Le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a mis fin au suspense insoutenable qu’il avait entretenu à propos de son vote lors des élections européennes. Il votera UMP. Ou peut-être pas, car il n’y a pas de caméras dans l’isoloir et on n’est jamais sûr de rien. D’ailleurs, en 1994, il clamait partout qu’il allait voter pour la liste Tapie alors qu’il figurait sur la liste Rocard ! Dans le VIe arrondissement de Paris, on se perd maintenant en conjecture sur le vote de sa compagne, Christine Ockrent, qui dispose d’un choix beaucoup plus large que son compagnon. De nationalité belge, née à Bruxelles, Mme Ockrent peut voter en France, si elle a pris soin de se faire inscrire sur une liste électorale complémentaire réservée aux ressortissants de l’UE. Sinon, elle peut voter belge, soit dans le collège flamand, soit dans le collège francophone. Notre conseil : donner son suffrage aux listes du Rassemblement Wallonie-France de notre ami Paul-Henry Gendebien, comme ça il n’y aura plus de problème !
Alli, un faux allié ?
D’accord, il est parfaitement immoral de vouloir continuer à s’empiffrer en toute impunité. Mais ce qui assure des ventes record aux magazines féminins d’après-fêtes et d’avant-maillot, n’est-ce pas précisément la perspective de pouvoir enfin pécher par gourmandise sans pneu abdominal ou double menton ? La pilule Alli, inventée précisément pour que les goinfres pathologiques rétifs à tous les traitements et tous les sermons puissent espérer retrouver une taille à peu près normale est exactement la réponse scientifique et la solution idéale à un « phénomène de société » qui n’en finit pas, lui aussi, d’enfler.
Le tollé anti-Alli dans la presse serait donc incompréhensible s’il ne mettait pas en péril l’emploi et la raison d’être de tous les nouveaux métiers qui ont éclos depuis quelques années : gourous minceur, salles d’aquagym, fabricants de substituts de repas, de thé vert et autres gélules de perlimpinpin… Sans oublier les associations qui ne sont pas les dernières à râler contre la pilule-miracle : Allegro Fortissimo, pour ne citer que la plus grosse, qui lutte « contre les discriminations dont sont victimes les personnes de forte corpulence », dont une représentante affirmait encore hier au JT de France 3 que « Alli, ça n’encourage pas à faire des efforts ». Bref, médecins nutritionnistes et militants de la cause obèse entonnent le même couplet : il faut souffrir pour être mince, sinon, c’est trop facile. Tout cela n’est pas sans rappeler qu’il y a moins de cinquante ans, on entendait la même antienne sur l’accouchement sans douleur. Entonnée par les mêmes : médecins, hygiénistes et moralisateurs de tout poil, qui savent mieux que nous ce qui est bon pour nous. Et surtout pour eux.
Sans oublier l’hypocrisie consternante du fabricant, GlaxoSmithKline, qui choisit de lancer son médicament à quelques jours de l’épreuve de l’achat du bikini, et proclame dans sa publicité placardée sur tous les abribus de Paris que son médicament ne s’adresse qu’aux personnes « dont la masse grasse excède 28 % ». J’en connais plus d’une titrant 22 % qui se verraient bien intégrer la catégorie des 18 %, surtout quand la solution est en vente libre… Et ce ne sont pas les mises en garde qui empêcheront les ventes de cartonner avant l’été, surtout, oserons-nous, celles de Roselyne Bachelot.
Qu’on se rassure : si c’est la menace de destruction de certains emplois qui gênent les Pères la Prudence, elle sera largement compensée par l’augmentation du chiffre d’affaires des boulangers, pâtissiers, fromagers, charcutiers et pharmaciens. J’ai failli oublier les restaurateurs et cafetiers, gravement affectés par l’interdiction de fumer, et que devrait réjouir, comme nous tous, cette dépénalisation de fait de acides gras saturés : on va enfin pouvoir concilier maillot et mayo !
Roger Planchon, un géant discret quitte la scène
Le dramaturge Roger Planchon est mort mardi 12 mai à Paris d’une crise cardiaque, alors qu’il travaillait à la mise en forme d’un spectacle sur Sade. Il était âgé de 77 ans. Dit comme cela, avec la sécheresse des notices nécrologiques des agences de presse, on a du mal à imaginer la tristesse produite par cette nouvelle dans le cœur de ceux à qui Planchon fit découvrir et aimer le théâtre, qui sont fort nombreux, notamment dans la génération à laquelle j’appartiens.
Je l’avoue : ces dernières années, je ne suis pas allé voir ses productions au TNP de Villeurbanne, pourtant assez proche des lieux où je réside habituellement. L’âge et le plaisir de dépenser des sommes folles pour mon seul plaisir esthétique m’attire irrésistiblement vers l’opéra et ses fastes somptuaires. Mais je garderai toujours une gratitude immense à Roger Planchon pour avoir produit un miracle sur le gamin de treize ans que j’étais au mois d’octobre 1956 : le persuader qu’une pièce de théâtre était aussi passionnante qu’un match de football.
Le théâtre de la Comédie, rue des Marroniers à Lyon (moins de cent places), et le stade de Gerland (40 000 places à l’époque) ont été les lieux sacrés des émotions adolescentes d’avant l’amour.
