musulmans ont été massacrés par les autorités (Hama en 1983) sans qu’aucun musulman ne réagisse et sans qu’aucun ne me demande mon avis sur ces massacres étatiques.
Des musulmans se sont fait exploser dans des hôtels jordaniens tuant des musulmans innocents qui célébraient des mariages, symboles de la vie-valeur, sans qu’aucune manifestation ne soit organisée à travers le monde, et sans qu’on ne me demande mon avis.
En Egypte, des islamistes ont récemment attaqué un village copte et ont massacré 21 paysans, sans qu’un seul musulman ne dénonce ce crime. Saddam Hussein a enterré vivant plus de 300.000 chiites et kurdes, et en a gazé beaucoup plus, sans qu’un seul musulman n’ose réagir et dénoncer ces crimes.
Au plus fort des bombardements de Gaza, une femme musulmane, fidèle et pieuse, s’est fait exploser en Irak dans une mosquée chiite, tuant une trentaine d’innocents, sans que les médias ou les musulmans ne s’en émeuvent.
Il y a quelques mois, le Hamas a aussi tué onze personnes d’une même famille palestinienne, accusés d’appartenir au Fatah, sans que des manifestations ne soient organisées en Europe ou dans le monde arabe, et sans qu’aucun lecteur ne m’écrive et ne m’envoie ses protestations.
Ainsi, la vie n’a pas de valeur pour le musulman. Sinon, il dénoncerait toute atteinte à la vie, quel qu’en soit l’auteur. Les Palestiniens et leurs soutiens dénoncent les massacres de Gaza, non pas par amour de la vie, mais pour dénoncer l’identité des tueurs. Si le tueur était musulman, appartenant au Hamas ou au Fatah, aucune manifestation n’aurait eu lieu.
(…) CNN a diffusé un documentaire sur Gaza montrant une femme palestinienne qui se lamente et crie : mais qu’ont fait nos enfants pour être tués comme ça ? Mais qui sait, peut-être s’agit-il de la même Palestinienne qui se réjouissait il y a deux ans quand l’un de ses fils s’était fait exploser dans un restaurant de Tel Aviv et qui disait alors souhaiter que ses autres enfants suivent le même exemple et deviennent martyrs.
Quand l’idéologie et l’endoctrinement atteignent une telle bassesse, il devient normal que cette Palestinienne perde toute notion de la valeur de la vie. Sinon, elle pleurerait ses enfants de la même façon, qu’ils soient morts en commettant un attentat-suicide à Tel Aviv ou sous les bombes israéliennes. Car, la mort est la même, quelles qu’en soient les circonstances, et il faut la combattre quand la vie mérite d’être vécue et pleurée.
Comment puis-je me sentir solidaire d’une femme qui lance des youyous de jouissance quand l’un de ses enfants se fait exploser contre les juifs et pleure quand les juifs tuent ses autres enfants ?
L’idéologie enseigne aux musulmans que tuer ou être tué permet au fidèle de gagner le paradis. Dans ce cas, pourquoi pleurer les Gazaouis alors qu’ils n’ont pas bougé le petit doigt pour les Irakiens, les Algériens, les Egyptiens ou les Syriens pourtant musulmans ?
(…)
Après ce qui précède, je suis certaine que ceux qui m’écrivent et me demandent mon avis sur ce qui se passe à Gaza cherchent à me faire prononcer des mots qu’ils pourraient utiliser pour me compromettre et me condamner, ou alors à me faire dire ce qu’ils ne peuvent exprimer eux-mêmes.(…)
Il y a une dizaine d’années, Borhane, un jeune Palestinien de 14 ans, a perdu ses bras, ses jambes et la vue dans l’explosion d’une mine en Cisjordanie. La communauté palestinienne aux Etats-Unis s’est mobilisée pour lui venir en aide et financer son hospitalisation dans l’espoir de sauver ce qui pouvait l’être. Lors d’un diner de bienfaisance organisé à son profit en Californie, la plus riche Palestinienne des Etats-Unis s’est présentée en grande fourrure, et a qualifié Borhane de héros. Elle s’est adressée à ce bout de chair immobile et inerte : « Borhane, tu es notre héros. Le pays a besoin de toi. Tu dois retourner dans le pays pour empêcher les sionistes de le confisquer… » L’hypocrisie de la Palestinienne la plus riche des Etats-Unis l’empêche d’envoyer ses propres enfants défendre la Palestine contre les sionistes. Exactement à l’image des chefs du Hamas qui demandent les sacrifices à Gaza, mais restent à l’abri à Damas et à Beyrouth.(…)
La guerre contre Gaza est certes une horreur. Mais elle a le mérite de dévoiler une hypocrisie inégalée dans l’histoire récente de l’humanité. Hypocrites, les Frères Musulmans syriens qui déclarent abandonner leurs activités d’opposition pour resserrer les rangs contre les sionistes. Ont-ils le droit d’oublier les crimes du régime commis contre les leurs à Hama, Homs et Alep ? Avant de se réconcilier avec le régime pour lutter contre les sionistes, ces Frères musulmans ont-ils dénoncé les crimes commis par leurs alliés et partenaires (dans la confrérie) en Algérie et en Irak ? Ont-ils dénoncé la mort de centaines de milliers de chiites en Irak sur le pont des oulémas à Bagdad, pulvérisé par l’un des vôtres conformément aux enseignements de votre religion de la paix et de la miséricorde ? Avez-vous une seule fois dénoncé les exactions contre les chrétiens en Irak ? Ou contre les coptes en Egypte ? Votre hypocrisie nous empêche de croire en vos sentiments à l’égard des enfants de Gaza, puisque vous êtes responsables du pire. (…)
Essayons d’imaginer ce que le Hamas aurait fait du Fatah, et des autres, s’il possédait la technologie et les armes d’Israël ? Essayons d’imaginer ce que l’Iran aurait fait des sunnites de la région, s’il détenait les armes modernes que possède Israël ? Ce serait sans doute le massacre garanti (…). J’ai récemment rencontré un religieux hindou en marge d’une conférence consacrée à la guerre contre le terrorisme. Il m’a dit : « toutes les guerres se sont déroulées entre le bien et le mal. La prochaine doit opposer le mal au mal ». Je lui ai demandé des explications. Il m’a dit : « Je suis contre la présence américaine en Irak et en Afghanistan. Si les Etats-Unis veulent gagner la guerre contre les islamistes, ils doivent se retirer et laisser les deux pôles du mal s’entretuer. Nourris à la haine, les sunnites et les chiites vont se battre et se neutraliser. »
On peut conclure de ces mots emplis de sagesse qu’Israël contribue aujourd’hui, inconsciemment, au succès de l’islam. En s’attaquant à Gaza, Israël pousse les musulmans à se solidariser et à surmonter leurs divergences. Et le « septembre noir » jordanien est encore dans tous les esprits (…). Les exactions dont sont capables les arabes et les musulmans dépassent toute imagination. Un char jordanien avait écrasé un Palestinien, le conducteur du char est descendu de son blindé et a bourré la bouche de sa victime avec un journal… Un comportement qu’aucun militaire israélien n’a eu à Gaza. Pendant les massacres de Hama en Syrie, des militants des Frères musulmans trempaient leurs mains dans le sang des victimes pour écrire sur les murs : Allah Akhbar, gloire à l’islam. Je n’ai jamais entendu raconter qu’un juif ait écrit avec le sang d’un autre juif des slogans à la gloire du judaïsme. Je le dis avec un pincement au cœur : pour sauver l’humanité du terrorisme, il faut que le monde libre se retire et qu’il laisse les musulmans s’entretuer.