Ce miracle a été porté par sa mise en scène du Cercle de craie causcasien de Bertolt Brecht, conforté par celle des Coréens de Michel Vinaver et parachevé par Rocambole d’après Ponson du Terrail. Avec une conséquence fâcheuse : un ennui mortel transformé en participation au chahut collectif lors des « matinées classiques », que de malheureux acteurs étaient contraints de donner devant un public de potaches travaillés par la testostérone.
Planchon fut le passeur de Bertolt Brecht dans un public français qui ne connaissait alors que le style Comédie-Française ou le théâtre de boulevard, deux genres fort respectables au demeurant, mais qui ne peuvent à eux seul représenter l’immensité du mystère théâtral. On reviendra un jour, j’en suis certain, à Brecht et à ce théâtre du texte ennobli par le travail du metteur en scène dramaturge. Brecht est tombé en disgrâce avec la chute du mur de Berlin, car il était du mauvais côté de la muraille. Planchon ne l’a jamais abandonné, même s’il s’est tourné aussi vers d’autres styles, le théâtre de l’absurde, Beckett et Ionesco.
Planchon n’était ni Vilar, ni Mnouchkine, ces deux porte-étendards flamboyants du théâtre contemporain : il cultivait une discrétion toute provinciale, fidèle à cette région lyonnaise qu’il n’a jamais quittée, à l’Ardèche de ses ancêtres et à un théâtre vraiment populaire, celui qui n’inflige pas au spectateur la punition du non-texte performatif. Qu’il en soit remercié.
Patrons, remettez-nous ça !
La société new-yorkaise Cellufun, spécialisée dans les jeux vidéo sur téléphone portable, va commercialiser le 11 mai Made off (rafler, en anglais), un jeu inspiré par les exploits de l’escroc le plus célèbre de l’hypercapitalisme en phase terminale, Bernard Madoff. Comme lui, le joueur devra se mettre dans la peau d’un indélicat gestionnaire de fonds se goinfrant avec les portefeuilles de ses clients à hauteur de 50 milliards de dollars. Cellufun étudierait actuellement la possibilité, après Made off, de lancer sur le marché français Med eff, un jeu où il s’agira de fermer le maximum d’usines tout en touchant des indemnités de départ, des stock options et des retraites chapeaux les plus élevées possibles. Il faudra ruser avec des obstacles assez faciles, comme le code de déontologie de Laurence Parisot, ou plus compliqués, comme les séquestrations par des ouvriers en colère avec bourre-pifs afférents.
Dieudonné versus Lévy
On ne sait pas si Hitler a déshonoré l’antisémitisme, mais Dieudonné semble bien parti pour ridiculiser l’antisionisme. À la tête d’un conglomérat de colistiers venus de tous les extrêmes et bien décidés à se réconcilier sur le dos des sionistes, il a exposé son idéologie : une vision du monde qui attribue aux juifs, pardon aux sionistes, tous les malheurs passés, présents et futurs de la planète, de l’esclavage à la grippe porcine en passant par l’apartheid et les ravages du capitalisme. Hollywood a même osé profaner la mémoire de l’esclavage en Amérique avec Autant en emporte le vent.
Hélas, on ne choisit pas ses ennemis. Fidèle à l’esprit de son article, et après être allée au charbon une première fois contre Soral, Elisabeth qui préfère combattre qu’interdire acceptait, à l’invitation de Sébastien Bardos du site fluctuat.net, de débattre avec Dieudonné, le 9 mai au Théâtre de la Main d’Or.
Nous décidons de l’accompagner. Notre amie Michèle Sarfati se joint à nous. Dans le théâtre, se trouvent une dizaine d’amis de Dieudonné. L’accueil est poli, on nous offre à boire, on se serre la main. Pendant que nous fumons une cigarette, Dominique Ducoulombier, l’un des membres de la liste, vient dire son admiration à Elisabeth pour avoir accepté la rencontre. « Vous aurez des problèmes pour ça », pronostique-t-il. Entendez, des problèmes avec le lobby. Manifestement, pour lui nous n’en sommes pas, pas tous les juifs c’est déjà ça. Nous nous prenons même à espérer que la rencontre pourrait avoir lieu. Après tout, nous avons tous (Gil excepté) fréquenté les mêmes écoles – de banlieue. À défaut de parler le même langage, nous avons la même langue.
Elisabeth et Dieudonné prennent place. La discussion s’engage. Nous vous laissons la découvrir.
Nous qui espérions quelques scoops sur le mystérieux lobby sioniste qui a la perversité de faire croire qu’il n’existe pas, nous resterons sur notre faim. Peut-on parler d’un monde commun quand on n’est pas d’accord sur le récit ? Faurisson ou Pétré-Grenouilleau ? « Vous avez vos historiens, j’ai les miens. » Si Elisabeth Lévy défend le droit des « antisionistes » à s’exprimer et participer aux élections, il n’est pas clair que ceux-ci feraient preuve de la même tolérance si d’aventure ils étaient au pouvoir.
Visiblement embarrassé par une pluie de questions pour lesquelles il semble dépourvu de la moindre réponse, l’ancien comique au bord de la noyade envoie comme des bouées de sauvetage ses mimiques éculées, ses blagues faciles et ses grossièretés navrantes.
Avant notre départ, un ancien responsable du FNJ nous offre deux fascicules, le Manifeste pour l’éradication du sionisme et Le lobby pro-israélien et la tyrannie du néo-libéralisme. (Contenant, entre autres délires, la liste des personnalités sionistes médiatiques dans laquelle Alain Finkielkraut suit Alain Afflelou, eh oui, c’est classé par prénoms. Dans la brochure, la liste n’est pas exhaustive, vous êtes invités à la compléter sur ce site…) Ils ont été publiés, précise-t-il, par l’ex-Verte Ginette Skandrani qui justement nous salue. Quel ciment peut bien sceller la réconciliation de ces deux là ?
Plus tard, nous nous demanderons à quel moment de cet « échange » Dieudonné a compris que l’avantage du one man show, c’est qu’on y est tout seul.
Bienvenue cher confrère !
Causeur souhaite la bienvenue sur la toile au nouveau site Jérusalem & religions qui a poussé ses premiers vagissements sur le web le 7 mai, à l’occasion de la visite de Benoît XVI en Terre Sainte. Il est le fruit des amours professionnelles d’une journaliste installée en Israël, Catherine Dupeyron, correspondante de plusieurs journaux français, et d’un théologien catholique égaré dans la presse, Jean-Marie Allafort, qui vit à Jérusalem depuis près de vingt ans. Ils se proposent de rendre compte de l’actualité des trois religions monothéistes qui cohabitent dans la région avec quelques tensions perceptibles, notamment dans la ville trois fois sainte où demeurent les fondateurs de ce site. Qu’il vive longtemps, au moins jusqu’au jour du jugement dernier, où on verra bien alors qui avait raison.
Continental : une histoire ordinaire de la finance
Pour comprendre les ravages du virage financier pris par l’économie mondiale, Continental est un cas d’école. Cet acteur majeur de l’industrie de pneus – le quatrième fabricant mondial – souffre bien entendu de la chute brutale de ventes de voitures mais, à elle seule, celle-ci n’explique ni l’ampleur de la crise que traverse Continental ni la violence de la réaction des ses employés français face à une probable fermeture des sites. Ce que les « Contis » ont vécu depuis deux ans, la façon dont ils se sont faits trimballer pour dire les choses clairement, explique aussi leur relatif scepticisme face à la perspective d’un rachat par l’équipementier MAG d’Abu-Dhabi – ces histoires de fusions, acquisitions et consolidations, ils les connaissent par cœur.
La tendance générale dans l’automobile est à la concentration – nombre décroissant d’acteurs de taille croissante. Continental a essayé de jouer le jeu et a déboursé en 2007 11,4 milliards d’euros pour acheter une division de Siemens VDO spécialisée dans l’électronique pour l’automobile. Parallèlement, Continental a proposé à ses employés français de passer de 35 à 40 heures par semaines par diminuer le coût de travail de ce site, le plus élevé dans le groupe, histoire d’éviter la délocalisation de cette activité. Une offre qu’on ne peut pas refuser, en tout cas par gros temps. Les salariés ont dit oui. On comprend qu’ils aient aujourd’hui le sentiment de s’être fait avoir.
Le problème, c’est que pour financer l’achat de VDO, une entreprise qui avait à peu près la même taille qu’elle, Continental s’est lourdement endetté, ce qui a pesé sur le cours de son action, rendant l’entreprise vulnérable à une tentative de prise de contrôle hostile. Continental est devenue une proie.
À première vue, le coup de Madame Schaeffler force l’admiration. La discrète milliardaire allemande, redoutable femme d’affaires qui dirige le groupe familial fondé par feu son mari en 1946, a mené un raid financier pour prendre le contrôle de l’équipementier automobile allemand Continental, une société trois fois plus importante que son groupe en termes de chiffre d’affaires. Il y a à peine un an, quand le prix du baril s’acheminait doucement vers le sommet historique des 150 dollars, l’équipe de Schaeffler, poussée et inspirée par la veuve ambitieuse et astucieuse, a réalisé un exploit que seul le dessin de Saint-Exupéry peut illustrer : un boa avalant un éléphant.
Chez Continental, on a dû être aussi surpris que le pauvre éléphant de Saint-Ex, car Maria Elisabeth Schaeffler et son équipe ont agi discrètement et patiemment, profitant de la faiblesse de la valeur boursière. Quand les dirigeants de Continental ont compris qu’ils étaient tombés dans une embuscade financière, ils n’ont pas caché leur colère. Manfred Wennemer, P-DG de Continental à l’époque, a qualifié Schaeffler « d’opportuniste, égoïste et irresponsable », amabilités qui devaient lui coûter son job quelques semaines plus tard, lorsque l’équipementier finit par accepter une offre améliorée. Fin août 2008, le communiqué annonçant à la fois l’acquisition par Schaeffler et la « démission » de Wennemer. « Continental ouvre un nouveau chapitre de son histoire », peut-on y lire. On ne saurait mieux dire.
Schaeffler et son équipe auront peu de temps pour savourer leur triomphe. Trois semaines plus tard, l’administration Bush laisse tomber la banque Lehman Brothers et la veuve Schaeffler découvre que le jeu dans lequel elle excellait est terminé, ou, en tout cas, suspendu pour une période non déterminée.