Quand j’étais étudiante à l’université d’Alep, l’ancien ministre syrien de la Défense Mustapha Tlass était venu nous rencontrer. Dans un élan d’hypocrisie, Tlass nous avait dit : « Israël craint la mort et la perte d’un de ses soldats lui fait peur et mal. Mais nous, nous avons beaucoup d’hommes et nos hommes ne craignent pas la mort. » Là réside la différence entre les deux conceptions et les deux camps, et le témoignage de Tlass semble avoir inspiré les dirigeants du Hamas aujourd’hui.
L’extermination de tous les enfants de Gaza importe peu aux dirigeants islamistes du Hamas, la vie n’ayant aucune valeur pour eux. Ils se réjouissent simplement de la mort de quelques soldats israéliens.
Si le Prophète Mohammed avait su que le juif volerait un jour à bord des F-16, il n’aurait pas commandé à ses disciples de tuer les juifs jusqu’au jour dernier. Par pitié pour les générations futures, pour sauver leur descendance et lui préparer une vie meilleure, loin de l’idéologisation de la mort, ses disciples doivent tourner le dos à cette idéologie.
Les musulmans doivent commencer par changer pour prétendre changer la vie. Ils doivent rejeter la culture de la mort enseignée par leurs livres. C’est seulement quand ils y parviendront qu’ils n’auront plus d’ennemis. Car celui qui apprend à aimer son fils plus qu’à haïr son ennemi saura mieux aimer la vie.
Quand on parle d’explosifs, mieux vaut avoir des munitions
Alors qu’on parle déjà beaucoup des fameuses munitions au phosphore blanc, c’est au tour des bombes dites « DIME » (Dense Inert Metal Explosive) de provoquer la polémique après que deux médecins norvégiens les ont dénoncées comme particulièrement nocives, accusant au passage Israël de se servir de Gaza comme un laboratoire expérimental pour ses nouveaux armements. Des dénonciations répercutées sans l’ombre d’une vérification un peu partout dans la presse, qu’elle soit alter ou sérieuse. Heureusement comme d’hab’, le blog Secret Défense de Libé veille au grain. Jean-Dominique Merchet y donne la parole à un internaute qui n’a pas d’opinions connues sur le conflit, mais qui, lui, semble savoir quelques petites choses sur les munitions en question. Son avis ? Que ce type d’armes évite notamment les dégâts collatéraux : « L’explosif est d’un nouveau type, qui permet de maximiser l’effet létal au point d’impact et le minimiser au delà. » En revanche, l’expert cité par Secret défense corrobore les inquiétudes des médecins norvégiens sur le risque de cancers chez les survivants blessés par ce type de munitions.
Gazaouis, enrichissez-vous
J’ai bien conscience d’être un rien intempestif, voire indécent, mais j’aimerais bien qu’un internaute francophone de Gaza relaie, auprès de ses concitoyens, l’injonction célèbre de François Guizot aux Français de la monarchie de Juillet. Oui, gens de Gaza, enrichissez-vous, par votre travail et par votre épargne, au lieu de vous vautrer dans le malheur, la misère et l’oppression ! Enrichissez-vous, tous, en fonction de votre énergie et de vos capacités au lieu de laisser quelques vautours faire de l’argent sur votre déréliction. Débarrassez-vous des contrebandiers de tunnels, des cameramen qui touchent en dollars leur livre de chair sanguinolente envoyée dans l’espace hertzien, des fonctionnaires des Nations-Unies au per diem grassouillet et 4×4 rutilantes, des ONG dites « bingos » pour leur aptitude à pomper le maximum de subventions et de dons de braves gens en noircissant sans vergogne votre sort. Votre détresse est leur capital, et sa perpétuation leur rente.
Tout ces gens-là, qui disent vous vouloir du bien, soulager votre souffrance, et promouvoir votre cause sacrée à travers le monde ne méritent pas plus de respect que les mafieux roumains qui relèvent régulièrement les compteurs de la mendicité des enfants et des femmes avec bébé drogué dans le métro parisien.
N’en n’avez-vous pas assez de cette situation d’éternels assistés, dépendants de la charité publique pour la nourriture, l’éducation de vos enfants, la santé de vos familles ?
Croyez-vous vraiment que ce sont ces horribles sionistes qui vous empêchent de mener une vie normale, faite de joies et de peines banales, de grands bonheurs et de petites misères ?