Ce qui est fâcheux, c’est que plusieurs milliers de ses salariés l’ont découvert en même temps qu’elle et que pour eux, les conséquences sont infiniment plus douloureuses. L’OPA lancée par Schaeffler sur une proie bien plus grosse qu’elle illustre à la perfection les défaillances d’un système de plus en plus détaché des réalités économiques.
Certes, l’opération avait le mérite de la cohérence. Fabricant de roulements mécaniques, le groupe Schaeffler avait élargi ses activités jusqu’à devenir un équipementier automobile et aéronautique. Même si la phase d’expansion avait commencé à la fin des années 1990, après la mort du fondateur Georg Schaeffler, véritable chevalier d’industrie, la logique qui a guidé le groupe n’a pas été financière mais industrielle. Il s’agissait de s’adapter au processus de consolidation du secteur de l’automobile.
Le problème, c’est que cette stratégie industrielle a été mise en œuvre grâce à une tactique largement financière puisque la croissance devait venir de l’achat de sociétés concurrentes et/ou complémentaires. Pendant une bonne dizaine d’années, Madame Schaeffler y est allée hardiment. Il est vrai qu’elle n’a pas été la seule, car ce fut la décennie des fusions acquisitions – et, accessoirement, le triomphe des banques d’affaires chargées de les mener à bien. Mais si la première grande opération de Schaeffler, en 2001, concernait une société de 730 millions d’euros, sept ans plus tard, le projet était de débourser 12 milliards d’euros pour prendre le contrôle de Continental – à ce niveau là de LBO (acquisition à effet de levier, ou un petit qui achète un gros avec beaucoup de crédit) cela ressemble surtout à la grenouille et au bœuf.
Pour trouver un financement, Schaefller a monté ce qu’en termes financiers on qualifierait de « montage compliqué et audacieux » et en simple français un pari fou. L’idée était d’acheter 49,9 % des actions Continental avec une offre savamment calculée pour ne pas attirer trop de monde. Sauf qu’entretemps la crise boursière avait commencé. Résultat, beaucoup de porteurs ont été trop contents de se débarrasser de leurs actions. À avoir voulu la jouer trop fine, le groupe Schaeffler se retrouve maintenant endetté jusqu’au cou alors que son secteur d’activité est en pleine crise. Autrement dit, il doit rembourser beaucoup plus avec beaucoup moins de recettes.
Ceux qui paient les pots cassés de ce pari que The Economist a qualifié de « dément » sont les employés de sites « restructurés ». Il est vrai que la crise aurait heurté de plein fouet le secteur de l’automobile même si Madame Schaeffler avait décidé de se consacrer à la charité publique ou à l’art premier. En tout état de cause, Continental serait très probablement dans une situation difficile. Reste que la gravité de la situation de l’entreprise ne s’explique ni par la dette de Continental (préalable à l’OPA), ni par la chute des ventes de voitures, mais par la situation très grave des finances de Schaeffler, elle-même due à une grosse erreur de ses dirigeants. La rage et le désespoir des « Conti » de Clairoix, invités à payer les pots cassés, sont donc plus que compréhensibles.
Le comportement du gouvernement allemand est plus mystérieux. Angela Merkel se targue d’avoir été le premier chef d’Etat à comprendre la gravité de la situation du système financier mondial : comment se fait-il donc qu’une telle opération financière ait pu être lancée et aboutir quand les clignotants étaient tous au rouge et qu’elle avait été qualifiée d’égoïste et d’irresponsable par le P-DG de la société achetée ?
Schaeffler n’a pas été seule à analyser l’opération, son prix et ses risques. Des cabinets d’audit et de comptabilité l’ont jugée raisonnable et des banques l’ont financé – bref, tout un système avait permis à l’ambitieuse Madame Schaeffler, de réaliser son exploit. Et le plus triste est qu’on n’y peut pas grand-chose. En l’absence d’alternative raisonnable à la loi du marché, il faut peut-être parfois se résigner à ce que le marché fasse la loi.
Le monde est petit, l’erreur est humaine
Dans son article consacré à Yazid Sabeg et paru vendredi dans Causeur, Jérôme Leroy parle de Maxime Brunerie comme du « Lee Harvey Oswald du Bloc Identitaire. » Le service juridique du Bloc identitaire nous écrit un mail et nous demande de corriger le tir : Maxime Brunerie n’était en aucun cas membre du Bloc identitaire, puisque ce mouvement n’existait pas à l’époque. Avant l’heure c’était pas l’heure, après l’heure c’était trop tard. Toutes nos excuses pour cette faute impardonnable ! Nous rectifions donc bien volontiers l’information totalement erronée que nous avons diffusée : Maxime Brunerie n’était pas membre du Bloc identitaire. Il était, en revanche, à jour de cotisation du Mouvement national républicain (MNR) et sympathisant d’Unité radicale, « groupement de fait » dissous par décret suite à l’attentat raté de Brunerie et dont Fabrice Robert, aujourd’hui président du Bloc identitaire, était « porte-parole à la jeunesse et à l’action culturelle ». Le monde est petit.
Que va voter Ockrent ?