Lorsqu’ils sont partis de chez vous, en août 2005, j’étais là, pas loin, du côté de Jérusalem. Je vous assure que l’immense majorité des Israéliens n’avaient qu’un désir : vous oublier, ne plus penser à Gaza. Votre destin, qu’ils avaient pendant quelques années contribué à façonner, sinon à améliorer en vous offrant du travail dans leurs kibboutz ou dans leurs entreprises, ne les concernait plus. Ils n’éprouvaient, à cette époque, ni haine ni amour pour vous : juste de l’indifférence, et, pour certains, un peu de regret que des rapports interpersonnels qui s’étaient établis au fil du temps se soient brisés sur le roc tragique de l’Histoire.
Ils avaient détruit leurs maisons de colons, mais laissé leurs serres. Qu’en avez vous fait ? Un vaste chantier de récupération de matériaux pour vos bricolages personnels, et ces terres sont retournées à leur friche originelle.
Dès que l’armée d’Israël s’est retirée, les clans familiaux ont repris leur mise en coupe réglée de l’économie du territoire. Oh, l’argent ne manque pas à Gaza, comme on a pu le constater lorsque le mur barrant la frontière égyptienne a été forcé pendant quelques jours : les magasins égyptiens ont été dévalisés, payés en liquide avec des liasses de dollars et de shekels israéliens ! Toute une pègre se gave du recyclage de l’argent injecté par millions par les institutions internationales, peu regardantes sur l’usage fait de ces subsides.
La corruption du Fatah vous a poussés dans les bras du Hamas. La section palestinienne des Frères musulmans se préoccupait, certes, de soulager les misères quotidiennes du petit peuple, et semblait moins avide que les buveurs de whisky venus de Tunis via Ramallah. Sauf que le bonheur qu’il vous promettent se situe dans l’autre monde. Les chefs du Hamas vous incitent à vous y rendre le plus rapidement possible, en vous faisant accompagner dans ce grand voyage par quelques ennemis qualifiés de singes et de porcs. Vous avez voté, en majorité, pour la mort, contre la vie, alors que vous pensiez élire les plus purs parmi les « résistants » à l’ennemi sioniste. Aujourd’hui, ces gens-là vous ont emmenés au bout de l’enfer : votre vie, celle de vos enfants, a moins de valeur que la dernière de leurs babouches. Qu’ont-ils prévus pour vous protéger des représailles des Israéliens, qui n’allaient pas manquer de répondre aux tirs quotidiens vers Sdérot et Ashkelon ? Où sont les abris anti-aériens que tout dirigeant doté d’un milligramme d’humanité dans un repli de son cerveau n’aurait pas manqué de faire édifier avant d’aller tirer les moustaches du tigre ?
Bientôt, le calme va revenir. Pour Israël, ce sera le retour à la vie presque normale d’une société prospère, où la recherche du bonheur est un délicat exercice d’équilibre entre l’aspiration au bien-être matériel et le respect de valeurs supérieures, religieuses ou morales. Pour vous, lorsque vous aurez fait le deuil de vos trépassés, rafistolé vos maisons bombardées, il vous restera le choix entre la haine, la vengeance et la misère d’un côté, et, de l’autre, le choix d’une vie meilleure, d’un horizon ouvert, et de guides capables de vous conduire vers l’espoir.
Rien ne vous empêche de profiter de votre situation géographique, de vous atouts touristiques, de la proximité même d’une société développée comme Israël pour tirer votre épingle du jeu. Gaza, porte du Sinaï, n’a pas un front de mer plus indigne que Tel Aviv ou Ashdod, et n’a pas encore, par bonheur, subi les ravages de l’architecture hôtelière de la fin du siècle dernier. Que Mövenpick, le groupe suisse, vienne construire là un 5 étoiles aussi dément que sur la rive jordanienne de la Mer Morte, et vous verrez affluer les oligarques russes en quête de soleil hivernal. En transvasant de la piquette dans une bouteille étiquetée Château-Pétrus, opération sans risque car la vodka matinale endort les papilles gustatives, vous pourriez, par exemple, améliorer votre ordinaire. Faites de Gaza une oasis fiscale, et les malfrats israéliens viendront planquer leur argent chez vous. Ouvrez des casinos : tant que les rabbins interdisent les bandits manchots en Israël, il y a de quoi se gaver ! Ne tuez plus vos ennemis, arnaquez-les !
« Mon Berri » à moi
« Mon » Claude Berri à moi n’a jamais été producteur. C’est beaucoup trop connoté comme mot. Ca fait trop Hollywood. C’est même un tantinet vulgaire. Avouons-le. D’ailleurs la presse s’est engouffrée très largement dans cette image un peu sinistre du businessman averti qui « a su investir » dans les bons films « quand il fallait » et « prendre des risques » financiers « opportunément » : le Parisien et le Figaro ont fait de lui « le dernier nabab », Libération un « baron du cinéma », le Dauphiné Libéré un « parrain du cinéma » et le patron de Pathé, M. Seydou a estimé qu’il était un « pacha ». La panoplie caricaturale du producteur des années 40 est complète. Il ne manque plus que la robe de chambre en satin rose, le cigare d’importation cubaine, et la villa sur les hauteurs de Los Angeles. On sent poindre l’image de l’exubérant Lipnick, patron du studio Capitol dans le film des frères Cohen, Barton Fink. Comme si « mon » Claude Berri était ce vulgaire bonhomme, rustre et tyrannique, qui investit dans le cinéma, comme on investirait sur le marché des matières premières à la bourse de Chicago… Nabab ? Baron ? Pacha ? Parrain ? Non, certainement pas… « Mon » Claude Berri à moi, n’est pas là. Il n’a jamais été producteur. C’est une illusion d’optique.
Ce fut simplement un très grand cinéaste, qui sut « défendre » occasionnellement le cinéma des autres. « Mon » Claude Berri ressemble davantage à certains de ces grands compositeurs qui furent aussi d’immenses chefs d’orchestres : les Léonard Bernstein, les Gustav Mahler, les Richard Strauss, etc. Ces artistes qui avaient également une passion pour l’art des autres, et vivaient comme une mission de le soutenir. Les british ont un joli mot pour parler de ça, ils disent que ces types d’hommes aiment championner (de to champion) leurs poulains… les « défendre » si je puis me permettre cette approximation, s’en faire les hérauts, si ce n’est même les champions… Et ça, franchement, ce n’est pas simplement être un producteur.
Avec la mort de Claude Berri, la presse est tombée dans le panneau. Non, seulement elle a colporté cette image erronée de producteur-businessman, homme de réseaux, homme d’influences, homme de pognon, friqué au point de lancer sa propre galerie d’art ( pensez donc ! )… mais elle a quelque peu oublié de faire pleinement l’éloge de l’artiste qu’il a toujours été. Libération, échaudé par un contentieux judiciaire avec le réalisateur remontant au début des années 90[1. Suite à un papier très négatif de Serge Daney contre le film Uranus de Claude Berri, les relations entre le réalisateur et le journal se sont significativement altérées. Berri obtint par voie judiciaire un « droit de réponse » dans les pages du quotidien, que Gérard Lefort qualifie encore aujourd’hui, après la mort de Claude Berri, de « calamiteux » et « navrant »…], va même jusqu’à écrire sous la plume d’Olivier Séguret : « En tant que cinéaste, la critique a pu occasionnellement porter sur lui l’attention, mais pas au point de le tenir pour un artiste d’importance. » Ben voyons. Séguret préfère réduire Claude Berri à une abstraite « figure tutélaire » du cinéma hexagonal, dans le panier de crabes des Langlois, Jacob ou Toscan du Plantier, le genre de types que l’on remercie par habitude aux Césars, plutôt que de reconnaître l’originalité réelle de son œuvre de réalisateur (ou de dire carrément sa détestation serait-ce devant une tombe).
Parce que si Claude Berri a effectivement soutenu à bout de bras le cinéma de son temps… depuis les comédies populaires de Claude Zidi (Inspecteur Labavure, Banzaï, etc.) jusqu’à des films aussi ambitieux tels que Tess de Polanski, La Reine Margot de Chéreau ou L’Enfance nue de Pialat… « Mon » Claude Berri est avant tout un grand réalisateur. Je dois bien l’avouer. Pardonnez-moi. C’est celui là que j’aime… Distingué aux Etats-Unis par un Oscar dès son premier court-métrage, au début des années 60, Le poulet, Claude Berri n’a jamais cessé, tout au long de sa vie, de produire son propre cinéma tandis qu’il produira aussi celui des autres. Et ça il ne faudrait pas l’oublier. Ce serait trop bête… Trop con de négliger Le vieil homme et l’enfant, par exemple ; film partiellement autobiographique de 1966, dont Claude Berri est aussi le scénariste, et qui met en scène le dernier, et si bouleversant, Michel Simon en grand père réac, pétainiste et antisémite, qui accueille dans son foyer un gosse juif pour le protéger des rafles de l’occupation. Dès les années 1960, Claude Berri a manifestement le sens de la provocation.
Tiens, son cinéma « personnel » a l’air moins fédérateur que celui qu’il produit pour les autres. Tiens, cela ne ressemble pas trop à L’Ours ou Bienvenue chez les Ch’tis… Et ce n’est pas terminé. Sautons sélectivement les étapes… En 1972, « Mon » Claude Berri produit, dirige et joue dans Sex-Shop. Dévastatrice comédie de mœurs sur les années Pompidou, centrée sur un brave libraire bourgeois, Claude, qui décide de transformer sa boutique déclinante en glorieux « sex shop » plein d’avenir…. C’est évidemment l’occasion pour Claude Berri de donner une décapante satire de la bourgeoisie du début des années 1970, mais de se moquer également des discours enthousiastes de l’époque sur la liberté sexuelle… Claude Berri, en inoubliable patron de sex shop des années 1970, pose un regard à la fois émerveillé et attristé sur ses contemporains… Déjà un regard un peu décalé, distant, cynique, agacé et sarcastique sur le monde…
Fidèle à son ami Claude Berri, Serge Gainsbourg, qui avait déjà écrit la musique de Sex Shop au début des années 1970, écrivit à nouveau celle de Je vous aime, en 1980[2. Vous connaissez évidemment la chanson Dieu fumeur de havanes issue de cette bande originale.]… étrange comédie sentimentale avec Catherine Deneuve, basée sur des épisodes palpitants de la vie sentimentale authentique de… Catherine Deneuve. Nouvel ovni dans la filmographie de « Mon » Claude Berri. Un an plus tard le réalisateur change complètement de registre et offre une comédie populaire au public avec l’humoriste Coluche en instituteur enthousiaste, et un peu anar, confronté à des élèves ingrats et à un système éducatif effrayant, dans Le maître d’école. Le succès est au rendez-vous, et Berri donne là un des films les plus (re)-diffusés de l’histoire récente de la télévision.
Deux ans plus tard, en 1983, le tandem Berri-Coluche remet ça, mais dans un tout autre état d’esprit. « Mon » Claude Berri décide d’adapter Tchao Pantin, polar cafardeux d’Alain Pages. Sombre histoire. Service de nuit. Vengeance au clair de lune. Loi du Talion. Mise en scène en demi-teintes… Coluche, qui est à l’époque dépressif, alcoolique et quelque peu dépendant à la drogue, prête ses traits marqués au triste pompiste Lambert, qui se prend d’amitié – au fil du scénario – pour un petit dealer de quartier, Bensoussan, joué par Richard Anconina, qu’il prend sous son aile, puis entreprend de venger après son assassinat.