Le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a mis fin au suspense insoutenable qu’il avait entretenu à propos de son vote lors des élections européennes. Il votera UMP. Ou peut-être pas, car il n’y a pas de caméras dans l’isoloir et on n’est jamais sûr de rien. D’ailleurs, en 1994, il clamait partout qu’il allait voter pour la liste Tapie alors qu’il figurait sur la liste Rocard ! Dans le VIe arrondissement de Paris, on se perd maintenant en conjecture sur le vote de sa compagne, Christine Ockrent, qui dispose d’un choix beaucoup plus large que son compagnon. De nationalité belge, née à Bruxelles, Mme Ockrent peut voter en France, si elle a pris soin de se faire inscrire sur une liste électorale complémentaire réservée aux ressortissants de l’UE. Sinon, elle peut voter belge, soit dans le collège flamand, soit dans le collège francophone. Notre conseil : donner son suffrage aux listes du Rassemblement Wallonie-France de notre ami Paul-Henry Gendebien, comme ça il n’y aura plus de problème !
Alli, un faux allié ?
D’accord, il est parfaitement immoral de vouloir continuer à s’empiffrer en toute impunité. Mais ce qui assure des ventes record aux magazines féminins d’après-fêtes et d’avant-maillot, n’est-ce pas précisément la perspective de pouvoir enfin pécher par gourmandise sans pneu abdominal ou double menton ? La pilule Alli, inventée précisément pour que les goinfres pathologiques rétifs à tous les traitements et tous les sermons puissent espérer retrouver une taille à peu près normale est exactement la réponse scientifique et la solution idéale à un « phénomène de société » qui n’en finit pas, lui aussi, d’enfler.
Le tollé anti-Alli dans la presse serait donc incompréhensible s’il ne mettait pas en péril l’emploi et la raison d’être de tous les nouveaux métiers qui ont éclos depuis quelques années : gourous minceur, salles d’aquagym, fabricants de substituts de repas, de thé vert et autres gélules de perlimpinpin… Sans oublier les associations qui ne sont pas les dernières à râler contre la pilule-miracle : Allegro Fortissimo, pour ne citer que la plus grosse, qui lutte « contre les discriminations dont sont victimes les personnes de forte corpulence », dont une représentante affirmait encore hier au JT de France 3 que « Alli, ça n’encourage pas à faire des efforts ». Bref, médecins nutritionnistes et militants de la cause obèse entonnent le même couplet : il faut souffrir pour être mince, sinon, c’est trop facile. Tout cela n’est pas sans rappeler qu’il y a moins de cinquante ans, on entendait la même antienne sur l’accouchement sans douleur. Entonnée par les mêmes : médecins, hygiénistes et moralisateurs de tout poil, qui savent mieux que nous ce qui est bon pour nous. Et surtout pour eux.
Sans oublier l’hypocrisie consternante du fabricant, GlaxoSmithKline, qui choisit de lancer son médicament à quelques jours de l’épreuve de l’achat du bikini, et proclame dans sa publicité placardée sur tous les abribus de Paris que son médicament ne s’adresse qu’aux personnes « dont la masse grasse excède 28 % ». J’en connais plus d’une titrant 22 % qui se verraient bien intégrer la catégorie des 18 %, surtout quand la solution est en vente libre… Et ce ne sont pas les mises en garde qui empêcheront les ventes de cartonner avant l’été, surtout, oserons-nous, celles de Roselyne Bachelot.
Qu’on se rassure : si c’est la menace de destruction de certains emplois qui gênent les Pères la Prudence, elle sera largement compensée par l’augmentation du chiffre d’affaires des boulangers, pâtissiers, fromagers, charcutiers et pharmaciens. J’ai failli oublier les restaurateurs et cafetiers, gravement affectés par l’interdiction de fumer, et que devrait réjouir, comme nous tous, cette dépénalisation de fait de acides gras saturés : on va enfin pouvoir concilier maillot et mayo !
Roger Planchon, un géant discret quitte la scène
Le dramaturge Roger Planchon est mort mardi 12 mai à Paris d’une crise cardiaque, alors qu’il travaillait à la mise en forme d’un spectacle sur Sade. Il était âgé de 77 ans. Dit comme cela, avec la sécheresse des notices nécrologiques des agences de presse, on a du mal à imaginer la tristesse produite par cette nouvelle dans le cœur de ceux à qui Planchon fit découvrir et aimer le théâtre, qui sont fort nombreux, notamment dans la génération à laquelle j’appartiens.
Je l’avoue : ces dernières années, je ne suis pas allé voir ses productions au TNP de Villeurbanne, pourtant assez proche des lieux où je réside habituellement. L’âge et le plaisir de dépenser des sommes folles pour mon seul plaisir esthétique m’attire irrésistiblement vers l’opéra et ses fastes somptuaires. Mais je garderai toujours une gratitude immense à Roger Planchon pour avoir produit un miracle sur le gamin de treize ans que j’étais au mois d’octobre 1956 : le persuader qu’une pièce de théâtre était aussi passionnante qu’un match de football.
Le théâtre de la Comédie, rue des Marroniers à Lyon (moins de cent places), et le stade de Gerland (40 000 places à l’époque) ont été les lieux sacrés des émotions adolescentes d’avant l’amour.