Pas toujours drôle, « Mon » Claude Berri. Evidemment. Mais le film est un chef d’œuvre, et s’en trouve couronné par cinq Césars. On reconnaît – bien entendu – à Claude Berri l’intuition extraordinaire d’avoir proposé à Coluche un rôle tragique (alors que sa femme venait de le quitter, et qu’il n’avait pas franchement envie de rire…), et on salue ses talents de metteur en scène. C’est au milieu des années 1980, avec le succès commercial de ce film, que la critique sera la plus clémente avec son œuvre. On le reconnaît alors comme un metteur en scène… On ne parle pas vraiment de nabab, de parrain, de pacha, de baron… non. Il y a simplement un artiste singulier et l’esthétique dérangeante de son univers sombre comme le désespoir.
Dans la foulée de Tchao Pantin, dans le courrant des années 1980, « Mon » Claude Berri poursuit son œuvre… et s’attaque à l’adaptation de grandes œuvres littéraires françaises du XXe siècle. Il commence par Marcel Pagnol, en 1986, avec le diptyque Jean de Florette et Manon des sources… univers provençal un peu prévisible, étouffant et oppressant. Univers de voisinages incertains. On s’aime – on se déteste ! Et puis tu voudrais pas des fois que je te dise où est la source par hasard ? Et puis quoi encore ! « Mon » Claude Berri donne alors une vision tragique et violente de la campagne française. On dirait le Sud, comme dirait l’autre. Une province française de conflits familiaux entrelacés. Le tout résolu dans l’inoubliable séquence (je parle pour moi, adolescent…) de la si fraîche Emmanuelle Béart, alias Manon des sources, se baignant entièrement nue dans une cascade…
Alors « pas un artiste d’importance », Claude Berri ? « Mon » Berri ? A la fin des années 1990, alors que l’ensemble du bloc communiste s’effondre, à l’Est, Claude Berri a l’intuition d’adapter au cinéma la nouvelle de Marcel Aymé Uranus, revenant sur l’après seconde guerre mondiale. Philippe Noiret, Michel Blanc et Jean-Pierre Marielle sont de la partie. Le résultat est sans appel : chef d’œuvre. Chef d’œuvre vaguement anti-communiste, évidemment. Assez mal pensant. Même très politiquement incorrect. A l’image de l’œuvre de Marcel Aymé. Du coup le résultant est un peu « anar de droite » sur les bords : ça persifle à l’occasion, c’est riche en sarcasmes, c’est vaguement « ni droite ni gauche », c’est désabusé… Claude Autant-Lara n’est pas loin… Noiret campe l’intellectuel Watrin, instituteur détaché, et un peu poète, un peu seulement… incapable de la moindre violence depuis la fin de la « grande guerre patriotique »… et obligé de vivre parmi les décombres de l’après-guerre, entre un grand bourgeois indifférent, un collaborateur notoire, et un ouvrier communiste, dans la promiscuité inévitable d’un appartement collectif imposé.
D’autres films suivent pour « Mon » Claude Berri. Germinal d’après Zola, en 1993, avec le chanteur bourgeois Renaud Séchan. Grande fresque enthousiaste (et plutôt décevante) sur le combat des mineurs pour de meilleures conditions de travail. Bof. Et si « Mon » Claude Berri était moins bon en gauchiste occasionnel, qu’en provocateur apolitique ? À voir.
Plus récemment, Berri a remis ça… revenant à la question de l’occupation avec son controversé Lucie Aubrac (1996), à celle de la sexualité avec La Débandade (1999), ou encore à celle – éternelle – de l’amour avec Une femme de ménage (2002) et L’un reste, l’autre part (2005).
Ce qu’il manquait encore à ce portrait de « Mon » Claude Berri en artiste ? Sa gueule. Qui a déjà vu une gueule pareille dans la vraie vie ? Avec ce regard de cocker neurasthénique et cette calvitie de concours. Franchement. C’est criminel. On dirait qu’il a payé pour ça. Une vraie gueule de cinéma. Une gueule extraordinaire, qu’il a exhibé aussi dans une méconnue carrière d’acteur… Passons sur le fait que « Mon » Claude Berri apparaît en tant que jeune figurant dans des dizaines de films français des années 1950, que j’ai en VHS … il faut retenir à jamais son improbable prestation d’exhibitionniste – mis à nu – dans l’ultime projet de Gainsbourg… Stan the flasher… (1990) où « Mon » Claude Berri se donne corps et âme à la pellicule, exhibitionniste impénitent et comédien fanfaron. Comédien raté, certes. Réalisateur à explorer encore et encore. A travers la plaine. Producteur à laisser décanter en paix quelques années. Quelques décennies. Mais certainement ni nabab, ni parrain, ni pacha, ni baron… mais artiste, simplement artiste ! Et sûrement pas producteur, « Mon » Claude Berri. Surtout pas !
Il est pas frais mon causeur ?

Le mensuel du mois de janvier 2009 vient de paraître. Au sommaire de ce numéro illustré par Caspar David Friedrich (un compatriote de Trudi Kohl, émule de Jeff Koons) : une sélection d’articles de Pierre Jourde, Bruno Maillé, Marc Cohen, Basile de Koch, Elisabeth Lévy, Gil Mihaely, Trudi Kohl, Cyril Bennasar et Jérôme Leroy. Il est encore temps de vous abonner si ce n’est déjà fait.
Gaza : le message est passé, il faut arrêter
L’opération israélienne à Gaza est-elle légitime ?
L’Etat d’Israël a le droit de défendre ses citoyens qui souffrent du terrorisme du Hamas depuis des années. Certes, les roquettes tirées par le Hamas ne causent qu’un dommage limité, mais cela s’explique par une faiblesse des capacités techniques du mouvement islamiste et non pas par un manque de volonté car elles sont sciemment lancées contre des cibles civiles. Même si on pense que le blocus israélien de la bande de Gaza n’est pas justifié, la terreur n’est pas une riposte légitime. Israël a eu donc raison de réagir avec fermeté après que ses avertissements ont été ignorés. Encore faut-il, évidemment, savoir pourquoi on agit.
Justement, quels sont les buts d’Israël ?
Ils doivent être doubles : il s’agit d’abord de faire comprendre aux dirigeants du Hamas que leurs actions ont des conséquences, puis de pousser les acteurs régionaux et internationaux à intervenir pour équilibrer la situation. Ces acteurs, on le sait, ne se mettent en action que dans des situations de crise.
Ne voit-on pas toujours à l’œuvre la même idée selon laquelle « les Arabes ne comprennent que la force » ? Contiendrait-elle selon vous une part de vérité ?
Qui défend cette idée exactement ? Certainement pas moi. Et je ne suis même pas sûr que la politique du gouvernement israélien s’inscrive dans cette perspective. Il est vrai qu’en général il a tendance à recourir à la force quand il est à court d’idées. Mais pour une fois, il n’est pas le premier responsable de la montée aux extrêmes – en dehors du fait qu’il a été incapable de mettre sur la table une proposition sérieuse. Il n’y a rien que le gouvernement Olmert voulait plus qu’une détente avec le Hamas. Malheureusement, en raison de son propre agenda idéologique et politique, le Hamas a pensé que la perpétuation d’un conflit prétendument de « basse intensité » lui serait bénéfique. Or, avec les élections qui approchent, le gouvernement ne pouvait pas se permettre de poursuivre dans la voie de « l’apaisement ». Cela, le Hamas ne l’a pas compris et a préféré ignorer les avertissements israéliens. Malheureusement, la population palestinienne paie la stupidité de ses dirigeants au prix fort.
Près de trois semaines après le déclenchement de l’opération et alors que l’entrée en fonction d’Obama constitue une deadline, que peut faire Israël ?
Israël doit chercher rapidement un cessez-le-feu. Les « messages » les plus importants ont été envoyés au Hamas et le coût de l’opération en vies civiles est bien trop lourd. Ceci étant dit, il faut qu’il soit clair qu’en l’absence d’un accord satisfaisant, Israël fera usage de son droit de réagir si ses citoyens sont visés par une action violente quelconque.
Cette opération ne risque-t-elle pas, au-delà du Hamas, d’avoir radicalisé l’ensemble de la population de Gaza et donc, d’avoir compromis l’avenir ?
Bien sûr que si. Il y a pire encore que le nombre terrible de pertes civiles, c’est le sentiment des Palestiniens qu’Israël emploie un gros bâton sans jamais offrir la moindre carotte. Les Palestiniens veulent savoir ce qu’ils ont à gagner en renonçant à la violence. Jusque-là, ils n’ont obtenu qu’une réponse négative : ils peuvent au mieux espérer échapper à une violence israélienne qui, en retour, peut atteindre un niveau qu’aucune force militaire palestinienne n’est en mesure d’égaler. Cela ne suffit pas. Et cela fait de la violence l’unique mode de communication entre les deux parties. Bien sûr, on peut obliger l’adversaire à accepter tactiquement son infériorité mais à terme, on l’encourage à rechercher les moyens de changer la donne en se dotant de moyens de destruction plus efficaces. Israël doit tenter de briser ce cycle de la violence en offrant aux Palestiniens espoir et dignité. C’est la seule solution, et moralement, et politiquement.
Quels seraient les critères, militaires et politiques, d’une victoire ou d’une défaite israélienne ?
Israël ne gagnera pas cette guerre militairement, dès lors qu’aucune victoire sur le champ de bataille ne brisera le cycle de la violence et de la contre-violence. Il n’est pas certain, et c’est un euphémisme, que le renversement du Hamas ouvrirait aujourd’hui la voie à un leadership plus modéré. Le Fatah peut-il tenir son pouvoir des chars israéliens ? J’en doute. Dans ces conditions, la seule victoire réelle pour Israël serait de parvenir à une situation dans laquelle les deux camps peuvent apprendre la confiance mutuelle. La meilleure garantie pour la sécurité d’Israël, ce sera l’existence d’un Etat palestinien prospère, avec une classe moyenne plus préoccupée de son avenir dans ce bas-monde que de sa place dans l’autre.
Quel comportement devrait, selon vous, avoir Israël vis-à-vis du Hamas ?
Le Hamas, rappelons-le, est une organisation terroriste, une partie du Jihad mondial dont le but déclaré est l’élimination de l’Etat d’Israël. En même temps, dès lors qu’il a le soutien de la population palestinienne, Israël ne peut pas l’ignorer. La seule solution est donc d’arriver à un accord de facto et de mener parallèlement une action qui permette de changer les conditions qui lui ont permis de se développer.
Certes, mais plus précisément, que pourrait être cette action ? Comment détacher la population palestinienne du Hamas ?
À partir du moment où, aujourd’hui, personne ne fait confiance à personne, nous avons besoin de nounous internationales pour nous surveiller. Israël doit renoncer à exercer un contrôle total sur la sécurité en Palestine car cela revient en fait à maintenir celle-ci sous blocus permanent. Nous devons de surcroît participer activement et généreusement à la reconstruction de Gaza. Les Palestiniens, y compris le Hamas, doivent renoncer à leur rêve de se débarrasser de nous. Cela ne va pas être simple. Etablir la confiance demandera du temps de la patience. Le signal le plus fort qu’Israël puisse envoyer serait le démantèlement rapide de la plupart de colonies d’implantation. Il lui faudra aussi répondre positivement à l’initiative arabe et œuvrer à la création d’une coalition régionale, garante de la stabilité au Proche-Orient.
Très bien mais au-delà de ces slogans auxquels peuvent adhérer tous les gens raisonnables ? Y a-t-il une majorité d’Israéliens pour soutenir cette politique et surtout, existe-t-il quelque part un homme ou une femme capable de la mener à terme et d’évacuer les implantations et a-t-il la moindre chance de sortir des urnes le 10 février ?
Vous avez évidemment raison. Notre prochain gouvernement sera composé des usual suspects – probablement une grande coalition comprenant le Likoud, Kadima et le Parti travailliste. On peut compter sur eux pour ne rien faire. Et comme ne rien faire a des conséquences, nous continuerons à vivre dans le même cercle vicieux pendant quelques années encore. La realpolitik est souvent politiquement irréaliste.