Ce miracle a été porté par sa mise en scène du Cercle de craie causcasien de Bertolt Brecht, conforté par celle des Coréens de Michel Vinaver et parachevé par Rocambole d’après Ponson du Terrail. Avec une conséquence fâcheuse : un ennui mortel transformé en participation au chahut collectif lors des « matinées classiques », que de malheureux acteurs étaient contraints de donner devant un public de potaches travaillés par la testostérone.
Planchon fut le passeur de Bertolt Brecht dans un public français qui ne connaissait alors que le style Comédie-Française ou le théâtre de boulevard, deux genres fort respectables au demeurant, mais qui ne peuvent à eux seul représenter l’immensité du mystère théâtral. On reviendra un jour, j’en suis certain, à Brecht et à ce théâtre du texte ennobli par le travail du metteur en scène dramaturge. Brecht est tombé en disgrâce avec la chute du mur de Berlin, car il était du mauvais côté de la muraille. Planchon ne l’a jamais abandonné, même s’il s’est tourné aussi vers d’autres styles, le théâtre de l’absurde, Beckett et Ionesco.
Planchon n’était ni Vilar, ni Mnouchkine, ces deux porte-étendards flamboyants du théâtre contemporain : il cultivait une discrétion toute provinciale, fidèle à cette région lyonnaise qu’il n’a jamais quittée, à l’Ardèche de ses ancêtres et à un théâtre vraiment populaire, celui qui n’inflige pas au spectateur la punition du non-texte performatif. Qu’il en soit remercié.
Patrons, remettez-nous ça !
La société new-yorkaise Cellufun, spécialisée dans les jeux vidéo sur téléphone portable, va commercialiser le 11 mai Made off (rafler, en anglais), un jeu inspiré par les exploits de l’escroc le plus célèbre de l’hypercapitalisme en phase terminale, Bernard Madoff. Comme lui, le joueur devra se mettre dans la peau d’un indélicat gestionnaire de fonds se goinfrant avec les portefeuilles de ses clients à hauteur de 50 milliards de dollars. Cellufun étudierait actuellement la possibilité, après Made off, de lancer sur le marché français Med eff, un jeu où il s’agira de fermer le maximum d’usines tout en touchant des indemnités de départ, des stock options et des retraites chapeaux les plus élevées possibles. Il faudra ruser avec des obstacles assez faciles, comme le code de déontologie de Laurence Parisot, ou plus compliqués, comme les séquestrations par des ouvriers en colère avec bourre-pifs afférents.
Dieudonné versus Lévy
On ne sait pas si Hitler a déshonoré l’antisémitisme, mais Dieudonné semble bien parti pour ridiculiser l’antisionisme. À la tête d’un conglomérat de colistiers venus de tous les extrêmes et bien décidés à se réconcilier sur le dos des sionistes, il a exposé son idéologie : une vision du monde qui attribue aux juifs, pardon aux sionistes, tous les malheurs passés, présents et futurs de la planète, de l’esclavage à la grippe porcine en passant par l’apartheid et les ravages du capitalisme. Hollywood a même osé profaner la mémoire de l’esclavage en Amérique avec Autant en emporte le vent.
Hélas, on ne choisit pas ses ennemis. Fidèle à l’esprit de son article, et après être allée au charbon une première fois contre Soral, Elisabeth qui préfère combattre qu’interdire acceptait, à l’invitation de Sébastien Bardos du site fluctuat.net, de débattre avec Dieudonné, le 9 mai au Théâtre de la Main d’Or.
Nous décidons de l’accompagner. Notre amie Michèle Sarfati se joint à nous. Dans le théâtre, se trouvent une dizaine d’amis de Dieudonné. L’accueil est poli, on nous offre à boire, on se serre la main. Pendant que nous fumons une cigarette, Dominique Ducoulombier, l’un des membres de la liste, vient dire son admiration à Elisabeth pour avoir accepté la rencontre. « Vous aurez des problèmes pour ça », pronostique-t-il. Entendez, des problèmes avec le lobby. Manifestement, pour lui nous n’en sommes pas, pas tous les juifs c’est déjà ça. Nous nous prenons même à espérer que la rencontre pourrait avoir lieu. Après tout, nous avons tous (Gil excepté) fréquenté les mêmes écoles – de banlieue. À défaut de parler le même langage, nous avons la même langue.
Elisabeth et Dieudonné prennent place. La discussion s’engage. Nous vous laissons la découvrir.
Nous qui espérions quelques scoops sur le mystérieux lobby sioniste qui a la perversité de faire croire qu’il n’existe pas, nous resterons sur notre faim. Peut-on parler d’un monde commun quand on n’est pas d’accord sur le récit ? Faurisson ou Pétré-Grenouilleau ? « Vous avez vos historiens, j’ai les miens. » Si Elisabeth Lévy défend le droit des « antisionistes » à s’exprimer et participer aux élections, il n’est pas clair que ceux-ci feraient preuve de la même tolérance si d’aventure ils étaient au pouvoir.
Visiblement embarrassé par une pluie de questions pour lesquelles il semble dépourvu de la moindre réponse, l’ancien comique au bord de la noyade envoie comme des bouées de sauvetage ses mimiques éculées, ses blagues faciles et ses grossièretés navrantes.
Avant notre départ, un ancien responsable du FNJ nous offre deux fascicules, le Manifeste pour l’éradication du sionisme et Le lobby pro-israélien et la tyrannie du néo-libéralisme. (Contenant, entre autres délires, la liste des personnalités sionistes médiatiques dans laquelle Alain Finkielkraut suit Alain Afflelou, eh oui, c’est classé par prénoms. Dans la brochure, la liste n’est pas exhaustive, vous êtes invités à la compléter sur ce site…) Ils ont été publiés, précise-t-il, par l’ex-Verte Ginette Skandrani qui justement nous salue. Quel ciment peut bien sceller la réconciliation de ces deux là ?
Plus tard, nous nous demanderons à quel moment de cet « échange » Dieudonné a compris que l’avantage du one man show, c’est qu’on y est tout seul.
Bienvenue cher confrère !
Causeur souhaite la bienvenue sur la toile au nouveau site Jérusalem & religions qui a poussé ses premiers vagissements sur le web le 7 mai, à l’occasion de la visite de Benoît XVI en Terre Sainte. Il est le fruit des amours professionnelles d’une journaliste installée en Israël, Catherine Dupeyron, correspondante de plusieurs journaux français, et d’un théologien catholique égaré dans la presse, Jean-Marie Allafort, qui vit à Jérusalem depuis près de vingt ans. Ils se proposent de rendre compte de l’actualité des trois religions monothéistes qui cohabitent dans la région avec quelques tensions perceptibles, notamment dans la ville trois fois sainte où demeurent les fondateurs de ce site. Qu’il vive longtemps, au moins jusqu’au jour du jugement dernier, où on verra bien alors qui avait raison.
Continental : une histoire ordinaire de la finance
Pour comprendre les ravages du virage financier pris par l’économie mondiale, Continental est un cas d’école. Cet acteur majeur de l’industrie de pneus – le quatrième fabricant mondial – souffre bien entendu de la chute brutale de ventes de voitures mais, à elle seule, celle-ci n’explique ni l’ampleur de la crise que traverse Continental ni la violence de la réaction des ses employés français face à une probable fermeture des sites. Ce que les « Contis » ont vécu depuis deux ans, la façon dont ils se sont faits trimballer pour dire les choses clairement, explique aussi leur relatif scepticisme face à la perspective d’un rachat par l’équipementier MAG d’Abu-Dhabi – ces histoires de fusions, acquisitions et consolidations, ils les connaissent par cœur.
La tendance générale dans l’automobile est à la concentration – nombre décroissant d’acteurs de taille croissante. Continental a essayé de jouer le jeu et a déboursé en 2007 11,4 milliards d’euros pour acheter une division de Siemens VDO spécialisée dans l’électronique pour l’automobile. Parallèlement, Continental a proposé à ses employés français de passer de 35 à 40 heures par semaines par diminuer le coût de travail de ce site, le plus élevé dans le groupe, histoire d’éviter la délocalisation de cette activité. Une offre qu’on ne peut pas refuser, en tout cas par gros temps. Les salariés ont dit oui. On comprend qu’ils aient aujourd’hui le sentiment de s’être fait avoir.
Le problème, c’est que pour financer l’achat de VDO, une entreprise qui avait à peu près la même taille qu’elle, Continental s’est lourdement endetté, ce qui a pesé sur le cours de son action, rendant l’entreprise vulnérable à une tentative de prise de contrôle hostile. Continental est devenue une proie.
À première vue, le coup de Madame Schaeffler force l’admiration. La discrète milliardaire allemande, redoutable femme d’affaires qui dirige le groupe familial fondé par feu son mari en 1946, a mené un raid financier pour prendre le contrôle de l’équipementier automobile allemand Continental, une société trois fois plus importante que son groupe en termes de chiffre d’affaires. Il y a à peine un an, quand le prix du baril s’acheminait doucement vers le sommet historique des 150 dollars, l’équipe de Schaeffler, poussée et inspirée par la veuve ambitieuse et astucieuse, a réalisé un exploit que seul le dessin de Saint-Exupéry peut illustrer : un boa avalant un éléphant.
Chez Continental, on a dû être aussi surpris que le pauvre éléphant de Saint-Ex, car Maria Elisabeth Schaeffler et son équipe ont agi discrètement et patiemment, profitant de la faiblesse de la valeur boursière. Quand les dirigeants de Continental ont compris qu’ils étaient tombés dans une embuscade financière, ils n’ont pas caché leur colère. Manfred Wennemer, P-DG de Continental à l’époque, a qualifié Schaeffler « d’opportuniste, égoïste et irresponsable », amabilités qui devaient lui coûter son job quelques semaines plus tard, lorsque l’équipementier finit par accepter une offre améliorée. Fin août 2008, le communiqué annonçant à la fois l’acquisition par Schaeffler et la « démission » de Wennemer. « Continental ouvre un nouveau chapitre de son histoire », peut-on y lire. On ne saurait mieux dire.
Schaeffler et son équipe auront peu de temps pour savourer leur triomphe. Trois semaines plus tard, l’administration Bush laisse tomber la banque Lehman Brothers et la veuve Schaeffler découvre que le jeu dans lequel elle excellait est terminé, ou, en tout cas, suspendu pour une période non déterminée.