On décrit souvent Meretz comme « la gauche pacifiste ». Le nouveau Meretz auquel vous appartenez a soutenu cette guerre – sans enthousiasme excessif. Resterez-vous ensuite une force crédible capable de soutenir une paix durable ?
Meretz n’a jamais été un mouvement pacifiste. D’un point de vue idéologique, le pacifisme est soit hypocrite, soit naïf et Meretz n’est ni l’un ni l’autre. Dans le monde réel, l’usage de la violence est parfois nécessaire. Ce que Meretz tente de dire depuis pas mal de temps, c’est que la violence n’est pas le remède miracle que ses adversaires pensent qu’elle est. Elle a beaucoup d’effets secondaires. La paix véritable n’est pas un roman à l’eau de rose. Elle doit prendre corps dans le réel. Le symbole de Tsahal est formé d’un glaive et d’une branche d’olivier. Nous avons trop fait usage du premier et pas assez de la seconde.
Aviad Kleinberg, historien, professeur à l’Université de Tel Aviv, joue un rôle important dans le nouveau Meretz.
Punk is dead, vraiment dead !
Récemment, Arte a diffusé une rétrospective sur le mouvement punk, sans doute pour fêter les 31 ans et 10 mois de son apparition. Oui : sur Arte, ils aiment beaucoup le punk-rock. Depuis toujours ou, au minimum, depuis plusieurs mois. En vertu de quoi, donc, on a pu revoir, entre deux clips vidéo, la tête sympathique de Captain Sensible (ex-guitariste des Damned) ou le masque botoxé du pathétique Billy Idol (ex-chanteur de Generation X), venus nous narrer quelques anecdotes du bon vieux temps.
Parce que le punk-rock n’aura jamais été autant à la mode qu’aujourd’hui. Maintenant, tout le monde est punk, tout le monde est fan des Sex Pistols, tout le monde porte un T-shirt des Ramones, excepté ma concierge qui préfère Graham Parker et Dave Edmunds.
Bon, après tout, pourquoi pas ? On trouve bien des trentenaires bac+6 qui se retrouvent régulièrement le vendredi soir pour des pyjama-parties, à se goinfrer de fraises Tagada devant des épisodes de l’Ile aux Enfants. Nous sommes à l’époque du vintage : certains achètent à prix d’or les affreux blousons à cols pelle à tarte que nous portions au collège, et que nous pensions légitimement disparus dans les poubelles de l’Histoire; manque de pot : ils nous reviennent à la gueule, via Guerrisold ou Hedi Slimane.
Mais la fascination occasionnée par le mouvement punk ne relève pas de ce type de nostalgie : « Punk’s not Dead ! » disait le philosophe grec. « Enlève ta main de ma cuisse ! » lui répondait l’éphèbe impénétrable au concept d’immortalité. Car au nom de quoi ce courant musical devrait-il voir le temps suspendre son vol et les heures propices suspendre leur cours ? Serait-il donné éternellement à des teenagers sur le retour d’être destroy ? Voilà la question.
Les archéologues sont quasiment unanimes pour affirmer que le premier disque punk fut New Rose des Damned, sorti en 1976. D’autres groupes furent illico de la fête. De cette première époque, on retiendra principalement The Sex Pistols, The Clash, Stiff Little Fingers, The Buzzcocks, Angelic Upstarts, Sham 69, ou encore Generation X. Ces précurseurs furent bientôt suivis par une seconde vague, au tout début des années 80 : GBH, The Exploited, Peter and The Test Tube Babies, The Toy Dolls, etc. Désormais, on jouait plus fort et plus vite. A la joyeuse créativité vestimentaire du début (pensons aux tenues loufoques de Captain Sensible ou aux chemises peintes des Clash) avait succédé un style qui virait à l’uniforme : la panoplie Doc Martens/Perfecto/crête d’iroquois était la tenue camouflage idéale pour passer inaperçu au milieu de cette faune. Jean-Paul Sartre aurait finalement pu s’inspirer de ce punk des années 80 pour expliquer l’existentialisme, au lieu de prendre le stupide exemple du garçon de café. Lorsqu’on lui fit cette remarque, il répondit que c’était trop tard puisqu’il venait de mourir.
Maintenant, on est en 2008 ou 2009, je ne sais plus trop, et il m’arrive encore d’entendre des rebelz’ qui fuckent la society. J’ose rarement les prévenir que Jack Lang a quitté le pouvoir : ça pourrait créer chez eux un choc émotionnel. De même, j’hésite à leur expliquer que les groupes qu’ils voient sur MTV – Rancid, Less Than Jake, Sum 41, Good Charlotte ou Blink 182 , c’est pour « faire genre ». Mais ce n’est plus du punk-rock. Même si ça en a le goût. Au contraire, ces amuse-bouches mal décongelés sont le signe incontestable que c’est bien fini.
C’est fini, mais pas parce que MTV diffuse ces groupes entre un clip vidéo de Britney Spears et un de Madonna, que non ! Car, à son époque, la célèbre émission anglaise Top of the Pops avait elle-même accueilli la plupart des groupes phares du mouvement punk naissant. Aussi, ce qui nous envoie le signe fort d’une fin réalisée, puisque inéluctable, c’est justement la dégaine des membres de ces actuels boys-bands à la rebellitude marketing : ils sont déguisés. Sous les kilomètres carrés de tatouages qu’ils portent comme une armure, on reconnaît bien les minets qu’ils sont restés. Ils grimacent et gesticulent comme une meute de chihuahuas sortant d’un institut de beauté canine. Et dans leurs vidéos, ils vont même jusqu’à poser leurs chaussures sur les banquettes du wagon de métro – qu’ils ont loué – afin qu’on comprenne bien que… ouais. Ouais, mais non. Ils en font trop. La crédibilité ne s’achète pas…
Remarquons qu’il est encore possible de voir tourner quelques uns des groupes old-school, à l’heure actuelle. Trente kilos de plus et une calvitie qui aura eu raison de leurs fantaisies capillaires passées, mais toujours là. Car la réinsertion est moins facile pour eux que pour un footballeur qui marque un but contre le Brésil. Alors, ils reviennent pour des rappels qui semblent n’en plus finir. Au fond, toutes ces années de bons et loyaux services peuvent leur donner quelques privilèges. Les nostalgiques de l’âge d’or viennent, eux, y vivre les derniers moments d’une époque qui appartient déjà à l’Histoire. Il n’y aura ni résurrection ni réincarnation. Que des souvenirs et des disques…
Punk is dead. Définitivement et méchamment dead.