Ce qui est fâcheux, c’est que plusieurs milliers de ses salariés l’ont découvert en même temps qu’elle et que pour eux, les conséquences sont infiniment plus douloureuses. L’OPA lancée par Schaeffler sur une proie bien plus grosse qu’elle illustre à la perfection les défaillances d’un système de plus en plus détaché des réalités économiques.
Certes, l’opération avait le mérite de la cohérence. Fabricant de roulements mécaniques, le groupe Schaeffler avait élargi ses activités jusqu’à devenir un équipementier automobile et aéronautique. Même si la phase d’expansion avait commencé à la fin des années 1990, après la mort du fondateur Georg Schaeffler, véritable chevalier d’industrie, la logique qui a guidé le groupe n’a pas été financière mais industrielle. Il s’agissait de s’adapter au processus de consolidation du secteur de l’automobile.
Le problème, c’est que cette stratégie industrielle a été mise en œuvre grâce à une tactique largement financière puisque la croissance devait venir de l’achat de sociétés concurrentes et/ou complémentaires. Pendant une bonne dizaine d’années, Madame Schaeffler y est allée hardiment. Il est vrai qu’elle n’a pas été la seule, car ce fut la décennie des fusions acquisitions – et, accessoirement, le triomphe des banques d’affaires chargées de les mener à bien. Mais si la première grande opération de Schaeffler, en 2001, concernait une société de 730 millions d’euros, sept ans plus tard, le projet était de débourser 12 milliards d’euros pour prendre le contrôle de Continental – à ce niveau là de LBO (acquisition à effet de levier, ou un petit qui achète un gros avec beaucoup de crédit) cela ressemble surtout à la grenouille et au bœuf.
Pour trouver un financement, Schaefller a monté ce qu’en termes financiers on qualifierait de « montage compliqué et audacieux » et en simple français un pari fou. L’idée était d’acheter 49,9 % des actions Continental avec une offre savamment calculée pour ne pas attirer trop de monde. Sauf qu’entretemps la crise boursière avait commencé. Résultat, beaucoup de porteurs ont été trop contents de se débarrasser de leurs actions. À avoir voulu la jouer trop fine, le groupe Schaeffler se retrouve maintenant endetté jusqu’au cou alors que son secteur d’activité est en pleine crise. Autrement dit, il doit rembourser beaucoup plus avec beaucoup moins de recettes.
Ceux qui paient les pots cassés de ce pari que The Economist a qualifié de « dément » sont les employés de sites « restructurés ». Il est vrai que la crise aurait heurté de plein fouet le secteur de l’automobile même si Madame Schaeffler avait décidé de se consacrer à la charité publique ou à l’art premier. En tout état de cause, Continental serait très probablement dans une situation difficile. Reste que la gravité de la situation de l’entreprise ne s’explique ni par la dette de Continental (préalable à l’OPA), ni par la chute des ventes de voitures, mais par la situation très grave des finances de Schaeffler, elle-même due à une grosse erreur de ses dirigeants. La rage et le désespoir des « Conti » de Clairoix, invités à payer les pots cassés, sont donc plus que compréhensibles.
Le comportement du gouvernement allemand est plus mystérieux. Angela Merkel se targue d’avoir été le premier chef d’Etat à comprendre la gravité de la situation du système financier mondial : comment se fait-il donc qu’une telle opération financière ait pu être lancée et aboutir quand les clignotants étaient tous au rouge et qu’elle avait été qualifiée d’égoïste et d’irresponsable par le P-DG de la société achetée ?
Schaeffler n’a pas été seule à analyser l’opération, son prix et ses risques. Des cabinets d’audit et de comptabilité l’ont jugée raisonnable et des banques l’ont financé – bref, tout un système avait permis à l’ambitieuse Madame Schaeffler, de réaliser son exploit. Et le plus triste est qu’on n’y peut pas grand-chose. En l’absence d’alternative raisonnable à la loi du marché, il faut peut-être parfois se résigner à ce que le marché fasse la loi.
Le monde est petit, l’erreur est humaine
Dans son article consacré à Yazid Sabeg et paru vendredi dans Causeur, Jérôme Leroy parle de Maxime Brunerie comme du « Lee Harvey Oswald du Bloc Identitaire. » Le service juridique du Bloc identitaire nous écrit un mail et nous demande de corriger le tir : Maxime Brunerie n’était en aucun cas membre du Bloc identitaire, puisque ce mouvement n’existait pas à l’époque. Avant l’heure c’était pas l’heure, après l’heure c’était trop tard. Toutes nos excuses pour cette faute impardonnable ! Nous rectifions donc bien volontiers l’information totalement erronée que nous avons diffusée : Maxime Brunerie n’était pas membre du Bloc identitaire. Il était, en revanche, à jour de cotisation du Mouvement national républicain (MNR) et sympathisant d’Unité radicale, « groupement de fait » dissous par décret suite à l’attentat raté de Brunerie et dont Fabrice Robert, aujourd’hui président du Bloc identitaire, était « porte-parole à la jeunesse et à l’action culturelle ». Le monde est petit.