Non au Center Park !
Un « collectif des perplexes » ? Je ne sais pas. Des « types déterminés dans le doute, l’hésitation, le désarroi et l’incertitude » ? On n’en manque pas. Des « gens un peu tièdes, légèrement timorés, juste un poil raisonnables » ? Il y a foule, cher David Abiker, et ça ne date pas d’hier. Pas besoin de remonter loin dans l’histoire pour se souvenir que de Budapest au Cambodge en passant par le Biafra, l’Occident des « tièdes » et des « timorés » ne s’est pas toujours couvert de gloire en optant pour la neutralité. Plus récemment, les gouvernements européens qui n’ont pas su empêcher Srebrenica, bien « déterminés dans le doute, l’hésitation, le désarroi et l’incertitude », je les aurais préférés un peu tiraillés par les exigences de l’honneur et de la morale, vous savez, ces trucs qui donnent des repères pour distinguer le bien du mal.
Peut-être votre morale vous commande-t-elle de rester perplexe. OK, ça peut se défendre, dans certaines situations. On n’est pas tous obligés de s’intéresser à tout et encore moins d’avoir un avis sur tout. On a même le droit de limiter son horizon à la pêche, au football ou à la Patagonie, de se fermer aux sujets trop compliqués, trop douloureux ou qui risquent de rétrécir le cercle de ses amis. Moi-même, il y a des tas de choses dont je ne pense rien. Si vous me demandez un pronostic sur un match de foot, ça me laissera perplexe mais si vous insistez, je vous répondrai qu’une bande de pédés qui jouent encore à la baballe à leur âge je n’en pense rien. Ce qui est déjà un avis, vous voyez nous avons tous nos défauts, gardons-nous d’en faire l’éloge, la discrétion me semblerait plus indiquée.
Vous appelez de vos vœux une manifestation des modérés. Le problème, c’est qu’elle finirait en « couilles-molles pride » et vous ne vous y sentiriez pas bien du tout. Défileriez-vous sans la moindre gêne au coté de « gens un peu tièdes, légèrement timorés, juste un poil raisonnables » qui se plongent dans leur lecture quand une fille se fait violer dans le train ? Je suis certain que non. Bien sûr, ce n’est pas tout-à-fait la même chose que les gens qui assistent aux guerres en refusant « radicalement » de se prononcer. Mais ce n’est pas tout-à-fait autre chose non plus. À la place que vous occupez, si vous avez pour la curiosité un goût aussi définitif que pour la perplexité, vous devez bien avoir quelques éléments d’histoire et d’information pour pouvoir analyser comparer, discerner, répartir les légitimités et les responsabilités, bref, vous atteler à cette tâche intellectuelle qui s’appelle le jugement critique et qui produit une opinion – ce qui n’est pas encore un engagement.
Soit dit en passant, la réflexion est aussi un sérieux atout pour entrer dans le champ de l’action. Si nos gouvernants affichaient la glorieuse perplexité qui est la vôtre, ils ne prendraient jamais de décision et ne feraient jamais la guerre. Mais peut-être, cher David, êtes-vous contre la guerre ?
On peut aussi, après avoir entendu les argumentations les plus divergentes, si on accorde par principe le même crédit aux unes et aux autres, se placer quelque part au centre en se disant qu’on doit être dans le vrai. Rien, vraiment, dans ce que vous voyez et entendez, rien de ce que vous savez sur ce conflit et sur les méthodes de communication des deux camps, ne vous permet de vous forger un point de vue ? Aucun moyen, quand on entend ce qui se dit dans les manifestations, de s’en sortir autrement qu’en renvoyant dos à dos « pro-pal » et « pro-is » ? Pas ça, pas vous. Le journalisme qui ferait de cette perplexité vertu ne pourrait que me laisser sur ma faim. Ne pas avoir d’opinion, soit. De là à en faire une opinion ?
Paralysé par le relativisme et la religion de l’objectivité, le journaliste finit par compter les morts et les coups comme un observateur onusien dont la mission paraît inspirée par « le doute, l’hésitation, le désarroi et l’incertitude ». Moi, le journalisme, je le préfère guerrier, et même guerrière tant qu’à faire. Vous comprendrez combien je regrette la décision d’un maître en matière de tiédeur, un orfèvre en hésitation, qui nous priva de l’une des rares voix viriles de France Culture en remerciant notre maîtresse de maison pour la remplacer par un robinet d’eau tiède comme vous semblez les aimer[1. Pour ceux qui n’ont pas vu le film, il s’agit de David Kessler, ancien directeur de France Culture.]. Nous lui devons encore la non-décision sur le port du voile à l’école, qui, sous le gouvernement Jospin, a abouti à refiler la patate chaude aux chefs d’établissements : sans doute était-il trop « perplexe » pour trancher. C’est pourquoi j’ai plutôt envie de le maudire doublement que de le suivre dans son admirable exercice de « doute, hésitation, désarroi et incertitude » appliqués.
Et puis ces types « un peu tièdes, légèrement timorés, juste un poil raisonnables » que vous cherchez du regard, moi, j’en vois partout. Je me souviens d’une info entendue il y a quelques années : de jeunes Français musulmans partis de Belleville pour combattre en Afghanistan dans les rangs d’Al Qaeda avaient été retrouvés morts de froid dans la montagne. J’en parlai à des amis qui revenaient d’Eurodisney et que « toutes ces guerres » laissaient « perplexes ». J’ai fait alors cette découverte troublante que parfois, on peut avoir plus d’estime pour ses ennemis que pour ses amis.



